jeudi 1 septembre 2022

Quand Alexandre Zinoviev dénonçait la tyrannie mondialiste et le totalitarisme démocratique

 Source : https://www.toupie.org/Textes/Zinoviev_2.htm

Dernier entretien en terre d'Occident : juin 1999

Entretien réalisé par Victor Loupan à Munich, en juin 1999,
quelques jours avant le retour définitif d'Alexandre Zinoviev en Russie ;
extrait de "La grande rupture", aux éditions l'Âge d'Homme.



Philosophe, logicien, sociologue,
et écrivain dissident soviétique.


Victor Loupan : Avec quels sentiments rentrez-vous après un exil aussi long ?

Alexandre Zinoviev : Avec celui d'avoir quitté une puissance respectée, forte, crainte même, et de retrouver un pays vaincu, en ruines. Contrairement à d'autres, je n'aurais jamais quitté l'URSS, si on m'avait laissé le choix. L'émigration a été une vraie punition pour moi.

V. L. : On vous a pourtant reçu à bras ouverts !

A. Z. : C'est vrai. Mais malgré l'accueil triomphal et le succès mondial de mes livres, je me suis toujours senti étranger ici.

V. L. : Depuis la chute du communisme, c'est le système occidental qui est devenu votre principal objet d'étude et de critique. Pourquoi ?

A. Z. : Parce que ce que j'avais dit est arrivé : la chute du communisme s'est transformée en chute de la Russie. La Russie et le communisme étaient devenus une seule et même chose.

V. L. : La lutte contre le communisme aurait donc masqué une volonté d'élimination de la Russie ?

A. Z. : Absolument. La catastrophe russe a été voulue et programmée ici, en Occident. Je le dis, car j'ai été, à une certaine époque, un initié. J'ai lu des documents, participé à des études qui, sous prétexte de combattre une idéologie, préparaient la mort de la Russie. Et cela m'est devenu insupportable au point où je ne peux plus vivre dans le camp de ceux qui détruisent mon pays et mon peuple. L'Occident n'est pas une chose étrangère pour moi, mais c'est une puissance ennemie.

V. L. : Seriez-vous devenu un patriote ?

A. Z. : Le patriotisme, ce n'est pas mon problème. J'ai reçu une éducation internationaliste et je lui reste fidèle. Je ne peux d'ailleurs pas dire si j'aime ou non la Russie et les Russes. Mais j'appartiens à ce peuple et à ce pays. J'en fais partie. Les malheurs actuels de mon peuple sont tels, que je ne peux continuer à les contempler de loin. La brutalité de la mondialisation met en évidence des choses inacceptables.

V. L. : Les dissidents soviétiques parlaient pourtant comme si leur patrie était la démocratie et leur peuple les droits de l'homme. Maintenant que cette manière de voir est dominante en Occident, vous semblez la combattre. N'est-ce pas contradictoire ?

A. Z. : Pendant la guerre froide, la démocratie était une arme dirigée contre le totalitarisme communiste, mais elle avait l'avantage d'exister. On voit d'ailleurs aujourd'hui que l'époque de la guerre froide a été un point culminant de l'histoire de l'Occident. Un bien être sans pareil, de vraies libertés, un extraordinaire progrès social, d'énormes découvertes scientifiques et techniques, tout y était ! Mais, l'Occident se modifiait aussi presqu'imperceptiblement. L'intégration timide des pays développés, commencée alors, constituait en fait les prémices de la mondialisation de l'économie et de la globalisation du pouvoir auxquels nous assistons aujourd'hui. Une intégration peut être généreuse et positive si elle répond, par exemple, au désir légitime des nations-soeurs de s'unir. Mais celle-ci a, dès le départ, été pensée en termes de structures verticales, dominées par un pouvoir supranational. Sans le succès de la contre-révolution russe, il n'aurait pu se lancer dans la mondialisation.

V. L. : Le rôle de Gorbatchev n'a donc pas été positif ?

A. Z. : Je ne pense pas en ces termes-là. Contrairement à l'idée communément admise, le communisme soviétique ne s'est pas effondré pour des raisons internes. Sa chute est la plus grande victoire de l'histoire de l'Occident ! Victoire colossale qui, je le répète, permet l'instauration d'un pouvoir planétaire. Mais la fin du communisme a aussi marqué la fin de la démocratie. Notre époque n'est pas que post-communiste, elle est aussi post-démocratique. Nous assistons aujourd'hui à l'instauration du totalitarisme démocratique ou, si vous préférez, de la démocratie totalitaire.

V. L. : N'est-ce pas un peu absurde ?

A. Z. : Pas du tout. La démocratie sous-entend le pluralisme. Et le pluralisme suppose l'opposition d'au moins deux forces plus ou moins égale ; forces qui se combattent et s'influencent en même temps. Il y avait, à l'époque de la guerre froide, une démocratie mondiale, un pluralisme global au sein duquel coexistaient le système capitaliste, le système communiste et même une structure plus vague mais néanmoins vivante, les non-alignés. Le totalitarisme soviétique était sensible aux critiques venant de l'Occident. L'Occident subissait lui aussi l'influence de l'URSS, par l'intermédiaire notamment de ses propres partis communistes. Aujourd'hui, nous vivons dans un monde dominé par une force unique, par une idéologie unique, par un parti unique mondialiste. La constitution de ce dernier a débuté, elle aussi, à l'époque de la guerre froide, quand des superstructures transnationales ont progressivement commencé à se constituer sous les formes les plus diverses : sociétés commerciales, bancaires, politiques, médiatiques. Malgré leurs différents secteurs d'activités, ces forces étaient unies par leur nature supranationale. Avec la chute du communisme, elles se sont retrouvées aux commandes du monde. Les pays occidentaux sont donc dominateurs, mais aussi dominés, puisqu'ils perdent progressivement leur souveraineté au profit de ce que j'appelle la "suprasociété". Suprasociété planétaire, constituée d'entreprises commerciales et d'organismes non-commerciaux, dont les zones d'influence dépassent les nations. Les pays occidentaux sont soumis, comme les autres, au contrôle de ces structures supranationales. Or, la souveraineté des nations était, elle aussi, une partie constituante du pluralisme et donc de la démocratie, à l'échelle de la planète. Le pouvoir dominant actuel écrase les états souverains. L'intégration de l'Europe qui se déroule sous nos yeux, provoque elle aussi la disparition du pluralisme au sein de ce nouveau conglomérat, au profit d'un pouvoir supranational.

V. L. : Mais ne pensez-vous pas que la France ou l'Allemagne continuent à être des pays démocratiques ?

A. Z. : Les pays occidentaux ont connu une vraie démocratie à l'époque de la guerre froide. Les partis politiques avaient de vraies divergences idéologiques et des programmes politiques différents. Les organes de presse avaient des différences marquées, eux aussi. Tout cela influençait la vie des gens, contribuait à leur bien-être. C'est bien fini. Parce que le capitalisme démocratique et prospère, celui des lois sociales et des garanties d'emploi devait beaucoup à l'épouvantail communiste. L'attaque massive contre les droits sociaux à l'Ouest a commencé avec la chute du communisme à l'Est. Aujourd'hui, les socialistes au pouvoir dans la plupart des pays d'Europe, mènent une politique de démantèlement social qui détruit tout ce qu'il y avait de socialiste justement dans les pays capitalistes. Il n'existe plus, en Occident, de force politique capable de défendre les humbles. L'existence des partis politiques est purement formelle. Leurs différences s'estompent chaque jour davantage. La guerre des Balkans était tout sauf démocratique. Elle a pourtant été menée par des socialistes, historiquement opposés à ce genre d'aventures. Les écologistes, eux aussi au pouvoir dans plusieurs pays, ont applaudi au désastre écologique provoqué par les bombardements de l'OTAN. Ils ont même osé affirmer que les bombes à uranium appauvri n'étaient pas dangereuses alors que les soldats qui les chargent portent des combinaisons spéciales. La démocratie tend donc aussi à disparaître de l'organisation sociale occidentale. Le totalitarisme financier a soumis les pouvoirs politiques. Le totalitarisme financier est froid. Il ne connaît ni la pitié ni les sentiments. Les dictatures politiques sont pitoyables en comparaison avec la dictature financière. Une certaine résistance était possible au sein des dictatures les plus dures. Aucune révolte n'est possible contre la banque.

V. L. : Et la révolution ?

A. Z. : Le totalitarisme démocratique et la dictature financière excluent la révolution sociale.

V. L. : Pourquoi ?

A. Z. : Parce qu'ils combinent la brutalité militaire toute puissante et l'étranglement financier planétaire. Toutes les révolutions ont bénéficié de soutien venu de l'étranger. C'est désormais impossible, par absence de pays souverains. De plus, la classe ouvrière a été remplacée au bas de l'échelle sociale, par la classe des chômeurs. Or que veulent les chômeurs ? Un emploi. Ils sont donc, contrairement à la classe ouvrière du passé, dans une situation de faiblesse.

V. L. : Les systèmes totalitaires avaient tous une idéologie. Quelle est celle de cette nouvelle société que vous appelez post-démocratique ?

A. Z. : Les théoriciens et les politiciens occidentaux les plus influents considèrent que nous sommes entrés dans une époque post-idéologique. Parce qu'ils sous-entendent par "idéologie" le communisme, le fascisme, le nazisme, etc. En réalité, l'idéologie, la supraidéologie du monde occidental, développée au cours des cinquante dernières années, est bien plus forte que le communisme ou le national-socialisme. Le citoyen occidental en est bien plus abruti que ne l'était le soviétique moyen par la propagande communiste. Dans le domaine idéologique, l'idée importe moins que les mécanismes de sa diffusion. Or la puissance des médias occidentaux est, par exemple, incomparablement plus grande que celle, énorme pourtant, du Vatican au sommet de son pouvoir. Et ce n'est pas tout : le cinéma, la littérature, la philosophie, tous les moyens d'influence et de diffusion de la culture au sens large vont dans le même sens. A la moindre impulsion, ceux qui travaillent dans ces domaines réagissent avec un unanimisme qui laisse penser à des ordres venant d'une source de pouvoir unique. Il suffit que la décision de stigmatiser un Karadzic, un Milosevic ou un autre soit prise pour qu'une machine de propagande planétaire se mette en branle contre ces gens, sans grande importance. Et alors qu'il faudrait juger les politiciens et les généraux de l'OTAN parce qu'ils ont enfreint toutes les lois existantes, l'écrasante majorité des citoyens occidentaux est persuadée que la guerre contre la Serbie était juste et bonne. L'idéologie occidentale combine et fait converger les idées en fonction des besoins. L'une d'entre elles est que les valeurs et le mode de vie occidentaux sont supérieurs à d'autres. Alors que pour la plupart des peuples de la planète ces valeurs sont mortelles. Essayez donc de convaincre les Américains que la Russie en meurt. Vous n'y arriverez jamais. Ils continueront à affirmer que les valeurs occidentales sont universelles, appliquant ainsi l'un des principes fondamentaux du dogmatisme idéologique. Les théoriciens, les médias et les politiciens occidentaux sont absolument persuadés de la supériorité de leur système. C'est cela qui leur permet de l'imposer au monde avec bonne conscience. L'homme occidental, porteur de ces valeurs supérieures est donc un nouveau surhomme. Le terme est tabou, mais cela revient au même. Tout cela mériterait d'être étudié scientifiquement. Mais la recherche scientifique dans certains domaines sociologiques et historiques est devenue difficile. Un scientifique qui voudrait se pencher sur les mécanismes du totalitarisme démocratique aurait à faire face aux plus grandes difficultés. On en ferait d'ailleurs un paria. Par contre, ceux dont le travail sert l'idéologie dominante, croulent sous les dotations et les éditeurs comme les médias se les disputent. Je l'ai observé en tant que chercheur et professeur des universités.

V. L. : Mais cette "supraidéologie" ne propage-t-elle pas aussi la tolérance et le respect ?

A. Z. : Quand vous écoutez les élites occidentales, tout est pur, généreux, respectueux de la personne humaine. Ce faisant, elles appliquent une règle classique de la propagande : masquer la réalité par le discours. Car il suffit d'allumer la télévision, d'aller au cinéma, d'ouvrir les livres à succès, d'écouter la musique la plus diffusée, pour se rendre compte que ce qui est propagé en réalité c'est le culte du sexe, de la violence et de l'argent. Le discours noble et généreux est donc destiné à masquer ces trois piliers - il y en a d'autres - de la démocratie totalitaire.

V. L. : Mais que faites-vous des droits de l'homme ? Ne sont-ils pas respectés en Occident bien plus qu'ailleurs ?

A. Z. : L'idée des droits de l'homme est désormais soumise elle aussi à une pression croissante. L'idée, purement idéologique, selon laquelle ils seraient innés et inaltérables ne résisterait même pas à un début d'examen rigoureux. Je suis prêt à soumettre l'idéologie occidentale à l'analyse scientifique, exactement comme je l'ai fait pour le communisme. Ce sera peut-être un peu long pour un entretien.

V. L. : N'a-t-elle pas une idée maîtresse ?

A. Z. : C'est le mondialisme, la globalisation. Autrement dit : la domination mondiale. Et comme cette idée est assez antipathique, on la masque sous le discours plus vague et généreux d'unification planétaire, de transformation du monde en un tout intégré. C'est le vieux masque idéologique soviétique ; celui de l'amitié entre les peuples, "amitié" destinée à couvrir l'expansionnisme. En réalité, l'Occident procède actuellement à un changement de structure à l'échelle planétaire. D'un côté, la société occidentale domine le monde de la tête et des épaules et de l'autre, elle s'organise elle-même verticalement, avec le pouvoir supranational au sommet de la pyramide.

V. L. : Un gouvernement mondial ?

A. Z. : Si vous voulez.

V. L. : Croire cela n'est-ce-pas être un peu victime du fantasme du complot ?

A. Z. : Quel complot ? Il n'y a aucun complot. Le gouvernement mondial est dirigé par les gouverneurs des structures supranationales commerciales, financières et politiques connues de tous. Selon mes calculs, une cinquantaine de millions de personnes fait déjà partie de cette suprasociété qui dirige le monde. Les États-Unis en sont la métropole. Les pays d'Europe occidentale et certains anciens "dragons" asiatiques, la base. Les autres sont dominés suivant une dure gradation économico-financière. Ça, c'est la réalité. La propagande, elle, prétend qu'un gouvernement mondial contrôlé par un parlement mondial serait souhaitable, car le monde est une vaste fraternité. Ce ne sont là que des balivernes destinées aux populations.

V. L. : Le Parlement européen aussi ?

A. Z. : Non, car le Parlement européen existe. Mais il serait naïf de croire que l'union de l'Europe s'est faite parce que les gouvernements des pays concernés l'ont décidé gentiment. L'Union européenne est un instrument de destruction des souverainetés nationales. Elle fait partie des projets élaborés par les organismes supranationaux.

V. L. : La Communauté européenne a changé de nom après la destruction de l'Union soviétique. Elle s'est appelée Union européenne, comme pour la remplacer. Après tout, il y avait d'autres noms possibles. Aussi, ses dirigeants s'appellent-ils "commissaires", comme les Bolcheviks. Ils sont à la tête d'une "Commission", comme les Bolcheviks. Le dernier président a été "élu" tout en étant candidat unique.

A. Z. : Il ne faut pas oublier que des lois régissent l'organisation sociale. Organiser un million d'hommes c'est une chose, dix millions c'en est une autre, cent millions, c'est bien plus compliqué encore. Organiser cinq cent millions est une tâche immense. Il faut créer de nouveaux organismes de direction, former des gens qui vont les administrer, les faire fonctionner. C'est indispensable. Or l'Union soviétique est, en effet, un exemple classique de conglomérat multinational coiffé d'une structure dirigeante supranationale. L'Union européenne veut faire mieux que l'Union soviétique ! C'est légitime. J'ai déjà été frappé, il y a vingt ans, de voir à quel point les soi-disant tares du système soviétique étaient amplifiées en Occident.

V. L. : Par exemple ?

A. Z. : La planification ! L'économie occidentale est infiniment plus planifiée que ne l'a jamais été l'économie soviétique. La bureaucratie ! En Union Soviétique 10 % à 12 % de la population active travaillaient dans la direction et l'administration du pays. Aux États Unis, ils sont entre 16 % et 20 %. C'est pourtant l'URSS qui était critiquée pour son économie planifiée et la lourdeur de son appareil bureaucratique ! Le Comité central du PCUS employait deux mille personnes. L'ensemble de l'appareil du Parti communiste soviétique était constitué de 150000 salariés. Vous trouverez aujourd'hui même, en Occident, des dizaines voire des centaines d'entreprises bancaires et industrielles qui emploient un nombre bien plus élevé de gens. L'appareil bureaucratique du Parti communiste soviétique était pitoyable en comparaison avec ceux des grandes multinationales. L'URSS était en réalité un pays sous-administré. Les fonctionnaires de l'administration auraient dû être deux à trois fois plus nombreux. L'Union européenne le sait, et en tient compte. L'intégration est impossible sans la création d'un très important appareil administratif.

V. L. : Ce que vous dites est contraire aux idées libérales, affichées par les dirigeants européens. Pensez-vous que leur libéralisme est de façade ?

A. Z. : L'administration a tendance à croître énormément. Cette croissance est dangereuse, pour elle-même. Elle le sait. Comme tout organisme, elle trouve ses propres antidotes pour continuer à prospérer. L'initiative privée en est un. La morale publique et privée, un autre. Ce faisant, le pouvoir lutte en quelque sorte contre ses tendances à l'auto-déstabilisation. Il a donc inventé le libéralisme pour contrebalancer ses propres lourdeurs. Et le libéralisme a joué, en effet, un rôle historique considérable. Mais il serait absurde d'être libéral aujourd'hui. La société libérale n'existe plus. Sa doctrine est totalement dépassée à une époque de concentrations capitalistiques sans pareil dans l'histoire. Les mouvements d'énormes masses financières ne tiennent compte ni des intérêts des États ni de ceux des peuples, peuples composés d'individus. Le libéralisme sous-entend l'initiative personnelle et le risque financier personnel. Or, rien ne se fait aujourd'hui sans l'argent des banques. Ces banques, de moins en moins nombreuses d'ailleurs, mènent une politique dictatoriale, dirigiste par nature. Les propriétaires sont à leur merci, puisque tout est soumis au crédit et donc au contrôle des puissances financières. L'importance des individus, fondement du libéralisme, se réduit de jour en jour. Peu importe aujourd'hui qui dirige telle ou telle entreprise ; ou tel ou tel pays d'ailleurs. Bush ou Clinton, Kohl ou Schröder, Chirac ou Jospin, quelle importance ? Ils mènent et mèneront la même politique.

V. L. : Les totalitarismes du XXe siècle ont été extrêmement violents. On ne peut dire la même chose de la démocratie occidentale.

A. Z. : Ce ne sont pas les méthodes, ce sont les résultats qui importent. Un exemple ? L'URSS a perdu vingt million d'hommes et subi des destructions considérables, en combattant l'Allemagne nazie. Pendant la guerre froide, guerre sans bombes ni canons pourtant, ses pertes, sur tous les plans, ont été bien plus considérables ! La durée de vie des Russes a chuté de dix ans dans les dix dernières années. La mortalité dépasse la natalité de manière catastrophique. Deux millions d'enfants ne dorment pas à la maison. Cinq millions d'enfants en âge d'étudier ne vont pas à l'école. Il y a douze millions de drogués recensés. L'alcoolisme s'est généralisé. 70 % des jeunes ne sont pas aptes au service militaire à cause de leur état physique. Ce sont là des conséquences directes de la défaite dans la guerre froide, défaite suivie par l'occidentalisation. Si cela continue, la population du pays descendra rapidement de cent-cinquante à cent, puis à cinquante millions d'habitants. Le totalitarisme démocratique surpassera tous ceux qui l'ont précédé.

V. L. : En violence ?

A. Z. : La drogue, la malnutrition, le sida sont plus efficaces que la violence guerrière. Quoique, après la guerre froide dont la force de destruction a été colossale, l'Occident vient d'inventer la "guerre pacifique". L'Irak et la Yougoslavie sont deux exemples de réponse disproportionnée et de punition collective, que l'appareil de propagande se charge d'habiller en "juste cause" ou en "guerre humanitaire". L'exercice de la violence par les victimes contre elles-mêmes est une autre technique prisée. La contre-révolution russe de 1985 en est un exemple. Mais en faisant la guerre à la Yougoslavie, les pays d'Europe occidentale l'ont faite aussi à eux-mêmes.

V. L. : Selon vous, la guerre contre la Serbie était aussi une guerre contre l'Europe ?

A. Z. : Absolument. Il existe, au sein de l'Europe, des forces capables de lui imposer d'agir contre elle-même. La Serbie a été choisie, parce qu'elle résistait au rouleau compresseur mondialiste. La Russie pourrait être la prochaine sur la liste. Avant la Chine.

V. L. : Malgré son arsenal nucléaire ?

A. Z. : L'arsenal nucléaire russe est énorme mais dépassé. De plus, les Russes sont moralement prêts à être conquis. A l'instar de leurs aïeux qui se rendaient par millions dans l'espoir de vivre mieux sous Hitler que sous Staline, ils souhaitent même cette conquête, dans le même espoir fou de vivre mieux. C'est une victoire idéologique de l'Occident. Seul un lavage de cerveau peut obliger quelqu'un à voir comme positive la violence faite à soi-même. Le développement des mass-media permet des manipulations auxquelles ni Hitler ni Staline ne pouvaient rêver. Si demain, pour des raisons "X", le pouvoir supranational décidait que, tout compte fait, les Albanais posent plus de problèmes que les Serbes, la machine de propagande changerait immédiatement de direction, avec la même bonne conscience. Et les populations suivraient, car elles sont désormais habituées à suivre. Je le répète : on peut tout justifier idéologiquement. L'idéologie des droits de l'homme ne fait pas exception. Partant de là, je pense que le XXIe siècle dépassera en horreur tout ce que l'humanité a connu jusqu'ici. Songez seulement au futur combat contre le communisme chinois. Pour vaincre un pays aussi peuplé, ce n'est ni dix ni vingt mais peut-être cinq cent millions d'individus qu'il faudra éliminer. Avec le développement que connaît actuellement la machine de propagande ce chiffre est tout à fait atteignable. Au nom de la liberté et des droits de l'homme, évidemment. A moins qu'une nouvelle cause, non moins noble, sorte de quelque institution spécialisée en relations publiques.

V. L. : Ne pensez-vous pas que les hommes et les femmes peuvent avoir des opinions, voter, sanctionner par le vote ?

A. Z. : D'abord les gens votent déjà peu et voteront de moins en moins. Quant à l'opinion publique occidentale, elle est désormais conditionnée par les médias. Il n'y a qu'à voir le oui massif à la guerre du Kosovo. Songez donc à la guerre d'Espagne ! Les volontaires arrivaient du monde entier pour combattre dans un camp comme dans l'autre. Souvenez-vous de la guerre du Vietnam. Les gens sont désormais si conditionnés qu'ils ne réagissent plus que dans le sens voulu par l'appareil de propagande.

V. L. : L'URSS et la Yougoslavie étaient les pays les plus multiethniques du monde et pourtant ils ont été détruits. Voyez-vous un lien entre la destruction des pays multiethniques d'un côté et la propagande de la multiethnicité de l'autre ?

A. Z. : Le totalitarisme soviétique avait créé une vraie société multinationale et multiethnique. Ce sont les démocraties occidentales qui ont fait des efforts de propagande surhumains, à l'époque de la guerre froide, pour réveiller les nationalismes. Parce qu'elles voyaient dans l'éclatement de l'URSS le meilleur moyen de la détruire. Le même mécanisme a fonctionné en Yougoslavie. L'Allemagne a toujours voulu la mort de la Yougoslavie. Unie, elle aurait été plus difficile à vaincre. Le système occidental consiste à diviser pour mieux imposer sa loi à toutes les parties à la fois, et s'ériger en juge suprême. Il n'y a pas de raison pour qu'il ne soit pas appliqué à la Chine. Elle pourrait être divisée, en dizaines d'États.

V. L. : La Chine et l'Inde ont protesté de concert contre les bombardements de la Yougoslavie. Pourraient-elles éventuellement constituer un pôle de résistance ? Deux milliards d'individus, ce n'est pas rien !

A. Z. : La puissance militaire et les capacités techniques de l'Occident sont sans commune mesure avec les moyens de ces deux pays.

V. L. : Parce que les performances du matériel de guerre américain en Yougoslavie vous ont impressionné ?

A. Z. : Ce n'est pas le problème. Si la décision avait été prise, la Serbie aurait cessé d'exister en quelques heures. Les dirigeants du Nouvel ordre mondial ont apparemment choisi la stratégie de la violence permanente. Les conflits locaux vont se succéder pour être arrêtés par la machine de "guerre pacifique" que nous venons de voir à l'oeuvre. Cela peut, en effet, être une technique de management planétaire. L'Occident contrôle la majeure partie des ressources naturelles mondiales. Ses ressources intellectuelles sont des millions de fois supérieures à celles du reste de la planète. C'est cette écrasante supériorité qui détermine sa domination technique, artistique, médiatique, informatique, scientifique dont découlent toutes les autres formes de domination. Tout serait simple s'il suffisait de conquérir le monde. Mais il faut encore le diriger. C'est cette question fondamentale que les Américains essaient maintenant de résoudre. C'est cela qui rend "incompréhensibles" certaines actions de la "communauté internationale". Pourquoi Saddam est-il toujours là ? Pourquoi Karadzic n'est-il toujours pas arrêté ? Voyez-vous, à l'époque du Christ, nous étions peut-être cent millions sur l'ensemble du globe. Aujourd'hui, le Nigeria compte presqu'autant d'habitants ! Le milliard d'Occidentaux et assimilés va diriger le reste du monde. Mais ce milliard devra être dirigé à son tour. Il faudra probablement deux cent millions de personnes pour diriger le monde occidental. Il faut les sélectionner, les former. Voilà pourquoi la Chine est condamnée à l'échec dans sa lutte contre l'hégémonie occidentale. Ce pays sous-administré n'a ni les capacités économiques ni les ressources intellectuelles pour mettre en place un appareil de direction efficace, composé de quelque trois cent millions d'individus. Seul l'Occident est capable de résoudre les problèmes de management à l'échelle de la planète. Cela se met déjà en place. Les centaines de milliers d'Occidentaux se trouvant dans les anciens pays communistes, en Russie par exemple, occupent dans leur écrasante majorité des postes de direction. La démocratie totalitaire sera aussi une démocratie coloniale.

V. L. : Pour Marx, la colonisation était civilisatrice. Pourquoi ne le serait-elle pas à nouveau ?

A. Z. : Pourquoi pas, en effet ? Mais pas pour tout le monde. Quel est l'apport des Indiens d'Amérique à la civilisation ? Il est presque nul, car ils ont été exterminés, écrasés. Voyez maintenant l'apport des Russes ! L'Occident se méfiait d'ailleurs moins de la puissance militaire soviétique que de son potentiel intellectuel, artistique, sportif. Parce qu'il dénotait une extraordinaire vitalité. Or c'est la première chose à détruire chez un ennemi. Et c'est ce qui a été fait. La science russe dépend aujourd'hui des financements américains. Et elle est dans un état pitoyable, car ces derniers n'ont aucun intérêt à financer des concurrents. Ils préfèrent faire travailler les savants russes aux USA. Le cinéma soviétique a été lui aussi détruit et remplacé par le cinéma américain. En littérature, c'est la même chose. La domination mondiale s'exprime, avant tout, par le diktat intellectuel ou culturel si vous préférez. Voilà pourquoi les Américains s'acharnent, depuis des décennies, à baisser le niveau culturel et intellectuel du monde : ils veulent le ramener au leur pour pouvoir exercer ce diktat.

V. L. : Mais cette domination, ne serait-elle pas, après tout, un bien pour l'humanité ?

A. Z. : Ceux qui vivront dans dix générations pourront effectivement dire que les choses se sont faites pour le bien de l'humanité, autrement dit pour leur bien à eux. Mais qu'en est-il du Russe ou du Français qui vit aujourd'hui ? Peut-il se réjouir s'il sait que l'avenir de son peuple pourrait être celui des Indiens d'Amérique ? Le terme d'Humanité est une abstraction. Dans la vie réelle il y a des Russes, des Français, des Serbes, etc. Or si les choses continuent comme elles sont parties, les peuples qui ont fait notre civilisation, je pense avant tout aux peuples latins, vont progressivement disparaître. L'Europe occidentale est submergée par une marée d'étrangers. Nous n'en avons pas encore parlé, mais ce n'est ni le fruit du hasard, ni celui de mouvements prétendument incontrôlables. Le but est de créer en Europe une situation semblable à celle des États-Unis. Savoir que l'humanité va être heureuse, mais sans Français, ne devrait pas tellement réjouir les Français actuels. Après tout, laisser sur terre un nombre limité de gens qui vivraient comme au Paradis, pourrait être un projet rationnel. Ceux-là penseraient d'ailleurs sûrement que leur bonheur est l'aboutissement de la marche de l'histoire. Non, il n'est de vie que celle que nous et les nôtres vivons aujourd'hui.

V. L. : Le système soviétique était inefficace. Les sociétés totalitaires sont-elles toutes condamnées à l'inefficacité ?

A. Z. : Qu'est-ce que l'efficacité ? Aux États-Unis, les sommes dépensées pour maigrir dépassent le budget de la Russie. Et pourtant le nombre des gros augmente. Il y a des dizaines d'exemples de cet ordre.

V. L. : Peut-on dire que l'Occident vit actuellement une radicalisation qui porte les germes de sa propre destruction ?

A. Z. : Le nazisme a été détruit dans une guerre totale. Le système soviétique était jeune et vigoureux. Il aurait continué à vivre s'il n'avait pas été combattu de l'extérieur. Les systèmes sociaux ne s'autodétruisent pas. Seule une force extérieure peut anéantir un système social. Comme seul un obstacle peut empêcher une boule de rouler. Je pourrais le démontrer comme on démontre un théorème. Actuellement, nous sommes dominés par un pays disposant d'une supériorité économique et militaire écrasante. Le Nouvel ordre mondial se veut unipolaire. Si le gouvernement supranational y parvenait, n'ayant aucun ennemi extérieur, ce système social unique pourrait exister jusqu'à la fin des temps. Un homme seul peut être détruit par ses propres maladies. Mais un groupe, même restreint, aura déjà tendance à se survivre par la reproduction. Imaginez un système social composé de milliards d'individus ! Ses possibilités de repérer et d'arrêter les phénomènes autodestructeurs seront infinies. Le processus d'uniformisation du monde ne peut être arrêté dans l'avenir prévisible. Car le totalitarisme démocratique est la dernière phase de l'évolution de la société occidentale, évolution commencée à la Renaissance.

lundi 29 août 2022 Billet du jour : Le système libéral est mort, paix à notre âme

Source :  https://russiepolitics.blogspot.com/2022/08/billet-du-jour-le-systeme-liberal-est.html

Macron ne s'est pas correctement exprimé : ce n'est pas la fin de l'abondance, c'est la fin d'un monde. Celui du libéralisme à visage humain. Déjà fortement remis en cause avec la gouvernance globale covidienne, le système libéral vient d'être enterré par Macron, puis par Borrell, après les nombreuses déclarations surréalistes de différents politiciens européens. La page du 20e siècle est tournée. Celle qui s'ouvre est peu ragoûtante ... Et ne pouvant ouvertement assumer ce choix idéologique impopulaire, le conflit en Ukraine est instrumentalisé, la Russie est démonisée.

C'est bien la mort du 20e siècle, avec l'affermissement de la classe moyenne, avec l'idée du développement d'une société pour tous, avec la volonté d'une éducation de masse permettant une amélioration générale des conditions de vie. C'est cela qui est terminé. C'est cela qui n'a plus sa place dans le monde globalisé en guerre pour sa survie. En guerre contre nous. D'ailleurs, nous avons été prévenus par nos dirigeants, qui instrumentalisent la guerre en Ukraine pour achever sur le dos de la Russie le système national.

En Allemagne, Scholtz avait déclaré que rien ne sera plus comme avant, que les circuits économiques sont déstabilisés - par les sanctions adoptées par les Européens eux-mêmes contre la Russie, autant que par la furie globaliste covidienne. Le prix du gaz en Europe est passé au-dessus des 3 500 dollars pour 1000 m3 et le coût s'emballe pour les particuliers et les entreprises. Les économies nationales ne vont pas survivre à une telle politique.


Des mesures absurdes sont prises, comme mettre des amendes aux magasins, qui laissent la porte ouverte avec la climatisation. Des dirigeants politiques vous disent de prendre une douche froide en criant "Tiens, c'est pour toi Poutine", d'autres de réduire votre douche à 5 minutes. L'on voit des pancartes dans les magasins demandant de ne pas acheter plus d'un pot de moutarde en raison de la pénurie. Nos sociétés glissent vers l'absurde, car seul l'absurde peut expliquer les choix politiques faits.

Lors de la réunion du Conseil des ministres de rentrée, Macron a déclaré que c'était la fin de l'abondance et que tel était le prix à payer pour la liberté. Nous pouvons désormais estimer nos libertés, enfin ce qui en reste, en minutes de douche et pots de moutarde.

Pourtant, ne soyons pas si naïfs, nos libertés n'ont rien à faire ici, il ne s'agit que d'idéologie et de pouvoir. Ces gesticulations ont pour but de mettre en place un choc suffisamment important pour changer de monde - le pré-choc covidien ayant mis en place les prémisses, mais n'étant pas suffisant pour permettre l'implosion des sociétés, nationalement ancrées. Ainsi l'on voit apparaître les vieux-nouveaux spectres des "nouveaux mondes" et la fantasmagorique transition énergétique au chant du ceci est une chance, ne la laissons pas passer. Pour faire passer la pilule, les économistes de service nous affirment même que ce processus de rupture économique est inévitable et que nous entrons dans "un régime de rareté". Bref, la rareté est une chance !

La fin de l'abondance signifie que la classe moyenne n'aura plus les moyens de vivre, comme elle en avait l'habitude avant 2019, pour la simple et bonne raison qu'il n'est plus nécessaire de l'entretenir, elle est même contre-productive dans le nouveau système. Tout le business national est dans la même catégorie. Ils sont trop conservateurs, c'est-à-dire trop attachés aux valeurs libérales, qui leur ont donné leur place dans la société. La classe moyenne, les PMI-PME, l'artisanat, constituent le socle social national. S'il ne doit plus y avoir de nation, ils doivent disparaître. Toutes les mesures anti-économiques, qui sont adoptées ces dernières années, y travaillent sûrement.

Dans cette société au rabais, l'enseignement de qualité et de masse, qui était la marque de fabrique du 20e siècle, ayant permis de constituer cette classe moyenne forte, doit également disparaître et il disparaît. Après la réécriture des programmes scolaires, leur transition idéologique, voici les formations expresses de 4-5 jours et vous avez un prof tout neuf. Incompétent à souhait, parfaitement adapté à l'abrutissement de masse, cette masse qui doit savoir ce qu'est le genre, comment trier ses déchets, que maman peut réparer la voiture encore mieux que papa, qu'une fille et un garçon ça n'existe pas, vaguement lire et écrire, qui doit savoir tout cela et non pas ses humanités. L'élite gardera ses écoles privées, la classe la plus basse qui va se reconstituer n'aura pas besoin d'école.

Nous revenons à la situation d'avant le 20e siècle, mais sans les Etats-Nations, sans cette politique nationale, qui donnait un sens au libéralisme. Et ce système impopulaire, qui se construit contre les populations, ne pourra se maintenir que par la terreur. Le libéralisme politique est mort, en même temps que le libéralisme économique - toute véritable opposition est bannie, elle est démonisée, elle est ennemie. Le signe de ralliement de cette "liberté globaliste" est le drapeau ukrainien, que l'on voit envahir nos pays, qui ne sont pas officiellement en guerre contre la Russie, mais se liquéfient dans un atlantisme incontrôlable.

Rien de tel qu'une bonne guerre politico-médiatique pour faire passer tout cela. La propagande anti-russe tourne sans retenue dans tous les médias. Les dirigeants mettent toutes les difficultés socio-économiques induites par leur politique sur le dos de la Russie. L'opposition politique nationale ne doit plus exister ... sinon l'on est catalogué "pro-russe" et bientôt ennemi du peuple - global et décérébré. 

La France, comme pays, comme Etat, comme Nation, n'a pas sa place dans cette vision du monde, qui se réalise sous nos yeux. Il est urgent de réagir.

RIP, ‘Gorby’

 

source : https://www.dedefensa.org/article/rip-gorby

31 août 2022 (11H05) – On sait, ou bien on le devine, je n’ai le goût ni des commémorations, ni des cérémonies, ni des convenances. Les condoléances, les biographies pour saluer un mort, ces choses convenues ne sont pas de mon parti. Par conséquent, quand je prends la plume pour saluer un mort, c’est le signe que je lui trouve du mérite, et que je crois que sa vie et sa carrière sont à méditer, aussi bien pour l’histoire que pour notre temps. Gorbatchev entre parfaitement dans ce cadre.

J’ai vécu son aventure, comme journaliste et chroniqueur à Bruxelles, comme l’une des périodes les plus excitantes, sans doute la plus exaltée par rapport aux choses du possible de ma très longue carrière de plus d’un demi-siècle (55 ans exactement). A partir de 1985, il imposa un rythme étourdissant aux relations internationales, au point que tous les autres problèmes, notamment nos longues méditations intellectuelles caractérisant les milieux français de l’esprit, passèrent au second plan. Sa popularité mondiale (j’insiste sur cette ‘mondialisation’) fut extraordinaire, et dans tous les grands pays d’Occident il dépassait en popularité les grands chefs du cru. Il a terminé avec une retraite où il battit dans son propre pays tous les records d’impopularité. Ceci ne dépend pas de cela, et même justifierait cela.

RT.com, qui serait plutôt un réseau que les vrais nationalistes purs et durs de Russie regardent avec une certaine suspicion, titre à son propos ces mots que je lui connaissais pas, – qui marquent aussi bien la gloire et la malédiction du liquidateur de l’URSS :

« Si ce n’est moi, qui ? Et si ce n’est maintenant, quand ? »

C’est dire que ‘Gorby’, comme les yankees, bluffés par son abattage incroyable, l’avaient surnommé alors, est un personnage terriblement contrasté dans la perception qu’on en a. Aujourd’hui, nos crétins-Système le célèbrent pour pouvoir mieux descendre Poutine, – quand on est cons, on dit des conneries en escadrille, c’est normal. (S’ils pouvaient se rappeler, ceux-là, ce que les “ultras” de notre Système qui dézinguent Poutine aujourd’hui ont pu déverser de tombereaux de soupçons sur lui, sur ‘Gorby’ : “agent du KGB montant un piège pour l’Occident”, notamment.)... “Les vrais nationalistes purs et durs de Russie” le détestent et le traitent avec mépris, et je crois qu’en cela, si je peux les comprendre, je dois dire avec fermeté qu’ils n’ont pas raison. Ce qu'on peut lire dans le texte ci-dessous, qui rend compte d'une interview qui est à mon sens la meilleure de lui dans la presse américaniste-occidentaliste, parce que menée par un Stephen Cohen, – ce qu'on peut lire, c'est du Poutine dans le texte, – bref, c'est de l'esprit du Russe dans la présente situatioin.

On a énormément parlé de Gorbatchev sur ce site (on retrouve 165 entrées sur son nom), avec notamment l’idée de trouver un correspondant US pour liquider le monstre, un ‘American Gorbatchev’ (apparition de l’expression le 29 octobre 2008), ce qui montrait une bonne dose d’idéalisme et d’ingénuité dans mon chef, à propos d’Obama. J’ai pensé que le mieux alors, pour le saluer à l’heure de sa mort, était de déterrer un article où je ne trouverais rien à redire par rapport à ce que je pense de Gorbatchev aujourd’hui. C’est le cas notamment et parmi d’autres, – car je n’ai pas beaucoup varié dans mon jugement, – de ce texte du 2 novembre 2009, que je reprends avec comme seul changement sérieux la traduction de citations anglaises en français. Il est vrai que ce texte, pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur, était menée par Stephen Cohen (avec sa femme Katrina vanden Heuvel, rédactrice en chef de ‘The Nation’), qui fut jusqu’à sa mort sans doute le meilleur observateur de la Russie chez les universitaires US.

J’y retrouve une idée centrale : Gorbatchev, comme « personnage maistrien », jugement dit et répété dans le texte. On y trouve cette explication qui me va comme un gant, aujourd’hui comme hier :

« Effectivement, Gorbatchev est de ces hommes qui, comme de Gaulle par exemple, ne lésinent pas sur les grands desseins tout en concédant aussitôt, voire simultanément, comme dans une seule pensée, et avec cette joie édifiante qui en dit long sur leur conscience des vanités terrestres, qu’en dernier ressort c’est l’Histoire, ou disons “la force des choses”, qui fixe le destin de leurs desseins. »

... J’aurais pu écrire déjà “métahistoire”, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, pour montrer qu’effectivement, c’est “la force des choses”, ou “des forces qui nous dépassent”, qui décident de ce qui importe et de ce qui importe moins, quoiqu’en dise et veuille “l’instrument”, je crois depuis toujours que Gorbatchev eut tort de croire que son dessein d’une ‘perestroïka’ était l’essentiel. Comme je l’ai écrit si souvent, son véritable trait de génie fut l’autre idée qu’il appliqua, la ‘glasnost’, qui libéra la psychologie des gens, qui réalisa une véritable révolution mondiale.

Bon... Il faut bien le dire, n’est-ce pas : nous attendons, nous, notre ‘glasnost’...

PhG – Semper Phi

____________________

 

 

L’ombre de Gorbatchev sur notre temps

2 novembre 2009 — Puisque c’est le mois-anniversaire, allons-y. Jamais événement aussi sensationnel, aussi fécond d’illusions, déclencheur d’espoirs, moteur d’enthousiasmes, aura apporté autant de désillusions, de déceptions, de désespoirs que la chute du Mur de Berlin. Toute la responsabilité, absolument toute la responsabilité de cette triste désorientation d’un tel événement libérateur pèse de tout son poids sur l’Ouest, son américanisme, son occidentalisme, sa suffisance et son arrogance. L’Occident a transformé en une folie déstructurante ce qui était au départ un événement structurant parce qu’il détruisait le foyer de déstructuration qu’était l’univers communiste.

Il y a une excellente interview, dans The Nation du 16 novembre 2009, mise en ligne le 28 octobre 2009, du seul homme de la période qui mérite d’être retenu par l’Histoire comme particulièrement et singulièrement grand. Il s’agit de Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, le seul à avoir deviné d’intuition, malgré certaines pressions de sa raison, ce qu’il faisait, ce qui se passait et ce qui allait advenir. L’un des deux intervieweurs, avec la rédactrice en chef de The Nation Katrina vanden Heuvel, est l’un des meilleurs spécialistes US de la Russie et sans doute le seul à bien comprendre le destin actuel de la Russie, le professeur Stephen F. Cohen. (L’interview a été réalisée à Moscou le 23 septembre dernier.)

Parmi les points intéressants de cette interview.

• Bien sûr, Gorbatchev met, fort justement à notre sens, l’accent sur les réformes qu’il avait entreprises dès 1985, dès son arrivée au pouvoir, et notamment par son attitude propre qui précipita une formidable transformation psychologique des gens en URSS. Comme toujours, nous sommes en désaccord sur l’importance première qu’il accorde à la perestroïka, et seconde à la glasnost. Nous nous en sommes déjà expliqué à plusieurs reprises.

• Pour Gorbatchev, tout était achevé en mars 1989, avec les premières élections libres en URSS. D’ores et déjà, il jugeait que le Mur de Berlin allait rapidement tomber, et le reste avec. Manifestement, il estimait que le rythme de l’Histoire était déjà en route, qui allait tout balayer, d’où ce rappel qu’il fait d’une conférence de presse conjointe avec Kohl sur la réunification de l’Allemagne…

« En juin 1989, j'ai rencontré le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl et nous avons ensuite tenu une conférence de presse. Les journalistes ont demandé si nous avions discuté de la question allemande. J'ai répondu : “L’histoire a donné naissance à ce problème, et l'histoire le résoudra. C'est mon opinion. Si vous demandez au chancelier Kohl, il vous dira que c'est un problème pour le XXIe siècle.” »

• Gorbatchev repousse farouchement l’idée que la fin de la Guerre froide intervint en décembre 1991, avec sa propre chute, la fin de l’URSS et l’arrivée d’Eltsine au pouvoir en Russie, thèse favorisée par les historiens occidentaux US, qui s’appuie implicitement sur l’idée que c’est l’effort d’armement US des années Reagan qui força cette issue. (Nous sommes en complet désaccord avec cette thèse qui ne sert qu’à justifier l’effort de production d’armement aux USA après la chute de l’URSS.) Gorbatchev estime que la Guerre froide se termina formellement à la rencontre qu’il eut avec le nouveau président US Bush-père à Malte en décembre 1989. Il estime au contraire de la thèse sur “la course aux armements” qu’à côté de la nécessité impérative de briser le système bureaucratique soviétique, existait la crainte mutuelle d’une guerre nucléaire, et que c’est l’action conjuguée des deux hommes de la période (Reagan et lui-même) qui résolut cette question. C’est l’exacte antithèse de la “victoire” de l’Ouest par la pression de la production des armements US. Un passage intéressant à cet égard, avec quelques révélations sur les confidences de deux dirigeants US, le futur président Bush-père et le secrétaire d’Etat George Schultz:

The Nation : « Donc la guerre froide s'est terminée en décembre 1989 ? »

Gorbatchev : « Je pense que oui.  »

The Nation : « Beaucoup de gens ne sont pas d'accord, y compris certains historiens américains.  »

Gorbatchev : « Que les historiens pensent ce qu'ils veulent. Mais sans ce que j’ai décrit, rien n'aurait résulté. Laissez-moi vous dire quelque chose. George Shultz, le secrétaire d'État de Reagan, est venu me voir il y a deux ou trois ans. Nous nous sommes longuement remémorés, – comme de vieux soldats se rappelant les batailles passées. J’ai beaucoup de respect pour Shultz, et je lui ai demandé : “Dites-moi, George, si Reagan n'avait pas été président, qui aurait pu jouer son rôle ?” Shultz a réfléchi un moment, puis a dit : “À cette époque, il n'y avait personne d'autre. La force de Reagan était qu'il avait consacré tout son premier mandat à construire l'Amérique, à se débarrasser de toutes les vacillations qui avaient été semées comme des graines. L'esprit de l'Amérique s'était ranimé. Mais pour prendre ces mesures de normalisation des relations avec l'Union soviétique et de réduction des armements nucléaires, – il n'y avait personne d'autre qui aurait pu le faire alors.”

» D'ailleurs, en 1987, après ma première visite aux États-Unis, le vice-président Bush m'a accompagné à l'aéroport, et m'a dit : “Reagan est un conservateur. Un conservateur extrême. Tous les imbéciles et les crétins sont pour lui, et quand il dit que quelque chose est nécessaire, ils lui font confiance. Mais si un démocrate avait proposé ce que Reagan a fait, avec toi, ils ne lui auraient pas fait confiance.”

» En vous disant cela, je veux simplement donner à Reagan le crédit qu'il mérite. J'ai trouvé très difficile de traiter avec lui. La première fois que nous nous sommes rencontrés, en 1985, après avoir discuté, mes collaborateurs m'ont demandé ce que je pensais de lui. “Un vrai dinosaure”, ai-je répondu. Et Reagan a dit de moi : “Gorbatchev est un bolchevik pur et dur !” »

The Nation : « Un dinosaure et un bolchevik ? »

Gorbatchev : « Et pourtant, ces deux personnes sont parvenues à des accords historiques, car certaines choses doivent être au-dessus des convictions idéologiques. Aussi difficile que cela ait été pour nous, aussi disputé que Reagan et moi l'ayons été à Genève en 1985, nous avons néanmoins écrit dans notre appel aux peuples du monde : “La guerre nucléaire est inadmissible, et dans celle-ci il ne peut y avoir de vainqueurs.”... »

• Plusieurs questions portaient sur les conséquences de la façon dont se terminèrent l’URSS et la carrière de Gorbatchev lui-même, avec son brutal remplacement par Eltsine, tout cela en connexion avec le débat sur la fin de la Guerre froide. De ce point de vue, l’ancien Premier secrétaire du PC de l’URSS montre à la fois une extrême lucidité et une certaine déception rentrée, mais, nous semble-t-il, sans jamais d’amertume. Pour lui, ces circonstances elles-mêmes, et le sentiment de triomphe de l’Occident, conduisirent à une situation catastrophique qui engendra tous les événements que nous avons connus depuis. Il dit cela un peu comme on affirme une évidence ou comme on enfonce ce qui lui paraît être une porte ouverte; ou comme on fait, en passant et sans trop y insister, la leçon à un adolescent instable.

« ...Les temps travaillent à travers les gens dans l'histoire. Je vais vous dire autre chose qui est très important sur ce qui s'est passé par la suite dans votre pays. Lorsque les gens [aux USA] sont arrivés à la conclusion qu'ils avaient gagné la guerre froide, ils ont conclu qu'ils n'avaient pas besoin de changer. Qu'il fallait laisser les autres changer. Ce point de vue est erroné, et il a sapé ce que nous avions envisagé pour l'Europe, – une sécurité collective mutuelle pour tous et un nouvel ordre mondial. Tout cela a été perdu à cause de cette pensée confuse dans votre pays, et qui a rendu si difficile la collaboration. Le leadership mondial est maintenant compris comme signifiant que l'Amérique donne les ordres... »

Et, plus loin :

« En Eltsine, Washington s'est retrouvé avec un vassal qui pensait qu'en raison de son anticommunisme, il serait porté dans leurs bras. Des délégations sont venues en Russie les unes après les autres, y compris le président Bill Clinton, puis elles ont cessé de venir. Il s'est avéré que personne n'avait besoin d'Eltsine. Mais à cette époque, la moitié des industries russes étaient en ruine, voire 60 %. C'était un pays dont l'économie non compétitive était largement ouverte au marché mondial, et il est devenu servilement dépendant des importations.

» Combien de choses ont été affectées ! Tous nos plans pour une nouvelle Europe et une nouvelle architecture de sécurité mutuelle. Tout cela a disparu. Au lieu de cela, il a été proposé d'étendre la juridiction de l'OTAN au monde entier. Mais alors la Russie a commencé à revivre. La pluie de dollars provenant de la hausse des prix mondiaux du pétrole a ouvert de nouvelles possibilités. Les problèmes industriels et sociaux ont commencé à être résolus. Et la Russie a commencé à parler d'une voix ferme, ce qui a mis en colère les dirigeants occidentaux. Ils s'étaient habitués à ce que la Russie reste allongée. Ils pensaient qu'ils pouvaient lui arracher les jambes quand ils le voulaient. »

Gorbatchev et la marche de l’Histoire

C’est l’une des interviews les plus intéressantes qu’ait donnée Gorbatchev, sur cette période cruciale, que nous allons célébrer sans doute aux plus mauvais des motifs, avec notre absence caractéristique de sens de l’Histoire, avec notre tendance universelle aujourd’hui à réécrire l’histoire d’hier pour mieux justifier nos engagements et nos choix d’aujourd’hui. On nomme cela “mémoire”, pour brouiller les pistes.

Cette commémoration du 9 novembre 1989 (chute du Mur) à laquelle nous nous préparons avec nos torrents de mélasse humanitaristes et démocratiques rendra un son bien obscène, ou bien extrêmement paradoxal. La chute du Mur et celle de l’URSS, telles que nous les avons interprétées et exploitées, si elles nous procurèrent un moment factice de triomphe, mirent en marche une implacable mécanique qui a conduit à notre actuelle crise catastrophique. La fin de l’URSS interprétée comme elle le fut, par le triomphe absolu de l’Occident américaniste et de son système libéral et capitaliste adoré, montra très vite que le roi restant en place était nu, et, vraiment, fort peu ragoûtant à regarder. Au triomphe de l’effondrement du Mur de Berlin correspond, exactement vingt ans après, comme l’image d’un miroir ricanant, la dévastation d’une planète et d’une civilisation par le système triomphant de 1989. Vingt ans pour nous montrer cela, ce n’est pas attendre trop longtemps en termes de longueur historique. L’Histoire ne s’est pas fait prier.

Sont-ce le fatalisme slave et le sens russe du tragique ? Dans cette interview, Gorbatchev apparaît, à côté de l’image classique de l’homme d’Etat (il mérite ce titre) formidablement volontariste qu’il fut, mais qui fut constamment contrarié dans ses desseins par rapport à ce qu’il espérait, comme un personnage particulièrement maistrien. Il ne cesse de répéter qu’il faut laisser faire et parler l’Histoire, après que certains détonateurs, certains événements, certains acteurs (lui-même, certes, parmi d’autres), aient déclenché l’impulsion initiale ou, plutôt, l’accident initial. (“Accident” plutôt qu’“impulsion” puisque, souvent, cet acte initial conduit à des situations si différentes de celles qu’on avait envisagées et imaginées.)

Personnage maistrien, dans ce cas, mais pas vraiment mécontent de l’être s’il en a conscience. C’est certainement là l’un des traits les plus remarquables, les plus superbes de Gorbatchev. Le contraste entre l’énergie formidable, le volontarisme qui furent les siens lorsqu’il fut à son poste de Premier secrétaire du Parti, fonction infâme qu’il réussit en quelques petites années à rendre noble, et cette acceptation des grandes forces de l’Histoire, fait croire, en effet, à une conscience d’être un personnage maistrien; à côté de cela, dans les mots et dans l’humeur, on découvre chez lui une propension à se satisfaire de cet assemblage apparemment si paradoxal, d’une façon roborative, presque joyeuse. Cette attitude mise en regard de notre arrogance satisfaite pour l’empilement de catastrophes qui caractérise nos actions, de nos récitations “par cœur” de nos principes humanitaires, quel contraste édifiant. Effectivement, Gorbatchev est de ces hommes qui, comme de Gaulle par exemple, ne lésinent pas sur les grands desseins tout en concédant aussitôt, voire simultanément, comme dans une seule pensée, et avec cette joie édifiante qui en dit long sur leur conscience des vanités terrestres, qu’en dernier ressort c’est l’Histoire, ou disons “la force des choses”, qui fixe le destin de leurs desseins.

Ce que fait également apparaître cette interview d’une façon éclatante, c’est la vastitude des projets que Gorbatchev entretenait pour “après” (après le communisme, après l’URSS), si l’“aventurier” imbibé d’alcool, le “vassal de l’Amérique” qui mettait cinq avant des bâtons dans les roues de Gorbatchev pour stopper ses réformes au nom de l’orthodoxie de la nomenklatura du système communiste, – si Eltsine ne lui avait pas été jeté dans les pattes à nouveau, pour le bloquer net, cette fois pour répondre aux consignes du système de l’américanisme. (Eltsine, entre deux muflées carabinées dans les rues de New York ou de Chicago, avait su, au cours de voyages aux USA dans la période intermédiaire, s’assurer à propos des soutiens qu’il fallait pour usurper la position de Gorbatchev.)

Gorbatchev avait des idées de réforme fondamentale du système international, de la sécurité de l’Europe, etc. Mais peut-être est-ce là que parle l’Histoire. S’il était resté en place et s’il avait eu quelque réussite, n’aurait-il pas, indirectement au moins, prolongé le système occidentaliste en lui permettant de s’installer dans un équilibre acceptable? Au lieu de quoi, son élimination mit à nu (“le roi est nu”), sans le moindre doute, sans le moindre recoin d’ombre, ce qu’est et ce que vaut ce système américaniste et occidentaliste. Le paradoxe est en effet que la mise à l’encan obscène de la Russie par les bandes ultra-libérales venues de l’Ouest durant les années-Eltsine fut un des éléments qui contribuèrent à lancer le système de l’américanisme dans les excès qui conduisent à la chute finale. C’est une mise à jour qui, finalement, bien qu’elle soit passé par l’injustice ainsi faite à l’encontre de Gorbatchev et les malheurs épouvantables imposés à la Russie, ne souffrait pas d’attendre, tant l’imposture méritait effectivement d’être exposée pour ce qu’elle est. On en tirera la conclusion que l’Histoire a supplanté Gorbatchev, selon l’ordre et “la force des choses”, après qu’il ait accompli l’essentiel pour quoi il était appelé.

En ce sens, on dira que Gorbatchev, par sa carrière volontaire et par sa destinée involontaire, fut non seulement le destructeur du système communiste, mais le deus ex machina complètement involontaire qui contribua décisivement à mettre en pleine lumière le degré de décadence, de perversité et d’instinct de mort auquel est arrivée en vérité notre civilisation. Après tout, on comprend qu’il n’ait jamais cédé à l’amertume; être à ce point l’instrument de l’ironie grandiose de l’Histoire vous rachète et vous soulage de vingt, de cent Eltsine s’il le faut…

Revue d'abondance, CNR, barbecue et autres blagues.


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mardi 30 août 2022

FIN DE L'ABONDANCE - Cover "Les Sardines" Patrick SÉBASTIEN - Ingrid COURRÈGES

 



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    Prenez soin de vous, merci pour tout votre soutien,
    A très bientôt !
    Grosses pensées pour vous ❤

    Ingrid

    lundi 29 août 2022

    Carole Fouché et Louis Fouché privés de leur compte bancaire par l'Etat-voyou

    A partir de 28 ' sur la vidéo


     

    Éduquer, c'est déjà lutter

     L’Anthropocène se profile comme un temps d’effondrements. Or, il nous semble qu’il est déjà la résultante d’effondrements précédents, qui sont d’ordre spirituel et psychique, qu’il s’agit d’analyser, pour penser une éducation qui redonne les forces nécessaires. Les enfants et les adolescents sont aujourd’hui dans une position particulière : surprotégés, surinformés, ils sont en même temps « exclus » de la vie politique, qui, notamment en matière d’écologie, les concerne au premier chef. Il s’agit alors de voir comment les aider à sentir, penser et participer. À notre sens, l’éducation est déjà une lutte, dans la mesure où elle doit aller contre la virtualisation et l’abstraction de nos vies, et refonder un pouvoir de sentir. Seront résistants les individus qui seront suffisamment « enracinés ». Cet enracinement n’est pas seulement un enracinement dans la nature, il est aussi un enracinement dans la vie. Il importe que les enfants et les adolescents sentent le « plaisir d’être », de façon à éprouver le « désir d’être », et à vouloir aussi que le monde soit.


    TEXTE COMPLET ICIhttps://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2020-2-page-113.htm?contenu=article