mardi 19 avril 2016

Nuit Debout : qu'en pensent Etienne Chouard et FrédéricLordon ? / At night Up: what do Etienne Chouard and Frédéric Lordon think about it ?

En guise d'introduction... 

Dans son article "Ce que l'extrême-droit ne nous prendra pas" (cf. infra),  Frédéric Lordon distingue les tenants de la souveraineté nationale et les tenants de la souveraineté populaire :

" Les tenants de la « souveraineté nationale » en effet ne se posent guère la question de savoir qui est l’incarnation de cette souveraineté, ou plutôt, une fois les évocations filandreuses du corps mystique de la nation mises de côté, ils y répondent « tout naturellement » en tournant leurs regards vers le grand homme, l’homme providentiel – l’imaginaire de la souveraineté nationale dans la droite française, par exemple, n’étant toujours pas décollé de la figure de de Gaulle. L’homme providentiel donc, ou tous ses possibles succédanés, comités de sages, de savants, de compétents ou de quelque autre qualité, avant-gardes qualifiées, etc., c’est-à-dire le petit nombre des aristoi (« les meilleurs ») à qui revient « légitimement » de conduire le grand nombre. La souveraineté vue de gauche, elle, n’a pas d’autre sens que la souveraineté du peuple, c’est-à-dire l’association aussi large que possible de tous les intéressés à la prise des décisions qui les intéressent "

Frédéric Lordon est un partisan de la souveraineté populaire et de la socialisation des moyens de production.

C'est aussi le cas d'Etienne Chouard. 

Une divergence de taille néanmoins entre ces deux intellectuels  : 

pour Chouard, dans le processus constituant (le fait de rédiger la Constitution par le peuple et pour le peuple), il faut pouvoir parler avec tout le monde (Alain Soral par exemple); trouver un socle commun (le processus constituant doit éviter les sujets clivants); le processus constituant n'est ni de gauche, ni de droite; dans un tel processus, où tout le monde a la parole (certes de façon codifiée, organisée : sur le modèle de la démocratie athénienne par exemple, des espaces et des moments pour dialoguer, se disputer - l'agora; d'autres ensuite pour écouter les porte-paroles en silence et voter), les fachos sont naturellement minoritaires. 

Pour Frédéric Lordon, on ne se compromet pas avec les fachos. 

Mais c'est quoi un facho, quand on y réfléchit bien ? J'ose avancer qu'il s'agit d'une personne de gauche ou de droite ou du centre (démonstration par l'absurde) qui commet un passage à l'acte tels que cassage de gueule, matraquage, bombardement, viol, torture, meurtre, giflage, bizutage, stigmatisation, etc. à l'égard de toute opposition de pensée. Certes, là ou ça devient compliqué, c'est lorsqu'il s'agit de juger de tels passages à l'acte : terrorisme, résistance, légitime défense, ingérence, héroïsme, pathologie, éducation, volonté de puissance, etc. ? Oufti, on rentre dans des zones dangereuses pour un tas de gens :-) 

Les ateliers constituants, un rêve de bisounours ? Mise à part la perspective de mourir sous le feu d'un Etat aux abois, ce qui ne m'intéresse guère a priori, je ne vois pas d'autres alternatives que d'organiser d'abord notre puissance (notre Constitution) avant tout autre chose. Lorsque Chouard estime qu'un individu participant au  processus constituant connaît une véritable mutation, lorsqu'il estime que la participation de cet individu prime sur le contenu des articles qu'il rédige, cela ne revient-il pas à dire que la "révolution intérieure" doit précéder la révolution des institutions ? Autrement dit, une révolution, oui, mais d'abord se prendre en mains pour éviter d'être repris en mains. Nuit Debout, à qui confieras-tu ton destin ?

Bé oui, le plus dur, c'est qu'on aimerait voir tout ça se réaliser de notre vivant. Tout cela semble si éloigné alors que c'est peut-être tout proche. Tout tout proche. Et il paraît que la pensée agit sur la matière. 

Christophe











mardi 12 avril 2016

Libye : «Les dirigeants européens se laissent entraîner vers de nouvelles guerres» / Libya: " the European leaders are allowed pull towards new wars "

Libye : «Les dirigeants européens se laissent entraîner vers de nouvelles guerres»  

12 avr. 2016
source : https://francais.rt.com/opinions/18967-libye-dirigeants-europeens-nouvelles-guerres

Auteure : Diana Johnstone est une journaliste américaine diplômée d'études slaves. Dans les années 1970, elle a travaillé pour l'Agence France Presse. Ayant séjourné dans plusieurs pays, elle réside actuellement à Paris.
Le président américain Barack ObamaSource: Reuters
Le président américain Barack Obama
Le président américain Barack Obama a confié dans une interview récente que la plus grande erreur de sa présidence avait été de ne pas avoir préparé l’après-Kadhafi. L’écrivaine politique Diana Johnstone commente cet aveu du président américain.
La plus grande erreur, c’est la guerre elle-même. Mais cinq ans après avoir détourné la résolution du Conseil de sécurité autorisant une zone d’exclusion aérienne censée protéger les civils afin de provoquer un changement de régime et de plonger la Libye dans le chaos, Washington a trouvé sa ligne : ce n’est pas que nous en avons trop fait, non, c’est que nous n’en avons pas fait assez.
«Yes we can !» C’était le slogan de la première campagne d’Obama. Oui, nous pouvons mais que pouvons-nous ? Nous pouvons tout ! L’idée que violer le droit international puisse poser problème n’effleure jamais l’esprit d’un président américain.
C’était le slogan d’Obama : Oui, nous pouvons.  Nous pouvons quoi ? Nous pouvons tout ! Jamais l’idée que violer le droit international poserait problème n’effleure l’esprit d’un Président américain. L’Amérique peut tout faire, elle peut refaire le monde à son image, il faut seulement oser ! C’est en fait plutôt le slogan de Hillary Clinton, la candidate la mieux placée pour prendre la succession d’Obama.
En ce moment Washington et Paris parlent d’intervenir une nouvelle fois en Libye, ce qui peut conforter la candidature de l’ex-Première dame, en laissant croire qu’on avait raison mais qu’il faut aller plus loin
Il est généralement admis qu’Hillary Clinton a poussé Obama à faire cette guerre alors que ce dernier hésitait. Mais aujourd’hui, il lui donne raison en plein milieu de sa campagne électorale. C’est grave et c’est dangereux. Les e-mails de l’ex-secrétaire d’Etat révèlent qu’elle et ses conseillers comptaient utiliser la victoire contre Kadhafi précisément comme argument électoral. Il y aurait une «Doctrine Clinton» de changement de régime. Le chaos libyen a momentanément écarté cet argument. Mais maintenant, avec la déclaration d’Obama, il revient.
A Washington, on prétend donc avoir eu raison de bombarder la Libye, de tuer Kadhafi et de renverser le régime, mais qu’il aurait fallu faire plus. Comme en Irak, évidemment, envahir le pays, mettre en place le gouvernement de notre choix. Et combattre les ennemis inévitables du régime de notre choix en faisant comme à Falloujah, en rasant la ville, ou comme à Abu Graïb en «interrogeant» les prisonniers. D’accord, nous avons mal choisi le gouvernement installé à Baghdad. Mais la prochaine fois nous ferons mieux. Nous sommes toujours des apprentis… sorciers.
En ce moment Washington et Paris parlent d’intervenir une nouvelle fois en Libye, ce qui peut conforter la candidature de l’ex-Première dame, en laissant croire qu’on avait raison mais qu’il faut aller plus loin.
Washington soutient Israël pour des raisons idéologiques et l’Arabie saoudite pour les achats faramineux d’armes nécessaires au complexe militaro-industriel
Hillary Clinton prône la même procédure en Syrie. Contre l’opinion de Barack Obama, elle n’a cessé de recommander l’installation d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie pour «aider les rebelles modérés» à renverser Assad, même au risque d’une confrontation avec la Russie. Après la Syrie, elle partage avec Netanyahou et avec l’Arabie saoudite une hostilité envers l’Iran qui pourrait aller dans le même sens.
Hillary Clinton aspire à être la reine des changements de régime – pour apporter au monde «la démocratie du marché libre», la free market democracy, comme on dit aux Etats-Unis. C’est pour cela que je lui ai donné le titre de Reine du Chaos dans mon livre du même nom. Car toutes ces interventions plongent les pays dans le chaos et suscitent la rage des habitants ciblés par cette mission civilisatrice très particulière. La forme la plus connue que cette rage a prise à ce jour s’appelle Daesh, une organisation qui prospère d’autant plus que ses combattants sont parfois aidés et armés précisément par les Etats-Unis pour écraser leurs autres ennemis du moment.
La clé de cette politique insensée réside peut-être dans la double alliance de Washington au Moyen Orient : avec Israël et l’Arabie saoudite, qui pour des raisons différentes veulent éliminer les mêmes ennemis, à savoir la Syrie, l’Iran, le Hezbollah (et le Liban avec). Les contradictions sont inhérentes à cette alliance contre nature. Washington soutient Israël pour des raisons idéologiques et l’Arabie saoudite pour les achats faramineux d’armes nécessaires au complexe militaro-industriel. Hillary Clinton est particulièrement attachée à cette alliance par ses actes, ses paroles et les contributions financières versées à sa campagne, ainsi qu’à la Fondation Clinton.
Les dirigeants européens se laissent facilement entraîner vers de nouvelles guerres, pendant que les médias européens évitent d’en parler.
LIRE AUSSI : Contrebande d’armes : des armes légères et lourdes vendues sur Facebook par des militants libyens
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