mardi 12 novembre 2013

Les grands médias occultent que Monsanto a poussé 284.000 paysans indiens au suicide / The mass-media are hiding the Monsanto's responsibility for the suicide of 284.000 indians farmers


12 novembre 2013


Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.



C’est pour près de 3000 personnes que la célèbre scientifique indienne Vandana Shiva a réalisé un exposé d’une heure et a répondu aux questions, ouvrant la IIIème journée internationale d’agro-écologie à Botucatu, Brésil, l’après-midi du 31 juillet 2013.

Vandana Shiva a commencé par raconter sa vie d’étudiante en biologie et en physique quantique à l’université, aliénée par rapport aux réalités du monde, jusqu’au choc que signifia pour elle le tragique accident survenu dans l’usine états-unienne de pesticides Union Carbide, installée à Bhopal qui causa la mort de 35 mille indiens, il y a trente ans. A partir de là, elle s’est convertie à la cause du peuple et n’a cessé d’enquêter sur les activités des entreprises transnationales dans l’agriculture.

Elle est aujourd’hui considérée comme une des principales scientifiques et chercheuses en matière des atteintes à la santé et de la destruction de la biodiversité que les OGM et les produits agro-toxiques des entreprises transnationales causent dans le monde entier.

Elle est repartie des conséquences de la “révolution verte” des années 60, que le gouvernement des États-Unis imposa à son aire d’influence comme moyen de vendre plus de produits agro-chimiques et plus de marchandises agricoles, subjuguant la paysannerie de tous ces pays. Résultat : 65% de toute la biodiversité et des ressources en eau douce mondiale ont été polluées par les agro-toxiques. Des études montrent que 40% de l’effet de serre qui affecte le climat planétaire est causé par l’usage excessif et non nécessaire de fertilisants agricoles chimiques. Dans de nombreuses régions d’Europe, à la suite de la mortalité et de la disparition des abeilles, la productivité agricole a déjà chuté de 30%. Vandana Shiva a rappelé que si nous nous calculions les préjudices et les coûts nécessaires pour rétablir la biodiversité, rééquilibrer l’environnement et remédier aux dégâts climatiques, le montant en dollars dépasserait le chiffre d’affaires de la vente de biens par les entreprises.

En ce qui concerne l’action des entreprises transnationales qui opèrent dans l’agriculture – Monsanto, Bungue, Syngenta, Cargill – Vandana explique qu’elles contrôlent la production et le commerce mondial de la soja, du maïs, du colza et du blé, martelant via la publicité que l’humanité dépend des aliments produits par l’agro-business. En réalité l’humanité se nourrit de centaines d’autres végétaux et sources de protéines qu’elles écartent et n’ont pas encore pu contrôler.

Pour la chercheuse “ces entreprises qui promeuvent les OGM n’ont rien inventé et n’ont rien développé. La seule chose qu’elles ont faite fut d’opérer des mutations génétiques qui existent dans la nature pour rentabiliser la vente de leurs produits agro-toxiques.”

Elle a expliqué que Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et qu’aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.

Malgré tout ce sacrifice en vies humaines, Monsanto reçoit dans son pays 200 millions de dollars annuels, perçoit des royalties pour l’usage de semences génétiquement modifiées de coton.
La critique du modèle de l’agro-business en général

Le modèle de l’agro-business n’est qu’une forme de s’approprier les bénéfices des biens agricoles mais il ne résout pas les problèmes du peuple. La preuve : en augmentant beaucoup la production, nous pourrions alimenter 12 milliards de personnes alors qu’aujourd’hui nous avons un milliard de personnes qui souffrent de la faim quotidiennement, 500 millions d’entre elles étant des paysans qui ont vu leur système de production d’aliments détruit par l’agro-business.

Les produits agricoles sont de simples marchandises, plus des aliments. 70 % des aliments dans le monde restent produits par les paysans. Nous devons comprendre que les aliments sont la synthèse de l’énergie nécessaire aux êtres humains pour survivre à partir du milieu où ils vivent, recueillant cette énergie de la fertilité et de l’environnement. Plus grande la biodiversité naturelle, plus grand le nombre de sources nutritives et plus saine pour les humains l’alimentation produite dans cette région. L’agro-business a détruit la biodiversité et les sources d’énergie véritables.

Les entreprises utilisent le fétiche de la publicité des techniques modernes de la bio-technologie utilisées pour augmenter la productivité des plantes. Mais ce n’est qu’un hameçon : quand on fait des recherches sur ces bio-technologies on se heurte au secret. Dans le fond elles ne sont que des mécanismes pour augmenter la rentabilité des grandes plantations ; l’agriculture industrielle est la standardisation de la connaissance, la négation de la connaissance de l’art de cultiver la terre. La vraie connaissance est développée par les agriculteurs eux-mêmes et par les chercheurs dans chaque région, dans chaque biome, pour chaque plante.

Le modèle de l’agro-business veut transformer les personnes en « consommateurs » de leurs produits. Nous devons combattre l’usage et le réductionnisme du terme “consommateurs”, pour utiliser l’expression "êtres humains" ou personnes qui ont besoin de vie saine. Le consommateur est une réduction subalterne de l’être humain.

Les entreprises de l’agro-business disent qu’elles incarnent ledéveloppement et le progrès, qu’elles contrôlent 58% de toute la production agricole mondiale, mais en fait elles ne donnent du travail qu’à 3% des personnes vivant dans le monde rural. C’est donc un système anti-social.

La scientifique indienne a révélé qu’elle fait partie d’um groupe de 300 autres chercheurs internationaux qui se sont consacrés à étudier l’agriculture pendant trois années intensives et ont démontré que ni la révolution verte des États-Unis ni l’usage intensif des semences transgéniques et des produits agro-chimiques ne peuvent résoudre les problèmes de l’agriculture et de l’alimentation mondiales. Seule peut le faire la récupération des pratiques agro-écologiques em harmonie avec la biodiversité, partout sur la planète.

Elle a conclu sa critique du modèle de l’agro-business en montrant comment son projet génère la destruction, la peur, parce qu’ il est basé sur la concentration et l’exclusion. C’est pour cela que les entreprises procèdent à l’intimidation ou à la cooptation des scientifiques qui s’opposent à elles.
La solution : l’agro-écologie.

Le modèle agro-écologique est le seul qui permette de développer des techniques accroissant la productivité et la production sans destruction de la biodiversité. L’agro-écologie est la seule forme de créer de l’emploi et des formes de vie saines pour que la population puisse vivre en milieu rural sans être contrainte de se marginaliser dans les villes.

Surtout, les méthodes agro-écologiques sont les seules qui permettent la production d’aliments sains, sans poisons.
6 recommandations aux jeunes étudiants en agro-écologie et aux producteurs agricoles.

1. La base de l’agro-écologie est la préservation et la mise en valeur des sources nutritives existantes dans le sol – en cela elle s’est référée à une autre scientique présente à cette rencontre et qu’elle a écoutée attentivement – la professeure Ana Maria Primavesi. Nous devons appliquer des techniques qui garantissent la santé du sol et de cette santé recueillir les fruits en termes d’énergie saine.

2. Stimuler et promouvoir le contrôle des semences par les agriculteurs. Les semences sont la garantie de la vie. Nous ne pouvons permettre que des entreprises privées, transnationales, les transforment en marchandises. Les semences sont un patrimoine de l’humanité.

3. Nous devons lier l’agro-écologie à la production d’aliments sains qui garantissent la santé et peuvent ainsi conquérir les cœurs et les esprits des habitants des villes comme des zones rurales, de plus en plus empoisonnés par les marchandises traitées par les agro-toxiques (multiplication de cancers depuis quarante ans). Si nous lions les aliments à la santé des personnes, nous gagnerons des millions des habitants des villes à notre cause.

4. Nous devons transformer les territoires sous contrôle des paysans en véritables sanctuaires de semences, d’arbres sains, de cultures de la biodiversité, d’élevage d’abeilles, de diversité agricole.

5. Nous devons défendre l’idée, qui fait partie de la démocratie, de la liberté des personnes de choisir les aliments. Les produits de référence ne peuvent pas se réduire à ceux que les entreprises décident de mettre dans les rayons.

6. Nous devons lutter pour que les gouvernements cessent d’utiliser des fonds publics qui appartiennent à l’ensemble des citoyens, pour les transférer en subventions aux grands propriétaires et entrepreneurs de l’agro-industrie. C’est ce qui se passe dans le monde entier et aussi en Inde. Le modèle de l’agro-business ne survivrait pas sans ces subventions et sans les avantages fiscaux offerts par les gouvernements qui les garantissent.

En Inde, rappelle Vandana Shiva, on a vécu des problèmes majeurs à l’époque du colonialisme anglais. Gandhi a enseigné que la force est de toujours “lutter pour la vérité”. Le capital trompe, ment, pour pouvoir accumuler des richesses. Et la vérité est avec la nature, avec les personnes. S’il existe une volonté politique de réaliser des changements, s’il y a une volonté de produire des aliments sains, il deviendra possible de les cultive. 


Source : mouvementsansterre.wordpress.com

La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps / The violence of the richs affects deeply the people's mind and body


Source : http://www.bastamag.net/article3432.html
LUTTE DES CLASSES

Monique Pinçon-Charlot : « La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps »

PAR 

Source : http://www.bastamag.net/article3432.html
Qui sont les riches aujourd’hui ? Quel impact ont-ils sur la société française ? Pour la sociologue Monique Pinçon-Charlot, les riches font subir au reste de la société une violence inouïe. Une violence banalisée grâce à un renversement du langage : les riches seraient des victimes, menacées par l’avidité du peuple. Elle dénonce un processus de déshumanisation, une logique de prédation, une caste qui casse le reste de la société. Et invite à organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel.
Basta ! : Qu’est-ce qu’un riche, en France, aujourd’hui ?
Monique Pinçon-Charlot [1] : Près de 10 millions de Français vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté. Celui-ci est défini très précisément. Mais il n’existe pas de « seuil de richesse ». C’est très relatif, chacun peut trouver que son voisin est riche. Et pour être dans les 10 % les plus riches en France, il suffit que dans un couple chacun gagne 3000 euros.
Nous nous sommes intéressés aux plus riches parmi les riches. Sociologiquement, le terme « riche » est un amalgame. Il mélange des milieux très différents, et regroupe ceux qui sont au top de tous les univers économiques et sociaux : grands patrons, financiers, hommes politiques, propriétaires de journaux, gens de lettres... Mais nous utilisons délibérément ce terme. Car malgré son hétérogénéité, ces « riches » sont une « classe », mobilisée pour la défense de ses intérêts. Et nous voulons aujourd’hui contribuer à créer une contre-offensive dans cette guerre des classes que mènent les riches et qu’ils veulent gagner.
Pourquoi est-il si difficile de définir cette classe ?
La richesse est multidimensionnelle. Bourdieu parlait très justement de capital – capital économique, culturel, symbolique –, c’est ce qui donne du pouvoir sur les autres. A côté de la richesse économique, il y a la richesse culturelle : c’est le monde des musées, des ventes aux enchères, des collectionneurs, des premières d’opéra... Jean-Jacques Aillagon, président du comité des Arts décoratifs, vient d’être remplacé par un associé-gérant de la banque Lazard. Dans l’association des amis de l’Opéra, on retrouve Maryvonne Pinault (épouse de François Pinault, 6ème fortune de France), Ernest-Antoine Seillière (ancien président du Medef, 37ème fortune de France avec sa famille) [2]...
A cela s’ajoute la richesse sociale, le « portefeuille » de relations sociales que l’on peut mobiliser. C’est ce qui se passe dans les cercles, les clubs, les rallyes pour les jeunes. Cette sociabilité mondaine est une sociabilité de tous les instants : déjeuners, cocktails, vernissages, premières d’opéra. C’est un véritable travail social, qui explique la solidarité de classe. La quatrième forme est la richesse symbolique, qui vient symboliser toutes les autres. Cela peut être le patronyme familial : si vous vous appelez Rothschild, vous n’avez pas besoin d’en dire davantage... Cela peut être aussi votre château classé monument historique, ou votre élégance de classe.
Il existe aussi une grande disparité entre les très riches...
Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, est en tête du palmarès des grandes fortunes professionnelles de France, publié chaque année par la revueChallenges. Il possède 370 fois la fortune du 500ème de ce classement. Et le 501ème est encore très riche ! Comparez : le Smic à 1120 euros, le revenu médian à 1600 euros, les bons salaires autour de 3000 euros, et même si on inclut les salaires allant jusque 10 000 euros, on est toujours dans un rapport de 1 à 10 entre ces bas et hauts salaires. Par comparaison, la fortune des plus riches est un puits sans fond, un iceberg dont on ne peut pas imaginer l’étendue.
Malgré l’hétérogénéité de cette classe sociale, les « riches » forment, selon vous, un cercle très restreint.
On trouve partout les mêmes personnes dans une consanguinité tout à fait extraordinaire. Le CAC 40 est plus qu’un indice boursier, c’est un espace social. Seules 445 personnes font partie des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Et 98 d’entre eux détiennent au total 43 % des droits de vote [3] ! Dans le conseil d’administration de GDF Suez, dont l’État français possède 36 % du capital, il y a des représentants des salariés. Ceux-ci peuvent être présents dans divers comités ou commissions, sauf dans le comité des rémunérations. Cela leur est interdit. Qui décide des rémunérations de Gérard Mestrallet, le PDG ? Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, notamment. C’est l’entre-soi oligarchique.
Cela semble si éloigné qu’on peut avoir l’impression de riches vivant dans un monde parallèle, sans impact sur notre vie quotidienne. Vous parlez à propos des riches de « vrais casseurs ». Quel impact ont-ils sur nos vies ?
Avec la financiarisation de l’économie, les entreprises sont devenues des marchandises qui peuvent se vendre, s’acheter, avec des actionnaires qui exigent toujours plus de dividendes. Selon l’Insee, les entreprises industrielles (non financières) ont versé 196 milliards d’euros de dividendes en 2007 contre 40 milliards en 1993. Vous imaginez à quel niveau nous devons être sept ans plus tard ! Notre livre s’ouvre sur une région particulièrement fracassée des Ardennes, avec l’histoire d’une entreprise de métallurgie, qui était le numéro un mondial des pôles d’alternateur pour automobiles (les usines Thomé-Génot). Une petite entreprise familiale avec 400 salariés, à qui les banques ont arrêté de prêter de l’argent, du jour au lendemain, et demandé des remboursements, parce que cette PME refusait de s’ouvrir à des fonds d’investissement. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Un fonds de pension l’a récupéré pour un euro symbolique, et, en deux ans, a pillé tous les savoir-faire, tous les actifs immobiliers, puis fermé le site. 400 ouvriers se sont retrouvés au chômage. C’est un exemple parmi tant d’autres ! Si vous vous promenez dans les Ardennes aujourd’hui, c’est un décor de mort. Il n’y a que des friches industrielles, qui disent chaque jour aux ouvriers : « Vous êtes hors-jeu, vous n’êtes plus rien. On ne va même pas prendre la peine de démolir vos usines, pour faire des parcs de loisirs pour vos enfants, ou pour planter des arbres, pour que vous ayez une fin de vie heureuse. Vous allez crever. »
Comment s’exerce aujourd’hui ce que vous nommez « la violence des riches » ?
C’est une violence inouïe. Qui brise des vies, qui atteint les gens au plus profond de leur corps, de leur estime, de leur fierté du travail. Être premier dans les pôles d’alternateur pour automobiles, c’est faire un travail de précision, c’est participer à la construction des TGV, à l’une des fiertés françaises. Casser cela est une violence objective, qui n’est ni sournoise ni cachée, mais qui n’est pas relayée comme telle par les politiques, par les médias, par ces chiens de garde qui instillent le néolibéralisme dans les cerveaux des Français. Pour que ceux-ci acceptent que les intérêts spécifiques des oligarques, des dominants, des riches, deviennent l’intérêt général.
Comment cette violence objective se transforme-t-elle en assujettissement ?
C’est une forme d’esclavage dans la liberté. Chacun est persuadé qu’il est libre d’organiser son destin, d’acheter tel téléphone portable, d’emprunter à la banque pendant 30 ans pour s’acheter un petit appartement, de regarder n’importe quelle émission stupide à la télévision. Nous essayons de montrer à quel système totalitaire cette violence aboutit. Un système totalitaire qui n’apparaît pas comme tel, qui se renouvelle chaque jour sous le masque de la démocratie et des droits de l’homme. Il est extraordinaire que cette classe, notamment les spéculateurs, ait réussi à faire passer la crise financière de 2008 – une crise financière à l’état pur – pour une crise globale. Leur crise, est devenue la crise. Ce n’est pas une crise, mais une phase de la guerre des classes sans merci qui est menée actuellement par les riches. Et ils demandent au peuple français, par l’intermédiaire de la gauche libérale, de payer. Et quand on dit aux gens : « Ce n’est quand même pas à nous de payer ! », ils répondent : « Ah, mais c’est la crise »...
Pourquoi et comment les classes populaires ont-elles intégré cette domination ?
C’est une domination dans les têtes : les gens sont travaillés en profondeur dans leurs représentations du monde. Cela rend le changement difficile, parce qu’on se construit en intériorisant le social. Ce que vous êtes, ce que je suis, est le résultat de multiples intériorisations, qui fait que je sais que j’occupe cette place-là dans la société. Cette intériorisation entraîne une servitude involontaire, aggravée par la phase que nous vivons. Avec le néolibéralisme, une manipulation des esprits, des cerveaux, se met en place via la publicité, via les médias, dont les plus importants appartiennent tous à des patrons du CAC 40.
Sommes-nous prêts à tout accepter ? Jusqu’où peut aller cette domination ?
Dans une chocolaterie qu’il possède en Italie, le groupe Nestlé a proposé aux salariés de plus de cinquante ans de diminuer leur temps de travail [4], en échange de l’embauche d’un de leurs enfants dans cette même entreprise. C’est une position perverse, cruelle. Une incarnation de ce management néolibéral, qui est basé sur le harcèlement, la culpabilisation, la destruction. Notre livre est un cri d’alerte face à ce processus de déshumanisation. On imagine souvent que l’humanité est intemporelle, éternelle. Mais on ne pense pas à la manipulation des cerveaux, à la corruption du langage qui peut corrompre profondément la pensée. Le gouvernement français pratique la novlangue : « flexi-sécurité » pour ne pas parler de précarisation, « partenaires sociaux » au lieu de syndicats ouvriers et patronat, « solidarité conflictuelle ». Le pouvoir socialiste pratique systématiquement une pensée de type oxymorique, qui empêche de penser. Qui nous bloque.
Les riches entretiennent une fiction de « surhommes » sans qui il n’y aurait pas travail en France, estimez-vous. Menacer les riches signifie-t-il menacer l’emploi ?
Cette menace est complètement fallacieuse. Dans la guerre des classes, il y a une guerre psychologique, dont fait partie ce chantage. Mais que les riches s’en aillent ! Ils ne partiront pas avec les bâtiments, les entreprises, les autoroutes, les aéroports... Quand ils disent que l’argent partira avec eux, c’est pareil. L’argent est déjà parti : il est dans les paradis fiscaux ! Cette fiction des surhommes fonctionne à cause de cet assujettissement, totalitaire. Quand on voit le niveau des journaux télévisés, comme celui de David Pujadas, il n’y a pas de réflexion possible. En 10 ans, les faits divers dans les JT ont augmenté de 73 % !
Certains se plaignent d’une stigmatisation des « élites productives ». Les riches ont-ils eux aussi intériorisé ce discours, cette représentation ?
Notre livre s’ouvre sur une citation extraordinaire de Paul Nizan [5] : « Travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il est nécessaire [à la bourgeoisie] de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui ». C’est pour cela que cette classe est tout le temps mobilisée : les riches ont sans cesse besoin de légitimer leur fortune, l’arbitraire de leurs richesses et de leur pouvoir. Ce n’est pas de tout repos ! Ils sont obligés de se construire en martyrs. Un pervers narcissique, un manipulateur, passe en permanence du statut de bourreau à celui de victime, et y croit lui-même. C’est ce que fait l’oligarchie aujourd’hui, par un renversement du discours économique : les riches seraient menacées par l’avidité d’un peuple dont les coûts (salaires, cotisations...) deviennent insupportables. On stigmatise le peuple, alors que les déficits et la dette sont liés à la baisse des impôts et à l’optimisation fiscale.
Depuis que le parti socialiste est au pouvoir, qu’est-ce qui a changé ? Y a-t-il eu des améliorations concernant cette violence des riches que vous dénoncez ?
On ne peut pas parler d’amélioration : nous sommes toujours dans un système oligarchique. Nos dirigeants sont tous formés dans les mêmes écoles. Quelle différence entre Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy ? Je ne suis pas capable de vous le dire. L’histoire bégaye. Un exemple : le secrétaire général adjoint de l’Élysée est actuellement Emmanuel Macron, qui arrive directement de la banque d’affaires Rothschild. Sous Nicolas Sarkozy, ce poste était occupé par François Pérol, qui venait aussi de chez Rothschild. Les banques Lazard et Rothschild sont comme des ministères bis [6] et conseillent en permanence le ministre de l’Économie et des Finances. La mission de constituer la Banque publique d’investissement (BPI) a été confiée par le gouvernement à la banque Lazard... Et la publicité sur le crédit d’impôt lancé par le gouvernement a été confiée à l’agence Publicis. Qui après avoir conseillé Nicolas Sarkozy conseille maintenant Jean-Marc Ayrault. On se moque de nous !
Pierre Moscovici et François Hollande avait promis une loi pour plafonner les salaires de grands patrons [7]. Ils y ont renoncé. Pierre Moscovici a annoncé, sans rire, qu’il préférait « l’autorégulation exigeante ». Des exemples de renoncement, nous en avons à la pelle ! Le taux de rémunération du livret A est passé de 1,75 % à 1,25 %, le 1er août. Le même jour, Henri Emmanuelli, président de la commission qui gère les livrets A [8], a cédé au lobby bancaire, en donnant accès aux banques à 30 milliards d’euros supplémentaires sur ces dépôts. Alors qu’elles ont déjà reçu des centaines de milliards avec Nicolas Sarkozy ! Elles peuvent prêter à la Grèce, au Portugal, avec un taux d’intérêt de 8 ou 10 %... Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), entré en vigueur le 1er janvier 2013, c’est encore 20 milliards d’euros de recettes fiscales en moins chaque année, offerts aux entreprises, et qui plombent le déficit public de façon absolument considérable.
Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. N’avez-vous pas peur que votre analyse soit récupérée par l’extrême-droite ?
Nous ne disons pas que les politiques sont « tous pourris », comme le fait le FN. Nous proposons une analyse en terme de classes, pour donner à voir des mécanismes sociaux. Nous cherchons à dévoiler le fonctionnement de cette caste qui casse le reste de la société, dans une logique de prédation qui va se poursuivre dans une spirale infernale. Le Front National désigne comme bouc émissaire l’immigré ou le Rom, donnant en pâture ce qui est visible. Le Rom est d’ailleurs devenu un bouc émissaire transversal à l’échiquier politique, depuis la gauche libérale avec Manuel Valls jusqu’au Front National. Si on doit pointer précisément un responsable à la situation actuelle, c’est plutôt une classe sociale – les riches – et un système économique, le néolibéralisme. Puisqu’il faut des formules fortes : le banquier plutôt que l’immigré !
Vous parlez dans votre ouvrage d’une guerre des classes qui n’est pas sans visage. N’y a-t-il pas un enjeu justement à « donner des visages » à cette classe, comme vous le faites ?
C’est une nécessité absolue. Il faut s’imposer d’acheter chaque année ce bijou sociologique qu’est le palmarès du magazine Challenges. Et s’efforcer d’incarner, de mettre des visages sur cette oligarchie... C’est une curiosité nécessaire, les gens doivent être à l’affût de cette consanguinité, de cette opacité, de la délinquance financière. Nos lecteurs doivent se servir de notre travail pour organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel, empêcher ce sentiment d’impunité qu’ils ont aujourd’hui, car ils savent que personne n’ira mettre son nez dans leurs opérations financières totalement opaques.
Nous avons aussi expérimenté des visites ethnographiques dans les quartiers riches, pour vaincre nos « timidités sociales ». Se promener dans les beaux quartiers, leurs cinémas, leurs magasins, leurs cafés, est un voyage dans un espace social. Il faut avoir de l’humilité pour accepter d’être remis à sa place, ne pas se sentir à l’aise, se sentir pauvre car vous ne pouvez pas vous payer une bière à six euros. Mais c’est une expérience émotionnelle, existentielle, qui permet des prises de conscience. Une forme de dévoilement de cette violence de classe.
Propos recueillis par Agnès Rousseaux
Photo de une : complexe de Paraisópolis, à proximité d’une favela, au sud de São Paulo (Brésil) / Tuca Vieira













A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, La violence des riches, Chronique d’une immense casse sociale, Éditions Zones / La découverte, 2013, 256 pages, 17 euros.

Notes

[1] Monique Pinçon-Charlot est sociologue, ancienne directrice de recherche au CNRS. Elle a notamment publié avec Michel Pinçon Les Ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces (Le Seuil, 2007), et Le Président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy (Zones/La Découverte, Paris, 2010).
[2] Pour plus d’information sur ce sujet, voir la liste des personnalités qui siègent dans les conseils d’administration des grands musées.
[3] Chiffres établis par le mensuel Alternatives économiques.
[4] De quarante à trente heures par semaine avec simultanément une baisse de salaire de 25 % à 30 %.
[5] Paul Nizan, Les Chiens de garde, 1932
[6] Voir Ces messieurs de Lazard, par Martine Orange, éd. Albin Michel, 2006
[7] Comme cela a été fait pour les grands patrons du secteur public qui ne peuvent plus être payés plus que 20 fois la moyenne des salaires de l’entreprise.
[8] Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations

dimanche 10 novembre 2013

La construction européenne est le projet d’Hitler / The european building is the project of Hitler

Source :  http://www.lavoixdesallobroges.org/politique/663-entretien-avec-francois-asselineau-sur-l-europe-dictatoriale

Quelques arguments intéressants à diffuser à propos de l'Union Européenne... Même si je suis loin de partager toutes les options politiques de Fr. Asselineau (lire, notamment, certains commentaires à la suite de cet article).

Et en bas de page, une conférence de Fr. Asselineau à l'Université Libre de Bruxelles (67 minutes).


Son parti prend de l’ampleur même si les médias n’en parlent pas, avec un programme simple : quitter une Europe qui serait à l’origine de tous nos maux. Entretien avec François Asselineau.

Il vient à Chambéry demain pour alerter les Savoyards. Et leur expliquer qu’en Europe s’est instaurée de façon insidieuse rien de moins qu’une dictature qui dépossède la France de ses pouvoirs pour l’asservir à une oligarchie anglo-saxonne. Bon, il y aurait tout de même un moyen d’en sortir : l’article 50 du traité sur l’Union européenne permettant à ses Etats membres de la quitter. Convaincu que les dirigeants français se garderont bien de l'utiliser, François Asselineau a créé l’Union populaire républicaine, un parti doté de 3500 adhérents qui suscite de plus en plus d’intérêt sur internet, le paysage médiatique mainstream lui demeurant en revanche plutôt fermé comme il l'est avec les nouveaux venus. Ici, on est au contraire à l'écoute des voix dissonantes, alors voici un entretien traitant principalement de l’Europe et des régions avec cet énarque haut-fonctionnaire qui voit dans le régionalisme le cauchemar de la France et un plan machiavélique orchestré par les Ricains pour détruire ces bonnes vieilles nations. Eh oui, du coup, on a beaucoup causé…

François Asselineau, pourquoi une telle hostilité envers l'Europe ?

Ce n'est pas une hostilité de principe. D’ailleurs, la première fois que j'ai voté, c’était pour Simone Veil aux européennes de 1979. Mais progressivement, tous les grands choix stratégiques français ont été pris par des personnes qui n'étaient ni françaises ni élues. C'est contraire à la déclaration des droits de l'homme de 1789 qui repose sur la souveraineté nationale. Ce texte, le plus sacré, est violé par la construction européenne qui bafoue les principes fondamentaux de la démocratie avec des transferts de compétence verrouillés par les traités successifs.

Vous parlez même de dictature...

Elle arrive petit à petit, d'abord avec des affaires considérées à tort comme subalternes, telles que le commerce. Il y a eu ensuite la monnaie, l'immigration et, avec la Constitution européenne, la création d’un président de l'Europe et d’un ministre des Affaires étrangères. On a pris de plus en plus de pouvoir aux Français sans qu'ils ne le comprennent, en avançant l'idée que l'Europe c'est la paix, alors que cette Europe nous mène à la guerre. Cela a aussi été facilité par une promotion constante du Front National. Elle va de pair avec ses dérapages à répétition, et permet d'assimiler ceux qui sont contre l'Europe au FN pour les discréditer. Résultat, c'est circulez y a rien à voir ! Alors que, par exemple, l'article 63 du traité de fonctionnement de l'Union européenne interdit les restrictions aux échanges de capitaux entre pays membres et pays tiers, ce qui explique l’impossibilité d’empêcher les délocalisations. Hollande et Montebourg peuvent bien dire ce qu'ils veulent, vu qu'ils sont pour l'Europe, ils ne peuvent rien faire. En fait, ce qui nous distingue de tous les autres partis, c'est qu'ils considèrent la question européenne comme un sujet parmi d'autres, alors que les problèmes de la France ont leur origine dans le fait qu'on a perdu les manettes, sous couvert de mots marketing comme transfert de souveraineté. C'est sûr qu'il est plus facile de dire ça que de parler du projet d'Hitler !

Pourquoi le projet d’Hitler ?

En 1938, Hitler rencontre Mussolini à Rome avec l'objectif de bâtir une Europe nouvelle. Il demande alors à un jeune juriste, Walter Hallstein, de préparer une organisation européenne qui permettrait de mettre à l'écart les peuples en établissant une dictature technocratique. C'est ça l'origine. Et quand la France a été battue par l'Allemagne, en 1941, une exposition au Grand Palais, inaugurée par un représentant d'Hitler, parle de la France européenne. Avec l'idée qu'on avait des nations cloisonnées et que l'on aura maintenant des facilités de communication avec le projet européen. Il ne faut pas croire que cela a disparu après la défaite du Reich nazi, car Walter Hallstein s'est retrouvé dans les années 1950 auprès de Konrad Adenauer, le chancelier allemand. Il a été son ministre des Affaires européennes. C’est lui qui a concocté le projet de Rome, et l'a signé. Ensuite, il est devenu le premier président de la Commission européenne. C'est quand même bon de savoir que c'était un des juristes d'Hitler ! C'est encore lui qui a lancé en 1965 un projet d'Europe fédérale pour aller plus loin, de Gaule y répondant par la fameuse politique de la chaise vide. Cela a abouti au compromis de Luxembourg de 1966 établissant le droit de veto, et en 1967 à l'éviction de Walter Hallstein, qui s'est recyclé comme président du Mouvement européen, une organisation financée par la CIA.

L'Union européenne est aujourd'hui très technocratique et peu démocratique. Mais plutôt que d'être hostile à l'Europe, pourquoi ne pas en prôner une plus démocratique et respectueuse des peuples ?

Ce n'est pas moi qui suis hostile à l'Europe, c'est l'Europe qui est hostile à la démocratie et est en train de nous détruire.

Ne pourrait-elle pas être différente avec un véritable Parlement qui représente les peuples et dispose du pouvoir à la place des commissaires nommés ?

Il y a déjà un Parlement.

Mais il n'a pas le pouvoir.

Il a quand même de plus en plus son mot à dire, même si les Français ignorent totalement ses pouvoirs. Le problème est qu’ils s'en désintéressent. En 1979, pour la première élection, l'abstention fut déjà de 43%. Depuis, elle n'a fait que monter, en moyenne de 4 points tous les cinq ans. En 2009, on était ainsi à 61% d'abstention, et on arrivera peut-être à 65% l'année prochaine. Mais ces scores ne sont pas les plus mauvais d'Europe. En Lituanie ou en Estonie, on a atteint 89%, et au Royaume-Uni 80%. Cela montre que les peuples ne se reconnaissent pas dans cette construction européenne. Car on ne change pas l'Histoire. En vertu de quoi les Français devraient fusionner dans une entité politique continentale et partager le même avenir que les Slovaques, les Bulgares, avec qui on n’a aucun lien historique, migratoire ou religieux ? Et ce alors que des liens forts existent avec des pays comme la Tunisie, l'Algérie, le Maroc ou le Sénégal.

Autant de pays que la France a colonisés, ce qui crée des liens ! Mais la France, elle s'est faite sur quoi ? Comme le rappelait Michel Rocard , sur des cultures qui n'étaient pas les mêmes et qui ont été éradiquées, comme celles des Bretons, des Basques, des Alsaciens, des Corses ou des Savoyards. Ils ne parlaient pas la même langue, n'étaient pas des voisins, et ils sont devenus Français. L'Europe chercherait-elle finalement à reproduire ce que la France a déjà fait ?

C'est vrai que la France a eu une volonté constante de s'élargir et qu'elle a eu une violence fondatrice, comme tous les Etats. Mais c'est du passé. Et là, la construction que l'on veut nous faire ne correspond en rien au passé. Alors je sais que la France a colonisé les pays d'Afrique, mais elle a maintenant des liens avec eux, comme elle peut en avoir avec la Suisse, les Etats-Unis ou le Japon. Nous avons des liens beaucoup plus étroits avec ces pays qu'avec certains européens. Pourquoi se couper de l'Afrique du Nord pour se lier avec les pays baltes qui sont des prolongements de l'Allemagne ?

Mais pourquoi se couper ? On peut être Européen et avoir de bons rapports avec le Maghreb.

On peut aussi sortir de l'Union européenne et avoir de bons rapports avec l'Allemagne. Comme avec la Suisse ou la Norvège qui n'en sont pas membres. La construction européenne est fondée sur l'idée qu'il y a des torchons et des serviettes : les pays avec lesquels on doit fusionner, et les autres. On dit de nous que l'on veut isoler la France, mais non ! Il faut voir l'origine de la construction européenne. C'est le fondement même de notre mouvement politique. Contrairement à ce qu'on raconte à l'école, la construction européenne n'est pas l'idée fantastique qui a germé dans la tête de Robert Schumann, avec l'aide de Jean Monet. Ça, c’est un conte de fée, un mensonge éhonté. Pour comprendre, il faut remonter avant la deuxième guerre mondiale, alors que les comités des forges et des cartels allemands voulaient bâtir un marché européen, dès les années 1920. C'était une vision mondialiste, car à l'époque, toute l'Afrique était colonisée, l'Indonésie néerlandaise, l'Inde britannique, le Moyen-Orient franco-britanique. A l'époque, militer pour la construction européenne, c'était viser une sorte de gouvernement planétaire.

A cette époque, on venait aussi d'avoir une guerre mondiale sanglante, et là, on pouvait dire que les nations, c'était la guerre. L'Europe étant une réalité géographique, pourquoi voir le mal dans une ambition européenne dans ces années où la menace de guerre était très présente ?

Ce ne sont pas les nations qui créent la guerre, mais les empires. Une nation qui ne veut pas imposer son modèle aux autres, ça se passe très bien. Le problème, c’est quand l’une d’entre elles veut dominer les autres. On le voit bien aujourd'hui avec les Etats-Unis d'Amérique, les fauteurs de guerre du moment. Pour s'assurer leur approvisionnement en matières premières et imposer leur mode de vie à la planète entière, ils ne cessent de créer des conflits. Mais regardez le Sri Lanka, le Laos ou la Thaïlande, ils ne cherchent pas à faire la guerre.

Là, on parlait de l'Europe, et le temps des nations, après le printemps de 1848 qui impose l'idée nationale, ça a amener les grandes guerres européennes. Avec l'Italie qui se fait par la guerre, comme l'Allemagne...

Non, le printemps des nations, c'était la libération des peuples. Et c'est ce qui va se passer à nouveau, car l'Union européenne, le système actuel, n'est pas viable. Je préfèrerais que ça se fasse de façon douce plutôt que dans un feu d'artifice, mais c'est évident que l'affaire ne marche pas et qu'elle est au bord de l'explosion générale dans tous les pays.

Pour revenir aux années 1920, l’envie d’Europe n’était-elle pas compréhensible pour éviter une nouvelle guerre ?

Ce n'était pas pour éviter la guerre ! Lorsque le cartel d'IG Farben se réunit en Allemagne, c’est pour des conquêtes de marchés. Et regardez qui a financé Hitler : des grands conglomérats comme IG Farben ou BASF. Hitler était en fait main dans la main avec eux, presque leur porte-parole. Le projet, de nature industriel, consiste donc dans son essence à arrêter de laisser aux peuples le droit de choisir leur destin pour prendre le pouvoir et le confier à une technostructure qui n'a aucun compte à rendre. La première tentative via Hitler n'était vraiment pas présentable avec sa dictature sanglante, mais sous une forme beaucoup plus maligne, on parvient au même résultat. Alors quand vous me parlez d'Europe démocratique, je vous rappelle que ce mot vient du grec dêmos kratos. Cela veut dire le pouvoir du peuple. Il faudrait donc qu'il y ait un peuple européen, or il n'y en a aucun ressenti. Pourquoi les Français se sentiraient solidaires des Estoniens ? Ils ne savent même pas qu'ils existent. En revanche, les Bretons savent très bien qui sont les Savoyards.

Etait-ce le cas il y a 200 ans ?

Nous ne sommes plus il y a 200 ans.

Ben oui, les choses évoluent.

Mais pourquoi fusionner avec des Estoniens alors que nous avons des pays beaucoup plus proches avec lesquels il faudrait prendre ses distances ?

Un malentendu ne vient-il pas de l'utilisation erronée du terme fédéralisme ? A vous écouter, l'Europe fédérale, c'est la centralisation absolue, une dictature. Or la base du fédéralisme, c'est le respect des peuples différents, avec l'autonomie la plus forte possible le plus bas possible, et des compétences gérées en commun à un niveau supérieur. Ce n'est pas la négation des peuples. Et même avec les Lettons, on peut avoir des intérêts communs, tout comme avec les Marocains d'ailleurs. Ce n’est pas incompatible.

Non, car on n'a pas du tout le même projet politique vis-à-vis des Marocains et des Lettons. On va fusionner avec les Lettons, pas avec les autres, et c'est contraire à la réalité.

Le terme fusion ne correspond pas à ce qu'est le fédéralisme. La fusion, c'est assimiler tout le monde pareil, comme l'a fait la France avec des Français censés être tous les mêmes. Le fédéralisme, ce n'est pas du tout ça. J'ai d’ailleurs vu que vous deviez donner cette semaine une conférence à Genève qui parlait du modèle suisse, mais elle a été annulée. Voilà ce qu'est le fédéralisme, un pays avec 26 cantons et quatre langues. Et ça marche bien. Ce ne serait pas un bon modèle pour une Europe qui fonctionne ? Le respect des particularités de chacun et la convergence d’intérêts qui peuvent être communs. Ce qui n'empêche pas de bien s'entendre avec le Maghreb, voir de créer parallèlement une fédération méditerranéenne.

Je n'avais pas donné mon accord pour cette conférence, et je ne vois pas la Suisse comme un modèle européen. C’est peut-être effectivement l'exemple le plus convaincant dans votre thèse, mais dans les autres pays fédéraux que peuvent être les Etats-Unis ou l'Allemagne, on a une montée en puissance constante de l'Etat fédéral. Et puis la Suisse est un petit pays très particulier dont le modèle n'est pas transposable au niveau européen. J'observe d'ailleurs qu’elle refuse d'entrer dans l'Union européenne.

Peut-être justement parce qu'elle sait ce qu'est le fédéralisme, que l'Europe actuelle ne respecte pas ses principes et qu'elle y perdrait donc sa particularité si on lui imposait des choses qu'elle ne veut pas. Alors qu'avec un vrai modèle fédéral, on n'imposerait pas aux Français de vivre comme les Lettons.

Retenez bien que le projet européen lancé dans les années 1920 a été repris par les Etats-Unis. Ils sont à la manoeuvre. Et l'intérêt actuel de la construction européenne, c'est ce que j'appelle le stratagème d'échelle : mettre de plus en plus d'Etats dans un périmètre baroque, car vous parlez de géographie, mais ça ne veut rien dire.

Il y a bien un continent qui existe.

Ça ne veut rien dire. Si vous allez à Séville, vous voyez Tanger par beau temps. Les échanges sont incessants alors que vous êtes à des milliers de kilomètres de la Lettonie.

Forcément, un continent a des limites, qui sont proches du continent d'à côté.

Mais vous voyez bien l'absurdité du système. Pourquoi faudrait-il faire des Etats continents ? Cela n'existe pas ! Vous faites comme si cette idée européenne avait germé dans des cerveaux totalement innocents et que cela avait été perverti par le système. Alors que c'est le système qui ne peut pas fonctionner, de par sa conception. Vous rêvez d'un monde idéal...

Je ne vous parle pas d'un monde idéal mais de ce qu'est le fédéralisme. Et vous parlez de sa perversion par la construction européenne.

Le fédéralisme ne peut exister qu'entre des peuples qui se connaissent, comme le peuple suisse, qui est le résultat de l'Histoire. Si on avait une dictature en Europe pendant 300 ans, peut-être qu'on finirait par se connaître et que, selon l'objectif qui est d'ailleurs actuellement poursuivi, tout le monde parlerait américain. Car la construction européenne est en fait décidée par les Etats-Unis. Ce sont eux qui dirigent l'élargissement de l'Europe. Vous passez donc un peu rapidement sur les forces agissantes. Et sur le fait qu'alors que ça ne marchait déjà pas bien à quinze, à vingt-huit, c'est la catastrophe car on ne peut plus rien décider.

Le problème est qu’on élargit l’Europe sans approfondir d’abord les liens existants entre les Etats membres…

On mets des peuples ensemble par simple continuité géographique, et cela n'a aucun sens. Plus on a de pays dans l'attelage, plus ça ressemble à une Tour de Babel, avec un seul idiome qui est en fait américain. Alors il faudra bien un jour que les européiste acceptent de commenter la situation. Car ceux qui ne sont pas entrés dans l’Union européenne, comme la Norvège ou la Suisse, se portent beaucoup mieux que les Etats membres, et ceux de la zone euro sont les plus mal.


Il ne pourrait pas y avoir un réveil des peuples qui verraient que cette Europe n'est pas bonne et en réclameraient une autre respectant les différences ? Car le cours de l'histoire amène tout de même à réfléchir à des échelles plus grandes. Aujourd'hui, on est d’ailleurs de plus en plus face à des problématiques mondiales pour lesquelles ça ne sert à rien de décider tout seul derrière sa frontière.

Je n'ai jamais dit qu'il fallait que la France soit derrière ses frontières, je parle de l'ONU. Dans notre charte fondatrice, il y a une vision précise du troisième millénaire disant que les pays doivent faire le deuil de leur volonté d'imposer leurs valeurs au monde. Il faut établir un nouveau concert des nations, comme en 1815 après les guerres napoléoniennes, qui établisse une espèce de mode de vie entre les nations, sans qu'aucune ne cherche à dominer les autres. Sans cette volonté impériale qui a parcouru toute l'histoire du monde occidental. Et à chaque fois, ça relevait de l'aigle, l'Empire Romain, byzantin, le Saint Empire romain germanique...

Le Saint Empire romain germanique pouvait respecter les différences.

Allez en parler à François 1er, car la France a failli disparaître.

En Savoie, notre particularisme a plus été respecté par l'Empire romain germanique que par la France.

Voilà un discours promu par toute une idéologie qui ne vient d’ailleurs pas d’Europe.

Ah bon ? Mais la Savoie dans le Saint Empire, c'était le respect de sa langue, de son autonomie, de qu'elle était. Quand la France arrive, ce n'est plus du tout ça. On éradique la langue, la culture, et on enrôle les hommes dans la conscription avec des milliers de morts à la clé.

Ce discours qui se développe sur l'Europe des régions, allez voir ce qu'il y a derrière. Derrière l'indépendantisme catalan ou écossais, l'objectif est la destruction des Etats d'Europe pour arriver à des régions qui ont la taille des Etats américains. La destruction de la France, de l'Espagne ou du Royaume Uni, remplacés par des régions équivalents à trois ou quatre départements où l'on valorisera de façon folklorique les idiomes locaux, mais où tout le monde parlera américain.

A propos des Catalans, vous relevez qu’ils écrivent en anglais sur des pancartes lors de manifestation, ce qui signifierait qu'ils sont soumis aux Américains et veulent parler leur langue. Mais en Catalogne, on valorise à fond la langue catalane. Après, c'est sûr que si vous voulez alerter l'opinion internationale lors d'une manif et être compris, il vaut mieux avoir quelques pancartes en anglais. Ce n'est pas pour autant qu'ils sont à la botte des Américains.

Ils luttent prétendument contre l'impérialisme culturel espagnol, mais ça ne les dérange pas que tout soit en Américain et que des Mc Do se développent partout.

Tout n'est pas en Américain en Catalogne, tout est en Catalan. C'est la langue qu'on enseigne à l'école, qu'on parle dans la rue, dans les magasins. Quant aux Mc Do, il y en a aussi à Madrid, comme à Paris et à Chambéry !

Mais l'idée développée est que tous les maux viendraient de l'Espagne. D'ailleurs, ces indépendantistes de pacotille demandent l'indépendance de la Catalogne dans le cadre de l'Europe. C’est toujours ainsi, comme avec Jean-Guy Talamoni qui voulait l'indépendance de la Corse dans l’Union européenne.

Et alors, c'est logique.

Mais qui parle le catalan à part les Catalans ? On s'en fout du catalan, et au bout du compte c'est la mort de la langue espagnole en Espagne et le développement de l'américain.

Eventuellement la fin de la langue espagnole en Catalogne, mais elle ne va pas mourir à Madrid.

C'est comme si vous me disiez que la langue française ne disparaîtra pas en Ile de France...

En Savoie, ne vous inquiétez pas, ça ne devrait pas arriver de sitôt...

Le gouvernement français lance actuellement des réformes pour développer le breton en Bretagne. On l'impose de force, on crée des écoles Diwan...

Ce sont des écoles privées, on n'est pas obligé d'y aller.

Il y a plus de jeunes Français qui apprennent le Breton que le Chinois ou le Russe !

C’est vrai ?

Je peux vous l'assurer. C'est quand même extraordinaire, on partait d'une construction européenne qui était l'ouverture sur le monde, et on finit sur un truc où on ne veut ni les noirs ni les Arabes et où on va parler breton ou basque.

Vous dramatisez ce sujet et n’êtes pas très honnête quand vous assimilez les régionalistes bretons à des nazis parce que leur drapeau a été créé dans les années vingt et que les indépendantistes ont collaboré avec l’Allemagne d’Hitler. Aujourd'hui, les Bretons ne sont plus nazis, mais vous laissez entendre que les gens de l'UDB, pourtant clairement à gauche, le sont encore.

La gauche ne veut rien dire, car tout ça est indissociable de la construction européenne. Et ce qui est fascinant dans votre discours, c’est que vous ne voulez pas voir les Etats-Unis à la manœuvre.

Et vous, vous êtes quand même assez parano à voir partout la main des Etats-Unis, alors que là, je vous parle juste des Bretons qui ne sont plus des nazis.

Mais les Etats-Unis sont derrière le développement des cultures régionales, car c'est diviser pour régner. Et la France est l'empêcheur d'impérialiser en rond, donc l'ennemi numéro un. C’est le contrepoids au monde anglo-saxon, car nous sommes un pays très égalitariste. Nous avons inventé la déclaration des droits de l'homme et fait la Révolution française. Dans le monde entier, on est vu comme un modèle.

Aujourd'hui, les Français sont aussi perçus à l’étranger comme des gens assez prétentieux qui se prennent pour le centre du monde car originaires du pays des Lumières…

Justement parce que nous sommes en guerre avec l'Amérique, et les Français ne le savent pas. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Mitterrand.

C'est donc les Américains qui nous feraient une mauvaise réputation ?

Leur objectif est de démanteler la République française par la construction européenne. Et si la France vole un jour en éclat, on en verra les conséquences. On aura des régions croupions qui ne pourront plus s'opposer à l'Empire. La France, au conseil de sécurité de l'ONU, elle a dit non à l'impérialisme américain en Irak. Alors que si on a une Bretagne, une Savoie, une Corse indépendante, c'est du gâteau.

Seulement si l’affaire est pliée, que l'Europe est une dictature et que toutes ces régions n'ont que le pouvoir de se taire et d'obéir aux Etats-Unis.

Mais alors que a France est déjà pieds et poings liés à l'oligarchie, comment voulez-vous qu’un pays vingt fois plus petit puisse faire entendre sa voix ?

Parce que ces régions pourraient se fédérer et donner à l'Europe un vrai poids indépendant des Etats-Unis.

Avec des si, vous mettriez Paris en bouteille.

Avec des si, on peut aussi croire à la France éternelle qui va retrouver son lustre d'antan car elle est le phare du monde.

Je ne dis pas que c'est le phare du monde.

Quand même un peu !

Je dis juste que c'est un pays important dans le monde.

En tout cas, comme la France, les Etats-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils sont beaucoup moins respectés, moins fort, et au bord de la déroute financière. Alors même s’ils ont manœuvré pour créer cette Union européenne, arriveront-ils forcément à leur fin ? Les peuples pourraient aussi s'en émanciper et reconstruire une démocratie par le bas. Et puis vu qu’on est quand même face un système en faillite, plutôt que de se focaliser sur ce qui s'est passé depuis cinquante ans, l’Europe pourrait porter une volonté de tout remettre à plat. Non pas la technocratie de Bruxelles, mais les peuples européens.

C'est vrai qu'un déclin américain est enclenché, et la roue tourne. Il n'en demeure pas moins qu’ils ont mis en place cette construction européenne totalement artificielle et auto-bloquante. Une majorité d'Etats veut se placer sous l'autorité de Washington et les traités ne peuvent être réformés qu'à l'unanimité.

Il faut sans doute un autre mode de gouvernance.

Mais pourquoi ? Postulons que vous habitez dans un immeuble avec 28 colocataires, avec certains qui se tirent la bourre, des factions, et vous me dites : il faut détruire l'immeuble et en reconstruire un avec les 28 mêmes. Alors que dans cet immeuble, vous avez des liens avec trois ou quatre voisins, il y en a que vous ne connaissez pas, d’autres que vous n’appréciez pas. Et surtout, vous avez des liens beaucoup plus étroits avec des amis de l'autre côté de la rue, dans une autre ville ou dans un autre pays.

Mais dans l'immeuble, vous avez en fait des liens avec tous et il y a des choses que vous devez faire ensemble, comme l'entretien des parties communes ou la réfection de la façade. Pour ça, vous êtes obligé de vous mettre d'accord. Votre exemple illustre en fait la nécessité du fédéralisme quand il y a une proximité territoriale.

La métaphore a ses limites, mais en réalité, c'est de façon tout à fait artificielle qu'on dit que la France a des liens avec l'Estonie, Chypre ou la Slovaquie. Cela n'existe pas, alors que ceux avec les Etats-Unis ou le Maghreb sont beaucoup plus forts. Donc la question est toujours la même : pourquoi vouloir faire quelque chose qui ne correspond pas à l'affection des peuples ?

Revenons sur ces régions pour lesquelles on peut avoir une véritable affection. Vous dites que l'Europe est derrière, à pousser pour leur autonomie voire leur indépendance, mais quand on voit ce qui se passe en Savoie, on en est vraiment très loin. Aussi bien du côté des régionalistes que des indépendantistes, on ne peut pas dire qu'ils reçoivent un quelconque soutien de Bruxelles ou des Américains. Il n'y a aucune puissance étrangère pour les soutenir.

Pour être honnête avec vous, il n'y a pas le même échos dans la population en Savoie qu'en Catalogne ou au Pays basque. Mais tout de même, les gens qui pensent comme vous devraient se poser la question sur ce qu'ils sont en train de faire. Car quand j'entends des Bretons dire que la Bretagne a été colonisée par la France, je suis désolé, mais le Premier ministre actuel est un Breton !

Un Breton qui ne s'assume pas comme tel car il ne veut pas que sa ville de Nantes soit rattachée à la Bretagne.

Oui, mais ça veut dire quoi ? On fait comme si ces régions étaient sous domination, alors que c'est comme les Corses. Quand on voit le poids qu'ils ont dans l'administration française, il est considérable. En fait, ce sont des mouvements fondamentalement contre-révolutionnaires.

Vous dramatisez vraiment la situation, comme lors du référendum en Alsace. Une simple fusion de départements, qui ressemblait plutôt à une mesure de bon sens, devenait pour vous la signe de l'impérialisme américain qui débarquait en Alsace.

Cela a été rejeté par les Alsaciens.

Oui, car Mélenchon, Marine le Pen, vous ou ceux qui s'appelaient les brigades républicaines, ont dramatisé ce referendum en y voyant le démantèlement de la France. Tout ça pour une fusion de deux départements.

Déjà, le Haut-Rhin a voté contre car il ne voulait pas se retrouver sous la coupe de Strasbourg.

Cela après la campagne très virulente de différents mouvements nationalistes, dont le vôtre.

Ce ne sont pas des nationalistes ! Mais l'idée qu'il y a derrière, comme d'ailleurs en Savoie, c'est de donner à ces régions l’autorité pour aller négocier directement des budgets avec Bruxelles. Donc il faut bien voir qu'au bout du compte, le processus est celui en train d'arriver en Catalogne, le démembrement du pays.

Regardez la Savoie, une région qui, historiquement, était sur trois pays actuels. Avec Genève, il y a toujours des liens très forts, notamment économiques, et avec le Val d'Aoste, ils sont territoriaux, historiques et linguistiques. Qu'une euro-région se fasse ici, ça serait tout à fait naturel. Et si elle a besoin de traiter directement avec Bruxelles, où est le mal ?

Le mal, c'est qu’au terme de ce processus, il y a la destruction de la France. Alors je peux concevoir que les Américains veulent ça, car c'est diviser pour régner. Mais pas les Français.

Il s’agit surtout de gérer au mieux une région suivant ses particularités et sa réalité territoriale.

Non, c'est une présentation pour les enfants des écoles, un conte de fée, comme quand on a vendu l'euro aux Français en leur disant que ça serait trois fois rien et qu'on n’aurait plus de problème de taux de change. Mais sans leur dire qu'une monnaie unique impose une convergence des compétitivités et des économies, et que l'économie la plus compétitive impose aux autres son mode de vie. Donc qu'on serait obligé de suivre le modèle allemand où il n'y a plus de smic. Ceux qui avaient dit ça étaient considérés comme complètement siphonnés, mais ce sont eux qui avaient raison. Là, c'est pareil quand j'alerte sur ces histoires de régions. Les Espagnols sont d'ailleurs en train de s'en rendre compte et toute une partie de l'armée a dit : attention.

Parce qu'il y a un refus espagnol du désir d'émancipation catalan.

Franchement, préparer le monde demain, ce n'est pas se refermer sur des idiomes ou des langues régionales sympathiques, mais qui n'ont pas débouché sur une grande littérature mondiale et ont peu de rayonnement. Cela ne serait pas mieux d'apprendre à parler le Japonais ou le Chinois ?

Ce n'est pas incompatible, et tous les linguistes vous le diront : quand vous maîtrisez plusieurs langues étant jeune, vous avez plus de facilité pour en apprendre de nouvelles. Regardez les Suisses, ou peut-être mieux, les Luxembourgeois, ils parlent souvent trois ou quatre langues de façon naturelle car ils les ont appris très jeunes. Ce n'est pas le cas en France.

Je ne pense pas que cela soit au profit d'une très grande littérature suisse.

Nous, on aime beaucoup Denis de Rougemont, un écrivain suisse que vous devez abhorrer...

Non, je ne l'abhorre pas, je ne suis pas celui que vous pensez. Et je sais bien que la construction européenne, dans les débuts, a pu avoir quelque chose d'enthousiasmant. Des échanges entre les pays ont eu du positif, mais, dans le monde d'aujourd'hui, il n'y a aucune raison pour que ces échanges se limitent au périmètre racialiste de la construction européenne sur lequel est fondée la construction européenne.

Il y a un territoire européen, mais cela n'implique pas une vision racialiste limitant les échanges aux membres de ce territoire.

Si, car l'Europe c'est la guerre. Et alors qu'on va commémorer le centenaire de 1914, contrairement à ceux qui disent que l'Europe empêche le retour à 1914, moi, je dis qu'elle va nous y renvoyer. L'Histoire ne se répète jamais mais elle bégaye tout le temps. Le reich et les boches d'aujourd'hui, ce sont les Arabes. Et si on veut la paix dans le monde, il faut faire ce qu'a fait Jaurès en 1914, ou Chirac et Villepin en 2003, c'est-à-dire refuser le jeu des alliances automatiques qui nous entraînent au désastre. A l'époque, c'était une alliance entre la Russie, la Serbie, la France et l'Angleterre. Elle devait prétendument assurer la paix contre les gros méchants qu'étaient les empires centraux allemand et Austro-hongrois, et dans une moindre mesure ottoman. Comme François Ferdinand a été assassiné à Sarajevo, que l'Autriche a déclaré la guerre à la Serbie, la Russie a mobilisé et on est entrée en guerre.

Il y avait aussi en France un désir de revanche en souvenir de 1870...

C'est vrai, mais pas tant que ça. L'affaire de l'Alsace-Lorraine était derrière nous, les rivalités coloniales et leurs débouchés commerciaux étaient plus problématiques. Mais aujourd'hui, c'est la même chose avec les guerres au Moyen-Orient. Les empires centraux à combattre sont désormais le monde arabo-musulman, ce qu'on nous dit toute la journée en parlant de la guerre contre le terrorisme. Et la construction européenne nous y entraîne avec cette séparation dont je parlais entre les torchons et les serviettes. La politique de choc des civilisations ourdie par les think tank américains et la construction européenne nous entraînent dans cette direction. D'ailleurs, avec l'affaire syrienne, on n'est pas passé loin de la troisième guerre mondiale.

Ce n'est pas l'Europe qui a poussé à ça. C'est plus la France de Hollande qui était va-t-en-guerre, avec les Etats-Unis, et sans le soutien de Bruxelles ou des autres pays européens.

Vous oubliez un point de détail : John Kerry est allé à Vilnius réunir tous les ministres des affaires étrangères européens qui, comme un seul homme, ont dit : oui, Bachar el Assad est un grand méchant et c'est à cause de lui qu'il y a eu le gazage.

Reste que celui qui parlait et voulait faire la guerre en Europe, c'était Hollande, pas la ministre européenne des affaires étrangères.

Mais pour l’Irak, la plupart des pays européens étaient pour l'intervention derrière les Etats-Unis, la France étant contre et l'Allemagne, toujours prudente, restant neutre.

En fait, cela dépend du rapport de chaque pays avec les Etats-Unis, pas de l'Europe en tant que telle.

C'est vrai qu'il y en a qui trainent les pieds, mais quand on voit la réunion avec Kerry, ils vont tous dans le sens d'une intervention, même si après, ils disent : finalement, on ne peut pas, allez-y vous... Mais sur le fond du sujet, ils s'étaient alignés sur les Etats-Unis.

Au fait, est-ce que ça vous choquerait que la Savoie devienne une région et se sépare de Rhône-Alpes ?

Euh....

Vous voyez, Rhône-Alpes, pour la Savoie, c'est un peu comme l'Europe pour la France. On se retrouve avec des départements comme l'Ardèche ou la Loire avec qui l’on a peu de liens et peu d'échanges.

Ce sont des débats peu intéressants et chargés de plein d'arrières-pensées. C'est comme quand les autonomistes bretons demandent le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne. Il y a des arrières-pensées. Vous ne m'avez d'ailleurs pas encore fait le numéro de sortir je ne sais quel traité de 1860...

Ah, ça, ce n'est pas pour demander de sortir de Rhône-Alpes, mais pour revendiquer l'indépendance devant des juridictions internationales !

Dans les Pyrénées orientales, on me sort un traité des Pyrénées de 1659...

En Savoie, c'est assez intéressant et original le côté juridique, mais là, je vous parle juste de la réalité territoriale de la Savoie dans Rhône-Alpes aujourd’hui, et pas d'un traité plus que centenaire.

C'est de la diversion intellectuelle. Je préférais que les gens se rendent compte que la France a été un très grand pays dans le monde et que nous avons les moyens, avec son legs historique, de défendre un modèle de civilisation fondée sur l'égalité de traitement devant les grands actes de la vie, comme la maladie ou l'éducation. C'est une culture, un rayonnement mondial, car beaucoup se sont prévalus de la France pour défendre la liberté de leur peuple. Si par malheur on la détruisait pour avoir prétendument plus de libertés au niveau local, le monde occidental ne serait plus représenté que par les anglo-saxons. D'ailleurs, la voix de la France manque déjà aujourd'hui au concert des nations. Elle avait une voix d'équilibre qui est en train de disparaître, et la position de Hollande sur la Syrie est une honte absolue. Je n'ai pas envie d'un univers où l’on boufferait partout du Mc Do et du KFC, où l’on parlerait le globish en croyant qu'on est libre et où l’on s'habillerait chez H & M. Ce vers quoi on va.

Du coup, votre programme, c'est de reprendre l'étendard français et de ré-imposer sa voix et son pouvoir ? Avec votre mouvement, l’UPR, vous vous comparez d'ailleurs à De Gaulle et au Conseil national de la résistance.

Notre programme, c'est d’abord la sortie de l’Union européenne et une constitutionnalisation du siège de membre permanent au Conseil de sécurité. Car avec l'Union européenne, on va nous dire de lui céder notre siège permanent, tout en en donnant un à l'Inde, par exemple. Mais cela voudrait dire céder notre siège aux anglo-saxons, et la fin d'une voix originale.

Entretien : Brice Perrier

François Asselineau donnera une conférence, L’Europe dictatoriale, à Chambéry à l’espace Pierre Cot, quai des Allobroges, le samedi 9 novembre de 17h à 22h. Plus d'infos ici.


 

Commentaires  



0 #34 Alea jacta est 10-11-2013 05:09
 
Le troll sous multiples pseudos qui pourrit pratiquement tous les articles sur l'UPR est Nad Hupper : https://www.facebook.com/nad.hupper?ref=ts&fref=ts
Il/elle possède un compte Agoravox : http://www.agoravox.fr/auteur/topaze-89138

La blogueuse sur Médiapart "Grain de Sable" qui calomnie l'UPR depuis longtemps est Hélène Viala, ancienne journaliste du journal Le Monde : https://twitter.com/helviala
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0 #33 phil 10-11-2013 04:00
lUE ET UNE DICTATUR FACHISTE NON AU COMPLOT EUROPEATLANTISTE
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+1 #32 tot dreyt 10-11-2013 01:45
emmm

au lieu de faire des théories à deux balles, va donc visiter ces pays et parler avec ces gens et tu verras que ce que tu dis est linguistiquement et fondamentalement bull shit
when u known nothing,please say nothing
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-1 #31 emm 10-11-2013 00:33
 
La question que devrait se poser les anti-asselineau est : as t'on en tant que français intérêt à rester dans l'UE? Que nous apporte t'elle concrètement de positif?

Pour avoir vécu 6 ans en Irlande et 1 an en Angleterre plus quelques mois en Australie, je peux témoigner photos à l'appui que:

1/ les anglo-saxons n'ont pas une norme de langue aussi précise et structurée que les français donc au sein même d'un pays comme l'Angleterre ou l'Irlande ou l'Australie les personnes issue de région différente et à fortiori de pays différents mais parlant anglais ne se comprennent pas car les accents sont énormément différents.

2/ les normes de qualité sont largement inférieures à celles en vigueur en France qui reste le premier pays visité au monde avec 83 millions de touristes en 2012. Ce n'est pas par hasard que les étrangers viennent chez nous: la qualité est inférieure chez eux.

C'est le bordel en France et rien n'y marche correctement? Vrai et c'est pire ailleurs: en Angleterre quand vous allez à l’hôpital et que vous boiter il vous donnes une canne en bois récupérée, il n'y a pas de béquille, en Irlande vous êtes séparé des autres patients en hospitalisation par un simple drap car ils n'ont pas l'argent pour construire des murs, vous entendez donc les autres souffrir comme si vous étiez dans leur chambre et il n'y a pas d'intimité.

L'eau du robinet en Angleterre et en Irlande est fluorée donc réduit la conscience, 60% de l'eau du réseau est perdue en Irlande, la nourriture est constituée massivement d'imports provenant du common wealth donc ayant voyagée sur des milliers de Km en avion ou bateau genre les kiwi provenant de nouvelle zélande, la junk food est omniprésente et les magasins vendent tous la même chose.

L'anglais étant une langue très laxiste tout y est dans l'à peu près. Les anglais et les américains ont d'ailleurs des noms d'unités identiques mais recouvrant des quantités différentes ainsi un gallon anglais = 4,54609 litres, un gallon US = 3,785411784 litres.

Quand vous achetez quelque chose en Irlande ou en Angleterre c'est Caveat Emptor / buyer beware, ça veut dire qu'il n'y a pas 7 jours de rétractation, une fois vendu c'est vendu et c'est à vous de faire toutes vos investigations avant d'acheter quoi que ce soit: les vendeurs ne savent rien de ce qu'ils vendent.

Et tout y est militaire: les élèves sont habillés en uniformes, il y'a des quêtes en permanences pour tout un tas d’œuvre de bienfaisance mais au final les problèmes quelles sont sensées résoudre sont là depuis des centaines d'années.

Et de manière générale ils n'ont pas du tout les mêmes critères de qualité et tout y est 'bon': les études consommateurs montrent qu'en général ils sont satisfait à plus de 90% de la qualité qui leur est fourni... Normal ils ne pensent pas, ils ouvrent leur portefeuille...

Et la qualité y est très inférieure, sinon ce serait en Angleterre qu'il y aurait la promenade des français et pas la promenade des anglais à Cannes... Idem ce ne serait pas les anglais et les américains achetant des maisons dans le sud de la France mais des français achetant en Angleterre des baraques très similaires entre elle et sans personnalité sous un déluge d'eau...

3/ la loi et les règles qui s'appliquent sont complétement différentes: vous irez parlez des droits de l'homme à l'empire britannique qui est eugéniste, vous irez voir en Australie comment les indigènes autochtones sont traités. Aux USA vous irez voir les indiens.

Vous devriez voir ce qu'est la ségrégation et le communautarisme dans ses pays: il n'y a pas d'intégration: il y'a des quartiers dédiés à certaines nationalités et le résultat est un drôle de mélange dans Londres cf https://www.google.com/search?q=melting+pot+london&sa=N&hl=en&tbm=isch#hl=en&q=meltingpot+london&tbm=isch. et les boulots ingrats sont fait par des non blancs.

Donc plutôt de discuter de choses complétement vaines et à côté de la plaque car non basées sur l'expérience donc ne sont pas les faits, il serait bon que les détracteurs de Asselineau remuent leur postérieur et aillent comparer sur place dans un grand nombre de dimensions ce qui se fait dans les différents pays d'Europe.

Ils verraient alors rapidement que ce qui leur a été vendu ne correspond pas du tout à la description: normal les anglais et les américains sont spécialisés dans l'enfumage marketing, le mensonge est chez eux une seconde nature. Ou alors ils sont tellement grossiers que ce qui est OK pour eux est médiocre pour nous quoi qu'il en soit le résultat est le même: cela n'est pas bon pour nous.

Et ce sont eux qui ont vendu et créé l'UE comme prouvé par document déclassifié US: http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/1356047/Euro-federalists-financed-by-US-spy-chiefs.html
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0 #30 tot dreyt 10-11-2013 00:02
 
pas trop postmoderne ce gus là, mais bien ringard en tout cas....

La colonisation (19ème)c'est du passé, mais la révolution (18ème) c'est le présent ! Il juge comme il veut quoi !

ce tocard, qui parle anglais et allemand et quelques mots de japonais, waouh un génie en quelque sorte, ne va-t-il pas se présenter aux prochaines européennes ?

Ce mec et moi on a effectivement pas la même culture et je ne suis pas lituanien !

Fransiyon, queyjé-vo don !
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-2 #29 Marc 09-11-2013 18:52
 
Asselineau, pourquoi une telle hostilité envers l'Europe ?

Ce n'est pas une hostilité de principe. D’ailleurs, la première fois que j'ai voté, c’était pour Simone Veil aux européennes de 1979.


Et Marine Le Pen a mangé du couscous pas plus tard que la semaine dernière.
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0 #28 Gustain 09-11-2013 16:29
 
M. ASSELINEAU dit "se refermer sur des idiomes ou des langues régionales sympathiques, mais qui n'ont pas débouché sur une grande littérature mondiale et ont peu de rayonnement."

Voilà une grande insulte d'un Parisien envers des provinciaux d'un pays qu'il prétend aimer !!! On reconnait bien là l'esprits de ces parigots qui se prennent pour le nombril du monde et prennent les provinciaux pour des retardés mentaux !
Ce personnage qui se dit vouloir rassembler n'est même pas capable de respecter et défendre les particularités des citoyens de son pays mais se contente de les insulter !
C'est une honte !
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0 #27 Savoy 09-11-2013 16:20
 
ITW : "Regardez la Savoie, une région qui, historiquement, était sur trois pays actuels. Avec Genève, il y a toujours des liens très forts, notamment économiques, et avec le Val d'Aoste, ils sont territoriaux, historiques et linguistiques. Qu'une euro-région se fasse ici, ça serait tout à fait naturel. Et si elle a besoin de traiter directement avec Bruxelles, où est le mal ?"

Le Mal ? Ben... euh.... c'est encore ces fameux Américains ! MDR !
Totalement parano ce type et à chaque année cette maladie empire ! Empire... ? LOL
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0 #26 untel 09-11-2013 16:06
 
Asselineau : "Car quand j'entends des Bretons dire que la Bretagne a été colonisée par la France, je suis désolé, mais le Premier ministre actuel est un Breton !"
Thierry Breton, le "copain" de Asselineau (sic!...) était-il Breton quand il était ministre ? hahahahaha!!!!!!!!
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-2 #25 MedWork 09-11-2013 15:10
 
François ASSELINEAU fondateur de l'UPR, recalé à la présidentielle 2012 avec 17 parrainages potentiels dont seulement 3 effectifs à la clôture officielle.

L’UPR un mou­ve­ment sou­ve­rai­niste qui ratisse large, notam­ment chez les sora­liens, les larou­chis­tes mais aussi chez les che­vé­ne­men­tis­tes, au PRCF, etc. Dans un com­mu­ni­qué publié sur Facebook il y a plus d’un an, des cadres de son parti expli­quaient déjà, tout en se dédoua­nant d’avoir quoi­que ce soit à voir idéo­lo­gi­que­ment avec ces gens-là : « il est tout sim­ple­ment faux d’affir­mer que François Asselineau refuse tout dia­lo­gue avec les adhé­rents de E&R, comme avec les adhé­rents de S&P, et comme avec les adhé­rents du Comité Valmy. » En conclu­sion, ils réaf­fir­maient : « L’adhé­sion à l’UPR reste grande ouverte à tous les mem­bres de E&R, de S&P, du Comité Valmy, comme de ceux du RIF, du MPEP, du POI, du MDC, de DLR, du MPF, du Front de Gauche, et de tous les autres mou­ve­ments poli­ti­ques fran­çais, qui auront com­pris la légi­ti­mité de notre cause, la jus­tesse de notre Charte, la clarté de nos ana­ly­ses, la rec­ti­tude de notre com­por­te­ment et l’effi­ca­cité de notre posi­tion­ne­ment. »

Conformément à cette poli­ti­que de recru­te­ment tous azi­muts, ce grou­pus­cule se pré­tend « ni de droite ni de gauche » (slogan souvent employé par les nationalistes), la lutte contre l’Union euro­péenne (UE) étant selon lui la prio­rité abso­lue devant laquelle doi­vent s’effa­cer tous les cli­va­ges. Comme beau­coup de mou­ve­ments s’auto-pro­cla­mant « dis­si­dents » voire « résis­tants », l’UPR se réfère à la Résistance fran­çaise (avec un dis­cours pseudo gaul­liste) pour jus­ti­fier la mise en silence du cli­vage gauche-droite le temps de vain­cre ce nouvel ennemi que serait l’UE, la Résistance ayant eu des com­po­san­tes droi­tiè­res tout autant que gau­chis­tes. l’UPR tient ainsi dans sa charte une rhé­to­ri­que pseudo gaul­liste : « libé­ra­tion natio­nale », « redres­se­ment de la France ». Pourtant ce genre d’orien­ta­tion souf­fre d’un ana­chro­nisme patent, les deux pério­des n’étant pas vrai­ment com­pa­ra­bles et l’UE n’étant pas, quoiqu’on en dise, le 3e Reich. D’ailleurs, le cli­vage gauche-droite par­cou­rait l’ensem­ble de la Résistance fran­çaise, par­ti­cu­liè­re­ment dans le cadre de l’oppo­si­tion entre com­mu­nis­tes et gaul­lis­tes.

Une idéo­lo­gie réa­tion­naire. Cela n’empê­che pas Asselineau, qui est pour­tant assez peu com­pé­tent en la matière si on écoute un tant soit peu ce qu’il en dit, de donner des « cours d’his­toire » dévie­lop­pant le mythe de la « France éternelle », vieille antienne de l’extrême droite, au cours des­quels il déve­loppe une his­to­rio­gra­phie pro­fon­dé­ment réac­tion­naire : mise en avant de « nos ancê­tres les Gaulois » comme des « pre­miers Français » et des pre­miers « résis­tants » à l’inva­sion étrangère (sui­vant une his­to­rio­gra­phie très « 3e République »), ou bien une his­toire des 19e et 20e siècle axée sur la valo­ri­sa­tion de la nation-fran­çaise-que-tous-les-peu­ples-du-monde-envient, dans laquelle n’appa­raît ni l’affaire Dreyfus, ni le Front Populaire, ni la guerre d’Algérie (au contraire, la colo­ni­sa­tion a bien entendu eu des "aspects posi­tifs) ni Mai-68. Des oublis idéo­lo­gi­que­ment signi­fi­ca­tifs, puisqu’ils ont tous trait à l’his­toire de la gauche et du mou­ve­ment ouvrier. Et quand il n’oublie pas d’en parler, Asselineau réé­crit cette his­toire : ainsi, il ne parle de la Commune de Paris qu'en tant que mou­ve­ment patriote de résis­tance à l’inva­sion étrangère. Tout ceci pour en arri­ver à la conclu­sion que le nouvel ennemi venu de l’étranger qu’il fau­drait abat­tre serait l’« empire » euro­péen.

Cette vision trans­pa­raît aussi à la lec­ture de la charte de l’UPR, qui pré­tend réta­blir la « sou­ve­rai­neté » natio­nale et « redon­ner à la France sa vraie per­son­na­lité », tout en ne disant rien sur le rôle fon­da­men­tal des Etats-nations dans la cons­truc­tion euro­péenne et la com­pli­cité de leur gou­ver­ne­ments dans la mise en place des poli­ti­ques ultra­li­bé­ra­les et des­truc­tri­ces de ser­vice publics certes déci­dées au niveau euro­péen, mais qui vont par­fai­te­ment dans le sens des poli­ti­ques vou­lues par les gou­ver­ne­ments de chaque état, et ce depuis de lon­gues années. D’ailleurs, l’UPR ne dit rien non plus sur le fait que rien de garan­tit a priori que même si l’UE n’était pas là, les mêmes poli­ti­ques n’auraient pas cours. Pourquoi ce silence ? Serait-ce parce qu’Asselineau a conseillé plu­sieurs gou­ver­ne­ments fran­çais au moment où ils détrui­saient les droits sociaux et les ser­vi­ces publics qu’il pré­tend aujourd’hui défen­dre ?

Des sym­pa­thies droi­tiè­res très mar­quées. Car si on revient sur le par­cours poli­ti­que d’Asselineau, il devient évident que cet homme est de droite, et même issu de la droite dure : sorti d’HEC et de l’ENA, ancien membre des cabinets ministériels de Gérard Longuet, André Rossi, Hervé de Charette et Françoise de Panafieu il a occupé des postes de direc­teur de cabi­net auprès de minis­tres du gou­ver­ne­ment Juppé cas­seur de retrai­tes et de sécu de 1995-1996, avant de rejoin­dre en 1999 le RPF de Philippe de Villiers et Charles Pasqua. Entre 2000 et 2004, il occupe des postes impor­tants de conseillers aux côtés de Pasqua, alors pré­si­dent RPR du Conseil géné­ral des Hauts-de-Seine. Toujours avec le même, alors allié au RPR Jean Tibéri il se pré­sente (et est élu) sur une liste de droite dis­si­dente aux muni­ci­pa­les pari­sien­nes de 2001. C’est sans étonnement qu’on le voit nommé par Nicolas Sarkozy le 20 octo­bre 2004 à la tête de la direc­tion géné­rale à l’intel­li­gence économique à Bercy, et tra­vaille alors en étroite col­la­bo­ra­tion avec Jean-Pierre Raffarin, autre grand cas­seur de droits sociaux s’il en est. Il finit par être mis sur la touche par Sarkozy en raison de ses prises de posi­tion en faveur du pro­tec­tion­nisme, ce qui lui permet depuis de se pré­va­loir d’un brevet d’anti-sar­ko­zysme censé lui donner une res­pec­ta­bi­lité pro­gres­siste. Mais ne nous y trom­pons pas, et conti­nuons : fin 2004, il rejoint l’UMP. Mi-novem­bre 2008, il rejoint pour trois mois le comité direc­teur du RIF (Rassemblement pour l’indé­pen­dance de la France), un mou­ve­ment sou­ve­rai­niste situé à l’ultra-droite, puis fonde l’UPR en 2007. Lors des muni­ci­pa­les qui sui­vent, ils se pré­sente dans le 17e arron­dis­se­ment de Paris contre Françoise de Panafieu mais sans succès.

Les inter­ven­tions média­ti­ques d’Asselineau, ainsi que le choix de cer­tains lieux pour­tant répu­tés d’extrême droite pour donner des confé­ren­ces, achè­vent de le clas­ser dans le champ poli­ti­que : notre énarque a ainsi donné le 7 jan­vier 2010 une confé­rence chez les sora­liens mar­seillais de la Cobema mais aussi chez Serge Ayoub (dit « Batskin », le leader des bone­heads pari­siens) le 8 avril sui­vant, soi-disant « à l’insu de son plein gré » (bien que la confé­rence ait duré quatre heures et ce soit dérou­lée dans une ambiance très cor­diale sinon sym­pa­thi­que, aux dires de plu­sieurs témoins). Il est aussi inter­venu sur la radio cons­pi­ra­tion­niste pari­sienne Ici et Maintenant à, l’invi­ta­tion de l’ani­ma­teur d’extrême droite Pierre Jovanovic, ou encore sur Radio Courtoisie et Radio Notre-Dame.

Ce personnage tente aussi de se faire invi­ter ou se fait invi­ter par des radios de gauche, sinon alter­na­ti­ves. Ce genre d’invi­ta­tions lui ser­vent de cau­tion contre les mau­vai­ses lan­gues qui auraient l’audace de le dénon­cer comme un per­son­nage d’extrême droite.

La dernière université d’automne de son micro-parti UPR a accueilli des invités eux aussi clairement marqués à droite voire à l’extrême droite, ou bien largement liés à la sphère conspirationniste ou rouge-brune : le journaliste apologiste du FN, de l’Algérie française, de la torture et de la peine de mort Robert Ménard ; le complotiste Etienne Chouard ; Alain Benajam du Réseau Voltaire France ; des habitués des soutiens aux dictateurs de tous poils (hier Milosevic, aujourd’hui Al Assad) comme Slobodan Despot ou Bruno Drweski, le compagnon de route du négationniste Claude Karnoouh. Même l’ex-président d’Attac et actuel dirigeant du M’Pep Jacques Nikonoff, qui au nom de l’opposition à l’Union européenne semble aujourd’hui de moins en moins dérangé par ce type d’alliances et dont on se rappelle qu’il avait appelé à voter pour Nicolas Dupont-Aignan aux dernières législatives, s’est rendu à l’invitation d’Asselineau.

Le discours officiel de l’UPR et de ses militants est toujours de répondre aux critiques en affirmant qu’ils « refusent le clivage gauche-droite » et qu’ils n’ont pour programme que de sortir de l’UE, de l’euro et de l’OTAN pour « rétablir l’indépendance de la France ». Comme l’explique en substance la charte du parti, il sera bien temps ensuite « de débattre sans fin, voire de se déchirer » sur ces « sujets subalternes » (sic) que sont « la fiscalité, la lutte contre les délocalisations, le financement des retraites, l’immigration, l’environnement, etc. ».

Pourtant, l’UPR a bien un programme politique qui dépasse largement cette seule ambition de sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN et qui esquisse un véritable projet de société, qui évidemment n’est pas le nôtre. Intitulé sobrement « programme de Libération nationale » et placé sous la figure tutélaire du Conseil national de la Résistance (rien que ça !), c’est pour l’essentiel une sorte de fourre-tout démagogique allant même jusqu’à s’opposer à certaines politiques répressives (tant qu’elle sont européennes), ou à défendre une revalorisation du Smic ou la construction massive de logements sociaux. Mais ce qui est le plus intéressant est sans doute son programme économique, qui se résume à un retour à un capitalisme d’Etat et qui lui ne ment pas : l’UPR est bien un parti de droite, notamment au travers de la vision du syndicalisme qu’il défend.

Il prône ainsi une politique productiviste et souhaite « réussir l’alliance entre le capital et le travail » et « développer l’actionnariat salarié ». A la rubrique « reconstituer un syndicalisme indépendant », l’UPR ne s’appesantit pas mais on peut deviner quelle orientation il entend donner à ce dernier : un syndicalisme de préférence nationale (« interdire toute subvention aux syndicats qui ne seraient pas d’origine française ») et à la botte de l’Etat (au travers d’un « financement public suffisant pour leur permettre de jouer leur rôle naturel de vrais représentants du monde salariés »). En bref : un syndicalisme croupion, qui n’aurait de syndicalisme que le nom, à l’opposé de ce que devrait être un véritable syndicalisme indépendant, c’est-à-dire un syndicalisme internationaliste autogéré par les travailleur-euse-s.

Sans surprise, on trouve dans ce programme un large « volet militaire » qui promeut la politique de dissuasion nucléaire et entend « réaffirmer le lien armée-nation » dans le but de « rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ». A noter que dans la vision d’Asselineau, la France ne saurait être une puissance coloniale ou néo-coloniale. Non : pour l’UPR, si « la France reste l’un des très rares pays dont l’influence politique, diplomatique, économique, commerciale et culturelle est telle qu’elle peut faire contrepoids à la superpuissance américaine », ce n’est en aucun cas lié à son passé colonial, dont son programme ne dit rien. Au contraire, le groupuscule ose affirmer contre toute logique historique (la France ayant toujours appartenu au bloc occidental) que « partout à travers le monde, les peuples et les gouvernements attendent et espèrent que la France renouera avec sa meilleure tradition, celle du non-alignement sur un bloc. » Dans cette logique, l’UPR prône un renforcement de la francophonie sous égide de la France, là encore sans rien dire de la domination néo-coloniale que font encore aujourd’hui subir à maints peuples la France, son armée et ses entreprises.


Fr. Asselineau en conférence à l'ULB... 67 minutes.




Rionzunpeu...