lundi 27 octobre 2014

Elections et situation militaire en Ukraine : deux analyses pour rétablir l'équilibre de l'information... et le bon sens / Elections and status as regards military service in Ukraine: two analyses to restore the balance of the information and the common sense



1. Analyse d'Olivier Berruyer

Source : http://www.les-crises.fr/medias-presidentielle-ukrainienne-1eres-tendances/

Tendances

Voici les premières tendances sur les scores en voix. Mais comme la moitié des sièges de députés sont accordés au scrutin majoritaire à 1 tour, il faudra patienter un peu pour les résultats, qui accorderont beaucoup de députés aux 2 premiers partis.
Mon analyse est assez simple. (je le remettrai à jour si besoin)
1. Problème au niveau de la participation, estimée ce soir entre 50 et 55 % - ce qui est bas pour ce type d’élection. Il y avait 60 % à la présidentielle.
2. Echec en voix de Porochenko, qui obtiendrait moins de 25 % des suffrages, alors qu’il a été élu avec 55 % des voix au 1er tour fin mai… Il devrait avoir cependant de nombreux députés.
3. Succès inattendu du Premier Ministre et de son bloc
4. Estimation des votes : 7 partis entreraient au Parlement
  • Porochenko : 22-23 %
  • Iatseniouk : 20-22 %
  • Parti Samopomich (“démocrate chrétien”, mené par le maire de Lviv) : 8-14 %
  • Bloc d’Opposition (ancien Parti des Régions) : 7-10 %
  • Parti Radical d’Oleg Lyashko : 6-10 %
  • Svoboda : 4%-6 %
  • Patrie de Timochenko : 5-8 %
Svoboda est heureusement en baisse, mais avec le parti radical et sans doute un bout de Samopomich, cela nous fait toujours 15 % des voix à des fascistes, et autant pour de l’extrême-droite… Bah, la guerre n’allait clairement pas les faire reculer…
Après rien de bien extraordinaire, j’ai expliqué dès le mois de mars que le souci de l’Ukraine, c’est que 65 % des gens sont plutôt pro-Europe et 35 % plutôt pro-Russie, mais que SURTOUT, c’était en fait 100 % des gens sur les 2/3 Ouest du pays contre 100 % des gens sur le tiers Est (j’exagère avec 100 %, c’est pour poser le problème). Et comme le sujet n’est pas anecdotique, mais fondamental, tant au plan politique qu’économique, aucun ne cédera. Et cela risque fort de se terminer ainsi : OU on crée une Ukraine neutre, non alignée et elle reste unie (proposition Kissinger et Poutine) OU l’Ukraine est partitionnée, et l’UE chipe l’Ouest et le Centre. Pas bien compliqué, me semble t il. L’Hypothèse “l’UE chipe 100 % de l’Ukraine” ne peut que conduire à une guerre civile – CQFD.
Voici 2 sondages intéressants sur la vision des Ukrainiens.
Le premier sur la cote de confiance diverses institutions :
18 % de confiance dans la parlement (Rada), joli score…
Et voici sur le premier bilan du Président :
Impressionnant…
Allez 2 réactions de la presse pour rire un peu

Le Monde : Ecrasante victoire des pro-occidentaux aux législatives en Ukraine

Par Benoît Vitkine (envoyé spécial en Ukraine)
En votant massivement
45/50 % d’abstention…
en faveur des deux principales forces politiques au pouvoir à Kiev, dimanche 26 octobre lors des élections législatives, l’Ukraine en guerre a exprimé un fort besoin de stabilité et d’unité.
Ben en guerre civile, ils pouvaient voter quoi ?
Selon les premiers sondages de sortie des urnes, la liste du président Petro Porochenko recueille 23 % des voix. Celle du premier ministre, Arsenii Iatseniouk, le talonne avec 21 % des voix. La participation est toutefois faible (52 %), contre 60,3 % lors de la présidentielle du 25 mai.
POROCHENKO RESTE L’HOMME FORT DE L’UKRAINE
Six mois exactement après son élection à la présidence, c’est toutefois Petro Porochenko qui reste l’homme fort de l’Ukraine.
Il n’a perdu que 50 % à 60 % de ses voix…
Le président, qui devait jusqu’à présent s’appuyer pour gouverner sur des transfuges du Parti des régions de l’ancien président Viktor Ianoukovitch, va désormais prendre la tête d’une majorité solide.
Euh je rêve où il s’appuyait surtout sur Patrie, Svoboda et Udar ?
Et je rêve, ou Porochenko est cofondateur dudit Parti des Régions, et a été ministre de Ianoukovitch ????
En cela, le vote de dimanche clôt politiquement le chapitre de Maïdan. Le Parlement sortant, élu en 2012, ne reflétait pas le paysage politique issu de la révolution : c’est notamment lui qui avait voté les lois liberticides du 16 janvier, censées étouffer la contestation contre le président Ianoukovitch.Inacceptable pour une immense majorité d’Ukrainiens.
C’est à mourir de rire… D’ailleurs, quand on voit ce que vote notre Parlement au niveau de lois liberticides (surveillance généralisée, interdiction de sortie du territoire…) soi-disant “antiterroristes” alors qu’il n’y a pas de terrorisme en France, je pense que ce ne sera pas beau à voir quand (et si par malheur) on était touché…
Ces élections sont aussi celles d’un profond renouvellement de la scène politique ukrainienne.
Porochenko, Iatseniouk, Svoboda, Timochenko… Je crois que c’est clair…
Le Parlement né du scrutin de dimanche est, de toute l’histoire ukrainienne, celui qui affiche la plus nette orientation vers les réformes et l’intégration européenne.
Je propose de lancer des consultations psychiatrique à Sainte Anne autour des hallucinations délirantes autour du concept magique de “réformes” – terme vide ne signifiant rien…
Plus de la moitié des députés devraient être de nouveaux entrants.
Ca promet…
Parmi eux, une vingtaine d’anciens activistes de la révolution de Maïdan, déterminés à ne pas laisser le personnel politique retomber dans ses vieux travers, mais aussi nombre de combattants plus ou moins illustres du front de l’est,
qui ont donc participé au massacre de près de 4 000 civils ?
à qui les différents partis ont accordé des places de choix sur leurs listes. La guerre dans le Donbass,sans avoir été un thème central de la campagne, reste omniprésente dans les esprits.
Ben non, le pays est juste en guerre…
Nul ne pourra d’ailleurs l’oublier, lorsque le nouveau Parlement se réunira pour la première fois, fin novembre : 27 sièges resteront vacants, le vote ne s’étant pas tenu dans 12 circonscriptions de la Crimée, annexée par la Russie en avril, et dans 15 circonscriptions des régions de l’est dont le contrôle échappe à Kiev.
LES PARTIS PRORUSSES FONT LES FRAIS DE CETTE RECOMPOSITION
Les partis prorusses font les frais de cette recomposition.
Quelle arnaque médiatique fantastique quand même cette notion de “pro-russe”…
Le Bloc d’opposition, qui accueillait principalement des anciens élus du Parti des régions, obtient près de 8 % des suffrages. Pour la première fois depuis 23 ans, le Parti communiste (3 %) ne sera pas représenté au Parlement.
Ben oui, comme leur électorat est dans les régions en guerre, et comme il est en voie d’être interdit…
D’ici quelques jours, des résultats plus complets montreront aussi si l’effacement du clivage politique entre le centre-ouest et le sud-est, observé lors de la présidentielle du 25 mai, se confirme.
C’est vrai qu’il n’y avait pas de différences :
election présidentielle ukraine 2014 presidential
election présidentielle ukraine 2014 presidential
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Les nationalistes ukrainiens de Svoboda sont en recul par rapport à leur score de 2012 (6,3 %).
Bah oui, il y a 2 partis fascistes à 6 % maintenant alors…
Svoboda n’a fait que x 6 par rapport à la présidentielle où on moquait son faible score…
Le scrutin n’a pas été parfait. Dans plusieurs circonscriptions, on peut s’attendre à ce que des réclamations soient émises sur l’honnêteté du vote et du dépouillement. L’Organisation pour la sécurité et le développement en Europe (OSCE), qui a supervisé le déroulement des opérations, doit rendre un premier verdict lundi après-midi. La campagne a aussi été marquée par la perpétuation des pratiques peu glorieuses qui caractérisent la vie politique ukrainienne depuis 23 ans.
Dans de nombreuses circonscriptions, la corruption électorale – distribution d’argent ou de cadeaux – est toujours de mise, et nombre d’élus peu réputés pour leur honnêteté vont conserver leur poste. Surtout, en l’absence de tout système de financement public, une poignée d’oligarques continuent d’exercer un poids immense sur la vie politique, en mettant leurs moyens financiers et médiatiques au service des listes et partis de leur choix.
Génial ce scrutin alors….
M. Porochenko, qui devrait dans les jours qui viennent enregistrer les ralliements d’une centaine de députés indépendants, va tenter de constituer la coalition la plus large possible. Il s’agit d’éviter un face-à-face avec le seul Iatseniouk. Les deux hommes s’apprécient et travaillent en confiance, mais ils sont en concurrence, et le seront encore plus avec les résultats serrés de dimanche soir.
« Tous les partis de Maïdan seront invités à faire partie de la coalition », a expliqué dimanche soir Iouri Loutsenko, l’un des bras droits de M. Porochenko, depuis le siège du parti. Outre le Front populaire, la liste réformatrice Samopomitch, emmenée par le maire de Lviv et qui réalise un très bon score (13%), devrait se joindre à la nouvelle majorité. Ioulia Timochenko, qui réalise un score décevant de 5,6 % à la tête de son parti Batkivchtchina, pourrait aussi être sollicitée.
LES DOSSIERS NE MANQUENT PAS POUR LA NOUVELLE MAJORITÉ
Une tâche extrêmement difficile attend cette nouvelle majorité. Il s’agit à la fois de répondre aux aspirations qui se sont exprimées durant Maïdan, autrement dit réformer en profondeur les structures du pays pour faire diminuer la corruption et améliorer la qualité de la gouvernance, et parer à l’urgence. Ici, les dossiers ne manquent pas.
Le plus brûlant d’entre eux est le conflit dans le Donbass. La stratégie de conciliation du président a permis de faire diminuer le niveau des violences, mais le processus de règlement politique engagé après les accords de Minsk, début septembre, est au point mort. M. Iatseniouk a été critique de cette stratégie, mais le dossier devrait rester entre les mains du président, qui négocie en même temps avec les séparatistes de l’Est et avec Moscou, pour tenter de convaincre le Kremlin de ne pas déstabiliser plus avant l’Ukraine.
Autre dossier urgent, le gaz. Moscou, qui a brutalement augmenté le prix de ses livraisons après le changement de pouvoir à Kiev et exige le règlement d’impayés, a coupé le robinet du gaz en juin.
Ils abusent ces Russes de ne plus faire le tarif “pays frère” mais le tarif international – et de demander à être payés en plus !
Les négociations sont régulières, sous l’égide de la Commission européenne, mais elles n’ont toujours pas abouti à un accord. Les réserves ukrainiennes sont limitées et deux jours avant le scrutin, le thermomètre est descendu en dessous de zéro degré à Kiev. Plus largement, l’économie est dans un état catastrophique. La situation, déjà peu brillante, a été encore fortement dégradée par la guerre. En 2014, le PIB pourrait se contracter de 8 %. La monnaie nationale, la hryvnia, a chuté de plus de 11 %, provoquant une forte baisse du niveau de vie.
Les bons scores des partis réformateurs et pro-européens montrent que la société ukrainienne est prête à patienter pour voir se réaliser les promesses de Maïdan.
Je suis toujours fasciné par ces journalistes nationalistes européens…
La guerre, en même temps qu’elle a ralenti la mise en œuvre des réformes, a soudé la société ukrainienne.
Au Monde, tu touches 20 € à chaque fois que tu utilises le mot “réforme”. Bilan : 80 € ici…
Et puis ouaouh, drôlement soudée la société ukrainiene…
Comme l’amour, le nationalisme rend aveugle.
Un autre signe en est le faible score obtenu par le Parti radical d’Oleh Liachko.
6 %, un faible score pour un fasciste ?
Ce populiste qui estime notamment que l’Ukraine doit acquérir l’arme nucléaire, n’obtient que 6,5 %, loin des scores mirobolants que lui promettaient les sondages.
Ah d’accord, la référence c’est le sondage bidon….
Source : Le Monde
J’aimais bien cet autre titre :
Meuh, ils ne pensent qu’à l’Europe du soir au matin là bas…

Le Nouvel Obs : Ecrasante victoire des pro-occidentaux aux législatives

Le Bloc du président Petro Porochenko et quatre autres mouvements pro-occidentaux, dont des nationalistes, auraient obtenu environ 70% des voix. Des pro-russes seront également au Parlement.
Saloperie de Démocratie va…
Le camp pro-occidental,
mais quelqu’un peut leur dire que ce n’était pas un référendum sur l’Europe ?
mené par le président Petro Porochenko, a remporté dimanche 26 octobre aux législatives une victoire d’une ampleur sans précédent depuis l’indépendance de l’Ukraine, et après six mois d’un conflit opposant dans l’Est l’armée ukrainienne aux rebelles pro-russes.
Les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, dont les résultats ont été rendus publics à leur fermeture, donnent environ 70% des voix aux différents partis pro-occidentaux, y comprisnationalistes, en lice pour ce scrutin marqué en outre par l’accession au parlement du principal parti héritier de celui de l’ex-président pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Oui, Porochenko, Svoboda, c’est pareil…
Le Parti communiste pourrait, quant à lui, événement historique, disparaître de l’assemblée.
Bah oui, ses régions n’ont pas voté…
Ces élections renouvellent radicalement le parlement et accentuent le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne.
Oh oui, oh oui !
Euh, et le peuple de “l’Union européenne”, il peut voter pour donner son avis à ça ou c’est interdit ?
Ce scrutin était crucial pour cette ex-république soviétique en proie depuis près d’un an à une très grave crise, avec le renversement par la rue de Viktor Ianoukovitch, l’annexion de la Crimée par la Russie et, dans les régions orientales, le réveil des séparatismes qui a dégénéré en conflit armé.
Ce pays de 45 millions d’habitants est également le terrain d’affrontements géopolitiques entre Occidentaux et Russes dont les relations, de l’aveu même de Moscou, ont “touché le fond”.
Un rapprochement “irréversible” avec l’Europe
Les Ukrainiens ont plébiscité un rapprochement “irréversible” de leur pays avec l’Europe, a déclaré dimanche soir le président Petro Porochenko alors que les pro-occidentaux ont obtenu une victoire écrasante aux législatives selon les sondages à la sortie des bureaux de vote.
Ces fanatiques sont fous…
“Plus de trois-quarts des électeurs ayant participé au vote ont soutenu de façon puissante et irréversible l’orientation de l’Ukraine vers l’Europe”, a déclaré le président dans une déclaration à la Nation diffusée à la télévision.
Le Bloc Petro Porochenko du chef de l’Etat arrive sans surprise en tête avec 22% à 23% des suffrages, selon les résultats des sondages diffusés par trois instituts. Ce score est toutefois inférieur aux 30% que lui donnaient avant les législatives les sondages et ce mouvement est talonné par le Front Populaire du Premier ministre Arseni Iatseniouk (21%), suivi de Samopomitch (13%), parti composé de jeunes représentants de la société civile et de combattants venus de l’Est.
Ces deux formations sont favorables à une offensive plus musclée contre les séparatistes pro-russes dans l’Est, où les combats ont déjà fait plus de 3 700 morts depuis avril.
3 700 morts, civils russophones (puisqu’ils ne le précisent pas), ce n’était pas encore assez musclé… Heureusement, ces “pro–européens” ont gagné et vont arranger ça…
“La majorité des électeurs s’est prononcé en faveur des forces politiques qui soutiennent le plan de paix [...] et cherchent des moyens politiques pour régler le conflit”, a toutefois insisté Petro Porochenko dans sa déclaration à la Nation. “Les partisans d’une solution militaire sont en nette minorité.”
“Le tribunal populaire a condamné à mort le parti communiste”
Avec près de 8%, le Bloc d’Opposition, regroupant plusieurs figures du Parti des Régions de Viktor Ianoukovitch, dépasse le seuil des 5% nécessaire à une présence au Parlement, contrairement au Parti communiste (moins de 3%), en passe d’y perdre sa place pour la première fois depuis 1993.
Petro Porochenko s’est d’ailleurs félicité du déclin du parti communiste : “Le tribunal populaire [...] a condamné à mort le parti communiste”, a déclaré M. Porochenko. “Les Ukrainiens ont porté un coup décisif à la cinquième colonne communiste.”
Sympa ces déclarations de Démocrate, dommage que Le Monde ne les ait pas repris dans son papier…
Suivent le Parti radical du populiste Oleg Liachko (6%), les nationalistes de Svoboda (6%) et le parti Batkivchtchina de l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko (5%).
Pas important, passons vite…
Ces sondages donnent une idée des rapports de forces dans l’opinion mais pas directement de la répartition des 450 sièges de la Verkhovna Rada (Parlement). La moitié des députés est en effet élue dans des scrutins à la majorité simple. Et les résultats dans ces circonscriptions ne seront pas immédiatement connus.
27 sièges de députés resteront vides
Ces élections ont été convoquées par le président Porochenko, élu en mai dès le premier tour, pour définitivement tourner la page du régime prorusse de Viktor Ianoukovitch, renversé au terme d’un mouvement de contestation pro-occidentale déclenché en novembre 2013 sur le Maïdan, dans le centre de Kiev.
Mais elles sont assombries par le conflit entre forces ukrainiennes et séparatistes dans le bassin minier du Donbass, dans l’Est.
Environ cinq millions d’électeurs, sur 36 millions au total, n’auront pas pu voter, en Crimée, rattachée à la Russie en mars, et dans les zones contrôlées par les séparatistes dans l’Est. 27 des 450 sièges de députés resteront ainsi vides.
A Donetsk, principal fief des rebelles, les habitants ont boudé les élections et attendent celles que les séparatistes prévoient d’organiser le 2 novembre.
Sortir l’Ukraine d’une profonde récession
Dans un geste symbolique, le président Petro Porochenko, en tenue de camouflage, s’était rendu dans la matinée à Kramatorsk, ville rebelle reprise l’été dernier par les forces ukrainiennes, pour saluer “l’exploit des soldats auxquels nous devons notre vie pacifique“.
La guerre, c’est la paix…
Relisez 1984, vite…
De retour à Kiev, il a voté et dit espérer des élections “une équipe forte et efficace pour la mise en oeuvre de réformes et la victoire nécessaire pour apporter la paix dans le Donbass”, en proie à des combats depuis six mois.
Tiens, ils ont aussi une prime à l’Obs, mais plus faible apparemment…
Le nouveau Parlement devra voter des réformes radicales
Je pense aussi, ça va être intéressant, on suivra…
Finalement c’est peut être bien 20 € aussi…
destinées à sortir l’Ukraine d’une profonde récession, aggravée par le conflit dans l’Est industriel, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l’Union européenne, avec laquelle elle a récemment signé l’accord d’association rejeté l’an dernier par Viktor Ianoukovitch.
Il devra accentuer les douloureuses mesures de rigueur
Il faudrait leur envoyer Valls…
exigées par les bailleurs de fonds occidentaux, notamment le FMI,
Purée, ça c’est de la liberté retrouvée…
pour sauver l’Ukraine de la faillite après le retrait du soutien financier russe. La situation est encore aggravée par le conflit gazier avec la Russie, qui la prive de gaz. La tâche semble herculéenne face à un conflit très coûteux et destructeur, et qui s’enlise.
Selon le ministère de la Défense, les positions des forces ukrainiennes ont fait l’objet de tirs de la part des rebelles à 18 reprises dimanche, sans faire de victimes.
Et selon les rebelles ?
L’instauration d’un cessez-le-feu le 5 septembre a permis une baisse d’intensité de la confrontation dans l’Est, mais des points de tension persistent, notamment à l’aéroport de Donetsk.
Source : Le Nouvel Obs, avec AFP
Et on fini par Libération :
et :
P.S. tiens, d’ailleurs, en journal de gauche, Libération a su soutenir Dilma Rousseff :

2. Analyse du Saker 
Source : http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/26/rebondissements-tres-inquietants-en-ukraine-rapport-situation-au-24-octobre-2014/

REBONDISSEMENTS TRÈS INQUIÉTANTS EN UKRAINE (RAPPORT DE SITUATION AU 24 OCTOBRE 2014)

Ce billet vise essentiellement à vous informer sur les derniers développements relatifs à la guerre en cours en Ukraine, au 24 octobre 2014.
À la suite de l’utilisation d’un missile balistique tactique contre Donetsk par les Ukies, Zakharchenko a déclaré que le cessez-le-feu était, à toutes fins utiles, terminé.
Strelkov a lancé un avertissement officiel à propos de l’information voulant que les Ukies massaient des troupes en vue d’un assaut. D’après Strelkov, le plan des Ukies consiste à effectuer une poussée très brève et très rapide vers Donetsk et la frontière russe, de façon à rendre l’État novorossien non viable et pouvoir ainsi négocier en position de force. Strelkov a certes l’habitude d’exagérer la menace afin de mieux la réduire, mais, cette fois, il y a des signaux clairs que son analyse est partagée par les militaires russes, et ces signaux sont les plus inquiétants qui soient.
Des sources russes, dont l’excellent blog du colonel Cassad,rapportent que le robinet du voentorg [L’aide clandestine russe] est de nouveau ouvert à fond et que d’importantes livraisons sont attendues. Je me réjouis bien sûr de savoir que la résistance novorossienne va acquérir de l’équipement (et de l’aide de spécialistes), ce dont elle a cruellement besoin, sauf que la reprise du voentorg me donne aussi à penser que les services du renseignement russes ont conclu qu’une attaque est très probable, et ce, très bientôt.
Je surveille la situation au Banderastan d’assez près et ce que je peux dire, c’est que le régime en place se fissure de partout. Je ne sais pas si Porochenko, et ses maîtres à penser aux USA, croient vraiment qu’une attaque peut réussir (j’en doute) ou veulent vraiment forcer la main à la Russie pour qu’elle intervienne ouvertement (c’est presque inévitable selon moi), mais un fait demeure : déclencher une guerre majeure pourrait bien être la seule façon de sauver le régime Porochenko, lequel est actuellement en chute libre.
Il est fort possible que l’avertissement sans détour de Strelkov et que, plus encore, la reprise du voentorg,convaincront les Ukies que la Russie est prête à intervenir, et que l’attaque prévue est vouée à l’échec. Ce qui me préoccupe, c’est que le régime Porochenko (et ses patrons de la CIA) pourrait juger que même une défaite face aux militaires russes est préférable à la spirale descendante en cours. Non seulement une guerre peut sauver le régime, mais une intervention russe réaliserait enfin le rêve anglo-sioniste. Poutine fera tout son possible pour éviter ce piège, ce qui veut dire que la Russie devra fournir secrètement une aide et un appui massifs à la Novorussie. Quant aux Novorusses, ils doivent être assez forts pour contenir l’assaut initial. S’ils réussissent, l’offensive prendra fin. Mais Strelkov a raison. Si les Ukies font une trouée dans les lignes des Novorusses, la Russie devra intervenir.
C’est une situation extrêmement dangereuse.
Plusieurs d’entre vous ont noté ce qui n’est rien de moins qu’une déclaration de guerre à la Russie par George Soros, l’un des bonzes du marché de capitaux internationaux anglo-sionistes, qui a déclaré que la Russie défie aujourd’hui l’existence même de l’Europe et que L’Europe soit sauver la nouvelle Ukraine [1]Après Khodorkovsky, voilà Soros qui en remet. Nous savons maintenant qui veut mettre la main sur la Russie, et comment. Il ressort clairement aussi que, par leurs propos belliqueux, ces financiers admettent sans ambages que Poutine défie l’existence même de leurs intérêts. Il faut dire qu’ils ont absolument raison (ce qui prouve une fois de plus que ceux qui disent que Poutine est une marionnette des oligarques ne sont que des idiots utiles manipulés).
Nuland, Soros, Khodorkovsky, Hillary, Friedman… la liste s’étend à l’infini. Toute la cabale néoconservatrice veut la guerre et exerce énormément de pression pour que le reste de la planète partage ses vues.
Sans surprise, les Européens ont autant de colonne vertébrale qu’une méduse cuite au micro-ondes, même s’ils savent et comprennent parfaitement que l’oncle Sam soutient un régime nazi à Kiev, et que les politiques des USA leur nuisent. Sauf qu’ils vont faire tout ce que les USA leur demandent. Il n’y a pas de politique étrangère européenne à proprement dit. Tout ce que les Européens peuvent faire se résume à dire Oui monsieur, vos désirs sont des ordres, monsieur ! La preuve la plus pitoyable de cette submissivité à tout ordre provenant des USA, même le plus stupide de ces ordres, est ce conte de fées à propos d’un sous-marin russe tapi dans les eaux suédoises.
On assiste aujourd’hui à une mauvaise reprise de la paranoïa suédoise de la période de la Guerre froide qui a sévi à la suite de l’incident baptisé par la presse anglophone Whiskey on the Rocks [2], lorsque, à la suite d’une erreur de navigation, un sous-marin soviétique de classe Whiskey s’était échoué sur des rochers, près de Karlskrona. Pendant la Guerre froide, on pouvait pardonner aux Suédois de voir autant de fois des sous-marins soviétiques que les Écossais voyaient le monstre du Loch Ness. Sauf que ramener ce genre de sornettes en 2014 est vraiment embarrassant et démontre que les militaires suédois vont aussi exécuter tous les ordres, même les plus stupides. Cette fois-ci, la BBC affirme [3] que le premier signe de la présence du sous-marin russe était, je ne blague pas, une conversation radio en russe, apparemment détectée le jeudi 16 octobre entre l’archipel de Stockholm et l’enclave russe de Kaliningrad, où la flotte russe de la mer Baltique est basée. Apparemment, il y a des gens assez stupides pour croire ce genre de balivernes.
Sérieusement, même si ces contes de fées suédois sont bien amusants, il ne faut pas oublier que l’intention derrière n’est pas drôle du tout. Cette intention, c’est de semer la crainte et de trouver éventuellement un prétexte à une confrontation.
Au Banderastan, pendant ce temps, les choses se détériorent jour après jour et tout ce qui empêche une attaque en règle des Ukies contre la Novorussie, c’est la crainte d’autres défaites militaires avant les élections. Mais à moins d’un revirement majeur dans la dynamique, les Ukies passeront à l’attaque aussitôt les élections derrière eux. Un coup d’État anti-Porochenko à Kiev pourrait toutefois retarder l’attaque. Un élément qui est ressorti du sommet de Milan, bien qu’on ne l’ait pas rapporté de cette façon, est que les Ukrainiens ont fini par admettre qu’ils n’ont pas d’argent du tout. D’où tous ces pourparlers au sujet des Européens qui allongeraient l’argent pour le gaz russe. La saison froide a aussi commencé et, à partir de maintenant, les choses ne feront que s’empirer.
Carte des opérations militaires en Novorossia 
du 21 au 22 octobre 2014(pour les commentaires associés à la carte, en français, cliquez ici)
Carte des opérations militaires en Novorossia du 21 au 22 octobre 2014
Carte des opérations militaires en Novorossia 
du 23 octobre 2014(pour les commentaires associés à la carte, en français, cliquez ici)
Carte des opérations militaires en Novorossia du 23 octobre 2014
Cordialement, 
Le SakerTraduit par Daniel pour Vineyardsaker.fr
Notes
[1] Ukraine : « L’Europe est indirectement en guerre », publié par Le Monde en ligne le 23 octobre 2014, ouL’Europe soit sauver la nouvelle Ukraine de l’édition papier sortie le même jour. Notons que le nom de l’auteur de l’article, George Soros, n’est même pas mentionné sous le titre de la version en ligne, comme nous l’avons souligné dans l’article Journalistes achetés, journaux achetés : L’exemple de la campagne de dénigrement menée par George Soros contre la Russie (vineyardsaker, français 25-10-2014).
Sources : Ukraine mini-SITREP : very ominous developments (vineyardsaker, anglais, 22-10-2014) et Ukraine mini-SITREP : very ominous developments (follow up) (vineyardsaker, anglais, 24-10-2014)

samedi 25 octobre 2014

Poutine : Le monde a besoin d’un nouveau consensus des forces responsables / The world needs a new consensus of the responsible strengths


Source : http://french.ruvr.ru/2014_10_25/Le-monde-a-besoin-d-un-nouveau-consensus-des-forces-responsables-3307/
Le monde a besoin d’un nouveau consensus des forces responsables

Par La Voix de la Russie | Le président Poutine est sûr que le monde a besoin « d’un nouveau consensus des forces responsables ». Il faut commencer à s’entendre sur les principes et gérer en commun les risques. L’anarchie ne fera que se généraliser si un système cohérent des engagements mutuels n’est pas mis en place, a souligné le leader russe en intervenant devant les participants du club de discussion Valdaï.

Selon Vladimir Poutine, les États-Unis tentent de réanimer le schéma de gouvernance du monde du temps de la « guerre froide » mais ces tentatives font juste le contraire.
« La guerre froide » est finie… mais il s’en est suivie une pagaille », dit Poutine et ajoute que la structure « monopolaire » du monde s’est avérée incapable de faire face aux vraies menaces comme les conflits régionaux, le terrorisme, le trafic de drogues, le fanatisme religieux, le chauvinisme et le néonazisme. Elle avait au contraire démontré que « la domination accrue d’un seul centre de pouvoir n’a pas permis de mieux contrôler les processus globaux. La structure monopolaire a ouvert la voie aux manifestations de la présomption nationale, à la manipulation de l’opinion publique et à la suprématie du plus fort », a conclu Poutine.
Finalement, le monde monopolaire a créé des problèmes pour l’Amérique elle-même qui si bien que les États-Unis s’efforcent maintenant de recréer « une sorte de monde quasi-bipolaire » comme modèle qui convient le mieux pour maintenir le leadership américain. De plus, estime Poutine, peu importe qui prendre dans la propagande américaine la place « du centre du mal » occupée dans le temps par l’URSS : cela pourrait être l’Iran, la Chine ou la Russie. « Nous sommes à nouveau témoins des tentatives de morceler le monde, de tracer les lignes de démarcations de forger des coalitions pour accentuer la confrontation et créer l’image d’ennemi, fait valoir le leader russe.
« C’est le début de la période des divergences d’interprétation et des réticences quand la légitimité de tel ou tel régime est fonction de sa loyauté ». Selon Vladimir Poutine, « nous assistons à la probabilité accrue de conflits aigus avec la participation au moins indirecte des grandes puissances ». De plus, le risque s’associe désormais non seulement aux contradictions interétatiques traditionnelles mais encore à l’instabilité intérieure surtout dans le cas des pays situés au carrefour des intérêts géopolitiques des grands États ou à la limite de ce qu’on peut appeler continents culturels, historiques, économiques et civilisationnels. « L’Ukraine est juste un exemple de ces conflits qui se répercutent sur le rapport de forces dans le monde et cet exemple est loin d’être le dernier », a-t-il ajouté.
« Agir sur les récalcitrants en espionnant ses propres alliés », dit Poutine et ajoute que compte tenu de la situation explosive dans le monde, le renoncement à toutes les règles dans les relations internationales n’est pas à exclure. « Ce monde, est-il vraiment confortable ?, s’interroge Poutine.
Le président russe est sûr qu’il est parfaitement possible de rétablir l’efficacité du système des institutions internationales et régionales si on fait preuve de volonté politique. Il ne s’agit pas de transactions locales, de partage des sphères d’influence dans l’esprit de la diplomatie classique, ni d’une domination totale. « Il faut rééditer l’interdépendance, estime Poutine. – C’est un bon instrument permettant d’harmoniser les positions ».
Le leader russe a appelé à tracer la frontière entre les efforts déployés pour garantir la sécurité internationale et l’ingérence dans les affaires intérieurs des États souverains. « Il fait définir nettement les limites des actions unilatérales et les cas où les mécanismes internationaux s’imposent ». La question de contenu de souveraineté devient à peu près primordiale pour la stabilité du monde.
Il est évident que le débat sur les critères d’usage de la force est particulièrement délicat et qu’ils sont étroitement associées aux intérêts de tels ou tels pays mais l’absence de critères intelligibles est autrement dangereuse. « Le résultat réel ne peut être obtenu que si les acteurs internationaux arrivent à s’entendre sur l’harmonisation de leurs intérêts fondamentaux et sur les limites raisonnables de leur action », a fait valoir Vladimir Poutine.
Selon lui, la Russie n’a pas l’intention de forger des blocs ou de s’entraînement dans un Échange de coups ». Les affirmations que la Russie essaie de recréer une sorte « d’empire » sont également dénuées de fondement. « Nous respectons les intérêts des autres et voulons tout simplement qu’on tienne également compte de nos intérêts et de notre position », dit le président.
« Le monde s’est engagé dans l’époque des changements et nous devons tous nous monter très prudents et éviter les démarches irréfléchies. Après la fin de la « guerre froide », les acteurs internationaux ont en partie perdu ces qualités. Le temps est venu de se le rappeler. « L’édification d’un monde plus stable est une tâche très complexe qui suppose un travail long et patient. Nous avons pu élaborer les règles de coexistence au lendemain de la Seconde guerre mondiale et avons réussi à nous entendre dans les années 1970 à Helsinki. Notre devoir commun consiste à résoudre ce problème fondamental aujourd’hui, à l’étape nouvelle du développement », estime le président russe.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/2014_10_25/Le-monde-a-besoin-d-un-nouveau-consensus-des-forces-responsables-3307/

mardi 21 octobre 2014

Khodorkovsky c. Strelkov: le mondialisme euro-atlantique c. le Monde des Nations / Khodorkovsky versus Strelkov: the euro-Atlantic internationalism versus the World of Nations

Un excellent article de Karine Bechet-Golovko. Certes, nous sommes loin des priorités de la décroissance politiquement organisée mais ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise...  


Auteur : 

Source : http://russiepolitics.blogspot.ru/2014/10/khodorkovsky-c-strelkov-le-mondialisme.html

lundi 20 octobre 2014





La crise en Ukraine vient de révéler son véritable rôle: le rappel du choix idéologique. Car, quoi que l'on en dise, les idéologies ne sont pas mortes, et pour cause, elles tuent de plus belle. D'un côté, sur la scène, apparaît le héraut du mondialisme géo-orienté, à savoir M. Khodorkovsky, coiffé de l'aura des prisonniers politiques fraîchement libérés, recherchant désespérément, et en vain, l'ombre de Soljénitsyne ou Dostoïevski. Mais ces figures sont incompatibles avec l'idéologie de l'euro-atlantisme. De l'autre côté, émerge un nouvel héraut et une nouvelle idéologie. Il y a peu, il portait encore les armes, et comme il s'agit bien d'une guerre, finalement I. Strelkov est parfaitement à sa place. Surtout pour en appeler à un Monde des Nations. Car voici l'enjeu. L'Euro-atlantisme, incidemment, a occupé tout l'espace idéologique, pouvant donner l'impression de la fin des idéologies. En réalité, ce n'était la fin que du pluralisme des idéologies. Mais comme tout monopole, celui-ci arrive à sa fin et lui est opposé une autre conception du Monde, celle d'un Monde pluriel, politiquement, économiquement et culturellement. Donc d'un monde qui ne peut être dominé d'un point. Et le combat fait rage. Une première passe d'armes à étudier vient d'avoir lieu entre Khodorkovsky à Freedom House et Strelkov à Moscou.


La vision du monde selon M. Khodorkovsky est dans l'ensemble assez simple, car elle nous est familière. Evidente. Comme l'air que l'on respire. Et l'air que l'on respire ne se remet pas en cause, il se respire, sinon l'on meurt. Un peu comme cette conception du Monde: soit l'on est à l'intérieur et l'on respire, soit on est à l'extérieur et l'on meurt. Dans le sens direct du terme. C'est le message que M. Khodorkovsky a fait passer à la Russie: pour être fort, il faut être avec les autres. Or, que proposent "les autres"?

Le mondialisme euro-atlantique selon M. Khodorkovsky

Une théorie qui se veut générale doit pouvoir s'appliquer à tout et à tous. Elle se doit donc de reprendre les concepts de l'adversaire, mais en les vidant de leur sens, pour leur imprégner d'une nouvelle signification, la sienne.

Ainsi, dans son discours à Freedom House, Khodorkovsky a très souvent repris la réthorique patriotique en employant "peuple russe", "eurasie", "rendre la richesse au peuple", "totalitarisme". Sauf que le peuple russe semble être ici sans consistance dans un Monde qui doit se diriger vers la post-industrialisation. Or, ce choix pour la Russie est non seulement absurde, mais suicidaire. Absurde, car il s'agit de reprendre un modèle qui provoque on le voit le chômage, la perte du pouvoir d'achat, les délocalisations, la baisse de la valeur de la monnaie nationale, l'augmentation de la dette publique, etc. Donc pourquoi intégrer un modèle qui montre son inefficacité, sauf, bien sûr, s'il ne s'agit d'un dogme? Suicidaire, car l'étendue du pays oblige à renforcer le maillage économique comme base de la solidité sociale. Or, seule l'industrialisation le permet. Sans oublier, du point de vue internationale, que si l'on ne produit pas, il faut importer, car les besoins, eux, existent toujours. Or, le caractère inattendu de la politique des sanctions économiques que les Etats Unis et l'UE ont pris contre la Russie montre la nécessité de renforcer la production intérieure, pour garantir le bien être de la société dans son ensemble.

Le recours au terme de "totalitarisme" est employé de manière amusante, tant à l'encontre de V. Poutine, qu'à l'adresse de l'idéologie eurasiste qui devient un nouveau totalitarisme. Que M. Khodorkovsky garde une haine personnelle contre V. Poutine, c'est normal, celui-ci a eu l'outrecuidance de ne pas reconnaître son génie, de ne pas en avoir peur (il l'a libéré sans autres formalités), bref de ne pas s'en occuper. Et son interview dans Vedomosti en est une très bonne illustration. Cet aspect de la question ne mérite pas plus de développement, nous ne sommes pas psychanalyste. Il serait peut être judicieux, simplement, de rappeler que les articles ou les conférences ne sont pas réductibles à des séances de psychanalyse collective. En ce qui concerne la qualification de l'eurasisme d'idéologie totalitaire, nous voyons ici apparaître très clairement la griffe des intérêts américains. Avec la création de l'Union économique eurasienne, les intérêts américains dans la régions risquent d'être mis à mal. Sans oublier que le poids de la Russie s'en trouve renforcé, surtout si l'on y ajoute la coopération avec la Chine et les BRICS. C'est donc surtout la remise en cause de l'hégémonie américaine qui est ici condamnée par Khodorkovsky. Car cette idéologie, permettant, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale la domination américaine, est une idéologie sans alternative acceptable et couvrant tous domaines (politique, économique, culturel ...) - et donc en cela totalitaire. Mais parfaitement acceptée en Europe et ailleurs tant que le contrat social était rempli. Oser la remettre en cause est un crime de lèse-majesté.

Le reste des invocations faites par M. Khodorkovsky ont peu de poids et sont surtout comparables aux professions de foi faites à l'époque par les dissidents dans les centres de corrections idéologiques. Même la Corée du Nord y a renoncé. Maintenant, l'Occident en reprend la substance. Et Khodorkovsky d'en appeler au danger que représente la Russie pour l'Europe, que sous Poutine rien n'a été fait ni pour le pays ni pour la société, bref ces 10 dernières années ont été une perte pour tout le monde. Au fait, et la présidence Medvedev? Pas un mot? Ni sur le fait que Medvedev n'a pas voulu libérer, lui, Khodorkovsky, faute de courage politique? Non, lui est bizarrement hors critiques.

Alors que faire? Nous sommes dans un monde post-moderne qui doit employer des méthodes post-modernes. Comme le précise M.Khodorkovsky, il faut aider la société et l'opposition à se débarrasser d'un tyran, d'une politique dépassée et dangereuse. Normalement, comme il le reconnait, il faudrait créer un parti politique, faire de la politique et gagner. Or, ce n'est pas possible, donc il va financer des systèmes de réseaux qui permettent de rassembler rapidement des grandes quantités de personnes, notamment en période pré-électorale.

Pourquoi? Parce que, oui, vraiment, c'est impossible de gagner à la loyale avec des élections. Car il faudrait réellement faire de la politique, c'est-à-dire s'intéresser aux besoins d'un peuple qui ne l'intéresse manifestement pas. Et il l'écrit clairement: "j'ai commencé à penser ce que je pouvais faire pour mon pays, plus exactement pour cette partie de la société avec laquelle je partage les mêmes valeurs".

Tout est dit. Le but n'est pas de construire, réformer, renforcer l'Etat et la société dans son ensemble. Pour cela il faut réellement mettre en place des mécanismes politiques. Non, le but est de détruire ce qui existe en jouant sur les moyens que donnent les réseaux de personnes. Cela ne rappelle rien? Toute ressemblance avec la technique des révolutions de couleur, Maïdan et autres ne sont que fortuites.

Or que peut faire la Russie? Il faut réagir, fortement, mais pas officiellement. Fortement pour faire comprendre qu'il existe une réponse, une idéologie alternative défendable. Son faux patriotisme ne pouvant et ne devant occuper la place en Russie. Mais pas officiellement pour ne pas donner trop de poids à la personne de M. Khodorkovsky. I. Strelkov est sorti de sa réserve et apparait sur la scène politique. Ce qui doit faire enrager Khodorkovsky et ses tireurs de ficelles. Car il est mis au niveau de Strelkov. Une personne certes importante, mais qui n'a pas de rang officiel. Par ailleurs l'antagonisme des deux personnages saute immédiatement aux yeux. Or I. Strelkov annonce l'idéologie alternative, en devient la figure de proue. Ce qui est très important, car tout d'abord une alternative existe et il peut donc y avoir discussion - ce qui fait très peur aux euro-atlantistes et de plus cette idéologie permet de démystifier le concept des valeurs européennes, clé de voute du combat contre la Russie. Bref, d'une posture idéologique défensive et donc négative, la Russie passe à une posture offensive et constructive.

Le Monde des Nations selon Strelkov

Pour I. Strelkov, M. Khodorkovsky se place dans la droite lignée de l'élite russe occidentalisée qui de toujours propose un pseudo-libéralisme pour la Russie, le mettant en opposition totale avec les valeurs russes historiques et culturelles, et ayant une vocation destructrice éprouvée par le temps et les épreuves. Mais pour que le discours passe dans le pays, M. Khodorkovsky le soupoudre d'un faux patriotisme, qu'il dirige contre le chef de l'Etat et contre l'Etat lui-même. Comment voir un libérateur du peuple russe en un oligarque qui a fait sa fortune sur le cadavre de l'Union Soviétique, sur le dos de la population dans les années 90, condamné pour diverses escroqueries (je rappelle que la CEDH a dénié le caractère de procès politique à l'affaire YUKOS) et une fois libéré par décision présidentielle se retrouve sur Maïdan à parler de la dictature poutinienne et de l'agressivité de la Russie? Comment voir une figure de politique nationale en une personne qui reprend la réthorique, américaine, de la guerre froide? Bref, pour être patriote il ne suffit de répéter à tours de bras "peuple russe".

Le grand texte de Strelkov apporte deux éléments fondamentaux pour l'établissement d'une idéologie alternative. Tout d'abord il déconstruit le mythe de l'idéologie euro-atlantiste et ensuite il pose les fondements pour une autre vision du Monde.

Pour Strelkov, les valeurs proposées par le modèle euro-atlantiste ne sont pas européennes, elles n'ont rien à voir avec les valeurs traditionnellement européennes. Autrement dit, pour la première fois en Russie, la distinction est faite entre l'Europe et l'Union Européenne. Les valeurs de l'UE ne sont plus les valeurs européennes. Et comme l'écrit Strelkov, justement ce que la Russie met en place, ce sont les valeurs européennes, telles qu'elles existaient historiquement dans les pays européens, dans la culture européenne classique. Alors que les valeurs défendues par l'UE sont le reflet de l'oligarchie financière mondiale.

Le second élément fondamental est la mise à jour du côté totalitaire de l'idéologie euro-atlantiste. Rappelons que cette idéologie s'est construite, au départ, sur une réaction aux horreurs commises lors de la Seconde Guerre Mondiale, par la mise en avant des valeurs humanistes pour protéger l'homme et par le renforcement des mécanismes étatiques démocratiques (élections, référendum) pour protéger les sociétés. Finalement, nous en sommes arrivés au droit de l'hommisme contre l'humanisme et aux révolutions de couleurs contre la souveraine populaire. Cette régression est due à l'impossibilité de toute alternative théorique. Qui peut-être contre les droits de l'homme? Qui peut être contre la démocratie? Personne. Or, les mécanismes en jeu aujourd'hui n'ont plus grand chose à voir ni avec la démocratie, ni avec l'humanisme. Mais le système rejette toute résistance, comme un élément destructeur, non acceptable. Cette rigidité empêche toute possibilité même de discussion et réduit d'autant la liberté réelle des gens. Cette distinction liberté réelle, liberté formelle peut être réutilisée contre l'Occident, comme peuvent l'être les études concernant les manipulations de la société. Pour autant, la sociologie bien pensante aujourd'hui ne retourne pas ses armes "analytiques" contre ses maîtres. La radicalité des discours de cette minorité dirigeante "progessiste" en est arrivé à la justification d'un coup d'Etat en Ukraine, à la justification de méthodes de gouvernance liberticides, à la reprise de méthodes fascistes et à l'utilisation de l'armée contre son propre peuple. L'Ukraine est devenue le cimetière de l'UE. Espèrons qu'il ne soit pas celui de l'Europe. Comme l'écrit très justement I. Strelkov, ces valeurs européennes, telles que présentées dans le modèle euro-atlantique de civilisation, n'ont rien à voir avec la nation russe, ni avec les nations européennes. Cet euro-atlantisme est une doctrine géopolitique de domination globalisante américaine, dirigée contre les peuples et les Etats qui défendent leur culture, leur religion, leurs traditions et leur souveraineté.

Face à cela, il est important d'opposer un autre modèle. Un modèle qui, lui, sera fondé sur la justice sociale et le respect de la différence. Face au faux libéralisme destructeur, il est important d'opposer la véritable liberté. Il est important de mettre en place ce modèle par des mécanismes concrets, comme la politique fiscale, comme la lutte contre la fraude. Par le retour au sein de l'Etat de la propriété des éléments stratégiques nationaux. Mais il est évident que la justice sociale doit s'accompagner du respect de la règle de droit, c'est-à-dire d'un Etat de droit fort. Il s'agit ainsi de retrouver l'équilibre entre la libéralisme et la justice sociale.

C'est justement cette idéologie alternative qui permettra d'éviter la guerre, pour Strelkov. Car la 3e Guerre Mondiale, selon lui, est exclue, tant que la Russie est assez puissante pour faire contrepoids et tant qu'à l'intérieur du pays, au pouvoir, se trouvent des personnes qui ne sont pas prêtes à tout vendre pour quelques promesses de l'élite financière supra-nationale.

En conclusion, pour la Russie, "la question n'est pas d'être avec les autres ou non, la question est d'être soi-même". C'est la différence fondamentale de la position défendue par Strelkov, par rapport à la position de Khodorkovsky.

Et ce choix, et les enjeux du choix réalisé, ne concernent pas que la Russie, mais également chacun des pays européen.



vendredi 17 octobre 2014

Comment pense la classe dirigeante (La Jornada) / How thinks the ruling class (Jornada)

 
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La crise continue de révéler tout ce qui était caché en temps normal. Cela inclut les projets stratégiques de la classe dirigeante, leur façon de voir le monde, le principal pari qu’ils font pour demeurer une classe dominante. C’est, en gros, son objectif principal, celui qui subordonne tout le reste, y compris les modes de production capitalistes dans l’économie.
Vous pensez peut-être que la crise est juste une parenthèse après laquelle tout redeviendra plus ou moins comme avant. Pas du tout. La crise n’est pas seulement un révélateur, mais le reflet de ceux d’en haut qui remodèlent le monde. Parce que la crise est, en grande partie, provoquée par eux pour écarter ou faire disparaître tout ce qui limite leurs pouvoirs. Fondamentalement, les secteurs populaires, indigènes, noirs et métis de notre continent.
D’autre part, une crise de cette ampleur (il s’agit d’une série de crises qui comprend une crise /chaos climatique, une crise de l’environnement, de la santé et, de façon transversale, une crise de la civilisation occidentale) implique des changements plus ou moins profondes dans la société, les relations de puissances et les pôles de pouvoir dans le monde, dans chaque région et pays. Il me semble nécessaire d’aborder trois aspects, qui ne recouvrent pas toutes les nouveautés de l’éventail de la crise, mais sont, à mon avis, les plus à même d’influencer les stratégies des mouvements anti-systémiques.
Tout d’abord, ce que nous appelons l’économie a subi des changements profonds. Un tableau préparé par l’économiste Tcherneva Pavlina, basé sur des études sur les inégalités de Thomas Piketty, révèle comment le système fonctionne depuis les années 1970, aggravée par la crise de 2008.
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http://www.vox.com/xpress/2014/9/25/6843509/income-distribution-recove...
Le tableau couvre 60 ans de l’économie américaine, de 1949 à nos jours. Il décrit le part de la croissance qui est appropriée par les 10% les plus riches, et celle qui revient aux autres 90%. Dans les années 1950, par exemple, la tranche de 10% s’est appropriée entre 20 et 25 pour cent des nouvelles recettes annuelles. C’est ainsi que fonctionne une économie capitaliste normale, lorsque le patronat s’approprie la majeure partie des fruits du travail humain, que Marx a appelé la plus-value. C’est l’accumulation du capital par la production de masse.
A partir de 1970, un changement majeur se produit et devient tout à fait visible dans les années 1980 : les 10% de riches commencent à s’approprier 80 % de la richesse et seulement 20% de celles produites chaque année reviennent aux 90% restants. Cette période correspond à l’hégémonie du capital financier, ce que David Harvey a appelé l’accumulation par dépossession ou pillage.
Mais quelque chose d’extraordinaire s’est produite depuis 2001. Non seulement les plus riches raflent tout mais, depuis 2008, s’accaparent également d’une partie des biens des autres 90%, comme leur épargne ou leurs biens. Comment appeler un tel mode d’accumulation ? C’est un système qui n’est plus en mesure de reproduire les rapports capitalistes car il consiste à voler. Le capitalisme extrait de la plus-value et accumule des richesses (même par dépossession), tout en généralisant les relations capitalistes, et pour cela s’appuie sur le travail salarié et non sur l’esclavagisme (je dois ces réflexions à Gustavo Esteva, qui les a formulées à l’époque de la petite école zapatiste et lors d’échanges ultérieurs).
Il est probable que nous entrons dans un système encore pire que le capitalisme, une sorte d’économie du vol, plus proche du mode de fonctionnement des cartels du narcotrafic que de celui des entreprises que nous avons connues dans la majeure partie du XXe siècle. Il est probable aussi que cela n’avait pas été prévu par la classe dirigeante et que ce n’est que le résultat de la recherche excessive de profit dans l’exercice de l’accumulation par dépossession, ce qui a donné naissance à une génération de vautours/loups incapables de produire quoi que ce soit autre que la mort et la destruction autour d’eux.
Deuxièmement, le fait que le système fonctionne de cette manière implique que ceux d’en haut ont décidé de se sauver aux frais de l’humanité toute entière. À un moment donné, ils ont rompu tout lien émotionnel avec les autres êtres humains et sont prêts à provoquer une catastrophe démographique, comme le suggère le tableau ci-dessus. Ils veulent tout.
Par conséquent, eu égard au mode de fonctionnement du système, il serait plus approprié de parler de « Quatrième Guerre mondiale » (à l’instar du sous-commandant Marcos) que de « accumulation par dépossession », parce que l’objectif est l’humanité toute entière. Il semble que la classe dirigeante a décidé que le niveau actuel de développement technologique lui permet de se passer du travail salarié qui crée la richesse, et qu’elle ne dépend plus de consommateurs pauvres pour écouler ses produits. C’est peut-être du délire induit par l’orgueil, mais il paraît néanmoins clair que ceux d’en haut ne cherchent plus à diriger le monde selon leurs anciens intérêts, mais cherchent à créer des régions entières (et parfois des continents) où régnerait le chaos total (comme c’est le cas au Moyen-Est) et d’autres régions où régnerait une sécurité absolue (comme certaines parties des États-Unis et de l’Europe, et les quartiers riches de chaque pays).
Bref, ils ont renoncé à l’idée d’"une" société pour la remplacer par celle d’un camp de concentration.
Troisièmement, ceci a des implications énormes pour la politique de ceux d’en bas. La démocratie n’est plus qu’une arme brandie contre des ennemis géopolitiques (à commencer par la Russie et la Chine), mais ne s’applique pas aux régimes amis (Arabie Saoudite), et n’est plus le système qui a pu avoir en d’autres temps une certaine crédibilité. Il en va de même pour l’état-nation, à peine un obstacle à surmonter comme en témoignent les attaques contre la Syrie en violation de la souveraineté nationale.
Il n’y a pas d’autre voie que d’organiser nous-mêmes notre monde, dans nos espaces/territoires, notre santé, notre éducation et notre autonomie alimentaire. Avec nos propres pouvoirs pour prendre des décisions et les appliquer. Ou plutôt, avec nos propres institutions d’auto-défense. Sans compter sur les institutions de l’Etat.
Raúl Zibechi
Traduction "dis comme ça, ça donne envie d’un grand Grand Soir" par VD pour le petit Grand Soir avec très probablement plus de fautes et de coquilles que d’habitude.
»» http://www.jornada.unam.mx/2014/10/03/opinion/026a2pol
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jeudi 16 octobre 2014

L’UKRAINE TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS EST PARTIE POUR TOUJOURS / UKRAINE SUCH AS WE KNOW IT LEFT FOR EVER

Photo Mike Whitney

LE SAKER INTERVIEWÉ PAR MIKE WHITNEY, POUR COUNTERPUNCH : 

« L’UKRAINE TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS EST PARTIE POUR TOUJOURS »

Le Saker est un ex-analyste militaire, né en Europe dans une famille de réfugiés russes. Il vit maintenant en Floride, où il tient le blog « The Vineyard of The Saker » (« le Vignoble du Saker ») et où il intervient comme contributeur régulier du site « Russia Insider ». La communauté internationale des blogs Saker comprend, outre le blog Saker original, des membres français, allemand, russe, océanien et serbe, et elle inclura bientôt un nouveau membre latino-américain.
Mike Whitney
La bannière du magazine anglosaxon Counterpunch
La bannière du magazine anglosaxon Counterpunch

Mike Whitney :
 Les États-Unis sont-ils responsables des troubles en Ukraine ?
Le Saker : Oui, absolument, il n’y a aucun doute à ce sujet. Même s’il est vrai que les Ukrainiens étaient mécontents du régime corrompu d’Ianoukovitch, le coup d’État lui-même a très certainement été orchestré par la CIA. L’UE y a également participé, en particulier l’Allemagne, mais ils ont été loin d’y jouer un rôle aussi important que les États-Unis. L’enregistrement du coup de téléphone de Victoria Nuland (la sous-secrétaire d’État étatsunienne) a montré qui tirait vraiment les ficelles en coulisse.
Mike Whitney : Quel rôle a joué l’administration Obama dans la décision de Kiev de lancer une guerre contre son propre peuple dans l’est de l’Ukraine ?
Le Saker : Un rôle central. Vous devez comprendre qu’il n’y a pas de pouvoir « ukrainien » à Kiev. Porochenko est à 100% contrôlé par les USA, comme le sont les gens autour de lui. Le chef de la fameuse police secrète ukrainienne (le SBU), Valentin Nalivaichenko, est un agent connu de la CIA. Il est également vrai que les États-Unis font référence à Porochenko en l’appelant « notre homme en Ukraine ». Toutes ses soi-disant « décisions » sont en réalité prises par des représentants des États-Unis à Kiev. Et en ce qui concerne le discours de Porochenko au Congrès, il y a de cela quelques semaines, il avait manifestement été écrit par un Américain.
Mike Whitney : Les séparatistes dans l’est ont remporté un joli succès en repoussant l’armée ukrainienne et leurs homologues néonazis des services de sécurité. Quel rôle exact la Russie a-t-elle joué en aidant les milices de Novorossia ?
Le Saker : Le rôle de la Russie était critique. S’il est vrai que les troupes russes n’ont pas été déployées à travers la frontière, Moscou a cependant permis aux bénévoles et aux armes de circuler. Cette aide n’a pas été fournie directement ni par le FSB (Service fédéral de sécurité de Russie) ni par l’armée, mais elle est venue de divers groupes privés. De toute évidence, le Kremlin a le pouvoir de tirer quelqu’un d’affaire quand il choisit de le faire. Dans un cas précis, il semble qu’il y ait eu un soutien d’artillerie direct depuis l’autre côté de la frontière russe (dans ce que l’on a appelé le « chaudron sud »), mais la plupart du temps, l’aide est restée cachée. Outre l’aide secrète, la Russie a également fourni des renseignements, ainsi qu’un soutien logistique et politique pour les Novorossiens. Sans le soutien de la Russie, jamais les Novorossiens n’auraient été en mesure de renverser la tendance dans cette guerre.
Mike Whitney : Poutine a-t-il envoyé des troupes russes en Crimée, et a-t-il illégalement fait main basse sur la région ou s’agit-il d’une fiction qui a été propagée dans les médias occidentaux ?
Le Saker : Il s’agit en fait d’une question de technique. Oui, Poutine a envoyé des troupes russes en Crimée, mais non, elles n’ont jamais dépassé les limites autorisées par les accords actuels entre la Russie et l’Ukraine. Rappelez-vous que la flotte de la mer Noire était déjà basée à Sébastopol, et qu’il y avait par conséquent nombre de troupes disponibles sur place. De surcroit, il y avait un groupe important de bénévoles locaux, qui ont effectué des opérations essentielles. Certains de ces bénévoles se sont montrés si convaincants qu’ils ont été confondus avec des forces spéciales russes. Mais, oui, au moment critique, Poutine a envoyé des forces spéciales supplémentaires en Crimée.
L’opération était-elle légale ? Eh bien, techniquement, il n’a pas violé les dispositions du traité en termes de nombre d’hommes, mais a-t-il ce faisant commis une violation de la souveraineté de l’Ukraine ? La raison pour laquelle Moscou a fait cela, c’est qu’il y avait des preuves solides que Kiev avait l’intention d’agir contre la Crimée (en impliquant éventuellement les Tatars de Turquie et de Crimée). Si Poutine n’avait pas pris l’initiative, le bain de sang en Crimée aurait pu être pire que ce qu’a connu la Novorossia. Il est vrai aussi qu’au moment où Poutine a pris la décision de protéger la Crimée, le président démocratiquement élu (Ianoukovitch) avait déjà été démis de ses fonctions, ce qui créait un vide juridique à Kiev. La question est donc : Poutine devait-il absolument respecter les lois d’un pays qui était passé aux mains d’une bande de voyous armés, ou devait-il au contraire essayer de maintenir la paix en faisant ce qu’il a fait ?
Ce que Poutine a choisi de faire, c’était de permettre à la population de la Crimée de décider de son propre avenir en votant librement dans un référendum. Oui, la propagande anglo-sioniste dit qu’ils ont été contraints de « voter avec un fusil dans le dos », mais c’est un non-sens. Personne ne conteste le fait que l’écrasante majorité des Criméens (95%) ont voulu quitter l’Ukraine et rejoindre la Russie. Les « hommes armés, bien polis et vêtus de vert » n’ont fait que rendre possible pour ces gens d’exercer leur droit à l’autodétermination, quelque chose que la junte de Kiev n’aurait jamais permis.
Mike Whitney : Quelle influence exerce Obama sur la prise de décision du président ukrainien Petro Porochenko ? Est-ce Washington qui en réalité mène le jeu ?
Le Saker : Oui, tout à fait. Obama donne les ordres et Porochenko obéit.
Comme ils le font partout, les États-Unis se servent des oligarques locaux pour coloniser un pays. Prenez, par exemple, la Russie entre 1991 et 1999 : elle était dirigée par des oligarques dissimulés derrière une figure de proue en état d’ivresse quasi-permanent (Boris Eltsine). Tout le monde savait que la Russie était devenue une colonie américaine, et que les États-Unis pouvaient faire ce qu’ils voulaient. C’est la même chose aujourd’hui.
Ianoukovitch n’était pas plus pro-russe que n’importe quel autre président ukrainien. Il n’est qu’un oligarque qui a été remplacé par un autre oligarque, Porochenko. Ce dernier est un homme très intelligent, qui sait que sa survie dépend de son obéissance complète à l’Oncle Sam.
Je ne serais pas étonné de voir les États-Unis lâcher Porochenko et installer quelqu’un d’autre à sa place si cela concorde avec leurs objectifs (surtout si le secteur droit prend le pouvoir à Kiev). Pour l’instant, Porochenko est l’homme de Washington, mais cela pourrait changer en un clin d’œil.
Mike Whitney : A quel point l’administration Obama se trouve-t-elle proche de la réalisation de son objectif consistant à établir des bases de l’OTAN (et, peut-être, des sites de missiles) en Ukraine ? Quel danger cela pose-t-il pour Moscou ?
Le Saker : Le seul endroit où des bases de l’OTAN auraient vraiment un sens, c’est en Crimée, et cette option n’est plus envisageable. Mais la question est plus importante qu’on pourrait le penser. Je veux dire que si les États-Unis continuent à poursuivre cette politique de provocation avec l’établissement de bases de l’OTAN sur la frontière russe, la Russie se retirera du traité FNI (le traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire) et déploiera des versions avancées du SS-20 (missile balistique nucléaire soviétique) à proximité de l’Europe. La question ici, c’est que l’ingérence américaine pourrait conduire à une confrontation entre des adversaires dotés de l’arme nucléaire.
Mike Whitney : La Commission européenne a créé un certain nombre d’obstacles afin d’empêcher la Russie de construire le gazoduc South Stream qui lui permettrait de diversifier les itinéraires d’exportation de gaz naturel vers l’Europe centrale et méridionale. Les observateurs ont dit que l’administration Obama est derrière ce mouvement, et que de puissants géants de l’énergie aux États-Unis veulent bloquer ou contrôler les flux énergétiques de la Russie vers l’Europe. Est-ce là le contexte plus large des problèmes auxquels nous assistons en Ukraine, ou en d’autres termes, sommes-nous vraiment en train d’assister au spectacle d’une guerre de l’énergie en train de se dérouler sous nos yeux en temps réel ?
Le Saker : Cela est une partie importante de l’équation, mais ce n’est pas le point central. Le point central est la croyance erronée (mise en avant par Zbigniew Brzezinski) que sans l’Ukraine, la Russie ne peut pas être une superpuissance, et cette autre conviction erronée (mise en avant par Hillary Clinton) que Poutine voudrait recréer l’Union soviétique. Pour les anglo-sionistes, l’Ukraine est un jeu à somme nulle [1] dans lequel les États-Unis doivent soit contrôler l’Ukraine soit la détruire, mais en tout cas ne pas permettre à la Russie de l’avoir. Le problème avec cette théorie, c’est que la Russie ne veut pas vraiment de l’Ukraine ni n’en a vraiment besoin. Ce que veut la Russie, c’est un partenaire stable, fiable et neutre avec lequel elle puisse faire des affaires. Même maintenant, alors que les Novorossiens revendiquent une pleine indépendance, la Russie poursuit un plan complètement différent. Moscou veut une Ukraine unitaire dans laquelle chaque région aurait de facto son autonomie, mais continuerait à faire partie du même État.
Les éminences grises de l’Ouest sont tellement obsédées par le contrôle de l’Ukraine, elles en deviennent à ce point maniaques, qu’elles sont incapables d’imaginer que la Russie ne veuille pas la même chose. Mais la Russie ne veut pas de l’Ukraine. Elle n’a pas besoin d’un État démoli, dysfonctionnel, en faillite et traînant avec lui d’énormes problèmes sociaux, dont la reconstruction nécessitera des milliards et des milliards de dollars.
Bien sûr, il y a des liens culturels, historiques, religieux et même familiaux entre la Russie et l’Ukraine, mais cela ne signifie pas que les Russes veuillent diriger l’endroit. La Russie a déjà obtenu ce qu’elle voulait : la Crimée. Pour le reste, l’attitude de Moscou est : « Tu l’as cassé, c’est à toi ».
Mike Whitney : Quelle sera la fin de partie, dans ce cas ? Porochenko va-t-il réussir à maintenir l’intégrité de l’Ukraine et à isoler davantage la Russie de l’Europe, ou l’Ukraine va-t-elle éclater en suivant ses lignes de faille politiques ? Ou bien y a-t-il un autre scénario plus probable à vos yeux ?
Le Saker : La Crimée est partie pour toujours. Il en va de même de la Novorossia. Mais dans le cas de cette dernière, il pourrait y avoir une phase de transition dans laquelle Kiev conserverait un certain degré de souveraineté sur certains territoires de l’est.
À court terme, nous pourrions assister à une aggravation des combats, mais en fin de compte, il y aura un accord par lequel la Novorossia se verra conférer quelque chose qui ressemblera à l’indépendance. Une chose est certaine, c’est qu’avant d’arriver à un accord sur un statut final, deux questions devront être réglées :
1. Il devra y avoir un changement de régime à Kiev, suivi d’une dénazification.
Ni la Russie ni la Novorossia ne seront jamais en sécurité tant que les nazis seront au pouvoir à Kiev. Cela signifie qu’il faudra enlever ces monstres nationalistes russophobes avant que les questions relatives au statut final puissent être résolues. Les Russes et les Novorossiens sont un peu divisés sur cette question. Alors que les Novorossiens veulent leur indépendance et se contentent de dire « Au diable les nazis de Kiev ! », le Kremlin, lui, veut un changement de régime et regarde cela comme quelque chose d’essentiel pour sa sécurité nationale. Nous allons devoir attendre et voir comment les choses se jouent dans l’avenir.
2. Il sera nécessaire de tenir une conférence des bailleurs de fonds.
L’Ukraine est fondamentalement morte, il n’en reste que des décombres. Il faudra des années pour reconstruire, et de gigantesques sommes d’argent. Les États-Unis, l’UE et la Russie devront tous contribuer. Si les anglo-sionistes persistent dans leur position maximaliste et continuent de soutenir la junte nazie de Kiev, les Russes ne paieront pas un seul kopeck. L’aide de la Russie ira exclusivement à la Novorossia.
Tôt ou tard, les États-Unis et l’UE se rendront compte qu’ils ont besoin de l’aide de la Russie. Et quand ils le comprendront enfin, ils travailleront ensemble pour parvenir à un accord politique global. À l’heure actuelle, ils se soucient davantage de punir Poutine (par des sanctions économiques et par l’isolement politique) afin de prouver que personne ne peut défier l’Empire. Néanmoins, ce genre de comportement d’intimidation ne changera pas la réalité sur le terrain. L’Occident a besoin de la coopération de la Russie, mais la Russie ne coopérera pas sans condition. Les États-Unis devront remplir certaines conditions avant que Moscou accepte un accord.
L’Ukraine : « Partie pour toujours »
Bien qu’il soit trop tôt pour le dire, je pense que l’Ukraine telle que nous la connaissons est partie pour toujours. La Crimée restera une partie de la Russie, tandis que la Novorossia deviendra indépendante et in fine se retrouvera probablement dans une sorte de statut d’association avec la Russie. Pour ce qui est du reste de l’Ukraine, il y aura forcément une confrontation entre les différents oligarques et les nazis, après quoi ceux qui sauront se montrer pragmatiques apparaîtront pour ouvrir la voie à un règlement. Finalement, il y aura une sorte d’arrangement dont sortira un nouvel État, mais je ne puis imaginer combien de temps il faudra pour que cela se produise.
Si vous souhaitez une analyse plus systématique des points évoqués ci-dessus, s’il vous plaît reportez-vous à mon analyse La réponse russe à une double déclaration de guerre, publiée en français le 9 octobre dernier.
Mike Whitney pour CounterpunchTraduit par Glokayeh pour vineyardsaker.fr
Note de traduction :
[1] Un jeu à somme nulle est un jeu où la somme des gains de tous les joueurs est égale à 0. Cela signifie donc que le gain de l’un constitue obligatoirement une perte pour l’autre. L’expression désigne un jeu strictement compétitif, comme il en va des jeux à deux joueurs dans lesquels l’intérêt de l’un des deux joueurs est strictement opposé à l’intérêt de l’autre joueur. En d’autres termes, c’est un jeu qui se termine nécessairement avec un perdant et un gagnant.
Mike Whitney vit dans l’État de Washington. Il est l’un des auteurs de « Hopeless : Barack Obama and the Politics of Illusion » (Sans espoir: Barack Obama et la politique de l’illusion), AK Press. Hopeless est également disponible enédition Kindle. Mike Whitney peut être contacté à fergiewhitney@msn.com.