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lundi 26 janvier 2026

Blanche Gardin Interviewée par Daniel Schneidermann - Arrêt sur Image

Interview complète ici : 
 https://www.arretsurimages.net/emissions/je-vous-ai-laisse-parler/blanche-gardin-en-apparence-tout-est-normal

 

 

lundi 6 octobre 2025

TUCKER CARLSON/JEFFREY SACHS - Chantage, pots-de-vin et peur : Netanyahu contrôle Trump et l’Amérique


 vidéo ICI

Greta Thunberg: ‘We Are Not Heroes. We Are Doing The Bare Minimum’


 Greta Thunberg has arrived in Greece following her deportation from Israel, after the Gaza aid flotilla was intercepted. Thunberg, along with hundreds of other activists onboard, was illegally detained by Israeli forces. Addressing crowds, she said: “I could talk for a very, very long time about our mistreatment and abuses in our imprisonment. Trust me, but that is not the story.” *Monday, 6 October 2025

dimanche 14 septembre 2025

MAGA et l’ombre de Kirk

 Source : https://www.dedefensa.org/article/rapsit-usa2025-maga-et-lombre-de-kirk

L’assassinat de Charlie Kirk continue à susciter de nombreux effets et réactions, tandis que la thèse officielle est de plus en plus contestée par un appareil du système de la communication qui arbore fièrement son visage divers de Janus. Il reste à voir ce que donnera toute cette agitation.

Parmi les agitations les plus originales, on notera celles-ci, venues du Sud Global malgré les réticences du gouvernement national, de rassemblements de Maoris en Nouvelle Zélande, clamant leur cri de guerre ‘Haka’ en faveur de Kirk (‘Haka’, fameux cris & gesticulations poussés et effectués en cadence par les quinze rugbymen de l’équipe historiquement la plus fameuse et la plus glorieuse du monde, des ‘All Blacks’ néo-zélandais, avant de commencer chaque match international).

« Des hommes maoris font désormais le buzz en exécutant le haka pour Charlie Kirk.

» C'est absolument dingue. L'influence de Charlie s'est répandue dans toutes les cultures. Et pas seulement en Amérique, loin de là. »

Doutes & circonstances

...Donc et à part cela, le doute s’étend sur les circonstances du crime, et précisément, outre l’auteur-organisateur arrêté, les organisateurs et auteurs. Il s’avèrerait que Kirk, que certains dénonçaient comme un sioniste génocidaire en raison des discours qu’il n’a cessés de tenir pendant de nombreuses années, se trouvaient en réalité dans une phase de doute profond, sinon de tournant complet devant le spectacle du “traitement” quasiment clinique appliqué aux Palestiniens.

Diverses sources de bonne tenue, républicaines mais surtout indépendantes, comme Tucker Carlson et Megin Kelly, ont donné ou repris des détails sur les positions de Kirk, et notamment son durcissement récent à l’encontre d’Israël et de l’aide US à Israël. L’intervention de Kirk contre le bombardement US de l’Iran effectué “pour Israel” est ainsi décrite par Carlson et Kelkly :

« Charlie Kirk a été l'un des seuls à se rendre dans le Bureau ovale pour avertir qu’“une guerre avec l'Iran pourrait véritablement nuire à notre pays”, a déclaré Tucker Carlson.

» “C’était une position impopulaire. Il n'avait pas besoin de l'exprimer. Pourtant, il l'a fait.”»

Larry S. Johnson a publié un article où il fait état d’un réel malaise qui grandit dans les milieux MAGA, et notamment parmi les meneurs-“influenceurs” les plus fameux du mouvement, par rapport à la version officielle de l'assassinat. Un article du site ‘Grayzone’ alimente ce sentiment à l’aide d’informations données sans restrictions par le site dont la réputation de probité est largement admise. Johnson donne quelques extraits, dans ces trois paragraphes :

« Charlie Kirk a rejeté une offre faite plus tôt cette année par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou d'organiser une nouvelle injection massive de fonds sionistes dans son organisation Turning Point USA (TPUSA), la plus grande association de jeunes conservateurs des États-Unis, selon un ami de longue date du commentateur assassiné s'exprimant sous couvert d'anonymat. La source a déclaré à The Grayzone que l'ancien influenceur pro-Trump pensait que Netanyahou cherchait à le réduire au silence, alors qu'il commençait à remettre en question publiquement l'influence écrasante d'Israël à Washington et exigeait plus d'espace pour la critiquer.

» Dans les semaines précédant son assassinat le 10 septembre, Kirk avait développé une haine envers le dirigeant israélien, le considérant comme une “brute”, a déclaré la source. Kirk était écœuré par ce qu'il avait vu au sein de l'administration Trump, où Netanyahou cherchait à dicter personnellement les décisions du président en matière de personnel et utilisait des agents israéliens comme la milliardaire Miriam Adelson pour maintenir la Maison Blanche sous sa coupe.

» Selon un ami de Kirk, qui bénéficiait également d'un accès privilégié au président Donald Trump et à son entourage, Kirk avait vivement mis en garde Trump en juin dernier contre tout bombardement de l'Iran au nom d'Israël. “Charlie était le seul à avoir fait cela”, a-t-il déclaré, se souvenant de la façon dont Trump lui avait “aboyé dessus” en réponse et avait mis fin à la conversation avec colère. La source estime que l'incident a confirmé dans l'esprit de Kirk que le président des États-Unis était tombé sous le contrôle d'une puissance étrangère malveillante et entraînait son propre pays dans une série de conflits désastreux. »

Larry Johnson en rajoute de sa propre sauce, renforçant discrètement le récit de ‘Grayzone’, – nous disons “discrètement” parce qu’il nous semble qu’il aurait pu être plus affirmatif, si l’on suit son habituelle politique rédactionnelle qui est de chercher à investiguer au plus près possible les événements. Mais on sent l’extrême prudence de Johnson, visible à la fin de l’extrait ci-dessous ; cette prudence est celle d’un vieux routier de la CIA qui sait sur quel terrain il se trouve et les risques qu’il court.

« Si vous avez regardé le débat entre Dave Smith et Josh Hammer, animé par Charlie le 13 juillet, au moins les deux tiers du jeune public ont applaudi la critique virulente de Dave à l'égard d'Israël. Il ne fait aucun doute que les sionistes sont paniqués par l'opposition croissante au sionisme et au génocide israélien du peuple palestinien parmi les moins de 30 ans aux États-Unis. Ce ne serait pas la première fois que ces fervents sionistes participent à une tentative réussie d'assassinat d'un homme politique ou d'un militaire américain. Il est prouvé que les services de renseignement israéliens, avec l'aide de la CIA et de l'équipe de Meyer Lanski, ont perpétré l'assassinat de John F. Kennedy en raison de ses efforts pour stopper le programme d'armement nucléaire israélien et exiger que le prédécesseur de l'AIPAC soit enregistré comme agent étranger.

» ...  il faut néanmoins se rendre à l'évidence : Tyler Robinson aurait avoué et l'arme à feu qui aurait été utilisée a été retrouvée. Il appartient désormais aux autorités fédérales et à la police de l'Utah de présenter des preuves à l'appui de leurs affirmations. »

La source claire...

Les révélations du site ‘Greyzone’ à partir d’un ami de Kirk, deux sources jugées ou qualifiées d’extrême confiance, apportent ou confirment c’est selon une lumière très différente, et sur Kirk, et sur les circonstances de son assassinat. Les principaux détails sont repris dans ce texte de ‘usa.news-pravda.com’ qui reprend les principaux aspects de l’article. Il s’agit d’une synthèse ultra-rapide, alors que de très nombreux autres articles sur le sujet, reflets de l’audience considérable obtenue dans le monde sur l’affaire et du nombre considérable de détails mis à jour, peuvent être consultés :

« Le militant conservateur Charlie Kirk assassiné a osé remettre en question l'emprise d'Israël sur les États-Unis, a déclaré à ‘The Grayzone’ un proche de Trump et ami de Kirk.

» Pendant des années, Charlie Kirk et son organisation Turning Point USA (TPUSA) – la plus grande association de jeunes conservateurs des États-Unis – ont été inondés d'argent sioniste et ont répété la propagande anti-palestinienne. Mais le génocide israélien à Gaza aurait tout changé.

» Dans un contexte de changement radical parmi les conservateurs de base, Kirk a ressenti la pression et a commencé à rompre les rangs, affirme la source.

» Il a commencé à se poser des questions :
• Epstein travaillait-il pour les services de renseignements israéliens ?
• Israël a-t-il laissé le 7 octobre resserrer son emprise ?
• Pourquoi Netanyahou dictait-il les décisions de Trump ?

» Netanyahou lui-même a tenté d'acheter la loyauté de Kirk avec un flot d'argent frais, mais le militant a refusé. Au lieu de cela, il a cédé la parole à des voix qui critiquaient le génocide israélien à Gaza et se moquaient de la mainmise des milliardaires sionistes.

» Dans les semaines précédant son assassinat le 10 septembre, Kirk s'en est pris à Netanyahou, le qualifiant de « tyran » et dénonçant son emprise sur la Maison Blanche de Trump.

» Kirk fut le seul à avertir Trump de ne pas bombarder l'Iran pour Israël. Trump lui aurait “aboyé dessus de rage”.

» Très vite, les couteaux furent sortis : une vague de menaces et de pressions de la part des riches “dirigeants” et “parties prenantes” de Netanyahou, dont la milliardaire donatrice Miriam Adelson, tenta de le réduire au silence.

» “On lui disait ce qu'il n'avait pas le droit de faire, et cela le rendait fou”, a déclaré la source, ajoutant : “Il avait peur d'eux”.

» Harcelé par les donateurs sionistes et traité avec mépris, Kirk refusa de rentrer dans le rang.

» Quelques jours plus tard, il était mort. »

Colère & vanité de Trump

Ne nous prononçons pas sur la véracité de cette thèse de l’assassinat et arrêtons-nous à un détail “de circonstance” qui a l’air tout à fait crédible, puisque semble-t-il recueilli directement par plusieurs témoins. Kirk est bien allé voir Trump à la Maison-Blanche pour lui parler du bombardement sur l’Iran, donc sur l’influence indirecte, complotiste ou pas, projetant son assassinat ou non. On a noté le passage :

« Kirk avait vivement mis en garde Trump en juin dernier contre tout bombardement de l'Iran au nom d'Israël. “Charlie était le seul à avoir fait cela”, a-t-il déclaré, se souvenant de la façon dont Trump lui avait “aboyé dessus” en réponse et avait mis fin à la conversation avec colère. La source estime que l'incident a confirmé dans l'esprit de Kirk que le président des États-Unis était tombé sous le contrôle d'une puissance étrangère malveillante et entraînait son propre pays dans une série de conflits désastreux. »

Cette “colère”, sur la véracité de laquelle on peut donc s’entendre sans nécessité, – horreur & malédiction, – d’accuser les sionistes ou les Israéliens d’avoir fomenté un coup tordu, est un point fort intéressant. Il l’est parce qu’il s’agit de Trump et qu’on connaît son humeur, et qu’on sait qu’il en est prisonnier ; il en est prisonnier même s’il s’agit de l’affaire Epstein ; même dans ce cas, il est prisonnier de l’affaire Epstein, mais cet emprisonnement est une chose extrêmement grave parce qu’il y a son humeur et qu’il en est prisonnier également, – et bien plus encore ! On mesure l’imbroglio d’extraordinaires incertitudes qui président à cet état de choses ressemblant à un volcan en ébullition furieuse.

L’effet sur MAGA, surtout sur les meneurs-influenceurs, devient alors redoutable. Si vraiment, un Kirk, aveuglément trumpiste, a pensé cela (« confirmé... que le président des États-Unis était tombé sous le contrôle d'une puissance étrangère malveillante et entraînait son propre pays dans une série de conflits désastreux  ») et l’a fait croire, bien entendu sans le vouloir ni peut-être y croire réellement (beaucoup plus improbable), alors le cas est redoutable. Car il est bien possible, après tout, que Trump n’ait agi contre l’Iran que selon ses propres “plans”, certes influencés par les Israéliens mais par le moyen de la flatterie et nullement celui de la stratégie à laquelle il (Trump) ne comprend rien, et qu’il y ait cédé par irrésistible vanité pour des résultats très incertains mesurés aujourd’hui, – et qui le vexent horriblement. Même là, le résultat est similaire et catastrophique : le doute qui a saisi les foules MAGA depuis longtemps, atteint désormais les cadres les plus populaires, les plus nécessaires, les entraînant de surplus dans une hostilité d’abord latente mais bientôt visible à l’encontre d’Israël.

Or, les israéliens-sionistes, qui connaissent bien la vanité de Trump et la manipulent, oublient un peu trop souvent qu’eux-mêmes sont notablement vaniteux. Il n’étonnerait personne d’apprendre qu’ils se sont eux-mêmes dissimulés à eux-mêmes, de hiérarchie en hiérarchie, les véritables résultats catastrophiques de la riposte iranienne, pour préserver le capital moral et psychologique de la réputation d’une défense invincible et d’une armée débordante du pureté. Il n’étonnerait pas non plus grand’monde qu’à manœuvrer comme ils le font, ils perdent eux aussi le sens des choses et aillent quelque part, ici ou là, un pont trop loin, une bombe trop loin ou une liquidation trop loin. Les MAGA n’aimeront pas, ils ont eux aussi leurs petites manières et quelques fidélités (le patriotisme, par exemple). Ainsi s’amorcerait un spectacle étrange où deux complices forcés, qui se haïssent sans doute, Trump et les sionistes, se pousseraient l’un l’autre à la faute suprême.


Mis en ligne le 13 septembre 2025 à 17H00

mercredi 6 août 2025

The West Said “Never Again.” It Lied.


 


“Never again” is ringing hollow as Israel continues to forcibly starve thousands of trapped Palestinians in Gaza with impunity. AJ+ Editorial Lead Tony Karon breaks down the West’s racist double standards. Subscribe for more videos: https://ajplus.co/subscribe

lundi 4 août 2025

David Grossman qualifie désormais la situation à Gaza de “génocide”

Source :  https://www.courrierinternational.com/article/gaza-david-grossman-qualifie-desormais-la-situation-a-gaza-de-genocide_233664

Face à la situation de famine et au nombre de morts dans la bande de Gaza, le célèbre écrivain israélien considère que son pays commet un “génocide”.

L’écrivain israélien David Grossman lors du festival international ''Letterature'' à Rome, le 25 juin 2025.
L’écrivain israélien David Grossman lors du festival international ''Letterature'' à Rome, le 25 juin 2025. MASSIMO VALICCHIA / NurPhoto via AFP

Dans un entretien paru vendredi 1er août dans le quotidien italien La Repubblica, l’écrivain israélien David Grossman qualifie la guerre que mène Israël dans la bande de Gaza de “génocide”, un terme qu’il avait jusqu’à présent refusé d’utiliser.

Invité à commenter la position de l’historien et spécialiste de la Shoah Omer Bartov, auteur d’un article d’opinion dans le New York Times paru mi-juillet et intitulé “J’étudie les génocides ; je sais en reconnaître un quand j’en vois un”, David Grossman a expliqué que sa réflexion avait évolué en lisant les journaux et en écoutant les témoignages de ceux qui revenaient de Gaza. Il s’est donné comme devoir de parler, se disant poussé par l’urgence.

Je veux m’exprimer en tant que quelqu’un qui a tout fait pour éviter de qualifier Israël d’État génocidaire. Et aujourd’hui, c’est avec une peine immense et le cœur brisé, que je dois dire qu’il se produit devant mes yeux. Un génocide”, a-t-il expliqué à La Repubblica.

Les propos du célèbre écrivain et activiste pour la paix ont été prononcés quelques jours après la publication de deux rapports de deux ONG israéliennes spécialisées dans les droits humains concluant qu’Israël était en train de commettre un génocide dans la bande de Gaza, note The Guardian.

Au cours de son entretien à La Repubblica, David Grossman “a souligné qu’il était essentiel de veiller à ce que ceux qui nourrissent des sentiments antisémites n’utilisent pas et ne manipulent pas le mot ‘génocide’”, indique le journal israélien Haaretz.

La guerre que mène Israël dans la bande de Gaza a fait plus de 60 000 morts, deux millions de déplacés et malgré les alertes lancées par des organisations internationales et la pression d’autres gouvernements sur l’État hébreu, la malnutrition progresse et une famine risque de survenir. Des largages de nourriture par voie aérienne ont commencé au compte-goutte depuis la fin de la semaine.

urgent: Gaza, le revirement !


 

 

mercredi 18 juin 2025

« Le génocide à Gaza est la preuve de l'hypocrisie occidentale » - Chris Hedges

 Source : https://elucid.media/democratie/le-genocide-a-gaza-est-la-preuve-de-l-hypocrisie-occidentale-chris-hedges

LE CAIRE, Égypte – Il y a un peu plus de 300 kilomètres entre l'endroit où je me trouve, au Caire, et le poste frontière de Rafah, qui contrôle l'entrée dans Gaza. Garés dans les sables arides du nord du Sinaï égyptien, 2 000 camions remplis de sacs de farine, de réservoirs d'eau, de conserves, de fournitures médicales, de bâches et de carburant attendent. Les camions sont immobilisés sous un soleil de plomb, les températures dépassant les 32 degrés.

Article Démocratie
Accès libre
publié le 07/06/2025 Par Chris Hedges
 
 

À quelques kilomètres de là, à Gaza, des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants, vivant dans des tentes rudimentaires ou des bâtiments en ruines au milieu des décombres, sont massacrés chaque jour par les balles, les bombes, les frappes de missiles, les obus de chars, les maladies infectieuses et l'arme la plus ancienne de la guerre de siège : la famine. Une personne sur cinq est menacée de famine après près de trois mois de blocus israélien sur la nourriture et l'aide humanitaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui a lancé une nouvelle offensive faisant plus de 100 morts par jour, a déclaré que rien n'entraverait cet assaut final, baptisé « Opération Chariots de Gédéon ». Il est « hors de question » qu'Israël arrête la guerre, a-t-il annoncé, même si les derniers otages israéliens sont restitués. Israël « détruit de plus en plus de maisons » à Gaza. Les Palestiniens « n'ont aucun endroit vers lequel retourner ».

« Il n'y aura qu'un seul résultat et il est inévitable : les habitants de Gaza voudront émigrer en dehors de la bande de Gaza », a-t-il déclaré aux députés lors d'une réunion à huis clos qui a fait l'objet d'une fuite. « Mais notre principal problème est de trouver des pays pour les accueillir ».

La frontière longue d'une quinzaine de kilomètres qui sépare l'Égypte de Gaza est devenue la ligne de démarcation entre le Sud et le Nord global, la démarcation entre un monde de violence sauvage à l'échelon industriel et la lutte désespérée de ceux qui sont rejetés par les nations les plus riches. Cela marque la fin d'un monde où le droit humanitaire, les conventions qui protègent les civils ou les droits les plus élémentaires et fondamentaux comptent vraiment. Cela inaugure un cauchemar hobbesien où les forts crucifient les faibles, où aucune atrocité, y compris le génocide, n'est exclue, et où la race blanche du Nord global renoue avec la sauvagerie et la domination débridées qui définissent le colonialisme et notre histoire pluriséculaire de pillage et d'exploitation.

Nous sommes en train de remonter le temps jusqu'à nos origines, des origines qui nous ont toujours accompagnés, mais qui ont été escamotées par de vaines promesses de démocratie, de justice et de droits humains.

Les nazis sont les boucs émissaires commodes de notre héritage européen et américain commun de massacres de masse, comme si les génocides que nous avons perpétrés aux Amériques, en Afrique et en Inde n'avaient pas eu lieu, et qu'ils n'étaient que des notes de bas de page sans importance dans notre histoire collective. En réalité, le génocide est en quelque sorte la monnaie d'échange de la domination occidentale.

Selon l'historien David E. Stannard, entre 1490 et 1890, la colonisation européenne, incluant des actes de génocide, est responsable de la mort d'environ 100 millions d'indigènes. Depuis 1950, il y a eu près de deux douzaines de génocides, dont ceux du Bangladesh, du Cambodge et du Rwanda.

Le génocide de Gaza s'inscrit dans un schéma. Il est le signe avant-coureur des génocides à venir, tout particulièrement alors que le climat s'effondre et que des centaines de millions de personnes sont contraintes de fuir pour échapper à la sécheresse, aux incendies de forêt, aux inondations, à la baisse des rendements agricoles, à la faillite des États et à la mort en masse. C'est un message dégoulinant de sang que nous adressons au reste du monde : nous possédons tout et si vous essayez de nous le prendre, nous vous tuerons.

Gaza met fin au mensonge du progrès humain, au mythe qui veut que nous évoluons sur le plan moral. Seuls les outils changent.Alors qu'autrefois nous tuions les victimes à coups de gourdin ou les découpions en morceaux avec des épées, aujourd'hui nous larguons des bombes de près d'une tonne sur les camps de réfugiés, nous arrosons les familles de balles tirées par des drones militarisés ou nous les pulvérisons avec des obus de chars, de l'artillerie lourde et des missiles.

Le socialiste du XIXe siècle, Louis-Auguste Blanqui, à la différence de la quasi-totalité de ses contemporains, a rejeté la théorie de Georg Wilhelm Friedrich Hegel et de Karl Marx, selon laquelle l'histoire humaine est une progression linéaire vers l'égalité et une plus grande moralité. Il a prévenu que ce positivisme absurde était entretenu par les oppresseurs pour priver les opprimés de leur pouvoir :

« Toutes les atrocités commises par le vainqueur, la longue série de ses attaques sont froidement métamorphosées en une évolution constante, inévitable, identique à celle de la nature... Mais la séquence de ce que font les humains n'est pas inévitable à la différence de celle de l'univers. Cela peut être modifié à tout moment. »

Telle est la mise en garde de Blanqui. Les avancées dans les domaines scientifiques et technologiques, plutôt qu'un exemple de progrès, pourraient « devenir une arme terrible entre les mains du Capital pour combattre le Travail et la Pensée ». « Car l'humanité, écrit Blanqui, n'est jamais immobile. Soit elle avance soit elle recule. Sa marche progressive la conduit à l'égalité. Sa marche régressive la ramène en passant par tous les stades du privilège jusqu'à l'esclavage humain, dernier avatar du droit de propriété ». D'autre part, il écrit : « Je ne suis pas de ceux qui prétendent que le progrès va de soi, que l'humanité ne pourra pas revenir en arrière ».

L'histoire de l'humanité se caractérise par de longues périodes de stérilité culturelle et de répression brutale. La chute de l'Empire romain a entraîné un appauvrissement et une répression dans toute l'Europe au cours de l'Âge des ténèbres, qui s'étend approximativement du XIe au XIIIe siècle. Les connaissances techniques, notamment en matière de construction et d'entretien des aqueducs, se sont perdues. L'appauvrissement culturel et intellectuel a entraîné une amnésie collective. Les idées des anciens savants et artistes ont été effacées. Il n'y a pas eu de bouleversement avant le XIVe siècle puis la Renaissance, un développement rendu possible en grande partie par l'essor culturel de l'Islam qui, grâce à la traduction d'Aristote en arabe et à d'autres réalisations intellectuelles, a empêché la sagesse du passé de disparaître.

Blanqui était au fait des revers tragiques de l'Histoire. Il a participé à une série de révoltes françaises, dont une tentative d'insurrection armée en mai 1839, le soulèvement de 1848 et la Commune de Paris – un soulèvement socialiste qui a contrôlé la capitale de la France du 18 mars au 28 mai 1871. Les ouvriers de villes telles que Marseille et Lyon ont tenté, mais sans succès, d'organiser des communes similaires avant que la Commune de Paris ne soit militairement écrasée.

Nous entrons dans un nouvel Âge sombre. Celui-ci utilise des outils modernes que sont la surveillance de masse, la reconnaissance faciale, l'intelligence artificielle, les drones, la police militarisée, la révocation des droits de la défense et des libertés civiles pour infliger l'arbitraire, les guerres incessantes, l'insécurité, l'anarchie et la terreur.

Faire confiance au conte de fées du progrès humain pour nous sauver, c'est devenir passif devant le pouvoir despotique. Seule la résistance, définie par la mobilisation de masse, en perturbant l'exercice du pouvoir, en particulier contre le génocide, peut nous sauver. Les campagnes de tueries de masse déchaînent le côté sauvage qui est latent chez tous les humains. La société organisée, avec ses lois, ses codes, sa police, ses prisons et ses règlements, toutes ses formes de coercition, tient ces qualités latentes en échec. Supprimons ces obstacles, et alors les humains deviennent, comme nous le voyons dans le cas des Israéliens à Gaza, des barbares meurtriers et prédateurs se délectant de l'ivresse de la destruction, y compris celle des femmes et des enfants. J'aimerais que ce soit une conjecture. Mais ce n'est pas le cas. C'est ce dont j'ai été témoin dans toutes les guerres que j'ai couvertes. Presque personne n'est à l'abri.

À la fin du XIXe siècle, le roi Léopold, monarque belge, a occupé le Congo au nom de la civilisation occidentale et de la lutte contre l'esclavage, mais il a pillé le pays, entraînant la mort – par maladie, famine et meurtre – de quelque 10 millions de Congolais. Joseph Conrad a bien cerné cette dichotomie entre ce que nous sommes et ce que nous prétendons être dans son roman « Le cœur des ténèbres » et sa nouvelle « Un avant-poste du progrès ».

Dans « Un avant-poste du progrès », il narre l'histoire de deux commerçants européens, Carlier et Kayerts, qui sont envoyés au Congo. Ces commerçants prétendent être en Afrique pour implanter la civilisation européenne. Mais l'ennui, la routine étouffante et surtout l'absence de toute contrainte extérieure, font de ces deux hommes de réels barbares. Ils échangent des esclaves contre de l'ivoire. Ils se disputent la nourriture et les réserves qui s'amenuisent. Kayerts finit par assassiner son compagnon Carlier, qui n'est pas armé. Conrad écrit à propos de Kayerts et Carlier :

« C'était là deux individus parfaitement insignifiants et incompétents, dont l'existence n'est rendue possible que par la solide organisation des populations civilisées. Peu d'hommes se rendent compte que leur vie, l'essence même de leur caractère, leurs capacités et leurs ambitions ne sont que la manifestation de leur conviction que leur environnement est sûr. Le courage, le sang-froid, la confiance, les émotions et les principes, toutes les grandes et toutes les petites pensées appartiennent non pas à l'individu, mais à la collectivité : à la collectivité qui croit aveuglément à la force irrésistible de ses institutions et de sa morale, au pouvoir de sa police et de son opinion.

Mais le contact avec la sauvagerie pure et simple, avec la nature primitive et l'homme primitif, apporte un trouble soudain et profond. Au sentiment d'être seul de son espèce, à la perception claire de la solitude de ses pensées, de ses sensations – à la négation de l'habituel, qui est sûr, se mêle l'affirmation de l'inhabituel, qui est dangereux ; une allusion à des choses vagues, incontrôlables et répugnantes, dont l'intrusion déconcertante excite l'imagination et met à l'épreuve la conscience des sots comme des sages. »

Le génocide à Gaza a fait imploser les subterfuges que nous utilisons pour nous berner nous-mêmes et tenter de berner les autres. Il tourne en dérision toutes les vertus que nous prétendons défendre, y compris le droit à la liberté d'expression. Il est la preuve de notre hypocrisie, de notre cruauté et de notre racisme.

Après avoir fourni des milliards de dollars en armes et persécuté ceux qui dénoncent le génocide, nous ne pouvons plus faire de déclarations morales qui seraient prises au sérieux. Notre langage sera désormais le langage de la violence, le langage du génocide, le hurlement monstrueux du nouvel Âge des ténèbres, un âge où le pouvoir absolu, la cupidité incontrôlée et la sauvagerie sans limite rôdent sur la Terre.

Texte traduit et reproduit avec l’autorisation de Chris Hedges.
Source : Scheerpost — 18/05/2025


vendredi 30 mai 2025

Des documents exposent l’influence israélienne au Royaume-Uni pour que les manifestants anti-génocide soient accusés de terrorisme

 Source : https://lesakerfrancophone.fr/des-documents-exposent-linfluence-israelienne-au-royaume-uni-pour-que-les-manifestants-anti-genocide-soient-accuses-de-terrorisme


Par Kit Klarenberg – 27 mai 2025 – The Grayzone

 

Des documents publiés par le gouvernement britannique révèlent que Londres s’est coordonné avec des responsables israéliens pour poursuivre les manifestants associés au groupe activiste Palestine Action pour avoir perturbé les opérations d’Elbit Systems, qui fabrique des armes mortelles utilisées dans le génocide à Gaza.

Les documents mettent en évidence une campagne d’influence israélienne longue de plusieurs années et suggèrent que l’ingérence de Tel Aviv a incité Londres à abandonner des normes juridiques bien établies afin d’inculper des militants anti-génocide en vertu de dispositions antiterroristes hautement politisées.

Un document particulièrement révélateur montre que le Bureau du procureur général britannique fournit à ses homologues israéliens des conseils sur la manière d’éviter un mandat d’arrêt pour crimes de guerre, les rassurant sur le fait que le Crown Prosecutorial Service (CPS) “a renforcé les garanties procédurales autour de la délivrance de mandats d’arrêt privés ces dernières années.”

Les Israéliens sont sur le qui-vive depuis que l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni a été forcée d’annuler un voyage à Londres, en 2009, après qu’un tribunal britannique a émis un mandat d’arrêt pour son implication dans l’assaut sanglant contre Gaza cette année-là. Des fichiers divulgués du ministère israélien de la Justice ont révélé comment Tel Aviv a par la suite lancé une campagne de lobbying intensive – et finalement couronnée de succès – pour garantir à ses fonctionnaires des certificats de “mission spéciale” qui leur permettaient de se rendre à Londres sans craindre d’être arrêtés. Comme l’a rapporté Declassified UK, le gouvernement britannique a accordé à Israël trois certificats de mission spéciale depuis le génocide à Gaza.

 

Un autre dossier surprenant publié par le gouvernement britannique a révélé que Nicola Smith, responsable du droit international au Bureau du Procureur général britannique, avait partagé les “coordonnées” des procureurs britanniques et des enquêteurs antiterroristes avec l’ambassadeur adjoint d’Israël à Londres.

Le courriel a été envoyé à l’envoyée adjointe d’Israël, Daniela Grudsky Ekstein, avec pour objet “De Nicola Smith aux Israéliens, les coordonnées de CPS/SO15”, indiquant que le gouvernement britannique avait référé Tel Aviv directement au CPS, ou Crown Prosecutorial Service, ainsi qu’à SO15, l’escouade antiterroriste de Londres, pour faire avancer les poursuites contre les militants affiliés à Palestine Action.

 

Le courriel de Smith, envoyé le 9 septembre 2024, est arrivé moins de deux semaines après qu’Ekstein et Smith aient tenu une réunion en personne le 29 août 2024, à l’ambassade d’Israël notoirement infestée d’espions à Londres. Le message est familièrement adressé de “Nicky » à « Daniela« , suggérant des relations chaleureuses entre les deux.

Plus tôt ce mois-là, 10 militants de Palestine Action avaient été emprisonnés après avoir attaqué une usine Elbit à Filton, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ils y ont détruit des quadricoptères israéliens construits sur le terrain. Ces petits drones sont régulièrement utilisés pour mutiler et assassiner des civils palestiniens dans la bande de Gaza assiégée.

Les militants qui ont manifesté contre Elbit sont actuellement détenus en vertu de la loi sur la “lutte contre le terrorisme”, bien qu’ils fassent face à des accusations non liées au terrorisme mais plutôt à des dommages criminels, ce qui a incité les rapporteurs de l’ONU à publier une déclaration condamnant leur détention. Le CPS a répondu qu’il soutiendrait que leurs infractions avaient un « lien terroriste » afin de maximiser leurs peines.

Les dossiers publiés par le gouvernement britannique suggèrent que le gouvernement israélien a poussé à l’incarcération et à la poursuite des manifestants de Palestine Action, connus à l’époque sous le nom de “Filton 10« .”

Le rendez-vous d’août 2024 n’était pas la première interaction en face à face entre Smith, le conseiller en droit international du procureur général, et l’ambassadeur adjoint d’Israël, Ekstein. Un mois auparavant, les deux hommes s’étaient rencontrés aux côtés du Conseiller aux Affaires politiques de l’Ambassade d’Israël, Yosef Zilberman, et du procureur général au Royaume-Uni, Douglas Wilson. Les réunions consécutives montrent une coordination fréquente entre les ambassades britannique et israélienne – une notion renforcée par des courriels déclassifiés examinés par The Grayzone à partir de mai 2022 montrant que des responsables de l’ambassade israélienne à Londres ont secrètement rencontré des représentants du procureur général, y compris Wilson.

Bien que les comptes rendus du sommet soient expurgés, il semble que Tel Aviv essayait de s’immiscer dans les affaires en cours contre les manifestants de solidarité avec la Palestine. Dans un courriel ultérieur adressé aux apparatchiks de l’ambassade israélienne, Wilson a signé : “Je sais par expérience qu’il existe des contacts directs bien établis entre [nos] équipes juridiques, à la fois entre les capitales et via nos missions à New York.

Trois mois après que les responsables du ministère de la justice aient fourni à l’ambassade israélienne les coordonnées des officiers enquêtant sur les militants à l’origine du raid de l’installation de Filton, dix autres manifestants de Palestine Action impliqués dans l’action ont été arrêtés. Huit ont ensuite été inculpés et placés en détention provisoire en vertu des mêmes lois antiterroristes que les dix précédents, et le groupe est maintenant appelé le “Filton 18« . Si Israël était de quelque manière que ce soit responsable de cette décision, cela représenterait une violation flagrante du code de base du ministère de la justice dans ce qui semble être un scandale majeur d’ingérence étrangère.

Comme le stipule explicitement le Principe général 2.1 du Service, “les procureurs britanniques doivent être libres d’exercer leurs fonctions professionnelles sans ingérence politique et ne doivent pas être affectés par des pressions ou influences indues, de quelque source que ce soit.”

La cofondatrice de Palestine Action, Huda Amori, a insisté sur le fait que Tel Aviv influence les poursuites britanniques contre les manifestants anti-génocide.  « Il existe des preuves claires montrant une ingérence politique et étrangère continue dans les affaires de Palestine Action », a déclaré Amori à The Grayzone, et que « les poursuites en cours contre les journalistes et les militants qui osent défendre la Palestine sont motivées politiquement et se font sous l’influence de l’ambassade israélienne.”

« Toute violation de l’indépendance du pouvoir judiciaire est un abus de procédure dans le cadre de l’État de droit”, a-t-elle poursuivi. « Par conséquent, les poursuites doivent être arrêtées et les prisonniers libérés.

Une ancienne collusion secrète

Les courriels obtenus par The Grayzone montrent que la collusion entre les forces de l’ordre britanniques, Elbit Systems et l’ambassade d’Israël à Londres se poursuit depuis plusieurs années. Le 2 mars 2022, la ministre de l’Intérieur de l’époque, Priti Patel, rencontrait le PDG britannique d’Elbit, Martin Fausset. L’objectif explicite de la réunion était de rassurer le marchand de mort international « que les actes criminels de protestation contre Elbit Systems UK sont pris au sérieux » par les autorités de Londres.

 

Une note d’information pour Patel décrivait les « points clés à soulever » avec Fausset. « L’activité criminelle de Palestine Action est du ressort de la police d’enquêter », indiquait une note. Mais alors que les forces de l’ordre locales étaient ostensiblement “opérationnellement indépendantes du gouvernement”, le document révélait que des responsables du ministère de l’Intérieur avaient “été en contact avec la police à propos de Palestine Action.”

Le dossier déclassifié est fortement expurgé, bien qu’un segment non expurgé sur les “lignes à prendre” pendant le sommet secret ait demandé à Patel de “remercier Martin pour le travail qu’Elbit fait en soutien aux Forces armées britanniques. » Un courriel interne ultérieur discutant de la réunion a ensuite été envoyé à divers hauts responsables de la “lutte contre le terrorisme” du Ministère de l’Intérieur, dont Michael Stewart, alors chef du tristement célèbre programme PREVENT de Grande-Bretagne.

Le courriel résumait la réunion et « les prochaines étapes immédiates en priorité ». Fausset a été cité se plaignant que “les manifestations qu’Elbit subissait par Palestine Action devenaient de plus en plus sévères”, avec des manifestants “bien organisés, financés et formés” et “un effort important en ligne pour mobiliser et former ». Patel aurait été « profondément préoccupée par tout ce qu’elle entendait” et aurait proposé que diverses mesures soient prises en réponse.

 

Parce que les documents sont fortement expurgés, on ne sait pas ce qui s’est passé lors de la réunion entre Patel et Fausset. Avant leur discussion, pas un seul membre de Palestine Action n’avait été condamné pour avoir ciblé Elbit Systems. À peine un mois plus tard, cependant, l’État britannique a pris la décision inhabituelle de faire appel de l’acquittement de quatre militants qui avaient renversé une statue du marchand d’esclaves, Edward Colston, à Bristol en juin 2020. Les auteurs sont ressortis libres après avoir plaidé la défense des droits de l’homme, plaidoirie qui avait été employée par les manifestants de Palestine Action pour contrer des accusations de dommages criminels à des occasions précédentes.

Cependant, dans l’affaire Colston, le tribunal a statué que la défense des droits de l’homme ne pouvait être invoquées qu’en cas de vandalisme de biens publics, et non dans les cas où des dommages criminels ont été causés à des biens privés. Parce qu’Elbit est une entreprise privée, le Bureau du procureur général a utilisé cet argument pour augmenter considérablement les poursuites contre les militants de Palestine Action.

Les accusations de « terrorisme » se poursuivent malgré l’absence de charges

The Grayzone a examiné un courriel déclassifié du 1er février 2023 envoyé par une source, vraisemblablement interne au gouvernement britannique, au directeur du Bureau du procureur général, Douglas Wilson, décrivant une réunion six jours plus tôt entre son bureau et plusieurs diplomates israéliens. “La réunion était organisée à la demande de l’Ambassade et portait sur une variété de sujets”, en premier lieu une “déclaration conjointe” entre les ministères de la Justice respectifs de Londres et de Tel Aviv. Il a été présenté par l’Ambassadeur adjoint d’Israël en Grande-Bretagne, Oren Marmorstein, aujourd’hui chef de la division des affaires publiques et des médias de l’entité sioniste.

La déclaration « visait une coopération bilatérale plus étroite entre les deux ministères dans les domaines de responsabilité mutuelle” – “à savoir la législation et la réforme juridique, le droit civil et pénal et l’éducation juridique. » Comme cela ne relevait pas de la compétence du procureur général, Wilson “s’est engagé à engager les responsables concernés du ministère de la Justice sur ce sujet pour qu’ils s’engagent avec l’Ambassade [israélienne].« Cela faisait suite à un courriel adressé aux diplomates basés à Londres de Tel Aviv dans lequel des responsables de la Justice britannique promettaient qu’ils seraient “en contact avec vous sous peu.”

La procureure générale serait ravie de rencontrer son homologue israélien si vous avez des suggestions de dates appropriées pour une réunion à Londres”, ajoutait joyeusement le courriel.

L’interprétation selon laquelle Tel Aviv influence les lois britanniques au détriment des militants de la solidarité avec la Palestine est renforcée par de nombreuses sections de la Loi sur la sécurité nationale de Londres, entrée en vigueur en décembre 2023. Ces passages donnent toutes les apparences d’être construits sur mesure pour neutraliser légalement la campagne de démolition de Palestine Action contre Elbit Systems.

Priti Patel avait présenté cette législation en sa qualité de ministre de l’Intérieur. Elle a été réintégrée au gouvernement en 2019 après avoir été forcée de démissionner d’un poste précédent, en novembre 2017, pour avoir tenu 12 réunions secrètes avec des responsables israéliens sans autorisation officielle ni notification.

Le 19 avril 2023, le ministre britannique de la Police de l’époque, Chris Philp, a rencontré des représentants du Bureau du procureur général, du Ministère de l’Intérieur, de plusieurs forces et organes de police, d’Elbit Systems et du fournisseur d’armes français de la société Thales, pour discuter de “la criminalité de Palestine Action.” Selon une lecture interne « le ministre Philp a ouvert la réunion [en] soulignant que le gouvernement britannique voulait s’assurer que les entreprises basées au Royaume-Uni puissent poursuivre leurs activités légales.” Un représentant d’Elbit « a donné un aperçu des attaques de Palestine Action sur Elbit au départ et maintenant sur leur chaîne d’approvisionnement. » En raison de manque de comptes rendus écrits, on ne sait pas quelles décisions, le cas échéant, ont été prises concernant les poursuites contre les militants.

Mais si la réunion précédente entre Elbit et le ministre de l’Intérieur de l’époque, Patel, était une indication, l’acquittement puis la condamnation des membres de Palestine Action fut probablement un sujet clé pour les participants. Au cours de leur discussion de mars 2022, le gouvernement britannique avait ouvertement reconnu que Palestine Action “n’atteint pas le seuil d’interdiction” en tant que groupe terroriste en vertu de la loi britannique, “car ils ne commettent pas, ne participent pas, ne se préparent pas, ne promeuvent pas, n’encouragent pas ou ne sont pas autrement concernés par des actes de terrorisme.”

L’invocation récente des pouvoirs antiterroristes pour emprisonner les manifestants de Palestine Action peut indiquer que le gouvernement britannique a identifié un artifice juridique qui permet aux autorités de traiter le groupe comme une entité terroriste, malgré son absence d’interdiction formelle. La période de détention provisoire de Filton 18 s’étend sur 182 jours, bien au-delà des limites habituelles pour les crimes non liés au terrorisme. Leurs contacts avec le monde extérieur sont également sévèrement restreints, encore une fois contrairement à la jurisprudence britannique standard.

Ce 1er mai, les procureurs britanniques ont inexplicablement annoncé que des « liens avec le terrorisme » seraient également pris en compte dans le procès de 10 manifestants de Palestine Action qui ont attaqué le fournisseur d’Elbit, Instro Precision, en juin 2024. Encore une fois, les accusations – cambriolage aggravé, dommages criminels et troubles violents – ne relevent même pas de la définition la plus large du terrorisme. De telles considérations, déclare la SCP, ne seront explorées qu’au moment de la détermination de la peine.

La documentation examinée par The Grayzone implique fortement que ces violations sans précédent des normes juridiques établies de longue date résultent directement d’une vaste campagne d’influence et d’ingérence israéliennes.

La mère d’une militante de Filton 18, emprisonnée mais non encore condamnée, a déclaré à The Grayzone que les révélations des responsables du Bureau du procureur général impliquant des responsables israéliens dans la poursuite de sa fille Zoe, âgée de 21 ans, la faisaient “se sentir physiquement malade. » Zoé est maintenant en prison depuis huit mois sans procès. Cela aura duré 15 mois au moment où son procès commencera en novembre.

« Zoe a pris des mesures directes contre Elbit Systems parce qu’elle ne supportait pas de voir son pays complice d’un génocide”, a déclaré la mère de la militante emprisonnée. « Elle a vu le Royaume-Uni commettre des crimes de guerre en armant Israël, alors elle a pris des mesures pour faire respecter le droit international. Maintenant, nous savons que c’est cette même alliance impie entre Israël et le Royaume-Uni qui a conspiré pour utiliser les pouvoirs antiterroristes du Royaume-Uni contre Zoe et les Filton 18.”

Kit Klarenberg

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

jeudi 29 mai 2025

Discours de l’ombre – Quand Netanyahu parle, l’Enfer applaudit

 


Pas un geste, pas un refus, pas une indignation. Rien. Le néant. Un silence plus assourdissant que mille bombes.

Hier, devant une salle comble de jeunes religieux et de rabbins, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prononcé ces mots :

« C’est une guerre du Bien contre le Mal… Une guerre contre des animaux humains, des monstres… Et nous les vaincrons ! Nous les effacerons ! Ils ne resteront pas. »

C’était le Jour de Jérusalem.

Un jour censé célébrer la lumière. La paix. L’unité.

Et voilà ce qui a été dit. Ce qui a été acclamé.

Ce qui n’a soulevé ni protestation, ni départ, ni silence gêné.

Aucun sursaut moral.

Pas un seul de ces rabbins — censés transmettre la Loi et la justice — ne s’est levé.

Tous ont applaudi.

Un appel à l’extermination. Formel, froid, assumé.

Un discours génocidaire, tenu en public, dans une école religieuse.

Et le monde entier se tait.

Pas une ligne dans Le Monde.

Pas une condamnation de l’Élysée.

Pas un mot dans les églises.

Pas une émission spéciale à France Culture.

Pas un communiqué du nouveau pape Léon XIV.

Pas un geste, pas un refus, pas une indignation.

Rien.

Le néant.

Un silence plus assourdissant que mille bombes.

Et pourtant, le message était clair.

Ils veulent effacer un peuple.

Le faire disparaître.

L’effacer de la Terre.

Et ils le disent maintenant à visage découvert.

Mais je ne suis pas surpris.

Car le diable a deux visages aujourd’hui.

L’un parle hébreu, l’autre parle français.

L’un lance les bombes, l’autre signe les traités.

L’un est soldat, l’autre est stratège.

L’un rase Gaza, l’autre enferme la France dans une cage numérique.

Mais c’est la même voix. La même énergie. Le même souffle de mort.

Benjamin Netanyahu et Emmanuel Macron.

Deux faces d’un même projet.

Un projet de domination, de contrôle, de destruction de l’âme humaine. Et pendant que l’un proclame « Ils ne resteront pas », l’autre prépare ses villes de 15 minutes, ses QR codes de santé, son armée cognitive, ses lois pour faire taire.

Et toujours : Aucune protestation. Aucune fuite. Aucun refus.

Les hommes de foi se taisent.

Les intellectuels se cachent.

Les journalistes mentent.

Les artistes se vendent.

Les peuples s’habituent.

Et ceux qui osent encore parler sont traités de fous, de haineux, d’antisémites, de complotistes. Mais ce n’est pas un délire. Ce n’est pas une exagération. C’est un dévoilement. C’est une Apocalypse.

Le mal ne se cache plus. Il parle. Il parade.

Il se proclame juste, sacré, indiscutable.

Ce n’est plus de la politique.

C’est un choix d’âme.

Et il est tard. Très tard.

Et 

Quand la gifle devient diversion...

Il faut le dire avec calme et lucidité : toute cette affaire de gifle, remise en scène, ressassée, commentée jusqu’à la nausée, n’a qu’un seul but — détourner. Détourner les regards, détourner les esprits, détourner les cœurs. Détourner de quoi ? De Gaza. De l’euthanasie. Du chaos du monde. De ce qui compte vraiment.

Parce que pendant qu’on commente la main qui a claqué une joue, d’autres mains étranglent un peuple sous les bombes. Pendant qu’on ironise sur le théâtre politique, des décisions sont prises en silence, pour légaliser la mise à mort des anciens, des fragiles, des inutiles économiques. Et pendant qu’on s’amuse ou s’indigne, le réel s’effondre.

Cette mise en scène n’est pas innocente. Elle est brillante dans son cynisme. MACRON, dont le masque tombe chaque jour un peu plus, sait qu’il devient une figure de rejet. Une figure non plus seulement critiquée, mais analysée, déchiffrée, démasquée. Une figure qui fait peur à force de vouloir contrôler, à force de manipuler, à force d’effacer.

Alors il fallait renverser le regard. Il fallait casser cette montée de lucidité dans l’opinion. Il fallait dégrader le personnage. Le faire descendre de son piédestal — mais pas pour révéler la vérité. Non. Pour le faire redevenir risible. Un clown. Une cible. Une marionnette.

Et ça marche.

Car la population, blessée, déboussolée, affamée de sens, se saisit de cette scène comme d’un exutoire. On se moque. On fait des montages. On partage. On oublie. On croit s’émanciper en riant, alors qu’on retombe dans le piège. C’est l’inverse d’un réveil. C’est une sédation collective.

La gifle n’est pas un acte de courage. Ce n’est pas un symbole de révolte. C’est un outil de scénario. Une réinitialisation contrôlée de l’image présidentielle. Une manipulation de plus, pour recycler le rejet en dérision, et la colère en caricature.

Et pendant ce temps, Gaza s’enfonce dans la mort. Les hôpitaux ferment. Les enfants meurent de faim. Et personne n’en parle.

Pendant ce temps, la loi sur la fin de vie avance. Dans l’indifférence. Sous anesthésie médiatique.

Pendant ce temps, la France s’habitue à tout. À l’horreur. À l’oubli. À l’humiliation.

Ne vous y trompez pas : ce n’est pas une gifle qu’il a reçue. C’est une diversion qu’il a offerte.

 Bertrand Scholler

dimanche 25 mai 2025

Israël est inondé par le mal et le manque d’empathie. “Je ne pensais pas que les gens soient capables d’être aussi méchants »

 Source : https://lesakerfrancophone.fr/israel-est-inonde-par-le-mal-et-le-manque-dempathie-je-ne-pensais-pas-que-les-gens-soient-capables-detre-aussi-mechants


Voici un témoignage de l’intérieur au sujet de la dégradation morale de la majorité de la société israélienne à cause de la politique de son gouvernement.


Par le Professeur Orit Kamir – Le 15 mai 2025 – Source Haaretz en hébreu

« Laissez l’armée israélienne les détruire complètement » En Israël, la violence sature la vie quotidienne. Photo : Des éclairs vendus dans une boulangerie israélienne sur lesquels il est écrit « Laissez l’armée israélienne les détruire complètement »

Je n’ai jamais vu autant de mal ; autant de gens désireux d’exprimer la méchanceté ; en compétition les uns avec les autres pour démontrer leur manque d’empathie. Je ne pensais pas que les gens soient capables d’être aussi méchants. De tant se réjouir de la douleur des autres. De se réjouir quand les gens souffrent, meurent de faim, perdent tout ce qu’ils ont et meurent. C’est pourquoi je n’ai jamais eu aussi peur. Le sentiment est qu’un puissant barrage a été brisé et que des masses d’Israéliens se débarrassent de toutes les contraintes de l’humanité pour se vautrer ensemble dans une haine toxique, l’ego joyeux, la déshumanisation et la violence. Comme s’ils n’attendaient que ce moment pour pouvoir se libérer des règles qui les obligeaient à maintenir un semblant de moralité. Dans des cris de rage, ils se débarrassent des conventions et des normes que la société humaine a construites pendant des milliers d’années pour freiner le déchaînement de l’ego. Ils ont donné au mot liberté un nouveau sens : celui de se libérer des chaînes de la culture. L’égalité a été effacée de leur lexique, sans parler de la dignité humaine. La compassion, l’empathie, aimer son prochain comme soi-même ; tout cela a été aboli. La nouvelle unité du peuple israélien est basée sur une dépendance à la haine et à la soif de sang …

Rien de tout cela n’est arrivé en un instant, ni tout seul. Il y a quelqu’un qui incite et empoisonne depuis des années, en ayant construit une machine sophistiquée pour le faire systématiquement … Dans la liste des crimes de Netanyahu contre l’humanité et contre la société israélienne, dépouiller de nombreux Israéliens de toutes inhibitions morales est l’un des plus graves. Et le point culminant : il a réussi à transformer son échec le plus terrible, le massacre du 7 octobre, en excuse ultime pour justifier et encourager la diabolique nouvelle Israélité. Comme une réponse pavlovienne implantée par l’hypnose : les gens n’ont qu’à se souvenir de ce jour, et ils désirent immédiatement la destruction des Palestiniens. Et en cours de route, ils sont également désireux de s’aliéner les otages et d’attaquer leurs familles. Netanyahou ne porte pas seul la responsabilité publique de l’horrible désintégration qui se déroule sous nos yeux. Lui, les membres de son gouvernement et les députés de la coalition dirigent tous ouvertement ce terrible processus. Leur faute est totale. Et les médias qui les servent avec une obéissance écœurante et exécutent le processus d’hypnose de masse pour eux, et quiconque remplit ou aspire à un poste de direction, qui ne fixe pas de limites morales et ne présente pas d’alternative, porte cette responsabilité avec eux.

À une époque où une société perd son épine dorsale morale, comme cela nous arrive maintenant, un leadership positif est nécessaire. Celui dont la boussole morale est claire, et qui n’a pas peur d’appeler un mal le mal et d’exiger un comportement moral … [celui] qui ne s’adapte pas à l’humeur trouble du public, mais indique plutôt le chemin humain, l’objet de la vie, et appelle à un « après. » Sans un tel leadership, il est difficile de croire qu’une société puisse se sortir du bourbier dans lequel elle s’est enfoncée … je ne parle pas des Gantz et des Lapidim, qui sont incapables de bégayer un mot de leadership moral, il n’y a rien à attendre de leur part. Leur vide moral est évident. Mais même les Eisenkot, vers lesquels les Israéliens désespérés jettent leur amour, se remplissent la bouche d’eau ; Même Yair Golan, qui avait correctement identifié les processus il y a dix ans refuse de crier contre eux aujourd’hui … Pour des raisons politiques ? Comme Netanyahou ? Même les juges, les militaires et les anciens gardiens de la morale qui remplissaient les plates-formes et les forums et tenaient fermement contre le coup d’État restent silencieux face à cette horreur morale. Eux aussi sont aveuglés face aux deux millions de Gazaouis qui sont expulsés, affamés et massacrés par nous sans cesse ; face aux pogroms organisés soutenus par les autorités et sous les auspices des forces de sécurité en Cisjordanie. Yehudit Karp, qui était le procureur général adjoint et proteste contre cette horreur, est l’exception qui confirme la règle. Et il en va de même pour les leaders des manifestations [contre Netanyahou], dont nous espérions qu’ils émergeraient comme une direction alternative… Malgré le bruit des Israéliens qui courent vers le bas, je suis sûr que la plupart d’entre nous désirent la vie et la paix ; Que nous n’avons pas renoncé à l’humanité. Nous avons été réduits au silence face à la violence et à la laideur, mais nous sommes toujours là.

Orit Kamir est professeur de Droit et de genre à l’Université Hébraïque de Jérusalem et professeur invité à la Faculté de droit de l’Université du Michigan.