samedi 11 juillet 2026

Anatomie de la multipolarité

 Source : https://www.dedefensa.org/article/anatomie-de-la-multipolarite


• Dans une analyse longue et précise, sans aucune tentation d’abstraction et conception intellectuelle théorique, voici une  description anatomique d’un phénomène en formation d’ores et déjà adapté à notre situation. L’ennemi juré du Système,— l'ennemi du Mal.

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 On ne s’attardera pas à un long commentaire d’un texte nourri et précis qui nous offre son propre cométaire de lui-même. Il montre combien la multipolarité telle qu’appréhendée est évidemment une norme globale faite pour extraire le monde des griffes du Système, — en un autre mot, pour l’extraire du Mal. On ne peutavoir qu’une seule attitude àb cert égard à moins de faire partie de la cohorte des pervers-narcissisquesetdeszombies ddu bonheur de la soumission.

Cette thèse est celle de Douguine et présentée comme telle. Mais elle est en vérité beaucoup plus large et universelle et n’a fait que trouver en Douguine un esprit remarquable qui l’a parfaitement définie et s’en fait l’inlassable promoteur.

Le texte est de Martin Kovac (source originele : https://www.facebook.com/martin.kovac.3511) et le titre est le suivant :

« La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe  »
« Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale? »

Pour nous, la question posée en sous-titre qui concerne la recherche de la multipolarité contre (interprétation-Système) la multipolarité comme dissimulation d’une “nouvelle stratégie impériale ?” n’a aucune raison d’être. Elle est vieillie, scabreuse, corrompue, vicieuse, malsaine, — enfin, comme le dit la tournure d’esprit, elle est perverse. Elle ne fait pas partie d’un débat raisonnable.

dde.org

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Un changement de paradigme

Pour comprendre le conflit géopolitique mondial actuel et le rôle du concept de multipolarité, il est nécessaire de soumettre les récits occidentaux dominants à une analyse critique. Les sciences politiques euro-atlantiques partent souvent du principe que toute grande puissance émergente aspire à l’hégémonie et à l’assimilation complète de ses voisins. Les appels russes à la multipolarité sont donc souvent interprétés par les analystes occidentaux comme un simple écran de fumée masquant une expansion impériale traditionnelle et une quête de domination régionale au détriment des petits États.

Cependant, les racines philosophiques et métapolitiques de ce concept suggèrent une autre interprétation, dans laquelle le point de vue occidental apparaît comme la projection analytique de ses propres schémas de pouvoir. De ce point de vue, le processus de mondialisation mené par le centre euro-atlantique est perçu comme une tentative d’homogénéisation absolue de l’environnement international, d’effacement des frontières et d’unification des cultures et systèmes politiques divers sous la bannière d’une idéologie universelle unique. Pour ce modèle de mondialisation, l’existence de toute identité indépendante et distincte est un obstacle à éliminer, que ce soit par l’exportation d’institutions, la pression économique ou le soutien à des acteurs non étatiques de la société civile.

La théorie de la multipolarité trace une frontière stricte face à cet universalisme. Un modèle alternatif d’ordre « continental » des relations internationales ne peut, par nature, être fondé sur l’absorption et l’unification. Au contraire, il vise à établir un système structuré qui servirait d’architecture de sécurité pour freiner l’homogénéisation globale. Pour que ce système multipolaire soit fonctionnel et puisse résister aux pressions assimilationnistes de l’universalisme libéral, il doit reposer sur la coexistence de centres de pouvoir distincts, stables et culturellement indépendants (des pôles).

Selon cette logique, une grande puissance qui construit un ordre multipolaire ne cherche pas à détruire les États souverains, à condition que ces États constituent des unités politiques cohérentes et fonctionnelles. Au contraire, il est dans son intérêt stratégique de protéger de tels acteurs indépendants (même s’ils sont de petite taille) et de coopérer avec eux. 

L’existence de centres de pouvoir diversifiés légitime empiriquement le système multipolaire lui-même et démontre que le projet de mondialisation unipolaire peut être stoppé. Alors que le modèle occidental vise l’intégration dans un cadre mondial unifié, la vision multipolaire privilégie un système de relations internationales basé sur une démarcation claire et le respect des différences civilisationnelles. Le texte qui suit examinera donc l’hypothèse selon laquelle la multipolarité pourrait, paradoxalement, représenter une authentique garantie de survie politique pour les petits États dotés d’une forte identité culturelle.

Fondements théoriques d’un modèle alternatif de grande puissance 

Pour comprendre pourquoi le concept multipolaire peut offrir une garantie de sécurité aux petits États-nations, il est essentiel de distinguer, sur le plan théorique, l’approche hégémonique occidentale du concept de grande puissance eurasienne traditionnelle. Il s’agit de deux modèles structurellement distincts d’organisation de l’arène internationale.

Définition d’une grande puissance traditionnelle 

L’influence euro-atlantique est souvent définie, dans les textes métapolitiques étudiés, comme assimilatrice et prédatrice. En étendant ses institutions, elle transforme économiquement et idéologiquement les territoires subordonnés, conditionnant la coopération à l’adoption de ses propres normes sociales, de sa conception des droits humains et du marché global. Ce système n’insiste pas sur la souveraineté des frontières, mais vise plutôt à créer un espace mondial unifié où les identités locales s’effacent progressivement au profit d’une culture politique et économique homogène.

En revanche, le modèle conservateur du pouvoir (rappelant historiquement les arrangements impériaux euro-asiatiques) ne requiert pas, en théorie, l’assimilation interne des acteurs subordonnés ou alliés. Il fonctionne avant tout comme un parapluie géopolitique et militaire, garantissant sécurité et stabilité externes. Au sein de cette sphère d’influence, la grande puissance tolère et préserve les particularités politiques et culturelles locales des États individuels. Elle n’exige pas d’uniformité normative ni le même régime politique interne ; elle demande seulement une loyauté stratégique envers une architecture de sécurité commune qui empêche l’expansion des influences externes (occidentales). Alors que le modèle libéral vise des valeurs universelles, ce modèle est fondé sur la préservation pragmatique de la diversité.

La multipolarité comme rejet de l’universalisme

Ce cadre théorique donne naissance à un impératif logique fondamental : si la Russie, en tant que principal initiateur d’un ordre multipolaire, tentait d’exporter un modèle purement « russe » et d’assimiler de force les nations voisines, elle commettrait une erreur stratégique et une contradiction systémique. En cherchant à imposer un universalisme local, elle se transformerait en ce même type d’hégémon unipolaire contre lequel elle se définit d’abord. Elle deviendrait, de fait, un acteur occidental sur la scène orientale.

Du point de vue de cette doctrine, donc, toute potentielle expansion de puissance ou politique assertive dans le voisinage ne poursuit pas un but assimilationniste. Elle est plutôt interprétée comme une nécessité sécuritaire et un effort géopolitique pour écarter l’influence des institutions occidentales de son voisinage immédiat. L’espace libéré par le retrait de l’influence occidentale ne doit pas être mécaniquement russifié, mais doit servir de zone stable pour la formation de systèmes locaux souverains et culturellement indépendants. Une superpuissance prônant la multipolarité a donc, de manière systémique et structurelle, besoin de voir émerger hors de ses frontières des États indépendants et enracinés culturellement (des pôles). Chaque État souverain qui parvient à résister à l’intégration occidentale représente un succès stratégique pour ce modèle, car il démontre la fonctionnalité et la raison d’être d’une opposition internationale partagée à l’unipolarité.

L’immunité d’un acteur pleinement constitué (Pourquoi les petits États peuvent être en sécurité dans un ordre multipolaire)

Le récit euro-atlantique et la science politique dominante insistent souvent sur la menace qu’une puissance prônant la multipolarité (dans le contexte géopolitique actuel, principalement la Fédération de Russie) chercherait nécessairement à absorber ses petits voisins. Or, du point de vue de la doctrine de la multipolarité étudiée ici, cette inquiétude n’est justifiée que dans le cas d’États qui manquent de cohésion interne et de résilience. Si un petit État-nation possède une forte identité politique et une cohésion stratégique, la dynamique des rapports de force change fondamentalement.

La cohésion institutionnelle comme bouclier stratégique

Pour les besoins de cette analyse, il est essentiel de définir précisément ce qui constitue un « pôle pleinement constitué » dans le cadre multipolaire. Il ne s’agit pas simplement de l’existence formelle d’un appareil d’État, de symboles nationaux ou de frontières administratives. C’est une entité dotée d’une identité culturelle profondément enracinée, soutenue par une tradition historique clairement définie, des fondations de valeurs solides et un consensus sociétal qui rejette a priori toute assimilation par des influences unificatrices extérieures.

Les sources en science politique et en philosophie qui analysent cette question soulignent que l’universalisme libéral parvient à assimiler d’autres États principalement en affaiblissant leurs récits historiques traditionnels et en les remplaçant par une norme globale. À l’inverse, un État doté d’un haut degré de résilience interne aux valeurs résiste naturellement à cette assimilation. Si un État souverain possède une forte légitimité interne et une réelle gravité politique, une puissance continentale ne peut l’absorber par la force sans s’exposer à des coûts stratégiques disproportionnés et à une contradiction avec sa propre doctrine géopolitique. 

D’un point de vue pragmatique, le seul choix rationnel pour une grande puissance est donc de respecter cette souveraineté et de forger une alliance stable et mutuellement bénéfique.

Les petits acteurs comme élément essentiel de l’architecture multipolaire

Une question logique se pose quant à la manière dont le centre même de l’influence eurasienne perçoit ces petits États souverains, culturellement résilients et politiquement cohérents. Les concepts théoriques étudiés suggèrent qu’ils ne sont ni considérés comme une menace, ni comme un objectif de puissance non résolu à éliminer. Au contraire, un acteur pleinement souverain est traité avec respect et son existence est accueillie favorablement.

Dans une perspective multipolaire, un tel État-nation représente un partenaire inestimable dans l’opposition défensive à l’homogénéisation globale. Ces États fonctionnent comme des bastions stratégiques et des facteurs de stabilité dans des régions où les influences assimilationnistes de l’universalisme occidental sont contrées. Du point de vue des relations internationales, la promotion d’un ordre multipolaire requiert même directement que de tels centres de pouvoir indépendants et robustes existent réellement au sein du système international.

Leur simple existence constitue en réalité la preuve la plus tangible et la plus concrète de la viabilité et de la validité de tout le concept théorique de la multipolarité. Si l’hégémon continental absorbait tous les petits États voisins par la force, il donnerait raison à ses critiques occidentaux et perdrait sa légitimité mondiale. À l’inverse, la préservation d’États indépendants et culturellement sûrs d’eux envoie un signal clair à la communauté internationale: l’ordre multipolaire n’est pas un instrument d’assimilation (le fameux «mixeur»), mais une structure coopérative qui respecte la diversité. Un acteur pleinement souverain est ainsi un atout géopolitique très précieux pour la puissance eurasienne, dont la destruction signifierait l’effondrement même du fondement théorique et moral de l’ordre international proposé.

Le phénomène des « coquilles vides »

Du point de vue de la science politique euro-atlantique et de la critique libérale, une question légitime revient souvent: si la superpuissance eurasienne conservatrice est, en théorie, garante de l’ordre multipolaire et protectrice de la diversité, pourquoi constate-t-on dans la réalité géopolitique des absorptions de pouvoir ou des destructions militaires de petits États voisins? Pour répondre à cette question, il faut comprendre que la doctrine multipolaire protège et garantit théoriquement uniquement la sécurité des «pôles» de pouvoir véritablement souverains. Elle ne garantit pas la sécurité de territoires géographiques ou d’unités administratives formelles privées de cohésion interne et de vitalité politique.

Perte de cohésion interne et apparition d’un vide géopolitique

Dans cette perspective théorique, l’État-nation se définit non seulement par son territoire et son appareil institutionnel, mais avant tout par sa substance culturelle, historique et axiologique. Si les élites politiques d’un petit État abandonnent leur propre tradition historique et adoptent sans discernement l’agenda universaliste du centre mondial (incluant la sécularisation, la domination des organisations non étatiques et l’érosion de l’identité nationale traditionnelle), ce sont les fondements mêmes de l’État qui sont déconstruits. Dans la terminologie des relations internationales, l’État perd sa « gravité » géopolitique et sa légitimité interne.

Du point de vue de la théorie multipolaire, un tel État cesse de fonctionner comme un acteur de puissance indépendant ou comme un pôle. Il se transforme alors en une coquille institutionnelle vide, générant ainsi un dangereux vide de pouvoir sur la scène internationale.

Le mécanisme de l’assimilation et de la transformation sur un territoire proxy

Au moment où un État perd sa cohésion stratégique et axiologique pour devenir une coquille vide, la porte s’ouvre à une pénétration rapide par les structures euro-atlantiques. Cette assimilation par le centre global s’effectue souvent par des moyens non militaires – par le contrôle de la sphère informationnelle, l’influence sur la représentation politique et l’implication des entreprises transnationales et des mécanismes technologiques.

Un acteur autrefois souverain devient alors une cible proxy (un « territoire proxy ») et une base avancée du libéralisme global. Pour une superpuissance eurasienne voisine, un tel territoire cesse de représenter une entité nationale indépendante ; il devient un tremplin pleinement colonisé à partir duquel les intérêts de puissance d’un hégémon étranger sont projetés directement contre l’architecture sécuritaire du bloc multipolaire.

Intervention préventive et sécurisation de la périphérie

Ce processus modifie fondamentalement la façon dont une grande puissance considère la possibilité d’une intervention militaire sur le territoire de son voisin. Si une intervention a lieu et que la souveraineté de cet acteur est anéantie, la théorie multipolaire n’interprète pas cela comme une agression non provoquée contre une nation distincte et souveraine. Cette intervention ne détruit pas un pôle indépendant, puisque celui-ci avait déjà cessé d’exister, ayant été assimilé de l’intérieur par la pénétration des valeurs occidentales portées par le centre occidental.

Dans ce contexte, l’action géopolitique ou militaire d’une grande puissance est comprise comme une mesure radicale de sécurité (ou, le cas échéant, préventive ou « sanitaire »). Il s’agit d’une tentative d’éliminer une influence assimilatrice extérieure qui, via un acteur proxy affaibli, s’est dangereusement approchée des intérêts vitaux du centre conservateur. 

Selon cette logique analytique, la perte de souveraineté et l’absorption par une puissance hégémonique menacent donc principalement les États qui renoncent volontairement à leur indépendance, se dépouillent de leur substance identitaire et laissent leur propre territoire se transformer en instrument de projection de la puissance étrangère.

La région d’Europe centrale en tant qu’acteur souverain (Cas de la République tchèque)

Arrêter l’érosion interne de la souveraineté et restaurer un centre indépendant

Le discours médiatique et politique euro-atlantique présente souvent les petits États, tels que la République tchèque, face à une équation de puissance fatale: l’insuffisance de leur taille géopolitique rendrait impossible leur pleine autonomie et imposerait l’intégration inconditionnelle aux structures occidentales; sinon, ils courraient un risque imminent d’absorption par un impérialisme oriental. Or, du point de vue de la théorie de la multipolarité analysée, ce récit dominant apparaît comme fondamentalement trompeur et paralysant pour la réflexion en politique étrangère. De plus, il s’agit, dans ses conséquences, d’une thèse qui conduit directement les petites nations et les États à l’auto-destruction politique et à la perte de leur véritable souveraineté.

Intégration asymétrique et assimilation invisible

Alors que la science politique occidentale met constamment en avant la menace d’une hypothétique absorption extérieure de l’Est, elle ignore souvent complètement le processus structurel d’érosion de la souveraineté qui se déroule déjà de l’intérieur. 

Le centre libéral global (historiquement qualifié de puissance maritime) ne s’appuie pas sur la force militaire pour son expansion principale, mais sur l’influence sophistiquée des entreprises transnationales, des ONG, des plateformes technologiques et des pressions normatives et uniformisatrices. L’objectif spécifique de ce modèle est de transformer l’État-nation et ses institutions sociales traditionnelles en simples entités administratives ou associatives soumises à des standards globaux. Une fois ce processus d’assimilation achevé, l’État-nation cesse d’exister en tant qu’entité politique indépendante, ne laissant derrière lui qu’un territoire proxy vidé de sa substance, servant de périphérie au bloc occidental.

Restaurer l’autonomie stratégique et le réalisme politique

Le point de départ théorique logique et la seule garantie rationnelle contre cette assimilation progressive – et, en même temps, la protection contre une absorption militaire potentielle venue de l’Est – est la constitution de l’État en tant qu’acteur de puissance incontestable et doté de cohésion interne. La localisation géographique de l’Europe centrale lui confère un certain potentiel défensif naturel. 

Ce potentiel doit toutefois être renforcé par le rétablissement d’une forte continuité historique, d’une identité partagée et d’un réalisme politique souverain, enraciné dans les propres traditions historiques du pays. Les représentants de l’État doivent proclamer clairement que leur territoire n’est pas un espace malléable et uniformisable, mais une entité dotée d’une légitimité historique inaliénable et d’intérêts clairement définis.

Au moment où un tel État rejette l’agenda de dissolution internationale inconditionnelle et se définit comme un acteur cohésif et fonctionnel, fondé sur des valeurs étatiques traditionnelles, il modifie radicalement son statut géopolitique. Il cesse d’être une « coquille vide » ou un simple avant-poste des intérêts étrangers. 

Du point de vue d’une grande puissance eurasienne, un tel État d’Europe centrale se transforme en l’acteur indépendant et respecté évoqué dans le second chapitre. 

Pour cette raison, une politique conservatrice multipolaire n’a aucune raison objective ou rationnelle d’assimiler ou d’éliminer un tel État. Au contraire, l’existence d’un tel acteur fournit au centre de puissance eurasien la preuve empirique de la validité de la doctrine multipolaire elle-même et confirme que la défense contre les efforts d’assimilation de l’unipolarité globale est possible. L’État devient ainsi un partenaire sécuritaire respecté au sein du système international, remplissant un rôle stabilisateur irremplaçable.

Conclusion : L’ordre international multipolaire comme garantie de survie

Le conflit géopolitique fondamental de notre époque a atteint une phase critique, à partir de laquelle il est possible de dégager une synthèse analytique claire des arguments présentés. 

L’universalisme occidental cherche à imposer au système international une forme d’unité globale fortement homogénéisée. Son ambition ultime est l’unification d’entités civilisationnelles, de nations et de traditions diverses au sein d’une structure contrôlée à l’échelle mondiale, gouvernée par des algorithmes normatifs et technologiques centralisés. Dans un système conçu de cette manière, les petits États-nations sont les premiers menacés, car ils perdent immédiatement leur identité et succombent aux premières vagues de l’assimilation structurelle.

À l’inverse, le concept de multipolarité et la géopolitique continentale alternative poursuivent également la stabilité internationale, mais sur la base du maintien de la diversité de centres souverains et indépendants. Théoriquement, ce modèle ne représente pas une forme cachée d’expansion néocoloniale, mais bien la construction d’une architecture sécuritaire défensive dans laquelle chaque État-nation constitue un élément distinct, solide et indispensable à la stabilité globale du système international.

Pour les petits États – en particulier en Europe centrale – le débat sur la multipolarité n’est donc pas un simple concept académique abstrait. Il s’agit d’un véritable enjeu historique et politique, qui déterminera la préservation même de leur essence et de leur souveraineté. La seule stratégie de sécurité efficace pour les petits acteurs consiste à renforcer leur résilience interne, à rejeter la dissolution progressive des fonctions étatiques et à se constituer en entités politiques fortes et intransigeantes, servant de piliers stabilisateurs dans la région. Tandis que l’unipolarité offre aux petits États une dissolution institutionnelle de facto, la multipolarité, du point de vue théorique, leur propose un cadre de légitimation et de préservation de leur propre souveraineté étatique.

Martin Kovac

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Douglas Macgregor : Sommet de l’OTAN désastreux – nouvelle guerre contre l’Iran et la Russie

 

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jeudi 9 juillet 2026

Neutrality Studies Weekly Recap #27

 

mardi 7 juillet 2026

BOOK REVIEW: 'STRATEGY FOR ACTION' BY STEVEN JERMY

 Source : https://www.julianlewis.net/essays-and-topics/3843:book-review-strategy-for-action-2013-12-04

By Julian Lewis

Journal of the Royal United Services Institute, vol.156, no.2 – April/May 2011

Steven Jermy: Strategy for Action – Using Force Wisely in the 21st Century, Knightstone Publishing, 2011, 352 pp, £9.99 (ISBN: 978-1-908134-00-4)

When the United Kingdom was fighting for its life in global conflicts, the political objectives were easy to identify – first, survival; second, victory. The context of the struggle had been set by the aggressive behaviour of the country’s enemies. Political leaders and military practitioners determined the priorities which must be met in order to achieve these goals, and it was fairly easy to distinguish between overall or grand strategy and operational and tactical planning. In the limited wars of today, however, these distinctions are harder to discern.

Sometimes there is an obvious objective, as in the Falklands, where Steven Jermy flew from HMS Invincible during the campaign to liberate the islands. Even then, there were wider ramifications: it would be pleasing to think that, somewhere in Whitehall, a Great Strategic Brain anticipated that a successful reassertion of British sovereignty would ultimately lead to the junta’s removal, though one is inclined to doubt it. Nevertheless, the objective was clear and, despite the risks, a campaign could be tailored to achieve it.

This sense of clarity, Jermy maintains, was missing in the Afghan environment when he arrived in May 2007 and it was similarly lacking in Whitehall when he returned from Kabul in January 2008. Certainly, there was no shortage of "raging debates", but these were about tactical issues "such as equipment and the number of boots on the ground". No one at the top had stood back, contemplated the scene, envisaged a target outcome and transmitted that goal – and the means of achieving it – to the military machine.

Indeed, this was a task which the British, as junior partners, were bound to find beyond them, operating as they did on a strictly regional basis. It could only be carried out at the highest level of the ISAF coalition, where the United Kingdom is represented but where the strategic aim to stabilise Afghanistan has superseded the original goal of eliminating it as a breeding ground for international terrorism.

Limited conflicts which we choose to enter are bound to have a greater political dimension than wars of national survival which are thrust upon us. Jermy’s working definition, therefore, is one of "politico-military" strategy – rather than purely military strategy – which he defines as

"a rational course of action that uses state power to achieve political objectives in the face of violent opposition".

He recognises that the word "strategy" has become "thoroughly and unhelpfully diluted" through overuse in many contexts.

In particular, concepts of strategy have been taken up by the corporate sector, then bandied about by “offering back to us the residue of the ideas that the corporate theorists had stolen from us in the first place – and charging a pretty price for the privilege”. The term has come to mean “everything and anything to everyone and anyone”, and there is simply not enough thinking about how strategy can best be made and what the hallmarks of a superior strategy may be.

Here are his eight characteristic features of such a strategy: a clearly described political objective, purposefully sought; an explanation of the nature of the political struggle into which one is entering; maintenance of the initiative and an element of surprise; a single, central idea, or group of ideas underpinned by a rationale; guidance on timing and priorities, as a basis for campaign planning; a capability of being explained simply; a capacity to involve and enfold the principal forces at work; and – unsurprisingly – practicability in terms of time, place and available resources.

This final element Jermy’s narrative hammers home repeatedly. His own objective is the creation of a text to make it more likely that strategies are produced which form the basis of practical action. All too often (and one sees this in documents like the recent National Security Strategy) there is little of substance to be divined from supposed strategies that are little more than generalities. If we are not clear about what we wish to achieve, then we will fail to design a strategy to achieve it.

Yet, the analysis is not confined to the formulation and assessment of concepts. Processes and people are also integral to success. Thus, applying Jermy’s dicta, one wonders whether the high turnover of commanders in Afghanistan aids strategic continuity, and indeed whether the sidelining of the Chiefs of Staff Committee, in favour of a chain of command from the Prime Minister to the Chief of the Defence Staff and the Chief of Joint Operations, aids a balanced inter-Service approach.

Steven Jermy has compressed an immense amount of conceptual and historical knowledge into a narrative which is as challenging as it is outspoken. Yet, he never overlooks the human factor: the lesson which he describes as

"probably more important than all others ... that, ultimately, it’s all about people ... hard thinking by talented people is the cornerstone of strategic success".

Reading this book is an exercise in hard thinking – and it is to be hoped that many talented people will take the trouble to do so and to benefit from its wisdom.

Julian Lewis MP is a Visiting Senior Research Fellow at the Centre for Defence Studies, Department of War Studies, King’s College London

 

Voici la traduction complète du texte en français :
Steven Jermy : Strategy for Action – Using Force Wisely in the 21st Century, Knightstone Publishing, 2011, 352 p., 9,99 £ (ISBN : 978-1-908134-00-4)
Lorsque le Royaume-Uni luttait pour sa survie dans des conflits mondiaux, les objectifs politiques étaient faciles à identifier : d'abord, la survie ; ensuite, la victoire. Le contexte de la lutte avait été défini par le comportement agressif des ennemis du pays. Les dirigeants politiques et les chefs militaires fixaient les priorités à respecter pour atteindre ces buts. Il était alors assez simple de distinguer la stratégie globale (ou grande stratégie) de la planification opérationnelle et tactique. Dans les guerres limitées d'aujourd'hui, cependant, ces distinctions sont plus difficiles à percevoir.
Il y a parfois un objectif évident, comme aux Malouines, où Steven Jermy a volé depuis le HMS Invincible pendant la campagne de libération des îles. Même à ce moment-là, les ramifications étaient plus larges : il serait agréable de penser que, quelque part à Whitehall, un « Grand Cerveau Stratégique » avait anticipé qu'une réaffirmation réussie de la souveraineté britannique conduirait finalement au renversement de la junte militaire, bien que l'on ait tendance à en douter. Néanmoins, l'objectif était clair et, malgré les risques, une campagne pouvait être conçue sur mesure pour l'atteindre.
Ce sentiment de clarté, soutient Jermy, manquait dans le contexte afghan à son arrivée en mai 2007. Il manquait tout autant à Whitehall lorsqu'il est revenu de Kaboul en janvier 2008. Certes, les « débats passionnés » ne manquaient pas, mais ils portaient sur des questions tactiques « telles que l'équipement et le nombre de soldats sur le terrain ». Personne au sommet de l'État n'avait pris du recul, contemplé la situation, envisagé un résultat cible et transmis cet objectif — ainsi que les moyens de l'atteindre — à la machine militaire.
En réalité, c'était une tâche que les Britanniques, en tant que partenaires mineurs opérant sur une base strictement régionale, étaient condamnés à trouver hors de leur portée. Elle ne pouvait être menée qu'au plus haut niveau de la coalition de l'ISAF (FIAS). Le Royaume-Uni y est certes représenté, mais l'objectif stratégique de stabilisation de l'Afghanistan y a supplanté le but initial, qui était d'éliminer le pays en tant que terrain fertile pour le terrorisme international.
Les conflits limités dans lesquels nous choisissons de nous engager ont forcément une dimension politique plus importante que les guerres de survie nationale qui nous sont imposées. La définition de travail de Jermy est donc celle d'une stratégie « politico-militaire » — plutôt que purement militaire — qu'il définit comme :
« une ligne de conduite rationnelle qui utilise la puissance de l'État pour atteindre des objectifs politiques face à une opposition violente. »
Il reconnaît que le mot « stratégie » est devenu « profondément et fâcheusement galvaudé » à force d'être surutilisé dans de nombreux contextes.
En particulier, les concepts de stratégie ont été récupérés par le secteur des entreprises, puis relancés dans le débat en « nous restituant les restes des idées que les théoriciens de l'entreprise nous avaient volées à l'origine — tout en nous faisant payer le prix fort pour ce privilège ». Le terme en est venu à signifier « tout et n'importe quoi pour n'importe qui », et l'on ne réfléchit tout simplement pas assez à la meilleure manière de construire une stratégie et aux caractéristiques d'une stratégie supérieure.
Voici ses huit caractéristiques distinctives d'une telle stratégie :
  • Un objectif politique clairement décrit et poursuivi avec détermination.
  • Une explication de la nature de la lutte politique dans laquelle on s'engage.
  • Le maintien de l'initiative et un élément de surprise.
  • Une idée centrale unique, ou un ensemble d'idées sous-tendues par une logique.
  • Des orientations sur le calendrier et les priorités, servant de base à la planification de la campagne.
  • Une capacité à être expliquée simplement.
  • Une capacité à impliquer et à intégrer les principales forces en présence.
  • Et — sans surprise — la faisabilité en termes de temps, de lieu et de ressources disponibles.
Ce dernier élément est martelé à plusieurs reprises dans le récit de Jermy. Son propre objectif est de créer un texte qui augmente les chances de produire des stratégies servant de base à une action concrète. Trop souvent (et on le voit dans des documents comme la récente stratégie de sécurité nationale), il y a bien peu de substance à tirer de prétendues stratégies qui ne sont guère plus que des généralités. Si nous ne savons pas clairement ce que nous voulons accomplir, nous ne parviendrons pas à concevoir une stratégie pour y parvenir.
Pourtant, l'analyse ne se limite pas à la formulation et à l'évaluation de concepts. Les processus et les personnes sont également essentiels au succès. Ainsi, en appliquant les préceptes de Jermy, on peut se demander si la rotation élevée des commandants en Afghanistan favorise la continuité stratégique. On peut aussi se demander si la mise à l'écart du comité des chefs d'état-major, au profit d'une chaîne de commandement allant du Premier ministre au chef d'état-major de la Défense et au chef des opérations interarmées, favorise une approche interarmées équilibrée.
Steven Jermy a condensé une immense quantité de connaissances conceptuelles et historiques dans un récit aussi stimulant que franc. Pourtant, il ne néglige jamais le facteur humain, décrivant cette leçon comme :
« probablement plus importante que toutes les autres... en fin de compte, tout est une question de personnes... la réflexion approfondie menée par des personnes talentueuses est la pierre angulaire du succès stratégique. »
La lecture de ce livre est un exercice de réflexion approfondie — et il faut espérer que de nombreuses personnes talentueuses prendront la peine de le lire et de profiter de sa sagesse.
Julian Lewis MP (député) est chercheur principal invité au Centre d'études de la défense, département des études de guerre, King's College de Londres.