dimanche 7 août 2022

lundi 8 août 2022 - Le point d'appui ukrainien de Peski est détruit

 source : https://alawata-rebellion.blogspot.com/

Pendant 8 années les forces ukrainiennes ont affronté les milices républicaines sur 480 kilomètres de réseaux de tranchées et de casemates dignes de la 1ère guerre mondiale, et l'omniprésence de chaque côté du front d'une artillerie héritée de la puissance soviétique a poussé les belligérants à fortifier en permanence leurs positions car, à Donetsk aujourd'hui comme à Verdun hier, "la sueur épargne le sang".

Dans le Donbass, si le front ukrainien au Sud est tombé après les libérations de Volnovakha et de Marioupol et au Nord, et a reculé au delà du territoire de la République Populaire de Lougansk après celles de Popasnaya, Severodonetsk et Lisichansk, il reste encore de nombreux bastions kiéviens sur le front et particulièrement sur ce front central, entre Donetsk et Gorlovka où se trouve les défenses ukrainiennes les plus solides car bénéficiant d'un réseau dense de localités industrielles propices aux défenses urbaines et directement au contact des deux cités les plus importantes ayant formé la République Populaire de Donetsk.

Ce front ukrainien entre Donetsk et Gorlovka est âprement défendu par un corps de bataille qui, bien qu'amoindri par plus de 5 mois d'offensives russo-républicaines, peut encore opposer une résistance désespérée mais efficace grâce à ce réseau de fortifications rendant très difficile et coûteux un assaut frontal. Cette résistance ukrainienne, qui de toute manière est vouée à l'échec face à la puissance de l'artillerie russe et à la bravoure de l'infanterie républicaine, pourrait même être qualifiée d' "honorable" si elle ne s'accompagnait pas de campagnes de bombardements terroristes génocidaires de plus en plus abjectes comme les récents minages des zones résidentielles de Donetsk et ses environs (voir les articles précédents iciici et ). Par ses crimes de guerre répétés l'armée ukrainienne s'est définitivement exclue du respect que tout soldat, même ennemi, peut recevoir de la part de son adversaire.

Tout d'abord, quelques rappels tactiques

Lorsqu'on évoque une ligne de front il serait plus juste de mettre se terme au pluriel car elle est constatée en réalité de plusieurs lignes de front articulées dans la profondeur du champ de bataille depuis les postes d'observation tactique silencieux au contact de l'adversaire et les points d'appui de la première ligne jusqu'aux camps retranchés de la troisième ligne d'où l'artillerie lourde mène sa stratégie d'attrition, en passant par les bastions de la deuxième ligne où se trouvent les forces de combat les plus importantes. 

Et ce schéma simpliste varie selon que le dispositif général est offensif ou défensif. Dans le cas d'un dispositif offensif il y a une plus grande concentration d'unités de combat vers l'avant, dans le cas d'un dispositif défensif son potentiel de combat pour une contre attaque éventuelle est plutôt organisé dans la profondeur derrière des unités de freinage et devant une artillerie de barrage. 

Depuis le début des opérations militaires russes en Ukraine, l'Etat major kiévien dans le Donbass est passé d'une dispositif offensif qui s'apprêtait à attaquer début mars les républiques irrédentistes de Donetsk et Lougansk à un dispositif défensif s'appuyant sur différents bastions renforcés depuis 5 mois. Voyons ici le secteur particulier de Donetsk :

Situation générale sur le front de Donetsk au 5 août 2022

Depuis début août, motivées par les bombardements meurtriers ukrainiens, les forces républicaines avec les appuis russes ont engagé de nouveaux assauts contre les positions ennemies enserrant Donetsk, Makeevka et Yasinovataya. 

Sur ce secteur de front d'environ 40 km de long, les forces ukrainiennes ont articulé leur ligne de défense autour de 2 bastions principaux : Avdeevka au Nord et Marinka au Sud et 1 bastion secondaire mais central : Krasnogorovka, à l'Ouest de Donetsk.

Avdeevka est le plus important de ces points d'appui et le mieux défendu car il bénéficie d'une part d'un milieu urbain industriel solide et disposant d'en réseau d'abris souterrains datant de la guerre froide, et d'autre part d'une ceinture de points d'appui retranchés et minés assurant une première ligne de défense extérieure fortifiée depuis 8 ans. 

Face au front républicain, ces points d'appui ukrainiens sont du Nord au Sud: Kamianka, la zone industrielle Promka, Opitnoe, Vodyane et Peski, cette dernière position étant directement au contact des districts urbains de Kuybishevsky et Kievsky, sur la périphérie occidentale de la zone aéroportuaire dans le Nord de Donetsk (quartiers Oktyabrsky, Veseloe, Volvo center).

Le secteur de Peski est défendu par le 21e bataillon de la 56ème Brigade mécanisée ukrainienne, renforcé par des unités d'artillerie et quelques groupes de nationalistes et spécialistes comme des snipers ou des sapeurs de combat.

Rappel : 

Peski est un petit village en périphérie de Donetsk où vivaient avant la guerre 2000 habitants. Situé sur un léger promontoire surplombant la ville, il est parsemé de petits étangs et traversé par la route E 50 qui rejoint Krasnoarmeïsk appelé Pokrovsk depuis le Maïdan (50km) et sur le Dniepr, Dnipropetrovsk (220km) 
  • Pendant les premiers combats de l'été 2014, Peski est le théâtre de violent affrontements entre les milices et les unités nationalistes ukrainiennes, notamment le bataillon spécial néo-nazi "Dnipro" qui finira par l'occuper le 21 juillet 2014. Depuis les forces ukrainiennes ont fortifié Peski et tous les autres villages environnants le Nord de l'aéroport de Donetsk.
  • Lors de la bataille pour le contrôle de l'aéroport de Donetsk pendant l'hiver 2014-2015, les milices républicaines de Donetsk autour des bataillons Sparta commandé par "Motorola" et Somali commandé par "Givi" vont conquérir de haute lutte la zone aéroportuaire du nouveau terminal, tandis qu'à l'Ouest, les forces ukrainiennes s'accrochent au village de Peski, malgré les ordres de repli qui leur sont initialement donnés.
  • Depuis 8 ans à partir de Peski les forces ukrainiennes vont continuer à affronter les les milices défendant les quartiers Nord de Donetsk, et bombarder les populations civiles des leurs zones résidentielles. A Peski comme sur les autres points d'appui extérieurs du bastion d'Avdeevka, la population a quitté le village qui n'est plus qu'un champ de ruines où n'ont jamais cessé les échanges de tirs.
Aujourd'hui :

Devant l'augmentation intense des bombardements terroristes sur Donetsk, les forces alliées ont engagé au début de ce mois d'août un assaut terrestre destiné à détruire ce point d'appui important qui forme un bouclier derrière lequel dans un rayon de 20 km environ peuvent opérer les unités d'artillerie ukrainiennes. 

Les combats menant à la libération de Peski ont été précédé de puissantes campagnes de bombardements menées avec tout l'arsenal disponible (Lance Roquette Multiples "Grad" "Uragan" "Smerch" "TOS", obusiers de 122 et 152mm aviation d'attaque au sol...) qui ont détruit nombre de positions enterrées, champs de mines et provoqué des pertes importantes parmi les ukrainiens, en assommant les survivants.

Il est difficile d'imaginer le niveau apocalyptique des frappes de l'artillerie russe préparant les assauts terrestres. Chaque position ukrainienne est bombardée par des tonnes d'obus, entre 300 et 500 munitions et parfois plusieurs fois par jour, qui en plus des pertes importantes occasionnées détruisent en profondeur les casemates enterrées, explosent un par un les dépôts de munitions et les champs de mines...


Malgré ce rouleau compresseur dantesque, les unités d'infanterie montant à l'assaut ont du engager des combats difficiles pour libérer Peski, progressant rue après rue, maison après maison et gagnant le terrain parfois au prix de corps à corps meurtriers. De leur côté, les forces ukrainiennes ont subi des pertes très importantes qui les ont obligé de reculer de l'autre côté d'une ligne de petits étangs traversant le secteur tandis que leur artillerie et blindés commençaient leur repli plus au Nord, vers Vodyane et Pervomaïkoe. 


Les forces alliées, principalement des unités d'assaut du 11e régiment républicain ("brigade Vostok) et du 1er bataillon de chars (bataillon Somali) progressent sous les appuis feu de l'artillerie des brigades Kalmius et Korsa ainsi que de l'artillerie et l'aviation d'attaque au sol russes.
"C'est juste l'enfer là bas" a déclaré Zelensky
en évoquant les combats autour de Avdeevka
Ici un "barrage de feu" russe sur des positions
ukrainiennes à Marinka, Sud-Ouest de Donetsk

Si le village de Peski est déclaré libéré depuis de 6 août, il y a cependant quelques uns de ses quartiers périphériques en direction de Vodiane au Nord et Pervomaïske au Nord-Ouest soient encore tenues par des dernières unités ukrainiennes couvrant leur repli vers la ligne d'eau formée par les étangs de Pervomaïske, Vodiane et Opitnoe, et sur laquelle va probablement se stabiliser la nouvelle ligne de défense ukrainienne... jusqu'au prochain assaut des forces alliés.

Ici la destruction d'une position ukrainienne 
située entre l'étang de Peskovkyi et l'église du
monastère de Svyato-Iverskogo Zhinochyy. Tir
d'obusier effectué au début du mois d'août.

Sur cette autre angle du bombardement russe, 
on observe la précision du tir et contrairement 
aux allégations ukro-atlantistes qui prétendent 
que c'est l'église du monastère qui a été touchée

Ces dernières résistances ukrainiennes dans Peski se sont regroupées dans le secteur des immeubles les plus hauts du village et surtout derrière une ligne d'eau longue d'environ 1 kilomètres et coupée uniquement par 2 passages (un passage terrestre et une passerelle) formant une barrière naturelle aux progressions alliées. Plusieurs renseignements précisent que des unités ukrainiennes, principalement appuis feu et des compagnies appartenant au 21e bataillon de la 56e brigade ukrainienne, durement amoindries par les bombardements et les combats,  se sont repliées vers le Nord tandis que des unités de conscrits et mobilisés mal formées et mal équipées auraient été envoyées pour les remplacer (à confirmer). 

A Peski, les forces ukrainiennes ont subi de lourdes pertes
sous les bombardements et les assauts de l'infanterie. Ici des
soldats ukrainiens ayant été surpris par un bombardement.

Sur le terrain de Peski, devenu lunaire à force bombardements, les forces alliées ont trouvé au milieu des ruines des dizaines de cadavres, des centaines d'armes et des milliers de munitions abandonnées dans la fuite des unités ukrainiennes. Parmi les trophées des documents très intéressants ont été trouvés comme la carte des champs de mines du secteur ou très important comme un cahier de service de l'artillerie ukrainienne portant les identités des assassins qui bombardent et minent les populations civiles de Donetsk depuis des années.et qui bientôt seront convoqués devant la justice des dieux ou des hommes libres.

Obusier étasunien de 155mm M777 devant Donetsk 

A partir de leurs dernières positions au Nord des étangs du village, les ukrainiens tentent de freiner les forces alliées progressant vers Pervomaïske, car la conquête de ce village situé au Nord Ouest de Peski mettrait sous le contrôle opératif des appuis feux républicains la dernière route principale d'approvisionnement logistique du bastion d'Avdeevka. Parmi les moyens utilisés par les ukrainiens on peut observer la présence toujours importante de drones d'observation modifiés pour larguer des munitions explosives :

Près de l'église du monastère vue sur les
vidéos précédentes, un drone ukrainien
largue une munition sur un groupe allié.

Situation des combats de Peski au 7 août 2022

Au 7 août, tandis que les bombardements alliés poursuivent la destruction méthodique de toutes les positions ukrainiennes du secteur, et au sol un contournement offensif des 2 étangs a été amorcé à l'Ouest via la route E 50 et à l'Est via la rue Naberezhnaya menant au centre du village. 

Les ukrainiens ont dépêché vers les quartiers Nord de Peski des unités de renfort, venant principalement des 56e brigade mécanisée et 110e brigade territoriale tandis que d'autres unités renforcent le longs des étangs la ligne de défense allant de Opitnoe à Pervomaïske sur laquelle des unités d'artillerie de 1er échelon ont été positionnées.

Le 7 juillet, Denis Pushilin, président de la RPD
est venu féliciter ses combattants pour la percée
 des défenses ukrainiennes réalisée à Peski, sur la
position conquise "Bychatnik" du 21ème bataillon.

La libération totale de Peski devrait être achevée d'ici quelques jours, sauf en cas d'une contre attaque ukrainienne ce qui reste improbable car c'est l'ensemble des unités de Kiev déployées devant Donetsk sont aussi soumises depuis 10 jours aux mêmes bombardements et assauts terrestres intenses. Cela dit je pense qu'annoncer la libération de Peski, comme on l'entend depuis 2 jours sur la plupart des réseaux propagandistes pro-russes est non seulement  prématuré mais également stupide.


Un succès tactique important 

La libération de Peski, si elle n'est pas une grande victoire stratégique vers Avdeevka, en perçant la première ligne de défense ukrainienne entre Donetsk et Avdeevka est cependant le premier succès tactique et psychologique majeur obtenu sur ce front particulier de Donetsk depuis 8 ans. Cette percée a pu être obtenu grâce à l'appui massif de l'artillerie et la vaillance des unités de mêlée qui sont montées à l'assaut des bunkers ennemis.

Sur cette carte on peut voir l'assaut initial sur Peski, 
réalisé pendant les premiers jours d'août. Si l'attaque 
au Nord a été repoussée, celle au Sud a réussi à percer
les lignes de défense méridionales du village puis avant
d'avancer vers l'Ouest et le monastère par la route E50. 

Contrairement à son bouffon propagandiste Arestovitch qui déclare qu'à Peski "les forces ukrainiennes ne reculent pas mais opèrent une "défense mobile" victorieuse", le président ukrainien Zelensky, dépité, a du reconnaître la réalité du rouleau compresseur russe et la défaite continue de ses forces armées. 

"Pourtant, nous sommes incapables de briser l'avantage de l'armée russe en artillerie et en effectifs, et cela se ressent beaucoup dans les combats, en particulier dans le Donbass. Peski, Avdeevka, autres directions. C'est juste l'enfer là-bas. Il ne peut pas être décrit avec des mots." Volodymir Zelensky le 4 août 2022

Sur le terrain cette percée de Peski a pour conséquences tactiques : 

  • De détruire un réseau de fortifications ukrainiennes qui appuyait sur les défenses de Donetsk, et notamment sur le secteur de l'aéroport,
  • D'occasionner des pertes importantes au sein des unités régulières défendant le secteur d'Avdeevka,
  • De repousser plus loin l'artillerie ukrainienne bombardant Donetsk qui était protégée et positionnée derrière Peski,
  • D'ouvrir une progression vers Pervomaïske (5 km) ce qui permettra à partir de cette localité : 

- de menacer les autres points d'appui de Vodiane puis Opinoe par le flanc, 

- contrôler de menacer avec l'artillerie la logistique du bastion d'Avdeevka,

de contourner Avdeevka par le Sud avec jonction du contournement Nord,

de poursuivre une offensive en direction de Krasnoarmeïsk

C'est pourquoi les opérations offensives sont élargies déjà à toutes les routes menant à Avdeevka  et qui souvent par leurs remblais et leurs ponts bétonnés offrent  dans la steppe entre les villages et les villes des lignes où les soldats peuvent accrocher et protéger leurs positions défensives.


Ici près de Peski, une autre position ukrainienne 
qui se croyait abritée sous le tablier du pont.

Géolocalisation de la vidéo du BTR ukrainien en feu.
Il s'agit du pont situé dans le Nord-Ouest de Peski, 
après le monastère, en direction de Pervomaïske.

A noter, à propos de cette bataille en cours pour le contrôle de Peski que l'artillerie ukrainienne qui est positionnée à l'Ouest d'Avdeevka, plutôt que de riposter sur les unités alliées au combat préfère poursuivre ses bombardements terroristes sur les populations civiles de Donetsk. Tirs d'obus et de roquettes sur les quartiers résidentiels ou leurs minages à distance par dissémination de milliers de mines antipersonnelles "Tulip". 

Le 7 août, au milieu des bombardements meurtriers qui ont fait 3 morts et 11 blessés 
parmi la population civile de Donetsk, les forces ukrainiennes ont à nouveau disséminé
des mines "Petal" (district de Kievsky") avec des roquettes à sous munitions, ce qui 
constitue un triple crime de guerre, et qui a même été notifié par Amnesty International.

Chaque jour des civils dont des enfants sont tués et blessés au coeur de Donetsk où pourtant il n'y a ni combat ni objectif militaire. Une nouvelle preuve de la haine russophobe et de la lâcheté occidentale qui mènent depuis 8 ans contre les populations du Donbass une guerre à caractère génocidaire.

Le 6 août une nouvelle frappe de l'artillerie ukrainienne 
détruit un bus à Donetsk tuant 3 civils et blessant 5 autres 

En conclusion

Sur le front de Donetsk, même si le plus dur reste à faire avec l'encerclement et la prise d'Avdeevka (à condition que les "ukrops" veuillent s'y maintenir coûte que coûte), une étape importante vient d'être franchie au cours de ces premières journées d'août, un peu comme lorsqu'une porte lourde finit par craquer face à la pression continuelle exercée sur elle.

A l'horizon des forces alliées menant l'assaut 
au Nord de Donetsk se profile leur objectif: le
bastion d'Avdeevka où seraient terrés près de
8000 "ukrops" (points d'appui extérieurs compris)

En plus d'un effondrement physique et moral, les forces ukrainiennes vont devoir rapidement choisir entre s'accrocher à un territoire qu'elle savent perdu et pour lequel elles subissent des pertes quotidiennes catastrophiques. 

Aujourd'hui que la victoire des peuples de Russie apparait de plus en plus nettement à l'horizon de ce conflit terrible, ayant probablement déjà fait près de 100 000 morts, l'Ukraine n'a plus que le choix d'accepter sa défaite ou de disparaître totalement.

Erwan Castel

Perspectives de totalitarisme

source : https://www.dedefensa.org/article/perspectives-de-totalitarisme

 • Description de la crise totale où nous sommes engagés, et dont la logique semble conduire au totalitarisme. • Mais comment installer le totalitarisme quand on est aussi incompétents ? • Contribution : dde.org et Alastair Crooke.

Dans un long texte où l’on trouve cités le Daily Telegraph dans un commentaire apocalyptique, Lewis Carroll, Jean-Jacques Rousseau, H.G. Wells, Bertrand Russell, W.B. Yeats, Alain Besançon, l’excellent chroniqueur et formidable analyste Alastair Crooke dresse un tableau tragique de la situation de notre-civilisation. Le thème principal en est l’hypothèse irrésistible de la montée d’un totalitarisme qui semble la seule “issue de secours” des élites mondiales de la globalisation, élites-Système plongées dans les effets de leurs erreurs sans nombre comme produit catastrophique de leur détachement de la vérité-du-monde (la vérité-de-situation d’une tragédie-bouffe à l’échelle cosmique) ; mais “issue de secours” dont on devrait vite convenir qu’il faut la voir comme une voie sans issue, en forme d’impasse et de cul-de-sac à la fois pour bien verrouiller l’inefficacité, l’incapacité et la monstrueuse incompétence des susdites “élites-Système”.

Effectivement, dans ces situations de crise totale, l’évolution vers le totalitarisme semble la seule perspective. Le cas s’est déjà produit dans l’histoire, mais sous une forme radicalement différente de celle qui menace aujourd’hui. Jusqu’alors, les totalitarismes naissaient de l’attaque, brutale (“coup”, révolution), ou d’une accession d’apparence légale mais de partis authentiquement révolutionnaires et affichant leur volonté totalitariste, – cela faisant justement leur succès. Dans tous les cas, le totalitarisme venait d’en-dehors du système en place, même si avec diverses complicités internes bien sûr ; l’on peut même dire que cette origine d’“en-dehors” constituait un des fondements de son affirmation totalitaire, et paradoxalement une des conditions du succès de sa mise en place.

Aujourd’hui, ce que nous décrit Crooke selon une analyse qui rencontre de plus en plus d’adeptes, et cela concernant les pays du bloc-BAO, c’est un régime qui se définit comme libéral, progressiste, démocratique, etc., dérivant nécessairement à grande vitesse en raison de la pression d’événements extrêmement rapides, et donc  vers un autoritarisme habillé de quelques douceurs & friandises, – “autoritarisme-soft”, “autoritarisme-light”, etc.

C’est à ce point, à notre sens, qu’apparaît une énigme : comment un régime qui se prétend démocratique et libéral, et qui est obligé de produire certaines conditions justifiant cette prétention, notamment du point de vue de la liberté de l’expression, et encore plus dans une époque où la communication est d’une puissance si prodigieuse et d’un accès si universel par un nombre considérable de moyens, – comment se régime peut-il devenir totalitaire, – même “soft”, même “light” ? On répondra aussitôt : le mensonge, bien entendu... Mais nous vivons d’ores et déjà en régime maximal de mensonges, depuis si longtemps, certainement avec une intensité qui peut difficilement être dépassée, depuis 9/11, l’Irak, les guerres diverses, l’Ukraine-2014, le Covid, l’Ukraine-2022, etc., – et nous en sommes toujours dans une disposition où l’on annonce le totalitarisme pour demain, comme solution désespérée, où la crise ne cesse de s’aggraver, absolument hors de contrôle d’un personnel-Système d’une extraordinaire incompétence, dont aucun, absolument aucun régime totalitaire ne voudrait jamais !...

Enfin, nous sommes, dans ces domaines essentiels de la communication, de la perception autorisée, de la manipulation des psychologies, en situation de totalitarisme, et pourtant la crise ne cesse de croître, les menaces de désordre de s’amonceler et de s’aggraver, etc. C’est d’ailleurs une des approches paradoxales les plus remarquables : ce sont bien les menaces de désordre eux-mêmes issus d’une situation absolument totalitaire dans sa substance même, qui justifient, qui appellent les prévisions d’une évolution totalitaire ! Comment faire plus totalitaire quelque chose qui est d’ores et déjà totalitaire si complètement mais qui l’est si mal du point de vue de la technique politique ?! Comment un système aussi dépravé, aussi inefficace, aussi aveugle, aussi corrompu psychologiquement que vénalement pourrait-il parvenir à une telle efficacité de contrainte et de contrôle que ce que demande le totalitarisme ?

Il faut répéter les mots que cite Alastair Crooke, qui décrivent la situation présente, car ces mots viennent d’un des établissements-fanion du Système, un outil fondamental de ce qui devrait devenir le régime totalitaire “souhaité”... Comment les gens et les groupes ainsi décrits par un connaisseur qui est des leurs, peuvent-ils espérer remporter cette folle transformation en un totalitarisme dont l’une des spécifications premières doit être l’efficacité de l’exécution selon une perception totalement réaliste de la situation ?

« C'est l'été avant la tempête. Ne vous y trompez pas, avec les prix de l'énergie qui vont atteindre des sommets sans précédent, nous nous approchons de l'un des plus grands séismes géopolitiques depuis des décennies. Les convulsions qui s'ensuivront seront probablement d'un ordre de grandeur bien supérieur à celles qui ont suivi le krach financier de 2008, qui a déclenché des protestations dont le point culminant a été le mouvement Occupy et le printemps arabe....

» Le carnage est déjà arrivé dans le monde en développement, avec des coupures de courant de Cuba à l'Afrique du Sud. Le Sri Lanka n'est qu'un exemple parmi une cascade de pays à faible revenu où les dirigeants risquent d'être chassés du pouvoir dans un feu d'artifice ignominieux de sécheresses pétrolières et de défauts de remboursement de prêts.

» Mais l'Occident ne va pas échapper à cet Armageddon. En fait, à bien des égards, il semble même en être l'épicentre - et la Grande-Bretagne serait son Ground Zero. En Europe et en Amérique, un système d'élite technocratique construit sur la mythologie et la complaisance s'effondre. Sa fable fondatrice - qui prophétisait l'enrôlement glorieux des États-nations dans le gouvernement mondial et les chaînes d'approvisionnement - s'est métastasée en une parabole des périls de la mondialisation.

"» Cette fois, les élites ne peuvent pas se soustraire à la responsabilité des conséquences de leurs erreurs fatales... Pour dire les choses simplement, le roi est nu : l'Establishment n'a tout simplement pas de message pour les électeurs face aux difficultés. La seule vision de l'avenir qu'il peut évoquer est celle du Net-Zero, – un programme dystopique qui porte à de nouveaux sommets la politique sacrificielle de l'austérité et la financiarisation de l'économie mondiale. Mais il s'agit d'un programme parfaitement logique pour une élite qui n'est plus en phase avec le monde réel. »

Lisez donc ce portrait formidable, presque comme une fresque surhumaine, que trace Alastair Crooke de notre situation présente, au bord de l’abîme, dégringolant dans l’abîme, disparaissant dans ce trou noir sans fond que nous avons nous-mêmes creusé, et que même nous continuons à creuser au long de la chute comme si nous voulions que cette chute soit encore plus profonde, plus éperdue, plus enfouie, creusant au fond comme l’on fait pour une chute sans fond... Nous sommes tellement mauvais, tellement nuls, tellement transparents par absence de substance, qu’il nous paraît extrêmement difficile que nous puissions jamais arriver, dans cet océan chaotique de désordre, à parvenir à imposer l’ordre immonde, – mais ordre tout de même, – du totalitarisme...

Lisez le texte d’Alastair Crooke (“Conflicts Forum’s Weekly Comment”) en date du 5 août 2022

dde.org

7 Août 2022 - Transferts

Source : https://www.chroniquesdugrandjeu.com/2022/08/transferts.html

 

La Terre tourne, les Hommes se querellent, la géopolitique suit son cours et les Chroniques reviennent. Un retour marqué sous le signe du transfert...

  • Transfert de fonds

L'intervention dans le Nord syrien commodément oubliée**, la toupie sultanesque fait à nouveau parler de lui. Un pied solidement ancré dans l'atlantisme (les postures contre l'entrée des Scandinaves dans l'OTAN n'ont pas duré longtemps), Erdogan maintient toutefois résolument l'autre en dehors, jouant avec les nerfs de chacun.

Ainsi, Ankara et Moscou se sont accordées pour que les banques turques adoptent le système de paiement russe Mir et utilisent le rouble dans leurs échanges. Certes, d'aucuns se demanderont pourquoi la chose a tant traîné après avoir déjà été évoquée il y a plusieurs années. Toujours est-il que la décision est désormais gravée dans le marbre pour ainsi dire : les directeurs des banques centrales se sont rencontrés et l'accord est officiel.

Conséquence directe des sanctions et de la folle mise à l'écart de la Russie du système Swift, ces décisions marquent évidemment une étape supplémentaire dans le grand processus de dédollarisation, pilier de la puissance impériale américaine.

Pour ne prendre qu'un exemple particulièrement marquant de cette vague qui donne des sueurs froides outre-Atlantique, l'on a appris fin juin que le principal cimentier indien payait le charbon russe... en yuans chinois ! La multipolarité financière eurasienne est en marche.

** Existe cependant l'hypothèse, improbable mais pas tout à fait impossible, d'un marchandage russo-américano-turc portant justement sur les éléments cités : cadeau aux Américains (entrée des Scandinaves dans l'OTAN) et aux Russes (paiement en roubles) en échange d'un feu vert en Syrie du nord. A voir...

  • Transfert psychanalytique

La visite controversée de la momie congressiste à Taïwan a, comme de juste, déchaîné les passions. Dans un étonnant exercice d'inversion accusatoire, le Wall Street Journal nous explique sans rire que :

« La Chine de Xi est caractérisée par un dangereux mélange de forces et de faiblesses. Faisant face à de profonds problèmes économiques (sic), démographiques et stratégiques, elle sera tentée d'utiliser sa force militaire croissante pour transformer l'ordre existant tant qu'elle en aura l'opportunité.

Ce syndrome de la puissance qui atteint son maximum (sic) - tendance pour les pays émergents (sic) à devenir plus agressifs car ils ont conscience de leur déclin à venir (sic) - a causé nombre de guerres sanglantes dans le passé. »

Déclin économique et stratégique, prise de conscience quasi hystérique de cet affaiblissement et guerres à répétition pour tenter de l'enrayer. On se demande bien quel pays tout ceci pourrait caractériser...

  • Transfert aérien

La tension dans le Pacifique occidental ayant encore monté d'un cran, comme prévu d'ailleurs par nos Chroniques, tonton Sam se prépare à toute éventualité.

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de la stratégie des chaînes d'îles, promue par Washington pour contenir le dragon :

Dans ce dispositif, Guam, idéalement placée sur la deuxième chaîne, occupe le poste stratégique du demi de mêlée à la manœuvre derrière son paquet d'avants. Un formidable cadeau reçu à une époque où l'empire n'était pas encore l'empire :

La présence américaine en Extrême-Orient est le fruit de l’histoire. Peu connue du grand public, la guerre hispano-américaine de 1898 eut pourtant des conséquences considérables et était, à bien des égards, étonnamment moderne. Le prétexte en fut l’explosion d’un navire états-unien, le Maine, dans la rade de La Havane. Très probablement accidentelle, elle fut immédiatement récupérée par le « parti de la guerre », la presse et certains milieux d’affaires. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite… Quelques mois plus tard, l’Espagne, défaite, reconnut l’indépendance de Cuba (qui devenait de facto un protectorat américains jusqu’à la révolution de Fidel Castro) et vendit à son vainqueur américain ses dernières colonies : Porto Rico, Guam et surtout les Philippines. La même année, Washington annexa par ailleurs Hawaï et une partie des îles Samoa en 1899, devenant une puissance majeure du Pacifique.

Les historiens du futur - pourquoi pas votre serviteur ? - s'interrogeront peut-être un jour sur ce dilemme digne de la poule et de l’œuf : est-ce l'idéologie messianico-impériale sous-jacente des États-Unis qui les poussèrent à mettre une main préemptive sur des territoires à forte valeur stratégique ou, inversement, sont-ce les circonstances géographiques et historiques exceptionnelles dont ils bénéficiaient qui créèrent leur engouement impérial ?

Toujours est-il que Guam est un précieux fer de lance US, abritant la base navale d'Apra Harbor, point d'appui des porte-avions et sous-marins de la flotte du Pacifique, la base aérienne Andersen (B-1, B-2, B-52), un camp de Marines et un grand centre de télécommunications.

Une cible de choix pour les missiles chinois en cas de guerre ouverte...

Conscient du problème, le Pentagone ne veut pas mettre toutes ses bases dans le même panier et prône la "décentralisation". Dans le même archipel des Mariannes, à 150 km au nord de Guam, la base aérienne de Tinian est agrandie pour servir d'infrastructure de secours au cas où. Des travaux d'agrandissement ont également été entrepris dans l'atoll Wake, plateforme sur le chemin qui va d'Hawaï à la seconde chaîne d'îles.

Les grandes manœuvres ont commencé. Chacun de fourbir ses armes et de rouvrir sans doute les vieux grimoires sur la guerre du Pacifique...

FLÂNERIES AU BORD DE L’ABÎME 5.8.2022 — Le briefing avec Slobodan Despot

 


vidéo ici

  • Où il est question d’une semaine folle où le monde a vacillé au bord de la destruction et des raisons pour lesquelles une grande partie d’entre nous refusent de le voir.
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