samedi 8 avril 2017

[Trump et la Syrie] Les crises du monde multipolaire, par Jacques Sapir / [ Trump and Syria] The crises of the multipolar world, by Jacques Sapir








8
Avr
2017
Source : Jacques Sapir, Russeurope, 7/4/17
Il est aujourd’hui clair que l’érosion de l’hyperpuissance américaine a permis l’émergence d’un monde multipolaire, ce monde multipolaire que le Général de Gaulle appelait de ses vœux. Il est aussi clair que cette émergence n’implique nullement que les Etats-Unis aient perdu toute capacité d’intervention militaire dans le monde. La frappe sur la Syrie qui a eu lieu dans la nuit du 6 au 7 avril le démontre. Elle démontre aussi les impasses de l’unilatéralisme américain.
Cette émergence n’est pas le fruit du hasard mais de changements importants qui ont pris place dans l’ordre des nations depuis maintenant une trentaine d’années, de la rencontre de projets politiques convergents, et en particulier ceux de la Russie, de la Chine, de l’Inde, mais aussi de l’Iran et de puissances régionales, tout comme elle résulte d’erreurs qui ont été commises dans la politique américaine, que ce soit lors de la Présidence Clinton ou de celle de George W. Bush. J’avais montré, dans un ouvrage de 2009, la logique de ce processus[1]. Les événements de ces dernières heures nécessitent de revenir sur ces points.

La dégénérescence de l’hyperpuissance américaine

La forme prise par cette émergence du monde multipolaire doit donc aussi beaucoup à l’entêtement des Etats-Unis qui se sont refusés avec constance à ce que cette émergence se fasse de manière consensuelle et coordonnée. C’est l’origine de l’idéologie que l’on nomme le « néo-conservatisme », une idéologie qui trouve son origine dans le ralliement d’une partie de la « gauche » américaine à des positions traditionnelles de la « droite impérialiste », mais qui leur a données une autre présentation[2]. Le « néo-conservatisme » ou « néocon » est en réalité une manière de justifier les pires positions impérialistes au nom des « droits de l’homme ». En fait, toutes les conditions pour l’émergence d’un « siècle américain », sur le modèle de ce que l’on a appelé le « siècle britannique », de la fin des guerres Napoléoniennes au début du XXème siècle semblaient réunies dans la première moitié des années 1990. Les élites européennes en avaient pris acte dans leur grande majorité et se plaçaient délibérément au sein du cadre idéologique développé par l’hyperpuissance, un terme qui avait été créé par Hubert Védrine[3]. La rapide et facile victoire dans la guerre du Golfe de 1991, en réponse à l’invasion du Koweït par l’Irak, avait eu immédiatement des effets sur les représentations américaines. Le président de l’époque, George H. Bush, l’avait bien compris qui aurait déclaré : « Par Jupiter, nous avons balancé le Syndrome du Vietnam cette fois pour toujours[4]. »
Pourtant, en quelques années, ce « siècle américain » qui s’annonçait s’est défait. L’une des raisons a été bien entendu les problèmes internes aux Etats-Unis, et les différentes crises économiques que ce pays a connu, de celle des caisses d’épargne américaines (qui coûta sa réélection au père de George Bush) à celles qui ont marqué les deux présidence de son fils (éclatement de la « bulle » internet et crise des « subprimes »). Nous avons désormais sous les yeux une puissance épuisée, une puissance où le problème de la mortalité de la classe moyenne « blanche » de 50 ans se pose tragiquement[5]. Cette puissance a, et on vient de le voir avec la frappe par missiles de croisière en Syrie, toujours des capacités militaires importantes, mais elle a perdu une large part de sa capacité d’influence.
L’une des raisons de cette perte d’influence a été l’instrumentalisation de la question des « droits de l’homme », en particulier en Bosnie, une instrumentalisation qui a largement contribué à créer une nouvelle idéologie dite « droit-de-l’hommiste » qui est en réalité l’exact contraire de la notion des « Droits de l’Homme » telle qu’elle avait émergée de la seconde guerre mondiale et du Tribunal de Nuremberg.

La folie de l’action « humanitaire » armée

Si les conditions d’engagement de la force sont souvent douteuses, et l’on se souvient de comment les Etats-Unis se sont ridiculisés aux Nations Unies avec le discours de M. Colin Powell sur les « armes de destruction massive » en Irak, son efficacité à long terme est tout autant douteuse. L’exemple de la Bosnie mais surtout du Kosovo doit ici être mentionné comme l’un des exemples de ce qu’il convient de ne pas faire. Notons aussi qu’en 2013, le centre d’analyse des armes de destruction massive du MIT avait mis en cause, sans être réfuté, le discours officiel qui faisait du pouvoir Syrien le responsable de l’attaque au gaz de combat dans la banlieue de Damas[6].
La capacité de la « communauté internationale » à intervenir pour des motifs humanitaires, en particulier dans le cas du Kosovo, et à résorber le politique dans l’humanitaire tourna à cette occasion au désastre[7]. L’objectif affirmé initialement, qui était de prévenir des politiques actives de ségrégation ethnique (ce que l’on appelle le « nettoyage ethnique »), et auquel on ne peut naturellement que souscrire, ne fut pas atteint. En réalité, l’intervention de l’OTAN, loin de mettre un terme au nettoyage ethnique que l’on dénonçait, s’est contentée de remplacer celui que les forces serbes étaient censées mener par celui des milices albanophones. De cette vérité, si impropre à la « propagande » médiatique qu’elle fut en France soigneusement cachée, il existe néanmoins de nombreuses preuves irréfutables.
Les massacres intercommunautaires ne se sont pas arrêtés avec le départ des troupes serbes, mais ont continué après le 12 juin 1999, preuve que ces massacres n’étaient pas le seul produit de la présence militaire serbe. En l’espace d’un mois, plus d’un millier de Serbes et de Roms ont ainsi « disparu » dans le territoire pourtant sous contrôle des forces de l’ONU[8], et devant les yeux horrifiés des militaires des pays qui avaient constitué le contingent de l’ONU (la KFOR). Les enlèvements, assassinats et de manière générale les actes de violence en bandes organisées commis par les milices de l’UCK, la principale milice albanophone, se sont étendus à d’autres populations pendant l’été 1999. Ont ainsi été visés les musulmans parlant d’autres langues que l’albanais, les minorités croate et turque présentes au Kosovo. Ces exactions ont conduit plus de 150 000 personnes à fuir soit vers la Serbie soit vers la Macédoine dans les six semaines qui suivirent le déploiement des troupes de la KFOR au Kosovo[9]. Outre ces déplacements, on estime qu’environ 100 000 autres personnes se sont réfugiées dans les enclaves serbes du nord du Kosovo dans la même période. Ainsi, on a assisté à un véritable nettoyage ethnique mené par les milices de l’UCK, alors que la KFOR était supposée contrôler le territoire pour assurer la « paix ethnique ».
Ces exactions ne se sont, hélas, pas limitées aux quelques semaines qui ont suivi le départ des troupes serbes et le déploiement de la KFOR internationale. Alors que les combattants de l’UCK entraient massivement dans le Kosovo Protection Corps qui avait été établi sous l’égide de l’ONU, les attaques ethniques ont pris une autre tournure, celle de viols collectifs visant prioritairement les femmes de la communauté rom[10]. L’organisation Human Rights Watch, qui a accumulé de très nombreux témoignages sur ce point, note aussi que ces exactions ont pu prendre pour cible des albanophones dont les positions plus modérées étaient contraires à celles de l’UCK[11].
Loin de conduire à une situation de « paix ethnique », qui était l’objectif affiché, l’intervention de l’OTAN n’a donc fait qu’amplifier et déplacer vers d’autres cibles le mouvement d’épuration ethnique et de massacres de populations civiles. Le Kosovo est resté, sous administration de l’ONU, une zone de non-droit. On peut ici, à bien des égards, parler de « contre-modèle » en ce qui concerne l’appui militaire apporté à une cause dite humanitaire. Les conditions de gestion par l’ONU du Kosovo, en particulier sous le mandat exercé par Bernard Kouchner dont la responsabilité est ici directement engagée, se sont révélées problématiques. Si l’on en croit les témoignages et le reportage publié dans un grand quotidien britannique en mars 2000, l’engagement connu de Kouchner en faveur de l’UCK a probablement facilité les dérives, observées et dénoncées par un rapport des Nations unies, du comportement de la force de police, la KPC, établie par le mandat de l’ONU au Kosovo.

Les bases de la position russe

De 1997 au discours tenu par Vladimir Poutine lors de la conférence de Munich sur la sécurité internationale le 10 février 2007[12], discours qui marque de manière claire l’affirmation de ce monde multipolaire c’est à l’échec du monde tel qu’il semblait logiquement devoir sortir de 1991 que l’on a assisté.
Il faut rappeler que la politique de Vladimir Poutine par rapport aux États-Unis au début de son premier mandat présidentiel (2000-2004) n’était pas une politique de confrontation[13]. Cette politique a été une prise de risques calculés. Le choix du président russe, alors que la Russie était isolée après son opposition à l’intervention de l’OTAN au Kosovo, n’était pas simple. D’un autre côté, les États-Unis, à partir de 2001, démantelaient unilatéralement un certain nombre d’accords qui avaient garanti la stabilité durant la guerre froide et en particulier le traité ABM, dont l’importance pour la Russie ne doit pas être sous-estimée[14]. Dans le même temps, ils menaient une politique pour le moins complaisante vis-à-vis du régime des Talibans en Afghanistan, en dépit des informations qui permettaient de prouver que ce pays était devenu une des bases arrière du terrorisme islamiste et de la déstabilisation de l’Asie centrale. Cette complaisance était largement dictée par la volonté des États-Unis de pénétrer vers les régions pétrolières d’Asie centrale.
Vladimir Poutine avait, pour sa part, immédiatement compris que le choc, symbolique et émotionnel, du 11 septembre 2001 pouvait amener les États-Unis à réviser leur politique. Son soutien immédiat à la réaction américaine visait à les convaincre de s’engager dans une démarche multinationale de lutte contre le terrorisme et ses racines, tout en permettant à la Russie de sortir de son isolement. En favorisant l’implantation de forces militaires américaines en Asie centrale, point sur lequel il s’opposait à ses propres responsables militaires dont les réticences étaient publiques, Vladimir Poutine a cherché à créer les conditions d’une action conjuguée et coordonnée pour stabiliser cette partie du monde, en soulignant la communauté d’intérêts entre les différents acteurs, y compris la Chine et l’Europe, sur ce point. La réponse américaine à cette main tendue a été décevante. Loin de comprendre l’importance d’une action multilatérale coordonnée, insérée dans la légitimité de résolutions à l’ONU, le président américain s’est engagé dans une voie inquiétante du point de vue russe, celle d’un aventurisme militaire. Les actions américaines ouvertement hostiles à la Russie, que ce soit en Ukraine ou dans le Caucase, se sont multipliées. À la main tendue de Vladimir Poutine, les États-Unis ont répondu, à partir de 2003, par des pratiques de guerre froide. Ce faisant, ils ont confirmé les dirigeants russes dans leurs craintes initiales et ils se sont montrés incapables de s’adapter au nouveau monde[15].

Les fondements de l’opposition entre la Russie et les Etats-Unis

L’arrivée de Primakov au pouvoir en 1998 puis celle de Poutine en 2000 avaient relancé aux États-Unis le débat sur la « perte de la Russie[16] ». Le retour à une rhétorique et à des actions dignes de la guerre froide, comme on le voit aujourd’hui avec le projet d’installation de systèmes antimissiles américains dans des pays comme la Pologne et la République tchèque, signe la fin des tentatives d’intégration. La création de l’Organisation de coopération de Shanghai en 2001 et surtout son élargissement avec l’accession au statut d’observateur de la Mongolie en 2004, puis de l’Inde, de l’Iran et du Pakistan en 2005, furent ici des tournants importants[17]. Les manœuvres militaires sino-russes de 2005, qui ont vu des unités de chaque pays opérer depuis le territoire du partenaire pour tester ce que l’on appelle l’interopérabilité, manœuvres marquées par la présence des observateurs indiens et iraniens, ont été une manifestation très significative de la montée en puissance de cette institution. L’OSC s’est affirmée comme la colonne vertébrale des BRICS, et elle a vu son rôle s’élargir à la coopération politique et économique. Elle est aujourd’hui l’expression la plus tangible de l’affirmation d’un monde multipolaire.

Les principes de gestion d’un monde multipolaire

Dès lors, ce monde multipolaire pourrait être géré dans un esprit de coopération entre les diverses puissances, si les Etats-Unis consentaient à abandonner leurs prétentions d’imposer à la place du droit international le droit des Etats Unis. Il convient donc de relire avec attention le discours prononcé en 2007 par Vladimir Poutine. Il constitue une définition précise de la représentation russe des relations internationales. Deux points importants s’en dégagent, la constatation de l’échec d’un monde unipolaire et la condamnation de la tentative de soumettre le droit international au droit anglo-américain : « J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que, dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner : contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine »[18].
Ce passage montre que la position russe articule deux éléments distincts mais liés. Le premier est un doute quant aux capacités d’un pays (ici, les États-Unis sont clairement visés) à rassembler les moyens pour exercer de manière efficace son hégémonie. C’est un argument de réalisme. Même le pays le plus puissant et le plus riche ne peut à lui seul assurer la stabilité du monde. Le projet américain dépasse les forces américaines. C’est un constat sur lequel il y a peu à redire. Mais, il y a un second argument qui n’est pas moins important et qui se situe au niveau des principes du droit.
Vladimir Poutine affirme qu’il n’existe pas de normes qui pourraient fonder l’unipolarité. Dans son ouvrage de 2002, Evgueni Primakov ne disait pas, en réalité, autre chose[19]. Le « discours de Munich » de 2007 s’inscrit ainsi dans la continuité de la pensée du monde par les dirigeants russes. Cela ne veut pas dire que les différents pays ne puissent définir des intérêts communs. Cela ne veut même pas dire qu’il n’y ait des valeurs communes. Le discours de Poutine n’est pas « relativiste ». Il constate simplement que ces valeurs (ce qu’il appelle la « base morale et éthique ») ne peuvent fonder l’unipolarité, car l’exercice du pouvoir, politique ou économique, ne peut être défini en valeur mais doit l’être aussi en intérêts. Ceci revient à refuser la thèse d’une dépolitisation des relations internationales, qui devraient se réduire, dans l’esprit de ceux qui soutiennent cette dépolitisation, aux droits de l’homme et aux « lois » de l’économie. Si les relations internationales ne sont pas de la « technique » (la simple mise en œuvre de normes communes) mais de la politique (la gestion d’intérêts différents et potentiellement conflictuels) y compris dans les relations économiques, alors toute aspiration à l’hégémonie devient immorale. Le second point se trouve donc exprimé dans le paragraphe suivant : « Nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines, dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États[20]. »
L’argument suit ici celui que l’on a évoqué ci-dessus. Faute d’une base morale et éthique permettant de faire disparaître le politique des relations internationales, ces dernières ne peuvent être gérées que par le principe fondamental du droit international, soit la règle d’unanimité et de respect des souverainetés nationales. Or, constate le président russe, les États-Unis tendent à transformer leur droit interne en droit international alternatif. C’est ce qui rend l’affrontement inévitable.
C’est donc la raison qui explique largement que, pour l’instant, la confrontation l’emporte sur la coopération. Notons que, dans cette confrontation, la Russie peut compter sur l’appui de la Chine, une puissance dont le PIB a dépassé il y a peu celui des Etats-Unis. Dans cet affrontement, le « camp occidental », expression typique de la guerre froide, apparaît à la fois fracturé, mais aussi en perdition face à la montée des nouvelles puissances. Mais, si les Etats-Unis revenait vers une philosophie plus « westphalienne » des relations internationales, alors rien n’empêcherait la coopération de prendre le pas sur la confrontation.
Notes
[1] Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, le Seuil, Paris, 2008.
[2] Fukuyama F., After the Neocons. America at the Crossroads, New Haven, Conn., Yale University Press, 2006 ; trad. fr. de Denis-Armand Canal, D’où viennent les néoconservateurs ?, Paris, Grasset, 2006.
[3] Voir H. Védrine, Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation, Paris, Fayard, 2000.
[4] « By Jove, we’ve kicked the Vietnam syndrome once and for all » : propos rapportés in Michael R. Gordon et Bernard E. Trainor, The General’s War : the Inside Story of the Conflict in the Gulf, Boston, Little, Brown, 1995.
[5] Burke A., « Working class white Americans are now dying in middle age at faster rates than minority groups », Brookings Institution, 23 mars 2017 et Case A et Deaton A., Mortality and morbidity in the 21st century , Brookings Papers on economic activity, 23 mars 2017, https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2017/03/6_casedeaton.pdf
[6] Lloyd R. et Postol T., Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013, MIT, Cambridge (Mass.), Janvier 2014.
[7] Pekmez, Juan, The Intervention by the International Community and the Rehabilitation of Kosovo, rapport commandité par le projet « The Rehabilitation of War-Torn Societies », étude coordonnée par le CASIN (Centre for Applied Studies in International Negotiations), Genève, janvier 2001.
[8] Human Rights Watch, Under Orders – War Crimes in Kosovo, Genève, 2001, (rapport consultable et téléchargeable sur http://www.hrw.org/reports/2001/Kosovo ) chap. 17. Human Rights Watch note que les pratiques criminelles de l’UCK envers la population civile sont patentes depuis 1998.
[9] Human Rights Watch, ibid. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) considère que 150 000 personnes ont fui ver la Serbie et 30 000 vers la Macédoine après le 12 juin 1999 (UNHCR Refugees Daily, 23 mai 2000).
[10] European Roma Rights Center, « Press statement : The current situation of Roma in Kosovo », 9 juillet 1999 ; UNHCR-OSCE Ad Hoc Task Force on Minorities, « Update on the situation of ethnic minorities in Kosovo », Genève, 31 mai 2000.
[11] Outre les rapports cités, on renvoie ici le lecteur au roman-témoignage écrit par un officier supérieur de l’armée française à partir de son expérience au Kosovo : Julie Armen, Dernière danse à Pristina, Paris, Ramsay, 2007. Cette officier fut mon étudiante et m’alimenta en sources sur ce qui se passait alors au Kosovo.
[12].On trouvera une traduction complète et fidèle de ce discours dans la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 24-29.
[13] Sapir J., « L’évolution des relations américano-russes », Les Cahiers du CHEAR, n° 42, printemps 1999, p. 27-44.
[14] Leur intention d’installer des systèmes antimissiles en Pologne et en République tchèque, soi-disant pour protéger ces pays contre une menace iranienne – argument dépourvu de fondements –, participe de la même démarche délibérément provocatrice.
[15] Primakov E., Le Monde après le 11 septembre et la Guerre en Irak, Paris, Presses de la Renaissance, 2003.
[16] En référence à l’important débat des années 1949-1950 sur la Chine (« Who lost China ? »), ce débat a été utilisé par les fractions néoconservatrices pour décrédibiliser la politique de l’administration Clinton et des démocrates.
[17] L’OCS comprend la Chine, la Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Elle dispose d’un secrétariat à Pékin et d’une structure antiterroriste régionale située à Tachkent.
[18] Voir la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25.
[19] E. Primakov, Mir posle 11 Sentjabrjaop. cit., p. 138-151.
[20] La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25 sq.
Source : Jacques Sapir, Russeurope, 7/4/17
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 source : https://www.les-crises.fr/les-crises-du-monde-multipolaire-par-jacques-sapir/

vendredi 7 avril 2017

Guerres et terrorisme: « l’effet boomerang » / Wars and terrorism: " the boomerang effect "

03 Avr 2017 ALEX ANFRUNS 

source : http://www.investigaction.net/guerres-et-terrorisme-leffet-boomerang/

 

Est-ce que l’OTAN garantit notre sécurité ? Les gens s’interrogent de plus en plus à ce sujet. Aux élections présidentielles françaises, la sortie de l’OTAN figure noir sur blanc dans le programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. En Belgique également, quelques voix courageuses ont dressé le bilan des guerres menées au nom d’un organisme qui défend les intérêts des Etats-Unis. L’écrivain et militant pacifiste belge Ludo De Brabander en fait partie. Nous l’avons interviewé pour tirer au clair la stratégie de la France et la Belgique vis-à-vis des menaces terroristes, les intentions de l’administration Donald Trump dans le conflit syrien, ainsi que les enjeux du prochain Sommet.

Début 2012 vous êtes allé en Syrie pour constater de vos propres yeux quelle était la réalité sur place. A votre retour, votre engagement pacifiste était encore plus solide, c’est pourquoi vous avez continué à témoigner sur les dessous et le développement de ce conflit. Selon vous, quel rôle a joué la Belgique?

C’est difficile à dire, pour cela il nous faudrait revoir la chronologie des événements qui ont eu lieu en Syrie. La rébellion a commencé par des manifestations qui se sont transformées très rapidement en conflits armés et qui ont été nourris, nous le savons tous, par quelques pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie ou par l’État du Qatar. Ceux-ci représentent la première « couche » d’acteurs de ces conflits internes puis on trouve les pouvoirs régionaux et enfin la couche internationale représentée par les États-Unis, la France et le Royaume Uni.


Il y a plusieurs étapes à prendre en compte dans le développement de ces conflits, la Belgique était déjà engagée dans le conflit irakien et rapidement par la suite dans le syrien après l’apparition de Daech, qui sert de prétexte. La Belgique fait aujourd’hui partie d’une coalition internationale formée de douze ou treize pays qui bombardent surtout le nord de l’Irak, mais aussi une petite partie du nord de la Syrie. 


Le rôle de la Belgique est de participer à cette guerre internationale dans ces deux pays mais je ne suis pas le seul à penser que les opérations menées dans le nord de la Syrie ne sont pas conformes au droit international ; il n’y a pas eu de mandat de la part des Nations Unies, car rappelons que ce n’est pas pour se défendre que la Belgique participe à cette guerre, sa politique n’est donc pas conforme au droit international.

 

Deuxième point à ne pas sous-estimer et qui est valable pour la Belgique mais aussi pour l’Europe et les pouvoirs occidentaux ; c’est leur politique d’armement. Il nous faut considérer certains pays qui sont fortement armés, comme c’est le cas, notamment, de l’Arabie saoudite. 


En 2015, la région wallonne présente un chiffre de 600 millions d’euros de budget pour l’armement destiné à l’Arabie Saoudite, une partie de leur vieil arsenal est récupérée par la Syrie et une autre est utilisée au Yémen pour une guerre aussi cruelle que celle qui a lieu en Syrie. Par conséquent, le conflit syrien est nourri par tous ces acteurs, dont la Belgique fait partie, qui entretiennent ce commerce. Et par le soutien de l’armement de l’Arabie Saoudite.


Vous avez écrit un livre dans lequel vous décrivez « l’effet boomerang » des guerres. Cela fait aujourd’hui un an que s’est produit l’attentat à l’aéroport de Bruxelles. Que pensez-vous des mesures préventives prises par la Belgique en matière de lutte contre le terrorisme?


Pour tenter de résumer; il y a eu deux types de discours dans notre presse et dans le débat politique après les événements de Paris et de Bruxelles. J’ai commencé à écrire mon livre après les attentats de Paris et je l’ai terminé au moment de ceux de Bruxelles.


Nous avons pu lire un premier discours de la droite qui a mis en avant le caractère agressif et violent de la culture islamique et l’idée qu’un certain volet de l’Islam aurait poussé ces jeunes à commettre les attentats. Ce n’est pas mon avis, ce n’est pas un caractère propre à l’islam et si on analyse l’Histoire, toutes les religions ont utilisé leurs dogmes pour légitimer la violence.


Quant au discours de la gauche, une partie a mis l’accent sur le fait que si on regarde le profil de tous les acteurs des attentats, on peut voir alors que ces jeunes, que j’appelle les « fast-food djihadistes », ont reçu une petite lecture du Coran et de certaines sources de l’islam. Ils ont été aidés par certains acteurs fondamentalistes islamistes qu’ils ont pu rencontrer, ont développé en trois ou quatre mois une sorte d’islamisme radical qui n’est pas du tout le même que celui qui est vécu par la plupart des gens. 


Ces jeunes cherchent possiblement une identité, ils sont dans un environnement social qui les stimule dans cette voie et les rapproche de cette exploitation violente des textes de l’islam, nous abordons là l’aspect socio-économique, culturel, etc. Personnellement, j’adhère à ce discours de la gauche. C’est pour moi une bonne partie de l’explication, mais ce n’est pas sa totalité non plus. 


D’ailleurs, les Nations Unies ont transmis un rapport qui affirme que pour combattre ce terrorisme il faut investir dans la cohésion sociale et dans la culture, pour que ces personnes se sentent à l’aise et acceptées dans la société. Un exemple de la vie de tous les jours montre qu’une jeune personne marocaine, par exemple, peut se faire contrôler par la police deux fois par an au minimum, alors que pour une personne à peau blanche cela n’arrive quasiment jamais. Quotidiennement, cela leur montre qu’ils ne font pas partie de notre société et c’est ce qui fait qu’ils cherchent une nouvelle identité. 


Vous n’êtes visiblement pas satisfait des différents diagnostics concernant l’ampleur de ce problème dans nos sociétés…Quelles sont ces lacunes ? 


Pour moi, une autre explication remarquable et importante qui n’était pas dans le débat, se situe au niveau des frustrations géopolitiques, c’est à dire la politique générale de guerre adoptée au Moyen Orient. Et c’est surtout remarquable quand on se penche sur les textes de revendication de l’État islamique après les attentats, qui étaient très clairs et disaient simplement : «…tant que vous nous bombarderez on vous attaquera également, on se vengera…». Il faut remarquer qu’ils font directement référence à la politique de guerre qui est menée dans leur propre pays. En fait, la France était déjà active dans les conflits, pas seulement au nord de l’Irak mais aussi en Syrie et l’attaque à Paris était une réponse à cette politique de guerre mais cela a été effacé du débat politique.


Si nous prenons l’exemple du réfugié irakien qui veut fuir en bateau et traverser vers le Royaume-Uni , n’était-il pas là en 2003 quand c’était déjà la guerre en Irak déclarée par les Etats-Unis et par le Royaume-Uni? Donc on a coupé ce lien entre l’Irakien qui doit s’enfuir de son pays et la politique de guerre et d’occupation qui a été menée depuis bientôt plus de 15 ans.


Et est-ce qu’on pourrait parler de l’Etat islamique aujourd’hui s’il n’y avait pas eu cette guerre de 2003 ? Cette politique de guerre et d’occupation divise la population, nourrit le sectarisme en Irak, ainsi que le terrorisme. C’est cela que j’appelle « l’effet boomerang » . 


Revenons à la stratégie des Etats-Unis. Visiblement, l’arrivée de Donald Trump a soulevé des réactions diverses et se pose la question d’un éventuel changement de stratégie de leur part vis-à-vis du conflit syrien. Il a été récemment annoncé un envoi de mille soldats sur le sol syrien. Qu’en pensez-vous ? 


Je crois qu’on s’est « trumpé », car au début on le présentait comme un isolationniste comme quelqu’un qui n’entamerait pas de politique de confrontation contre la Russie, etc. Mais je ne pense pas qu’il mènera une politique étrangère différente de celle d’Obama ou de celle des présidents précédents, il y a une constante. 


Que Trump Dise « America First » signifie qu’ils doivent avoir accès aux sources et aux richesses du monde, il a donc aussi annoncé il y a quelques semaines qu’il augmentait le budget de la défense de 54 milliards de dollars (à noter qu’il est plus important que celui de la Russie), qui seront surtout destinés à la marine et aux avions de chasse, c’est le matériel nécessaire pour contrôler les axes de transport les plus importants des richesses du monde, comme par exemple en Mer de Chine. 


Quelles différences pourrait-on voir entre la gestion du conflit par Donald Trump et celle de l’administration précédente? 


Il n’y a pas de différence fondamentale entre Trump et Obama mise à part leur rhétorique. Obama est vu comme quelqu’un de très diplomate mais aussi contradictoire ; ses discours sont très convaincants, comme celui d’ avril 2009 sur « un monde sans nucléaire » mais parallèlement il décide d’investir 1.000 milliards dans les armes nucléaires. 


C’est aussi valable pour sa politique sur les drones qu’il a utilisés au Pakistan, au Yémen, etc. Il a utilisé ce type de matériel comme outil de guerre dans ces pays sans aucune autorisation internationale de la part des Nations-Unies. 


Donald Trump fait la même chose en étant un peu plus direct et « brutal », dirons-nous, dans son discours et dans sa politique. Il continue sur la même lancée, il y a déjà quelques centaines de marines américains dans le nord de la Syrie, un millier de soldats  autour de Mossoul qui font aussi partie de l’opération et il va sûrement augmenter le nombre de troupes, il avait annoncé que le combat contre l’Etat islamique est prioritaire. 


Obama avait dit la même chose dès 2013 mais surtout en 2014 lorsque l’Etat Islamique avait conquis une grande partie du nord de la Syrie et de l’Iraq. Ils se sont aussi de plus en plus impliqués dans ce conflit pour une question de stratégie de rivalité avec la Russie car, depuis l’été 2015, la Russie a décidé sérieusement de soutenir l’armée syrienne. C’est donc très important pour les Etats Unis de rester présents sur les terrains du nord de la Syrie, et sur le terrain diplomatique pour garder un pouvoir de décision sur les négociations politiques et diplomatiques.


Au moment des cessez-le-feu l’an passé, la Russie s’est réunie au Kazakhstan avec la Turquie et l’Iran sans la présence des Etats-Unis. Donc, d’un point de vue des négociations diplomatiques, la Russie a presque réussi à chasser les Etats-Unis de la Syrie. 


 Le Premier ministre belge a annoncé que le nouveau quartier général de l’Otan était prêt à accueillir Donald Trump le 25 mai 2017. Que peut-on espérer de cette visite, compte tenu de certaines réactions d’incertitude que les dirigeants des pays européens ont exprimé envers ce nouveau président? 


La date de ce rendez-vous n’a pas encore été officialisée par l’Otan même, mais le 24 ou le 25 mai sont les dates qui sont normalement prévues. Il y avait déjà eu une première réunion de l’Otan depuis l’investiture de Donald Trump concernant les ministres de la Défense. James Mattis, le ministre de la Défense américain choisi par Trump est donc déjà venu en Europe et lors du conseil de sécurité à Munich. 


Lors du prochain sommet à Bruxelles une question importante sera celle des budgets alloués à la Défense, ce qui n’est pas nouveau, cependant Donald Trump insiste davantage que son prédécesseur sur la question même si Obama exerçait déjà une pression très forte à ce sujet. 


La déclaration ressortant du sommet du Pays De Galles de septembre 2014 énonçait que « Les Alliés qui se conforment actuellement à la directive OTAN recommandant un niveau minimum de dépenses de défense de 2 % du produit intérieur brut (PIB) chercheront à continuer de le faire. De même, les Alliés qui consacrent actuellement plus de 20 % de leur budget de défense aux équipements majeurs, y compris la recherche et développement y afférente, continueront de le faire.» 


C’est une pression importante qui nous permet de voir que les chiffres sont un peu montés depuis et que nous pouvons nous attendre à une augmentation future entre dix à vingt milliards d’euros d’investissement des pays européens pour leur budget militaire. D’ailleurs, le ministre de la Défense avait vraiment insisté sur ces 2% et sur l’élaboration d’un plan concret s’inscrivant dans la loi pour garantir cette augmentation dans un futur proche. Durant un temps, les pays européens étaient discrets sur cette question à cause de la politique d’austérité, aujourd’hui la pression est trop forte. 


En novembre dernier, au cours du contrôle du budget Belge, il avait été dit que neuf cents millions d’euros devaient être épargnés sur la santé sous couvert d’austérité, une semaine plus tard on annonçait l’achat de deux frégates et six chasseurs de mines d’un budget de deux milliards d’euros.


Quelle sera la réponse citoyenne vis-à-vis de ce Sommet ?


En tant que mouvement de paix, nous avons la tradition d’organiser un contre-sommet à l’occasion de chaque grand sommet de l’OTAN. Ces sommets ont normalement lieu tous les deux ans, mais avec l’inauguration du nouveau siège à Bruxelles, cette fois-ci il aura lieu juste un an après le sommet précédent à Varsovie.


Dans nos contre-sommets, on essaie de rassembler le mouvements de paix international, pour ne pas rester seulement dans les analyses, mais aussi de voir comment on peut résister à l’OTAN. C’est un combat très déséquilibré, mais notre défi est de convaincre la population, partout dans chaque pays, que cette politique de guerre n’est pas du tout la solution mais le problème. Cette politique provoque de plus en plus de problèmes.


Donc il ne faut pas investir dans l’armée, il ne faut pas investir dans les guerres. Il faut investir dans les besoins de la population, il faut investir dans la paix. C’est le thème de notre très grande manif contre le « trumpisme » du 24 mai. Il y aura les mouvements de femmes, les groupes de défense de l’environnement, les jeunes, le mouvement de paix… Nous croyons qu’il y aura pas mal d’amis de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, du Pays-Bas qui vont participer à ces actions et se joindront à nous.


Il y aura plusieurs thèmes, pas seulement contre Trump, mais contre le « trumpisme ». C’est à dire les « Trump » qui sont ici, en Europe. Comme dans le gouvernement belge, Wilders aux Pays-Bas, Le Pen en France…la montée de la droite extrême et du populisme de droite en Europe.


**************


Ouvrages parus de Ludo De Brabander :


Oorlog zonder grenzen (en néerlandais).


When NATO Preaches with Passion (avec Georges Spriet, aussi en néerlandais). Lire un extrait de ce livre : L’Otan, un outil pour des intérêts géostratégiques


 


Ludo De Brabander participera à une conférence avec Michel Collon (Investig’Action), Lode Vanoost (DeWereldMorgen) et Veronique Coteur (Intal Globalize Solidarity) le 4 avril à Bruxelles. Pour avoir plus d’informations, cliquez sur ce lien.


Pour aller plus loin, consulter le site StopNato2017 (en construction).


Source: Investig’Action

lundi 27 mars 2017

Les derniers sont les premiers / The lasts will be the firsts

27 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticusPublié dans #Russie
Non, chers lecteurs, ce titre ne vous invite pas à une exégèse biblique. Vous l'avez deviné, il se rapporte simplement à la propagande chaque jour plus grotesque de la presstituée qui vise à faire croire que ce qui est blanc est noir et que s'il pleut, il fait beau. Les (petites) manifestations d'hier en Russie allaient évidemment attirer les médias occidentaux comme des mouches et nous avons effectivement assisté à un festival.
Dans la course au ridicule que se livrent l'imMonde et le Fig à rot, le second l'a pour une fois emporté haut la main grâce à son inénarrable correspondant à Moscou, le bien-nommé Pierre (poisson d') Avril. Ca commence dès le titre : "Navalny condamné après les manifestations monstres en Russie". Malheureusement pour lui et à son corps défendant, le journalope est tout de même obligé de donner un chiffre - 8 000 manifestants à Moscou. Vous avez bien lu : huit mille. Diablement monstrueux en effet pour une ville de 15 millions d'habitants...
Remarquez, d'autres ont fait encore plus fort. The Reagan Battalion, une publication en ligne du genre tabloïd néo-conservateur, parle sans rire de "millions de manifestants contre le régime dictatorial de Poutine". On le voit, il aurait au moins fallu la Sibérie entière pour tous les accueillir :
Dès lors, le toujours excellent Russia Insider a beau jeu de moquer l'invraisemblable hypocrisie ambiante, en dressant notamment le parallèle avec l'énorme regroupement au Yémen le même jour pour protester contre la guerre saoudienne. Pour Associated Press, l'une des trois agences qui fournissent quasi exclusivement la MSN, ils ne sont que quelques milliers :

Vous me direz, c'est toujours mieux que la presse française saoudisée qui, ne s'embarrassant visiblement plus de complications, n'en parle même pas. Dans le fabuleux (au sens premier du terme) monde des salles de rédaction, Saint-Matthieu est revenu : les premiers sont les derniers, les derniers sont les premiers.
Un dernier mot sur Navalny. On a vu avec le putsch néo-nazi du Maïdan que le système impérial et son bras médiatique, qui n'ont pas de mots assez durs pour fustiger les "racistes", "fascistes" et autres "antisémites" quand ça les arrange (si possible contre les partis anti-système qui montent partout en Occident), peuvent soudain devenir bien silencieux face aux vrais. Navalny est un cas d'école. Souvent épinglé pour des propos tangents, cet antisémite notoire parle régulièrement de "désinfection nécessaire" visant à "éliminer les cafards". Quant l'heure n'est pas au Poutine-bashing, nos médias vont jusqu'à l'admettre (iciici ou ici).
Mais que vienne un événement susceptible de mettre en difficulté le maître honni du Kremlin et c'est l'amnésie volontaire dans un grand élan de schizophrénie propagandiste ; on oublie tout, Navalny devient un pauvre petit opposant emprisonné par l'ogre de Moscou, un combattant de la liberté victime de l'oppression. Les néo-cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...

source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/03/les-derniers-sont-les-premiers.html

jeudi 23 mars 2017

Présidentielles 2017 - passons les candidats au compteur geiger / Presidential elections 2017 - let us cross the candidates for the meter geiger


Si ça ne fonctionne pas ici, aller sur le lien suivant : http://www.sortirdunucleaire.org/Passons-les-candidats-au-compteur-Geiger



PRÉSIDENTIELLE 2017 - PASSONS LES AU COMPTEUR GEIGER !


PHILIPPE POUTOU

lundi 20 mars 2017

[La No News d’Historia] Oui, la CIA a financé la construction européenne…/ [ The no news of Historia] Yes, CIA financed the European construction …

source : https://www.les-crises.fr/special-historia-oui-la-cia-a-finance-la-construction-europeenne/

Pour information, l’article d’Historia numérisé est disponible ici :
et le chapitre de Circus Politicus sur la CIA est là :
Un bel exemple de “l’Histoire sous influence”…

I. Asselineau parle de l’UE au 20 heures….

Écoutez bien ce que dit le journaliste (“Ils ont été payés par la CIA ?” – comme si tout le monde n’agissait que pour de l’argent…) et ce que dit Asselineau a dit le 13 mars :
Je me contente de regarder ça, je n’ai pas fouillé ce que François Asselineau avait dit sur son site – ce n’est pas le sujet à ce stade.

II. Historia communique en retour…

Non, Robert Schuman et Jean Monnet n’étaient pas des agents de la CIA !

Source : Historia.fr, 15 mars 2017
Dimanche soir, sur TF1 au JT de 20h, le journaliste Gilles Bouleau a interrogé François Asselineau, candidat de l’UPR à l’élection présidentielle sur les accusations portées par celui-ci contre ces deux pères fondateurs de l’Europe, reprises sur le site internet de ce parti politique.
Le représentant de l’Union Populaire Républicaine, candidat souverainiste partisan de la sortie de la France de l’Europe, affirme que Robert Schuman et Jean Monnet étaient des agents de la CIA et, pour conforter ses dires, montre à l’antenne un numéro d’Historia daté de mars 2003, n°675.
L’article invoqué porte sur le financement de la construction européenne par la CIA entre 1949 et 1959, en pleine guerre froide, pour contrer l’influence soviétique et le subventionnement du PCF par l’URSS. Mais comme le précise l’historien Eric Roussel, auteur d’une biographie de Jean Monnet éditée chez Fayard, dans un entretien en encadré : « Monnet détestait toute forme de compromissions. (…) Il y a bien eu un soutien financier au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe par la Fondation Ford, (…) mais cette aide n’avait rien de fastueux. La meilleure preuve, précise-t-il, c’est que le Comité d’action n’a cessé de tirer le diable par la queue. » Il s’agit d’une aide sans contrepartie, car Jean Monnet, insiste-t-il, « a toujours agi en pleine indépendance, politique ou autre. »
L’article indique très clairement que Monnet, en fin connaisseur du monde anglo-saxon n’a en aucun cas accepté à titre personnel les dollars de la CIA. « Compte tenu de sa prudence de Sioux,l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, il se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen(…) (Celui-ci) utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen. »
Laisser entendre que Schuman – qui n’est d’ailleurs pas mentionné dans l’article – et Monnet étaient personnellement stipendiés par la CIA, c’est défigurer la lettre et l’esprit  de cet article pour alimenter les thèses anti-européennes et anti américaines de son parti. 
La rédaction d’Historia
Un passage de l’article en question : l’argent n’est pas le problème

III… puis agit

Historia a demandé à l’UPR de retirer de son site la reproduction de son article que le parti avait réalisée :
En effet, “pas de bol” :

IV. L’objet du délit : l’article de Rémi Kauffer de 2003

Mais il y avait quoi dans cet article ?
En fait, on peut le lire en archive ici. Je vous encourage à le faire, à en garder une copie et à le diffuser.
Source : HistoriaRémi Kauffer, 01/03/2003
Moments d’Histoire soumis le 01/03/2003 par Rémi Kauffer * dans Mensuel n°675 à la page 42

La CIA finance la Construction européenne

De 1949 à  1959, en pleine guerre froide, les Américains, par l’intermédiaire de leurs services secrets et du Comité pour l’Europe unie, versent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à  tous les mouvements pro-européens, parmi lesquels ceux du Britannique Winston Churchill ou du Français Henri Frenay. Leur but, contenir la poussée soviétique…
A 82 ans, Henri Frenay, le pionnier de la Résistance intérieure, fondateur du mouvement Combat, arbore une forme intellectuelle éblouissante malgré sa surdité de l’oreille droite et sa récente opération de l’estomac. Pourtant, il n’a plus que trois mois à  vivre. En ces jours de mai 1988, il me parle de l’Europe dans son appartement de Boulogne-sur-Seine. De cette Europe fédérale dont il a rêvé en vain entre 1948-1954. De la dette aussi que, en cas de succès, le Vieux Continent aurait contracté envers les Américains, ceux notamment du ” Comité “. Et d’insister une fois, deux fois, dix, tandis que moi, je m’interroge : pourquoi diable ce mystérieux ” Comité ” revient-il à une telle fréquence dans nos conversations ? Pourquoi ? Mais parce que Frenay me confie, avec il est vrai d’infinies précautions de langage, son ultime secret : l’aide financière occulte de la CIA via l’American Committee for United Europe – le Comité – à l’Union européenne des fédéralistes dont il a été le président. Pour reconstituer cette filière inédite, il me faudra une quinzaine d’années. Un jeu qui en valait la chandelle puisqu’il me permet d’ouvrir, pour les lecteurs d’ Historia, la porte d’un des compartiments les plus secrets de la guerre froide…
[…]
Comme Jean Monnet, président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement. Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux. Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.
Staline meurt en mars 1953. L’année suivante, Cord Meyer Jr, un proche de la famille Kennedy, remplace Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la CIA. Mais 1954 verra surtout cet échec cuisant des européanistes : l’enterrement définitif de la CED. Découragé, Frenay abandonne alors la présidence de l’Union européenne des fédéralistes. A partir d’octobre 1955, les ” amis américains ” reportent donc leurs espoirs sur un nouveau venu, le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. Lié à Donovan et surtout à l’ambassadeur américain à Paris, David Bruce, un proche de Franck Wisner, Monnet est trop fin connaisseur du monde anglo-saxon pour accepter directement les dollars de la CIA. Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, Monnet se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen qui vient d’étre nommé chargé de mission aux Hautes Etudes commerciales de Lausanne. Rieben utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen.
En 1958, le retour du général de Gaulle, radicalement hostile aux thèses fédéralistes, annihile les derniers espoirs de l’UEF et de ses amis américains. Dissolution de l’ACUE dès mai 1960 puis cessation des financements occultes par la CIA s’ensuivent. En douze ans, la Compagnie aura quand même versé aux européanistes de toutes tendances l’équivalent de 50 millions d’euros sans étre jamais prise la main dans le sac ! Mais pourra-t-on préserver longtemps le grand secret ?
La première alerte éclate dès 1962. Trop précise sur les financements américains, une thèse universitaire sur les mouvements européanistes doit étre ” enterrée ” d’urgence en Angleterre. Ce remarquable travail est l’oeuvre du fils d’un camarade de résistance de Frenay, Georges Rebattet, créateur en avril 1943 du Service national maquis. Georges Rebattet, le successeur en 1952 de Joseph Retinger comme secrétaire général d’un Mouvement européen dont il a d’ailleurs assaini pour une bonne part le financement.
Deuxième secousse au milieu des années 1960. L’étau de la presse américaine (le New York Times et la revue gauchiste Ramparts ) se resserre sur une des filiales du ” trust ” Braden-Meyer, le Congrès pour la liberté de la culture o๠se côtoyaient des intellectuels antitotalitaires européens de haute volée – Denis de Rougemont, Manhès Sperber, Franz Borkenau, Ignazio Silone, Arthur Koestler ou, par éclipses, Malraux et Raymond Aron. Financé par la CIA au travers de la Fondation Fairfield, le Congrès édite en français l’une de ses revues les plus prestigieuses, Preuves . Jouant la transparence, Braden jette alors son pavé dans la mare. ” Je suis fier que la CIA soit immorale “, déclare-t-il en 1967 au journal britannique Saturday Evening Post , auquel il confie des révélations sensationnelles sur le financement occulte par la CIA du Congrès pour la liberté et sur le rôle d’Irving Brown dans les milieux syndicaux. Silence radio, en revanche, sur le soutien aux mouvements européanistes, le secret des secrets…
Ultime rebondissement à partir de juin 1970, quand le conservateur anglais pro-européen Edward Heath arrive à Downing Street. A sa demande, l’Information Research Department lance une vaste campagne pour populariser sous le manteau l’européanisme dans les médias et les milieux politiques britanniques. En 1973, l’Angleterre fait son entrée dans le Marché commun ; le 5 juin 1975, 67,2 % des électeurs britanniques ratifient la décision par référendum. Dans ce renversement de tendance en faveur de l’Europe, un homme s’est jeté à corps perdu : nul autre que le chef de la station de la CIA de Londres, Cord Meyer Jr. Ce bon vieux Cord qui remplaçait vingt ans plus tôt son copain Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la Compagnie.
Source : HistoriaRémi Kauffer, 01/03/2003

V. Et qu’en pensait de Gaulle ?

Voici ce que de Gaulle disait de Jean Monnet – qui avait été son ministre – et de “l’Europe de Monnet” à son confident Alain Peyreffitte (Source : C’était de Gaulle, Tomes 1 et 2)
Sinon, ceci reste assez d’actualité, non ? 🙂
Bonus sans rapport :
De plus, Constantin Melnik, conseiller du Premier ministre Michel Debré pour la sécurité et le renseignement entre 1959 et 1962 témoigne : « Dulles estimait avoir sauvé l’Europe à travers les contacts avec les politiques. Et il me citait notamment le rôle de Schuman et Monnet. Oui, Schuman et Monnet avaient des liens avec la CIA. » Le Général en concevait de l’agacement : « De Gaulle voulait que les contacts avec la CIA soient concentrés au niveau des services et que les gens de la CIA cessent de voir directement Monnet et Schuman. » (Source : Atlantico, issu de Circus Politicus des journalistes Christophe Deloire et Christophe Dubois) azs
(N.B. : “voir la CIA” ne veut pas dire non plus en être le larbin, juste en être très proche…)
Pour les passionnés, qui parlent bien anglais, lire aussi : OSS, CIA and European unity : The American committee on United Europe, 1948-60 de Richard J. Aldrich

VI. Épilogue

Bien entendu que Monnet et Schuman (frappé d’indignité nationale à la Libération pour avoir voté les pleins pouvoir à Pétain, rappelons-le) n’étaient pas “payés par la CIA”, mais quel est ce délire mis en avant par le journaliste ? On voit l’idée classique : je pose une question avançant un truc débile sur quelqu’un, c’est évidemment faux, et zou, on passe à autre chose en l’ayant blanchi, sans chercher à comprendre plus avant. Encore une belle fabrication d’une No News. Quelle tristesse que ce manichéisme délirant qui empêche systématiquement de percevoir la complexité des situations…
Monnet et Schuman n’étaient pas des “larbins” ; ils avaient simplement des vues qui coïncidaient très souvent avec celles des Américains, de qui ils étaient très proches, et avec qui ils voulaient que l’Europe soit fortement alliée durant la guerre froide – quitte à aller parfois jusqu’à une forme de soumission. Mais les choses sont complexes : il n’y a pas que des patriotes purs et indépendants et des traitres payés par les Américains.
Toute la vision de Monnet est contenue dans cette anecdote racontée par Valéry Giscard d’Estaing, survenue à la fin de sa vie. En 1977, au palais de l’Elysée, Jean Monnet lui dit : « J’ai vu, à votre façon d’agir, que vous avez compris l’essentiel… Oui, j’ai vu que vous aviez compris que la France était désormais trop petite pour pouvoir résoudre seule ses problèmes. »
D’où sa vision du besoin de construire une Europe intégrée pour faire les “États-Unis d’Europe”, alliée avec les “États-Unis d’Amérique”, voire même de tout fusionner pour faire les “États-Unis TransAtlantiques” tant qu’on y est…
On peut combattre cette vision utopique voire délirante – ce qui est mon cas -, sans sombrer dans du n’importe quoi, et en la respectant. Monnet est illustratif d’une génération traumatisée par deux guerres mondiales, dont, à mon sens, la Construction européenne est l’utopie quasi-mystique qui rachètera les pêchés des Guerres. Je trouve ça respectable. Complètement erroné et dangereux – c’est pourquoi je la combat -, mais respectable, c’est de la politique. Je dis ceci simplement car, n’ayant pas connu ces guerres, je me sens limité dans ma capacité à trop critiquer les vision politiques de ces personnes.
Et, en effet, Monnet était très proche des Américains et les a aidés à défendre leur vision. Qui est sans doute celle qu’auraient beaucoup d’Européens s’ils avaient dû envoyer leurs enfants 2 fois en 25 ans faire la guerre dans des conflits entre l’Alabama, le Mississippi et le Texas. Vu de très loin, je peux comprendre qu’on ait envie de regrouper tout le bouzin en un seul pays pour limiter les problèmes. Hélas cela se saurait si c’était possible…
Mais comme c’était aussi la vision de Monnet, alors oui “c’était leur homme”. On rappellera qu’il était l’envoyé de Roosevelt à Alger en 1943, où il combattit de Gaulle avant de le rallier et de devenir son ministre. Mais on rappellera aussi que, du coup, il a énormément œuvré aux victoires des deux guerres mondiales ; jusqu’en 1945, il s’emploie à coordonner l’effort de guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis, et John Keynes a dit de lui “qu’il avait abrégé la guerre d’un an.” Lire cet édifiant petit récit de sa vie (un peu hagiographique) par exemple.
Bref, l’Histoire est complexe, comprenons-là (et donc carton rouge à Historia qui ferait mieux de diffuser gratuitement son important article de 2003 – c’est bon, il est amorti depuis 14 ans… Il faut vraiment revoir le problème des Droits d’auteur dans ce genre de cas. Pour un tel magazine, aussi important, la protection ne devrait pas dépasser disons 10 ans. Traiter ça comme un roman, c’est délirant), ne sombrons pas dans le manichéisme ou le simplisme (on voit qu’on n’arrive déjà pas à comprendre l’Histoire qui se passe sous nos yeux, cf. Ukraine ou Syrie), et surtout ne l’instrumentalisons pas à des fins politiques…

35 réponses à [La No News d’Historia] Oui, la CIA a financé la construction européenne…

Commentaires recommandés

Vive l'Histoire LibreLe 20 mars 2017 à 21h27
Pour information, l’article d’Historia numérisé est disponible ici :
et le chapitre de Circus Politicus sur la CIA est là :

[Une ado parle aux ados... et pourquoi pas aux adultes] En 12mn Je Vous Explique Pourquoi Je Vais Voter Pour l'UPR & F. Asselineau / [A teenager speaks to the teenagers ... and why not to the adults] 12mn I Explain to You Why I Am going to Vote For the UPR and F. Asselineau