dimanche 21 juin 2026

Sérieusement, qui croit encore aux intrigues “Trump vs Bibi” ?

Source :  https://lesakerfrancophone.fr/serieusement-qui-croit-encore-aux-intrigues-trump-vs-bibi

Le mélodrame Trump vsNetanyahu n’a pas pour objectif de freiner Israël. Il ne sert qu’à gérer l’opinion occidentale.


Par Karim – le 20 juin 2026 – BettBeat Media

À l’aube du vendredi 19 juin, les avions de combat survolaient déjà le sud du Liban. Au lever du soleil, le ministère libanais de la Santé dénombrait près de cinquante morts et près d’une centaine de blessés à Tyr, Nabatieh et Kfar Tebnit, des villages dont les noms ne viendront jamais perturber la prononciation des présentateurs américains. L’armée israélienne a annoncé une campagne de grande envergure contre ce qu’elle a qualifié d’“infrastructures du Hezbollah”, visant plus de cent cinquante cibles en une seule nuit, présentée comme une riposte à de prétendues violations du cessez-le-feu. Ben-Gvir, ce voyou condamné qui ordonne à ses soldats de diffuser en direct sur son ordinateur personnel la torture et les agressions infligées à des victimes palestiniennes et dirige la police du pays en la transformant en une dystopie fasciste de dépravation, a publié un message affirmant que le Liban doit être entièrement réduit en cendres. Smotrich, qui a passé deux ans à se présenter comme ministre des Finances de la faminea exigé que les portes de l’enfer soient ouvertes.

C’est le matin du jour où on nous a demandé, une fois encore, de nous émerveiller devant la prétendue “rupture” entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu.

YouTubeBing et même DuckDuckGo ont effacé les informations indiquant que des soldats israéliens ont reçu l’ordre de diffuser en direct les horribles actes de torture et d’agression infligés à des victimes palestiniennes pour satisfaire les désirs personnels de Ben-Gvir.

La presse américaine, que j’appelle les “médias d’État d’entreprise”, ces sténographes dociles qui ont depuis longtemps renoncé aux prérogatives du journalisme au profit du confort d’un traitement de faveur, nous a proposé le dernier épisode du feuilleton. Trump était perturbé. Trump était furieux. Trump a hurlé au téléphone. Dans un podcast, le président lui-même a raconté un appel houleux au cours duquel il aurait demandé à Netanyahu s’il a perdu la tête en prolongeant la guerre au Liban, rappelé au Premier ministre que sans la protection américaine, Israël n’existerait tout simplement pas, et laissé la fuite suivre son cours habituel, vers une presse avide de transformer un différend commercial en drame moral. Le vice-président, J. D. Vance, a fait le tour des émissions dominicales pour afficher sa déception chorégraphiée, son inquiétude aux sourcils froncés pour un allié en difficulté qui a besoin, selon ses propres termes, “de se réveiller !”

Puis, après avoir formulé ces répliques, ce même Vance s’est présenté au pupitre de la salle de presse James Brady et, dans un élan de franchise involontaire, a démoli toute la mise en scène. En clôturant sa conférence de presse sur le nouveau protocole d’accord avec l’Iran, il a averti les détracteurs israéliens de l’accord que Trump reste le seul dirigeant étranger encore favorable à leur cause, que les États-Unis sont le dernier puissant protecteur dont dispose Israël, et que, soit dit en passant

“les deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre patrie [Israël] ont été fabriquées par la maind’œuvre américaine et financées par l’argent des contribuables américains”.

Voilà, en une phrase, le show dans toute son essence. Les bombes qui sont tombées sur Tyr à quatre heures du matin étaient américaines. Les bombes non guidées d’une tonne qui ont pulvérisé des immeubles entiers à Dahiyeh étaient américaines. Les bombes anti-bunker qui ont transpercé les dalles de béton dans la banlieue sud de Beyrouth étaient américaines. Les F-35 qui les ont larguées, les kits de guidage qui les ont orientées, les données de ciblage qui les ont sélectionnées, tout cela était américain. Et les morts, bien entendu, sont libanais.

Il n’y a pas de divergence entre un roi et son intendant.

On nous demande de croire que l’État le plus dépendant militairement de la planète, un pays dont l’armée de l’air vole sur des avions américains et dont le Trésor public repose sur les subventions américaines, mène une campagne de destruction régionale au mépris des souhaits explicites de son unique protecteur.

Les comptes

Voyons ce que les comptables impériaux ont accompli pendant que les courtisans jouaient leur pantomime des consciences. En janvier, avant même que la guerre contre l’Iran n’ait commencé, l’administration Trump a donné son feu vert à environ sept milliards de dollars de nouveaux transferts d’armes vers Israël, auxquels s’ajoutaient, pour faire bonne mesure, neuf milliards supplémentaires en missiles Patriot destinés aux Saoudiens. Fin avril, au cours d’une opération logistique menée en 24 heures, le Pentagone a livré quelque 6 500 tonnes de munitions et d’équipements à Israël par voie maritime et aérienne, une procession de camions, de bombes et d’encore de camions pour transporter ces bombes. Le 2 mai, tandis que les caméras suivaient les appels téléphoniques rageurs et les crises d’hystérie sur Truth Sociall’administration Trump a discrètement levé la procédure habituelle d’examen par le Congrès afin d’accélérer la livraison de près de neuf milliards de dollars de missiles de défense aérienne et de systèmes de guidage laser à Israël et aux monarchies du Golfe. Les chèques n’ont jamais cessé d’être signés pendant la guerre. Au contraire, leur rythme s’est accéléré.

Ce n’est pas une relation en crise. Elle est à son apogée. Le flux de munitions s’est amplifié sous Trump, et non réduit. Les fictions humanitaires de convenance que l’administration Biden feignait parfois de faire respecter ont été officiellement abandonnées. Les bulldozers qui rasent les maisons palestiniennes à Tulkarm arrivent désormais avec la bénédiction officielle d’une Maison Blanche qui a décidé de ne plus faire semblant.

Lorsque les responsables américains se tordent les mains en public face à un Netanyahu hors de contrôle, ils nous disent, dans un rare moment d’honnêteté théâtrale, qu’ils ont choisi de financer le massacre tout en niant en être les auteurs. Le doigt pointé sert d’alibi. L’accord scellé est la politique.

Pourquoi ce numéro ?

Le mélodrame Trump vsNetanyahu n’a pas pour objectif de freiner Israël. Il ne sert qu’à gérer l’opinion occidentale. Les spectateurs qui, sinon, pourraient être scandalisés à la vue de mères déterrant leurs enfants sous des décombres de béton pulvérisé sont ainsi apaisés par l’idée que quelqu’un, quelque part à Washington, est en colère en leur nom. Les propos grossiers divulgués et les briefings officieux font croire à un conflit entre un souverain impérial sceptique et son client désobéissant, et ces apparences portent leurs fruits. Les bombes continuent de tomber. Les cadavres s’accumulent. Mais la conscience de l’empire a été soulagée, tandis que les valeurs morales de la classe consommatrice ont été préservées.

Le plus ancien rituel du pouvoir revient à mettre en scène le remords sans l’éprouver. Le Sénat romain pouvait pleurer la destruction de Carthage alors même que l’on versait du sel sur ses champs. Le Parlement britannique pouvait adopter des résolutions humanitaires pendant la famine du Bengale tandis que les navires chargés de céréales mettaient le cap sur l’Europe. Ces mêmes pratiques sont aujourd’hui mises en œuvre par une classe de “professionnels du regret” qui envahissent nos chaînes d’information en continu et les postes de sous-secrétaires adjoints à Foggy Bottom [quartier de Washington]. Ils sont profondément désolés de ne pouvoir, en toute bonne conscience, cesser de poursuivre leur œuvre.

On nous demande donc de croire à l’incroyable. On nous demande de penser que l’État le plus dépendant militairement de la planète, un pays dont l’armée de l’air pilote des avions de chasse américains et dont le Trésor public repose sur les subventions américaines, mène une campagne de destruction régionale au mépris des exigences explicites de son unique protecteur. On nous demande de croire que les volontés de l’empire restent lettre morte parce que Bibi (comme je déteste ce nom de nounours) refuse de décrocher le téléphone. On nous demande de constater le flux manifeste de neuf milliards de dollars de livraisons supplémentaires de munitions et d’en conclure que la rupture est consommée.

La crédulité requise pour gober ce tour de passe-passe est stupéfiante. Et pourtant, il fonctionne, semaine après semaine, sur ceux qui s’estiment bien informés. Il fonctionne parce que l’alternative est insupportable. Reconnaître que ce carnage n’est pas un dysfonctionnement de la politique américaine, mais bien sa mise en œuvre réussie, revient à reconnaître ce que nos propres impôts ont financé.

“L’Iran a gagné la guerre”

Dans ces recoins d’internet qui se targuent de dissidence, une fiction différente s’est imposée. Les porte-parole de la frange anti-impérialiste ont déclaré que l’Iran a gagné, que Netanyahu a été mis sur la touche, que le protocole d’accord signé cette semaine représente une humiliation du projet sioniste et l’aube d’une ère multipolaire.

La naïveté des milieux de gauche anti-impérialistes laisse pantois.

Même si j’aurais tant aimé que ce soit vrai, mais nous sommes là aussi en pleine mise en scène, destinée à un public différent.

Le protocole d’accord qui a “mis fin” à la guerre reporte toutes les questions de fond, tout en offrant, dans l’immédiat, la seule chose qui importe réellement au capital mondial : la réouverture du détroit d’Ormuz. Israël a annoncé que, quoi qu’aient signé les Américains, ses troupes resteront au Sud-Liban et qu’il ne se considère pas lié par une quelconque cessation des hostilités impliquant le Hezbollah. L’armée israélienne occupe le territoire libanais en ce moment même. Les bombes tombent en ce moment même. Les ministres d’extrême droite appellent à mettre le feu à tout un pays en ce moment même.

Si c’est à cela que ressemble la victoire, on frémit rien qu’à l’idée de la défaite.

La thèse selon laquelle “l’Iran l’a emporté” est la jumelle dialectique de celle de la “rupture entre Trump et Netanyahu” . Toutes deux servent à occulter la même réalité brute, à savoir que la machine impérialiste a étendu sa guerre, tué un chef d’État, dévasté une région et obtenu une trêve de soixante jours qu’elle peut rompre quand bon lui semble. Les médias indépendants qui colportent le récit de la victoire offrent à leurs lecteurs un analgésique réconfortant, celui-là même qu’ils dispensent pour évoquer le monde multipolaire anti-impérialiste que la Russie et la Chine seraient en train de bâtir, un monde qui n’existe pas. Les médias mainstream offrent à leurs spectateurs une formule différente de la même drogue : l’analgésique du coup de fil courroucé, des propos grossiers divulgués, les sourcils froncés du vice-président. Ces deux narcotiques s’adressent à la même pathologie : l’incapacité à affronter ce qui est fait en notre nom et avec notre argent.

Les politiciens et les journalistes nous raconteront bien des histoires sur les événements, mais la seule qui compte est de savoir qui détient les armes et qui en fait les frais. Le reste n’est que du cinéma.

Le silence du Sud

Alors que l’on compte les corps au Liban, le monde politique du soi-disant Sud global a choisi de se livrer à sa propre mise en scène élaborée faite d’absence. Le président et le ministre des Affaires étrangères iraniens ont lancé, à plusieurs reprises et publiquement, un appel au bloc des BRICS, dont l’Iran est membre depuis 2024, pour qu’il rompe son silence sur la guerre menée contre lui. Le bloc, composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique du Sud et des nouveaux membres issus du Golfe, n’a pas bronché.

Un regroupement d’États qui se présente comme l’alternative à l’hégémonie américaine est incapable, alors qu’un de ses membres permanents est bombardé et que son chef d’État est assassiné, de publier un communiqué de presse. Deux réunions consécutives des BRICS en Inde ce printemps n’ont pas permis de dégager un consensus sur la formulation permettant de désigner les agresseurs. L’Iran a exigé une condamnation. Les Émirats, dont les bases aériennes sont utilisées par les avions ravitailleurs américains, l’ont rejetée. L’Inde, qui assure la présidence, a préféré garder le silence.

La raison de cette paralysie n’est un mystère pour personne. L’Inde, en la personne du Premier ministre Modi a récemment élevé les relations de son pays avec Israël au rang de ce que New Delhi appelle un “partenariat stratégique spécial”, s’est rendue à Jérusalem quelques jours avant le début de la guerre, a embrassé Netanyahu à la Knesset, puis a livré l’Iran aux griffes de l’ennemi avec toute la chaleur d’un César livrant un chef vaincu. Les Émirats ont refusé de laisser le bloc dénoncer ce qui venait d’être infligé à son tout nouveau membre. L’ordre multipolaire tant vanté s’est révélé, au seul moment critique, n’être qu’un forum courtois destiné à gérer certaines contradictions, et non un contrepoids à la violence américaine.

Le rôle de médiateur est finalement revenu au Pakistan. Les BRICS ont brillé par leur absence.

Telle est la vérité que les romantiques de la multipolarité ne supportent pas d’examiner. Le capital ne respecte pas les discours des présidents. Les flux commerciaux, d’armes et d’énergie lient les grands États du Sud au centre impérial bien plus étroitement que la rhétorique de solidarité ne les lie les uns aux autres. Lula peut prononcer de beaux discours sur Gaza. Poutine peut qualifier la guerre d’illégale. Aucun d’entre eux n’a imposé de sanction ni interrompu une livraison à l’État qui occupe la Palestine et le Liban. Le bloc censé inaugurer un nouvel ordre mondial n’a pas su trouver la cohésion nécessaire pour défendre l’un de ses propres membres contre l’anéantissement, et cette réalité, plus que n’importe quel communiqué, sonne le glas du projet tel qu’actuellement constitué.

Ce qui compte

Les politiciens et les journalistes nous raconteront bien des histoires sur les événements, mais la seule qui compte est de savoir qui détient les armes et qui en fait les frais. Le reste n’est que du cinéma.

Telle est la rigueur qu’exige un bilan honnête du moment présent. La mise en scène est impressionnante. Elle est omniprésente. Elle comprend des enregistrements téléphoniques divulgués, des photos de sommets, des communiqués ministériels, des confessions dans des podcasts, des sondages d’opinion évaluant si les Israéliens estiment avoir gagné la guerre, des tribunes débattant de la question de savoir si Trump se retourne enfin contre Bibi, et des fils de discussion d’analystes capables de réciter par cœur toutes les formations politiques de la Knesset mais incapables de se résoudre à compter les morts à Nabatieh.

L’artillerie, c’est l’artillerie. Elle est américaine. Elle est expédiée depuis Douvres et Norfolk, et depuis le stock stratégique situé en Israël même, celui que Washington conserve sur le sol israélien depuis les années 1980 précisément dans ce but. Elle arrive dans les cales de cargos à Ashdod et Haïfa, six mille tonnes par jour, cent quinze mille tonnes par mois, puis est chargée dans des camions et à bord d’avions qui les larguent sur les villages du sud du Liban, les camps de Cisjordanie et les champs de ruines de Gaza, où elle tue des enfants dont les noms ne seront jamais prononcés sur CNN.

Le ministère libanais de la Santé estime le nombre de morts causés par les frappes israéliennes depuis le mois de mars à bien plus de trois mille cinq cents, et à plus de onze mille blessés. C’est un chiffre que vous n’entendrez pas sur les chaînes d’information en continu, obsédées par la dernière crise de folie de Trump. Ajoutez-y les morts de Gaza, qui ont depuis longtemps basculé dans une réalité statistique où l’arithmétique des valeurs morales ne tient plus la route. Ajoutez-y les Palestiniens abattus à Jénine, Naplouse et Tulkarm par des soldats armés de fusils américains chargés de munitions américaines. Ajoutez-y les Yéménites. Les Syriens. Les Iraniens. L’architecture du massacre est bipartite, multipolaire, généreusement financée et remarquablement efficace.

Le public

C’est le public qui constitue le véritable scandale. Ce public qui regarde le spectacle et pleure devant les lamentations simulées du prince tandis que son armée massacre dans la vallée voisine. Ce public conditionné par des décennies de show impérial à confondre l’apparence de la dissidence avec l’opposition au pouvoir. Ce public qui préfère une fiction apaisante faite de retenue à une prise de conscience authentique de sa complicité.

Nous sommes ce public. Les billets ont été payés avec le sang d’autrui. Les applaudissements ne nous ont encore rien coûté.

Hannah Arendt avait averti que les grands maux du XXe siècle n’ont pas été commis par des monstres, mais par des individus qui ont renoncé à leur esprit critique, qui ont soumis leur jugement à l’autorité et leur conscience à la procédure. Les Eichmann de notre époque portent de beaux costumes et s’expriment sur le ton des podcasts publics. Ils expliquent que la situation est complexe. Ils font remarquer que le Premier ministre est “difficile”. Ils observent que le président “fait ce qu’il peut”. Et ils sont “vraiment désolés pour ces enfants”.

Les bombes tombent. Les usines tournent en continu pour reconstituer les stocks. Le président prend un autre appel téléphonique. Les BRICS publient un nouveau communiqué faisant état de divergences de vues. Les médias indépendants célèbrent une nouvelle victoire de la résistance. Les médias mainstream rapportent une nouvelle fracture au sein de l’alliance.

Et dans les morgues de Tyr et de Nabatieh, les morts sont alignés en longues rangées, et ils se moquent bien de toute cette mise en scène, car les bombes qui les ont tués étaient bien réelles.

Traduit par Spirit of Free Speech

Le MoU de la narrative bouleversée

 Source : https://www.dedefensa.org/article/le-mou-de-lanarrativebouleversee

• L’accord entre l’Iran et les USA promet beaucoup, sauf la certitude de tenir ces promesses. • Que nous importe, à nous “the kings of the road” ? • L’essentiel : les USA ont signé un document actant leur déclin.

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20 juin 2026 (16H40) – La question du MoU (‘Memorendum of Understanding’) Iran-USA, signé vendredi par les deux parties, chacune chez elle, est qu’elle en soulève beaucoup d’autres irrésolues pour l’instant présent et peut-êtreréponses véritables. La seule chose qui nous apparait nettement est que cette signature, vendredi à Washington, par le vice-président JD Vance (Trump étant en déplacement), a permis à celui-ci d’affirmer avec une netteté brutale une distance presque antagoniste avec Israël, passant par des mots extrêmement durs pour les Israéliens, notamment sur leur prétention (jusqu’ici justifiée) de jouer un rôle prépondérant et complètement usurpé dans la politique et la décision des États-Unis. Une intervention de Joe Kent, le brave jeune homme qui avait démissionné de son poste d’adjoint pour le renseignement contre-terroriste de Tulsi Gabbard (elle-même démissionnaire ayant quitté son poste vendredi, avec une petite surprise) pour protester contre l’engagement de Trump contre l’Iran, est marquée de cette proclamation, se référeant au Trump d’avant l’Iran : « Trump, is back ! ».

Tout cela, qui se dit et s’écrit dans les anathèmes désormais lancées contre Israël dans une tempête jamais vue aux USA, fait s’interroger : le MoU est-il destiné à sanctionner un accord avec l’Iran, ou bien plus précisément quoiqu’indirectement, un désaccord tonitruant avec Israël lui-même ? C’est une question fascinante, qui doit suffire à vous donner la mesure des événements en cours aux USA. La rupture populaire et politique (Congrès mis à part, dans l’attente des chèques de l’AIPAC) avec ce petit pays incroyablement agressif qui estimait avoir tout à dire à Washington D.C. est plus qu’une toile de fond de l’affaire Iran-USA ; c’est une véritable projection en cinémascope, avec musique stéréo et emploi intensif de l’IA pour les personnages décoratifs,  de la mesure de l’importance de ces événements, confrontés les uns aux autres, puis mélangés dans un amalgame explosif.

En attendant de pousser un peu plus loin le commentaire, selon l’évolution des événements, on observe sur le fait lui-même du MoU une sorte de répugnance à en accepter la réalité dans la durée. Certes, un MoU signé, mais pour combien de temps ? Beaucoup s’appuient sur ce scepticisme pour dénier son importance à l’événement, pour ne pas sembler se laisser emporter par un enthousiasme bien imprudent. Les cris de victoire des partisans de l’Iran, voire de l’Iran lui-même (avec des réserves là aussi du côté des dirigeants), ont du mal à franchir le mur du scepticisme, — non, c’est simple d’ailleurs : ils ne le franchissent pas.

Ont-ils raison ou tort, ici d’être sceptiques, là d’être enthousiastes ? C’est une question bien improbable parce que, au fond, de bien peu d’importance. S’il y a “victoire“ de l’Iran, cela constituera certes un événement important. Dans le cas contraire, nous reprendrons la “Java du Diable”. Mais non, tout cela n’importe pas, selon notre point de vue.

Ce qui importe, certes, c’est qu’aujourd’hui la narrative a effectué un virage impressionnant d’amplitude  et de force, impressionnant du passage de l’historique au métahistorique. Toutes les conditions d’attention, de représentation, de simulacre, d’intérêts latéraux et de stupidité politique, de corruptions vénales et de haines exposée à l’air libre, se sont trouvées en cet instant réunies pour cette sorte de ‘big-bang’ tant attendu. Par conséquent, quelle que soit la réalité et la force des divers simulacres qui s’affrontent, il a été acté qu’en tout état de cause les esprits américanistes et iraniens se sont accordés pour signer un document qui constitue un communiqué de victoire pour l’Iran. Une nouvelle Vérité nous est née.

Effectivement, la narrative ayant l’immense importance que l’on sait, les esprits ont admis que les USA ont été défaits dans cette occurrence. Tous les chemins du commentaire mènent, sans le vouloir ni peut-être s’en rendre compte, à la même conclusion qui tient à la psychologie “impériale” et pathologique des USA, exposée notamment dans sa plénitude métahistorique par le professeur Wolff, et exposée dans sa seule vérité tactique par Constantin von Hoffmeister (texte ci-dessous) :

« Mais si l’on veut envisager l’avenir, on tombe aussitôt sur les élections de novembre aux USA, et nul ne peut affirmer en connaître la clef, dans un pays qui appuie sa psychologie sur l’impossibilité d’être vaincue (indéfectibilité) puisque représentative du Bien sur terre, et qui pour cette raison fait sienne l’argument de Lincoln (“Nous sommes immortels ou bien nous mourrons en nous suicidant”)... »

Par conséquent,
• l’Amérique n’est plus immortelle et l’“Empire” n’exerce plus son empire sur le Bien, ou bien,
• l’“Empire” n’exerce plus son empire sur le Bien et l’Amérique n’est plus immortelle.

Quoi qu’il en soit, y compris pour le MoU Iran-USA, — la messe est dite et le reste suit... L’enterrement aura lieu dans la discrétion de la plus stricte intimité et les lamentations des espérances égarées et perdues.

dde.org

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La fin de l’unipolarité ?

La rhétorique du président Trump à l’égard de l’Iran a évolué avec une rapidité surprenante, passant d’un langage évoquant la destruction complète à celui vantant la réconciliation. À un moment, il s’exprimait en des termes laissant présager la ruine totale de la République islamique. À un autre, il dessinait une vision de paix s’étendant dans le futur, assortie de promesses de prospérité à grande échelle. Désormais, Washington et Téhéran ont l’intention de signer un mémorandum d’entente ce vendredi. De tels documents possèdent une valeur symbolique et une signification diplomatique, tout en étant dépourvus de force juridique contraignante. Cet accord particulier semble exceptionnellement concis. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré lors d’un entretien avec l’agence Mehr samedi que le texte lui-même ne dépassait pas deux pages. Le destin des nations peut parfois dépendre de documents plus courts qu’un simple article de journal.

La brièveté du texte suggère que de nombreux points clés demeurent non résolus. Les responsables évoquent des mesures urgentes à prendre immédiatement, parmi lesquelles la restauration de la libre navigation dans le détroit d’Ormuz. Pourtant, les informations disponibles laissent planer un flou persistant. Les médias iraniens présentent une version où les restrictions américaines sur les ports iraniens du golfe Persique disparaîtraient tandis que l’Iran, en coopération avec Oman, continuerait d’exercer une surveillance sur la zone et d’en tirer des revenus substantiels via des taxes maritimes. Trump, lui, semble décrire un résultat très différent. Dans des propos rapportés par le New York Times dimanche, il a affirmé que l’une des réalisations centrales de l’accord serait l’établissement d’un détroit d’Ormuz gratuit de tout péage, de façon permanente. Un accord décrit de manière incompatible par ses signataires ressemble à un texte ancien traduit en langues rivales, chaque version servant un destin différent. La diplomatie vit dans ce domaine de symboles mouvants et de silences stratégiques, où les États mènent des batailles par le langage.

Le concept de multipolarité darwinienne offre un cadre pour comprendre de tels événements. L’ordre mondial émergent ressemble à un écosystème civilisationnel dans lequel les grandes puissances s’adaptent aux circonstances changeantes, préservent leur identité propre et rivalisent pour leur influence à travers régions et continents. La fin de la domination unipolaire n’annonce pas une ère de coopération universelle. Elle marque le retour de l’histoire dans sa forme la plus ancienne : une compétition entre civilisations dotées de traditions, de valeurs et d’intérêts stratégiques différents. De même que les espèces survivent en s’adaptant à des environnements changeants, les civilisations perdurent par la résilience, l’innovation, la vitalité démographique et la cohésion culturelle. La multipolarité, en ce sens, obéit à des pressions évolutives. Les États émergent, déclinent, se transforment et se réaffirment. La paix demeure possible, mais elle naît d’un équilibre entre les puissances, et non du rêve d’un modèle universel imposé à l’humanité.

Le contenu réel de l’accord envisagé demeure largement caché au public. Araghchi a annoncé que le texte serait rendu public après la signature prévue vendredi. Même cette assurance invite à la prudence. Des rapports de l’agence Mehr évoquent ce qui serait quatorze points clefs du mémorandum. Ces points divergent fortement des déclarations du président américain et de ses proches collaborateurs. Plusieurs revendications attribuées à l’accord défient la crédibilité. Le point cinq prévoit, dit-on, un retrait américain de la région entourant l’Iran. Le point six appellerait à la levée de toutes les sanctions sans concessions réciproques. Le point sept propose un effort de reconstruction américain en Iran d’une valeur d’au moins 300 milliards de dollars. De telles dispositions constitueraient une transformation géopolitique d’ampleur historique.

L’explication la plus vraisemblable semble simple: les quatorze points représentent une proposition iranienne transmise aux négociateurs américains le 2 mai par des médiateurs pakistanais. Croire que les États-Unis ont accepté l’ensemble du package iranien, c’est confondre désir et réalité, propagande et diplomatie. Les empires avancent à travers l’histoire comme de vieilles bêtes: ils négocient, menacent, reculent et progressent, mais ils renoncent rarement à un avantage stratégique en échange de mots couchés sur de fragiles feuilles de papier. Pourtant, les récits officiels façonnent souvent la perception du public. En Iran, une partie de la population entend depuis des semaines des récits présentant le récent conflit comme une victoire sur le champ de bataille, un triomphe, la preuve du statut de superpuissance de la nation. Dans ce contexte, croire à un accord exceptionnellement favorable devient plus compréhensible. Quelques manifestations opposées au rapprochement avec les États-Unis ont également eu lieu.

La question centrale demeure : cet accord peut-il produire une paix durable ? L’histoire regorge d’exemples d’accords qui ont offert une stabilité temporaire tout en laissant intactes des rivalités plus profondes. Les grandes puissances abandonnent rarement leurs intérêts stratégiques suite à une seule signature. Elles font une pause, se repositionnent, négocient et se préparent à la phase suivante de la compétition. Dans le cadre de la multipolarité darwinienne, la paix naît de l’équilibre entre des civilisations capables de défendre leurs intérêts tout en reconnaissant la force des autres. Un tel ordre pourrait s’avérer plus durable que l’universalisme idéologique, car il reflète la pluralité du monde réel plutôt que des visions abstraites d’un destin politique unique.

Pour Trump, le calcul immédiat est peut-être plus simple. Préserver la stabilité jusqu’aux élections de mi-mandat américaines du 3 novembre serait déjà un succès politique d’envergure. Les hommes d’État poursuivent la paix pour des raisons à la fois grandioses et pratiques. Certains cherchent des règlements durables. D’autres achètent du temps. Le système international récompense souvent ceux qui savent faire la différence.

Constantin von Hoffmeister

Le terminus unipolaire

Source :  https://www.dedefensa.org/article/le-terminus-unipolaire

Les Carnets de Dimitri Orlov

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J’interromps notre programmation habituelle pour vous annoncer une bonne nouvelle : lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui s’est achevé hier, Vladimir Poutine a fait une annonce importante — aussi importante que celle qu’il avait faite lors de la Conférence sur la sécurité de Munich il y a près de deux décennies, en 2007.

Lors de cette conférence à Munich, Poutine avait essentiellement déclaré ce qui suit :

1.   Le système de sécurité internationale alors en vigueur avait fait son temps ;

2.   Le droit international était en train d’être remplacé par un recours à la force de moins en moins efficace ;

3.   Le modèle unipolaire, où toutes les décisions sont dictées par un seul pays (les États-Unis), est dangereux, injuste et voué à l’échec.

L’un des participants avait répondu par une question sarcastique : « Qui est M. Poutine ? »L’auditoire, majoritairement occidental, avait réagi par quelques rires satisfaits. En effet, qui était-il pour leur dicter des conditions, à eux, les maîtres incontestés du monde ? À leurs yeux, la Russie n’était qu’un vestige de l’URSS, démembrée avec succès, elle-même vouée à être démembrée au profit des entreprises occidentales pour enrichir leurs actionnaires. Poutine n’était qu’un simple figurant bureaucratique, là pour montrer à quel point la Russie avait été domptée et neutralisée par l’Occident tout-puissant. « De quel droit osait-il pointer du doigt l’ordre mondial tout entier ? », se disaient-ils.

Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que Poutine ne s’exprimait pas en tant qu’homme politique. Il faisait une prophétie. Il était et reste un homme d’État dont la vision aura façonné une bonne partie du XXIe siècle, tandis que les personnes présentes dans l’auditoire à Munich n’étaient que des mannequins pour banc d’essai en costumes chic, incapables de réaliser — comme les mannequins — qu’ils se dirigeaient vers un crash. Mais aujourd’hui, le crash est en train de se produire — au ralenti, pour l’instant, mais à un rythme qui s’accélère — et Poutine a souligné ses prophéties de Munich 2007, car elles se sont réalisées.

Pour faire valoir ce point, Poutine n’avait pas besoin de donner d’estimations ou d’opinions ; les faits bruts suffisaient :

•  Il n’y a plus de hiérarchie mondiale avec les États-Unis au sommet. Les BRICS représentent environ 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat ; le G7 en représente moins de 29 %. Ainsi, « le paradigme même du développement mondial est en train de changer ».

•   La croissance économique n’est plus l’apanage de l’Occident ; elle s’est déplacée vers de nouveaux pôles de développement dans le Sud, qui sont les nouveaux centres du commerce mondial.

•  Le commerce mondial n’est plus centré sur l’Occident. Les règlements s’effectuent en monnaies nationales. De nouveaux corridors de transport contournent les gardiens occidentaux.

Le 6 juin 2026, Club Orlov — Traduction de ‘Sakerfrancophone

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov

samedi 20 juin 2026

Lettre ouverte aux fétichistes du tampon officiel au Liban: l’excellence académique au milieu des cratères - Dr. Pamela Chrabieh

 

Mesdames et Messieurs les gardiens du Grand Livre des Équivalences,

Chers conservateurs en chef de la normalité bureaucratique,

J’ai tardé à écrire sur ce sujet. Peut-être parce qu’il me touche de trop près. J’ai enseigné pendant plus de dix-sept ans à l’université, au Liban, au Canada et aux Émirats. J’ai vu passer dans mes salles de classe des milliers d’étudiants, les brillants, les silencieux, les anxieux, les insolents, les géniaux qui doutaient d’eux-mêmes, les moyens qui devenaient magnifiques dès qu’on cessait de les traiter comme des moyennes, les épuisés qui travaillaient le jour et étudiaient la nuit, ceux qui arrivaient déjà cassés par un système scolaire qui les avait notés avant de les écouter.

J’ai longtemps cru que l’éducation pouvait encore être ce lieu fragile où un pays se répare un peu. Pas par slogans. Pas par cérémonies. Pas par ces affiches ridicules où l’on prononce les mots “citoyenneté” et “excellence” comme on tamponne un papier jauni. Mais par la rencontre réelle entre un esprit et le monde. Par la lente formation du jugement. Par la capacité à parler sans hurler, à douter sans s’effondrer, à comprendre avant de condamner, à agir sans attendre que l’État rédige un formulaire en trois exemplaires.

Et puis j’ai lu qu’un jeune avait été tué alors qu’il se préparait à ses examens officiels. La nouvelle disait cela presque simplement, avec cette sécheresse obscène que prennent les faits lorsqu’ils deviennent trop nombreux. Il préparait son baccalauréat libanais. Il fut massacré. Depuis le début de cette nouvelle séquence de violence en mars, tant d’enfants, d’adolescents, d’étudiants, de jeunes en âge d’apprendre, de rêver, de rater, de recommencer, ont été arrachés au monde. Je ne compte même pas ceux d’avant. Il faudrait une comptabilité de l’irréparable, et aucun ministère n’a encore inventé le tableur capable de contenir cela.

Alors la question n’est plus uniquement: faut-il maintenir ou annuler les examens officiels? La question est plus nue, plus grave, plus humiliante pour nous tous: à quoi prétendons-nous éduquer nos enfants pendant que le pays brûle?

Les éduquons-nous au dialogue, ou à la récitation de réponses préapprouvées ? À la justice, ou à l’obéissance anxieuse devant un barème ? À la paix, ou à la compétition nerveuse entre survivants ? Au civisme de fond et d’action, ou à ce civisme de papier pourri qui transforme la citoyenneté en chapitre à mémoriser ? À la communication, ou à l’art de répéter ce que l’examinateur veut entendre ? À l’esprit critique, ou à la prudence stratégique de ne jamais penser trop loin, trop fort, trop librement ?

Je vous écris depuis un territoire qui a élevé la dissonance nationale au rang de dogme métaphysique: un pays où l’on suspend le cours de la vie, mais rarement l’ordonnancement des examens; où l’on déplace les familles à coups de sommations balistiques, sans toujours oser déplacer la lourdeur sacrée des calendriers; où l’on continue de disserter, avec une gravité doctorale, sur les coefficients, les convocations et les centres d’examen pendant que les horizons se consument en direct.

Il y a dans notre attachement au rituel administratif quelque chose qui relève d’une piété presque effrayante. Le ciel peut se saturer de vrombissements mortifères, les salles de classe se muer en dortoirs de fortune, l’État s’emmurer dans ses silences coutumiers; quelque part, dans le confort d’une phrase officielle, une formule survit à l’apocalypse: “Il faut sauver le prestige du diplôme.” Admirable obstination… Terrible malentendu…

Le Brevet libanais a fini par être annulé cette année, remplacé par des évaluations scolaires internes. On a donc découvert, avec un étonnement dont la chronique se souviendra, qu’un adolescent pouvait passer au cycle supérieur sans être préalablement soumis à la grande liturgie de l’angoisse nationale. Le soleil s’est levé, la Méditerranée n’a pas déserté son bassin, et les chancelleries étrangères n’ont pas décrété de deuil diplomatique pour pleurer la suspension d’une épreuve qui, depuis longtemps, mesure moins la vivacité de l’esprit que l’aptitude au bachotage intensif.

C’est peut-être l’occasion rêvée de poser la question qui fâche: pourquoi ce monument d’inutilité pédagogique survit-il encore? Le Brevet n’est pas seulement un outil de validation. Il est devenu un tamis social qui se drape dans une neutralité de façade. Le papier est anonyme, le barème impersonnel, le tampon innocent. Mais la vie autour ne l’est pas. Elle arrive avec ses inégalités, ses loyers, ses coupures d’électricité, ses écoles à deux vitesses, ses cours particuliers, ses parents épuisés, ses chambres partagées, ses langues d’enseignement, ses déplacements et ses peurs. L’examen prétend commencer à huit heures du matin; en réalité, il a commencé des années plus tôt, dans des conditions que personne ne mettra jamais sur la convocation.

On appelle pourtant “égalité des chances” le fait de distribuer la même feuille blanche à des enfants dont les mois précédents n’ont absolument rien de commun. C’est une définition très commode de la justice: elle évite de regarder ce qui précède la feuille. L’égalité authentique demanderait d’admettre qu’un cerveau en état d’alerte n’est pas un disque dur paresseux qu’il suffit de redémarrer par injonction ministérielle. La peur  (et le deuil) n’est pas une distraction passagère; c’est une occupation du corps. Elle confisque la mémoire de travail, attaque la concentration, réduit l’attention à la survie immédiate. Notre génie national consiste à fabriquer le chaos, puis à noter les enfants sur leur aptitude à simuler la normalité.

Quant au Baccalauréat libanais, que l’on défend comme s’il s’agissait des manuscrits de la mer Morte, sa mystique s’effondre dès lors qu’il devient un test d’endurance déguisé en évaluation. Un examen n’est juste que si ses conditions minimales le sont aussi: sommeil, sécurité, continuité pédagogique, accès aux écoles, routes praticables, professeurs présents, familles qui ne vivent pas dans l’urgence permanente. Sans cela, la copie ne mesure plus seulement l’apprentissage, mais elle mesure la capacité d’un adolescent à rester fonctionnel au milieu du désastre.

Et puisqu’il est question de “niveau”, parlons-en sérieusement. Nous sommes à l’ère de l’intelligence artificielle, des drones, des guerres en direct, des vérités manipulées en temps réel, des images qui mentent, des discours qui radicalisent, des algorithmes qui enferment, des massacres qui circulent sur écran avant même d’être nommés. Et au milieu de cela, nous continuons à organiser un tumulte national autour d’épreuves qui testent trop souvent la mémorisation superficielle, la docilité méthodologique et la capacité à deviner ce qui “tombera”.

À quoi bon exiger d’un élève qu’il récite un savoir fossilisé s’il ne sait pas distinguer une information d’une propagande ? À quoi bon lui faire apprendre une définition du civisme s’il ne sait pas agir en citoyen lorsque la dignité humaine est piétinée ? À quoi bon lui faire commenter des textes s’il ne sait pas écouter une douleur sans la transformer en camp ? À quoi bon lui parler de paix dans un manuel si l’école elle-même lui apprend que survivre au système compte plus que comprendre le monde ?

Le problème du Brevet et du Baccalauréat ne commence pas avec cette guerre. La guerre ne fait que rendre obscène ce qui était déjà pédagogiquement fragile. Le curriculum libanais, hérité de la réforme de 1997 et pieusement rafistolé depuis, aurait dû être révisé en profondeur depuis belle lurette. Il continue trop souvent d’organiser la restitution mécanique d’un savoir figé, pendant que le monde exige pensée critique, autonomie intellectuelle, résolution de problèmes, culture numérique, créativité, capacité d’analyse et intelligence collective.

L’examen officiel a fini par devenir le centre de gravité de l’école. Les établissements enseignent ce qui tombe. Les élèves apprennent ce qui rapporte. Les familles investissent dans ce qui sauve la moyenne. Les enseignants se retrouvent, eux aussi, prisonniers d’un système qui transforme la pédagogie en stratégie de survie. Peu à peu, le curriculum réel n’est plus celui des textes, mais c’est la rumeur annuelle de l’examen, faite de chapitres probables, de sujets attendus, de corrections anticipées et de cette phrase assassine: “Ne perds pas ton temps, ça ne tombe jamais.”

Mais précisément: ce qui ne tombe jamais à l’examen est peut-être ce qui tient encore un pays debout. La nuance ne tombe presque jamais. La compassion ne tombe presque jamais. La capacité à dialoguer avec celui qui ne pense pas comme soi ne tombe presque jamais. La justice vécue, pas récitée, ne tombe presque jamais. La paix comme pratique quotidienne, pas comme décoration de discours, ne tombe presque jamais. Le courage de dire non à l’absurde ne tombe presque jamais. La lucidité face à la violence ne tombe presque jamais. Et pourtant, c’est cela qu’il faudrait enseigner avant tout, surtout maintenant.

L’école doit être un refuge, non un tribunal d’exception. Préserver l’éducation ne signifie pas pérenniser le cérémonial d’un système obsolète. Cela signifie protéger le lien avec l’avenir. Cela peut vouloir dire alléger, différer, reconnaître, accompagner, accorder des équivalences encadrées, organiser des sessions volontaires, créer des mécanismes de recours, tenir compte des parcours réels, cesser enfin de traiter les adolescents comme les petits soldats du prestige étatique.

Un diplôme n’est pas grand parce qu’il terrifie. Il est grand lorsqu’il certifie quelque chose de vrai. Or la vérité, aujourd’hui, est d’une vulgarité limpide: on ne peut pas demander à une génération de traverser les ruines en chantant, puis s’étonner qu’elle arrive devant les pupitres avec de la poussière dans la mémoire.

Le Brevet mérite une retraite anticipée, avec peut-être une cérémonie sobre et une plaque commémorative: “A beaucoup stressé, peu prouvé.” Le Baccalauréat, lui, mérite mieux que le culte défensif dont il fait l’objet. Il doit être sauvé de ses sauveurs : repensé, allégé, modernisé, rendu plus juste, plus humain, plus intelligent. Non pas aboli par lassitude, ni maintenu par superstition, mais reconstruit autour d’une idée simple: évaluer un élève ne devrait jamais signifier l’arracher à sa réalité pour vérifier s’il sait encore jouer à la normalité.

Nous devons cesser de confondre éducation et certification, rigueur et rigidité, diplôme et salut national. Nous devons cesser de fabriquer des générations capables de remplir des copies, mais incapables de lire leur époque. Dans un pays qui brûle, l’école ne peut pas se contenter d’apprendre aux enfants à répondre “correctement”. Elle doit leur apprendre à rester humains quand tout conspire à les désensibiliser.

Avec tout le respect que l’on doit aux capitaines qui s’obstinent à tenir l’inventaire des chaises longues, pendant que les passagers demandent seulement qu’on laisse les enfants rejoindre la rive…

*Image: “Le Tampon” (une de mes oeuvres hybrides, sketch sur papier et Procreate, 2026).

Le complot de 250 ans pour détruire la Russie | Alexander Mercouris


 Alexander Mercouris de The Duran aborde la russophobie comme une histoire politique et culturelle de longue date. Mercouris explique comment des images anti-russes ont été construites en Grande-Bretagne et en France, comment la peur et la haine se mêlent, et pourquoi l’Occident continue de répéter des stéréotypes faibles et malveillants à propos de la Russie. Il parle également de Gorbatchev, de l’OTAN, de l’agence russe, et de la manière dont la culture, les voyages et le débat ouvert pourraient aider à briser ces idées fausses. Liens : The Duran :    / @theduran   Alexander Mercouris :    / @alexmercouris   Alex Christoforou :    / @alexchristoforou   Neutrality Studies substack : https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.com/s/a...) Produits dérivés : https://neutralitystudies.com/shop Don : https://neutralitystudies.com/donate Horodatages : 00:00:00 Introduction et origines de la russophobie 00:07:09 La politique derrière le récit 00:13:40 La Russie, faible mais dangereuse 00:18:20 La Russie, la culture et le « bon Russe » 00:24:49 Gorbatchev, la réforme et les préjugés occidentaux 00:33:16 L’OTAN, le pouvoir et pourquoi la Russie a été exclue 00:38:07 Ce que la Russie peut faire pour riposter 00:45:17 Exemples de cinéma, de musique et de culture Original Video:    • The Secret Plot to Destroy Russia | Alexan...   Original Transcript: https://www.video-translations.org/tr... Translated Transcript: https://www.video-translations.org/tr... Produced by: Neutrality Studies Originally Published on: 2026-06-19 Translations by: www.video-translations.org Disclaimer: Read by A.I. Voices. Auto-translated. This video is owned by this channel.

vendredi 19 juin 2026

L’accord est toujours presque parfait (dommage pour les funérailles) - Dr Pamela Chrabieh

 Source : 

https://pamelachrabiehblog.com/2026/06/20/laccord-est-toujours-presque-parfait-dommage-pour-les-funerailles/?fbclid=IwY2xjawSjEG5leHRuA2FlbQIxMABicmlkETBGYkRtQnVoSHRFNDAybVJPc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHrFHGYIssi6uJbMQmIRPPv4nAoXSEJqYJgph9GxwF3FINOYoh-iaQNppUleF_aem_7LFItUrcksigYlo12Uzhcg

Vous arrive-t-il d’éprouver une saine hébétude face au vaudeville macabre qui se joue dans notre angle mort du monde? Moi, oui. Et si votre écran vous donne l’impression d’avoir sombré dans une schizophrénie aiguë, si vous y lisez l’imminence d’une trêve historique à la seconde exacte où une déflagration fait trembler vos vitres, si vous voyez cohabiter dans le même défilement numérique les mentions “atmosphère constructive”, “sources hautement optimistes” et “pluie de missiles lancés”, alors respirez mal, rassurez-vous, vous êtes parfaitement sain d’esprit au sein d’un asile à ciel ouvert.

Nous habitons l’antichambre d’un paradoxe permanent où la paix se conjugue au futur hypothétique tandis que le carnage s’exécute au présent de l’indicatif, sous l’œil de diplomates occupés à distribuer de gracieux participes présents pendant que nos localités reçoivent la ponctuation explosive qui scelle les accords. On nous somme d’ingurgiter des déclarations impeccablement amidonnées, sorties tout droit de chancelleries climatisées où l’on s’imagine qu’une syntaxe bien équilibrée possède la vertu thérapeutique de ralentir la chute d’un projectile ou de convaincre un artilleur de respecter l’horaire officiel de la désescalade.

Le cessez-le-feu, dans nos latitudes, n’a plus la décence d’arriver comme un silence. Il surgit sous la forme d’une alerte sur un écran. Il se fraie un chemin entre deux hoquets du générateur de quartier, entre une vidéo tremblante et un protocole rédigé dans cette langue internationale admirablement purifiée pour ne jamais tacher les mains de celui qui la parle. On nous annonce que “les parties ont rapproché leurs positions”, puis l’affichage se rafraîchit, docile comme un majordome de palace, pour nous informer que la journée d’hier a vu s’accomplir, à elle seule, plus d’une cinquantaine de massacres. Des maisonnées entières raturées de la surface de la terre, des lignées balayées entre deux paragraphes. C’est sur ce tapis de cendres encore chaudes que l’on apprend que le pilonnage s’intensifie, tandis que s’affiche la triste nouvelle du décès de Mona Khalil, la mère des tortues de Tyr/Sour. La gardienne du vivant sur les plages du sud du Liban a fini par céder sous le poids de la barbarie *isr, laissant la mer un peu plus orpheline. L’expression “entrée en vigueur” prend alors une saveur proprement dadaïste: quelque chose entre en vigueur, à n’en pas douter, mais c’est la mort qui enregistre ses victoires, pas le repos des vivants.

La modernité a un génie singulier, celui de transformer l’épouvante en une interface utilisateur tout à fait fluide. La mort dispose de son propre service de relations publiques, avec son rythme de parution, ses bandeaux écarlates, ses guillemets de prudence et ses experts en visioconférence dont les analyses s’annulent avec la grâce d’un ascenseur bloqué entre deux étages de la géopolitique. À force de scruter ce spectacle, on ne sait plus si l’on assiste à l’effondrement d’un pays ou à une campagne de teasing particulièrement sadique.

Et il reste cette discipline névrotique que nous avons développée malgré nous. Nous accueillons une lueur d’espoir comme on manipule un verre Duralex fêlé. Nous nous gardons bien de la porter immédiatement à la bouche. Nous attendons l’inévitable clause restrictive, la frappe “chirurgicale” de minuit, le démenti de la dernière chance ou le porte-parole militaire qui viendra expliquer que la destruction du jour reste parfaitement compatible avec l’esprit de l’accord, cet esprit décidément très souple, capable de planer au-dessus des cratères sans jamais perdre son pli de pantalon.

Vu de l’étranger, ce chaos doit sans doute passer pour une anomalie technique. “Une région complexe”, comme disent les esprits fatigués lorsqu’ils veulent ranger la faillite morale de l’époque dans un tiroir élégant. Trop d’acteurs, trop de sigles, trop d’histoires; au bout du compte, cette prétendue complexité fait office de moustiquaire parfaite contre l’empathie, fine, transparente, mais assez dense pour empêcher la souffrance d’atteindre la peau des spectateurs.

Ici, pourtant, cette complexité possède une odeur bien concrète. Elle sent la poussière de béton tiède, le matelas traîné à la hâte dans le couloir de l’appartement, le moteur du salon qui s’essouffle, la valise bouclée trop tôt puis rouverte trop tard. Elle a la voix de ces proches qui s’appellent au milieu de la nuit sans oser poser de véritable question, car demander “ça va?” sous un déluge de feu relève soit d’une immense tendresse, soit d’un humour de potence. Généralement les deux.

On finit par bricoler sa vie dans une grammaire profondément mutilée. Le futur ne garantit rien, le présent n’explique rien, et le passé revient sans cesse avec ses vieux vêtements et son assurance de propriétaire légitime. Les mêmes scènes de panique se réinstallent à chaque décennie, à peine modernisées: autrefois, on se pressait autour d’un poste de radio transistor; aujourd’hui, on alterne frénétiquement entre les réseaux sociaux, les boucles WhatsApp et les diffusions en direct depuis les balcons, pendant que les communiqués officiels prétendent ordonner une réalité qui s’est déjà volatilisée sans eux.

Et au-dessus de cette confusion, le terme “cessez-le-feu” continue de circuler, présentable, poli, invité de marque de toutes les tables rondes, alors que sur le terrain il a l’allure dérisoire d’un panneau “sol glissant” planté au beau milieu d’un naufrage.

La cruauté de cette mécanique réside dans sa méticuleuse régularité. Elle ne nous octroie jamais assez de répit pour cicatriser, ni assez de clarté pour analyser. Elle nous maintient en suspension dans un cycle d’espoirs avortés et de terreurs réajustées, comme si le système nerveux du pays était devenu un instrument sur lequel chaque puissance vient gratter sa partition. Une dépêche optimiste dessine un début de sourire; une explosion nous l’arrache. Un médiateur feint la confiance; une ambulance hurle dans la rue. Une capitale occidentale “salue les avancées majeures” tandis qu’un village enterre ses enfants. Tout se déroule, paraît-il, selon l’agenda de la diplomatie.

Il faut saluer, avec toute la rancœur nécessaire, l’élégance de l’exercice: proclamer la fin des hostilités assez fort pour rassurer les marchés financiers, les rédactions et les consciences pressées, tout en préservant sur place assez d’ambiguïté pour que la violence poursuive son labeur sous une autre appellation. La guerre, lorsqu’elle adopte les codes de la vie de bureau, devient tout à fait fréquentable. Elle ne massacre pas moins, elle produit simplement de meilleurs rapports d’activité.

Je ne sais quel degré de machiavélisme il convient d’attribuer à cette chorégraphie d’annonces et de cadavres, et je me méfie des explications trop nettes qui confèrent à l’horreur la cohérence luxueuse d’un plan parfait. Les appareils politiques avancent rarement avec la clarté d’un complot, mais ils progressent plutôt comme des camions sans freins sur une route de montagne, chaque conducteur profitant de la pente en jurant qu’il contrôle la trajectoire. Le résultat, lui, se passe de commentaires: les existences s’effacent dans le fracas des versions concurrentes.

Le nom d’un disparu tient quelques secondes à l’antenne avant d’être enseveli sous la prochaine mise à jour du fil d’actualité. Une lignée s’éteint dans les marges d’une négociation secrète. Une maison pulvérisée devient un “incident répertorié après la signature de la trêve”, formule tellement propre qu’elle devrait être interdite à quiconque ne la prononce pas à voix haute au-dessus des décombres fumants.

C’est cela qui achève les esprits. La violence nue, certes, mais aussi cette politesse de salon qui l’enveloppe, cette manie obscène de nous servir le désastre avec des couverts en argent, cette insistance à qualifier de “fragile” ce qui est déjà en miettes, de “relatif” ce qui est intolérable, et de “localisé” ce qui occupe la totalité de l’horizon de ceux qui se trouvent dessous. Un “calme relatif”, au Liban, signifie simplement que la mort a eu la courtoisie de choisir le village d’à côté pour sa tournée du soir.

Oui, la confusion est totale. Elle n’a rien d’une défaillance de l’intellect, elle est la seule réaction saine d’une conscience placée devant une scène profondément malade. On nous jure que les armes se taisent alors que le ciel continue de nous tomber sur la tête, puis on s’étonne que nous ne sachions plus dans quelle phrase installer notre quotidien.

À force d’usure, le pays est devenu maître dans l’art de ne croire qu’à moitié, de se réjouir à voix basse, d’anticiper le pire sans lui donner de nom, et de rire au mauvais moment parce que le bon moment a été bombardé depuis bien longtemps. Notre humour noir n’est pas une coquetterie de façade, mais c’est le dernier meuble encore intact dans une pièce où tout le reste a été fracassé par l’histoire.

Le scandale n’a pourtant rien de mystérieux. Il est là, brut, d’une vulgarité sans nom: un mot destiné à suspendre la mort peut être prononcé à la télévision pendant que la faucheuse poursuit tranquillement ses heures supplémentaires. Et nous (certains, pas tous), entre deux alertes, nous apprenons à reconnaître cette voix singulière du monde lorsqu’il se donne le beau rôle: une voix grave, préoccupée, infiniment éprise de paix, et toujours légèrement en retard sur les funérailles.

  • Dessin: “Schizophrénie”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.