mercredi 23 septembre 2026

Comment Washington aurait mis la main sur l'énergie mondiale

Source :  https://www.limpertinentmedia.com/post/comment-washington-aurait-mis-la-main-sur-l-energie-mondiale?fbclid=IwY2xjawUgjPxwZG9mAWV4dG4DYWVtAjEwAGJyaWQRMEZiRG1CdWhIdEU0MDJtUk9zcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEedsR0oPGRCpxrkPdCniBc60od-RO85f4BReWHqN6C6bdBb6orVr4sEpLMLnY_aem_cFhYrrUFNB8Q-fiGdEWp9Q

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Dans une longue enquête, le journaliste indépendant Richard Medhurst soutient que les États-Unis ont profité de la guerre contre l'Iran pour éliminer leurs concurrents gaziers, remplacer Nord Stream et adosser le dollar à leurs propres hydrocarbures.

 Journaliste indépendant syro-britannique, Richard Medhurst s'est fait connaître par sa couverture critique de la politique occidentale au Proche-Orient et par son travail sur la poursuite de Julian Assange. En août 2024, il était interpellé à son arrivée à Heathrow, retenu près de vingt-quatre heures au titre de la loi antiterroriste britannique, ses appareils saisis. La Fédération internationale des journalistes avait protesté.

L'homme de 34 ans vient de publier une enquête au long cours dont la thèse est la suivante: le pétrodollar est mort, remplacé par ce qu'il appelle le «pétrogaz-dollar».

Le raisonnement part d'un renversement. Pendant des décennies, une flambée des prix de l'énergie était une mauvaise nouvelle pour Washington. Ce n'est plus le cas, affirme Medhurst, depuis que les États-Unis sont devenus les premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz et les premiers exportateurs de gaz naturel liquéfié. Le chaos énergétique ne serait plus un risque à redouter, mais un objectif à provoquer.

Selon lui, la méthode a été rodée sur l'Ukraine. En sanctionnant Moscou et en détruisant Nord Stream (selon la thèse du journaliste Seymour Hersh) les États-Unis n'auraient pas seulement affaibli la Russie: ils auraient transformé l'Europe en client captif, passant de 9% de l'approvisionnement énergétique européen à la première place sur le charbon, le pétrole et le GNL. Le gaz américain traverse deux océans, il coûte cher, et personne ne l'aurait acheté avec du gaz russe bon marché à côté. Il fallait donc supprimer la concurrence.

La guerre contre l'Iran aurait servi à recommencer, cette fois contre le Qatar. Medhurst soutient que Doha a été poussée à déclarer la force majeure dès la première semaine du conflit, puis que les frappes sur Ras Laffan, mi-mars, ont retiré du marché le plus grand champ gazier du monde. Il juge politiquement et logistiquement impossible qu'Israël ait mené cette frappe sans en avertir Washington. Neuf jours plus tard, un cyclone mettait hors service la moitié des terminaux australiens. En une semaine et demie, affirme-t-il, les deux premiers concurrents des États-Unis disparaissaient du tableau, et les prix du GNL s'envolaient, en Europe et en Asie seulement.

Le journaliste décrit ensuite la construction de ce qu'il appelle une artère méditerranéenne, appelée à se substituer symétriquement au gazoduc russe détruit. Il y voit le rôle central de Chevron, qui a selon lui signé en décembre un accord gazier de 35 milliards de dollars avec Israël, préparé de longue date, avant d'enchaîner sur la Syrie, la Grèce et Chypre. Le bassin levantin, situé au large de la Syrie, du Liban et de la Palestine, représenterait à lui seul plus d'un demi-billion de dollars. Medhurst soutient que les ports de la côte ont tous été détruits sauf ceux d'Israël, empêchant les riverains d'accéder à leurs propres ressources. Il relève également que la résolution 2803 du Conseil de sécurité, censée organiser la reconstruction de Gaza, ne mentionne pas une seule fois les mots «énergie» ou «gaz», alors que des plateformes pétrolières et gazières sont apparues sur les visuels promotionnels présentés au premier sommet du Conseil de paix.

Mais l'Europe n'est qu'une étape. La cible, écrit-il, c'est la Chine. Trop grande pour être détruite, elle doit être contrôlée. Environ un tiers du pétrole chinois vient de Russie, d'Iran et du Venezuela, et ces trois partenaires auraient été visés simultanément en quatre-vingt-dix jours. Au Venezuela, une flotte américaine déployée dès septembre 2025 sous prétexte de lutte antidrogue aurait servi à encercler le pays, puis à piller son pétrole, jusqu'à l'enlèvement du président Nicolás Maduro en janvier et la capture des plus grandes réserves de brut de la planète. Medhurst rapporte que Donald Trump s'est vanté quelques jours plus tard de contrôler 62% du pétrole mondial. En parallèle, les pétroliers russes auraient été traqués de la Baltique à l'Arctique sous couvert d'une opération de l'OTAN, et les exportations iraniennes désorganisées par la guerre. Il y voit une manœuvre en tenaille dont la coordination ne doit rien au hasard.

Il décrit au passage un raffinement du dispositif. Les raffineries chinoises dites «théières» sont conçues pour traiter le brut lourd vénézuélien; en le détournant vers le golfe du Mexique, Washington priverait la Chine de la matière que ses installations savent cuire, tout en faisant tourner les siennes à plein régime et en exportant son propre pétrole léger au prix fort.

Le basculement serait aussi doctrinal. Les États-Unis abandonneraient le modèle de l'occupation terrestre au profit d'une interdiction maritime généralisée, documentée selon lui par un plan publié par la Maison-Blanche en février. Celui-ci impose progressivement l'usage de navires de construction américaine à quiconque commerce avec le pays. Medhurst relève que Donald Trump a proposé de protéger les navires marchands à «un prix très raisonnable», alors que la seule menace pesant sur la liberté de navigation serait précisément celle qui offre de la garantir.

Il y voit enfin la confirmation d'un retour forcé au billet vert: en mars, selon les chiffres qu'il cite, la part du dollar dans les paiements internationaux transitant par SWIFT aurait atteint un record de 51,1%, contre 49,25% le mois précédent. Signe que le monde serait physiquement contraint de payer en dollars la seule énergie encore disponible sur le marché.

De tout cela, Medhurst tire une conclusion qui vise directement les BRICS: la dédollarisation ne sert à rien si les cargaisons n'arrivent pas. Washington, écrit-il, n'exclut plus ses adversaires des marchés occidentaux, il les empêche physiquement de commercer entre eux.

En 2024, Richard Medhurst avait accordé une interview au podcast d'Antoine André, The SwissBox Conversation



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