Affichage des articles dont le libellé est StarHawk Louise Michel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est StarHawk Louise Michel. Afficher tous les articles

dimanche 20 septembre 2026

Le basculement du monde : mise en perspective brillante sur le compte StarHawk Louise Michel

 Source : 


Bon, il est tard mais quand un truc me fait des noeuds au cerveau, j’ai un besoin impérieux de tenter de démêler la pelote.
Le sujet est moche, je vous le dis tout de suite, je vais certainement m’attirer les foudres d’une palanquée de lecteurs, mais je trouve que ça mérite de servir de punching-ball.
Après une journée à écouter du bon son en nettoyant ma baraque, je me suis posée dehors avec les oiseaux, ignorant parfaitement que j’allais tomber sur une séquence d’infos qui a donné lieu à ces réflexions que je partage ce soir tard.
Je suis d’abord tombée sur un extrait publié ce jour par Juan Branco, issu de sa dernière ITW chez Thinkerview. Je ne l’ai pas encore écouté dans sa totalité je n’en connais que le titre : guerre mondiale l’échec de l’élite ou un truc dans le genre.
Il y évoquait partiellement ce que je lis depuis des mois comme l’accélération du calendrier de la guerre portée par l’oligarchie financière transnationale qui influence les dirigeants européens et français, en relevant notamment la mission récemment confiée à l’ancien préfet Lallement, celle confiée à Lecornu, mais aussi les nouvelles programmations concernant le rail, issu d’une annonce d’un député européen cette semaine , explicitement pensées à l’échelle européenne pour permettre notamment l’acheminement rapide de matériels militaires lourds vers l’Est.
Je suis ensuite tombée sur un extrait de la page de Amelda Dany — je mettrais tous les extraits en commentaires — qui commente la situation géopolitique depuis le Sud global - Il est sénégalais je crois - en décortiquant sa présentation dans les médias français.
J’y ai entendu De Villepin, depuis sa position rationnelle de diplomate, rappeler que Trump avait, par l’attaque de l’Iran, totalement ignoré le réel et ses conséquences. Je passerai rapidement sur l’intervention dans cette séquence de Lellouche, ancien ministre de Sarkozy, qui n’en finit plus, à chacune de ses interventions, de réciter la litanie des méchants mollahs qui auraient terrorisé les gentilles monarchies du Golfe, susurrant encore la nécessité d’une opération de regime change, bref du bordel dans lequel jamais il ne nomme évidemment Israël. Il avoue ne pas voir de sortie à la crise énergétique sauf si , dit il , nous parvenions à un accord avec les Russes — mémoire de poisson rouge , on en avait un accord en 2022 , permis par les turcs , qui reposait essentiellement sur la neutralité de l’Ukraine, et c’est bien l’Occident qui l’a rejeté , préférant poursuivre la guerre, le fric pr la guerre, et plus de 500000 mobilisés chez les civils ukrainiens, dont la majorité sont morts - sans parler des russes.
J’ai toujours pensé que si on ne s’intéresse pas à la géopolitique, la géopolitique, elle, finira toujours par s’intéresser à nous.
Et voilà qu’à la suite de ces deux extraits, je tombe sur le discours de Emmanuel Macron de ce matin.
Il indique avoir réuni les chefs des partis représentés au Parlement, mais également la DGSI, la DGSE, le renseignement militaire, le SGDSN et la direction générale de l’énergie afin de parler des conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient sur la sécurité et la vie quotidienne des Français.
Il annonce que la « menace hybride russe » 😵‍💫 se serait intensifiée, que le ministre de l’Intérieur a réuni tous les préfets de zone, que la vigilance doit être rehaussée, qu’un plan de protection des infrastructures critiques et des sites sensibles doit être préparé contre les drones et les cyberattaques, et que de nouvelles mesures réglementaires vont suivre.
En parallèle, il parle de sécurisation des approvisionnements énergétiques, des stocks, des capacités d’importation et de production, des chaînes logistiques, des hydrocarbures, du gaz et des infrastructures critiques, tout en annonçant une coordination renforcée avec le G7.
Au fur et à mesure où il parlait, mon cerveau reconstruisait le puzzle.
Il faut reparler d’abord de la LPM —. Loi de programmation militaire — 2024-2030, parce que la montée depuis plusieurs mois de cette construction politique et médiatique autour de la « menace russe » n’a pas le même sens lorsque l’on sait ce que l’exécutif a fait inscrire dans la loi au regard de ce discours.
J’ai souvent parlé de cette LPM ici parce que sa lecture m’avait choquée à l’époque , y compris dans sa rédaction qui porte plus la marque selon moi d’un cabinet de conseil de type McKinsey plutôt que de la tradition rédactionnelle de la haute administration d’Etat— et parce que j’ai toujours en mémoire la citation de Anatole France en 1922 qui indiquait que la guerre était essentiellement l’œuvre des hommes d’argent « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »
Le récit s’est déplacé depuis. On nous demande depuis des décennies de consentir - et de financer - la destruction de pays et de peuples entiers, en envoyant mourir nos militaires pour défendre « la démocratie », « nos valeurs », « le monde libre », pendant que derrière ces grands mots continuent de se jouer les intérêts de la haute finance, du capital et de l’impérialisme occidental.
Il me semble qu’une nouvelle étape est en train d’apparaître, « défendre la démocratie » ne passe plus très bien auprès des masses mais il pourrait bien s’agir de nous convaincre qu’il faudrait accepter la guerre pour défendre « notre mode de vie », nos approvisionnements, notre sécurité énergétique et donc notre niveau de vie — autrement dit défendre matériellement un ordre économique qui, en réalité depuis un moment , nous appauvrit tous, nous ponctionne sans limite, détruit nos services publics, notre sécurité sociale, nos emplois, notre agriculture, nos territoires, et ne garantit même plus ce niveau de vie qu’il prétend sauver.
On croyait mourir pour la patrie.
Puis on devait mourir pour la démocratie.
Demain, on nous demandera de mourir pour ne surtout pas changer un modèle qui nous rapace déjà.
Mais revenons à la LPM car le premier étage de cette architecture ne date pas du mois dernier.
Elle a été voté dès 2023 pour entrer en vigueur en 2024.
Que dit t’elle de problématique pour la juriste que je suis ?
Elle indique qu’en cas de menace « ACTUELLE ou PRÉVISIBLE », le pouvoir exécutif — cad le président de la République — peut, par décret en Conseil des ministres et sans vote préalable du Parlement, décider la réquisition de toute personne physique ou morale, ainsi que de tous les biens et services nécessaires.
Et quand le texte dit « toute personne », il parle bien de toute personne présente sur le territoire français, hommes ou femmes, Français ou étrangers, mais également des Français vivant à l’étranger ; il prévoit aussi la réquisition des entreprises, de leurs personnels, de leurs biens et de leurs capacités de production. En cas de refus de réquisition l’amende est de 500000 euros.
Autrement dit, dès 2024, le droit avait déjà organisé la possibilité d’une mobilisation des individus ET de l’appareil économique sur la base non seulement d’une menace existante, mais d’une menace simplement « prévisible ».
C’était déjà énorme.
Et cet été, ils ont ajouté un deuxième étage.
Le 16 août 2026, l’actualisation de la LPM a créé, par son article 35, un régime juridique entièrement nouveau, celui de l’« état d’alerte de sécurité nationale », qui vient s’ajouter au dispositif de réquisition déjà existant et augmente encore les pouvoirs d’exception de l’exécutif. Le tout a évidemment été voté et promulgué en plein mois d’août, alors qu’on crevait tous de chaud et que la focale informationnelle s’est fort peu portée sur le sujet.
Ce nouvel état d’alerte peut — lui aussi — être déclaré par simple décret en Conseil des ministres pendant deux mois avant qu’une prorogation ne doive passer par la loi ; une fois déclenché, il permet des dérogations touchant notamment les infrastructures critiques, l’accès à certaines installations et réseaux, les marchés publics militaires, les capacités industrielles, les transports, l’urbanisme, l’environnement ou encore l’organisation sanitaire.
L’article 35 a été contesté devant le Conseil constitutionnel par des députés LFI — Mathilde Panot en tête — rejoints notamment par des écologistes et des communistes, qui attaquaient précisément l’imprécision de cette « menace grave et actuelle » et l’absence de contrôle parlementaire préalable.
Le Conseil constitutionnel a pourtant validé le dispositif en considérant que cette menace devrait reposer sur des « éléments matériels suffisamment caractérisés ».
Et là, ça me rappelle furieusement quelque chose.
Pendant le Covid, on a déjà vu cette mécanique avec le pass sanitaire puis vaccinal : le pouvoir d’exception n’était pas fermé, il était rendu possible dès lors que la situation produite et qualifiée par l’appareil d’État était considérée comme suffisante pour le justifier.
Or je ne considère pas davantage aujourd’hui le Conseil constitutionnel comme un contre-pouvoir extérieur à cette architecture : sa composition procède des nominations successives du président de la République et des présidents des assemblées, et Macron a lui-même installé Richard Ferrand, l’un de ses plus proches compagnons politiques, à sa présidence.
Par ailleurs, l’ensemble des institutions participant à cette architecture relevant du même ordre politique, il est peu probable qu’elles produisent elles-mêmes les éléments susceptibles d’empêcher le Conseil constitutionnel de valider, au cas par cas, l’activation de l’article 35.
On l’a déjà aussi vu pendant le Covid à savoir que lorsque ceux qui qualifient la menace, produisent les données, définissent la réponse et alimentent ensuite le contrôle appartiennent au même système de pouvoir, la garantie institutionnelle devient largement fictive.
D’autre part, le rapport de force parlementaire est parfaitement clair et ce n’est pas par là non plus qu’on pourrait envisager une protection : l’actualisation de la LPM a été adoptée le 1er juillet 2026 par 375 voix contre 113. LFI, les écologistes et le groupe comprenant les communistes ont constitué l’essentiel de l’opposition au texte ; les autres grands groupes l’ont adopté. Donc l’argument consistant à nous expliquer qu’au bout de deux mois une loi sera nécessaire pour prolonger l’état d’alerte ne me rassure absolument pas étant donné que la majorité politique permettant cette prolongation s’est déjà manifestée sur le texte qui l’a créé.
Si l’on regarde d’encore plus prêt et qu’on reconstitue la chronologie dans le détail — ce que mon cerveau adore faire — ce dispositif juridique ne tombe évidemment pas du ciel.
Dès 2022, Macron avait installé Lecornu au ministère des Armées et lancé cette fameuse « économie de guerre ». Il a ensuite obstinément voulu le porter à Matignon .
Sébastien Lecornu était d’ailleurs déjà envisagé en décembre 2024, c’est Bayrou qui l’a supplanté , avant qu’il ne soit finalement nommé le 9 septembre 2025, puis souvenez vous, démissionnaire le 6 octobre, puis renommé quatre jours plus tard par Macron malgré l’hostilité qu’il suscitait. Lecornu, ancien commandant de peloton d’Alexandre Benalla dans la réserve de gendarmerie, n’est manifestement pas un homme interchangeable dans l’architecture macroniste.
Le 18 novembre 2025, Fabien Mandon — ancien chef d’état-major particulier de Macron devenu chef d’état-major des armées — vient ensuite devant le Congrès des maires expliquer qu’il faudra être capable « d’accepter de perdre ses enfants » et de « souffrir économiquement ».
Tout le monde avait été scandalisé.
On aurait surtout dû l’écouter.
Parce qu’il disait brutalement ce vers quoi ils veulent nous emmener à savoir non pas choisir entre souffrir économiquement OU envoyer nos gosses au front, mais accepter LES DEUX pour maintenir ce modèle et l’oligarchie qui va avec.
Or, c’est probablement à cet qu’est le véritable choix politique.
La bascule géopolitique aura de toute façon lieu, et avec elle un coût pour nous. La fin de l’hégémonie occidentale, la raréfaction énergétique, le déplacement des centres de production et de puissance vont nous obliger à modifier nos modes de vie, que cela nous plaise ou non.
Alors quitte à souffrir, on choisit de souffrir pour quoi ?
Pour sortir de ce modèle, relocaliser, partager, retrouver de l’autonomie et inventer autre chose ?
Ou pour souffrir économiquement — alors que c’est déjà le cas — quand même ET envoyer nos gosses crever afin de tenter de maintenir quelques années supplémentaires un système arrivé au bout avec toujours plus d’autoritarisme ?
En mai 2026, Didier Lallement apparaît à son tour comme chargé de mission auprès de l’état-major des armées sur les questions de préparation et de « résilience » nationale.
Et en septembre 2026, à peine un mois après l’entrée en vigueur de l’article 35, Macron parle désormais officiellement de « menace hybride russe », d’infrastructures critiques, de sites sensibles, de drones, de cyberattaques, de chaînes logistiques, d’approvisionnements, d’énergie et de défense.
C’est très exactement la continuité qui m’intéresse.
La LPM et les réquisitions.
L’économie de guerre portée par Lecornu.
Mandon annonçant aux maires qu’il faudra accepter de perdre nos enfants et souffrir économiquement.
Lallement auprès de l’état-major.
L’article 35 et l’état d’alerte de sécurité nationale.
Le réarmement, le rail et les infrastructures adaptés au déplacement rapide des matériels lourds vers l’Est, la possibilité d’accueillir et de mettre en condition des forces alliées, les exercices qui se multiplient, et ce que j’observe concrètement ici en Bretagne où les choix économiques et politiques locaux accompagnent déjà cette économie de guerre.
Puis, maintenant, le récit de la « menace russe » martelé jusque dans la description de notre sécurité intérieure, de notre énergie et de notre quotidien.
Tout cela fait système.
En tous les cas pour mon cerveau.
Ce n’est pas une succession de réponses techniques indépendantes mais une architecture juridique, militaire, industrielle, énergétique, logistique et politique qui se construit depuis plusieurs années, et à laquelle vient s’ajouter depuis de nombreux mois, la fabrication du récit permettant de la présenter comme une nécessité imposée de l’extérieur.
Dès lors, la question démocratique devient autrement plus lourde.
Je ne prétends pas que l’article 35 permet, à lui seul, de supprimer une élection présidentielle puisque ce n’est pas ce qu’il prévoit. Mais après avoir vu ce que deviennent les calendriers électoraux lorsqu’un État entre dans la guerre et les régimes d’exception — l’Ukraine étant sous nos yeux , le précédent Zelinsky avec lequel Emmanuel Macron s’affichait encore sur son mur meta il y a deux jours — je refuse de considérer comme délirante la question de savoir jusqu’où irait un pouvoir qui ne veut pas lâcher la main si cette fuite en avant guerrière venait percuter le calendrier électoral français.
Ou plutôt ce calendrier construit minutieusement de toutes pièces pourrait il servir à reporter ou empêcher la tenue des élections du printemps prochain ?
Et rétrospectivement me revient — encore — cette première image de la réélection de Macron, le 24 avril 2022 : Macron et Brigitte avançant au Champ-de-Mars entourés d’enfants.
Cette image m’avait déjà profondément dérangée.
Aujourd’hui, comme je l’avais déjà dit en écrivant sur la LPM, après l’économie de guerre, les réquisitions et Mandon expliquant qu’il faudra accepter de perdre nos enfants, elle me revient comme celle du joueur de flûte de Hamelin.
Alors que vont préférer les peuples occidentaux ? Qu’allons nous nous français préférer ?
Souffrir économiquement pour tenter de maintenir le monde unipolaire, consacrer toujours davantage de nos budgets à la guerre et envoyer en plus nos gosses au front pour défendre un modèle qui de toute façon ne nous rendra jamais nos niveaux de vie ?
Ou accepter le gros bordel de la bascule géopolitique, perdre une partie des privilèges matériels que l’hégémonie occidentale nous a procurés, accepter la multipolarité et utiliser cette crise pour construire autre chose ?
Parce que dans les deux cas, on va en chier.
Personnellement, à choisir, je préfère toujours les gambettes et les grelinettes.
Je préfère la fermeture d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, les routes commerciales qui déraillent, les difficultés d’approvisionnement ; je préfère qu’on en chie tous ici et qu’on soit obligés de nous organiser autrement et solidairement plutôt que leur prooooojjjjjetttt de guerre pour sauver leur modèle et leurs culs.
Et j’espère donc que la bascule géopolitique actuelle et la raréfaction de l’accès aux ressources fossiles rendront matériellement impossible la poursuite de ce scénario historiquement récurrent à savoir celui d’un capitalisme arrivé au bout de son cycle qui trouve dans la guerre, dans la destruction de tout — y compris de son peuple — puis dans la reconstruction les conditions de sa propre régénération.
Quand on accouche, sur le moment c’est pénible.
Mais la plupart du temps on n’en meurt pas.
Une fois qu’on a dit ça on a pas vraiment dit grand chose. Car je ne sais pas comment nous pourrons réellement arrêter la machine infernale mise en place, ni tous ces dingues en bande organisée.