Source : https://www.dedefensa.org/article/anatomie-de-la-multipolarite
• Dans une analyse longue et précise, sans aucune tentation
d’abstraction et conception intellectuelle théorique, voici une
description anatomique d’un phénomène en formation d’ores et déjà
adapté à notre situation. L’ennemi juré du Système,— l'ennemi du Mal.
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On ne s’attardera pas à un long commentaire d’un texte nourri
et précis qui nous offre son propre cométaire de lui-même. Il montre
combien la multipolarité telle qu’appréhendée est évidemment une norme
globale faite pour extraire le monde des griffes du Système, — en un
autre mot, pour l’extraire du Mal. On ne peutavoir qu’une seule attitude
àb cert égard à moins de faire partie de la cohorte des
pervers-narcissisquesetdeszombies ddu bonheur de la soumission.
Cette thèse est celle de Douguine et présentée comme telle.
Mais elle est en vérité beaucoup plus large et universelle et n’a fait
que trouver en Douguine un esprit remarquable qui l’a parfaitement
définie et s’en fait l’inlassable promoteur.
Le texte est de Martin Kovac (source originele : https://www.facebook.com/martin.kovac.3511) et le titre est le suivant :
« La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe »
« Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale? »
Pour nous, la question posée en sous-titre qui concerne la recherche
de la multipolarité contre (interprétation-Système) la multipolarité
comme dissimulation d’une “nouvelle stratégie impériale ?” n’a aucune
raison d’être. Elle est vieillie, scabreuse, corrompue, vicieuse,
malsaine, — enfin, comme le dit la tournure d’esprit, elle est perverse.
Elle ne fait pas partie d’un débat raisonnable.
dde.org
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Un changement de paradigme
Pour comprendre le conflit géopolitique mondial actuel et le rôle du
concept de multipolarité, il est nécessaire de soumettre les récits
occidentaux dominants à une analyse critique. Les sciences politiques
euro-atlantiques partent souvent du principe que toute grande puissance
émergente aspire à l’hégémonie et à l’assimilation complète de ses
voisins. Les appels russes à la multipolarité sont donc souvent
interprétés par les analystes occidentaux comme un simple écran de fumée
masquant une expansion impériale traditionnelle et une quête de
domination régionale au détriment des petits États.
Cependant, les racines philosophiques et métapolitiques de ce concept
suggèrent une autre interprétation, dans laquelle le point de vue
occidental apparaît comme la projection analytique de ses propres
schémas de pouvoir. De ce point de vue, le processus de mondialisation
mené par le centre euro-atlantique est perçu comme une tentative
d’homogénéisation absolue de l’environnement international, d’effacement
des frontières et d’unification des cultures et systèmes politiques
divers sous la bannière d’une idéologie universelle unique. Pour ce
modèle de mondialisation, l’existence de toute identité indépendante et
distincte est un obstacle à éliminer, que ce soit par l’exportation
d’institutions, la pression économique ou le soutien à des acteurs non
étatiques de la société civile.
La théorie de la multipolarité trace une frontière stricte face à cet
universalisme. Un modèle alternatif d’ordre « continental » des
relations internationales ne peut, par nature, être fondé sur
l’absorption et l’unification. Au contraire, il vise à établir un
système structuré qui servirait d’architecture de sécurité pour freiner
l’homogénéisation globale. Pour que ce système multipolaire soit
fonctionnel et puisse résister aux pressions assimilationnistes de
l’universalisme libéral, il doit reposer sur la coexistence de centres
de pouvoir distincts, stables et culturellement indépendants (des
pôles).
Selon cette logique, une grande puissance qui construit un ordre
multipolaire ne cherche pas à détruire les États souverains, à condition
que ces États constituent des unités politiques cohérentes et
fonctionnelles. Au contraire, il est dans son intérêt stratégique de
protéger de tels acteurs indépendants (même s’ils sont de petite taille)
et de coopérer avec eux.
L’existence de centres de pouvoir diversifiés légitime empiriquement
le système multipolaire lui-même et démontre que le projet de
mondialisation unipolaire peut être stoppé. Alors que le modèle
occidental vise l’intégration dans un cadre mondial unifié, la vision
multipolaire privilégie un système de relations internationales basé sur
une démarcation claire et le respect des différences
civilisationnelles. Le texte qui suit examinera donc l’hypothèse selon
laquelle la multipolarité pourrait, paradoxalement, représenter une
authentique garantie de survie politique pour les petits États dotés
d’une forte identité culturelle.
Fondements théoriques d’un modèle alternatif de grande puissance
Pour comprendre pourquoi le concept multipolaire peut offrir une
garantie de sécurité aux petits États-nations, il est essentiel de
distinguer, sur le plan théorique, l’approche hégémonique occidentale du
concept de grande puissance eurasienne traditionnelle. Il s’agit de
deux modèles structurellement distincts d’organisation de l’arène
internationale.
Définition d’une grande puissance traditionnelle
L’influence euro-atlantique est souvent définie, dans les textes
métapolitiques étudiés, comme assimilatrice et prédatrice. En étendant
ses institutions, elle transforme économiquement et idéologiquement les
territoires subordonnés, conditionnant la coopération à l’adoption de
ses propres normes sociales, de sa conception des droits humains et du
marché global. Ce système n’insiste pas sur la souveraineté des
frontières, mais vise plutôt à créer un espace mondial unifié où les
identités locales s’effacent progressivement au profit d’une culture
politique et économique homogène.
En revanche, le modèle conservateur du pouvoir (rappelant
historiquement les arrangements impériaux euro-asiatiques) ne requiert
pas, en théorie, l’assimilation interne des acteurs subordonnés ou
alliés. Il fonctionne avant tout comme un parapluie géopolitique et
militaire, garantissant sécurité et stabilité externes. Au sein de cette
sphère d’influence, la grande puissance tolère et préserve les
particularités politiques et culturelles locales des États individuels.
Elle n’exige pas d’uniformité normative ni le même régime politique
interne ; elle demande seulement une loyauté stratégique envers une
architecture de sécurité commune qui empêche l’expansion des influences
externes (occidentales). Alors que le modèle libéral vise des valeurs
universelles, ce modèle est fondé sur la préservation pragmatique de la
diversité.
La multipolarité comme rejet de l’universalisme
Ce cadre théorique donne naissance à un impératif logique fondamental
: si la Russie, en tant que principal initiateur d’un ordre
multipolaire, tentait d’exporter un modèle purement « russe » et
d’assimiler de force les nations voisines, elle commettrait une erreur
stratégique et une contradiction systémique. En cherchant à imposer un
universalisme local, elle se transformerait en ce même type d’hégémon
unipolaire contre lequel elle se définit d’abord. Elle deviendrait, de
fait, un acteur occidental sur la scène orientale.
Du point de vue de cette doctrine, donc, toute potentielle expansion
de puissance ou politique assertive dans le voisinage ne poursuit pas un
but assimilationniste. Elle est plutôt interprétée comme une nécessité
sécuritaire et un effort géopolitique pour écarter l’influence des
institutions occidentales de son voisinage immédiat. L’espace libéré par
le retrait de l’influence occidentale ne doit pas être mécaniquement
russifié, mais doit servir de zone stable pour la formation de systèmes
locaux souverains et culturellement indépendants. Une superpuissance
prônant la multipolarité a donc, de manière systémique et structurelle,
besoin de voir émerger hors de ses frontières des États indépendants et
enracinés culturellement (des pôles). Chaque État souverain qui parvient
à résister à l’intégration occidentale représente un succès stratégique
pour ce modèle, car il démontre la fonctionnalité et la raison d’être
d’une opposition internationale partagée à l’unipolarité.
L’immunité d’un acteur pleinement constitué (Pourquoi les petits États peuvent être en sécurité dans un ordre multipolaire)
Le récit euro-atlantique et la science politique dominante insistent
souvent sur la menace qu’une puissance prônant la multipolarité (dans le
contexte géopolitique actuel, principalement la Fédération de Russie)
chercherait nécessairement à absorber ses petits voisins. Or, du point
de vue de la doctrine de la multipolarité étudiée ici, cette inquiétude
n’est justifiée que dans le cas d’États qui manquent de cohésion interne
et de résilience. Si un petit État-nation possède une forte identité
politique et une cohésion stratégique, la dynamique des rapports de
force change fondamentalement.
La cohésion institutionnelle comme bouclier stratégique
Pour les besoins de cette analyse, il est essentiel de définir
précisément ce qui constitue un « pôle pleinement constitué » dans le
cadre multipolaire. Il ne s’agit pas simplement de l’existence formelle
d’un appareil d’État, de symboles nationaux ou de frontières
administratives. C’est une entité dotée d’une identité culturelle
profondément enracinée, soutenue par une tradition historique clairement
définie, des fondations de valeurs solides et un consensus sociétal qui
rejette a priori toute assimilation par des influences unificatrices
extérieures.
Les sources en science politique et en philosophie qui analysent
cette question soulignent que l’universalisme libéral parvient à
assimiler d’autres États principalement en affaiblissant leurs récits
historiques traditionnels et en les remplaçant par une norme globale. À
l’inverse, un État doté d’un haut degré de résilience interne aux
valeurs résiste naturellement à cette assimilation. Si un État souverain
possède une forte légitimité interne et une réelle gravité politique,
une puissance continentale ne peut l’absorber par la force sans
s’exposer à des coûts stratégiques disproportionnés et à une
contradiction avec sa propre doctrine géopolitique.
D’un point de vue pragmatique, le seul choix rationnel pour une
grande puissance est donc de respecter cette souveraineté et de forger
une alliance stable et mutuellement bénéfique.
Les petits acteurs comme élément essentiel de l’architecture multipolaire
Une question logique se pose quant à la manière dont le centre même
de l’influence eurasienne perçoit ces petits États souverains,
culturellement résilients et politiquement cohérents. Les concepts
théoriques étudiés suggèrent qu’ils ne sont ni considérés comme une
menace, ni comme un objectif de puissance non résolu à éliminer. Au
contraire, un acteur pleinement souverain est traité avec respect et son
existence est accueillie favorablement.
Dans une perspective multipolaire, un tel État-nation représente un
partenaire inestimable dans l’opposition défensive à l’homogénéisation
globale. Ces États fonctionnent comme des bastions stratégiques et des
facteurs de stabilité dans des régions où les influences
assimilationnistes de l’universalisme occidental sont contrées. Du point
de vue des relations internationales, la promotion d’un ordre
multipolaire requiert même directement que de tels centres de pouvoir
indépendants et robustes existent réellement au sein du système
international.
Leur simple existence constitue en réalité la preuve la plus tangible
et la plus concrète de la viabilité et de la validité de tout le
concept théorique de la multipolarité. Si l’hégémon continental
absorbait tous les petits États voisins par la force, il donnerait
raison à ses critiques occidentaux et perdrait sa légitimité mondiale. À
l’inverse, la préservation d’États indépendants et culturellement sûrs
d’eux envoie un signal clair à la communauté internationale: l’ordre
multipolaire n’est pas un instrument d’assimilation (le fameux
«mixeur»), mais une structure coopérative qui respecte la diversité. Un
acteur pleinement souverain est ainsi un atout géopolitique très
précieux pour la puissance eurasienne, dont la destruction signifierait
l’effondrement même du fondement théorique et moral de l’ordre
international proposé.
Le phénomène des « coquilles vides »
Du point de vue de la science politique euro-atlantique et de la
critique libérale, une question légitime revient souvent: si la
superpuissance eurasienne conservatrice est, en théorie, garante de
l’ordre multipolaire et protectrice de la diversité, pourquoi
constate-t-on dans la réalité géopolitique des absorptions de pouvoir ou
des destructions militaires de petits États voisins? Pour répondre à
cette question, il faut comprendre que la doctrine multipolaire protège
et garantit théoriquement uniquement la sécurité des «pôles» de pouvoir
véritablement souverains. Elle ne garantit pas la sécurité de
territoires géographiques ou d’unités administratives formelles privées
de cohésion interne et de vitalité politique.
Perte de cohésion interne et apparition d’un vide géopolitique
Dans cette perspective théorique, l’État-nation se définit non
seulement par son territoire et son appareil institutionnel, mais avant
tout par sa substance culturelle, historique et axiologique. Si les
élites politiques d’un petit État abandonnent leur propre tradition
historique et adoptent sans discernement l’agenda universaliste du
centre mondial (incluant la sécularisation, la domination des
organisations non étatiques et l’érosion de l’identité nationale
traditionnelle), ce sont les fondements mêmes de l’État qui sont
déconstruits. Dans la terminologie des relations internationales, l’État
perd sa « gravité » géopolitique et sa légitimité interne.
Du point de vue de la théorie multipolaire, un tel État cesse de
fonctionner comme un acteur de puissance indépendant ou comme un pôle.
Il se transforme alors en une coquille institutionnelle vide, générant
ainsi un dangereux vide de pouvoir sur la scène internationale.
Le mécanisme de l’assimilation et de la transformation sur un territoire proxy
Au moment où un État perd sa cohésion stratégique et axiologique pour
devenir une coquille vide, la porte s’ouvre à une pénétration rapide
par les structures euro-atlantiques. Cette assimilation par le centre
global s’effectue souvent par des moyens non militaires – par le
contrôle de la sphère informationnelle, l’influence sur la
représentation politique et l’implication des entreprises
transnationales et des mécanismes technologiques.
Un acteur autrefois souverain devient alors une cible proxy (un «
territoire proxy ») et une base avancée du libéralisme global. Pour une
superpuissance eurasienne voisine, un tel territoire cesse de
représenter une entité nationale indépendante ; il devient un tremplin
pleinement colonisé à partir duquel les intérêts de puissance d’un
hégémon étranger sont projetés directement contre l’architecture
sécuritaire du bloc multipolaire.
Intervention préventive et sécurisation de la périphérie
Ce processus modifie fondamentalement la façon dont une grande
puissance considère la possibilité d’une intervention militaire sur le
territoire de son voisin. Si une intervention a lieu et que la
souveraineté de cet acteur est anéantie, la théorie multipolaire
n’interprète pas cela comme une agression non provoquée contre une
nation distincte et souveraine. Cette intervention ne détruit pas un
pôle indépendant, puisque celui-ci avait déjà cessé d’exister, ayant été
assimilé de l’intérieur par la pénétration des valeurs occidentales
portées par le centre occidental.
Dans ce contexte, l’action géopolitique ou militaire d’une grande
puissance est comprise comme une mesure radicale de sécurité (ou, le cas
échéant, préventive ou « sanitaire »). Il s’agit d’une tentative
d’éliminer une influence assimilatrice extérieure qui, via un acteur
proxy affaibli, s’est dangereusement approchée des intérêts vitaux du
centre conservateur.
Selon cette logique analytique, la perte de souveraineté et
l’absorption par une puissance hégémonique menacent donc principalement
les États qui renoncent volontairement à leur indépendance, se
dépouillent de leur substance identitaire et laissent leur propre
territoire se transformer en instrument de projection de la puissance
étrangère.
La région d’Europe centrale en tant qu’acteur souverain (Cas de la République tchèque)
Arrêter l’érosion interne de la souveraineté et restaurer un centre indépendant
Le discours médiatique et politique euro-atlantique présente souvent
les petits États, tels que la République tchèque, face à une équation de
puissance fatale: l’insuffisance de leur taille géopolitique rendrait
impossible leur pleine autonomie et imposerait l’intégration
inconditionnelle aux structures occidentales; sinon, ils courraient un
risque imminent d’absorption par un impérialisme oriental. Or, du point
de vue de la théorie de la multipolarité analysée, ce récit dominant
apparaît comme fondamentalement trompeur et paralysant pour la réflexion
en politique étrangère. De plus, il s’agit, dans ses conséquences,
d’une thèse qui conduit directement les petites nations et les États à
l’auto-destruction politique et à la perte de leur véritable
souveraineté.
Intégration asymétrique et assimilation invisible
Alors que la science politique occidentale met constamment en avant
la menace d’une hypothétique absorption extérieure de l’Est, elle ignore
souvent complètement le processus structurel d’érosion de la
souveraineté qui se déroule déjà de l’intérieur.
Le centre libéral global (historiquement qualifié de puissance
maritime) ne s’appuie pas sur la force militaire pour son expansion
principale, mais sur l’influence sophistiquée des entreprises
transnationales, des ONG, des plateformes technologiques et des
pressions normatives et uniformisatrices. L’objectif spécifique de ce
modèle est de transformer l’État-nation et ses institutions sociales
traditionnelles en simples entités administratives ou associatives
soumises à des standards globaux. Une fois ce processus d’assimilation
achevé, l’État-nation cesse d’exister en tant qu’entité politique
indépendante, ne laissant derrière lui qu’un territoire proxy vidé de sa
substance, servant de périphérie au bloc occidental.
Restaurer l’autonomie stratégique et le réalisme politique
Le point de départ théorique logique et la seule garantie rationnelle
contre cette assimilation progressive – et, en même temps, la
protection contre une absorption militaire potentielle venue de l’Est –
est la constitution de l’État en tant qu’acteur de puissance
incontestable et doté de cohésion interne. La localisation géographique
de l’Europe centrale lui confère un certain potentiel défensif naturel.
Ce potentiel doit toutefois être renforcé par le rétablissement d’une
forte continuité historique, d’une identité partagée et d’un réalisme
politique souverain, enraciné dans les propres traditions historiques du
pays. Les représentants de l’État doivent proclamer clairement que leur
territoire n’est pas un espace malléable et uniformisable, mais une
entité dotée d’une légitimité historique inaliénable et d’intérêts
clairement définis.
Au moment où un tel État rejette l’agenda de dissolution
internationale inconditionnelle et se définit comme un acteur cohésif et
fonctionnel, fondé sur des valeurs étatiques traditionnelles, il
modifie radicalement son statut géopolitique. Il cesse d’être une «
coquille vide » ou un simple avant-poste des intérêts étrangers.
Du point de vue d’une grande puissance eurasienne, un tel État
d’Europe centrale se transforme en l’acteur indépendant et respecté
évoqué dans le second chapitre.
Pour cette raison, une politique conservatrice multipolaire n’a
aucune raison objective ou rationnelle d’assimiler ou d’éliminer un tel
État. Au contraire, l’existence d’un tel acteur fournit au centre de
puissance eurasien la preuve empirique de la validité de la doctrine
multipolaire elle-même et confirme que la défense contre les efforts
d’assimilation de l’unipolarité globale est possible. L’État devient
ainsi un partenaire sécuritaire respecté au sein du système
international, remplissant un rôle stabilisateur irremplaçable.
Conclusion : L’ordre international multipolaire comme garantie de survie
Le conflit géopolitique fondamental de notre époque a atteint une
phase critique, à partir de laquelle il est possible de dégager une
synthèse analytique claire des arguments présentés.
L’universalisme occidental cherche à imposer au système international
une forme d’unité globale fortement homogénéisée. Son ambition ultime
est l’unification d’entités civilisationnelles, de nations et de
traditions diverses au sein d’une structure contrôlée à l’échelle
mondiale, gouvernée par des algorithmes normatifs et technologiques
centralisés. Dans un système conçu de cette manière, les petits
États-nations sont les premiers menacés, car ils perdent immédiatement
leur identité et succombent aux premières vagues de l’assimilation
structurelle.
À l’inverse, le concept de multipolarité et la géopolitique
continentale alternative poursuivent également la stabilité
internationale, mais sur la base du maintien de la diversité de centres
souverains et indépendants. Théoriquement, ce modèle ne représente pas
une forme cachée d’expansion néocoloniale, mais bien la construction
d’une architecture sécuritaire défensive dans laquelle chaque
État-nation constitue un élément distinct, solide et indispensable à la
stabilité globale du système international.
Pour les petits États – en particulier en Europe centrale – le débat
sur la multipolarité n’est donc pas un simple concept académique
abstrait. Il s’agit d’un véritable enjeu historique et politique, qui
déterminera la préservation même de leur essence et de leur
souveraineté. La seule stratégie de sécurité efficace pour les petits
acteurs consiste à renforcer leur résilience interne, à rejeter la
dissolution progressive des fonctions étatiques et à se constituer en
entités politiques fortes et intransigeantes, servant de piliers
stabilisateurs dans la région. Tandis que l’unipolarité offre aux petits
États une dissolution institutionnelle de facto, la multipolarité, du
point de vue théorique, leur propose un cadre de légitimation et de
préservation de leur propre souveraineté étatique.
Martin Kovac