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jeudi 29 octobre 2026

La violence des ouvriers en abattoir et celle des flics en rue : des causes identiques ?

 
I. LA VIOLENCE DES OUVRIERS EN ABATTOIR

L'explication sociologique et psychologique selon laquelle la violence des ouvriers en abattoir résulte de l'organisation et du management néolibéral trouve sa source théorique majeure dans les travaux du psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours. Cette thèse a ensuite été largement relayée et appliquée aux abattoirs par plusieurs journalistes, sociologues et cinéastes lors de la diffusion des vidéos de l'association L214.
Plus qu'une simple "justification", ces analyses proposent une explication systémique de la maltraitance animale, démontrant que les ouvriers en sont les exécutants sous la pression de logiques qui les dépassent.

Les concepts clés développés dans la littérature à ce sujet incluent :

1. Les stratégies de défense et la "banalisation du mal"
 

Dans ses ouvrages comme Souffrance en France ou Conjurer la violence, Christophe Dejours étudie comment le management moderne pousse à la déresponsabilisation. Pour tenir face à des cadences infernales et à la tâche intrinsèquement violente de donner la mort, les ouvriers doivent anesthésier leur propre empathie et leur affectivité.
Cette "stratégie de défense" collective se transforme parfois en une violence défensive ou exutoire contre l'animal, qui cesse d'être perçu comme un être sensible pour devenir un simple objet industriel en retard sur la ligne de production.
 

2. Le concept de "Souffrance humaine" partagée
 

Plusieurs articles de sociologie et enquêtes de terrain partagent cette grille de lecture :
 

* L'enquête de Geoffrey Le Guilcher : Dans son livre-infiltration Steak Machine, le journaliste décrit comment la recherche absolue de rentabilité et la flexibilisation du travail (propres au néolibéralisme) brisent psychologiquement les hommes. La violence exercée sur l'animal devient alors le reflet direct de la violence managériale subie par l'humain.
 

* Le travail de Séverin Muller : Dans son ouvrage sociologique À l'abattoir, il analyse comment la modernisation et l'industrialisation tardive de la filière viande ont importé des méthodes de gestion de flux tendus particulièrement brutales pour les collectifs de travail.
 

* Le documentaire Entrée du personnel (Manuela Frésil) : Ce film démontre comment les contraintes de temps imposées par l'organisation capitaliste forcent les ouvriers à des gestes mécaniques dénués d'humanité.
En somme, ces écrits ne cherchent pas à dédouaner individuellement les auteurs d'actes cruels, mais à démontrer que le coupable originel est le modèle productiviste et managérial, qui exige un rendement incompatible avec le respect du bien-être animal et de la dignité humaine.
 

II. LA VIOLENCE DES FLICS EN RUE 
 

De nombreux chercheurs, s'inspirant des mêmes concepts de Christophe Dejours ou de la sociologie des organisations, transposent cette grille de lecture à la police (notamment lors du maintien de l'ordre).
 

Voici comment se déploie cette analogie entre le management de l'abattoir et le management de la police policière :
 

1. Le "management par les chiffres" et la perte de sens
Tout comme l'ouvrier d'abattoir est soumis à des cadences (nombre de bêtes abattues par heure), la police a connu une mutation néolibérale majeure avec l'introduction de la Lolf (Loi organique relative aux lois de finances) et la "politique du chiffre".
 

* En rue, l'évaluation des fonctionnaires ne se fait plus sur la qualité du lien social ou de la pacification, mais sur des indicateurs quantitatifs mesurables : nombre d'interpellations, de gardes à vue, ou de contraventions.
 

* Ce management par objectifs pousse à une industrialisation de l'activité policière, où la réponse standardisée, rapide et brutale prime parfois sur l'analyse humaine de la situation.
 

2. Les stratégies de défense et la désensibilisation
 

Face à la violence intrinsèque de leur milieu (la misère sociale, le danger, les confrontations), les policiers, comme les ouvriers d'abattoir, développent ce que la psychodynamique du travail appelle des stratégies de défense collectives.
 

* Pour tenir psychologiquement, il y a une obligation d'anesthésier l'empathie.
 

* Cette armure psychologique peut mener à une altérisation ou une réification de la personne en face (le manifestant, le délinquant ou le citoyen contrôlé devient une "cible", un flux à gérer, ou un obstacle à l'ordre public, perdant sa singularité humaine, tout comme l'animal devient une "carcasse potentielle").
 

3. La violence défensive et l'isolement institutionnel
 

Dans les deux cas, la violence visible en bout de chaîne est souvent une violence exutoire ou défensive face à une souffrance organisationnelle.
 

* Les policiers se sentent pris en étau entre des ordres hiérarchiques déconnectés du terrain, un manque de moyens chroniques (le "travail empêché" ou de mauvaise qualité) et une hostilité publique grandissante.
 

* Ce sentiment d'isolement renforce l'esprit de corps (le "corporatisme") qui légitime en interne l'usage d'une force disproportionnée comme réflexe de survie du groupe, sous couvert d'injonctions managériales de "reprise du terrain".
 

En synthèse : La déresponsabilisation systémique
 

Dans les deux configurations, le système néolibéral tend à isoler l'acte violent en le faisant passer pour une simple "bavure individuelle" (le "mauvais ouvrier" cruel, la "pomme pourrie" chez les flics). L'analyse structurelle démontre au contraire que c'est l'organisation managériale elle-même — qui exige de la performance brute sans donner les moyens éthiques et humains d'y parvenir — qui produit industriellement cette violence.
 

Voici les deux références majeures en sociologie qui théorisent cette mutation :
 

Christian Mouhanna (coauteur de Police : des chiffres et des doutes) : Il démontre comment l'introduction du management par les chiffres a détruit l'autonomie et le discernement des policiers du quotidien. La pression statistique pour "faire du résultat" (interpellations à la chaîne) remplace la mission de protection de la population par une logique purement comptable et répressive.
 

Fabien Jobard (notamment dans Politiques du désordre) : Spécialiste de la sociologie policière, il analyse comment la doctrine du maintien de l'ordre s'est durcie et technocratisée. En s'éloignant des logiques de négociation pour adopter des réponses militarisées et standardisées, l'institution finit par générer mécaniquement de la confrontation et de la brutalité sur le terrain.
 

III. MANAGEMENT NEO-LIBERAL ET... NAZISME : UN LIEN A ETABLIR ?  
 

Il est établi par l'historien français Johann Chapoutot, spécialiste du Troisième Reich, dans son essai phare Libres d'obéir : Le management, du nazisme à aujourd'hui (publié en 2020).
 

L'historien ne prétend pas que le nazisme a inventé le management, mais il démontre une filière historique et conceptuelle directe entre les structures technocratiques du IIIe Reich et les méthodes du management par objectifs (MBO) ou du New Public Management.
 

La démonstration s'articule autour de trois points majeurs, qui résonnent directement avec la notion de violence systémique :
 

1. La figure clé : Reinhard Höhn
 

Le livre s'appuie sur la trajectoire de Reinhard Höhn, un juriste de haut rang et général SS (SS-Oberführer). Durant le nazisme, il théorise la Menschenführung (la conduite des hommes) pour optimiser le rendement de la "force productive" de la race.
 

* Après 1945 : Totalement blanchi, il fonde en 1956 la très prestigieuse Académie des cadres de Bad Harzburg.
 

* L'impact : Il y forme plus de 600 000 cadres des plus grandes entreprises européennes (BMW, Bayer, etc.) aux techniques modernes de gestion.
 

2. Le concept de "Liberté d'obéir" (L'autonomie aliénante)
 

Höhn et les technocrates nazis étaient obsédés par la destruction de la bureaucratie lourde, jugée inefficace et "non-germanique". Ils ont promu un management basé sur la délégation de responsabilité :
 

* La hiérarchie fixe un objectif non négociable (ex: déporter X personnes, abattre X bêtes, faire X interpellations).
 

* L'exécutant est laissé "libre" de choisir ses moyens et sa méthode pour y parvenir.
C’est le cœur de la violence managériale néolibérale actuelle : en donnant l’illusion de l’autonomie au travailleur, on déplace la responsabilité de la violence et de l'échec sur lui. S'il craque ou s'il brutalise (l'animal en abattoir ou le citoyen en rue), c'est qu'il a "mal géré" son autonomie, dédouanant ainsi totalement la structure qui a fixé l'objectif délirant.
 

3. La réification et le darwinisme social
 

Dans l'idéologie nazie, la société n'est qu'un ensemble d'agences en concurrence biologique pour la survie. L'humain et l'animal y sont réduits à de simples "ressources" ou des flux logistiques. Le management moderne a hérité de cette approche purement comptable, antihumaniste et utilitariste du vivant.
 

Si l'ouvrage de Chapoutot a reçu un écho retentissant dans la critique du néolibéralisme (comme sur la plateforme Souffrance et Travail), il a également été très vivement contesté par certains historiens de l'économie et chercheurs en gestion. Ces derniers rappellent que les racines du management moderne (Taylorisme, Fordisme, théories d'Alfred Sloan chez General Motors) sont avant tout nées aux États-Unis bien avant l'avènement du nazisme.
 

Johann Chapoutot lui-même insiste sur ce point pour clarifier les malentendus : son travail ne cherche pas à invalider l'histoire du taylorisme américain, mais montre comment le nazisme l'a intégré, digéré et radicalisé.
 

Le lien qu'il établit permet de concilier les deux approches à travers plusieurs arguments clés :
 

1. La "germanisation" des concepts américains
 

Dans les années 1920 et 1930, l'Allemagne est fascinée par la modernité industrielle des États-Unis. Les ingénieurs et intellectuels de la république de Weimar étudient de près le taylorisme (l'organisation scientifique du travail) et le fordisme (la chaîne de montage).
Le régime nazi n'a pas rejeté cette efficacité technique. Au contraire, des technocrates comme Reinhard Höhn ont traduit et acclimaté ces méthodes au contexte allemand sous le terme de Menschenführung (la conduite des hommes). L'usine Volkswagen par exemple, créée sous le IIIe Reich, a été explicitement modélisée sur l'usine ultra-moderne de Ford à River Rouge.
 

2. Le passage de la "machine" à la "biologie"
 

Là où Chapoutot apporte une nuance cruciale qui ne contredit pas l'origine américaine, c'est sur la nature de la contrainte :
 

* Le taylorisme américain traite l'ouvrier comme un rouage mécanique, une pièce de machine interchangeable à qui l'on impose des gestes chronométrés. C'est une discipline externe, visible et autoritaire.
 

* Le management nazi, confronté à la nécessité d'administrer un immense empire en guerre avec peu de personnel, pousse la logique plus loin. Il abandonne la lourdeur bureaucratique pour proposer l'illusion de l'autonomie. On ne demande plus à l'humain d'être une machine, on exige qu'il adhère biologiquement et joyeusement à l'objectif de rendement.
 

3. La matrice de la "délégation" moderne
 

Les historiens de la gestion rappellent souvent que le concept officiel de Management par Objectifs (MBO) a été popularisé par l'Américain Peter Drucker dans les années 1950.
Chapoutot ne dit pas le contraire, mais il rappelle qu'au même moment en Europe, l'ancien général SS Reinhard Höhn formalisait exactement la même chose à l'Académie de Bad Harzburg sous le nom de « management par délégation de responsabilité ».
Les deux fleuves (l'américain et le nazi) ont donc conflué après la Seconde Guerre mondiale pour donner naissance au management néolibéral globalisé. Le nazisme a servi de laboratoire de radicalisation de l'utilitarisme industriel né aux États-Unis, en y ajoutant une déresponsabilisation totale de la hiérarchie au nom de la "liberté" de l'exécutant.



vendredi 9 octobre 2026

Les blessés éborgnés par les forces de l'ordre ne le sont pas par accident... une situation que le RIC pourrait rapidement modifier...


Source :  https://reflets.info/articles/les-blesses-eborgnes-par-les-forces-de-l-ordre-ne-le-sont-pas-par-accident

Le LBD 40 doit être retiré de la liste des armes de maintien de l'ordre

Selon le décompte partiel du collectif Désarmons-les, douze personnes ont perdu un œil dans la répression du mouvement des gilets jaunes. Quatre ont perdu une main. Les tirs de balles en caoutchouc avec les LBD 40 ne sont pas, contrairement à ce qu'affirme la police, imprécis. Enquête.
Franck, 20 ans, victime d'un tir de LBD 40. Il a perdu son oeil. - © Reflets
Derrière les chiffres froids des blessés, il y a des êtres humains, des souffrances, des séquelles qui resteront à vie. Franck, par exemple, a vingt ans. Le premier décembre 2018, il parlait avec sa mère au téléphone pour la rassurer alors que les manifestants étaient nassés autour de la place de l’Étoile. Il est soudain frappé au visage par un projectile tiré par un LBD 40 (lanceur de balles de calibre 40 mm), la nouvelle arme à la mode pour le maintien de l’ordre. Au cours des manifestations parisiennes couvertes par Reflets, nous avons pu constater la présence massive de cette arme dans les mains des forces de l'ordre engagées. Comme s'il était désormais impossible de contenir une manifestation sans cette arme. Qu'il s'agisse de policiers en civil ou de policiers en tenue, tous les groupes croisés disposent de ces lanceurs de balles en caoutchouc. Le LBD 40 a remplacé le "Flash Ball". Il est plus puissant (il porte plus loin) et il est plus précis.
Comparatif des différents lanceurs de balles en caoutchouc réalisé par la police - Document Taranis.
Comparatif des différents lanceurs de balles en caoutchouc réalisé par la police - Document Taranis.
« On voulait marcher symboliquement mais les lacrymogènes tombaient en pluie. On ne pouvait pas fuir, nous étions encerclés », explique Franck d'une voix posée. A terre, après avoir été percuté par un tir de LBD 40, un CRS lui appose une couverture de survie et, contrairement aux devoirs du fonctionnaire de police, celui-ci s’éloigne. Ce sont deux gilets jaunes qui vont le prendre en charge, appeler sa mère et les pompiers. Franck est l’une des douze personnes éborgnées depuis le mois de novembre, selon le décompte partiel du site Desarmons.net. Quatre personnes ont perdu une main dans l'explosion de grenades.
Descriptif du LDB 40 par la police dans un document interne - D.R.
Descriptif du LDB 40 par la police dans un document interne - D.R.
Rarement un mouvement social aura été réprimé aussi violemment. "Le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd'hui, tout simplement ridicule", expliquait le chercheur Fabien Jobard dans un entretien au Monde le 20 décembre dernier.

Comment peut-on intellectuellement justifier des mutilations à vie ?

Dans le même temps, le donneur d'ordre des forces de l'ordre, c'est à dire le pouvoir exécutif, multiplie les appels au calme de la part des manifestants et martèlent que le président Emmanuel Macron a répondu très largement à leurs demandes. Dans les faits, c'est faux, mais cela conforte l'idée selon laquelle les manifestants qui continueraient de manifester n'auraient pas de raison valable de le faire. A tel point que des membres du gouvernement ont employé le terme "factieux" pour les désigner. Difficile pourtant de voir dans les cohortes de parents, de mamies et de papys qui défilent dans les rues de Paris, de dangereux factieux... Est-ce à dire qu'une fois qualifiés de "factieux", le gouvernement trouve intellectuellement acceptable de mutiler à vie des citoyens ?
Steven, blessé le 8 décembre - D.R.
Steven, blessé le 8 décembre - D.R.
Steven, vingt ans comme Franck, était à la manifestation parisienne le 8 décembre. Il en est revenu avec une fracture ouverte à la main, une autre au tibia.
Steven a été blessé à la main - D.R.
Steven a été blessé à la main - D.R.
« On était encerclés. Je m’étais pris la tête avec des casseurs. Au début, j’ai cru que c’était eux. Mais non. J’ai pris une balle de LBD 40 dans le tibia et des coups de matraque sur la main. J’ai perdu connaissance et je me suis réveillé à l’hôpital », confie-t-il.
Le tir de LBD a provoqué une fracture ouverte du tibia - D.R.
Le tir de LBD a provoqué une fracture ouverte du tibia - D.R.
Là, sa porte est gardée par deux policiers qui ne lui adressent pas la parole. Il comprend qu’il est en garde à vue. Comme Franck, il venait de Haute-Marne. A l’hôpital, sa demande de voir un avocat reste sans réponse. Il ne sera jamais interrogé et, soudainement, les policiers quittent le pas de sa porte. Il ne les reverra pas, pas plus que son téléphone. Aucun document ne lui sera remis. Il ne sait pas si des charges ont été retenues contre lui. Il garde toutefois de l'aventure un souvenir cuisant : deux mois en fauteuil et 45 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT).

Créer un sentiment de peur et de sidération ?

L’effet recherché par la répression violente qui s’est abattue sur les gilets jaunes est sans doute de les épouvanter pour que le nombre de manifestants baisse. Le résultat est toutefois inverse. Tous les blessés interrogés par Reflets affirment que leur détermination est renforcée.
Jim venait pour sa par de l’île d’Oléron, avec sa femme, pour participer à la manifestation du 8 décembre à Bordeaux. « On ne connaissait pas la ville. On a essayé de partir par les petites rues mais les policiers en civil bloquaient et nous tiraient dessus. J’ai voulu protéger ma femme, indique-t-il. Après… Je ne me souviens plus de rien ». Il a été victime d’un tir de LBD 40 au visage et a perdu un œil tandis que l’autre a perdu en acuité. « On m’a fait une piqûre d’adrénaline. Je me rends compte que j’ai failli y passer. Je me suis réveillé le dimanche. J’ai 15 fractures au visage et désormais, j’ai une plaque en titane sur le côté droit ». Tout comme Franck, qui a eu le crâne ouvert d’une oreille à l’autre pour passer sa plaque en titane.
Jim, blessé à Bordeaux a perdu un oeil. L'autre a perdu en acuité. - D.R.
Jim, blessé à Bordeaux a perdu un oeil. L'autre a perdu en acuité. - D.R.
« J’ai la rage, explique Jim. Je suis un ancien para. Si l’on vise la tête, c’est que l’on a des ordres ! 220 joules en pleine tête, ce n’est pas anodin. C’est pour faire peur aux autres. Qui radicalise l’autre ? Vous savez, tous les proches des victimes sont très en colère. Il faut changer la politique de maintien de l’ordre ». En effet...
Armement des forces de l'ordre en France et en Europe. Source : Acat France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - D.R.
Armement des forces de l'ordre en France et en Europe. Source : Acat France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - D.R.
Au cours de chacune des manifestation que nous avons suivies depuis le 8 décembre, le processus se répète : les manifestants marchent dans le calme. Soudain, les forces de l'ordre organisent une nasse. Enferment les manifestants dans un périmètre restreint pendant une demi-heure ou une heure. La tension monte, les forces de l'ordre tirent des gaz lacrymogènes, la tension monte encore d'un cran, les affrontements deviennent plus violents, la police riposte avec des grenades de désencerclement et des tirs de LBD 40. Il ne s'agit pas de prendre parti dans un match qui opposerait les gilets jaunes aux forces de l'ordre, mais de dresser un constat objectif, basé sur une observation in situ. A chaque fois que la police a nassé sans raison apparente les manifestants, cela a dégénéré. Ce fut le cas par exemple lors de l'Acte VIII quand la police a soudain stoppé la manifestation au niveau du musée d'Orsay et de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor. Jusque là, il n'y avait pas eu d'affrontements. A de très nombreuses reprises, l'usage des grenades de désencerclement ou les tirs de LBD étaient inutiles, la sécurité des forces de l'ordre n'étant pas mise en cause. Rien en tout cas qui ne pouvait se régler avec du gaz lacrymogène.
Plusieurs policiers interrogés par Reflets plaident l’erreur lorsque les tirs de LBD atteignent les visages. « Vous savez, en manif, vous faites des tirs réflexe, ça peut très bien atteindre le visage par erreur. Il y a de la fumée partout… Et puis on trimbale les armes dans des sacs, dans des coffres de voiture, les viseurs peuvent être déréglés », explique l’un d’eux. Mais cette théorie ne tient pas.
En effet, comme l'a relevé un internaute, les LBD 40 sont tous équipés d’un viseur électronique (holographique) de la société EOTech, réglés et scellés.
Le viseur holographique EOTech et les scellés. - © Reflets
Le viseur holographique EOTech et les scellés. - © Reflets
Selon un document de formation à l'usage des LBD mis en ligne par Taranis, « le viseur électronique permet des tirs réflexe précis et rapides ou des tirs ajustés par mauvaises conditions de visibilité ».
Document de formation au tir avec LBD de la police - Taranis
Document de formation au tir avec LBD de la police - Taranis
Selon les tests du bureau de l’armement de la police nationale effectués avec un LBD 40 muni de ce viseur, le cercle de dispersion, l’écart constaté entre deux tirs à 25 mètres est de 14 centimètres. On peut en conclure que pour être parfaitement précis, il faudrait utiliser cette arme à moins de 10 mètres, distance minimale retenue par la police pour un tir sur une personne si l'on veut éviter des lésions graves. Quoi qu'il en soit, la doctrine impose un tir dans les membres inférieurs, le thorax ou les membres supérieurs. C'est à dire des parties du corps qui sont à plus de 14 centimètres de la tête et plus particulièrement des yeux.
Test de précision du LBD par la police nationale (document Taranis) - Taranis
Test de précision du LBD par la police nationale (document Taranis) - Taranis
Au cours des dernières manifestations, nous avons pu constater que les tirs de LBD ne se font pas dans les jambes ou le torse, mais toujours à hauteur de visage ou au mieux, de plexus.
"Tant que la décision de tirer n’est pas prise, le LBD de 40 mm est maintenu en « position de contact » – pointée en direction de la menace, l’axe du canon sous l’horizontale, l’index le long du pontet, sans contact avec la détente." indique la doctrine. Un oubli ? - © Reflets
"Tant que la décision de tirer n’est pas prise, le LBD de 40 mm est maintenu en « position de contact » – pointée en direction de la menace, l’axe du canon sous l’horizontale, l’index le long du pontet, sans contact avec la détente." indique la doctrine. Un oubli ? - © Reflets
Le 15 octobre 2014, le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur, exposait les conditions d’utilisation du fameux LBD. Ce dernier « peut constituer, dans le respect des lois et des règlements, une réponse graduée et proportionnée à une situation de danger lorsque l’emploi légitime de la force s’avère nécessaire pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse ».
Pendant la manifestation du 5 janvier - © Reflets
Pendant la manifestation du 5 janvier - © Reflets
Le ministère précise que l’arme n’est pas létale (contrairement à certains fabricants qui qualifient ce type d'équipements de moins-létal) mais qu’elle peut occasionner des lésions graves à moins de 7 mètres. Il ne doit être utilisé « que pour protéger une valeur supérieure à celle sacrifiée par son usage » ou lors « d’un attroupement mentionné à l’article 431-3 du code pénal, en cas de violences ou voies de fait commises à l’encontre des forces de l’ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu’elles occupent ». Par ailleurs, le ministère précise que cette arme ne doit pas être employée pour viser la tête : « Il appartient au porteur de l’arme d’éviter de recourir au tir de Flash-Ball quand la personne en cause présente un état de vulnérabilité manifeste (blessure visible, état de grossesse apparent, situation de handicap évidente, âge de la personne visée, etc.). Les zones préférentielles de visée sont le torse et les membres supérieurs et inférieurs. La tête n’est pas visée ». Enfin, le ministère précise que la personne touchée doit rester « sous surveillance constante » des agents de police, ces derniers devant faire appel aux services de secours. En outre, un décompte précis des tirs doit être réalisé et donner lieu à des rapports circonstanciés. Aucun des blessés interrogés par Reflets ne mentionne la présence auprès d’eux de policiers après les tirs.
Le ministère est très précis sur les actions à mener après un tir au moyen d'un LBD 40 :
Après un tir, il convient de vérifier sans délai si la personne atteinte par un projectile et qui a été interpellée ne présente aucune lésion. Dans tous les cas, l’individu touché reste sous la surveillance constante des agents de la police ou de la gendarmerie nationales. Quelle que soit la zone corporelle atteinte, un examen médical doit être pratiqué dans les meilleurs délais et un certificat médical descriptif doit être délivré par le praticien. Dans tous les cas d’usage de l’arme, que celui-ci soit suivi ou non d’une interpellation, les circonstances l’ayant justifié, les différentes diligences éventuellement accomplies et l’ensemble des actes subséquents devront systématiquement faire l’objet d’un compte-rendu précis (procédure judiciaire, rapport administratif, message, etc.). Le cadre légal et les modalités d’utilisation (nombre de tirs, distance estimée, etc.) seront notamment mentionnés. Afin d’évaluer l’impact de l’emploi de ce matériel sur les conditions générales d’intervention face à des situations de violences et bénéficier ainsi d’un retour d’expériences significatif des difficultés rencontrées sur le terrain, à chaque usage opérationnel du LDB de 40 mm: – les militaires de la gendarmerie rendent compte à leur hiérarchie selon la procédure «EVENGRAVE»; – les fonctionnaires de police remplissent une déclaration individuelle, à titre de compte-rendu, via le traitement relatif au suivi de l’usage des armes (TSUA).
Les munitions doivent être comptées avant et après usage. Une piste pour les enquêteurs de l'IGPN qui se heurteront au défaut de numéro d'identification des policiers en civil, ceux-là même qui font un usage immodéré des LBD 40 depuis deux mois ?
Marie a eu plus de chance. Elle n’a pas été blessée. Mais elle fait partie des nombreuses personnes arrêtées « préventivement », avant même d’avoir vu le début d’une manifestation. « On débarquait du Jura. Nous étions environ 50 dans un bus. A peine sortis, on a été interpellés par la BAC. Nous avons fait 15 heures de garde à vue, nous avons été pris en photo sous toutes les coutures » explique-t-elle. « Je ne sais pas ce que vous foutez ici » lui aurait dit un officier de police judiciaire au commissariat. « Les femmes étaient entassées dans une cellule de dégrisement. Quand vous n’avez jamais eu affaire à la police, ça fait drôle de se retrouver dans une cellule couverte d’excréments. Je suis asthmatique et cardiaque. Je n’ai pas pu voir de médecin. Mais vous savez, ça renforce la détermination des 50. On ne se connaissait pas et maintenant, on se parle tous les jours ». Marie écope d'un rappel à la loi pour avoir "participé à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens". Elle pourra être poursuivie si elle commet une nouvelle "infraction" de ce type dans les six ans à venir. Un bon moyen de réduire le nombre de manifestants à l'avenir...
Les interpellations "préventives" sur la base d'un texte un peu flou voté sous Nicolas Sarkozy, ont été l'une des méthodes utilisées pour faire baisser le nombre de manifestants lors des différentes manifestations.

Quelles responsabilités ?

« Vous savez, ces blessures laissent des séquelles à vie. Nous sommes une sorte d’association des gueules cassées par armes de la police », explique un membre du collectif [Désarmons-les](www.desarmons.net). « Avant 2018 on avait 2 ou 3 personnes mutilées par ans. En 2018, avant les gilets jaunes, on était plutôt autour de 5. Depuis novembre, les chiffres explosent », poursuit-il.
L’usage des LBD est autorisé par le responsable hiérarchique, qui tient ses directives du préfet, qui les tient lui même du ministère, indique un policier. « C’est la plupart du temps oral et nous savons très bien que celui qui sera poursuivi, c’est le policier auteur des tirs, pas l’Etat », conclue-t-il.
Mais comme la plupart des policiers auteurs des tirs sont en civil, sans signe distinctif permettant de les identifier, les procédures ont peu de chances d’aboutir... Pratique.

dimanche 30 juillet 2023

Laissé pour mort par la BAC de Marseille après un tir de LBD, Hedi témoigne l Speech


 Hedi, 22 ans, a été touché par un tir de LBD, roué de coups et laissé pour mort par la BAC de Marseille. Une partie de son crâne a dû être retiré pour le sauver. Il témoigne et raconte comment il envisage l’avenir.

jeudi 27 juillet 2023

10 mois de prison pour une canette Macron et sa police impunité totale

 

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lundi 27 mars 2023

Violences d'État : Darmanin récidive


 Le 23 mars, les policiers et gendarmes agissant sous l'autorité de Gérald Darmanin ont procédé à 457 interpellations. Après des alertes de l'ONU et d'Amnesty internationale, les bavures policières françaises sont désormais pointées du doigt dans le monde entier. Dons défiscalisés et abonnements (5€/mois) ⬇️ https://www.off-investigation.fr/sout... Suivez-nous sur les réseaux sociaux : ▶ Twitter : https://twitter.com/OffInvestigatio ▶ Facebook : https://www.facebook.com/offinvestiga... ▶ YouTube :    / @offinvestigation...   Pour ne manquer aucun épisode : 📬 Abonnez-vous à notre newsletter : https://www.off-investigation.fr/ 🔔 Activez la cloche sur YouTube

lundi 18 juillet 2022

Des mitrailleuses à 1000 coups minute pour la gendarmerie française

 

Bon, les lobotomisés diront bien sûr que c'est pour notre sécurité.

Cette mitrailleuse qui tire 1000 coups à la minute, pilotée par vidéo, sera fixée aux nouveaux tanks de la gendarmerie, quelle que soit la mission. Glaçant.
Image

lundi 24 janvier 2022

Un homme passé à tabac par les forces de l’ordre lors de la manif à Bruxelles, la police réagit

 

Dimanche, une manifestation européenne s’est déroulée à Bruxelles contre les mesures sanitaires. D’après la police, elle a rassemblé quelque 50.000 personnes. Les organisateurs évoquent, eux, 500.000 participants. Plusieurs groupes d’extrême droite ont été repérés dans la foule. Des émeutes ont éclaté en fin de cortège. Mais la Zone de Police (ZP) Bruxelles Capitale Ixelles est aussi accusée de violences.


Vidéo ici 
https://www.7sur7.be/faits-divers/un-homme-passe-a-tabac-par-les-forces-de-lordre-lors-de-la-manif-a-bruxelles-la-police-reagit~a3874c35/

mercredi 22 décembre 2021

Alice : pour la paix sans concession


 


Je suis encore là debout après 2 mois Message de fin d'année à la grande Tribu d'Amour La Lumière est là Puisque tous les Je Suis sont là Amour en cette fin d'année 💜💜💜 https://t.me/PourquoiPas1Canal