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mercredi 16 septembre 2020

La Grande Interview : Noam Chomsky


Hmmm, Démocrates et Républicains ne travaillent plus dans l'intérêt du peuple depuis longtemps. Mais quelques pendules remises à l'heure concernant la l'écologie, l'immigration et le feu nucléaire.  

vendredi 28 juin 2019

Chouard, Levy, Chomsky, Faurisson, Atzmon, Négationnisme, Révisionnisme, Chambres à gaz, Liberté d'expression, Crime contre l'humanité... quelques liens intéressants

A propos des chambres à gaz, Chouard s'explique sur Sud Radio




Gilad Atzmon rencontre Robert Faurisson - 10 juin 2014 / Gilad Atzmon meets Robert Faurisson - June 10th, 2014. Un entretien entre deux personnalités sulfureuses... qui ne laissera personne indifférent.





Cette rencontre est forcément troublante : Atzmon, musicien et militant antisioniste britannique d'origine israélienne dialogue avec Faurisson, un historien révisionniste vivant en France [décédé en octobre 2018].

L'intérêt de visionner cette rencontre ? Tenter de décrypter l'actualité, s'émanciper, se former, s'informer, (s)'interroger.

Pour paraphraser Luz, cet entretien, démerdons-nous avec, sans la police de la pensée, sans haine et sans violence.

Présentation des deux intervenants selon Wikipédia (bien entendu, ne vous contentez pas de cette source) :

Gilad Atzmon : "Gilad Atzmon (en hébreu גלעד עצמון, né le 9 juin 1963) est un jazzman et militant antisioniste britannique, né en Israël et résidant actuellement à Londres.
Musicalement, il a collaboré avec Shane McGowan, Robbie Williams, Sinéad O'Connor, Robert Wyatt et Paul McCartney.
Politiquement, il est un partisan affirmé de l'antisionisme, et de l'antijudaisme ; il considère ainsi le judaïsme comme une« idéologie qui mène le monde à une catastrophe et nous devons arrêter (la catastrophe) »1. C'est un partisan d'Israël Shamir2 et Paul Eisen2, des anti-sionistes et un pro-palestinien. En 2008, il considère les sionistes comme responsables du krach financier3. Il est également sujet de controverses, qualifié d'antisémite par une autre partie des militants pro-palestiniens et antisionistes4,5, il se défend de tout antisémitisme déclarant n'avoir rien contre les individus6."  Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilad_Atzmon

Robert Faurisson : "Robert Faurisson, né le 25 janvier 1929, est un militant négationniste français réputé antisémite et proche de l'extrême droite ainsi que des mouvancesnéonazies. Initialement enseignant en lettres à l'université dans les années 1970, il devient, au début des années 1980, l'acteur continu d'une série de scandales et de procès médiatiques. Sa recherche de célébrité contribue à en faire une icône des négationnismes d'extrême droite mais aussi d'ultra-gaucheen France dans les années 1980 et 1990, puis plus largement d'une partie de l'antisionisme des années 2000, en Occident comme dans le monde arabo-musulman.
Il ajoute au négationnisme fondateur de Paul Rassinier et de Maurice Bardèche, déjà consacré au mythe du « complot juif » destiné à culpabiliser les États occidentaux et à les contraindre à financer l’État d'Israël, la fixation sur le motif emblématique de la négation de l'existence des chambres à gaz. Il y contribue également avec l'apparente crédibilité d'une démarche hypercritique pseudo-scientifique, unanimement disqualifiée sur le plan académique, qui le fait finalement qualifier de « faussaire de l'histoire » par Robert Badinter, notamment à travers plusieurs affaires judiciaires. Il est condamné à plusieurs reprises en France pour « incitation à la haine raciale » et « contestation de crime contre l'humanité »." Source :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Faurisson

Autre lien de l'entretien :
http://www.dailymotion.com/video/x2e7359_gilad-atzmon-rencontre-robert-faurisson-10-juin-2014_school?start=5

Un autre entretien avec Faurisson



Un site parmi d'autres s'intéressant de près à Faurisson et aux "détails" de la Shoah : http://www.phdn.org/

Chomsky et l'affaire Faurisson









Son droit de le dire

Publié le 

Suite à la mort du révisionniste Robert Faurisson, il est bon de rappeler que l'intellectuel américain d'extrême gauche et d'origine juive Noam Chomsky a soutenu son droit à exprimer ses conclusions historiques bien qu'il ne soit pas d'accord avec elles selon le principe de Voltaire "Je ne suis pas d'accord avec vos idées mais je me battrais pour que vous ayez le droit de les exprimer". Outrée par cela, l'intelligentsia française de gauche s'est déchainée contre Chomsky et l'a traité de tous les noms d'oiseau imaginables. Noam Chomsky a alors écrit un article expliquant sa prise de position.
Noam Chomsky en 1977
Noam Chomsky en 1977
Note de La Gazette du Citoyen: Nous ne soutenons en rien la thèse de Robert Faurisson comme quoi les chambres à gaz n'auraient jamais existé. Nous croyons en l'existence d'un plan nazi pour exterminer les populations juive d'Europe et en l'utilisation des chambres à gaz pour l'exécuter. Mais nous soutenons Noam Chomsky dans son appel à la liberté d'expression qui ne doit être, selon nous, bafouée dans aucun cas. C’est la raison de la publication de cet article.
Ci-dessous, l'article de Chomsky
Son droit de le dire
Par Noam Chomsky pour The Nation le 28 février 1981
Un article du New York Times concernant mon implication dans "l'affaire Faurisson" était intitulé "French Storm in a Demitasse". Si l'intention était de laisser entendre que ces événements ne méritent même pas d'être qualifiés de "tempête dans une tasse de thé", je suis enclin à accepter. Néanmoins, des torrents d'encre ont été déversés en Europe, et même ici [aux Etats-Unis]. Peut-être, étant donné le caractère obscur de la couverture de cette histoire, il me serait utile de présenter les faits basiques tels que je les comprends et de dire quelques mots sur les principes qui s'en dégagent.
À l'automne 1979, Serge Thion, un érudit socialiste libertaire opposé à toutes les formes de totalitarisme du pouvoir, signa une pétition appelant les autorités à assurer la "sécurité et le libre exercice des droits légaux de Robert Faurisson." La pétition ne dit rien sur ses "études sur l'holocauste" (il nie l'existence de chambres à gaz ou d'un plan systématique de massacre des juifs et met en doute l'authenticité du journal d'Anne Frank), et insiste sur le fait qu'il s'agissait "d’efforts visant à priver le professeur Faurisson de sa liberté de parole et d’expression". Elle ne précisait pas les mesures prises à son encontre, notamment la suspension de son poste d’enseignant à l’Université de Lyon suivit d'une menace de violences et d'un prochain procès en justice pour falsification de l'histoire et des dommages infligés aux victimes du nazisme.
La pétition a suscité de nombreuses protestations. Dans le Nouvel Observateur, Claude Roy a écrit que "l’appel lancé par Chomsky" soutenait les vues de Faurisson. Roy affirmait que ma prétendue prise de position était une tentative de démontrer que les États-Unis ne peuvent être distingués de l'Allemagne nazie. Dans la revue Esprit, Pierre Vidal-Naquet a trouvé la pétition "scandaleuse" au motif qu'elle "présentait les conclusions [de Faurisson] comme s'il s'agissait de découvertes". Vidal-Naquet a mal interprété une phrase de la pétition intitulée "Depuis qu'il a fait ses conclusions publiques, le professeur Faurisson a été soumis à…". Le terme "conclusions" est assez neutre. On peut dire sans contradiction: "Il a rendu ses conclusions publiques et elles ont été jugées sans valeur, sans pertinence, falsifiées…". La pétition n’impliquait en rien la qualité du travail de Faurisson, qui n’était pas pertinente pour les questions soulevées.
Thion m'a ensuite demandé de rédiger une brève déclaration sur les aspects purement civils de cette affaire, qui concernent les libertés civiles. Je l'ai fait, en lui disant de l'utiliser comme il le souhaitait. Dans cette déclaration, j’ai clairement indiqué que je ne discuterais pas de l’œuvre de Faurisson, car je n’en ai qu’une connaissance limitée (et, franchement, j'ai peu d’intérêt pour elle). Je me suis plutôt limité aux questions de libertés civiles et aux implications du fait qu'il était même nécessaire de rappeler les célèbres paroles de Voltaire dans une lettre à M. le Riche: "Je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerais ma vie à rendre possible pour vous de continuer à écrire."
Les conclusions de Faurisson sont diamétralement opposées aux opinions que je soutiens et que j’ai fréquemment exprimées (par exemple, dans mon livre "Peace in the Middle East" où je décris l’holocauste comme "la plus fantastique explosion de folie collective dans l’histoire humaine"). Mais il est élémentaire que la liberté d'expression (y compris la liberté académique) ne soit pas limitée aux vues que l'on approuve et que c'est précisément dans le cas d'opinions presque universellement méprisées et condamnées que ce droit doit être défendu avec la plus grande vigueur. Il est assez facile de défendre ceux qui n'ont pas besoin d'être défendu ou de se joindre à la condamnation unanime (et souvent justifiée) d'une violation des droits civils par un ennemi officiel.
J'ai appris par la suite que ma déclaration devait paraître dans un livre dans lequel Faurisson se défendait des accusations qui devaient être portées bientôt contre lui. Ce n'était pas mon intention, mais ce n'était pas contraire à mes instructions. J'ai reçu une lettre de Jean-Pierre Faye, écrivain et militant anti-fasciste bien connu, qui a souscrit à ma position mais m'a prié de ne pas m'exprimer car le climat de l'opinion en France était tel que ma défense du droit de Faurisson à exprimer ses points de vue seraient interprétés comme un soutien pour ces derniers. Je lui ai écrit que j'acceptais son jugement et demandais que ma déclaration ne paraisse pas. Mais qu'il était trop tard pour arrêter la publication.
Certaines parties de ma lettre à Faye ont paru dans la presse française et ont été largement citées, mal citées et soumises à des interprétations fantastiques. Il a été rapporté, par exemple, que j'avais répudié mes propos après avoir appris qu'il y avait de l'antisémitisme en France et que je changeais d'avis à cause de coupures de presse françaises (dans la même lettre, j'avais demandé à Faye de m'envoyer des coupures sur un autre sujet). Ma lettre personnelle à Faye était incompréhensible pour quiconque n’avait pas lu la lettre originale de Faye pour moi; un appel téléphonique aurait rapidement clarifié les faits.
Le tumulte qui a suivi suscite un certain intérêt. Dans Le Matin (journal soutenant le Parti socialiste), Jacques Baynac a écrit que mon erreur fondamentale a été de "défendre, au nom de la liberté d'expression, le droit de se moquer des faits" - des "faits" déterminés vraisemblablement par un collège de commissaires ou un conseil copiant l'Inquisition. Ma longue discussion sur les implications de cette doctrine provenait de la version parfois reconnaissable de l'entretien avec moi publié dans Le Matin. Dans Le Monde, le rédacteur de la revue Esprit, Paul Thibaud, a écrit que j’avais condamné "toute l’intelligentsia française", en lançant une "accusation générale" contre "les Français" sans réserve. Alberto Cavallari, correspondant à Paris du Corriere della Sera est allé encore plus loin, affirmant que j'avais condamné toute la "culture française". L'article se distingue par une série de citations fabriquées destinées à établir cette allégation et d'autres. Ce que j’ai écrit, c’est que même si je faisais quelques commentaires sévères à propos de “certains segments de l’intelligentsia française" (certes, ce que j'ai dit ne s’applique pas à beaucoup d’autres qui maintiennent un engagement ferme en faveur de l’intégrité intellectuelle) cela allait être mal interprété comme par exemple s'appliquant au-delà de leur champ d'application spécifique." Des qualifications similaires ont été prises dans "l'interview" trafiquée publié dans Le Matin, permettant ainsi aux éditeurs d'alléguer que je décrive la France comme "totalitaire".
Cavallari a ensuite expliqué que ma rage contre "la culture française" tient à son refus d'accepter la théorie selon laquelle la linguistique prouve que "le goulag descend directement de Rousseau" et d'autres idées idiotes qu'il choisit de m'attribuer pour des raisons mieux connues de lui-même que de moi. Dans le Nouvel Observateur, Jean-Paul Enthoven propose une explication différente: je soutiendrais Faurisson parce que ma "théorie instrumentale du langage, la "grammaire générative"… ne permettrait pas de penser à l'inimaginable, à savoir l'holocauste". Cavallari et lui, entre autres, expliquent plus loin que ma défense de Faurisson est un cas d'extrême gauche rejoignant l'extrême droite, un phénomène auquel ils consacrent de nombreux mots d'oiseaux. Dans Le Matin, Catherine Clément explique mon comportement étrange au motif que je suis un "parfait Bostonien", "un homme froid et distant, sans contacts sociaux réels, incapable de comprendre l'humour américano-juif, qui s'appuie fortement sur le yiddish". Pierre Daix explique dans Le Quotidien de Paris que j'ai repris les causes de la gauche pour me "dégager" des implications réactionnaires de mon "innéisme". Et ainsi de suite, à peu près toutes au même niveau.
Pour illustrer la bassesse du débat, après avoir constaté que le commentaire de Vidal-Naquet cité plus haut reposait sur un malentendu, il a réimprimé son article dans un livre (Les Juifs, F. Maspero), en éliminant le passage que j'avais cité et en ajoutant une annexe dans laquelle il prétend faussement que "l'erreur en question n'était apparue que dans un précédent projet", que je suis accusé d'avoir cité de manière illégitime. L'exemple est malheureusement assez typique.
Un certain nombre de critiques (par exemple Abraham Forman de la Ligue anti-diffamation dans Le Matin) soutiennent que le seul problème est le droit de Faurisson de publier et que cela n’a pas été refusé. Le problème, cependant, est sa suspension de l'université en raison de menaces de violence à son encontre et son procès. Il est intéressant de noter que son avocat, Yvon Chotard, qui le défend pour des motifs de liberté d’expression et le droit à avoir un avocat de son choix, a été menacé d’être expulsé de l’organisation antifasciste qui traduit en justice Faurisson.
Comme Faye l'avait prédit, beaucoup se sont montrés incapables de faire la distinction entre défense du droit à la liberté d'expression et défense des opinions exprimées - et pas seulement en France. Dans The New Republic, Martin Peretz a conclu à mon désintérêt exprimé pour le travail de Faurisson que je serais un "agnostique" de l’Holocauste et un "imbécile" quant au génocide. Il affirme en outre que je refuse la liberté d'expression à mes adversaires, évoquant mon commentaire selon lequel on se dégrade en entamant un débat sur certaines questions. En bref, si je refuse de débattre avec vous, je restreins votre liberté. Il prend soin de dissimuler l'exemple que j'ai cité: celui de l'holocauste.
Beaucoup d’écrivains trouvent scandaleux que je soutienne le droit à la liberté d’expression de Faurisson sans analyser soigneusement son travail, une doctrine étrange qui, si elle était adoptée, bloquerait effectivement la défense des droits civils pour ceux qui ont des opinions impopulaires. Faurisson ne contrôle pas la presse ou les bourses françaises. Les moyens et les occasions de réfuter ou de condamner ses écrits ne manquent certainement pas. Comme je l’ai dit, mon propre point de vue opposé au sien est clairement consignés au compte rendu. Aucune personne rationnelle ne condamnera un livre, aussi étrange que ses conclusions puissent paraître, sans au moins le lire attentivement; et dans ce cas, vérifier la documentation proposée, etc. L’une des critiques les plus étranges a été qu’en refusant d’assumer cette tâche, je révèle que je n’ai aucun intérêt pour six millions de Juifs assassinés, critique qui, si elle est valable, s’applique à quiconque partage mon désintérêt pour l’examen du travail de Faurisson. Celui qui défend le droit à la liberté d’expression n’assume aucune responsabilité particulière d’étudier ou même de se familiariser avec les opinions exprimées. Par exemple, j'ai souvent signé des pétitions en faveur de dissidents d’Europe de l’Est soumis à la répression ou à des menaces, ignorant souvent leur point de vue et s'en souciant peu. Je ne me souviens d'aucune critique de cette position.
Ce dernier point mérite d’être commenté plus avant. J'ai adopté des positions beaucoup plus controversées que celles-ci en faveur des libertés civiles et de la liberté académique. Au plus fort de la guerre du Vietnam, j'ai publiquement déclaré que les personnes que je considère comme de véritables criminels de guerre ne devraient pas se voir refuser le droit d'enseigner pour des motifs politiques ou idéologiques, et j'ai toujours adopté la même position à l'égard des scientifiques qui "prouvent" que les Noirs sont génétiquement inférieurs, dans un pays où leur histoire est peu agréable et où de tels points de vue sont souvent utilisés par les racistes et les néonazis. Quoi que l’on pense de Faurisson, personne ne l’accuse d’être l’architecte de grands crimes de guerre ou d’affirmer que les Juifs sont génétiquement inférieurs (bien que cela n’ait aucun rapport avec la question des libertés civiles). Dans ses écrits il parle de "l’insurrection héroïque du ghetto de Varsovie" et loue ceux qui "ont combattu avec courage contre le nazisme" pour "la bonne cause". J'ai même écrit en 1969 qu'il serait erroné d'interdire la recherche sur la contre-insurrection dans les universités, alors qu'elle était utilisée pour assassiner et détruire, une position que je ne suis pas sûre de pouvoir défendre. Ce qui est intéressant, c’est que ces positions beaucoup plus controversées n’ont jamais suscité le moindre mouvement de protestation, ce qui montre que le refus d’accepter le droit à la liberté d’expression sans représailles et l’horreur lorsque d’autres la défendent, sont plutôt sélectifs.
La réaction du PEN Club à Paris est également intéressante. Le PEN dénonce mes affirmations au motif qu’elles ont fait connaître l’écriture de Faurisson à un moment où l’antisémitisme fait son apparition. Il est étrange qu’une organisation consacrée à la liberté d’expression des auteurs soit exercée uniquement parce que la défense de Faurisson contre les accusations portées contre lui est publique. De plus, si la publicité est faite à Faurisson, c'est parce qu'il est traduit en justice (vraisemblablement dans le but de traiter des questions en litige) et parce que la presse a choisi de créer un scandale à propos de ma défense de ses droits civils. À de nombreuses reprises, j'ai écrit de véritables préfaces et mentions pour des livres en France - des livres non lus et inconnus, comme c'est généralement le cas pour mes propres écrits. Ce dernier fait est illustré, par exemple, par Thibaud, qui affirme que je préconisais "de confier la liberté vietnamienne à la bonne volonté supposée des dirigeants du Nord". En fait, mes écrits sur la guerre étaient essentiellement consacrés à l'attaque américaine contre la société paysanne du Sud (et plus tard aussi du Laos et du Cambodge), qui visait à saper les propositions de neutralisation du Front de libération nationale et d’autres, et à détruire la société rurale dans laquelle le FNL était basé, et j’ai justement averti que "cet effort créera une situation dans laquelle, effectivement, le Nord-Vietnam dominera nécessairement l'Indochine, car aucune autre société viable ne restera".
Les falsifications ignorantes de Thibaud mettent en évidence l’un des véritables facteurs à la base de cette affaire. Un certain nombre de ces critiques sont d'anciens staliniens, ou des personnes comme Thibaud, capable d'écrire qu'avant Soljenitsyne, "tous les récits antérieurs" sur le "soviétisme" se situaient dans le cadre trotskiste (revue Esprit). Les intellectuels qui ont récemment pris conscience de la possibilité d'une critique anti-léniniste méconnaissent souvent systématiquement les discussions sur les mouvements révolutionnaires et les tentatives de les écraser qui n'ont jamais utilisé les hypothèses qu'ils associent à la gauche. Thibaud, par exemple, ne comprend pas pourquoi je ne partage pas sa conviction que Lénine, Staline et Pol Pot démontrent "l'échec du socialisme". Beaucoup d'intellectuels de gauche ou d'ex-gauche semblent ignorer que je n'ai jamais considéré les mouvements léninistes comme ayant quelque chose à faire. avec le "socialisme" au sens le plus significatif du terme; ou que, ayant grandi dans la gauche libertaire anti-léniniste, connaissant depuis l'enfance des œuvres dont Thibaud n'a jamais entendu parler, je ne suis pas impressionné par leurs récentes conversions et je ne souhaite pas participer à leurs nouvelles croisades, qui me paraissent souvent moralement douteuses et intellectuellement superficielles. Tout cela a conduit à beaucoup d'amertume de leur part qui n'a rien d'une infime tromperie.
En ce qui concerne la recrudescence de l'antisémitisme ou des atrocités racistes à laquelle se réfère le PEN Club, on peut se demander si la réponse appropriée à la publication d'informations pouvant servir à renforcer la violence et l'oppression racistes consiste à nier les droits civils. Ou est-ce plutôt de rechercher les causes de ces développements pervers et de travailler à les éliminer? Pour une personne qui défend les idées fondamentales professées dans les démocraties occidentales ou qui est sérieusement préoccupée par les véritables maux auxquels nous sommes confrontés, la réponse semble claire.
En fait, il existe des manifestations de "révisionnisme" bien plus dangereuses que celles de Faurisson. Considérez l’effort visant à démontrer que les États-Unis n’ont commis aucun crime au Vietnam et qu’ils n’étaient coupables que "d'erreur intellectuelle". Ce "révisionnisme", contrairement à celui de Faurisson, est soutenu par les grandes institutions et a toujours été la position de la plupart des intelligentsias et a des conséquences politiques très directes et laides. Devrions-nous alors demander que les personnes qui défendent cette position devraient être suspendues d'enseigner et traduites en justice? La question est, bien sûr, académique. Si on compare avec l'affaire Faurisson, si la version de la doctrine Jdanov était mise en avant après avoir été adoptée par des personnes disposant d'un réel pouvoir, ce ne seraient pas les "révisionnistes sur le Vietnam" qui seraient punis.
Je ne veux pas laisser l'impression que l'ensemble de la presse française a été un théâtre de l'absurde ou s'est engagé à défendre des points de vue tels que ceux qui ont été examinés. Quelques personnes ont pris une position claire et honorable. C'est ainsi qu'Alfred Grosser, suivant ce qu'il pense être ma position, écrit dans Le Quotidien de Paris: "Je trouve choquant que M. Faurisson soit empêché d'enseigner la littérature française à l'Université de Lyon sous prétexte que sa sécurité ne peut être garantie."
Barbara Spinelli écrit dans la revue libérale de gauche italienne Repubblica que le véritable scandale de cette affaire est le fait qu'un petit nombre de personnes affirme publiquement leur soutien au droit d'exprimer des idées même si celles-ci se trouvent diamétralement opposées aux idées presque universellement vénérées. Ma propre observation est différente. Il me semble même scandaleux qu'il soit même nécessaire de débattre de ces questions deux siècles après que Voltaire eut défendu le droit à la liberté d'expression pour des opinions qu'il détestait. Adopter une doctrine similaire à celle de leurs assassins n’est guère utile à la mémoire des victimes de l’Holocauste.
Lien de l'article en VO:

dimanche 19 février 2017

« L’Occident terroriste » – Interview avec André Vltchek / “On Western Terrorism” – Interview with André Vltchek

Source : http://www.investigaction.net/loccident-terroriste-interview-avec-andre-vltchek




    En tant que journaliste, réalisateur de documentaire et romancier étatsunien, André Vltchek a couvert d’innombrables conflits armés à travers le monde. Parmi ses travaux les plus récents, on retrouve “L’Occident terroriste”, une discussion avec Noam Chomsky, un expert de la propagande renommé. Ensemble, ils explorent l’héritage du colonialisme qui dure jusqu’à aujourd’hui et dénoncent l’hypocrisie de l’Occident face au terrorisme, alors qu’il est responsable de son développement. Nous avons interrogé André Vltchek sur son livre et sur bien d’autres choses.

Tout au long de votre discussion passionnée avec Noam Chomsky, vous faites un inventaire des faits relatifs au récent interventionnisme impérialiste en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Pourquoi l’idée de mettre en lumière les actions de l’Occident au lieu de celles des supposés ennemis de l’Occident ?

Depuis plusieurs siècles, l’Occident pille le monde militairement et économiquement. Pour pouvoir “légitimer” ses crimes, il a également conçu un système de propagande extrêmement complexe et efficace, imposant sa “logique” et ses dogmes culturels au reste du monde. Cela a été fait avec tant de persistance et de talent que pratiquement tous les autres récits ont disparu.
C’est en réalité une immense tragédie car plusieurs cultures conquises étaient clairement supérieures et beaucoup plus humanistes que la culture de l’Occident. Le résultat est le suivant : le développement logique et naturel du monde s’est enrayé, et a même été écrasé. Seuls les dogmes occidentaux ont prévalu, entraînant du déséquilibre, de la confusion, de la colère, et de la frustration à travers le monde.

Comme Noam Chomsky, vous êtes également un auteur très prolifique. Comment décririez-vous votre travail et celui de Chomsky ? Que retenez-vous de votre expérience passée à travailler sur ce livre ?

Noam et moi possédons différentes approches pour lutter contre cette situation détestable. Noam est un linguiste, un grand penseur théorique et un activiste. Il analyse la situation dans ses écrits non-romanesques qui sont en réalité ses grands travaux philosophiques. Il s’exprime en public également, potentiellement sur tous les continents.
Je vais directement aux sources puisque, pour l’essentiel, je ne crois plus que ce que je vois ou touche. J’essaie de recycler le moins possible. Je me rends sur des zones de guerre et dans les bidonvilles les plus dangereux ; je rencontre la crème des intellectuels mais aussi des gens plus pauvres que pauvres.
Je m’appuie sur un réseau extrêmement complexe de sources dans beaucoup de pays. Puis, je rédige des essais qui se transforment ensuite en des chapitres de mes ouvrages non-romanesques. Ou alors, j’écris des romans, qui sont toujours soit un minimum politiques soit essentiellement politiques. Ou bien je réalise des documentaires, pour des chaînes de télévision comme Telesur ou Al-Mayadeen.
Mon dernier livre, qui dévoile la propagande occidentale à travers le monde, fait plus de 800 pages et porte un titre qui parle de lui-même : “Exposing Lies of The Empire” [“Les mensonges de l’Empire révélés”, inédit en français, NdT]. Mon dernier roman sur l’impérialisme culturel occidental est intitulé “Aurora”.
Avec Noam, on se complimente. Et on aime être ensemble. Lorsque nous travaillons ensemble, on ne se force à rien. On n’est pas toujours d’accord à 100% sur tout, mais il est très rare que nous soyons en total désaccord sur des sujets politiques importants.
Noam Chomsky & André Vltchek. Caricature réalisée par Marina Wiedemann

Que pensez-vous de l’évolution du contexte terroriste ainsi que du retour des discours relatifs à la “guerre contre le terrorisme” portés par les dirigeants européens et leurs alliés ?

Le terrorisme est essentiellement ce que les empires occidentaux autrefois et ce que l’empire étatsunien aujourd’hui utilisent contre le reste du monde.
Regardez le monde musulman : historiquement, l’islam est très progressiste et tourné vers la société, c’est même une religion “socialiste”. La première université publique, les premiers hôpitaux publics, tout cela était dans le monde musulman.
Même après la Seconde Guerre mondiale, les pays musulmans penchaient vers le socialisme. En conséquence, il fallait que l’Occident enraye, ruine et “radicalise” ces pays !
L’Occident a quasiment ruiné trois des plus importants pays socialistes musulmans : l’Iran, l’Égypte et l’Indonésie. Ensuite, il a utilisé l’Afghanistan et le Pakistan comme des armées de substitution dans sa guerre contre l’Union soviétique, massacrant quasiment ces deux pays également.

Donc vous souhaitez vraiment que vos lecteurs s’intéressent au passé colonial afin de pouvoir comprendre le néocolonialisme de nos jours…

Absolument. J’avance dans plusieurs de mes essais, ainsi que dans “Exposing Lies Of the Empire”, que l’Occident, pour des raisons compréhensibles, fabrique directement le “terrorisme musulman”. En conséquence, on ne devrait même pas utiliser le terme “terrorisme musulman”.
J’ai assisté à ce processus en Turquie, en Syrie, au Liban, en Indonésie, et ailleurs. Ce qui se passe est honteux mais c’est logique étant donné l’essence machiavélique de l’impérialisme occidental : l’Occident a réussi à détruire l’Union soviétique, il a affaibli le combat/processus anticolonialiste -en tuant ou en renversant des personnes comme Lumumba, Mossadegh, Sukarno ou Allende- et s’est retrouvé sans “ennemi majeur”.
Comme nous le savons tous, l’Occident ne peut pas exister sans “ennemi majeur”. Et il en a donc créé un, puissant, sorti de nulle part, et ce processus a royalement dupé tous les pays musulmans. Récemment à Téhéran, deux philosophes iraniens de renom m’ont déclaré que c’est en fait l’Occident qui a créé, à de nombreux endroits du monde, une religion totalement nouvelle, qui n’a rien de commun avec l’islam.

Les visions du tiers-monde sur les relations Nord-Sud sont attaquées et délégitimées régulièrement par des penseurs néo-conservateurs qui considèrent que l’analyse politique centrée sur l’économie est “obsolète et démodée”. Pourrait-on dire que les tenants du soi-disant “choc des civilisations” ont atteint leur but ? Quels sont les réels intérêts derrière leurs prises de positions?

Oui, c’est en train d’arriver. Mais les coupables ne sont pas seulement les néo-conservateurs. Je viens juste de quitter Bandung en Indonésie, qui avait accueilli en 1955 la fameuse “Conférence Asie-Afrique” (berceau du mouvement des non-alignés). Quand vous regardez les photos de cette conférence, vous avez envie de pleurer…ou de crier !
L’attrait du monde non-occidental pour l’indépendance et pour la vraie liberté était si fort à l’époque, mais la brutalité de l’Occident a brisé le courage et la détermination de tous ces pays, exceptés une poignée d’entre eux. La volonté de résistance contre l’impérialisme occidental a été annihilée pendant des décennies. C’est aujourd’hui seulement que l’on voit ressurgir ces idéologies, ces buts et ces rêves.
Bien-sûr, il y a et il y aura un énorme choc des civilisations, mais cela se passera sous des bannières et selon des logiques différentes de celles promues par les idéologues occidentaux.
Un “choc des civilisations” plus réel sera très simple et positif : il prendra la forme d’un combat de résistance du monde oppressé contre la terreur occidentale qui brutalise notre planète depuis des siècles.

Vous avez fréquemment visité et vécu dans des pays latino-américains, arabes, et asiatiques pendant de nombreuses années. À votre avis, comment les forces progressistes devraient-elles relever les défis posés par les conflits liés à l’identité culturelle et à l’ethnicité au XXIe siècle ? La vision eurocentrée est-elle un grand piège pour ceux qui essaient de comprendre et de changer le monde ?

Oui tout à fait, et il est essentiel de comprendre cela ! Les forces progressistes de l’Occident devraient, je crois, prendre du recul et faire preuve de plus d’humilité. Au lieu de constamment faire la morale à tous les gouvernements de gauche d’Amérique latine ou d’Asie et de montrer de la haine envers eux, ils devraient apprendre un peu le respect ainsi que se renseigner sur la culture chinoise ou latino-américaine. Ils devraient essayer de comprendre comment les choses ont historiquement été réalisées dans ces pays.
La gauche occidentale a franchement et clairement perdu. L’espoir se trouve désormais en Amérique latine et en Asie ainsi que dans quelques rares pays africains. La gauche occidentale devrait, je pense, cesser d’être “puriste” et soutenir ce qui nous reste dans ce monde, au lieu de définir “qui est un vrai Marxiste et qui ne l’est pas”, etc.
Le principale combat maintenant devrait être le combat contre l’impérialisme occidental. Je connais le monde, et je suis convaincu que si l’impérialisme occidental était défait, le reste du monde trouverait un moyen de coexister pacifiquement et de bâtir un monde humain, plus doux et plus compatissant. Ensuite, et ensuite seulement, on pourra s’occuper des détails. En attendant, sauver notre planète de ce qui la ruine depuis des siècles devrait être notre unique objectif.
Andre Vltchek est philosophe, romancier, cinéaste, et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des dizaines de pays. Trois de ses récents ouvrages sont un roman révolutionnaire intitulé “Aurora”, et deux travaux à succès de politique non-romanesque appelé “Exposing Lies of The Empire” pour l’un et, “Fighting Against Western Imperialism” [Lutter contre l’impérialisme occidental, inédit en français, NdT] pour l’autre. Ses autres livres sont disponibles ici. Andre produit également des documentaires pour teleSUR et Al-Mayadeen. Visionner Rwanda Gambit, sont documentaire avant-gardiste sur le Rwanda et la République Démocratique du Congo. Après avoir vécu en Amérique latine, en Afrique et en Océanie, Vltchek réside habite désormais en Asie de l’est et au Moyen-Orient et continue de travailler partout dans le monde. On peut le contacter sur son site internet ou sur Twitter.

Traduit de l’anglais par Rémi Gromelle pour Investig’Action
Source: Investig’Action
Cet article est également disponible en : Espagnol Anglais

lundi 8 décembre 2014

Les États-Unis sont un État terroriste de premier plan, par Noam Chomsky / The US is a Leading Terrorist State

Source : http://www.les-crises.fr/les-etats-unis-sont-un-etat-terroriste-de-premier-plan/

Par Noam Chomsky - 21 octobre 2014 

« ICH » – « TeleSur » – Un sondage international a révélé que les États-Unis arrivaient largement en tête de « la plus grande menace actuelle pour la paix dans le monde », loin devant le Pakistan classé second, aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Imaginez que la une de la Pravda fasse état d’une étude du KGB passant en revue les principales opérations terroristes conduites par le Kremlin à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. Supposez que l’article se poursuive par une citation où Poutine déclare qu’il a demandé au KGB de mener ces recherches afin de trouver des exemples de « financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il soit devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Si, scénario presque inimaginable, un tel article devait paraître, les cris scandalisés et les hurlements d’indignation s’élèveraient jusqu’au ciel, et la Russie serait sévèrement condamnée – ou pire – non seulement pour ce violent dossier terroriste ouvertement reconnu, mais aussi pour les réactions de ses dirigeants et de sa classe politique : parfaite indifférence, sauf pour la question de l’efficacité du terrorisme d’État russe et des possibilités d’amélioration de ses méthodes.

Il est en effet bien difficile d’imaginer qu’un tel article puisse voir le jour, sauf que c’est ce qui vient d’arriver – ou presque.

Le 14 octobre, le principal article du New York Times faisait état d’une étude de la CIA passant en revue les principales opérations terroristes conduites par la Maison Blanche à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. L’article continuait par une citation où Obama déclare qu’il a demandé à la CIA de mener ces recherches afin de trouver des exemples de « financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il est devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Il n’y eut pas de cris scandalisés, pas d’indignation, rien.

La conclusion semble tout à fait claire. Dans la culture politique occidentale, il est admis comme étant entièrement naturel et approprié que le chef de file du Monde Libre soit un état terroriste scélérat et proclame ouvertement sa position éminente dans de tels crimes ; et il n’est rien que de naturel et d’approprié dans le fait que le lauréat du prix Nobel de la paix et spécialiste libéral du droit constitutionnel [NdT : Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'université de Chicago] détenteur des rênes du pouvoir soit seulement préoccupé de savoir comment conduire de telles actions plus efficacement.

Un examen attentif établit ces conclusions de manière très solide.

Cet article débute en citant des opérations américaines « de l’Angola au Nicaragua à Cuba ». Complétons donc un peu les omissions.

En Angola, les États-Unis se joignirent à l’Afrique du Sud pour apporter un soutien décisif à l’armée terroriste de l’UNITA de Jonas Savimbi et continuèrent à le faire après que Savimbi eut été franchement battu dans une élection libre surveillée avec soin, et même après que l’Afrique du Sud eut retiré son soutien à ce « monstre dont le désir de pouvoir avait conduit son peuple à une misère épouvantable », selon les mots de l’ambassadeur britannique en Angola Marrack Goulding, appuyé par le chef de la station de la CIA du tout proche Kinshassa qui avertissait que « ce n’était pas une bonne idée » de soutenir le monstre « à cause de l’ampleur des crimes de Savimbi. Il était terriblement brutal. »

Malgré des opérations terroristes étendues et meurtrières soutenues par les États-Unis en Angola, l’armée cubaine repoussa les agresseurs sud-africains hors du pays, les contraignit à quitter la Namibie occupée illégalement, et ouvrit la voie à des élections angolaises suite auxquelles Savimbi, malgré sa défaite, « rejeta en bloc l’avis partagé par 800 observateurs étrangers selon lequel le scrutin… était pour l’essentiel libre et juste » (New York Times), et continua sa guerre terroriste avec le soutien des États-Unis.

Les réussites cubaines dans la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid furent saluées par Nelson Mandela quand il fut finalement libéré de prison. Un de ses premiers actes fut de déclarer : « Pendant toutes mes années en prison, Cuba a été une inspiration et Fidel Castro un puissant soutien … [les victoires cubaines] ont détruit le mythe de l’invincibilité de l’oppresseur blanc [et] ont inspiré les masses combattantes de l’Afrique du Sud … un tournant pour la libération de notre continent – et de mon peuple – du fléau de l’apartheid. … Quel autre pays peut faire état d’un désintéressement plus grand que celui que Cuba a montré dans ses relations avec l’Afrique ? »

Le chef terroriste Henry Kissinger, au contraire, était « hors de lui » face à l’insubordination de la « demi-portion » Castro qui devrait être « fracassé, » comme rapporté par William Leogrande et Peter Kornbluh dans leur livre Back Channel to Cuba (le Canal de communication officieux vers Cuba), s’appuyant sur des documents récemment déclassifiés.

En ce qui concerne le Nicaragua, inutile de nous étendre sur la guerre terroriste de Reagan, qui se poursuivit bien après que la Cour internationale de justice eut ordonné à Washington de cesser « l’usage illégal de la force » – ce qui est, de fait, du terrorisme international – et de payer des indemnités substantielles, et qu’une résolution du conseil de sécurité des Nations Unies qui appelait tous les pays (signifiant : les États-Unis) à respecter les lois internationales – ne fut bloquée par le droit de véto de Washington.

Il faut savoir, cependant, que la guerre terroriste de Reagan contre le Nicaragua – poursuivie par Bush 1er, Bush « l’homme d’État » – ne fut pas aussi destructrice que le terrorisme d’État qu’il a soutenu avec enthousiasme au Salvador et au Guatemala. Le Nicaragua avait l’avantage d’avoir une armée pour affronter les forces terroristes dirigées par les États-Unis, alors que dans les États voisins, les terroristes agressant les populations étaient les forces de sécurité armées et entraînées par Washington.

Dans quelques semaines nous commémorerons l’apogée des guerres terroristes de Washington en Amérique latine : le meurtre de six intellectuels latino-américains de premier plan, des prêtres jésuites, par une unité terroriste d’élite de l’armée salvadorienne, le bataillon Atlacatl, armé et entraîné par Washington, agissant sous les ordres explicites du Haut Commandement, avec un long palmarès de massacres des victimes habituelles.

Ce crime choquant du 16 novembre 1989 à l’université jésuite de San Salvador fut le point d’orgue de l’immense épidémie de terreur qui s’étendit à tout le continent après que John F. Kennedy eut fait passer la mission des militaires d’Amérique latine de « défense de l’hémisphère » – un vestige périmé de la seconde guerre mondiale – à « sécurité intérieure », ce qui signifiait guerre contre leur propre population. Les conséquences sont décrites succinctement par Charles Maechling, qui dirigea le programme de contre-insurrection et de défense intérieure des États-Unis de 1961 à 1966. Il décrivit la décision de Kennedy en 1962 comme une transition de « la tolérance face à la rapacité et à la cruauté des militaires latino-américains » à « une complicité directe » de leurs crimes, et à un soutien par les États-Unis des « méthodes des escadrons d’extermination d’Heinrich Himmler ».

Tout cela a été oublié, ce n’est pas la « bonne catégorie de faits ».

À Cuba, les opérations terroristes de Washington furent lancées dans toute leur rage par le président Kennedy afin de punir les Cubains d’avoir repoussé l’invasion américaine de la Baie des Cochons. Comme décrit par l’historien Piero Gleijeses, JFK « demanda à son frère, le procureur général Robert Kennedy, de diriger le groupe inter-agence qui supervisa l’opération Mongoose (Mangouste), un programme d’opérations paramilitaires, de guerre économique et de sabotage qu’il lança à la fin de l’année 1961 pour faire connaître à Fidel Castro les “terreurs de la Terre” et, plus prosaïquement, pour le renverser. »

L’expression « terreurs de la Terre » est tirée d’une citation de l’associé de Kennedy et historien Arthur Schlesinger dans sa biographie quasi officielle de Robert Kennedy, qui était en charge de mener la guerre terroriste. RFK informa la CIA que le problème cubain était « la priorité principale du gouvernement des États-Unis – tout le reste [était] secondaire – et qu’il ne fallait épargner ni le temps, ni les efforts, ni les effectifs » pour renverser le régime de Castro et jeter les « terreurs de la Terre » sur Cuba.

La guerre terroriste lancée par les frères Kennedy n’était pas une mince affaire. Elle impliqua 400 Américains, 2000 Cubains, une flotte privée de hors-bord et un budget annuel de 50 millions de dollars géré par une filiale de la CIA à Miami, fonctionnant en violation du Neutrality Act et, probablement, de la loi interdisant les opérations de la CIA sur le sol américain. Les opérations incluaient la pose de bombes dans des hôtels et des installations industrielles, l’envoi par le fond de bateaux de pêche, l’empoisonnement de récoltes et du bétail, la contamination du sucre exporté, etc. Certaines de ces opérations n’étaient pas explicitement autorisées par la CIA mais menées par les forces terroristes qu’elle finançait et soutenait, une distinction sans aucune différence dans le cas d’ennemis officiels.

Les opérations terroristes Mangouste furent menées par le Général Edward Lansdale, qui avait une expérience amplement suffisante de la conduite d’opérations de terrorisme américaines aux Philippines et au Viêt-Nam. Son programme pour l’Opération Mangouste militait pour « la révolte ouverte et le renversement du régime communiste » en octobre 1962, ce qui, pour « le succès final, nécessiterait une intervention militaire US décisive » après le travail de sape du terrorisme et de la subversion.

Octobre 1962 est, bien sûr, un moment très important de l’histoire moderne. Ce fut au cours de ce mois que Nikita Khrouchtchev fit parvenir des missiles à Cuba, déclenchant la crise des missiles qui est passée sinistrement près de la guerre nucléaire terminale. Les études académiques reconnaissent maintenant que la position de Khrouchtchev était en partie motivée par la prépondérance énorme des forces américaines après que Kennedy eut répondu à ses appels de réduction d’armes offensives en augmentant radicalement l’avantage des États-Unis, et en partie par la préoccupation concernant une possible invasion américaine de Cuba. Des années plus tard, le ministre de la Défense Nationale de Kennedy, Robert McNamara, a reconnu que les craintes de Cuba et de la Russie concernant une attaque avaient été justifiées. « Si j’avais été à la place des Cubains ou des Soviétiques, j’aurais également pensé ainsi », a observé McNamara lors d’une conférence internationale majeure sur le 40e anniversaire de la crise des missiles.

L’analyste politique Raymond Garthoff, hautement considéré, qui a de nombreuses années d’expérience directe des services de renseignement américains, rapporte que dans les semaines ayant précédé l’éclatement de la crise d’octobre, un groupe terroriste cubain opérant depuis la Floride avec l’accord du gouvernement américain avait mené « une audacieuse attaque par vedette rapide en mitraillant un hôtel cubain au bord de la mer près de La Havane où on savait que des techniciens militaires soviétiques se rassemblaient, tuant des Russes et des Cubains ». Et peu de temps après, continue-t-il, les forces terroristes attaquèrent des cargos britanniques et cubains et menèrent un nouveau raid sur Cuba, parmi d’autres, suite à l’intensification des actions décidée début octobre. À un moment tendu de la crise des missiles toujours non résolue, le 8 novembre, une équipe terroriste envoyée depuis les États-Unis fit sauter une installation industrielle cubaine après que les opérations Mangouste eurent été officiellement suspendues. Fidel Castro allégua que 400 travailleurs avaient été tués dans cette opération, guidée par « des photographies prises par des avions espions. » Les tentatives d’assassinat sur Castro et d’autres attaques terroristes continuèrent immédiatement après la fin de la crise, et s’intensifièrent de nouveau dans les années suivantes.

Il y a eu quelques mentions d’une partie plutôt mineure de la guerre de la terreur, les nombreuses tentatives d’assassinat de Castro, généralement écartées comme des manigances puériles de la CIA. En dehors de cela, rien de ce qui s’est passé n’a suscité beaucoup d’intérêt ou de commentaires. La première enquête sérieuse en langue anglaise de l’impact sur les Cubains a été publiée en 2010 par le chercheur canadien Keith Bolender, dans son Voices From The Other Side: An Oral History Of Terrorism Against Cuba (Voix de l’Autre Côté : une histoire orale du Terrorisme contre Cuba), une étude de grande valeur en grande partie ignorée.

Les trois exemples mis en évidence dans le rapport du New York Times sur le terrorisme américain sont uniquement la partie visible de l’iceberg. Néanmoins, il est utile d’avoir cet aveu important de la consécration de Washington aux opérations terroristes meurtrières et destructrices et de l’insignifiance de tout ceci pour la classe politique, qui accepte comme normal et approprié que les États-Unis soient une superpuissance terroriste, non soumise à la loi et aux règles de la civilisation.

Curieusement, le monde pourrait ne pas être d’accord. Un sondage international publié il y a un an par le Réseau Indépendant Mondial/Association Internationale Gallup (WIN/GIA) a fait le constat que les États-Unis sont classés loin en tête en tant que « plus grande menace à la paix mondiale aujourd’hui », loin devant le second, le Pakistan (sans aucun doute gonflé par le vote indien), aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Heureusement, ces informations insignifiantes ont été épargnées aux Américains.

Noam Chomsky est professeur (émérite) de l’Institut de Linguistique du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Source : Information Clearing House, le 21/10/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.



dimanche 9 février 2014

Noam Chomsky: « Les démocraties européennes sont parvenues à l’effondrement total »/ Noam Chomsky: " the European democracies reached the total collapse "

Selon le linguiste et militant Noam Chomsky, les démocraties européennes sont parvenues à un effondrement total, indépendamment de la couleur politique des gouvernements, parce que les décisions sont désormais prises à Bruxelles.
Selon lui, la destruction des démocraties en Europe conduit vers la dictature.
Il donne l’exemple de l’Italie, où la démocratie a cessé d’exister avec l’arrivée au pouvoir de l’ex commissaire européen Mario Monti en 2011, politique désigné par les bureaucrates de Bruxelles et non par les électeurs italiens.
Pour Chomsky, le phénomène existe au niveau mondial: « Même le Wall Street Journal a admis que les USA sont au bord de l’effondrement total puisque tous les gouvernements qu’ils soient de droite ou de gauche, poursuivent la même politique décidée par les banquiers et les bureaucrates »
Selon Chomsky, la politique ne sert qu’à enrichir les banquiers. Il a décrit le néolibéralisme comme une attaque de grande envergure contre les peuples du Monde, la plus grande depuis les 40 dernières années. »
http://www.manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/noam-chomsky-les-democraties-europeennes-sont-parvenues-a-leffondrement-total/