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dimanche 20 février 2022

PRÉSIDENTIELLE : NE VOUS INQUIÉTEZ PAS, TOUT VA BIEN SE PASSER


 BLAST, Le souffle de l'info

Soutenez Blast, nouveau média indépendant : https://www.blast-info.fr/soutenir "Ça a été long. Un mois, presque, sans vous parler. Sans faire vivre ce lien particulier entre Blast et vous. Je ne suis qu’un intermédiaire ici dans cet édito… un déviant… J’aime bien l’idée de dévier le cours commun des choses et du long fleuve tranquille de l’information produite par les médias dominants et les GAFAM… On invente un métier, comme on invente notre quotidien en fabriquant Blast." Journaliste : Denis Robert Montage : Ameyes Aït-Oufella Images : Arthur Frainet Son : Baptiste Veilhan Graphisme : Adrien Colrat Diffusion : Maxime Hector Production : Thomas Bornot Direction des programmes : Mathias Enthoven Rédaction en chef : Soumaya Benaissa Le site : https://www.blast-info.fr/ Facebook : https://www.facebook.com/blastofficiel Twitter : https://twitter.com/blast_france Instagram : https://www.instagram.com/blastofficiel/

vendredi 28 mai 2021

Chaud devant... ENQUÊTE SUR LE QATAR : BERNARD-HENRI LÉVY EN PROCÈS CONTRE BLAST


 



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"Comme vous le voyez, on s’affronte à des forces qui nous sont supérieures. C’est très compliqué d’enquêter sur ces terrains-là. Et pourtant c’est notre promesse initiale, et c’est le rôle de tout média indépendant d'être un contre-pouvoir. Au total, nous avons déjà publié cinq papiers et articles sur ce qu'on appelle entre nous “la suite qatarie”. Un sixième article est sous presse. Nous avons plus que jamais besoin de vous, de votre aide, de votre soutien." Notre enquête : https://www.blast-info.fr/articles/20... Journaliste : Denis Robert Montage : Camille Chastrusse Réalisation : Arthur Frainet Son : Baptiste Veilhan Graphisme : Adrien Colrat Réseaux Sociaux : Maxime Hector Production : Thomas Bornot Direction des programmes : Mathias Enthoven Le site : https://www.blast-info.fr/

mercredi 28 avril 2021

Blast - 1er édito de Denis Robert : LE CAPITALISME DÉTRUIRA TOUT


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"Les dégâts sont déjà là. Bientôt plus d’éléphants, plus de tigres, plus d’oiseaux, plus de glaciers. La course au profit va tout faire sauter. Il suffit d’observer les dégâts qu’ils font un peu partout sur la planète. Cette Terre qui brûle, ce vent mauvais qui peut finir par tout emporter. Même le ballon. Qu’est ce qu’on attend pour siffler la fin du match ?" "Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas." Journaliste : Denis Robert Directeur de production : Thomas Bornot Montage : Camille Chastrusse Images : Arthur Frainet Son : Baptiste Veilhan Graphisme : Adrien Colrat Réseaux sociaux : Maxime Hector Directeur des programmes : Mathias Enthoven Le site : https://www.blast-info.fr/​ Facebook : https://www.facebook.com/blastofficiel​ Twitter : https://twitter.com/blast_france​ Instagram : https://www.instagram.com/blastofficiel/

vendredi 28 juin 2019

Chouard, Levy, Chomsky, Faurisson, Atzmon, Négationnisme, Révisionnisme, Chambres à gaz, Liberté d'expression, Crime contre l'humanité... quelques liens intéressants

A propos des chambres à gaz, Chouard s'explique sur Sud Radio




Gilad Atzmon rencontre Robert Faurisson - 10 juin 2014 / Gilad Atzmon meets Robert Faurisson - June 10th, 2014. Un entretien entre deux personnalités sulfureuses... qui ne laissera personne indifférent.





Cette rencontre est forcément troublante : Atzmon, musicien et militant antisioniste britannique d'origine israélienne dialogue avec Faurisson, un historien révisionniste vivant en France [décédé en octobre 2018].

L'intérêt de visionner cette rencontre ? Tenter de décrypter l'actualité, s'émanciper, se former, s'informer, (s)'interroger.

Pour paraphraser Luz, cet entretien, démerdons-nous avec, sans la police de la pensée, sans haine et sans violence.

Présentation des deux intervenants selon Wikipédia (bien entendu, ne vous contentez pas de cette source) :

Gilad Atzmon : "Gilad Atzmon (en hébreu גלעד עצמון, né le 9 juin 1963) est un jazzman et militant antisioniste britannique, né en Israël et résidant actuellement à Londres.
Musicalement, il a collaboré avec Shane McGowan, Robbie Williams, Sinéad O'Connor, Robert Wyatt et Paul McCartney.
Politiquement, il est un partisan affirmé de l'antisionisme, et de l'antijudaisme ; il considère ainsi le judaïsme comme une« idéologie qui mène le monde à une catastrophe et nous devons arrêter (la catastrophe) »1. C'est un partisan d'Israël Shamir2 et Paul Eisen2, des anti-sionistes et un pro-palestinien. En 2008, il considère les sionistes comme responsables du krach financier3. Il est également sujet de controverses, qualifié d'antisémite par une autre partie des militants pro-palestiniens et antisionistes4,5, il se défend de tout antisémitisme déclarant n'avoir rien contre les individus6."  Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilad_Atzmon

Robert Faurisson : "Robert Faurisson, né le 25 janvier 1929, est un militant négationniste français réputé antisémite et proche de l'extrême droite ainsi que des mouvancesnéonazies. Initialement enseignant en lettres à l'université dans les années 1970, il devient, au début des années 1980, l'acteur continu d'une série de scandales et de procès médiatiques. Sa recherche de célébrité contribue à en faire une icône des négationnismes d'extrême droite mais aussi d'ultra-gaucheen France dans les années 1980 et 1990, puis plus largement d'une partie de l'antisionisme des années 2000, en Occident comme dans le monde arabo-musulman.
Il ajoute au négationnisme fondateur de Paul Rassinier et de Maurice Bardèche, déjà consacré au mythe du « complot juif » destiné à culpabiliser les États occidentaux et à les contraindre à financer l’État d'Israël, la fixation sur le motif emblématique de la négation de l'existence des chambres à gaz. Il y contribue également avec l'apparente crédibilité d'une démarche hypercritique pseudo-scientifique, unanimement disqualifiée sur le plan académique, qui le fait finalement qualifier de « faussaire de l'histoire » par Robert Badinter, notamment à travers plusieurs affaires judiciaires. Il est condamné à plusieurs reprises en France pour « incitation à la haine raciale » et « contestation de crime contre l'humanité »." Source :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Faurisson

Autre lien de l'entretien :
http://www.dailymotion.com/video/x2e7359_gilad-atzmon-rencontre-robert-faurisson-10-juin-2014_school?start=5

Un autre entretien avec Faurisson



Un site parmi d'autres s'intéressant de près à Faurisson et aux "détails" de la Shoah : http://www.phdn.org/

Chomsky et l'affaire Faurisson









Son droit de le dire

Publié le 

Suite à la mort du révisionniste Robert Faurisson, il est bon de rappeler que l'intellectuel américain d'extrême gauche et d'origine juive Noam Chomsky a soutenu son droit à exprimer ses conclusions historiques bien qu'il ne soit pas d'accord avec elles selon le principe de Voltaire "Je ne suis pas d'accord avec vos idées mais je me battrais pour que vous ayez le droit de les exprimer". Outrée par cela, l'intelligentsia française de gauche s'est déchainée contre Chomsky et l'a traité de tous les noms d'oiseau imaginables. Noam Chomsky a alors écrit un article expliquant sa prise de position.
Noam Chomsky en 1977
Noam Chomsky en 1977
Note de La Gazette du Citoyen: Nous ne soutenons en rien la thèse de Robert Faurisson comme quoi les chambres à gaz n'auraient jamais existé. Nous croyons en l'existence d'un plan nazi pour exterminer les populations juive d'Europe et en l'utilisation des chambres à gaz pour l'exécuter. Mais nous soutenons Noam Chomsky dans son appel à la liberté d'expression qui ne doit être, selon nous, bafouée dans aucun cas. C’est la raison de la publication de cet article.
Ci-dessous, l'article de Chomsky
Son droit de le dire
Par Noam Chomsky pour The Nation le 28 février 1981
Un article du New York Times concernant mon implication dans "l'affaire Faurisson" était intitulé "French Storm in a Demitasse". Si l'intention était de laisser entendre que ces événements ne méritent même pas d'être qualifiés de "tempête dans une tasse de thé", je suis enclin à accepter. Néanmoins, des torrents d'encre ont été déversés en Europe, et même ici [aux Etats-Unis]. Peut-être, étant donné le caractère obscur de la couverture de cette histoire, il me serait utile de présenter les faits basiques tels que je les comprends et de dire quelques mots sur les principes qui s'en dégagent.
À l'automne 1979, Serge Thion, un érudit socialiste libertaire opposé à toutes les formes de totalitarisme du pouvoir, signa une pétition appelant les autorités à assurer la "sécurité et le libre exercice des droits légaux de Robert Faurisson." La pétition ne dit rien sur ses "études sur l'holocauste" (il nie l'existence de chambres à gaz ou d'un plan systématique de massacre des juifs et met en doute l'authenticité du journal d'Anne Frank), et insiste sur le fait qu'il s'agissait "d’efforts visant à priver le professeur Faurisson de sa liberté de parole et d’expression". Elle ne précisait pas les mesures prises à son encontre, notamment la suspension de son poste d’enseignant à l’Université de Lyon suivit d'une menace de violences et d'un prochain procès en justice pour falsification de l'histoire et des dommages infligés aux victimes du nazisme.
La pétition a suscité de nombreuses protestations. Dans le Nouvel Observateur, Claude Roy a écrit que "l’appel lancé par Chomsky" soutenait les vues de Faurisson. Roy affirmait que ma prétendue prise de position était une tentative de démontrer que les États-Unis ne peuvent être distingués de l'Allemagne nazie. Dans la revue Esprit, Pierre Vidal-Naquet a trouvé la pétition "scandaleuse" au motif qu'elle "présentait les conclusions [de Faurisson] comme s'il s'agissait de découvertes". Vidal-Naquet a mal interprété une phrase de la pétition intitulée "Depuis qu'il a fait ses conclusions publiques, le professeur Faurisson a été soumis à…". Le terme "conclusions" est assez neutre. On peut dire sans contradiction: "Il a rendu ses conclusions publiques et elles ont été jugées sans valeur, sans pertinence, falsifiées…". La pétition n’impliquait en rien la qualité du travail de Faurisson, qui n’était pas pertinente pour les questions soulevées.
Thion m'a ensuite demandé de rédiger une brève déclaration sur les aspects purement civils de cette affaire, qui concernent les libertés civiles. Je l'ai fait, en lui disant de l'utiliser comme il le souhaitait. Dans cette déclaration, j’ai clairement indiqué que je ne discuterais pas de l’œuvre de Faurisson, car je n’en ai qu’une connaissance limitée (et, franchement, j'ai peu d’intérêt pour elle). Je me suis plutôt limité aux questions de libertés civiles et aux implications du fait qu'il était même nécessaire de rappeler les célèbres paroles de Voltaire dans une lettre à M. le Riche: "Je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerais ma vie à rendre possible pour vous de continuer à écrire."
Les conclusions de Faurisson sont diamétralement opposées aux opinions que je soutiens et que j’ai fréquemment exprimées (par exemple, dans mon livre "Peace in the Middle East" où je décris l’holocauste comme "la plus fantastique explosion de folie collective dans l’histoire humaine"). Mais il est élémentaire que la liberté d'expression (y compris la liberté académique) ne soit pas limitée aux vues que l'on approuve et que c'est précisément dans le cas d'opinions presque universellement méprisées et condamnées que ce droit doit être défendu avec la plus grande vigueur. Il est assez facile de défendre ceux qui n'ont pas besoin d'être défendu ou de se joindre à la condamnation unanime (et souvent justifiée) d'une violation des droits civils par un ennemi officiel.
J'ai appris par la suite que ma déclaration devait paraître dans un livre dans lequel Faurisson se défendait des accusations qui devaient être portées bientôt contre lui. Ce n'était pas mon intention, mais ce n'était pas contraire à mes instructions. J'ai reçu une lettre de Jean-Pierre Faye, écrivain et militant anti-fasciste bien connu, qui a souscrit à ma position mais m'a prié de ne pas m'exprimer car le climat de l'opinion en France était tel que ma défense du droit de Faurisson à exprimer ses points de vue seraient interprétés comme un soutien pour ces derniers. Je lui ai écrit que j'acceptais son jugement et demandais que ma déclaration ne paraisse pas. Mais qu'il était trop tard pour arrêter la publication.
Certaines parties de ma lettre à Faye ont paru dans la presse française et ont été largement citées, mal citées et soumises à des interprétations fantastiques. Il a été rapporté, par exemple, que j'avais répudié mes propos après avoir appris qu'il y avait de l'antisémitisme en France et que je changeais d'avis à cause de coupures de presse françaises (dans la même lettre, j'avais demandé à Faye de m'envoyer des coupures sur un autre sujet). Ma lettre personnelle à Faye était incompréhensible pour quiconque n’avait pas lu la lettre originale de Faye pour moi; un appel téléphonique aurait rapidement clarifié les faits.
Le tumulte qui a suivi suscite un certain intérêt. Dans Le Matin (journal soutenant le Parti socialiste), Jacques Baynac a écrit que mon erreur fondamentale a été de "défendre, au nom de la liberté d'expression, le droit de se moquer des faits" - des "faits" déterminés vraisemblablement par un collège de commissaires ou un conseil copiant l'Inquisition. Ma longue discussion sur les implications de cette doctrine provenait de la version parfois reconnaissable de l'entretien avec moi publié dans Le Matin. Dans Le Monde, le rédacteur de la revue Esprit, Paul Thibaud, a écrit que j’avais condamné "toute l’intelligentsia française", en lançant une "accusation générale" contre "les Français" sans réserve. Alberto Cavallari, correspondant à Paris du Corriere della Sera est allé encore plus loin, affirmant que j'avais condamné toute la "culture française". L'article se distingue par une série de citations fabriquées destinées à établir cette allégation et d'autres. Ce que j’ai écrit, c’est que même si je faisais quelques commentaires sévères à propos de “certains segments de l’intelligentsia française" (certes, ce que j'ai dit ne s’applique pas à beaucoup d’autres qui maintiennent un engagement ferme en faveur de l’intégrité intellectuelle) cela allait être mal interprété comme par exemple s'appliquant au-delà de leur champ d'application spécifique." Des qualifications similaires ont été prises dans "l'interview" trafiquée publié dans Le Matin, permettant ainsi aux éditeurs d'alléguer que je décrive la France comme "totalitaire".
Cavallari a ensuite expliqué que ma rage contre "la culture française" tient à son refus d'accepter la théorie selon laquelle la linguistique prouve que "le goulag descend directement de Rousseau" et d'autres idées idiotes qu'il choisit de m'attribuer pour des raisons mieux connues de lui-même que de moi. Dans le Nouvel Observateur, Jean-Paul Enthoven propose une explication différente: je soutiendrais Faurisson parce que ma "théorie instrumentale du langage, la "grammaire générative"… ne permettrait pas de penser à l'inimaginable, à savoir l'holocauste". Cavallari et lui, entre autres, expliquent plus loin que ma défense de Faurisson est un cas d'extrême gauche rejoignant l'extrême droite, un phénomène auquel ils consacrent de nombreux mots d'oiseaux. Dans Le Matin, Catherine Clément explique mon comportement étrange au motif que je suis un "parfait Bostonien", "un homme froid et distant, sans contacts sociaux réels, incapable de comprendre l'humour américano-juif, qui s'appuie fortement sur le yiddish". Pierre Daix explique dans Le Quotidien de Paris que j'ai repris les causes de la gauche pour me "dégager" des implications réactionnaires de mon "innéisme". Et ainsi de suite, à peu près toutes au même niveau.
Pour illustrer la bassesse du débat, après avoir constaté que le commentaire de Vidal-Naquet cité plus haut reposait sur un malentendu, il a réimprimé son article dans un livre (Les Juifs, F. Maspero), en éliminant le passage que j'avais cité et en ajoutant une annexe dans laquelle il prétend faussement que "l'erreur en question n'était apparue que dans un précédent projet", que je suis accusé d'avoir cité de manière illégitime. L'exemple est malheureusement assez typique.
Un certain nombre de critiques (par exemple Abraham Forman de la Ligue anti-diffamation dans Le Matin) soutiennent que le seul problème est le droit de Faurisson de publier et que cela n’a pas été refusé. Le problème, cependant, est sa suspension de l'université en raison de menaces de violence à son encontre et son procès. Il est intéressant de noter que son avocat, Yvon Chotard, qui le défend pour des motifs de liberté d’expression et le droit à avoir un avocat de son choix, a été menacé d’être expulsé de l’organisation antifasciste qui traduit en justice Faurisson.
Comme Faye l'avait prédit, beaucoup se sont montrés incapables de faire la distinction entre défense du droit à la liberté d'expression et défense des opinions exprimées - et pas seulement en France. Dans The New Republic, Martin Peretz a conclu à mon désintérêt exprimé pour le travail de Faurisson que je serais un "agnostique" de l’Holocauste et un "imbécile" quant au génocide. Il affirme en outre que je refuse la liberté d'expression à mes adversaires, évoquant mon commentaire selon lequel on se dégrade en entamant un débat sur certaines questions. En bref, si je refuse de débattre avec vous, je restreins votre liberté. Il prend soin de dissimuler l'exemple que j'ai cité: celui de l'holocauste.
Beaucoup d’écrivains trouvent scandaleux que je soutienne le droit à la liberté d’expression de Faurisson sans analyser soigneusement son travail, une doctrine étrange qui, si elle était adoptée, bloquerait effectivement la défense des droits civils pour ceux qui ont des opinions impopulaires. Faurisson ne contrôle pas la presse ou les bourses françaises. Les moyens et les occasions de réfuter ou de condamner ses écrits ne manquent certainement pas. Comme je l’ai dit, mon propre point de vue opposé au sien est clairement consignés au compte rendu. Aucune personne rationnelle ne condamnera un livre, aussi étrange que ses conclusions puissent paraître, sans au moins le lire attentivement; et dans ce cas, vérifier la documentation proposée, etc. L’une des critiques les plus étranges a été qu’en refusant d’assumer cette tâche, je révèle que je n’ai aucun intérêt pour six millions de Juifs assassinés, critique qui, si elle est valable, s’applique à quiconque partage mon désintérêt pour l’examen du travail de Faurisson. Celui qui défend le droit à la liberté d’expression n’assume aucune responsabilité particulière d’étudier ou même de se familiariser avec les opinions exprimées. Par exemple, j'ai souvent signé des pétitions en faveur de dissidents d’Europe de l’Est soumis à la répression ou à des menaces, ignorant souvent leur point de vue et s'en souciant peu. Je ne me souviens d'aucune critique de cette position.
Ce dernier point mérite d’être commenté plus avant. J'ai adopté des positions beaucoup plus controversées que celles-ci en faveur des libertés civiles et de la liberté académique. Au plus fort de la guerre du Vietnam, j'ai publiquement déclaré que les personnes que je considère comme de véritables criminels de guerre ne devraient pas se voir refuser le droit d'enseigner pour des motifs politiques ou idéologiques, et j'ai toujours adopté la même position à l'égard des scientifiques qui "prouvent" que les Noirs sont génétiquement inférieurs, dans un pays où leur histoire est peu agréable et où de tels points de vue sont souvent utilisés par les racistes et les néonazis. Quoi que l’on pense de Faurisson, personne ne l’accuse d’être l’architecte de grands crimes de guerre ou d’affirmer que les Juifs sont génétiquement inférieurs (bien que cela n’ait aucun rapport avec la question des libertés civiles). Dans ses écrits il parle de "l’insurrection héroïque du ghetto de Varsovie" et loue ceux qui "ont combattu avec courage contre le nazisme" pour "la bonne cause". J'ai même écrit en 1969 qu'il serait erroné d'interdire la recherche sur la contre-insurrection dans les universités, alors qu'elle était utilisée pour assassiner et détruire, une position que je ne suis pas sûre de pouvoir défendre. Ce qui est intéressant, c’est que ces positions beaucoup plus controversées n’ont jamais suscité le moindre mouvement de protestation, ce qui montre que le refus d’accepter le droit à la liberté d’expression sans représailles et l’horreur lorsque d’autres la défendent, sont plutôt sélectifs.
La réaction du PEN Club à Paris est également intéressante. Le PEN dénonce mes affirmations au motif qu’elles ont fait connaître l’écriture de Faurisson à un moment où l’antisémitisme fait son apparition. Il est étrange qu’une organisation consacrée à la liberté d’expression des auteurs soit exercée uniquement parce que la défense de Faurisson contre les accusations portées contre lui est publique. De plus, si la publicité est faite à Faurisson, c'est parce qu'il est traduit en justice (vraisemblablement dans le but de traiter des questions en litige) et parce que la presse a choisi de créer un scandale à propos de ma défense de ses droits civils. À de nombreuses reprises, j'ai écrit de véritables préfaces et mentions pour des livres en France - des livres non lus et inconnus, comme c'est généralement le cas pour mes propres écrits. Ce dernier fait est illustré, par exemple, par Thibaud, qui affirme que je préconisais "de confier la liberté vietnamienne à la bonne volonté supposée des dirigeants du Nord". En fait, mes écrits sur la guerre étaient essentiellement consacrés à l'attaque américaine contre la société paysanne du Sud (et plus tard aussi du Laos et du Cambodge), qui visait à saper les propositions de neutralisation du Front de libération nationale et d’autres, et à détruire la société rurale dans laquelle le FNL était basé, et j’ai justement averti que "cet effort créera une situation dans laquelle, effectivement, le Nord-Vietnam dominera nécessairement l'Indochine, car aucune autre société viable ne restera".
Les falsifications ignorantes de Thibaud mettent en évidence l’un des véritables facteurs à la base de cette affaire. Un certain nombre de ces critiques sont d'anciens staliniens, ou des personnes comme Thibaud, capable d'écrire qu'avant Soljenitsyne, "tous les récits antérieurs" sur le "soviétisme" se situaient dans le cadre trotskiste (revue Esprit). Les intellectuels qui ont récemment pris conscience de la possibilité d'une critique anti-léniniste méconnaissent souvent systématiquement les discussions sur les mouvements révolutionnaires et les tentatives de les écraser qui n'ont jamais utilisé les hypothèses qu'ils associent à la gauche. Thibaud, par exemple, ne comprend pas pourquoi je ne partage pas sa conviction que Lénine, Staline et Pol Pot démontrent "l'échec du socialisme". Beaucoup d'intellectuels de gauche ou d'ex-gauche semblent ignorer que je n'ai jamais considéré les mouvements léninistes comme ayant quelque chose à faire. avec le "socialisme" au sens le plus significatif du terme; ou que, ayant grandi dans la gauche libertaire anti-léniniste, connaissant depuis l'enfance des œuvres dont Thibaud n'a jamais entendu parler, je ne suis pas impressionné par leurs récentes conversions et je ne souhaite pas participer à leurs nouvelles croisades, qui me paraissent souvent moralement douteuses et intellectuellement superficielles. Tout cela a conduit à beaucoup d'amertume de leur part qui n'a rien d'une infime tromperie.
En ce qui concerne la recrudescence de l'antisémitisme ou des atrocités racistes à laquelle se réfère le PEN Club, on peut se demander si la réponse appropriée à la publication d'informations pouvant servir à renforcer la violence et l'oppression racistes consiste à nier les droits civils. Ou est-ce plutôt de rechercher les causes de ces développements pervers et de travailler à les éliminer? Pour une personne qui défend les idées fondamentales professées dans les démocraties occidentales ou qui est sérieusement préoccupée par les véritables maux auxquels nous sommes confrontés, la réponse semble claire.
En fait, il existe des manifestations de "révisionnisme" bien plus dangereuses que celles de Faurisson. Considérez l’effort visant à démontrer que les États-Unis n’ont commis aucun crime au Vietnam et qu’ils n’étaient coupables que "d'erreur intellectuelle". Ce "révisionnisme", contrairement à celui de Faurisson, est soutenu par les grandes institutions et a toujours été la position de la plupart des intelligentsias et a des conséquences politiques très directes et laides. Devrions-nous alors demander que les personnes qui défendent cette position devraient être suspendues d'enseigner et traduites en justice? La question est, bien sûr, académique. Si on compare avec l'affaire Faurisson, si la version de la doctrine Jdanov était mise en avant après avoir été adoptée par des personnes disposant d'un réel pouvoir, ce ne seraient pas les "révisionnistes sur le Vietnam" qui seraient punis.
Je ne veux pas laisser l'impression que l'ensemble de la presse française a été un théâtre de l'absurde ou s'est engagé à défendre des points de vue tels que ceux qui ont été examinés. Quelques personnes ont pris une position claire et honorable. C'est ainsi qu'Alfred Grosser, suivant ce qu'il pense être ma position, écrit dans Le Quotidien de Paris: "Je trouve choquant que M. Faurisson soit empêché d'enseigner la littérature française à l'Université de Lyon sous prétexte que sa sécurité ne peut être garantie."
Barbara Spinelli écrit dans la revue libérale de gauche italienne Repubblica que le véritable scandale de cette affaire est le fait qu'un petit nombre de personnes affirme publiquement leur soutien au droit d'exprimer des idées même si celles-ci se trouvent diamétralement opposées aux idées presque universellement vénérées. Ma propre observation est différente. Il me semble même scandaleux qu'il soit même nécessaire de débattre de ces questions deux siècles après que Voltaire eut défendu le droit à la liberté d'expression pour des opinions qu'il détestait. Adopter une doctrine similaire à celle de leurs assassins n’est guère utile à la mémoire des victimes de l’Holocauste.
Lien de l'article en VO:

dimanche 12 mai 2019

Interview d'Antoine Peillon à propos de Christophe Dettinger, de Jérôme Rodrigues et de l'aggravation de la violence et du mensonge d'Etat

Antoine Peillon nous parle de Christophe Dettinger, sanctionné politique... mais aussi de Jérôme Rodrigues qui a été visé car il devenait extrêmement populaire : "J'apporte des témoignages du monde sécuritaire et policier, qui me disent : Jérôme Rodrigues, qui a perdu l'oeil à la Bastille, a été pointé. Il y a au sein de la police, des gens très spécialisés dans le renseignement, qui visent des efficacités comme un commando de services spéciaux."






Informations évoquées dans l'interview :

Maintien de l’ordre : la lettre de Grimaud, le télégramme de Cazeneuve

30 AVR. 2016 PAR EDWY PLENEL BLOG : LES CARNETS LIBRES D'EDWY PLENEL

Indifférent aux nombreux témoignages sur les violences policières, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a transmis aux préfets un télégramme de fermeté face aux manifestations sociales et aux rassemblements des « Nuit Debout ». Le comparer avec la lettre individuelle envoyée, en Mai-68, à tous les policiers par le préfet de police de Paris Maurice Grimaud, c’est prendre la mesure de la déliquescence de l’État sous cette République finissante.

Depuis la mort en 2014 de Rémi Fraisse, tué à Sivens par une grenade offensive alors qu’il s’avançait les bras levés, inoffensif et pacifique, face aux forces de gendarmerie, nous savons que l’actuel tenant du ministère de l’intérieur tombera de préférence du côté d’un ordre injuste plutôt qu’il ne sera sensible aux injustices qui sont cause de désordres. Son trop long silence alors, ses mots manquants ou dérisoires, tardifs et pauvres, ses excuses absentes resteront comme la marque d’un pouvoir qui, sans états d’âme aucun, tourna le dos à la jeunesse dont il avait prétendu faire sa promesse, durant la campagne présidentielle de 2012.

Confronté depuis plus d’un mois à un mouvement social inédit, associant manifestations régulières et rassemblements quotidiens, ce même pouvoir, en son expression policière, confirme son penchant répressif, plus prompt à libérer la force qu’à la retenir. Alors que les témoignages, documentés par de nombreuses vidéos (un dernier exemple ici sur Mediapart), attestent de la disproportion de violence entre les ripostes des forces dites de l’ordre et les comportements des manifestants, dont l’immense majorité est pacifique ; alors qu’un abîme sépare ces manifestants, massivement inexpérimentés et désarmés, d’unités professionnelles aux équipements protecteurs et aux armes dangereuses, potentiellement létales selon leur usage ; alors qu’à Rennes, un jeune étudiant vient de perdre un œil, sans doute sous un tir de LBD (lanceur de balle de défense) ; bref, alors que la question de l’usage disproportionné et illégitime de la force par des policiers et des gendarmes est publiquement posée, le ministre de l’intérieur a adressé, samedi 30 avril, un télégramme à tous les préfets dont « les violences qui se développent en marge des manifestations revendicatives, voire des rassemblements “Nuit Debout” » sont le seul objet.

Chacun-e peut en juger puisque son texte intégral est disponible ici : Le télégramme de Bernard Cazeneuve aux préfets (pdf, 1.1 MB). Tout au plus y trouve-t-on un vague rappel, car sans précisions pratiques, de l’« usage proportionné et légitime de la force », suivi de l’évocation, sans aucun exemple concret, des « règles de déontologie qui s’imposent » aux forces de police et de gendarmerie. Pour le reste, ce ne sont que consignes de fermeté qui font peser sur les organisateurs des manifestations ou des rassemblements toute la responsabilité de leur déroulement pacifique, comme si l’attitude des forces dites de l’ordre, leur positionnement et leur comportement, n’y avait pas aussi sa part.

Le message principal de ce télégramme, qu’entendront parfaitement ces administrations hiérarchisées et verticales, par nécessité autant que par culture, est celui de la répression puisque Bernard Cazeneuve insiste sur les « instructions relatives à l’interpellation des individus violents ou auteurs d’infractions », soulignant, avec fierté, qu’il y en eut 214 pour la seule journée du 28 avril et près de mille – 961 précisément – « depuis le début des manifestations ». Nul doute que la « culture du chiffre » policière et gendarmique sera au rendez-vous de cette consigne, d’autant plus que c’est aussi l’un des héritages sarkozystes que n’aura pas remis en cause le hollandisme vallsien.

Les rassemblements « Nuit Debout » et les manifestations « #LoiTravailNonMerci » étant appelés à durer face à l’entêtement du pouvoir, la question du maintien de l’ordre va devenir un enjeu en soi – d’information, de droit, de justice, de solidarité, de convergence, etc. Et ceci d’autant plus que le pouvoir risque fort de parier sur les violences, leur exacerbation provocatrice, leur exploitation médiatique, voire leur manipulation politicienne, afin de faire diversion pour gagner un peu de survie dans la profonde crise de légitimité qui le mine et le divise.

Dans ce contexte, il n’est pas inutile, il est même instructif de comparer le télégramme de Bernard Cazeneuve en 2012 à la lettre de Maurice Grimaud en 1968. Préfet de police de Paris sous le règne du général de Gaulle, fondateur de la Cinquième République, ce fonctionnaire et intellectuel de gauche avait succédé en 1966, à ce poste, au sinistre Maurice Papon dont le nom reste associé aussi bien à Vichy qu’à la guerre d’Algérie, aux déportations antisémites comme aux répressions coloniales. Responsable du maintien de l’ordre à Paris durant le mois de mai 1968, Maurice Grimaud (1913-2009, sa biographie est ici) sut, par ses consignes écrites aux unités comme par sa présence physique sur le terrain, éviter le pire alors même que les premières manifestations étudiantes étaient autrement déterminées qu’elles ne le sont aujourd’hui, se traduisant par une « nuit des barricades ».

Relire, à quarante-huit ans de distance, la lettre que Maurice Grimaud adressa, le 29 mai 1968 – soit après un petit mois de manifestations –, individuellement, à chaque policier, c’est prendre la mesure de la déliquescence de l’État sous cette Cinquième République aujourd’hui finissante. Quand il y avait, hier, de la hauteur, sinon de la grandeur, cette force de refuser l’usage inutile de la force, il n’y a plus, aujourd’hui, au sommet de l’État, que cette peur des faibles dont l’amour de la force est l’expression la plus triviale et la moins courageuse. Maurice Grimaud ne donne pas des consignes, il parle à des hommes. Il n’est pas au-dessus d’eux, mais dans la même « Maison », de plain-pied. Il leur parle métier, de façon précise, concrète et illustrée, et non pas chiffre ou résultat, de façon abstraite et désincarnée. Surtout, il s’adresse à leur conscience, faisant le pari du citoyen sous l’uniforme, évoquant avec le mot « réputation » l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et, au-delà, du bien commun.

Voici le texte intégral de cette lettre de Maurice Grimaud que les #NuitDeboutPartout feraient bien de reprendre largement et, pourquoi pas, de diffuser sous forme de tracts auprès des forces dites de l’ordre, en ce jour de Fête internationale des travailleurs, 1er mai 2016, devenu 62 mars dans le nouveau calendrier de l’improbable sursaut qui, aujourd’hui, nous réveille. On en retiendra notamment cette injonction : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même. »

« Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

« Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

« Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter. Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

« Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement. Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

« C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

« Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés. Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

« Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

« Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

« Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.

« Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

 « Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation. »

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Source : https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/300416/maintien-de-l-ordre-la-lettre-de-grimaud-le-telegramme-de-cazeneuve


Emmanuel Macron, Narcisse du grand débat

Le Président a assuré "le show" comme si la politique n’était que fiction, se montrant incapable d'être attentif au vécu de ses concitoyens.

Elodie Mielczareck Sémiologue, spécialisée dans le langage et bodylanguage, conseil aux dirigeants, auteure de "La stratégie du caméléon"
Après les analyses journalistiques ”à chaud” de l’allocution présidentielle de jeudi dernier, supposée être une réponse à la crise des Gilets Jaunes, sous la forme d’un “résumé” du Grand débat, prenons le temps de revenir sur la dimension sémiologique -forme et fond réunis- de cette prestation. En effet, la performance d’Emmanuel Macron s’assimile davantage à une cure psychanalytique qu’à un programme présidentiel. De là à répondre à la question que certains se posent “Emmanuel Macron est-il malade?”, il n’y a qu’un pas…

I- Emmanuel Macron moins président qu’athlète de la langue française, réussit une performance parfaitement soignée et contrôlée. Qualifiée de “grand oral” par les chaînes d’informations en continu, la prise de parole du Président est spectaculaire par différents aspects:

- la performance : pendant plus de deux heures, Emmanuel Macron va prendre la parole, sans jamais se perdre dans le fil des ses pensées, en ne butant que deux fois sur les mots, en gardant l’aspect d’un discours rationnel et logique. L’épreuve est réussie avec brio pour tous les aspects qui renvoient à ce que l’on appelle communément “l’art oratoire” (élocution, mémoire, rhétorique, maniement de la langue française, etc.) Emmanuel Macron apparaît moins en président qu’en athlète de la langue, sur-entraîné et de haut niveau.

- la mise en scène: seul derrière un pupitre designé pour l’occasion, d’une blancheur immaculée en résonance avec la netteté des murs et des dorures simplifiées et présentes à l’arrière-plan, Emmanuel Macron focalise toutes les attentions. Rien n’est venu parasiter la mise en scène magistrale et jupitérienne de cette prise de parole: pas un zozotement, pas une seule micro-démangeaison, pas un seul gros plan sur un quelconque défaut. Tout a été parfaitement soigné et contrôlé. A l’extrême. Et c’est ce soin particulièrement porté à l’image et aux mots qui ont attiré notre attention.

Autrement dit, cette perfection n’est-elle pas un “masque”, un ”écran”, voire un “miroir aux alouettes”? Derrière cet idéal d’élégance et de perfectionnisme, n’y a-t-il pas autre chose qui se donne à voir?

II- Emmanuel Macron en psychanalyse: notre Président souffre-t-il d’un narcissisme maladif?
Voici les 5 principales dimensions psychanalytiques que j’aimerais développer: la présence de “mots-fétiches”, la sur-représentation des tournures syntaxiques “je veux”, “je souhaite”, l’absence de tournures empathiques, l’attention extrême portée aux questions journalistiques, l’absence de rationalité derrière la logique apparente.

1- la présence de “mots-fétiches”: ce sont les mots les plus répétés du discours. Le lexique de la “proactivité” est le plus présent: “changement”, “relancer”, “rebâtir”, “solutions”, “ambition”, “plus vite”, “nouvel acte”, “inédit”, “avancer”, sont les items les plus récurrents. Je cite François Noudelmann dans Le Génie du mensonge: “Insister, répéter, marteler sont des gestes langagiers suspects qui révèlent une inquiétude inverse à l’assurance exposée par l’énonciateur. Freud observait que nous répétons ce que nous n’arrivons pas à dire une bonne fois pour toutes.” Une manière d’expliquer sans doute le décorum rétrograde de chaque prise de parole présidentielle dont la dimension hiérarchique est ostentatoire. La marche lente et solitaire vers la pyramide du Louvre, l’incarnation jupitérienne, et la mise en scène spectaculaire en sont quelques expressions visuelles. Une “politique à papa” désuète en même temps que le langage verbal du changement “ensemble, c’est notre projet”. Freud nous rappelle que les Chinois vénèrent le pied féminin pour mieux le mutiler et le rabaisser. Dès lors, ne paraît-il pas illusoire d’espérer le grand renouveau tant promis pendant la campagne présidentielle?

2- La sur-représentation des tournures syntaxiques “je veux”, “je souhaite” qui ponctue le discours plus qu’elle ne propose une réalisation concrète. Le linguiste Alain Rey, disait avec humour à propos de Nicolas Sarkozy, “même le Roi dit Nous voulons”. Peut-être parce qu’il est Sarkozy en mieux, Emmanuel Macron se positionne en maître des tournures de phrases égocentrées. Dès lors ce grand oral n’est pas une réponse mais un monologue, construit autour de la glorification de celui qui l’énonce. Prenons, par exemple, cette phrase illustratrice: “La fierté qui est la mienne de voir nos concitoyens participer aux débats (...) j’ai moi-même beaucoup appris.” Cela n’est pas “nos concitoyens peuvent-être fiers d’avoir participé”, c’est de manière plus subtile et maquillée un “je suis fier que nos concitoyens…”. Le sentiment de fierté n’est donc plus attribué aux concitoyens mais devient le fait de la démarche présidentielle. Ce type d’arrangements syntaxiques est trop important dans l’allocution présidentielle pour être le fruit du hasard. Par ailleurs la gestuelle conquérante est venue appuyer le discours égotique: gestes en hauteur, amples, occupant tout l’espace. La démonstration de force d’un Macron jupitérien est-elle l’indice que le “changement” tant répété dans le discours (et demandé aux “gaulois réfractaires”) est inversement proportionnel à la remise en cause de celui qui prend parole? Une parole qui ne saurait être remise en cause avec des tournures inondées par un présent ”à valeur de vérité générale”: “C’est la fin de l’esprit de division (…). C’est la volonté de vivre ensemble profondément, résolument” sont les derniers mots qui concluent le discours. La tournure C’EST+PRESENT+VALEURS ABSTRAITES empêche cognitivement toute opposition critique.

3- L’absence de tournures empathiques: photographie négative du point 2, l’inflation du discours égotique traduit en creux une incapacité projective et empathique (faire sienne les émotions des autres). Les “nous” sont très peu présents, les “vous” sont absents. Concernant les “remontées” du grand débat collectif, voici les phrases prononcées: “après avoir beaucoup écouté et réfléchi je veux dire où je me situe (…) je ne retiendrai pas cette option... je ne crois pas (…) je le crois (…) quand je regarde (…) je ne la retiendrai pas (cette option) (…) et je sais une chose (…) moi je veux bien (…) Je veux/je souhaite (…) moi je suis persuadé”. L’autre est ainsi nié dans le discours. Par ailleurs nous notons que la phrase “je considère les Gilets Jaunes” est prononcé à 2h17 sur un discours dont la durée est de 2h24. Une autre dimension étonnante est le rejet quasi-systématique de certaines responsabilités sur des causes extérieures. Les déformations de phrases proviennent “du monde dans lequel on vit”, la crise que nous traversons est celle que “nombre de démocraties dans le monde traversent”, les erreurs d’interprétations sont causées par les récepteurs. Concernant la métaphore de la cordée, Emmanuel Macron affirme: “Je suis forcé d’être lucide, je n’ai pas été compris, cette image n’a pas été comprise mais je l’assume (...) c’est ça que j’ai voulu dire, tout le contraire de ce qui a été compris.” Un manque d’empathie structurel que trahissent les phrases suivantes: “On a découvert avec étonnement il faut bien le dire (…) celles et ceux qui (…) ces portraits chinois que je viens d’évoquer... ces cas concrets se sont exprimés à nous (…) Il y a comme des plis de la société qui se sont révélés (…) des angles-morts.” Emmanuel Macron est un Président dans la “découverte” et la “révélation” sur les conditions de vie d’une partie de ses concitoyens. Le projet d’Emmanuel Macron pour y remédier est clairement énoncé: “Redonner une espérance (…) redonner l’art d’être français.” Un projet tout à la fois abstrait et spirituel. Marcel Archard n’a-t-il pas écrit: “L’espérance est un de ces remèdes qui ne guérissent pas mais qui permettent de souffrir plus longtemps”? Les seules inflexions émotionnelles observées (hésitations, voix ralentie, retour émotionnel) concernent l’affaire Benalla… Autrement dit, les émotions apparaissent uniquement et seulement lorsque le Président est concerné.

4- L’attention extrême portée aux journalistes. Le temps des échanges montre une dynamique comportementale différente, bien que complémentaire à la posture narcissique démontrée ci-dessus. Si Emmanuel Macron déclare ne pas être “celui qui cherche à plaire”, son attitude corporelle raconte l’inverse: focalisation extrême du regard sur celui ou celle qui lui pose la question (comme oubliant tout le reste autour de lui), sourires de séduction et de connivence répétés, Emmanuel Macron aime porter attention à celui ou celle qui s’intéresse à lui. S’épanchant parfois, souriant toujours (même lorsque la question est désagréable). Les items corporels de séduction sont nombreux.

5- L’absence de rationalité derrière la logique apparente. Fait étonnant: Emmanuel Macron reconnu pour être brillant, notamment dans sa connaissance des chiffres et de l’économie, nous livre une vision paradoxale de la situation française: “Au fond, aujourd’hui, je pourrais vous dire qu’on est au plein emploi avec beaucoup de chômage”. Sans avoir fait d’économie, il est avéré que les termes “plein emploi” et “beaucoup de chômage” sont antinomiques: est-ce l’une des forces de la rhétorique “en même temps” qui sans trouver de troisième voie, réunit comme par magie des opposés? Si le tour paraît osé, Emmanuel Macron se défend en affirmant que l’économie est subjective: “Le chiffre du plein emploi, c’est les économistes qui le fixent, ce n’est pas un taux. Je pense que le chiffre de 7% est tout à fait atteignable”. Pour plus d’informations, je vous invite à lire cet article d’Atlantico. Par ailleurs, nous notons un usage particulier des “il faut”, souvent symptomatiques d’une incantation qui ne se réalise pas: “il faut lever les ambiguïtés”, “il faut être concret et pragmatique” sont répétés comme pour conjurer un discours qui peine à incarner ces valeurs.

III - Emmanuel Macron est-il malade? La symbolique inconsciente de l’allocution présidentielle
A la question Emmanuel Macron est-il malade? Deux réponses semblent se dessiner. La première se situe au plan physique. Bien que ce soit le premier Président de la République à ne pas donner accès à ses bilans de santé, que le maquillage serve à camoufler des traits tirés, la performance athlétique à laquelle nous avons assisté laisse présager une “forme olympique”, bien que surhumaine: pas une seule inflexion de voix, pas une seule baisse d’attention, pas un seul relâchement. L’intervention présidentielle ne fait pas dans le contraste, tout est haut et impérieux dans la diction d’Emmanuel Macron, du début à la fin.

Le second plan relève davantage du niveau psychique. Emmanuel Macron ne montre-t-il pas des signes de troubles de la personnalité? En mettant de côté les structures sociales et politiques qui favorisent l’émergence et l’élection de personnalités narcissiques, l’accumulation des 5 points précédents devrait sérieusement nous interroger. Si la plastique de notre président, l’esthétique de la mise en scène et la forme performante ont de quoi séduire tout un chacun, la dimension personnelle et l’aspect relationnel posent question. Outre un turn-over impressionnant dans les équipes des cabinets ministériels et chez les ministres eux-mêmes, l’incapacité à fédérer et à créer une certaine confiance n’est-elle pas un frein à l’action présidentielle? Autrement dit, l’absence de qualités disons “managériales” n’entraîne-t-elle pas un coût financier et humain? Kenneth Arrow a eu le Prix Nobel en 1972 justement pour avoir montré l’impact des relations de défiance. L’absence de confiance entre les individus nous coûte plusieurs points de PIB chaque année. Particulièrement en France. Dans leur ouvrage La Société de défiance ou comment le modèle français s’auto-détruit, Cahuc et Algan, tous deux économistes, expliquent le très mauvais classement de la France (le pire des pays de l’OCDE) sur la confiance des individus entre eux, mais également envers les institutions.

Enfin, la faille narcissique d’Emmanuel Macron se lit à travers les images et le décorum choisi. Bien que parfaitement minimaliste, la décoration laisse échapper certains symboles pertinents. Les cercles dorés présents sur les murs de la salle viennent former une auréole autour de la tête présidentielle. Une “aura” qui accentue la dimension narcissique de “l’Elu”. Par ailleurs, cette forme est répétée dans l’ensemble de la pièce (voir photo ci-dessus) comme autant de portraits “vidés” d’une généalogie qui n’existent pas/plus.

Faut-il y voir le fantasme d’une monarchie absente? Ou bien la volonté inconsciente d’apparaître comme le premier d’une lignée instituée symboliquement (Emmanuel Macron n’a pas d’enfants)? Le problème posé ne trouve pas tant ses réponses dans ces interprétations qui peuvent être multipliées à l’infini, que dans la sur-représentation pour le moins étonnante d’un “paraître” travaillé parfaitement et à l’excès, acmé d’une théâtralisation dans laquelle le regard des spectateurs vient se noyer, pour assister passivement à l’incarnation présidentielle. Une incarnation désincarnée pourrait-on dire puisqu’il y manque les marques de la vie réelle: les émotions, l’authenticité, l’échange, une place pour l’autre, pour le dire rapidement.

S’il est un personnage de la littérature dont “l’épaisseur” renvoie au concept psychanalytique de Narcisse, c’est bien celui de Dorian Gray. Tout comme ce personnage de roman, prêt à tout pour garder la jeunesse et la beauté, Emmanuel Macron nous offre son portrait, encerclé d’un ruban doré. Dit autrement, il assure “le show” en oubliant que la politique n’est pas qu’une fiction. Le Grand Débat est ainsi pour Emmanuel Macron une véritable psychanalyse, un “je” qui se répète et se raconte sous la forme d’un monologue narcissique superfétatoire, davantage qu’une attention portée aux vécus de ses concitoyens.

Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/emmanuel-macron-est-il-malade_fr_5cc6ad76e4b0fd8e35be9a4a