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lundi 7 septembre 2026

La bataille des gazoducs, pourquoi la guerre n’est pas près de finir

 Les plans des États-Unis et d'Israël pour dominer l'Europe et le Moyen-Orient.

 
Pourquoi les guerres actuelles en Europe et au Moyen-Orient risquent-elles de se prolonger et de s’embraser? Face à une pénurie de ses ressources, l’UE va-t-elle maintenir des sanctions qui coulent son économie, quitte à aller jusqu’à l’imposition de confinements énergétiques? Quel est le rôle du duo formé par Israël et les États-Unis dans la bataille de l’approvisionnement énergétique de ces régions? Enfin risquons-nous de voir les conflits s’étendre à d’autres zones du globe?

La découverte, depuis quinze ans, de gigantesques gisements d’hydrocarbures dans le bassin du Levant et en méditerranée a entièrement redessiné les stratégies géopolitiques de l’Europe et du Moyen-Orient. La capacité des champs gaziers du Léviathan, de Tamar dans les eaux territoriales israéliennes, ainsi que ceux de Gaza et d’autres gisements identifiés entre Chypre, la Grèce et la Turquie représente un potentiel qui entre en concurrence directe avec les grands fournisseurs que sont la Russie, l’Iran ou le Qatar.

Au-delà de s’assurer une autonomie énergétique jusque là inespérée, cela signifie qu’Israël entrevoit la possibilité de devenir, avec l’appui de son partenaire américain, le principal fournisseur de l’Europe et du Moyen-Orient. Un tel levier de contrôle énergétique constitue une arme économique et politique incroyablement puissante, capable d’exercer une véritable hégémonie sur ces régions, de « rendre à l’Amérique sa grandeur » et d’accomplir les prophéties d’un « Grand Israël ».

Mais la réalisation de ces objectifs exige un certain nombre de conditions et le déploiement de grands moyens financiers et matériels. Il s’agit de garantir la demande en ‘éliminant la concurrence’, de développer les infrastructures d’exploitation et de transport nécessaires et de « sécuriser la région », autrement dit d’assurer la domination politique et militaire des pays concernés.

L’article précédent, « Leviathan ou les guerres du gaz » a cartographié cette nouvelle configuration énergétique et montré comment l’apparition de ces ressources a renforcé et accéléré la volonté de Washington et Tel Aviv de s’en prendre à la Russie et à l’Iran en imposant des guerres, des ‘sanctions économiques’ et le sabotage du gazoduc de Nord Stream. Les concordances entre la découverte de ces gisements, la signature de contrats relatifs à leur exploitation, et les différents conflits armés sont frappantes. On y voit un certain intérêt des cartels gaziers et pétroliers à pousser les pays propriétaires et investisseurs – Israël, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Grèce, Chypre – à la prolongation des conflits, jusqu’à s’assurer la domination de l’ensemble des territoires situés sur les nouvelles routes énergétiques et commerciales.

Le transport des énergies fossiles, une clé de la dominance mondiale

L’exportation de pétrole et de gaz repose généralement sur deux stratégies distinctes: le pétrole brut et raffiné et le gaz transformé en gaz naturel liquéfié ou GNL sont soit transportés par bateau, soit acheminés directement via l’installation d’oléoducs et de gazoducs. Ceux-ci permettent la livraison rapide d’un plus haut débit, mais ils ont l’inconvénient d’être coûteux à construire et sont des cibles faciles à neutraliser. Il est donc indispensable de s’assurer que l’entièreté du parcours se trouve dans des pays considérés comme politiquement stables et alliés.

En cas de conflits armés ou d’actes terroristes, la destruction des pipelines entraîne naturellement une hausse dans la demande des produits sous forme de GNL. Mais le gaz transporté par bateau a aussi ses inconvénients. Il nécessite de longs trajets et la garantie d’un passage libre et sécurisé dans les différents goulots maritimes, comme le détroit d’Ormuz, de Gibraltar, le canal de Suez et le détroit de Bab el Mandeb et plus loin de nous, Panama ou le détroit de Malacca.

Cela n’échappe à personne, le tracé des gazoducs existants ou en projets et le contrôle des voies maritimes sont déterminants pour comprendre la situation géopolitique actuelle et la direction dans laquelle elle est susceptible d’évoluer.

La volonté de dominance énergétique américaine

Les sanctions prises contre la Russie, le sabotage de Nord Stream et les représailles iraniennes contre le Qatar ont fortement réduit leurs livraisons de carburants dans nos régions. Ce sont les Etats-Unis qui ont pris la relève pour venir au secours de l’Europe et qui assurent désormais le leadership des exportations de gaz avec environ 60% de l’approvisionnement total en GNL. Mais avant ces évènements, le gaz américain ne représentait que 9% des importations européennes et n’était pas compétitif. Il s’agit en grande partie de gaz de schiste peu apprécié en raison de ses conséquences écologiques désastreuses et son transport par bateau le rend 3 fois plus cher que le gaz russe acheminé par gazoduc. En 2025 le GNL américain coûtait en moyenne 1,08 euro/m³, le GNL russe 0,51 euro/m³ et le gaz russe par gazoduc seulement 0,32 euro/m³.

Points d’entrée du GNL en Europe

Mais, cette situation que les Européens espèrent temporaire, est faite pour durer, car il s’agit d’un projet sur le long terme. Les Etats-Unis, qui sont devenus les 1ers exportateurs de gaz et de pétrole, comptent renforcer ce rôle de leadership planétaire par la capture complète du marché des hydrocarbures. Donald Trump l’a clairement exprimé dans son ordre exécutif Unleash American Energy (Déchaîner l’énergie américaine) de janvier 2025, dans lequel il proclame une politique d’acquisition et d’exploitation des énergies fossiles ‘sans limites’.

La mainmise sur le pétrole vénézuélien il y a quelques jours, en est l’exemple le plus flagrant. Trump écrit sur son média Truth Social que « le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale » est « une transaction historique qui fait plus que doubler les réserves pétrolières américaines, accroît fortement notre approvisionnement en pétrole et fera considérablement baisser le prix de l’essence pour tous les Américains ». On parle en effet de 65 milliards de barils, officiellement la plus grande réserve mondiale de brut… facilement accaparée après l’enlèvement de l’ancien chef d’Etat vénézuélien, le président Maduro.

Remplacement du réseau énergétique en Europe

Afin de mettre cette nouvelle politique à exécution, Trump a également créé une organe interagences sous le nom révélateur de « Conseil National de la Domination Energétique ».

C’est ce conseil qui a été chargé d’organiser le 6ème « Symposium Transatlantique pour la Sécurité Énergétique » et le « Sommet Transatlantique pour la Sécurité du Gaz » dont l’intention affichée est de se débarrasser définitivement du gaz russe.

Douze pays européens et les États-Unis ont signé la déclaration commune sur le renforcement de la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel en Europe centrale et orientale: la Grèce, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Moldavie, l’Ukraine, la Croatie, la Lituanie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine.

Le secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, prend la parole en présence du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, du ministre grec de l’Environnement et de l’Énergie, Stavros Papastavrou, et de l’ambassadrice des États-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, lors d’une cérémonie de signature avec des dirigeants d’Exxon Mobil, d’Helleniq Energy et d’Energean, dans le cadre de la réunion du Partenariat transatlantique pour la coopération énergétique (P-TEC) à Athènes, en Grèce, le 6 novembre 2025. Reuters/Louisa Gouliamaki

L’objectif principal était de « faciliter l’entrée et la fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL) américain », autrement dit d’assouplir la règlementation et les tarifs sur les importations américaines et d’engager des contrats avec des opérateurs américains. Les USA ont aussi souligné que l’Ukraine disposait de l’un des plus grands sites de stockage souterrain de gaz d’Europe et que celui-ci devrait être intégré aux réseaux régionaux.

On pense ici à la construction du «Corridor gazier vertical» qui doit relier la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine, ainsi que la Serbie et la Macédoine du Nord. Il prévoit d’acheminer du GNL depuis les terminaux d’Alexandroupolis et de Revithoussa, en Grèce, ainsi que depuis la région de la mer Caspienne, via le «Corridor gazier sud-européen». Ce projet, dont l’idée remonte à 2014 (l’année du coup d’Etat ukrainien) et dans lequel la Bulgarie a déjà investi plus de 300 millions d’euros avec l’aide de l’UE, est mené de manière accélérée afin de permettre à l’Europe de stopper les livraisons de gaz russe d’ici la fin 2027.

Mais cette solution pourrait être trop coûteuse pour certains pays, notamment la Hongrie qui dépend ici de l’infrastructure roumaine et qui regrette le gaz russe, dont la Grèce et la Bulgarie craignent toujours les prix concurrentiels. Un article du « Balkan Green Energy News » consacré à ce « Sommet Transatlantique de la Sécurité du Gaz » rapportait les propos du ministre grec:

« Le ministre grec de l’Environnement et de l’Énergie, Stavros Papastavrou, a appelé l’UE et les États-Unis à veiller à ce que le gaz russe ne revienne pas en Europe. Il a notamment évoqué la voie passant par la Turquie (le corridor gazier sud-européen). Le ministre a averti que le gaz russe pourrait trouver un autre moyen d’entrer sur le marché, et ce à un prix compétitif, ce qui compromettrait le processus. »

Le corridor gazier sud-européen, le trésor turc

Le corridor gazier sud-européen

En effet, depuis 2020, une autre ligne d’approvisionnement visant à sortir l’Europe de la dépendance au gaz russe s’est déjà mise en place à partir du gisement de Shah Deniz, au large de Bakou en Azerbaïdjan.

Le ‘Corridor gazier sud-européen » connecte 3 gazoducs pour transporter du combustible de la mer Caspienne à l’Europe. Le circuit transcaucasien démarre en Azerbaïdjan et traverse la Géorgie; il est prolongé par le pipeline transanatolien qui traverse la Turquie de part en part avant de se connecter au gazoduc transadriatique qui relie la frontière gréco-turque, parcourt la Grèce jusqu’en Albanie et plonge sous le détroit d’Otrante (à 15km de l’île de Sazan…) pour déboucher à San Foca, en Italie.

Ce réseau gazier est exploité par une coentreprise suisse et détenu à 20% par la British Petroleum, à 20% par SOCAR (Azerbaïdjan), à 20% par la Snam (Italie, ENI), à 20% par Fluxys (Belgique) et à 20% par Enagás (Espagne). Remarquons que les Etats-Unis, Israël, la Grèce et la Turquie en sont officiellement absents.

Reste à savoir si l’ensemble du parcours va rester ‘stable’: la Géorgie est actuellement sous influence russe et résiste aux tentatives de l’OTAN d’y installer des bases militaires et d’y provoquer un nouveau coup similaire à l’épisode de Maïdan en Ukraine. Un conflit direct entre l’Europe et la Russie pourrait donc fragiliser cet important maillon de la chaîne.

Quant à la Turquie… c’est la grande inconnue. Elle pourrait très bien moduler le débit de ses robinets, ou y faire passer du gaz russe, en cas de conflit direct avec Israël.

La Turquie, l’élément inconnu et incontournable

Après l’Iran, la Turquie est de plus en plus présentée comme le prochain grand ennemi stratégique d’Israël et la compétition pour la livraison des ressources énergétiques à l’Europe exacerbe les hostilités entre les deux pays.

Un article du 4 mai 2026, intitulé « la prochaine guerre au Moyen-Orient se déroulera-t-elle entre la Turquie et Israël? » parcourt l’évolution des relations entre les deux nations qui ont entretenu de bons rapports durant des décennies, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Recep Erdogan, en 2003. Ce dernier s’est rapproché des mouvements islamistes, affiche ouvertement son soutien à la cause palestinienne et est accusé de soutenir le Hamas. En 2009, les deux pays se sont d’ailleurs affrontés lors du blocus de la bande de Gaza.

Avec la question du transport gazier du gisement du Léviathan, une réconciliation aurait pu s’envisager autour d’intérêts économiques communs, mais les tensions ont repris dès le moment où une alliance s’est créée entre Israël, Chypre et la Grèce, les ennemis séculaires de la Turquie. La tentative de coup d’Etat contre Erdogan en 2016 a durci le régime d’Erdogan, gelé les relations communes et radicalisé leurs échanges.

Il faut dire que la Turquie s’oppose de toutes ses forces aux projets d’exportation du gaz israélien pour favoriser son propre pipeline, pièce centrale du corridor gazier sud-européen, qui connecte les réserves de l’Azerbaïdjan à l’Europe; et qu’elle tente aussi de développer d’autres routes pour s’assurer de nouveaux gains et maintenir son influence géopolitique dans la région.

En 2009, un projet de gazoduc avait été imaginé pour relier le complexe de North Field au large du Qatar à un gazoduc baptisé Nabucco qui démarre au large du Bosphore et censé alimenter les pays de l’Europe de l’Est. Deux tracés différents avaient initialement été proposés: l’un passant par l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et l’autre par l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Irak. Mais le président syrien avait refusé l’accord avec le Qatar et bloqué l’installation du gazoduc sur son territoire sous l’influence de la Russie.

Le projet a donc été abandonné… jusqu’au départ de Bashar el Assad en 2024. Le ministre turc de l’Énergie et des Ressources naturelles avait alors déclaré que le projet de gazoduc pourrait être relancé « si un système de transport sécurisé était mis en place en Syrie et si la stabilité était assurée dans la région ».

Entre-temps North Field et les installations qataries ont été la cible d’attaques par drone en guise de représailles iraniennes aux frappes américaines et ne sont plus en capacité de fonctionner.

Quant à la Syrie: on rappellera ici qu’en 2024, Israël et la Turquie se sont retrouvés nez-à-nez en Syrie, dans la confrontation de leurs intérêts expansionnistes, que les frappes récentes d’Israël sur des positions turques en Syrie doivent aussi être interprétées dans ce contexte, et qu’apparemment elles semblent assez persuasives pour permettre aux compagnies américaines de signer des contrats pour l’exploitation du gaz syrien.

Mais la Turquie ne baisse pas les bras. En juillet 2026, son gouvernement a aussi signé un mémorandum avec la « République turque de Chypre Nord » (qu’elle est la seule à désigner comme telle) pour construire un gazoduc de 101 km reliant directement les deux territoires. Ce projet vise à capter le gaz des gisements chypriotes pour le faire transiter par le sol turc vers l’Europe, et serait un véritable obstacle à EastMed, le grand projet pour acheminer le gaz du Léviathan vers l’Europe.

En somme, la Turquie craint de voir son influence baisser dans la région et tente de jouer sur tous les tableaux. Malgré son appartenance à l’OTAN qui défend systématiquement les intérêts d’Israël, elle a renforcé ses préparatifs militaires, notamment en matière de règles de mobilisation et d’augmentation de capacité d’armes par drones. La situation entre les deux pays se rapproche d’une véritable « guerre froide ». Et même si elle paraît peu probable, une confrontation directe entre ces deux ennemis déclarés ne doit pas être complètement exclue.

Eastmed, le graal israélien

Le tracé du projet Eastmed

En 2013, peu après la découverte des gisements du Léviathan, un pipeline sous-marin nommé EastMed avait été imaginé dans l’idée de relier directement les gisements israéliens et chypriotes à la Grèce et à l’Italie, sans passer par les eaux territoriales de l’Égypte, ni de la Turquie qui s’y oppose catégoriquement depuis le 1er jour.

Mais, le coût de l’opération, estimée à 6 milliards d’euros, et les difficultés techniques liées à la longeur de sa ligne – soit 1900 km de pipeline dont les 1300 km sous l’eau – en ont freiné la construction… jusqu’en 2019, année où le début de la mise en exploitation du Léviathan a relancé le dossier.

En janvier 2019, les ministres de l’énergie de 7 pays de la région du Levant ont conclu un accord pour créer le Forum du gaz de la Méditerranée orientale afin de discuter de l’exploitation des nouvelles ressources. Les membres fondateurs du groupe étaient la Grèce, Chypre, Israël et l’Égypte, mais des représentants de la Palestine, de la Jordanie et du Liban ont également participé aux réunions. Cette situation où ‘tout le monde était autour de la table’ (sauf la Turquie) était particulièrement inhabituelle, mais porteuse d’un espoir de sécurité et de prospérité pour l’ensemble des acteurs de la région.

C’est dans ce contexte que l’autorité palestinienne a donc publié quelques mois plus tard une déclaration définissant le périmètre de ses eaux territoriales, selon les critères de la Convention des droits de la Mer établie par l’ONU; Et que peu après, en janvier 2020, la France et les États-Unis ont demandé à rejoindre le Forum, respectivement en tant que membre et observateur permanent.

Une fois le projet approuvé, Israël a passé une série d’accords avec l’Europe, la Grèce, Chypre et les États-Unis pour financer les travaux, en espérant ouvrir les vannes du gazoduc à destination de l’Europe en 2027.

Mais la Turquie s’est opposée de toutes ses forces à ces plans et l’UE a été obligée d’envisager des alternatives, en premier lieu l’augmentation de la capacité de production de GNL en Egypte, où le gaz est transformé et embarqué. Entre-temps, la guerre en Ukraine et les sanctions prises contre le gaz russe ont renforcé la demande pour les combustibles en provenance du Léviathan. Un accord trilatéral a donc été pris en 2022 entre Israël, l’Égypte et l’UE qui prévoit qu’Israël augmente son débit vers l’Égypte (e.a. via ‘le gazoduc arabe’), mais cela reste insuffisant.

Le rôle clé de l’Egypte

Avec les contrats du Léviathan, et les sanctions contre la Russie, l’Egypte est devenue un hub énergétique majeur dans la fourniture du gaz à l’Europe et à ses voisins du Moyen-Orient. Entre 2020 et 2024, environ 9 milliards de m³ de GNL « égyptien » ont donc atteint le continent, principalement via l’Espagne, l’Italie et la France. Mais le pays doit faire face à ses propres besoins et connaît une baisse importante de la production intérieure depuis 2024. Il a donc commencé à importer de grandes quantités de gaz israélien.

De leur côté, en attendant l’éventuelle construction du gazoduc Eastmed, les exploitants du Léviathan ont mis les bouchées doubles pour augmenter leur capacité d’exportation en GNL à partir de l’Egypte. En août 2025, la compagnie américaine Chevron et d’autres sociétés partenaires ont signé un contrat de 35 milliards de dollars avec l’Egypte en promettant de livrer 130 milliards de mètres cubes d’ici 2040.

Et quelques mois plus tard, en janvier 2026, la décision d’un financement final pour l’élargissement des infrastructures d’exploitation a été adoptée, étape indispensable à la mise en oeuvre matérielle de ces nouveaux contrats d’approvisionnement.

Ces accords ont donc renouvelé le rattachement historique de l’Égypte aux politiques israéliennes et américaines, même si ces pays n’ont plus la faveur de l’opinion de sa population.

Avec le début de la guerre contre l’Iran, le gouvernement égyptien a pris la mesure de sa dépendance à Israël, quand les robinets du Léviathan se sont temporairement fermés… et il n’était pas le seul.

Les voisins d’Israël sont devenus dépendants de ses exportations de gaz

Dans un article du 6 avril intitulé « Le gazoduc arabe au service d’Israël », le journaliste Hisham Bustani affirme que « la crise énergétique née de la guerre contre l’Iran révèle à quel point les voisins d’Israël dépendent de ses exportations de gaz. À travers le « gazoduc arabe », cette dépendance qui touchait l’Egypte et la Jordanie s’étend désormais à la Syrie et au Liban. Elle donne à voir une cartographie complexe qui bénéficie à Tel Aviv et à ses desseins régionaux ».

Bustani explique notamment qu’Israël a en quelque sorte « phagocyté le pipeline gazier qui relie le Liban à l’Égypte en passant par la Syrie et la Jordanie ». Car, selon lui, « Israël qui s’emploie à remodeler la région et à en redessiner la géographie et la politique par la force militaire, déploie aussi un expansionnisme à travers un réseau moins visible: celui des gazoducs ».

Les cercles rouges sur cette carte marquent l’entrée du gaz israélien dans le réseau du gazoduc arabe

L’auteur explique les mécanismes des mixages gaziers et des points d’entrée par lesquels Israël est parvenu à pénétrer dans ce réseau. Le gaz provenant du Léviathan au large de Haifa se connecte au gazoduc arabe dans la région de El-Khanasri au nord de la Jordanie pour rejoindre l’Egypte via le port d’Aqaba.

Initialement conçu comme un projet d’intégration arabe, le « gazoduc arabe » est finalement devenu une infrastructure d’exportation de gaz israélien vers la Méditerranée orientale et un levier de pression considérable dans le contexte politique actuel.

Avec les attaques contre l’Iran, Israël a donc montré qu’il détenait le contrôle sur ses voisins en ayant « la main sur le robinet ». Ainsi, la fermeture temporaire du champ gazier de Léviathan suite aux représailles iraniennes a forcé l’Égypte et la Jordanie à activer des plans d’urgence pour faire face à d’importantes pénuries. Même des pays comme la Syrie ou le Liban y sont soumis, alors qu’ils disposent pourtant de réserves importantes, mais qui restent inexploitées en raison du manque d’infrastructures et de financement.

En attendant, le processus d’intégration du gaz israélien au réseau arabe affirme la centralité d’Israël et lui laisse « la latitude d’utiliser ces coupures d’approvisionnement comme un outil de siège, d’anéantissement, de chantage politique et d’expansion coloniale ». Un élément à retenir dans la saga géopolitique du Moyen-Orient, que l’on ne peut évoquer sans parler de Gaza.

Le gaz de Gaza

Après la mise à jour des champs du Léviathan, Israël et son partenaire ‘observateur américain’ ont poursuivi les négociations avec les membres du Forum économique du gaz ainsi que différents partenaires privés potentiels, mais le partage des ressources avec les voisins (Syrie, Gaza, Liban) et ‘le manque de stabilité politique’ (le Hamas) leur « posaient problème ».

Les attaques du 7 octobre 2023, attribuées au Hamas, ont immédiatement mis fin à la situation. Et quelques jours après le début des bombardements israéliens sur Gaza en octobre 2023, le gouvernement Netanyahou a octroyé de nouvelles autorisations d’exploration en hydrocarbures dans le bassin du Levant à six compagnies, parmi lesquelles le géant italien Eni, la compagnie sud-coréenne Dana Petroleum et la société israélienne Ratio Energies.

L’octroi de ces licences a été immédiatement contesté par des associations palestiniennes de défense des droits de l’homme, au motif qu’elles se situent à l’intérieur des limites maritimes de la Palestine.

Carte des eaux territoriales revendiquées par la Palestine en 2019

Les licenses d’exploration vendues par Israël en octobre 2023 occupent la moitié des eaux revendiquées par les Gazaouis.

Mais les Palestiniens ont perdu toute voix au chapitre. Après 70 000 morts et un accord de cesser le feu passé entre Israël et le Hamas en octobre 2025, Trump a fièrement annoncé lors de la réunion annuelle à Davos la création d’un « Conseil de la paix » censé sécuriser la région, fournir l’aide humanitaire nécessaire et organiser sa reconstruction. Cette nouvelle organisation, dont il s’est proclamé leader à vie et dont les membres doivent aligner un milliard de dollars pour y avoir un siège, a finalement été approuvée par l’ONU, qu’il considère pourtant comme incapable d’apporter des solutions.

Son beau-fils Jared Kushner, a présenté les détails de ce projet pour ‘un nouveau Gaza’. Y figurent un complexe immobilier de luxe, un gigantesque datacenter qui permettra d’opérer une « gouvernance technocratique » de Gaza, un grand centre portuaire pour conteneurs, ainsi qu’une plateforme gazière offshore. Il s’agit donc d’exploiter la fameuse ‘Marine de Gaza » et probablement d’étendre la capacité portuaire d’Israël, puisque celle de Haïfa est trop limitée. La question est de savoir à qui tout cela va bénéficier? Ces bâtiments de luxe et ces profits sont-ils destinés aux 2 millions de Palestiniens qui survivent dans les décombres? Apparemment le projet n’a pas été conçu avec leur participation.

Une vingtaine de pays, principalement de la région du Golfe, ont répondu à l’appel de Donald Trump, mais à l’heure actuelle presqu’aucun engagement n’a été tenu. Il n’y a pas de sécurité, le Hamas n’a pas rendu ses armes, très peu d’aide arrive à la population palestinienne et l’argent pour la reconstruction de Gaza n’est pas là.

C’est sans surprise. En digne représentant de la paix, Trump lance des attaques aériennes contre l’Iran un mois plus tard, sous le nom d’opération Epic Fury. Ce geste et les répliques qui s’en suivent marquent le début d’une réorganisation profonde de la géopolitique énergétique globale, et pour les plus pessimistes, la phase initiale d’une 3ème guerre mondiale.

L’après Ormuz

La fermeture du détroit d’Ormuz a transformé les flux de gaz naturel liquéfié (GNL) en un levier de guerre hybride. Le blocage de cette voie stratégique, par laquelle transitait 20% du GNL mondial, principalement en provenance du Qatar, a eu un impact sur l’approvisionnement global avec une flambée des prix et une dépendance à de nouveaux fournisseurs « exclusifs ».

En dépit des déclarations de victoire de part et d’autre, et du théâtre des négociations de paix menées autour de garanties contre d’éventuelles menaces nucléaires, la situation risque fort de se déteriorer et de s’étendre à d’autres pays et zones du globe.

Les Etats-Unis cherchent à retrouver leur hégémonie par la capture des marchés en hydrocarbures, avec un dollar revalorisé au pétrogaz et un instrument de domination par le contrôle des approvisionnements énergétiques. Tous les moyens sont bons pour y parvenir, le coup du Vénézuéla en est la preuve la plus récente. Un apaisement avec la Russie ou avec l’Iran et la normalisation des marchés en hydrocarbures ne sont vraisemblablement pas dans les tuyaux.

Au Moyen-Orient les objectifs sont clairs: construire un port géant à Gaza pour exploiter le gaz de sa marine, mais aussi pour faire de ce nouveau territoire israélien le point névralgique des échanges commerciaux en provenance d’Asie. C’est ce que Benjamin Netanyahou montre dans ses plans où le « grand Israël » s’intègre à un ‘Nouveau Moyen Orient ». Il y trace d’emblée la route d’une nouvelle voie commerciale, le corridor IMEC Inde-Moyen-Orient-Europe qui devrait relier l’ouest de l’Inde à l’Europe. Ce couloir logistique faciliterait le commerce des marchandises, le transport d’énergies fossiles et renouvelables (cables électriques sous-marins) et constitue une réponse au projet « Belt & Road », la nouvelle route de la soie chinoise.

Mais pour accomplir tout cela, il faudra bien ‘sécuriser tout le Moyen-orient’, avec la puissance de frappe américaine. Cela pourrait bien être dans les cartons: dans un entretien accordé au célèbre journaliste Tucker Carlson, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, n’avait pas hésité à déclarer que « les Etats-Unis ne verraient pas d’inconvénient à ce qu’Israël s’empare de toute la région« .

Pour l’instant, on ne peut pas dire que ‘la victoire des Américains sur l’Iran’ soit éclatante, mais si leur force de frappe militaire par les airs ou sur terre n’est plus en mesure d’assurer une démonstration de force suffisante, leur capacité à contrôler les voies maritimes ne doit pas être sous-estimée. Une bataille navale mondiale est à craindre, elle pourrait même toucher la Méditerranée et des ripostes aériennes sur différents territoires pourraient s’en suivre.

L’Europe est prise en otage par cette situation. Des solutions alternatives pour atteindre une souveraineté énergétique sont envisagées, mais dans l’immédiat elle est forcée de subir les diktats américains et d’ouvrir grand son portefeuille…

 

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jeudi 24 avril 2025

"Virus Covid" la version officielle passe du pangolin au labo de Wuhan. Trump accuse Fauci et la Chine. (article + interview Tocsin)

 

Des informations et des réactions que vous ne lirez pas dans la presse mainstream


Encore un récit bien utile...



Article publié le 22 avril sur Essentiel News, interview sur Tocsin

Après s’être désigné comme sauveur avec le lancement de l’Opération Warp Speed, qui a permis de produire des vaccins “miraculeux” anti-Covid, Trump revient dans le rôle du grand justicier de la pandémie. Au banc des accusés, la Chine, l’OMS, l’ONG Eco Health Alliance, Anthony Fauci, et toute une série d’acteurs que le nouveau Secrétaire à la santé Robert Kennedy Junior avait également dénoncés dans son ouvrage “Labo P4 de Wuhan: que nous a-t-on caché?”

Désormais, la thèse officielle est celle d’un accident survenu au laboratoire de Wuhan qui a été dissimulé par le gouvernement chinois et les autorités de la santé mondiale, dont le Dr Anthony Fauci. Ce dernier est coupable d’avoir manipulé l’enquête sur les origines du virus et d’avoir recommandé des mesures sanitaires inutiles et désastreuses.

L’annonce intervient dans le climat de guerre économique avec la Chine et renforce le lobby de la biosécurité. En revanche, les éléments pointant vers une responsabilité propre ou un évènement planifié et orchestré par un “Etat profond” transnational ne font pas partie du tableau. “Le marais à assécher” semble donc bien délimité.

LA vérité selon Trump

Enième bouleversement à Washington: Trump et son équipe imposent une révision du ‘narratif’ Covid. La Maison Blanche vient de modifier son site d’information sur la pandémie de manière radicale. Au lieu d’une page présentant des données, des tests et différents types de mesures sanitaires, on y découvre aujourd’hui le président Trump au milieu d’un titre géant: “Lab Leak”, the true Origins of Covid-19. Ce visuel choc se réfère bien entendu à la thèse selon laquelle une fuite de laboratoire est à l’origine de la pandémie.

La page reprend les éléments du rapport final de la sous-commission chargée de l’enquête sur les origines du virus dans le cadre de la Commission de contrôle de la gestion pandémique, soumis à la Chambre le 4 décembre 2024. En guise d’introduction, on y lit la phrase suivante:

La publication « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 » – qui a été utilisée à maintes reprises par les responsables de la santé publique et les médias pour discréditer la théorie de la fuite de laboratoire – a été réalisée à l’initiative du Dr Fauci afin de promouvoir la thèse privilégiée selon laquelle le Covid-19 est d’origine naturelle.

L’argument se décline ensuite en 5 points clés:

  1. Le virus possède des caractéristiques biologiques qui ne sont pas naturelles.

  2. Les données montrent que tous les cas de Covid ont émergé suite à une transmission unique vers l’homme. Cela contredit les épidémies où il y a eu différentes sources de contamination par les animaux.

  3. Wuhan abrite le plus important laboratoire de recherche sur le SRAS en Chine, qui mène depuis longtemps des recherches sur le gain de fonction (modification génétique et aggravation de la dangerosité) dans des conditions de biosécurité inadéquates.

  4. Des chercheurs de l’institut de virologie de Wuhan ont été malades et ont présenté des symptômes typiques du Covid, à l’automne 2019, plusieurs mois avant que l’on ne parle de patients provenant du marché de Wuhan.

  5. Selon presque toutes les recherches scientifiques, s’il existait des preuves d’une origine naturelle, elles auraient déjà été découvertes. Mais ce n’est pas le cas.

Revirement sur les “mesures Covid”

La suite est une série d’affirmations brèves et incisives, incluant la condamnation de plusieurs politiques sanitaires et de leurs auteurs. On y lit par exemple que:

Les confinements prolongés ont causé des dommages incommensurables non seulement à l’économie américaine, mais aussi à la santé mentale et physique des Américains, avec des effets particulièrement négatifs sur les jeunes citoyens. Plutôt que de donner la priorité à la protection des populations les plus vulnérables, les politiques fédérales et étatiques ont contraint des millions d’Américains à renoncer à des éléments essentiels d’une vie saine et financièrement stable.

Ou encore que:

La recommandation de distanciation sociale — qui a entraîné la fermeture des écoles et des petites entreprises dans tout le pays — était arbitraire et non fondée sur des données scientifiques. Lors d’une audition à huis clos, le Dr Fauci a déclaré que cette recommandation «était en quelque sorte apparue toute seule».

Et à propos des masques:

Qu’il n’existait aucune preuve concluante que les masques protégeaient efficacement les Américains contre la Covid-19. Les responsables de la santé publique ont changé d’avis à plusieurs reprises sur l’efficacité des masques sans fournir de données scientifiques aux Américains, ce qui a entraîné une forte augmentation de la méfiance du public.

Les coupables du désastre

Dans ce véritable pamphlet, les coupables sont désignés: en premier lieu la Chine, l’Institut national de la santé et son directeur Anthony Fauci, Eco Health Alliance, la société qui finançait les recherches de gain de fonction et son patron Peter Daszak, mais aussi Joe Biden et son gouvernement, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo ou encore les scientifiques et les médias impliqués dans la censure et la manipulation des informations.

Pas de pitié non plus pour l’OMS, dont la réponse est qualifiée d'”abominable échec” (an “abject failure”), parce qu’elle se serait pliée à la pression du Parti communiste chinois. Et le texte en profite d’ailleurs pour rappeler que selon Trump et son gouvernement:

L’initiative visant à résoudre les problèmes exacerbés par la pandémie de Covid-19 — par le biais d’un « traité sur les pandémies » — pourrait nuire aux États-Unis.

En somme, il s’agit non seulement d’imposer avec force une nouvelle vérité officielle sur le Covid, mais surtout d’en faire une arme politique.

Le renseignement en renfort

S’il n’y a pas de grandes révélations, puisque ces conclusions avaient déjà été exposées il y a quelques mois, la force et le ton surprennent. D’autant que ces annonces sont appuyées par le patron de la CIA, John Ratcliffe, qui a ordonné la divulgation d’un rapport de synthèse sur l’origine du Covid, au lendemain du retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Dans ce document, l’agence privilégiait la thèse de la fuite de laboratoire, sur celle d’une transmission naturelle par les animaux.

Ratcliffe, qui avait déclaré à la commission sur les origines du Covid que cela lui semblait être la seule explication plausible, répète depuis 2021 que la Chine est coupable d’avoir orchestré une gigantesque opération visant à masquer sa responsabilité dans la pandémie. Selon lui, le CCP aurait procédé à “la destruction de tests médicaux, d’échantillons et de données, à l’intimidation et à l’élimination de témoins et de journalistes, en passant par le mensonge et la coercition des autorités sanitaires mondiales, voire la diffusion de propagande”.

Par ailleurs, 2 autres agences, le FBI et le Département de l’énergie, avaient rendu les mêmes conclusions, mais sans révéler leurs sources. Christopher Wren, le directeur du FBI, avait déclaré que la Chine faisait tout pour entraver l’enquête. Et le Département de l’énergie, qui supervise le programme américain d’armement nucléaire et gère un réseau de laboratoires nationaux, avait rendu un avis similaire.

Tensions renouvelées avec la Chine

Il faut dire que dès le départ, Donald Trump n’a cessé de pointer son rival du doigt, en parlant du Covid comme du “virus chinois”. Dans une interview datée de mai 2021, il dressait le contexte géopolitique de cette obsession à un journaliste de la BBC:

Qu’est-ce qui vous donne un haut degré de confiance dans le fait que le Covid provient de l’Institut de virologie de Wuhan ? Donald Trump :

Je ne suis pas autorisé à vous dire cela, mais poursuivez vos questions.

Monsieur le Président, envisageriez-vous que les États-Unis ne paient pas leurs dettes envers la Chine en guise de punition pour le virus ?

Donald Trump :

Disons que je peux agir différemment. Je peux faire la même chose, et même pour plus d’argent, en imposant des droits de douane. Je n’ai donc pas besoin de recourir à cette solution. Il s’agit d’environ un trillion de dollars, un peu plus si j’ai bien compris, un trillion de dollars. Mais nous pouvons le faire d’une manière, je pense, probablement un peu plus directe. Quand on commence à jouer à ces jeux, c’est difficile. Mais, nous devons protéger le dollar. Nous devons protéger le caractère sacré et l’importance du dollar.

En réaction au rapport du Département de l’énergie américain de février 2023, le ministère chinois des affaires étrangères avait exprimé son vif mécontentement. Son porte-parole Mao Ning avait déclaré que «les parties concernées devraient cesser d’agiter des arguments sur les fuites de laboratoires, cesser de dénigrer la Chine et cesser de politiser la question de l’origine du virus».

La nouvelle doxa sur l’origine du virus s’inscrit donc bien dans ce théâtre politique d’une escalade face à la Chine, avec des perspectives qui dépassent la seule guerre commerciale. Car, si la Chine était accusée d’avoir voulu développer une arme biologique à Wuhan, cela ouvrirait potentiellement la porte à une réponse nucléaire des États-Unis.

La course aux armes biologiques

La saga de l’origine du virus, qui a été décrite de manière très détaillée dans le livre de Robert Kennedy Junior, “Labo P4 à Wuhan: que nous a-t-on caché?”, revêt ici une importance particulière dans la mesure où elle s’attarde sur les expériences de “gain de fonction” menées dans le cadre d’une “terrifiante course aux armes biologiques“, pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage.

En exposant de manière passionnante les décennies de recherches visant à développer des armes biologiques, de l’Allemagne nazie aux États-Unis, en passant par le Japon, Kennedy confirme l’importance de cette thématique dans les programmes militaires. Malheureusement, cet éclairage alimente la rhétorique de la menace bioterroriste ou des risques liés à l’utilisation d’armes de destruction massive.

L’on voit déjà comment Trump et ses supporters sont prêts à s’en saisir. Il suffirait de quelques nouveaux rapports de la CIA pour lancer de telles accusations et enclencher des logiques guerrières, ou à tout le moins leur financement massif. Pourtant, il ne faudrait pas grand chose pour calmer le jeu. Si l’on investit bien des montants astronomiques dans ce type de recherches, cela ne signifie pas que la menace soit aussi importante qu’on ne le prétend.

C’est en tout cas l’avis du prof. Martin Zizi, ancien expert en armes chimiques et biologiques auprès du Conseil de sécurité de l’ONU durant 15 ans. À l’entendre, la possibilité de concevoir des armes biologiques pour créer des pandémies est quasi nulle, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, si le fait de manipuler un virus dans un laboratoire n’est guère compliqué, en faire une arme de destruction massive efficace que l’on peut contrôler à l’échelle planétaire est particulièrement difficile. Ensuite vient la difficulté de se protéger soi-même des conséquences de cette arme (il serait bien plus simple d’utiliser des vaccins qui permettent de sélectionner et limiter les cibles). Enfin, il est assez aisé de détecter une trace biologique de ce type d’armes, ce qui ouvre la porte à une réplique par l’utilisation d’armes de destruction de masse.

D’un narratif à l’autre

La version “chauve-souris et pangolin” servait l’agenda d’un gouvernement mondial protecteur face à un ennemi insaisissable composé de virus, de chaleur et de carbone. C’est le récit qui promeut la surveillance et le contrôle des populations par l’anticipation de menaces communes invisibles. L’on parle ici des politiques de l’OMS et des agences onusiennes telles: “une seule santé”, “la santé liée au climat”, “le traité pandémie” ou le passe sanitaire.

Le manque d’enthousiasme des peuples à la démesure de ce projet devait fatalement conduire à acclamer sa version contraire (accélérer).

La présentation de la saga du “supervirus expérimental venu du laboratoire de l’ennemi” correspond à la réaction en miroir. Ici, plus question de noyer l’individu dans la masse du “one world” contre le virus, ni de mettre l’accent sur le bien commun. C’est le versant complémentaire qui prend le relais: celui où chacun est clairement identifié. Le héros agit en surhomme pour défendre ses intérêts propres, face à des ennemis nommés comme tels. C’est Trump contre Fauci, Daszak, Cuomo et l’OMS ou même la Chine toute entière.

Ce ne sont pas les traités de l’OMS ni ‘le consensus scientifique’ qui imposeront leur loi, mais “celui qui a été élu”.

Cette fois la stratégie accélérationiste, qui vise à “démolir pour mieux reconstruire” un nouvel ordre mondial, se déclinera sous d’autres motifs: la nécessité de sauver le dollar et l’hégémonie américaine face aux BRICS et à la concurrence chinoise, et le besoin de durcir le ton face à des nations hostiles, quitte à provoquer une 3ème guerre mondiale.

La version manquante

Plusieurs éléments manquent au nouveau “narratif” pour qu’il soit réellement inspirant.

Tout d’abord une tentative, une once de mea culpa ou de prise de responsabilité personnelle de la part de Trump, qui a toutes les circonstances atténuantes d’avoir été trompé, aurait été de bon ton. Ou faut-il se contenter d’admirer le tour de force qui consiste à se poser en justicier pour dénoncer des politiques que l’on a soi-même approuvées?

Car, s’il veut réellement s’opposer à l’État profond qu’il prétend combattre, Trump a ici tous les éléments nécessaires et l’occasion rêvée pour le faire. A titre d’exemple, il peut citer le rôle de Bill Gates et d’un nombre d’acteurs impliqués dans la “planification” des pandémies comme Robert Kadlec ou des compagnies mafieuses comme Emergent Biosolutions.

Il peut déconstruire la notion même de pandémie, en dénonçant la supercherie des tests PCR en provenance d’Allemagne et en expliquant qu’il s’agit d’une fausse menace. Et il peut même en profiter pour retirer du marché les fameux vaccins Covid, en disant qu’on lui a caché les traitements existants, efficaces et bon marché et que la pandémie est finie.

Mieux encore, il peut pointer du doigt les géants de la finance et les banquiers centraux qui se sont réunis le 22 août 2019 pour approuver le plan de Blackrock et lancer le grand reset économique “de la prochaine grande crise/pandémie en arrivage” (le plan monétaire lié à la pandémie est connu sous le nom du “Going down reset“).

Et, dans ce monde parallèle, Trump pourrait même renvoyer la balle vers la communauté scientifique en lui demandant de prouver l’existence du virus Sars-cov-2… et de tous les autres. Histoire d’avoir la paix pendant la suite de son mandat.

Pourquoi pas? Puisque Trump peut tout.

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Lab Leak : « Tout a été caché par Anthony Fauci avec une série de complices ainsi que l’OMS »


 

dimanche 11 août 2024

Le passeport vaccinal européen dès septembre dans 5 pays pilotes


 La #cve , la Carte de Vaccination Européenne sera lancée dès septembre 2024 dans 5 pays pilotes. Elle consolidera non seulement toutes les données de vaccination en un seul endroit, mais aussi des “métadonnées” téléchargeables que l’on pourra partager avec un code QR. Toutes les infos ici : *https://essentiel.news/passeport-vacc... @@essentiel_news @BruxellesCitoyens @CandidatsCollectifCitove-ew1mp #EUVABECO En partant de l'urgence à refuser le PASS VACCINAL EUROPÉEN LANCÉ DANS 5 PAYS PILOTES 🇧🇪🇩🇪🇬🇷🇵🇹🇱🇻 DÈS SEPTEMBRE 2024*, tour d'horizon de l'actualité brûlante de la rentrée par @SentaDepuydt 7:24 Mainmise de l'#oms 14:42 Saisie prochaine par l'UE des compétences santé nationales 16:54 #vaccins #covid : scandale #EmergentBioSolutions vs J&J** 19:12 Des nouvelles de @TeamKennedy24

lundi 8 juillet 2024

Survivantes des abus rituels, pourquoi peut-on les croire?

 

Des informations et des réactions que vous ne lirez pas dans la presse mainstream


Quand les pièces du puzzle s'assemblent, la théorie des faux souvenirs s'envole

Consultez la carte des séances les Survivantes sur le site du film

Projection au grand Rex à Paris le 20 juillet avec toute l’équipe

Article de Senta Depuydt publié sur Essentiel.news le 6 juillet 2024

Avec la sortie du documentaire “Les Survivantes” de Pierre Barnérias, le sujet de la pédocriminalité de réseau est à nouveau au centre de l’attention. Face à des témoignages insoutenables et à des accusations gravissimes, il est compréhensible que l’on se refuse de croire à cette réalité. Par ailleurs, même si les récits ont l’air sincères, le doute doit certainement faire partie des premiers réflexes de tout être sain d’esprit, a fortiori lorsque l’on est journaliste, thérapeute ou enquêteur.

Comme on le découvre tout au long du documentaire et dans de nombreux autres témoignages, la plupart des survivantes disent avoir longtemps oublié ce qu’elles ont vécu. Ce phénomène d’amnésie traumatique est généralement compris comme une réaction de protection mise en place par le cerveau des victimes pour ‘continuer à vivre’ sans perdre la raison. En général, les souvenirs ne reviennent que des dizaines d’années plus tard, tels des pièces de puzzle qui s’assemblent de manière progressive.

Mais ces témoignages sont souvent discrédités et considérés comme “des faux souvenirs”. Certains affirment qu’ils seraient induits par de “mauvais thérapeutes” pratiquant des techniques comme l’hypnose régressive chez des femmes souffrant de troubles psychiques (l’on retrouve souvent le cliché machiste de “la femme hystérique” chez ces critiques).

La question est donc de savoir comment l’on peut distinguer le vrai du faux et quels sont les éléments qui interviennent dans une telle appréciation.

Dans cette interview de Pierre Barnérias, les 2 survivantes Chantal Frei et Sophie et la journaliste Senta Depuydt qui a collaboré au film, expliquent comment leur rencontre a permis de recouper leurs informations et de confirmer la réalité de leurs souvenirs.

L’attitude juste

Les journalistes et témoins rappellent qu’il ne s’agit pas de cautionner tous les récits de personnes qui prétendent être victime d’abus ou de crimes. Il est vrai que certaines personnes souffrent de mythomanie et que d’autres peuvent imaginer avoir vécu des situations qui ne sont pas réelles.

Par ailleurs, les personnes traumatisées ont souvent des difficultés à se remémorer l’entièreté d’une scène violente. Leurs souvenirs se présentent sous forme de flashs et d’images qui sont parfois flous ou morcelés. Il est également possible que des mémoires authentiques soient mélangées à des images projetées ou suggérées (en particulier lors de la prise de drogue) et que leur imagination cherche à ‘compléter’ des informations manquantes.

De manière surprenante, certaines mémoires refoulées peuvent aussi remonter avec une précision hors du commun, quasi photographique. Tout cela semble parfois déroutant ou peu convaincant, mais ce n’est pas une raison de rejeter ces récits en bloc, ni de se moquer des victimes, car elles expriment de toute évidence une souffrance qui est bien réelle.

La violence rituelle en réseau existe réellement, on ne peut plus se permettre de le nier.

Une rencontre qui lève les doutes

Avant de collaborer à ce documentaire, la journaliste Senta Depuydt a d’abord eu l’occasion de s’entretenir à maintes reprises avec Sophie, leur première rencontre remontant à plusieurs années. Elle a progressivement gagné sa confiance et pu observer une progression importante dans sa manière de s’exprimer, car Sophie a longtemps été affligée d’un fort bégaiement, lorsqu’elle évoquait ses souvenirs.

Toutefois, même si au fil des rendez-vous, les récits de Sophie semblaient cohérents et sa sincérité manifeste, le doute restait toujours de mise, car il semblait difficile d’imaginer que les horreurs décrites dans ces scènes aient réellement pu se dérouler.

C’est à l’occasion du tournage de la fin du documentaire que Senta Depuydt a pu assister à la 1ère rencontre entre 3 survivantes: Chantal Frei, de Suisse, Sophie qui vit en Belgique et Anneke Lucas, une compatriote belge émigrée aux États-Unis. Après les présentations et l’assurance de la confidentialité des échanges, la confiance s’est installée et les 3 femmes ont échangé les noms des principaux lieux et personnages auxquels elles ont eu affaire. Au bout de quelques minutes, ce fut le choc: chacune avait des noms et des lieux communs avec les deux autres et leurs informations se complétaient.



La découverte de ces éléments partagés suscitait une vive émotion. D’une part, chacune éprouvait un soulagement de voir sa propre histoire confirmée, car elle pouvait se dire “cela montre bien que je ne suis pas folle, contrairement à ce que d’autres tentent de me faire croire.” D’autre part, ce rappel à la vérité et la découverte de nouvelles informations réactivaient leur vécu traumatique. L’une d’elles fût immédiatement prise par de fortes nausées.

Pour la journaliste cette rencontre fut décisive. A partir de ce moment là, il n’y avait plus de doute possible quant à la réalité des phénomènes décrits et c’était un devoir moral que de les dénoncer.

Le langage corporel

En public, la parole de ces femmes peut sembler cynique, détachée, ou étonnamment souriante face à la caméra, alors qu’en privé l’on assiste parfois à des réactions bien plus émotionnelles. Cette étonnante maîtrise s’exprime notamment par le fait qu’une victime qui se plaint trop ou qui exprime sa souffrance risque d’y perdre la vie.

Pour beaucoup de survivantes, c’est souvent le corps qui se souvient et qui s’exprime en premier. Un nom, une photo, une phrase, et le corps se fige, sue, tremble, pâlit, la personne est prostrée, a le vertige ou se met à bégayer.

En quelques occasions, il y a aussi eu des moments de décharge émotionnelle avec des sanglots ou même des hurlements. Si ces réactions ne prouvent pas les éléments décrits, le fait qu’elles surviennent de manière spontanée lors de rencontres entre témoins et journalistes (hors d’un contexte thérapeutique) contribue à la crédibilité des récits. Difficile de faire semblant d’être traumatisé, en particulier sur du long terme…

Les témoignages des proches

Le fait que des personnes proches soient en mesure de confirmer certaines informations est aussi très important pour renforcer la confiance dans ces témoignages. Senta Depuydt et Pierre Barnérias ont pu rencontrer la mère de Sophie, une dame qui ignorait tout des sévices infligés à sa fille, lorsqu’elle était enfant, mais qui a pu confirmer le changement de comportement et le mal-être qu’elle avait observé chez elle.

Oui, Sophie est bien passée par l’anorexie, elle a perdu ses cheveux, perdu l’ouïe et passé son temps libre dans une armoire pendant plus d’une année. Lorsque Sophie a retrouvé la mémoire et l’a interrogée des dizaines d’années plus tard, sa mère confirme l’avoir confiée durant ses absences, aux baby-sitters qui sont devenus ses bourreaux. Elles ont aussi montré les carnets de dessin où Sophie a tenté d’exprimer l’horreur de ce qu’elle a vécu.

Dans le cas de Chantal Frei, qui affirme avoir grandi dans une famille du réseau, les journalistes ont également pu rencontrer une de ses soeurs, qui a subi le même type de violence rituelle durant son enfance.

Preuves matérielles

En plus de descriptions très précises de lieux, de voitures, de personnes, d’animaux, d’objets utilisés dans les séances de torture ou de rituels, il existe dans certains cas de véritables éléments de preuves matérielles: par exemple des photos, des films, ou des vidéos, parfois des documents officiels tels que des rapports et certificats médicaux, actes des tribunaux.

À ceux qui “exigent” que l’on exhibe séance tenante toutes ces preuves et que l’on publie de suite la liste des coupables, pour prouver que ce ne sont pas des fables, l’on répondra que d’une part, les survivantes et les journalistes ont le droit de se protéger des risques sur leur personne, et que d’autre part, une exhibition inutile pourrait compromettre un éventuel travail d’enquête judiciaire.

L’on objecte parfois qu’il n’y a pas de traces de cadavres et que les signalements d’enfants disparus sont rares. De toute évidence, ces criminels ne sont pas des idiots. Ils savent comment faire disparaître les preuves et déploient énormément d’originalité dans ce domaine (mais c’est un point qu’il ne nous semble pas utile de développer dans cet article).

D’autre part, beaucoup d’enfants n’ont pas d’identité: certains sont enlevés à l’étranger, ils proviennent d’Afrique ou des pays de l’Est, d’autres sont ‘morts nés’ dans les hôpitaux, d’autres proviennent d’orphelinats ou de familles de clandestins, enfin, il y a les enfants qui naissent dans le réseau et qui ne sont jamais déclarés, puisqu’ils sont destinés à être sacrifiés.

Les témoignages de tiers

La sortie du film a incité d’autres survivant.e.s (il y a également de nombreux garçons parmi les victimes) à dénoncer l’horreur dont ils/elles ont été victimes. Et d’autres personnes par exemple, des voisins, des membres de famille éloignés, des fournisseurs, des employés se manifestent.

Certains vont par exemple dévoiler l’architecture d’un bâtiment, d’autres confirmer l’existence d’un animal hors normes, attester des relations entre différentes personnes ou révéler les confessions d’un ami disparu. C’est tout le vaste puzzle des réseaux qui commence à se construire grâce à ces multiples témoignages, mais il faut se rappeler que chaque affirmation doit être prise avec du recul et faire l’objet d’un travail de vérification et que l’intention des survivantes et des journalistes est avant tout d’alerter le public, pas de se substituer à des enquêteurs de police criminelle.

Menaces sur les témoins

Enfin, il y a malheureusement les pressions subies par les témoins depuis plusieurs mois. Toutes les participantes au film en ont reçues. Il s’agit de menaces directes, menaces par téléphone, représailles sous forme de rupture de contrat, de blocage de comptes, mais aussi des sabotages de voiture, des cambriolages, bris de porte, vol de documents et même des tentatives d’empoisonnement. Rien n’a été épargné à ces femmes qui ont choisi d’affronter tous ces risques pour sortir ce film.

Une autre vision du monde et de l’humain

Le documentaire sur les survivantes des réseaux suscite bien des réactions. Il dévoile non seulement un enfer sur terre, mais il change aussi notre compréhension du monde et de l’humain.

Comment comprendre le phénomène de la mémoire qui passe de l’oubli au souvenir précis? Comment expliquer les troubles de la personnalité fragmentée, la dissociation et même la “programmation des individus”?

Comment les réseaux pédocriminels s’y prennent-ils pour opérer à l’insu de tous? Sans parler de l’existence de rituels sataniques? Comment trouver du sens à tout cela?

Et quelles solutions peut-on mettre en place pour mettre fin à cette “hégémonie du mal”?

Chacun de ces sujets mérite qu’on l’explore de manière approfondie. Pour l’heure, il faut commencer par dénoncer et attester l’existence des pratiques barbares héritées d’un âge que l’on croyait éteint.

Pour aller plus loin et en prévision d’un entretien suivant:

Anneke Lucas, dont il est également question dans l’entretien ci-dessus a fait une présentation qui déconstruit et remet en contexte la théorie des faux souvenirs lors de la conférence internationale sur les abus rituels qui s’est tenue à Londres en juillet 2023.



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