dimanche 11 octobre 2015

Commerce et migration : pourquoi le TTIP aggraverait le problème / Business and migration : why the TTIP would deteriorate the problem

Source : https://stop-ttip.org/fr/blog/commerce-et-migration-ttip-tafta/


de Cornelia Reetz
Ne seraient-ce que ces deux dernières semaines, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont arrivées en Europe. Certaines d’entre-elles fuient la guerre, la persécution et les violations des droits de l’homme – en Syrie, au Yémen, en Irak et ailleurs. D’autres fuient dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Mais ce dont presque personne ne parle est que le TTIP/Tafta renforcerait l’afflux des migrants. La politique commerciale unilatérale de l’UE et de ses partenaires occidentaux a déjà eu de graves répercussions sur les pays en voie de développement, et au lieu de réformer cette politique commerciale de manière à améliorer les conditions vie des populations ayant tendance à migrer, l’UE et les États-Unis ont l’intention de sceller cette politique par le biais du TTIP/Tafta et d’autres accords commerciaux similaires, avec des conséquences désastreuses.
Accès plus difficile aux marchés de l’UE et des États-Unis
Pour beaucoup de pays en développement, l’exportation de produits agricoles et de matières premières fait partie des sources de revenu les plus importantes. Si les Etats-Unis et l’UE se mettent d’accord pour réduire les tarifs douaniers sur les produits agricoles, les prix vont baisser. Les produits venant de pays tiers deviendront automatiquement moins compétitifs, ce qui aura un impact direct sur leurs producteurs.
Les multinationales contre les fermes paysannes
Par le biais du TTIP/Tafta, l’UE et les Etats-Unis prévoient une harmonisation des normes et régulations qui vont de fait s’aligner sur celles freinant le moins le commerce, donc les normes les moins contraignantes; dans le domaine agricole et alimentaire cela aura par exemple un impact négatif sur l’étiquetage des OGM, sur la longueur de la liste des pesticides autorisés ou sur leurs seuils résiduels limites. Ceci favorise évidemment l’agriculture industrielle qui peut ainsi réduire ses coûts de production. En même temps, les agriculteurs européens reçoivent des subventions, qui leur permettent de réduire encore davantage les prix de leurs produits. Dans de nombreux pays émergents ou en développement, les agriculteurs et notamment les petits producteurs ne sont guère capables de résister à cette spirale de prix vers le bas et sont obligés d’abandonner leur activité. En Afrique de l’Ouest par exemple, le marché de la volaille a été envahi par de grandes quantités de viande bon marché et subventionnée (souvent des morceaux de poulets qui sont considérés comme déchets chez nous), les prix ont été cassés, et de très nombreux éleveurs de poulets ont été évincés du marché. Ce problème serait aggravé par le TTIP/Tafta. Pourtant, ce sont exactement ces petits producteurs qui sont si important pour lutter contre la faim et la pauvreté dans les pays en développement et dans les pays émergents. Et ce sont précisément ces petites structures que le système actuel du commerce international détruit, ôtant au passage aux populations leurs moyens de subsistance.
Image: Ulys, http://www.ulystrations.com/?Pilleurs
Image: Ulys, http://www.ulystrations.com/?Pilleurs
Renforcement d’un système malade
Dans les années 1990 et 2000, les pays en développement et émergeants ont été forcés de libéraliser leurs marchés de biens, de services et d’investissement dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ainsi que sous l’influence du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale. Dans la même période, ces pays n’ont pas pu obtenir pour leurs produits de bonnes conditions d’accès aux marchés des nations industrialisées. Il n’y a que lors du dernier cycle de négociation de l’OMC que les pays du Sud ont réussi à résister à davantage de libéralisation. De ce fait, le cycle de Doha, débuté en 2001, n’a toujours pas été conclu. Actuellement les pays industrialisés tentent de contourner le problème et prennent leur revanche en concluant de plus en plus d’accords de commerce bilatéraux, c’est à dire ne concernant que deux pays ou un groupe de pays. Ainsi, un pays en voie de développement est soit totalement exclu, soit est seul dans une négociation bilatérale et ne fait donc pas le poids. Les pays en voie de développement n’ont d’autres choix que de rester dans leur vieux rôle de fournisseurs de matières premières et de main-d’oeuvre bon marché.
Le système économique mondial détruit les moyens de subsistance des populations
Lorsque des ressources naturelles sont exploitées sans aucune restriction il en résulte une destruction de l’environnement et des violations des droits fondamentaux. Les revenus tirés de ces exploitations vont directement dans la poche des investisseurs étrangers, et non des populations locales. Ajouté à cela, le changement climatique touche durement les plus pauvres des pauvres, alors qu’il a été causé par nos modes de vie occidentaux. Les événements météorologiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations sont des catastrophes pour les habitants des campagnes, qui n’ont aucun moyen de s’adapter à ces conditions. Le TTIP/Tafta est l’expression d’une volonté de préserver un ordre économique mondial centré sur une croissance économique débridée et la libéralisation des marchés, alors même qu’il est clair que ce modèle est responsable du changement climatique, du pillage des ressources naturelles et des destructions qui l’accompagne.
Conclusion
Le TTIP/Tafta poursuit une politique commerciale qui a contribué à l’augmentation de la pauvreté et de la misère dans les pays émergeants et en développement. La destruction des moyens de subsistance d’une partie des populations du Sud est un des nombreux facteurs responsables des migrations – sans parler des guerres qui peuvent trouver leurs racines dans la répartition inégale des richesses. Lorsque l’on sème la pauvreté et les inégalités, on récolte des réfugiés. Ceci est encore une raison de plus pour rejeter le TTIP/Tafta et les accords similaires !

mardi 6 octobre 2015

La tragédie des réfugiés et la gauche morale / The tragedy of the refugees and the moral left

https://francais.rt.com/opinions/7888-tragedie-refugies-gauche-morale


Des réfugiés et des migrants dans le port de Piraeus, GrèceSource: Reuters
Des réfugiés et des migrants dans le port de Piraeus, Grèce
Le physicien et essayiste belge Jean Bricmont analyse la crise des réfugiés et pose des questions à la gauche morale dans son article pour RT France.
«Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins.» Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Livre premier.
Personne ne peut rester insensible à la tragédie des réfugiés, même lorsqu'il s'agit de «faux réfugiés» ou de «réfugies économiques» et même s'ils viennent de Turquie et pas directement de Syrie. Et on ne peut qu'applaudir les gestes de solidarité avec les réfugiés, quand ils sont sincères.
Mais le discours de la gauche morale sur cette affaire est loin d'être aussi noble. Par «gauche morale», j'entends des gens comme BHL, Cohn-Bendit, Attali, les écologistes, des journaux comme Libération etLe Monde, et une bonne partie de la gauche et de l'extrême-gauche, qui nous exhortent à «accueillir les réfugiés», qui fustigent sans arrêt le «peuple » pour son chauvinisme, nationalisme, racisme, ou qui ont «honte de l'Europe» (c'est-à-dire des peuples européens), face au manque d'enthousiasme suscité par la vague de réfugiés dans les populations européennes. Ce manque d'enthousiasme est attesté par les sondages, des manifestations en Allemagne et le soutien populaire en Hongrie et en Angleterre pour l'attitude «ferme» de leurs gouvernements respectifs.
Il y a plusieurs questions qu'on peut poser à la gauche morale :
Combien de réfugiés voulez-vous accueillir ? On nous dit, et c'est vrai, que le nombre de réfugiés arrivant en Europe est minime par rapport au nombre total de réfugiés fuyant diverses guerres. Mais c'est bien là le genre d'informations qui n'est pas de nature à rassurer ceux que la vague actuelle de réfugiés inquiète. En effet, supposons que l'on mette une limite au nombre de réfugiés qu'un Etat donné est prêt à accepter. Que fait-on si le nombre de réfugiés qui arrive dépasse ce quota ? On les renvoie, en utilisant les méthodes inhumaines que la gauche morale condamne ? On espère que le flux de réfugiés s'arrête spontanément ?

Il est illusoire de croire que l'arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail n'exerce pas une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail
Une fois arrivés ici, que vont faire les réfugiés ? On nous dit qu'ils cherchent une vie meilleure, ce qui implique de trouver un emploi. Mais où trouve-t-on des emplois ? On n'arrête pas déplorer le chômage de masse et même la gauche morale reconnaît cette réalité. Une réponse possible est qu'il y a en fait des emplois, mais dans l'économie parallèle ou clandestine. Mais dire cela, c'est encourager les gouvernements à «activer» encore plus les chômeurs, c'est-à-dire à les forcer à occuper ce genre d'emplois. Et il est illusoire de croire que l'arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail (qui est aussi un marché) n'exerce pas une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. Par conséquent, il n'est pas étonnant que ce soient les «couches populaires» qui réagissent, en général négativement, à l'arrivée des réfugiés et les couches privilégiées, dans lesquelles se recrute le gros de la gauche morale, qui sont favorables à cette arrivée[1].
Plus généralement, on assiste à une sorte de lutte des classes un peu nouvelle et qui ne concerne pas seulement les réfugiés, mais tout ce qui nous est vendu comme «ouverture» : les délocalisations, l'importation massive de biens produits dans des pays à bas salaires et l'arrivée de gens venant de tels pays, principalement de l'est de l'Europe. Les classes populaires y sont hostiles et y voient un arme aux mains du patronat contre leurs conditions de travail et leurs salaires, mais les gens qui ont un emploi stable et fermé à la concurrence, les intellectuels, professeurs d'université, professions libérales, applaudissent souvent cette «ouverture» en traitant de chauvins et de racistes ceux qui y sont réticents.

La gauche morale est mal placée pour donner des leçons d'altruisme à une époque où la croissance des inégalités profite aux couches sociales dont elle fait partie
Pourtant, j'ai quelques doutes sur la permanence de cette enthousiasme si les réfugiés comportaient un bon nombre d'intellectuels et si ceux-ci pouvaient entrer en concurrence directe (comme c'est le cas dans les métiers de la construction, de la restauration ou des travaux ménagers) avec nos intellectuels. Je pense au contraire que l'opinion «éclairée» estimerait rapidement que «la situation est intenable» et qu'il «faut faire quelque chose» pour endiguer l'afflux de réfugiés.
On peut reprocher aux travailleurs qui veulent éviter d'être mis en concurrence directe avec plus pauvres qu'eux d'être égoïstes. Mais la gauche morale est mal placée pour donner des leçons d'altruisme à une époque où la croissance des inégalités profite aux couches sociales dont elle fait partie. C'est bien pour cela que l'accusation principale contre le «peuple» est fondée, non sur l'égoïsme, mais sur le racisme, la gauche morale étant évidemment «antiraciste», c'est-à-dire favorable à une ouverture qui la favorise économiquement. Dans le temps, ce genre d'altruisme avait un nom : l'hypocrisie.

Il suffit de quelques individus pour déstabiliser un pays
Finalement, il y a la question du terrorisme : bien sûr l'immense majorité des réfugiés sont, pour reprendre un slogan «en danger et pas dangereux». Mais il suffit de quelques individus pour déstabiliser un pays. Après tout, les attentats récents en France et en Belgique n'ont été le fait que de quelques personnes. Et si on pense que la police est si omnisciente qu'elle peut détecter les rares terroristes potentiels parmi les nouveaux arrivants, comment se fait-il qu'elle n'a pas empêché les attentats qui se sont déjà produits ?
Tant qu'on ne répond pas à ces questions (et qui y répond ?), on ne devrait pas s'attribuer le droit d'insulter et de mépriser ceux qui les posent.

La gauche morale a presque toujours soutenu ces politiques au nom du «droit d'ingérence humanitaire» 
On nous répond parfois que «nous» devons accueillir les réfugiés parce que «nous» sommes responsables du chaos provoqué dans les pays d'où ils viennent. Mais qui est le «nous»? La population n'a pratiquement rien à dire en matière de politique internationale, du moins lorsque toute la classe politique et médiatique est unanime sur une question donnée, comme elle l'a été sur les guerres humanitaires (en Libye par exemple) ou le soutien aux «révolutions colorées». Or la gauche morale a presque toujours soutenu ces politiques au nom du «droit d'ingérence humanitaire». Il faut un certain culot de la part de la gauche morale pour exiger des populations ici qu'elles acceptent les conséquences d'une politique catastrophique dont elles ne sont nullement responsables et que cette gauche a elle-même encouragée avec le même terrorisme intellectuel (appel à la religion des droits de l'homme, diabolisation «anti-fasciste» de ses adversaires) que celui utilisé aujourd'hui dans le cas des réfugiés.

On voit mal l'opposition syrienne «modérée» (à supposer que celle-ci existe aujourd'hui ailleurs que dans l'imaginaire de la gauche morale et les comptes de la CIA) renverser à la fois le gouvernement syrien et l'État islamique 
On nous dit aussi qu'il faut résoudre le problème «à la racine». Mais, dans le cas de la Syrie, il n'y a pas trente-six solutions : soit l'État islamique renverse l'État syrien soit ce dernier vainc ou contient l'État islamique. On voit mal l'opposition syrienne «modérée» (à supposer que celle-ci existe aujourd'hui ailleurs que dans l'imaginaire de la gauche morale et les comptes de la CIA) renverser à la fois le gouvernement syrien et l'État islamique. Manifestement, seule la deuxième solution pourrait peut-être aider à résoudre le problème des réfugiés. Or, qui s'emploie à mettre en oeuvre cette solution ? La Russie qui, avec son président, est constamment diabolisée par la gauche morale. Ceux qui prétendent faire de la politique devraient parfois laisser le réel interférer avec leur pensée.
Ultimement, la question des réfugiés repose la question fondamentale de la souveraineté nationale (cette même souveraineté que le droit d'ingérence humanitaire entendait combattre). Il y a une grande différence entre aider librement des gens en détresse et être forcés à le faire. Or, dans le cas des réfugiés et, plus généralement, de l'ouverture des frontières et de la construction européenne, la population n'est jamais consultée. Les politiques d'ouverture sont présentées soit comme une fatalité, soit comme un progrès à accepter sans discussion. De nouveau, la gauche morale applaudit cette perte de souveraineté et elle le fait parce qu'elle se méfie de la «xénophobie» du peuple qui risquerait de rejeter ces politiques si on lui demandait son avis.

Cela a toujours été une folie de croire que la situation des droits de l'homme allait être améliorée par la guerre
Mais cela, à terme, ne fait qu'aggraver la situation, parce que personne n'aime être forcé à être «altruiste», surtout lorsque cela est imposé par des gens qui ne le sont pas.
Cela a toujours été une folie de croire que la situation des droits de l'homme allait être améliorée par la guerre et c'en être une autre de croire que l'amitié entre les peuples va augmenter suite à des déplacements de population accompagnés de cours de morale.

[1]   D'après Le Monde, «Les cadres et professions supérieures, qui vivent une mondialisation heureuse, sont nettement favorables à l’accueil des migrants, alors que les catégories populaires, notamment les ouvriers, y sont hostiles». On peut aussi penser au dessin de Plantu, caricaturiste du Monde, qui représente les migrants, en couleur et souriants, prêts à travailler le dimanche face à des travailleurs français en gris, fâchés et défendant le code du travail contre leurs patrons

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

vendredi 2 octobre 2015

Xavier Moreau interviewé sur LCI au sujet de son livre "Ukraine. Pourquoi la France s'est trompée" / Xavier Moreau interviewed on LCI about his book " Ukraine. Why France made a mistake "



https://www.youtube.com/watch?v=VLKCISsr3iE


Un complément écrit :

Ukraine, pourquoi la France s'est trompée ?

source : http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150930/1018508376.html

URL courte
Alexandre Latsa
255012678

Xavier Moreau bonjour, vous êtes un Français établi à Moscou. Homme d'affaires et écrivain, vous dirigez le site d'analyse géopolitique Stratpol et vous publiez ce mois-ci un livre intitulé "Ukraine: Pourquoi la France s'est trompée" aux éditions du rocher.

Xavier Moreau bonjour, vous êtes un Français établi à Moscou. Homme d'affaires et écrivain, vous dirigez le site d'analyse géopolitique Stratpol et vous publiez ce mois-ci un livre intitulé "Ukraine: Pourquoi la France s'est trompée" aux éditions du rocher.
Xavier Moreau. « Ukraine : Pourquoi la France s’est trompée »
Xavier Moreau. « Ukraine : Pourquoi la France s’est trompée »
Sputnik: Pourquoi avoir écrit ce livre?
Xavier Moreau: J'ai voulu donner une argumentation aux Français qui croient à la nécessaire coopération franco-russe. Cette argumentation repose sur deux axes. D'une part expliquer que la France n'a pas d'intérêts en Ukraine, ni stratégiques, ni économiques. En tant que grande puissance européenne, notre objectif aurait dû être de maintenir la stabilité de la région et donc de contenir les appétits allemand, polonais et américain. D'autre part, la révolution de Maïdan n'est pas le triomphe du bien contre le mal, contrairement à ce qu'ont voulu nous faire croire les médias, les instituts et la diplomatie française.
Sputnik: Vous êtes en effet très dur avec les instituts IFRI et FRS, vous les considérez comme responsables de ce fiasco que vous dénoncez.
Xavier Moreau : Empêtrés dans leur incompétence ou leur grille idéologique, ces instituts n'ont absolu rien compris du conflit, que ce soit dans ses racines historiques ou dans son aspect économique, qui est selon moi le plus important. Thomas Gomart et Camille Grand qui dirigent l'un et l'autre l'IFRI et la FRS ont même récidivé au mois de juillet 2015 devant la commission de la Défense du Parlement français. Ils ont enchaîné des banalités pendant deux heures sur l'Ukraine et la Russie et à aucun moment ils n'ont abordé le problème économique de l'Ukraine.
Sputnik: Vous avez récemment expliqué dans les médias français qu'il y avait trois projets "ukrainiens". Pouvez-vous nous en dire plus?
Xavier Moreau: En effet, le premier de ces projets est le projet que l'on qualifierait de nationaliste en Russie et de fasciste en France. Il considère que la race ukrainienne, surtout celle des Ukrainiens de l'ouest, est la seule pure et que la race russe a été souillée par les diverses invasions. C'est une vision introduite par les Polonais au XIXe siècle lorsqu'ils ont inventé le "projet Ukraine" pour séparer la Malorussie de la Russie. C'est une vision germanique et idéologique de la nation où la langue est le vecteur qui permet de justifier la naissance d'une nation ex-nihilo, comme ce fut le cas pour la Prusse lorsqu'elle fonda l'Allemagne moderne sur les débris de l'Empire des Habsbourg. Comme le nationalisme allemand, ce nationalisme est d'autant plus violent qu'il repose sur une succession de mythes historiques. L'aboutissement du pangermanisme prussien est le nazisme, celui du nationalisme ukrainien est le bandérisme. Les deux idéologies ont les mêmes fondements philosophiques et sont intrinsèquement violentes dans leur expression.
Le second projet est le projet bolchévique de 1922, car ce sont les bolchéviques qui fondent l'Ukraine moderne et qui imposent la langue ukrainienne aux peuples vivant dans les frontières définies par Lénine. A partir des années cinquante, la République Socialiste Soviétique d'Ukraine réussit à faire vivre tous ces peuples ensemble et la propagande soviétique qui a repris le mythe du peuple ukrainien explique que ce dernier est un peuple frère du peuple russe. Aujourd'hui, grâce à cette mythologie, de nombreux Russes ou russophones se sentent encore ukrainiens malgré le gouvernement de Kiev, qu'ils considèrent comme fasciste. C'est peut-être sur ce mythe que l'Ukraine pourra se reconstruire.
Le troisième projet est le projet postmoderne, et c'est celui que l'occident a soutenu. Il part du principe que les peuples n'ont pas d'existence historique. Le peuple ukrainien n'est ni bandériste, ni descendant de la glorieuse Rus' ou de l'Union soviétique, il se recrée chaque jour. Cette vision post moderne est défendue en France par Raphaël Gluksman ou Jacques Attali, elle concerne aussi bien le peuple ukrainien que le peuple français ou russe. On ne fait bien sûr pas de révolutions avec ces gens-là, aussi Maïdan et les occidentaux se sont appuyés sur les néonazis, dont ils ont du mal à se débarrasser aujourd'hui.
Sputnik : Quel avenir attend l'Ukraine?
Xavier Moreau: Dans la mesure où l'occident ne veut ni intervenir militairement, ni financer à perte l'économie ukrainienne, comme la Russie l'a fait pendant 23 ans avant Maïdan, le sort de l'Ukraine est réglé. Cela finira par une fédéralisation ou un confédéralisation de l'Ukraine et par sa neutralisation du point de vue géopolitique. Pour les Ukrainiens de l'ouest la déception sera grande, notamment lorsqu'ils se rendront compte que l'Union européenne n'a jamais sérieusement pensé à les intégrer. Pour l'Ukraine de l'Est, malgré la désindustrialisation liée à ces 18 mois de tensions avec la Russie, le retour à des relations normales avec Moscou se traduira par un redressement économique. Kiev en tant que capitale risque d'être affaiblie. Cela aura des conséquences au niveau européen, car tous les pays verront que l'Union européenne n'a pas les moyens financiers de soutenir les gouvernements qu'elle a elle-même mis en place.
Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

mercredi 30 septembre 2015

Guerre en Ukraine : Interview d' Erwan Castel: Nous nous battons ici pour l'indépendance de la France / War in Ukraine: interview of Erwan Castel: we fight here for the independence of France









piqûre de rappel ....

source :

http://www.medias-presse.info/ukraine-fer-de-lance-de-loffensive-de-lotan-contre-la-russie-enquetevideo/17767

(...) Moscou dénonce la montée des tensions provoquée par les Etats-Unis qui déploient près des frontières russes un système de défense antimissile capable de remplir des missions offensives. Le rapprochement des infrastructures militaires des frontières russes ne manque pas de préoccuper Moscou, car ces missiles « peuvent être utilisés comme des armements offensifs », précise M.Klintsevitch. Selon lui, « personne ne doute aujourd’hui que le bouclier américain soit dirigé contre la Russie et qu’il ne vise pas à neutraliser la prétendue menace iranienne. »


(...) Qu’en est-il dans les faits ? Pour voir clair il est utile de faire un petit rappel historique:
Le 9 février 1990, au moment de la réunification allemande, James Baker, le secrétaire d’Etat américain [de George Bush], avait assuré à Mikhaïl Gorbatchev, dans la salle Catherine II – haut lieu historique du Kremlin-, que l’alliance occidentale n’étendrait “pas d’un pouce” son influence vers l’Est si Moscou acceptait que l’Allemagne réunifiée entre dans l’Otan. Le lendemain, 10 février, Hans-Dietrich Genscher, le ministre des Affaires étrangères allemand, refit cette promesse à Edouard Chevardnadze, son homologue russe, comme l’a confirmé par la suite une note confidentielle du gouvernement allemand : « Nous sommes conscients que l’appartenance d’une Allemagne unie à l’Otan soulève des questions complexes. Mais une chose est sûre pour nous : l’Otan ne s’étendra pas à l’Est. »Gorbatchev se souvient lui aussi que l’Otan était convenu de « ne pas s’étendre d’un pouce en direction de l’Est. » Il a seulement commis une grave erreur : il a fait confiance à l’Occident et n’a pas fait mettre par écrit cette parole donnée.  Source :courrier international
Depuis, presque tous les pays de l’Est ont intégré l’OTAN – il ne manquait plus que l’Ukraine, pour encercler encore davantage la Russie.  Mais selon l’OTAN, c’est la Russie qui voudrait la guerre…
Une carte des bases américaines cernant la Russie sera plus éloquente que n’importe quel discours:





http://www.les-crises.fr/images/3100-democratie/3500-ukraine/04-euromaidan/4-3-americains/05-expension-otan.png

mardi 29 septembre 2015

D’Onfray à Zemmour, et si la société civile prenait le pouvoir? / From Onfray to Zemmour, and if the civil society took the power?

URL courte
Alexandre Latsa

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150928/1018441210.html
365062355

Le 18 septembre dernier, un évènement assez inattendu s’est produit sur le plateau de l’émission "On n’est pas couché".

Pour la première fois sans doute depuis que le tandem de débat qui anime les discussions avec les invités existe, ces derniers ont été remis à leur place par un authentique intellectuel dont on ne peut que saluer l'honnêteté et la rigueur intellectuelle qui a été la sienne au cours de cet échange et qui, il faut bien le dire, aura laissé le binôme totalement KO, comme on peut le voir ici et là.
Cet échange sur le plateau d'une émission du service public aura permis une nouvelle fois de constater le fossé qui existe au sein de tendances politiques pourtant plutôt similaires au sens large, entre les exécutants du système médiatique et le dernier noyau d'authentiques intellectuels français dont sans aucune hésitation, Michel Onfray fait partie tout comme par exemple Éric Zemmour.
L'air totalement sonné, hagard même diront certains, de Léa Salamé ou Yann Moix sur le plateau ce 18 septembre, ne peut pas ne pas nous rappeler la puissance lourde des démonstrations zemmouriennes qui mainte fois laissèrent les invités KO. Des états de fait traduisant l'écart cosmique de niveau entre Michel et Éric, et ceux qui sont censés analyser et évaluer leurs réflexions et leur production intellectuelle.
De gauche et de droite, Michel et Éric sont pourtant équipés d'un logiciel de fonctionnement commun, logiciel les rapprochant sans doute en réalité beaucoup plus que ne les éloignent leurs pourtant réelles différences d'orientation politique.
Parmi ces points communs de fond et de forme on peut citer:
— Une authentique maîtrise du verbe.
— Une rhétorique axée sur la stratégie de vérité et l'analyse des faits.
— Une pensée authentiquement cartésienne et donc française.
— Une conscience nationale et/ou populaire affirmée.
— La profonde remise en question des élites politiques ou médiatiques.
— Le refus de cette insupportable menace permanente d'assimilation au Front national.
— La tentative de compréhension des éléments visiblement sur une longue durée historique.
— La tentative de résister à cette nouvelle dictature qu'est devenue l'information de l'instantané, qui favorise l'émotion au détriment de la réflexion.
A gauche, cette rupture est plus visible qu'à droite tant les 30 dernières années ont vu la totale victoire culturelle, morale et politique de la culture initiée par mai 68, une prise de pouvoir qui s'est affirmée au cours des années 1980. Une nouvelle gauche née sur les cendres du parti communiste et qui au cours des décennies suivantes s'est transformée en une nébuleuse sociale-démocrate sans idéologie et dont les principaux représentants n'ont plus que pour compétence leur aptitude à subsister au sein de la grande kermesse médiatique, cet espace oligarchique transnational au sein duquel, fondamentalement, le peuple n'existe pas, pas plus du reste que n'y existe la nation française.
A ce titre et pour se convaincre de la dépendance des premiers envers les seconds, une lecture attentive des excellents dossiers de l'Observatoire des Journalistes et de l'information permet de mieux comprendre ces nouvelles interactions.
Les dynamiques qui ont pris naissance en amont de mai 68 et ont abouti à ce Maïdan français avaient pour corolaire historique naturel d'entraîner la disparition totale de l'ancienne gauche, que l'on peut qualifier de plutôt nationale, populaire et cohérente. Une disparition rendue nécessaire pour permettre la prise de pouvoir de cette Nouvelle Gauche qui, sous couvert d'aspirations sociétales fort séduisantes et d'une soi-disant sacro-sainte liberté individuelle, avait surtout pour raison et finalité historique de s'accorder avec l'hyper économisme dominateur et transnational.
L'histoire politique de notre pays de 1981 à 2015 n'aura finalement été qu'une succession de trahisons et de reniements opérés par les enfants de mai 68, ces libertaires capitalistes qui ont soutenu les processus économiques destructeurs (pour le petit peuple) et parfois antidémocratiques de la construction européenne, que l'on pense respectivement à l'instauration de l'espace Schengen en 1995 ou au référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Nul doute que pour cette caste, l'entrée en vigueur du traité transatlantique soutenu par tous les socialistes européens sera vraisemblablement un soulagement mais aussi et surtout, au fond, un aboutissement.
De nombreux points communs avec notre classe politique, qui a au cours des quatre dernières décennies évolué de telle façon que notre président est devenu une sorte de VRP, et notre Assemblée nationale, chambre d'enregistrement des décisions américaines. Un comble alors que la France, en tant qu'Etat indépendant, devrait avoir à sa tête un président qui ne pense qu'aux intérêts supérieurs de la nation et une Assemblée qui valide les grandes directions insufflées par le chef de l'Etat.
Pourtant, ici et là, de nouvelles dynamiques apparaissent. Les Français sont visiblement de plus en plus nombreux à mesurer l'incompétence de leur classe politique et à comprendre que la solution ne viendra pas d'en haut mais d'en bas, du peuple. Nombreux sont ceux qui envisagent désormais de nouvelles figures politiques issues pourquoi pas de la société civile. De tels scénarios ont du reste déjà été envisagés, que ce soit avec Michel Onfray et Éric Zemmour.
L'avenir pourrait-il voir l'émergence d'un gouvernement d'union nationale issu de la société civile?
Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

lundi 28 septembre 2015

Interview de Jean-Bricmont à propos de l'UPR, de la Syrie, de Dieudonné et d'Onfray / Interview of Jean-Bricmont about the UPR, about Syria, about Dieudonné and about Onfray

http://www.agenceinfolibre.fr/mise-au-point-sur-la-polemique-upr-ail-avec-jean-bricmont/



http://www.agenceinfolibre.fr/entretien-avec-j-bricmont-p-2-les-russes-en-syrie-cantona-et-dieudonne-onfray-a-onpc/


jeudi 17 septembre 2015

Europe : possibilité d'une réforme... révolutionnaire ? / Europe: possibility of a revolutionary reform?

http://ilfattoquotidiano.fr/manifeste-pour-une-nouvelle-europe/#.VfuSst_tmko

Août 2013

Le scénario
Un club planétaire à vocation totalitaire est en train de détruire l’Europe des peuples, notre vie, notre démocratie, notre liberté. Notre avenir court un grave danger. Peu à peu, sans en avoir conscience, nous nous sommes mis entre les mains d’une oligarchie sans patrie et sans âme, unie seulement par un délire commun d’omnipotence dérivant de la possession de l’argent infini qu’elle crée elle-même.
Ceux qui nous ont conduits au bord de ce précipice sont les majordomes des « propriétaires universels » : les véritables propriétaires des grandes corporations internationales, des gens qu’aucun d’entre nous ne connait, qui n’ont jamais été élus, mais qui pourtant conditionnent nos vies. Ces personnes, soutenues par des parlements élus formellement mais en réalité nommés d’en haut, ont confié le pouvoir politique et économique – autrefois prérogative des États – à des structures privées de toute légitimité démocratique. Ces structures forment la charpente d’un Nouvel Ordre Mondial qui est en voie de construction. Il s’agit d’un scénario subversif et autoritaire qu’une infime minorité de gens démesurément riches veulent imposer à la multitude des autres, déjà très appauvris. C’est là un objectif non seulement criminel, mais surtout aberrant puisqu’il se base sur l’illusion de la croissance infinie et qu’il est donc nécessairement destiné à créer la guerre et le chaos, car il refuse d’accepter la fin de l’ère de l’abondance.
Ce club totalitaire de dimension planétaire, conscient de l’augmentation de la contestation et de la rébellion populaire, se prépare à les réprimer. Elle connait parfaitement la précarité de la tricherie par laquelle elle a usurpé le pouvoir ; elle sait que ses soi-disant lois économiques et monétaires ne sont qu’une arnaque généralisée ; elle sait que l’argent virtuel par lequel elle nous domine est destiné à finir en cendres.
C’est pour cela que les oligarchies déstabilisent les quelques institutions démocratiques encore debout, introduisent de nouvelles lois et des modifications visant à usurper nos Constitutions, tout en se préparant à mettre la main sur les richesses matérielles et immatérielles encore disponibles : territoires, musées, parcs naturels, ressources humaines. Ils achèteront tout, à prix cassés, privatisant si possible même l’air que nous respirons, avec l’immense quantité d’argent virtuel, transformé en dette, qu’ils sont en train de créer à une vitesse vertigineuse. Ce que nous exigeons, c’est une nouvelle et véritable Constitution européenne qui stipule clairement que les peuples ont le droit de résister à quiconque chercherait à renverser l’ordre constitutionnel, et ce, dans chacun des pays de l’Union.
Si nous ne les arrêtons pas, tout cela finira par des populations entières – c’est-à-dire, nous tous – réduites à la misère, à l’ignorance et à l’esclavage, autrement dit, sans biens, sans droits, et donc, sans avenir. Après la tragique crise en Grèce, s’annoncent celles des Portugais, des Chypriotes, des Italiens. Mais la liste d’attente est longue, et s’étend à la France, la Belgique, et même à l’Allemagne, qui ne tient debout que grâce à la fuite de capitaux venus des zones frappées à mort par une austérité sauvage, indiscriminée et confiscatoire. Voilà tout ce qui reste du projet de paix, d’intégration de cohésion et de bien-être en Europe.
Ce projet a d’abord été stoppé, avant d’être déformé jusqu’à le rendre méconnaissable. L’idée était de construire une nouvelle identité supranationale européenne sans recourir à la conquête, à la violence et à la guerre, mais avec au contraire la participation de tous les partenaires, petits ou grands, sur la base des mêmes droits et des mêmes devoirs. Cela se voulait la naissance d’un nouveau protagoniste mondial de paix, de coopération et de sécurité, en mesure de jouer un rôle autonome et non soumis à la politique et aux intérêts d’autres puissances. Un tel objectif était atteignable, à ce moment-là, et posait l’Europe sur le même plan politique que l’Union soviétique ou les États-Unis. Non pas en compétition avec eux, mais sur la base d’un rapport géopolitique paritaire.
Ce dessein a été annihilé. Dans une lutte âpre pour la suprématie, l’Europe a été pliée par l’hégémonie politique, militaire, économique et culturelle des États-Unis. La domination du dollar comme monnaie-puissance leur a d’abord permis de littéralement assujettir l’Europe et de l’inclure dans le projet militaire de l’OTAN. Puis, avec l’écroulement définitif de l’Union soviétique, d’imposer aussi au reste du monde, à la fois le capitalisme financiaro-spéculatif au service financier de Wall Street et de la City de Londres, et la mutation de l’OTAN qui est passée d’une alliance défensive à une alliance agressive, prête à agir sur des théâtres de guerre loin des frontières de l’Alliance.
Les moyens mis en oeuvre depuis 1990 en Europe n’étaient pas des effets collatéraux de choix erronés qui ont ensuite produit les crises sociales et économiques des peuples européens. Ce fut au contraire les colonnes porteuses, les fondations du projet qui est celui de l’apartheid global voulu par la Troïka.
Ce qui a été imposé à l’Europe – et que les dirigeants européens ont lâchement accepté et adopté – c’est la « globalisation ». Les règles américaines ont été exportées en même temps que la dérégulation, les privatisations, l’attaque contre l’État, la déification des marchés, la transformation des relations humaines et même de la politique, en simple marchandise. Le pouvoir politique est passé dans les mains de la haute finance internationalisée.
Cet élargissement frénétique de l’Union européenne à 27 pays, avec l’arrivée de presque tous les ex-pays satellites du Pacte de Varsovie, et même des trois républiques baltes ex-soviétiques, a été précédé de fait par leur subite inclusion dans l’OTAN. Garantissant ainsi aux États-Unis le contrôle, direct et indirect des processus successifs d’intégration européenne. On a cherché, et cela continue, de façon spasmodique, à introduire dans le tissu socio-économique européen, et jusque dans sa culture, des pseudo-valeurs et des stéréotypes d’un soi-disant « american way of life ». Le contrôle progressif et la concentration de l’industrie de la communication  et de l’information de masse, jusqu’à l’expansion capillaire et monstrueuse des « social networks » (qui comme chacun sait, sont tous sous le contrôle politique des États-Unis), a provoqué une véritable transformation anthropologique des peuples européens, même si les courants profonds de l’histoire européenne ont montré une étonnante capacité de résistance face à l’agression idéologique, financière et culturelle.
L’explosion de la crise, qui a eu lieu précisément au centre du pouvoir impérial (témoin d’une profonde maladie à l’intérieur de celui-ci, qui s’est conjuguée à la progressive raréfaction des ressources disponibles et avec l’arrivée sur la scène d’autres géants sans lien direct avec le dessein de « propriétaires universels ») a mis en évidence la fragilité de leur projet.
Se pose donc concrètement et urgemment la nécessité de les arrêter. Tout d’abord, parce que ce sont eux qui provoquent l’appauvrissement et les guerres. Des millions d’Européens, dans pratiquement toutes les classes sociales désormais, à l’exception des quelques individus payés pour leur rôle d’esclaves privilégiés (et, parmi eux, on trouve ceux qui contrôlent l’essentiel de l’information-communication) sont à la recherche d’une alternative à la précarité croissante de leur condition sociale. L’inquiétude croît, tout comme l’incertitude et la sensation d’un danger imminent. C’est désormais un lieu commun de dire que la prochaine génération sera la première – depuis la Seconde Guerre mondiale – à connaitre des conditions de vie moins bonnes que celles de leurs parents. Et pourtant, le chemin est encore long avant que la grande majorité des gens comprenne que ce n’est pas seulement leur niveau de vie qui est en jeu, mais bien leur existence même et celle de leurs enfants. C’est le sort du genre humain qui est dans la balance, puisque la « coupole » du pouvoir veut étendre drastiquement son hold-up sur les sept milliards d’individus peuplant la planète. Et elle ne pourra pas le faire impunément, comme elle l’a fait durant ces trois derniers siècles, car sont en train d’apparaitre – en fait ils sont déjà là – des protagonistes en mesure de se défendre et de contre-attaquer.
Pour des dizaines de millions d’Européens, s’impose donc la tâche de repousser ce fameux Nouvel Ordre Mondial qui se présente en réalité comme un nouveau féodalisme, dans lequel une infime partie du genre humain aura droit de vie et de mort sur tous les autres, et où la seule porte de sortie qui restera aux peuples sera celle de la soumission. La démocratie libérale est déjà détériorée de façon irrémédiable, elle qui était pourtant, avec les droits humains, l’unique valeur, à l’écart du pouvoir de l’argent, qui restait comme rempart de ce qu’on a appelé la « civilisation occidentale ». Le moment est venu de stopper le « singe aux commandes », et d’enlever de ses mains, en tout premier lieu, le bouton rouge de la guerre. Plus aucun soldat européen ne doit plus participer à un conflit en dehors des frontières de l’Union, et encore moins si ce conflit est déguisé en mission de paix ou humanitaire. Il est urgent de commencer à définir des principes et des valeurs adaptées à la transition entre une organisation politique, économique et sociale insoutenable – et destinée à mourir dans d’atroces convulsions -, et une société soutenable, en paix avec la Nature, avec l’écosystème. Une société de la cohabitation, du « vivre ensemble », qui progresse au « rythme de l’Homme », et donc démocratique. Voilà quelles sont les conditions de la survie.
Principes généraux pour un Renouveau européen
La Nouvelle Europe que nous voulons doit se libérer des liens idéologiques néoconservateurs souvent dissimulés derrière un langage et des procédures bureaucratiques incompréhensibles à tous et qui oppriment les peuples tout en creusant les divisions entre les États. L’un de ces liens est la monnaie commune telle qu’elle existe aujourd’hui. L’euro, monnaie privée, imprimée par des banques privées pour les banques privées, est un problème pour tous, aussi bien pour les « forts » que pour les « faibles ». Il nous faut par conséquent un nouveau système monétaire commun, basé sur un accord qui prévoit une plus grande autonomie des États membres en termes de politique financière, de façon à rendre aux parlements nationaux les décisions fondamentales en la matière. C’est seulement sur ces nouvelles bases que l’on pourra commencer à parler de transfert de souveraineté graduel, démocratique, partagé, à un parlement européen réellement représentatif et doté de pouvoirs effectifs.
La Nouvelle Europe que nous voulons ne peut accepter les actuelles différences économiques et sociales entre les peuples européens, mais également à l’intérieur de chacun des pays. Il faut que l’Europe déclare « illégale » la misère. Il faut que la principale préoccupation des gouvernements européens et du futur gouvernement européen soit de garantir le plein emploi et la dignité d’un salaire juste.
Autrement dit, nous devons  immédiatement abandonner toute politique d’austérité et promouvoir un retour sans équivoque à une Europe sociale. Cela implique et présuppose le rejet de l’actuel Traité européen et le lancement d’une nouvelle phase constituante.
La Nouvelle Europe doit se baser sur la pleine reconnaissance (avec toutes les conséquences que cela implique) que nous avons affaire à une union entre peuples « différents ». Pas seulement par leur histoire, leurs langues, leurs traditions, leur justice, ou leur organisation politique, mais aussi et surtout par leur niveau d’organisation sociale et leur niveau de vie. Cela signifie que même s’il faut établir des normes communes, valides pour tous et acceptées par tous, il conviendra de définir des mécanismes de compensation pour rééquilibrer le tout et réduire les différences dans un délai bien défini.
Une Nouvelle Europe ne peut qu’être une Europe solidaire.
Une Nouvelle Europe doit être démocratique. Elle ne peut l’être que si elle est capable de valoriser les diversités qui la caractérisent. Et elle ne pourra pas le faire si la fédération prend des formes centralisées et rigides.
Une Nouvelle Europe ne peut être démocratique et solidaire à l’intérieur, et appliquer des règles de globalisation impériale à l’extérieur.
Une Nouvelle Europe ne peut être démocratique et solidaire, à l’intérieur comme à l’extérieur, si elle ne renonce pas à la guerre et aux formes d’imposition arrogantes vis-à-vis de ses partenaires, proches ou lointains. Les principes européens peuvent et doivent être défendus et diffusés, mais ne peuvent en aucun cas être imposés à d’autres pays.
Proposition claire (de lutte) pour le changement
Nous savons tous que pour l’instant, certaines de ces propositions n’auront que peu d’impact sur la volonté de nos gouvernements, et sur la conscience des populations. Non pas qu’elles ne soient pas justes et bonnes, mais parce que la force de manipulation qui est celle des détenteurs du pouvoir a été déterminante. Nous sommes convaincus cependant qu’autour d’elles, il est possible de construire un mouvement d’opinion et d’alliances politiques, sociales, productives, qui les transforment en propositions réalisables, car faisant l’objet d’un large accord. Elles sont nécessaires pour tout projet d’une Nouvelle Europe, et sans elles, il ne sera pas possible d’affronter la transition vers une nouvelle société. Leur compréhension sera de toute façon rendue possible, assez rapidement, par l’accélération de la crise systémique aux USA, en Europe, au Japon et par les premiers signes de ralentissement en Chine.
Il est donc nécessaire de prendre les mesures immédiates pour un changement de cap. Chacune de ces mesures représente un outil indispensable pour déclencher la transition nécessaire. Pour réduire la dette aussi bien publique que privée, nous devons opérer – cela dit sans aucun scrupule – des changements drastiques des règles financières. L’austérité à elle seule ne permettra pas la réduction de la dette, elle l’amplifiera et créera seulement récession et chômage.
Les interventions publiques doivent imposer des contrôles sur les mouvements de capitaux. Des taux d’intérêt bas doivent faire diminuer le montant des intérêts, réduisant ainsi le déficit public. Diminuer la valeur réelle du déficit public peut se faire seulement en transférant des ressources des créditeurs vers les débiteurs, et non en imposant des coupes franches aux finances publiques, ou en cherchant à accroitre les rentrées fiscales qui finissent par frapper seulement ceux qui paient les impôts et non ceux qui fraudent, comme les grandes multinationales. L’alternative est entre mettre fin à la vie de millions de personnes, ou sacrifier un peu les spéculateurs et les rentiers.
Répétons-le : cela implique de dénoncer les Traités de Maastricht et de Lisbonne qui sont à la base de l’agression financière contre les peuples européens. Il faut procéder à la nationalisation de toutes les banques centrales des pays membres, et dans le même temps à une modification drastique du rôle et de la structure de la Banque centrale européenne (BCE). Les États de la zone euro (et ceux qui y adhèreront si celle-ci reste debout), doivent être les seuls actionnaires de la future Banque centrale européenne.
Cette mesure devra s’accompagner de la nationalisation de toutes les grandes banques nationales, en transférant une partie de leur fonction au système de crédit coopératif et populaire sous les diverses formes historiques qu’il a eues par le passé dans les différents pays, ou en l’introduisant là où, pour des raisons historiques, il n’a jamais vu le jour. C’est à ce prix que l’on rendra aux gouvernements et à leurs « ministères du Trésor » respectifs le contrôle des Banques centrales nationales et de la BCE, autrement dit, de la souveraineté monétaire.
Parmi les premières questions à éclaircir devant l’opinion publique européenne figure celle du statut de la dette, dont il faut déclarer officiellement – cela parait évident – qu’elle est structurellement impossible à rembourser. Cela doit être fait à travers un audit qui aura pour mission de fournir rapidement un cadre fiable et vérifié de la dette globale européenne, de sa composition, des dettes souveraines de chacun des États, qu’ils soient membres de la zone euro ou pas, en déterminant aussi bien la structure des dettes que l’identité des grands créditeurs internationaux.
Les dettes souveraines doivent être progressivement restructurées et absorbées au travers de la taxe sur les transactions financières, dont la nature reste à déterminer, mais qui ne sera pas inférieure à 0,1% du montant des transactions. Une vraie Tobin Tax, dont les revenus doivent également être consacrés au développement des entreprises, au redressement social et environnemental, au financement de l’instruction et de la recherche.
Il faut aussi prévoir l’institution d’un fonds européen dédié aux petites et moyennes entreprises, à taux fixés et adaptés au crédit à moyen/long terme.
La nouvelle organisation des émissions d’obligations souveraines de l’Eurozone se fera directement sous le contrôle du Trésor de chaque État, sans aucun intermédiaire bancaire, et sera réservée aux citoyens du pays émetteur et aux citoyens européens qui y résident.
Les émissions devront être consacrées en priorité au social, à l’éducation, à la recherche scientifique, à la santé publique, à la protection et la mise en valeur de l’environnement, aux énergies renouvelables, à la valorisation des terrains agricoles. Les nouvelles obligations souveraines de l’Eurozone seront nominatives, non négociables, incessibles, transmissibles seulement par voie héréditaire, avec une échéance minimale de cinq ans et maximale de dix, à un taux d’intérêt de référence qui n’excèdera pas le double de celui pratiqué par la Banque centrale européenne une fois réformée.
Des mesures pour réformer la finance européenne et internationale (l’Europe devra agir au plan mondial, comme protagoniste souverain) seront elles aussi indispensables. Parmi elles, figure nécessairement la séparation des banques d’affaires de celles de dépôt et d’épargne. Les Bourses seront le lieu d’action des seules banques d’affaires et des différents investiteurs institutionnels. Il sera interdit aux banques de dépôt et d’épargne d’accéder aux Bourses. De même qu’il sera interdit aux fonds spéculatifs quels qu’ils soient d’accéder aux Bourses.
Il faut rétablir au travers d’une législation adaptée le concept de la fonction sociale du crédit, qui est un principe juridique et politique.
Les sociétés internationales de notation doivent être bannies de l’Europe : on mettra ainsi fin au pilotage international de la spéculation. Les lois doivent réguler toutes les activités off-shore : de cette façon, on frappera au coeur le recyclage et les malversations financières. Les paradis fiscaux, comme c’est bien connu, ne servent pas seulement à frauder le fisc, mais sont surtout utiles à la criminalité organisée. Les banques et les Bourses qui utiliseraient ces paradis fiscaux (ce qui est actuellement une pratique généralisée de toute la finance mondiale), seront immédiatement « suspendues », comme cela se fait normalement quand survient un truquage de l’offre à but spéculatif. Les instruments financiers spéculatifs Over the Counter (autrement dit, en dehors de tout contrôle institutionnel) devront être mis hors-la-loi.
Les aides publiques aux banques privées seront interdites.
Le principe du « Too big to fail » (trop gros pour faire faillite) devra être déclaré illégal, car la privatisation des profits et la socialisation des pertes, qui est aujourd’hui le principal mot d’ordre du système bancaire, condamne les peuples à être pris en otage.
Tout cela (et bien d’autres choses) doit commencer par l’introduction d’une politique européenne de redistribution des revenus à travers un système fiscal équitable et accepté par tous. Cela implique l’abrogation du Pacte budgétaire européen qui constitue le sommet de l’injustice et de l’usurpation de la souveraineté.
Nous savons bien que cette perspective se heurtera à une résistance terrible et à toutes sortes de réactions. La Banque centrale européenne répète en permanence qu’il n’y a pas de « plan B » et que l’on doit continuer avec l’euro tel qu’il existe actuellement. Si nous continuons dans cette direction, il faudra construire des ilots de défense, sous la forme d’alliances européennes entre les pays les plus touchés. Que ce soit pour affronter le désastre social, ou pour éviter de se retrouver par exemple face à une Allemagne qui, poussée par un égoïsme populiste, déciderait seule de sortir de l’euro, entrainant avec elle une partie de l’Europe accrochée à son wagon. Ce serait une décision dramatique qui signerait non seulement la fin du rôle européen de l’Allemagne, mais surtout le futur de la prospérité de cette même Allemagne, occasionnant de graves dommages au peuple allemand et à l’Europe tout entière, et entrainant des répercussions à l’échelle mondiale.
Un « retrait dans l’ordre », défensif, du système actuel  est tout à fait possible. Il convient de l’opérer avec conviction et surtout en calculant correctement les rapports de force. Une des options consiste à créer un « Eurosud », qui permettrait à la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la France, et aux autres pays dits « faibles » ne faisant pas partie actuellement de l’Eurozone de se soustraire au coup de massue qui leur est infligé actuellement, de surcroit dans des conditions d’instabilité prolongée. Une autre option est celle d’une transformation de l’euro en monnaie de compte international, en lui enlevant sa nature de monnaie-marchandise, et en utilisant les systèmes internes de Clearing pour réguler les rapports du commerce interne européen et ceux entre la zone euro et le système international. Existe aussi l’option de l’introduction d’un commun accord de monnaies nationales qui s’appuient sur l’euro, de façon à permettre une relance de l’intervention publique, à encourager la demande locale, et à favoriser une phase de reprise économique et sociale. D’autres options existent sans doute. Il faudra parmi elles choisir celle qui génèrera le moins de sacrifices pour les classes de travailleurs, c’est-à-dire pour l’écrasante majorité des populations. Nous devons toutefois garder en mémoire que la crise de l’euro, au-delà des « défauts techniques » qui l’ont déclenchée, n’est rien d’autre qu’une accélération de la crise d’identité de la politique européenne, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Sortir de l’urgence
Dans ce cadre d’incertitude généralisée qui s’accompagne de tensions croissantes à l’échelle mondiale, les peuples européens sont laissés à eux-mêmes au beau milieu du gué. La faillite des majordomes est en train de se transformer en tragédie sociale, et bientôt, en effondrement de la démocratie en Europe.
Il faut donc que chaque mesure d’urgence s’appuie sur le soutien des masses populaires. La défense du travail est l’objectif principal, afin de soutenir le tissu social et d’empêcher les patrons universels de transformer la crise en lutte entre les plus pauvres. Défendre le travail, les investissements, les entreprises, sans réduire les revenus, signifie réduire les horaires de travail à salaire égal.
Défendre le tissu social et stimuler la consommation de façon rationnelle signifie aussi – mais pas seulement – introduire un « revenu d’existence ».
Dans l’immédiat, il convient de prévoir d’une part des mesures législatives et financières qui permettent le renforcement de la participation des travailleurs à la direction de l’activité économique, et celle des citoyens à la gestion de la collectivité et des biens communs à travers le développement de formes coopératives, d’associations en participations, de consortiums d’entreprises, d’entreprises autogérées, et de répartition des profits ; et d’autre part, la publication de dispositions d’urgence qui permettent aux employés d’une entreprise en difficulté d’en reprendre la gestion. Un autre volant particulièrement et immédiatement efficace sera celui de la relance de l’agriculture, la fin de l’exploitation spéculative des terres cultivables, la requalification du patrimoine boisé, son extension et sa protection, accompagné de crédits adaptés ; et aussi, l’interdiction absolue d’utiliser, sur le territoire de l’Union, et même sous forme expérimentale, les Organismes génétiquement modifiés (OGM), les désherbants et engrais chimiques, en les remplaçant par des produits naturels.
Il faut une politique énergétique qui réduise la dépendance aux autres pays, et qui contribue à la réduction du réchauffement global, à travers des investissements massifs consacrés au développement de la recherche scientifique en privilégiant en particulier l’emploi des jeunes : des missions aussi urgentes que stratégiques.
Les immenses ressources individuelles et intellectuelles doivent être mises à contribution, plutôt que celles financières et purement économiques. La principale richesse européenne est sa culture et son patrimoine en termes de compétences et d’expérience, qui doit être protégé et mis au service du bien commun. Le temps individuel, celui libéré du travail inutile pour des biens de consommation inutiles, doit être dirigé vers des buts collectifs, mutualistes et de solidarité. Il faut introduire une nouvelle échelle de valeurs dans les lieux de formation culturelle et intellectuelle. Le système des médias, de la communication, de l’information doit être remis entre des mains démocratiques et publiques, les seules à même d’aider des millions d’individus isolés et mutilés par la manipulation à sortir de la domination de la consommation, et à revenir à une pensée en termes de cohabitation civile, de solidarité et de justice.
Une nouvelle phase constituante
L’année 2014 sera décisive pour le destin des peuples européens. Les auteurs de ce manifeste estiment donc fondamental de lancer immédiatement un processus constituant pour une Nouvelle Europe.
Cette Europe a été soumise à ce qu’on appelle la Gouvernance, qui n’est rien d’autre qu’une série d’instruments destinés à extorquer la souveraineté des États. Lesquels ont été placés sous le contrôle du système bancaire international, et soumis au chantage de la dette publique démesurément amplifiée, et qu’ils ne sont plus en mesure de maitriser. Les États ont été transformés en Stakeholders subordonnés. Et en tant que membres d’une alliance militaire qu’ils ne pouvaient contrôler, ils ont été doublement colonisés.
Soit nous brisons les chaines de la soumission, soit cette Europe sera toujours plus appauvrie et entrainée dans des aventures militaires et néocoloniales qui sont en opposition flagrante avec ses intérêts de protagoniste majeur, et avec les intérêts des peuples et de la démocratie en général.
Les auteurs de ce manifeste se proposent de lancer une contre-offensive contre une telle agression et sont convaincus que pour cela, il faut en urgence donner naissance à un processus constitutionnel pour une Nouvelle Europe.
Pour toutes ces raisons, les institutions européennes actuelles ne pourront en aucun cas être les seuls acteurs politiques et juridiques  à participer au processus destiné à promouvoir une nouvelle Constitution européenne. À ce nouveau processus, devront participer  les acteurs-clefs que sont les sociétés civiles, autrement dit, les peuples européens.
À l’heure actuelle, la seule institution européenne relativement démocratique est le Parlement européen. Le renouvellement de l’Assemblée prévu lors des élections de 2014 est une occasion à ne surtout pas perdre.
Les auteurs de ce manifeste invitent urgemment toutes les forces politiques qui prendront part à cette consultation électorale, et qui partagent en substance les principes et les propositions énoncés plus haut, à former une coordination transnationale afin de placer au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg un groupe significatif de parlementaires porteurs de cette plateforme. Dans le même temps, nous souhaitons la création d’un « Forum social pour la Constituante européenne », une organisation transnationale qui en appelle aux citoyens, groupes, associations, comités, forces politiques, représentants institutionnels, et qui s’autoconvoque pour définir lors d’une première phase les principes dont devra s’inspirer la future Constitution européenne, et pour promouvoir toutes les initiatives médiatiques, sociales et politiques permettant d’imposer ces propositions dans le débat public européen.
Les dirigeants européens ont jusqu’à aujourd’hui construit une trajectoire constitutionnelle contre la volonté des peuples, et dont le premier effet fut celui de démolir le projet européen de paix. Ils ont failli en termes de légitimité et de démocratie, et ont aggravé la crise. Des mesures d’urgence ont été prises sans aucune approbation par les peuples. A plusieurs reprises, les peuples ont été empêchés de s’exprimer. Des mesures répressives sont actuellement en phase d’élaboration dans toute l’Europe, en prévision de fortes tensions sociales. La formation du corps de police militarisé européen, « Eurogendfor », autorisé à intervenir dans chacun des États membres, est la preuve d’une grave détermination des pouvoirs européens à gérer l’affrontement social par la violence.
Eurogendfor doit être démantelée.
Les dirigeants actuels voudraient émettre certaines réformes des traités avec encore plus de coercition, sans qu’il ne soit aucunement prévu de les soumettre au jugement populaire. Nous affirmons que des réformes d’une telle importance ne peuvent pas être décidées sans le consentement des peuples, et qu’aucun État ne peut être contraint à des décisions qu’il ne partage pas.
La situation qui ne devra pas se représenter est celle dans laquelle les peuples ont dû s’exprimer par référendum, mais se sont retrouvés face à des centaines de pages écrites par des lobbyistes dans un langage compréhensible seulement pas des spécialistes.
Des décisions de niveau continental ont été débattues de manière confuse, par chamailleries, sans aucun esprit européen, ou bien n’ont tout simplement pas été débattues.
Les normes constitutionnelles doivent être exprimées dans un langage simple. Les peuples d’Europe doivent pouvoir décider sur la base de textes compréhensibles qui leur permettent de choisir entre plusieurs options clairement définies.
Le lieu institutionnel que nous proposons doit être le plus large, représentatif et institutionnellement  équilibré possible : il s’agit d’une « Convention » préliminaire où seront représentés les parlements nationaux et celui européen, les délégués des sociétés civiles, mais à laquelle participeront également les Chefs d’États et de gouvernement, ainsi que celui de la Commission européenne. L’assemblée ainsi constituée aura pour mission d’élaborer une déclaration de principes.
Cette déclaration sur les principes fondamentaux devra indiquer les pouvoirs octroyés à l’Union, et définir les principes de représentation à l’intérieur des institutions européennes, ainsi que les règles de vote.
À ce stade, chacun des États membres pourra accepter ou pas, la charte des principes de base en fonction de sa propre Constitution. Les électeurs devront pouvoir élire leurs représentants nationaux respectifs pour la Seconde Convention qui, à partir des principes de base, rédigera le texte final. C’est seulement ainsi que l’on pourra légitimer les décisions. Jusqu’à maintenant, nous avons fait tout le contraire, voire, n’importe quoi.
La seconde phase de la Convention ne pourra pas remettre en cause les principes fondamentaux. Elle devra donc soumettre le texte à une cour constitutionnelle spéciale qui en évaluera la conformité juridique. Tous les juges des hautes cours de chaque État membre devront en faire partie. Le texte final produit pas la Convention devra être approuvé par référendum populaire dans tous les États membres.
C’est un parcours qui ne fixe pas une seule issue possible. Mais les auteurs de ce Manifeste avancent dans le même temps certaines suggestions pour cette nouvelle conception institutionnelle de la Nouvelle Europe :
La Commission européenne, qui représente la synthèse des aspects les plus négatifs de la technocratie et du lobbyisme, sera abolie.
Le Conseil européen et le Conseil des ministres européens devront converger vers une institution européenne unique pour tout ce qui touche aux aspects communautaires (Politique étrangère et de défense commune).
Les sujets relevant actuellement de la compétence du Conseil des ministres européens devront revenir en grande partie au niveau de chaque État ou à celui du Parlement européen.
Comme on le comprend dans ce qui précède, il est à prévoir que tous les peuples de l’actuelle Union européenne ne voudront pas nécessairement continuer à en faire partie. Ou bien, certains voudront faire une pause de réflexion, en fonction de contraintes ou de restrictions qui pourraient ne pas correspondre à leurs intérêts, ou qui se révèleraient incompatibles avec leur propre Constitution.
Le traité sera valide seulement pour les parties consentantes, mais devra permettre aux autres (ou à celles seulement partiellement consentantes) de participer à toutes les activités dans les domaines où une vision commune aura été établie.
Nous croyons en une Europe de solidarité, polycentrique, intégrée, pacifique, qui travaille à effacer les différences économiques et sociales en son sein. Notre Europe devra se doter d’un gouvernement démocratique et d’une Banque centrale qui applique la politique des gouvernements, et non le contraire. Les États qui décideront d’en faire partie ne devront pas être considérés comme les actionnaires minoritaires d’une entreprise. Ce sont des États souverains qui délèguent une partie de leur propre souveraineté exclusivement à un niveau de gouvernement, lui-même démocratiquement élu, chapeautant les gouvernements qu’il est appelé à coordonner.
Il faudra, plutôt que l’OTAN comme actuellement, mettre en place une armée européenne dont l’objectif sera non pas d’intervenir dans une guerre globale, mais de défendre les territoires des États de l’Union en cas de menace locale prouvée. Cette armée devra par ailleurs se consacrer à prévenir et à affronter les menaces réelles qui pourraient frapper les populations en cas de catastrophes naturelles de tous types, ou d’urgence humanitaire, qui sont les seules menaces réelles du présent et du futur. Une armée européenne qui, pour les raisons indiquées plus haut, devra revenir à des formes de conscription nationale obligatoire. C’est seulement après la formation d’une armée européenne autonome que pourront être lancées des négociations avec les membres demeurés dans l’OTAN et avec la Russie, pour la création d’un nouveau système de sécurité continentale.
Le Parlement européen doit devenir l’organe démocratique central de l’organisation institutionnelle européenne, le lieu où seront prises les décisions politiques fondamentales. Dans cette perspective, après une transition de cinq ans, le Parlement européen devra pouvoir dénoncer directement le gouvernement européen, et éventuellement émettre une motion de censure à son encontre.
Conclusion
Nous sommes convaincus que seule une Nouvelle Europe démocratique peut servir de pilier à la cohabitation pacifique dans le monde multipolaire du XXIe siècle.
Pour pouvoir jouer un rôle de paix et de détente, la Nouvelle Europe devra être forte et autonome dans ses décisions. Le schéma « ennemi ou ami » qui caractérisait la Guerre froide  est maintenant dépassé. La Nouvelle Europe, ainsi définie, n’a plus d’ennemis.
Son premier objectif doit être de construire des relations durables d’amitié et de coopération stratégique à 360 degrés, puisque toute guerre globale signifierait la fin de l’humanité tout entière. Les États-Unis, d’alliés-protecteurs privilégiés qu’ils ont été, doivent devenir les amis dans une nouvelle alliance basée sur la parité avec l’Union européenne. La Russie, qui a besoin de l’Europe, et qui malgré les différences de régime politique, est déjà fortement interconnectée avec elle, est notre plus grand voisin, et nous ne pouvons qu’être amis. L’Europe doit la considérer comme un partenaire stratégique, partie intégrante de la sécurité indivisible de l’Europe. La Chine et l’Inde sont des protagonistes importants pour affronter la crise historique que traverse la planète. Sans elles, il n’existe aucune solution réaliste. Sept milliards d’individus ont le droit d’accès aux ressources disponibles. Il n’y a pas d’alternative si l’on veut un futur de paix. C’est cela, la seule voie que nous connaissions. Toute autre signifierait obligatoirement aller vers la guerre.

Signataires :
  • Alternativa
  • Agostino C. Alciator
  • Bruno Amoroso
  • Gilberto Borzini
  • Pino Cabras
  • Gian Paolo Calchi Novati
  • Francesco Caudullo
  • Giulietto Chiesa
  • Gaetano Colonna
  • Alberto Conti
  • Pierfrancesco De Iulio
  • Laura Di Lucia Colletti
  • Roberto Germano
  • Pierluigi Fagan
  • Margherita Furlan
  • Nando Ioppolo
  • Daniele Mallamaci
  • Giampiero Obiso
  • Piero Pagliani
  • Orazio Parisotto
  • Alessandra Pisa
  • Roberto Quaglia
  • Franco Romano
  • Simone Santini
  • Ivano Spano
  • Fabrizio Tomadoni
(traduit de l’italien par IlFattoQuotidiano.fr – version italienne ici)