dimanche 21 août 2022

dimanche 21 août 2022 - Daria Douguine assassinée

 Source : https://alawata-rebellion.blogspot.com/2022/08/flash-daria-douguine-assassinee.html

"Quand le ciel s'assombrit !"

En apprenant ce matin l'assassinat de Daria, la fille d'Alexandre Douguine, une tristesse et une colère infinies m'envahissent car cet attentat terroriste perpétré à Moscou, et qui visait le philosophe eurasiste, est d'une telle abjection qu'il n'est point besoin de signature pour comprendre que c'est le courant mondialiste libéral qui l'a initié.

Mes premières pensées ici vont vers sa famille et ses proches, ses amis et tous ceux dont je fais partie qui admirent la pertinence de la pensée eurasiste et le courage de celles et ceux qui la sème dans les déserts des consciences asservies.

Les détails de l'attentat meurtrier commencent à être connus : le Land Cruiser Prado de Daria Douguine a explosé le 20 août 2022 en soirée lors d'un déplacement dans la région de Moscou près du village de Bolshie Vyazemy. Une charge explosive, à priori 400 grammes environ de TNT a été utilisée pour exploser la voiture. Daria Douguine était l'invitée d'honneur d'une conférence donnée par son père au festival "Tradition" dans le village de Zakharovo. Au moment de quitter les lieux à 21h25 Alexandre Douguine, qui était la cible prioritaire de l'attentat, choisit de monter au dernier moment dans une autre voiture sur le même itinéraire. A 21h35 la voiture de Daria explose sur l'autoroute Mozhayskoye.

Dans l'évolution de ma pensée la lecture d'Alexandre Douguine a été très importante, notamment celle de "La quatrième théorie politique", "Les templiers du prolétariat" ou "le front de la Tradition", tout comme le sont celles de ses ennemis idéologiques comme Brzeziński ("Le grand Echiquier"), Fukuyama ("La fin de l'Histoire") ou Attali ("Quel avenir"). Tous confirment ce combat idéologique titanesque qui secoue le Monde depuis l'arrivée à maturité d'un capitalisme nihiliste et esclavagiste. Car si les intérêts économiques (souvent cachés) commandent la géopolitique du Monde occidental, ses hégémonies historiques successives ont toujours été portées par un totalitarisme idéologique à la fois unique et protéiforme qui, de métamorphose en métamorphose, va vampiriser toutes les sphères sociétales (religion, politique, éducation, économie, culture, médias, philosophie) pour mener la dictature capitaliste vers sa phase terminale: ce Marché Mondial qui précipite non seulement les hommes (cela ne serait qu'un moindre mal) mais toute notre planète vers un chaos total.

Certains idiots décrivent Douguine comme le nouveau Raspoutine du Kremlin, et malgré le fait que de nombreux spécialistes occidentaux du Monde russe aient déconstruit ce mythe farfelu (George Barros dira "les journalistes occidentaux ont attribué à Dugin une grande influence qui n'existe tout simplement pas"), la diabolisation occidentale de Douguine s'est poursuivie jusqu'au paroxysme criminel assassinant son enfant.

Daria, qui n'avait que 30 ans, n'était pas seulement la fille d'Alexandre Douguine mais aussi l'héritière brillante de la pensée eurasiste d'un Monde multipolaire s'opposant à celui, unipolaire du libéralisme mondialiste.

L'assassinat de Daria Douguine n'est pas seulement l'acte lâche et odieux d'une idéologie mondialiste à l'agonie et impuissante contre une pensée métapolitique défendant les libertés des peuples contre la dictature de la marchandise mais une volonté de frapper l'âme des peuples d'une grande Russie qui s'est levée contre la destruction de la Tradition.

Nous sommes bien dans un combat eschatologique et existentiel...

La réponse de la grande Russie, lorsque les coupables et leur réseau seront identifiés, sera probablement terrible mais légitime !

Daria Douguine analysait en 2019 dans 
une vision évolienne et une idée d'empire 
la situation politique en Russie et ses 
relations géopolitiques et métapolitiques 
avec un Monde occidental mondialiste.

Loin d'affaiblir la résistance contre l'hégémonie mondialiste, nul doute que le martyr de Daria va renforcer, et à travers le Monde, cette volonté des peuples non alignés d'en finir radicalement avec ce cosmopolitisme libéral esclavagiste et criminel. Son assassinat est bien la preuve que l'Occident est toujours, et même plus que jamais, gouverné par des Torquemada d'une pensée unique qui ne sait que générer des bataillons de collabos et d'assassins dont le seul objectif est de détruire les peuples libres qui refusent son esclavage.

Voici une des dernières interview de Daria Douguine accordée en mai au breton Yann Vallerie (lui aussi diabolisé par une "reductio ad hilerum" classique) et qui illustre bien à la fois l'excellence filiale de sa pensée et dont son assassinat vient de confirmer la justesse de son raisonnement métapolitique.

Erwan Castel

Source de l'article: Breizh Info

La guerre en Ukraine
"un choc des civilisations mondialiste et eurasienne" 

Le conflit en Ukraine n’est toujours pas terminé. En Occident, nous sommes bombardés d’informations en faveur de l’Ukraine et des Ukrainiens. Nous oublions que les Russes aussi ont leur point de vue. C’est à cet effet que nous avons interrogé Daria Douguine, fille d’Alexandre Douguine, au sujet de la situation. Un entretien passionnant.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? N’est-il pas difficile pour vous parfois de porter le nom de Douguine, et donc d’être forcément assimilée à votre papa ?

Daria Douguine : Je suis diplômée de la faculté de philosophie de l’université d’État de Moscou, avec un diplôme en histoire de la philosophie. Mes recherches portaient principalement sur la philosophie politique du néoplatonisme tardif, un sujet d’un intérêt sans fin. La principale ligne de pensée de la philosophie politique des néoplatoniciens tardifs est le développement de l’idée d’une omologie de l’âme et de l’État et de l’existence d’un ordre triple similaire dans les deux. De même qu’il y a trois bases dans l’âme, de même dans l’État (et les platoniciens décrivent le modèle indo-européen, plus tard parfaitement théorisé dans les travaux de Dumezil) il y a aussi trois domaines – ce modèle se manifeste dans l’Antiquité et au Moyen Âge. La compréhension existentielle et psychique de la politique est en fait perdue à bien des égards aujourd’hui, nous sommes habitués à voir la politique uniquement comme une technique, mais le platonisme révèle un lien profond entre les processus politiques et psychiques. Il est urgent aujourd’hui de rétablir une telle vision complète des processus politiques, c’est-à-dire d’examiner la « politique existentielle ».

Je suis honorée d’être dans le même bateau que mon père (sur le même navire existentiel), étant la fille d’un grand chercheur de la Tradition, auteur de l’ouvrage en 24 volumes Noomachia (« guerres de l’esprit » – analyse à travers les trois logos de toutes les cultures du monde). Le fait d’être sous le coup de sanctions de la part des États-Unis, du Canada, de l’Australie et du Royaume-Uni est aussi un symbole que nous, les Douguine, sommes sur le chemin de la vérité dans le combat contre le globalisme. Par conséquent, je dirais que c’est un honneur d’être né dans une telle famille.


Breizh-info.com : Parlez-nous de votre travail actuellement ?

Daria Douguine : Je suis une observatrice politique du Mouvement international eurasiste et un expert en relations internationales. Mon domaine d’activité est l’analyse de la politique européenne ainsi que la géopolitique. À ce titre, j’apparais sur des chaînes de télévision russes, pakistanaises, turques, chinoises et indiennes, présentant une vision mondiale multipolaire des processus politiques. Mes centres d’intérêt sont à la fois l’espace de civilisation européen et le Moyen-Orient, où une sorte de révolution conservatrice est en train de s’amorcer – de la confrontation constante de l’Iran avec l’hégémonie américaine ou de la lutte de la Syrie contre l’impérialisme occidental à la Turquie, qui montre aujourd’hui des tendances intéressantes d’éloignement de l’OTAN et du bloc géopolitique anglo-saxon et tente de construire sa politique étrangère sur une base multipolaire, en engageant un dialogue avec la civilisation eurasienne. Je pense qu’il est important de suivre les processus de la région du Moyen-Orient, c’est l’une des scènes de la lutte contre l’impérialisme. D’un autre côté, je m’intéresse aussi beaucoup aux pays africains ; ils represent « L’Autre » pour l’Europe et la Russie, à partir de l’analyse duquel on peut mieux comprendre sa propre civilisation. L’Afrique a toujours été un élément de rêve pour les Européens comme pour les Russes – souvenez-vous du Voyage en Abyssinie et au Harrar d’Arthur Rimbaud, ou du poète russe Nikolaï Goumilev qui s’est inspiré de Rimbaud («  Journal Africain ») et une série de poèmes sur l’Afrique, dans lequel il révèle en fait l’Afrique comme une civilisation inexplorée, pleine de sens, que le colonialisme occidental a cruellement tenté de défaire et de détruire. Aujourd’hui, des bouleversements tectoniques se produisent sur le continent africain et la confrontation des civilisations: occidentale et authentiquement africaine (si différente et si unique) est extrêmement intéressante.

Pour moi, un sujet particulièrement important est le développement de la théorie d’un monde multipolaire. Il est clair que le moment mondialiste est terminé, la fin du libéralisme est arrivée, la fin de l’histoire libérale. En même temps, il est extrêmement important de comprendre qu’une nouvelle étape pleine de défis, de provocations et de complexités a commencé. Le processus de création de la multipolarité, de structuration des blocs civilisationnels et d’établissement d’un dialogue entre eux est la tâche principale de tous les intellectuels aujourd’hui. Samuel Huntington, en tant que réaliste des relations internationales, a mis en garde à juste titre contre les risques d’un choc des civilisations. Fabio Petito, spécialiste des relations internationales, a souligné que la construction d’un « dialogue des civilisations » est la tâche centrale et « la seule façon d’avancer ». Ainsi, pour consolider le monde multipolaire, les zones frontalières (intermédiaires) entre les civilisations doivent être traitées avec soin. Tous les conflits se déroulent aux frontiers (zones intermédiaires) des civilisations, là où les attitudes s’affrontent. Il est donc primordial de développer un état d’esprit « frontalier » (intermédiaires) si l’on veut que le monde multipolaire fonctionne pleinement et passe du « choc » au « dialogue » des civilisations. Sans cela, il y a un risque de  » choc « .


Breizh-info.com : Quel regard portez vous sur la guerre en Ukraine ? Et sur les réactions en Occident et dans le monde ?

Daria Douguine : La situation en Ukraine est précisément un exemple de choc des civilisations ; elle peut être considérée comme un choc des civilisations mondialiste et eurasienne. Après la « grande catastrophe géopolitique » (comme le président russe a appelé l’effondrement de l’URSS), les territoires du pays autrefois uni sont devenus des « frontières » (zones intermédiaires) – ces espaces auxquels l’attention des voisins s’est accrue, l’OTAN et surtout les États-Unis étant intéressés à déstabiliser la situation aux frontières de la Russie. Dans les années 1990, un travail cohérent a été initié avec les cadres des nouveaux gouvernements des nouveaux États – l’Ukraine ne fait pas exception. Les événements de 2014 en Ukraine, le Maïdan, soutenus avec tant de ferveur à la fois par Nuland et le fameux Bernard-Henri Levy soldat de l’ultra-mondialisation, ont été un tournant, en fait ils ont ouvert la porte à l’établissement d’un dictat mondialiste direct sur l’Ukraine. De plus, les éléments libéraux et nationalistes, qui étaient plus ou moins neutres avant 2014, ont rejoint un front uni avec un agenda mondialiste et pro-américain. Pendant 8 ans en Ukraine, la russophobie a été cultivée par divers programmes et l’histoire a été réécrite, jusqu’au massacre physique des Russes : ces mêmes 8 années terribles pour le Donbass avec des bombardements quotidiens. Le public français peut l’entendre la documentaliste Anne Laure Bonnel, témoin de ces 8 années à Donetsk, qui n’a pas peur de dire la vérité dans ses films et ses interviews.

Le soutien unanime de l’Occident à l’Ukraine en 2022, la fourniture d’armes à une échelle impensable – tout cela ressemble à une agonie. L’agonie d’un régime mondialiste qui commence à perdre du terrain face à la multipolarité. Pour moi, la douleur la plus importante est que l’Europe a succombé à l’influence de la propagande mondialiste et qu’au lieu de rester neutre, elle a pris le parti de la guerre. À bien des égards, c’était certainement le plan des États-Unis, qui avaient si systématiquement et continuellement provoqué tout le conflit en injectant des armes en Ukraine. Rien que des États-Unis (selon Transparency International), plus de 658 millions de dollars ont été investis dans l’aide à l’Ukraine entre 2014 et 2017.

Dans le même temps, on constate que les pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient, la Chine et l’Inde n’ont pas adopté une position mondialiste. Le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro a déclaré que son pays adhérait « fermement » à la position de la Russie. À Cuba, des personnes ont été vues portant des drapeaux russes et des symboles Z lors d’une manifestation le 1er mai, rappelle la chaîne allemand ZDF. L’Argentine a accusé l’Occident d’avoir les doubles standarts. La vice-présidente du pays, Cristina Kirchner, a déclaré que le pays était en conflit avec Londres au sujet des îles Malouines. Au Brésil, le candidat à la présidence Lula da Silva a déclaré à son tour que le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky était responsable de ce qui se passait dans son pays. La Chine s’est prononcée contre l’expansion de l’OTAN et les provocations des États-Unis. L’Inde a tenté de maintenir sa neutralité stratégique (dans les années 1990, l’Inde elle-même a été la cible de sanctions américaines et occidentales très douloureuses pour avoir refusé d’adhérer au traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Le pays, que l’Occident cherche à couper de son oxygène et à priver de haute technologie, a alors tenu bon (en grande partie grâce à la coopération avec la Russie, qui ne s’est pas associée aux sanctions et a prôné leur abolition). Un certain nombre de pays du Moyen-Orient ont soutenu l’opération militaire spéciale de la Russie (la Syrie, alliée de longue date de la Russie, connaît mieux que quiconque la bataille contre le mondialisme), des appels au retrait de l’OTAN se font de plus en plus entendre en Turquie, et le président a refusé d’approuver l’admission de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN. De nombreux pays d’Afrique, notamment ceux où le sentiment antiglobaliste est fort, n’ont pas soutenu les critiques occidentales à l’égard de la Russie (Mali, Soudan, RCA, Zimbabwe, République du Congo, Érythrée). Ces réactions indiquent la fin du mythe d’un « espace mondial unique ». L’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine a accéléré la formation d’un monde multipolaire et catalysé de nombreux processus géopolitiques.


Breizh-info.com : Ne pensez-vous pas que la Russie soit en train de s’isoler ? Quelles seront les conséquences selon vous de tout cela ?

Daria Douguine : Je pense que c’est l’inverse. La Russie trouve de nouveaux partenaires et les processus de souveraineté (par exemple, la dédollarisation économique) commencent à s’accélérer. La Russie tente d’être « punie » par les pays occidentaux au moyen de sanctions, mais l’effet sur l’économie russe n’est pas très sensible (« Les sanctions internationales à l’encontre de la Russie ne semblent pas impacter la vie quotidienne des Moscovites », mentionne un journaliste dans un reportage de BFM TV). La politique de sanctions de l’Occident a été un catalyseur pour la recherche de nouveaux partenaires et la désoccidentalisation de notre pays. Dans le même temps, ces sanctions ont frappé douloureusement les pays européens, devenant une sorte de « hara-kiri » pour de nombreuses économies européennes. C’est une nouvelle très inquiétante, mais apparemment cela faisait aussi partie du complot américain visant à déstabiliser le continent européen. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a déclaré que Budapest ne soutenait pas l’imposition de sanctions irréfléchies contre la Russie. « Les sanctions contre la Russie sont comme une bombe atomique, cela pourrait nous conduire non seulement à ne pas pouvoir nourrir notre population mais aussi à recevoir une masse de migrants à la frontière », a déclaré le Premier ministre hongrois.

Les nouveaux blocs émergent. « Les pays en développement, notamment la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil et d’autres pays qui ont refusé de prendre parti à la suite des sanctions occidentales contre la Russie, devraient envisager des moyens de renforcer leur coordination économique pour résister aux chocs ultérieurs provoqués par l’Occident. Il est important de noter que les pays en développement doivent chercher une solution par le biais de la coopération financière et commerciale », a écrit un journaliste du Global Times de Chine. Ce sont des processus géopolitiques très intéressants. La Russie n’a donc pas été victime de l’isolement, elle a été le pionnier d’un ordre mondial multipolaire.


Breizh-info.com : Comment la population russe réagit-t-elle à cette guerre, qui visiblement, a déjà fait bcp de pertes côté russe ?

Daria Douguine : Toute opération militaire entraîne toujours des pertes. Il convient de noter que les chiffres fournis par les sources ukrainiennes (et ce sont eux qui sont diffusés dans les médias occidentaux) ne sont pas corrects et doivent être vérifiés. Nous sommes confrontés à une situation de guerre de l’information dans laquelle tout, des rapports militaires aux chiffres, est politisé. Dans le domaine des médias en Occident, il n’existe malheureusement pratiquement aucune vision alternative des événements. L’Ofpra a réalisé en 2016 un dossier sur « Pravy Sektor ( » Secteur droit « ) », groupe ultras ukranienne:  » Pravy Sektor fait l’objet d’allégations d’antisémitisme et de xénophobie, de manifestations homophobes, de détentions illégales et autres abus de pouvoir. Il crée une milice armée, le Corps des volontaires ukrainiens, engagée dans le conflit avec les séparatistes pro-russes du Donbass. Des tensions opposent le Corps des volontaires ukrainiens aux autorités jusqu’à son intégration difficile au sein des forces armées régulières ». En 2022, ceux qui étaient considérés avec suspicion en 2016, deviennent des héros, les épouses des combattants de  d’Azov (une groupe responsable pour les assassinats cruels des russes au Donbass) rencontrent le pape au Vatican. Il est très étrange de constater que quelque chose qui semblait interdit il y a seulement deux ans est devenu courant en Europe. Ou la réunion de BHL avec l’ancien chef du bataillon rusophobe et xenophobe radical Aydar (une organisation terroriste interdite en Russie) Marchenko. Aujourd’hui, le libéralisme va de pair avec la xénophobie et le nazisme. C’est un paradoxe. Mais cela peut s’expliquer si l’on comprend la « nature totalitaire » du libéralisme moderne. Il s’agit du sujet de la manipulation des informations et des chiffres.

Quant à la réaction des Russes, la majorité écrasante soutient l’opération militaire spéciale. À leurs yeux, il s’agit d’une défense compréhensible des intérêts géopolitiques de la Russie et d’une lutte contre la russophobie, car un régime s’est formé à Kiev qui dénie aux Russes le droit à l’autodétermination (langue, culture, identité) et à l’existence. Certains éléments de la société ont immédiatement quitté le pays après le déclenchement des hostilités – ils sont partis aux États-Unis, en Europe et en Israël. Fait révélateur, Anatoly Chubais, ancien chef de l’administration présidentielle russe et l’un des idéologues et dirigeants des réformes économiques en Russie dans les années 1990 a quitté le pays. Dans les années 1990, le Front patriotique l’a qualifié de « traître » et de responsable des difficultés économiques de la Russie. C’est symbolique. Il existe de tels cas, c’est certain.

Tous les membres de mon entourage soutiennent l’opération militaire spéciale non seulement en paroles, mais aussi, pour beaucoup, en actes, en apportant une aide humanitaire aux réfugiés et à la région. De plus, ils ne le font pas depuis ces derniers mois, mais depuis de nombreuses années. Les mêmes huit années que l’Occident connaissait si peu.


Breizh-info.com : En tant que journaliste, que pensez-vous de la censure de RT dans l’Union Européenne ou de Sputnik, et du silence (voir de l’approbation) d’une majorité de journalistes européens ?

Daria Douguine : Il s’agit d’un cas sans précédent de violation de « La liberté d’expression ». La liberté d’expression implique la possibilité de points de vue différents, parfois peu agréables pour les autorités. RT et Sputnik n’étaient pas des instruments de propagande russe, mais des plateformes de discussion. J’ai regardé de nombreux programmes de RT France et ils étaient intéressants car ils incluaient des experts ayant un point de vue alternatif à celui des médias du système. Le fait que les journalistes en Europe n’aient pas réagi de quelque manière que ce soit à ces blocages montre la nature « totalitaire » de l’ensemble du monde médiatique occidental. C’est très triste. Espérons que les medias de la réinformation resteront actives et vont prolonger détruire le bloc de désinformation.


Breizh-info.com : En France, les conséquences économiques se font déjà ressentir (hausse des prix de l’essence notamment). Comment un engrenage infernal serait encore évitable ? 

Daria Douguine : Les sanctions anti-russes commencent à exsanguer l’économie européenne. Le Pen, lors du débat avec Macron, les a qualifiés à juste titre de « harakiri » pour l’économie française. Mais réfléchissons, qui a besoin d’une Europe affaiblie ? Affligée après le COVID, affaiblie par les sanctions anti-russes, l’Europe devra concentrer toutes ses forces sur la question du sauvetage de sa propre économie, dans une telle situation les bénéficiaires sont les USA, qui parviennent à établir leur contrôle sur le continent. Un Rimland indépendant est inacceptable pour la civilisation anglo-saxonne, le sentiment anti-américain et anti-OTAN croissant (en France, remarquez, Mélanchon, Le Pen, Zemmour et de nombreux autres candidats ont activement critiqué l’appartenance de la France à l’OTAN et ont appelé à un scénario presque gaulliste de 1966) est une menace pour la domination mondiale des États-Unis. Par conséquent, l’idée de sanctions anti-russes a été mise en œuvre dans le but intéressé d’affaiblir la région. Les élites de l’UE ont agi comme des intermédiaires, des mandataires des mondialistes dans cette entreprise, et ont porté un coup au bien-être des peuples et des populations européennes.


Breizh-info.com : Le mot de la fin ?

Daria Douguine : Je demande instamment à tous les lecteurs de faire preuve d’esprit critique et de remettre en question les rapports publiés par les médias. Si les élites libérales occidentales insistent tant pour soutenir Kiev et diaboliser Moscou, c’est qu’il y a une logique de bénéfice derrière tout cela. Il faut tout remettre en question. Il s’agit d’un principe important qui nous permet de garder un regard sobre. Dans une société du spectacle, de la propagande et de la nature totalitaire des systèmes occidentaux, le doute est une étape fondamentale pour sortir de la caverne…


Propos recueillis par Yann Vallerie pour Breizh Info

Alexandre Douguine choqué devant la carcasse en feu  de la voiture de Daria

La voiture de Daria Douguine quelques secondes 
après l'explosion de l'engin explosif

Billie Eilish - Everybody Dies (Official Lyric Video)


 Billie Eilish
Listen to "Everybody Dies" from the new album “Happier Than Ever”, out now: https://BillieEilish.lnk.to/HappierTh... Follow Billie Eilish: Facebook: https://BillieEilish.lnk.to/Facebook Instagram: https://BillieEilish.lnk.to/Instagram Twitter: https://BillieEilish.lnk.to/Twitter TikTok: https://BillieEilish.lnk.to/TikTok YouTube: https://youtube.com/BillieEilish Email: https://smarturl.it/BillieEilishEmail Store: smarturl.it/BillieEilishStore Music video by Billie Eilish performing Everybody Dies (Lyric Video). © 2021 Darkroom/Interscope Records

Source Traduction : https://greatsong.net/traduction-everybody-dies-billie-eilish

Everybody Dies
Tout le monde meurt

Everybody dies, surprise, surprise
Tout le monde meurt, surprise, surprise

We tell each other lies, sometimes, we try
On se raconte des mensonges, parfois, on essaie

To make it feel like we might be right
De donner l'impression d'avoir raison

We might not be alone
Nous pourrions ne pas être seuls

Be alone
seuls

"Everybody dies," that's what they say"
Tout le monde meurt", c'est ce qu'ils disent

And maybe, in a couple hundred years, they'll find another way
Et peut-être que dans quelques centaines d'années, ils trouveront un autre moyen

I just wonder why you'd wanna stay
Je me demande pourquoi tu voudrais rester

If everybody goes
Si tout le monde part

You'd still be alone
Tu resterais seul

I don't wanna cry, some days I do
Je ne veux pas pleurer, parfois si

But not about you
Mais pas pour toi

It's just a lot to think about
C'est beaucoup de choses aux quelles je dois penser

The world I'm used to
Le monde auquel je suis habitué

The one I can't get back, at lеast not for a while
Celui que je ne peux pas récupérer, du moins pas avant un moment

I sure have a knack for seein' lifе more like a child
J'ai vraiment le don de voir la vie plus comme un enfant

It's not my fault, it's not so wrong to wonder why
Ce n'est pas ma faute, ce n'est pas si mal de se demander pourquoi

Everybody dies, and when will I?
Tout monde meurt, et quand est-ce que ça sera mon tour?

You oughta know
Tu dois savoir

That even when it's time, you might not wanna go
Que même quand c'est l'heure, tu ne voudras peut-être pas y aller

But it's okay to cry and it's alright to fall
Mais c'est bien de pleurer et de tomber

But you are not alone
Mais tu n'es pas seul

You are not unknown
Tu n'es pas inconnu

Le Monde Moderne - Carte postale au bord du gouffre, août 2022, vers la guerre?


 Le Monde Moderne

live at twitch.tv/lemondemoderne

vendredi 19 août 2022

OCCIDENT INTÉGRÉ — OCCIDENT DÉSINTÉGRÉ 19.8.2022 — Le briefing avec Slobodan Despot

 


Vidéo ici

  • Où l’on se demande ce qu’est cette chose étrange, l’Occident, comment elle pense, ce qu’elle veut, où elle se dirige; et où la question se pose tout de même de savoir si elle a encore envie d’exister.
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    Tony Bennett, Amy Winehouse - Body and Soul (from Duets II: The Great Performances)









     

    My heart is sad and lonely For you I sigh, for you dear only Why haven't you seen it I'm all for you body and soul I spend my days in longin' And wondering why it's me you're (ogling) I tell you I mean it I'm all for you body and soul I can't believe it It's hard to conceive it That you turn away romance Are you pretending It looks like the ending And less I could have one more chance to prove, dear My life a wreck you're making You know I'm yours for just the taking I'd gladly surrender myself to you body and soul My life a wreck you're making You know I'm yours for just the taking I would gladly surrender myself to you body and soul About Artists: Amy Winehouse, Tony Bennett Movie: Amy Awards: Grammy Award for Best Pop Duo/Group Performance Genre: Pop


    Body and Soul : la chanson  
    Par Jacques Protat, agrégé de l’université

    Le compositeur

    John Waldo Green, ou Johnny Green (1908-1989), chef d’orchestre, pianiste, arrangeur, compositeur et orchestrateur de musiques de films, est aussi le compositeur d’un petit nombre de chansons de bonne facture. Il travailla pour CBS dans les années 30, fut directeur musical de la MGM de 1949 à 1958, et chef du Hollywood Bowl Orchestra à la même période. Pour le cinéma, il a dirigé entre autres les orchestres que l’on entend dans Un Américain à Paris (Vincente Minelli, 1951, musique de George Gershwin) et West Side Story (Robert Wise et Jerome Robbins, musique de Leonard Bernstein, 1961).

    Après ‘Coquette’, déposée en 1928, l’année de son diplôme de Harvard, ‘Body and Soul’ est son premier grand succès, inséré en 1930 dans la revue Three’s A Crowd (271 représentations, malgré la dépression économique). Toutes les autres chansons de ce spectacle étaient d’Arthur Schwartz pour la musique et Howard Dietz pour les paroles (les auteurs de ‘Alone Together’ en 1932 et ‘You and the Night and the Music’ en 1934), mais ‘Body and Soul’ est la seule chanson de Three’s A Crowd qui retint l’attention et passa à la postérité.

    La structure de Body and Soul

    Elle est la plus courante pour une chanson de broadway des années 30 : un couplet d’introduction de 16 mesures suivi d’un refrain en AABA (4 x 8 mesures).

    Le couplet

    Entendons-nous bien sur le terme. Pour nous, maintenant, le couplet (en anglais, verse) raconte une histoire, et le refrain (chorus, ou refrain), d’une durée sensiblement égale au couplet, est la partie la plus accrocheuse et la plus répétitive de la chanson. Il s’inscrit dans une structure alternant couplet – refrain – couplet – refrain….

    Le couplet d’une chanson de Broadway des années 30 a une fonction différente : il s’agit d’une partie liminaire qui prépare l’auditeur en captant son attention (rôle de transition avec le numéro précédent), annonce le thème de la chanson, apporte des éléments nécessaires à sa compréhension, et à son intégration dans la scène. Il est rarement utilisé en-dehors du contexte spécifique pour lequel il a été conçu.

    Il arrive cependant que des standards soient interprétés avec leur couplet d’introduction—pensons à ‘Night and Day’, de Cole Porter (Gay Divorce, 1932) ou, pour le lecteur purement francophile, à “Autumn Leaves/Les Feuilles Mortes” par exemple, que les chanteurs et chanteuses de jazz interprètent assez souvent avec son couplet, “Oh je voudrais tant que tu te souviennes…”. Cette pratique est cependant beaucoup plus rare chez les instrumentistes : musicalement, le couplet est généralement une longue ligne mélodique peu accrocheuse (l’accroche, l’idée musicale la plus séduisante, étant réservée pour le refrain). Il se rapproche fréquemment du récitatif, et, même si une forme en A1A2 (2 x 4 lignes, la même mélodie étant répétée, sauf pour sa conclusion) était courante, l’insuffisance de répétition structurale et d’intérêt harmonique fait généralement du couplet un piètre support pour l’improvisation. Quand il est utilisé, le couplet conserve généralement sa fonction d’introduction — une ouverture ‘composée’, arrangée : comparez par exemple les deux arrangements différents du couplet de ‘Night and Day’ par Django Reinhardt en 1947 et 1953 sur le double-CD Pêche à la mouche (Verve 835 418-2).

    Le couplet de ‘Body and Soul’ est de 16 mesures. Voici une description par Alec Wilder de sa musique (notre traduction) :

    Son couplet est aussi étrange et sans précédent que son refrain. Basé sur une pédale de Fa [Mi bémol dans notre partition, qui est dans la tonalité courante], il monte jusqu’à un Sol haut par des intervalles difficiles, chacun étant soutenu par un accord. Après quatre mesures, la tonalité change de 4 bémols à un bémol. Après ces 8 mesures dramatiques, nous trouvons une nouvelle idée en La mineur, mais cette fois sans que chaque note soit enveloppée dans un accord. Puis, après un retour à un accord de Do7 de dominante, une dernière croche de La bémol annonce d’autres innovations. Et nous retrouvons effectivement 3 bémols à la clé, et donc Fa mineur, qui est la tonalité dans laquelle le refrain commence.

    Il s’agit donc d’un couplet d’une complexité inhabituelle, d’un abord peu aisé. Le public des théâtres new-yorkais devenait exigeant, et les chansons plus intéressantes, faisant appel à une certaine culture, tant musicale que littéraire.

    Le refrain

    Après le couplet vient le refrain ou chorus, dont on distingue les trois parties A, à-peu-près identiques musicalement, et le pont B (en anglais, release ou bridge). Dans une construction de ce type, A1A2BA3, le pont B est en principe très distinct, des points de vue de la mélodie, de l’harmonie et parfois du rythme, des parties A. Dans ‘Body and Soul’, le contraste A/B est presque exclusivement harmonique, et la relative complexité harmonique et mélodique du pont (dans 2 tonalités différentes de celle des A, soit 3 changement de tonalité en 8 mesures) explique sans doute en grande partie l’intérêt qu’y trouvent les improvisateurs depuis 70 ans : le pont vient relancer l’intérêt d’un thème qui serait un peu terne sans lui.

    Pour les jazzmen, et les instrumentistes en particulier, un standard est habituellement limité au refrain : sa mélodie, et surtout sa grille harmonique servant de support à l’improvisation. De là l’expression “prendre un chorus”, pour l’improvisation sur une grille complète. C’est la seule partie de la chanson qui doive retenir l’attention de l’étudiant de ‘Body and Soul’ en tant que standard de jazz.

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    Suite

    Les paroles

    Un travail d’équipe

    Pour les spectacles de Broadway comme pour les films des grands studios, les producteurs font généralement appel à une équipe composée d’un compositeur et de son parolier attitré : Arthur Schwartz et Howard Dietz (cités plus haut), Richard Rodgers et Lorenz Hart par exemple dans les années 30, ou encore George Gershwin et son frère Ira. Les deux exceptions les plus notables dans l’histoire de Broadway sont Cole Porter et Irving Berlin, qui écrivaient paroles et musique.

    Des circonstances particulières — difficulté, urgence… — peuvent faire que cette logique d’une collaboration de spécialistes soit poussée plus loin. Ainsi, pour l’écriture des paroles de ‘Body and Soul’, Johnny Green a utilisé les services de plusieurs paroliers : Edward Heyman, Robert Sour et Frank Eyton. Inversement, ‘Coquette’, citée plus haut, fut en réalité composée par Johnny Green et Carmen Lombardo, avec des paroles de Gus Kahn. Composer ou écrire les paroles d’une chanson à plusieurs reste cependant une pratique assez peu courante.

    Edward Heyman (1907-  ) est également l’auteur des paroles de deux autres chansons de Johnny Green qui sont passées à la postérité, ‘I Cover the Waterfront’ (1933) et ‘I Wanna Be Loved’ (1934, avec Billy Rose).

    ‘Body and Soul’

    ‘Body and Soul’ est un parfait exemple de torch song, chanson d’amour triste, ou complainte, dont Billie Holiday a été la plus grande interprète (‘Lady Day’ a chanté ‘Body and Soul’). Les années 30 et 40 ont vu fleurir la torch song en même temps que la relation amoureuse prenait une place importante dans les préoccupations populaires.

    Life’s dreary for me, days seem to be long as years.
    I look for the sun, but I see none through my tears.

    Your heart must be like a stone
    To leave me here all alone,
    When you could make my life worth living
    By simply taking what I’m set on giving.

    COUPLET

    Le personnage que l’on nomme “le chanteur” — l’équivalent du narrateur dans un roman — fait part dès la première ligne de sa tristesse. Sa vie est “morne”, ou “monotone” et ne vaut pas d’être vécue, puisqu’une personne au cœur de pierre le laisse seul, refusant de prendre le cœur que le chanteur lui offre. Il s’agit à l’origine d’une chanteuse, mais ‘Body and Soul’ peut être interprétée indifféremment par un homme ou une femme  : c’est une précaution élémentaire de tout parolier qui se respecte que de faire en sorte que l’adaptation nécessaire soit facile ou, comme c’est le cas ici, inutile.

    My heart is sad and lonely,
    For you I sigh, for you, dear, only.
    Why haven’t you seen it?
    I’m all for you, body and soul!

    A1
    (2 mesures par ligne)

    En affirmant “Je suis tout à vous, corps et âme”, on pourrait croire que le chanteur/la chanteuse s’offre à l’être aimé, mais ce n’est pas encore le cas : il/elle exprime son dépit de n’être pas aimé en retour. Sa tristesse (“Mon cœur est triste et solitaire / Pour vous seul, chéri, je me lamente”) est mêlée de regret : “to sigh for” signifie aussi “regretter”, et “Pourquoi ne l’avez-vous pas vu ? / Je suis à vous, corps et âme !” est l’expression même du dépit amoureux.

    I spend my days in longing
    And wond’ring why it’s me you’re wronging,
    I tell you I mean it,
    I’m all for you, body and soul!

    A2

    Le deuxième A confirme le message du premier, mais à la tristesse et au regret vient s’ajouter le reproche, qui fait écho au “cœur de pierre” du couplet : “Je me languis de vous chaque jour, / Et me demande pourquoi c’est à moi que vous faites du tort, / Je vous le dis du fond du cœur, / Je suis à vous, corps et âme !”.

    I can’t believe it,
    It’s hard to conceive it
    That you’d turn away romance.
    Are you pretending,
    It looks like the ending
    Unless I could have one more chance to prove, dear.

    B

    Pour la première phrase du pont, le compositeur Johnny Green ne joue pas sur un contraste rythmique ou de phrasé, puisque la phrase mélodique correspondant à “I can’t believe it” est identique au début de la dernière phrase de A2 (“I’m all for you”). Identique, mais transposée ½ ton plus haut, ce qui relance l’intérêt, et devrait amener de la part des paroliers la recherche d’une montée équivalente dans l’intensité des sentiments exprimés.

    La rupture musicale A/B est donc très relative, et c’est également le cas de la variation thématique des paroles. Alors que pont pourrait donner lieu à une digression ou un changement de perspective, le premier thème abordé est l’incompréhension : “Je ne puis le croire / Il est difficile de concevoir / Que vous repoussiez l’amour.” Or le chanteur s’était déjà demandé 3 lignes plus haut pourquoi on lui faisait du tort en repoussant son amour.

    Avec le deuxième changement de tonalité intervient une deuxième évolution du discours, presque aussi ténue que la première : “Faites-vous semblant, / Il semble que tout soit fini / Sauf si je pouvais avoir encore une chance de prouver, chéri(e)”. La rime ending-pretending est un cliché de la chanson populaire, et il semble que les paroliers y croyaient si peu qu’ils se sont dispensés de mettre un point d’interrogation à la fin de leur question. Néanmoins un nouveau thème est abordé brièvement, celui du soupçon, qui mène directement à celui, plus cohérent, de l’espoir. Cohérent, puisqu’il était annoncé dans le couplet : “Vous pourriez faire que ma vie vaille d’être vécue”, mais aussi la seule lueur dans un ensemble profondément sombre. Juste après, musique et paroles redescendent vers la tonalité première, mais la note d’espoir apportée trouvera sa résonance à la fin.

    My life a wreck you’re making,
    You know I’m yours for just the taking;
    I gladly surrender
    Myself to you, body and soul!

    A3

    Le retour au thème musical s’accompagne d’une exacerbation des sentiment exprimés jusque-là. La tristesse se mue dans un premier temps en désespoir : “Vous faites de ma vie un naufrage”. Mais ce paroxysme est immédiatement suivi d’un abandon total à l’être aimé.  “Vous savez que je suis à vous, vous n’avez qu’un mot à dire ;/ Je me livre dans la joie / A vous, corps et âme !”

    Les variations du texte

    Le texte étudié plus haut est le texte de la chanson telle qu’elle est publiée. Des adaptations sont souvent faites par les interprètes des standards, souvent pour adapter le texte à leur usage de la langue, pour mieux “sentir” le texte et donc mieux le faire passer, ou bien parce qu’ils ont repris le texte de quelqu’un qui l’avait adapté, que leur mémoire les a trompés…. Ainsi, Chet Baker, dans un enregistrement hautement recommandable de 1985 (Chet Baker Sings Again, Timeless Records CD SJP 238), remplace “sigh” par “cry”, et  “it looks like the ending, unless I could have” par “don’t say it’s the ending, I wish I could have” ainsi que “wreck” par “hell”. Quel que soit leur auteur, ces trois substitutions s’expliquent facilement par leur aspect plus ‘naturel’ pour une oreille contemporaine. En revanche, rien n’explique que Chet inverse les troisièmes vers de A1 et A2, si ce n’est la reprise d’une erreur ou la trahison de sa mémoire.

    La traduction d’Emélia Renaud

    La Billie Holiday française serait sans doute Edith Piaf. Mais la traduction qui suit, de 1947, évoque plutôt le style dans lequel Jean Sablon aurait pu l’interpréter :

    Ma vie est triste, les jours me semblent des ans.
    A travers mes pleurs, je ne puis guère voir les champs.
    Ton cœur doit être endurci
    Pour m’abandonner ainsi,
    Je pourrais avoir tant de bonheur
    Si tu voulais simplement prendre mon cœur.

    COUPLET

    “Le soleil” ne rimerait pas, d’où l’irruption des champs, dont on se demande bien pourquoi le chanteur voudrait les voir, alors que la métaphore du soleil que les larmes empêchent de voir avait un sens, à défaut d’une originalité bouleversante. “To be set on doing something” signifie “tenir absolument à faire qqch.” Une traduction littérale des deux dernières lignes serait donc “Alors que tu pourrais faire en sorte que ma vie vaille d’être vécue, en prenant simplement ce que je tiens à donner.”

    La tâche du traducteur n’est pas aisée, mais celle d’un traducteur de chanson est particulièrement ardue, car il doit respecter les règles de la prosodie musicale, c’est-à-dire coller à la mélodie en faisant coïncider accents de mots et accents musicaux, tout en respectant le sens et un schéma de rimes. Le traducteur est donc forcément un traître, selon la formule consacrée. L’étudiant attentif saura repérer dans la traduction qui suit quelques trahisons qui viennent détruire la construction décrite plus haut. Il aura également remarqué que l’auteur de ces lignes se garde bien d’en proposer une meilleure !

    Mon cœur est désespéré.
    Pour toi il ne fait que soupirer
    Ne sais-tu pas déjà
    Que je t’aime passionnément ?
    A1
    Je me demande toujours
    Pourquoi il n’y a plus de beaux jours,
    Crois moi quand je te dis
    Que je t’aime passionnément !
    A2
    Je ne puis croire,
    Ni même concevoir
    Que tu éludes l’amour.
    Veux-tu prétendre
    Que c’est le dénouement,
    Faut-il à jamais nous séparer, chéri ?
    B
    Mon cœur est conciliant,
    Et d’amour pour toi il est rempli ;
    Je ne veux que t’aimer
    Passionnément, passionnément.
    A3

    La traduction d’Emélia Renaud (serait-ce plutôt Amélia ?) a le mérite d’être ‘chantable’, et de rimer approximativement. Pour le reste… Si nous ne prenons comme exemple que le dernier A, la distribution de “Mon cœur est con-ci-li-ant” est malheureuse, avec ses accents rythmiques sur “cœur” et “con-”, et le nécessaire écartèlement de “conciliant” sur 3 noires et une blanche pour le son “an” (chantez-le sur le début du thème, puisqu’il s’agit de sa reprise, vous comprendrez qu’il ne suffit pas de savoir compter les syllabes pour écrire des paroles de chanson !). L’inversion ‘poétique’ de “d’amour pour toi il est rempli”, est aussi peu naturelle à l’oreille que “d’amour, belle marquise, vos beaux yeux me font mourir”, et donc malvenue dans une chanson populaire. Quant à la répétition finale, elle n’a d’autre intérêt que de remplir les deux mesures.

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    Body and Soul au cinéma

    Pour une étude du destin cinématographique de ‘Body and Soul’, voici l’article de Marion Vidal et Isabelle Champion :

    Cette chanson de l'amour fou, de la femme soumise “ corps et âme ” à l'homme qui la délaisse, fut un des grand succès d'Helen Morgan. Ann Blyth — doublée par Gogi Grant — la reprit avec une troublante émotion dans The Helen Morgan Story (Pour elle un seul homme. Michael Curtiz, 1957), à l'intention de Paul Newman, le goujat de l'histoire... Créée par Libby Holman dans le show Three’s a Crowd, elle fut également interprétée par Janis Paige dans Her Kind Of Man (Frederick De Cordova, 1946) et par Ida Lupino, doublée par Peg LaCentra, dans The Man I Love (id. Raoul Walsh, 1947).  Trois versions jazz sont à signaler.  La première par Coleman Hawkins : elle fut un de ses grands succès en 1939 et on peut l'entendre dans The Color Purple (La Couleur Pourpre. Steven Spielberg, 1985).  La seconde, plus récente, par Dexter Gordon dans 'Round Midnight (Autour de minuit.  Bertrand Tavemier, 1986).  La troisième par Benny Goodman, sur la bande sonore de Radio Days (id.  Woody Allen, 1987). Ce grand standard donna son titre à Body And Soul (Sang et or.  Robert Rossen, 1947), mais il ne figurait pas dans le remake homonyme de George Bowers en 1981. En revanche, on l'entend dans They Shoot Horses, Don't They? (On achève bien les chevaux.  Sydney Pollack, 1969), After Hours (id. Martin Scorsese, 1985), Legal Eagles (L'Affaire Chelsea Deardon. Ivan Reitman, 1986)...


    Source : http://musique.ac-dijon.fr/bac2001/jazz/chanson1.htm

    http://musique.ac-dijon.fr/index.php