Source : https://www.dedefensa.org/article/rapsit-usa2026-dc-bruisse-du-25ieme
Il semble que le front le plus important dans les guerres et subcrises de la GrandeCrise
se trouve de plus en plus à Washington même. En jeu et enjeu : la
situation du président Trump, et non plus seulement, – et de moins en
moins, – sa situation politique, mais de plus en plus le cas personnel
de l’évidente pathologie mentale dont il est frappé. Les reclassements
se font à une vitesse extraordinaire, notamment selon les données
suivantes :
• Un rapprochement très net entre ce qu’on pourrait nommer les
populistes de droite, en révolte contre Trump et devenus ouvertement
antiguerre, et les populistes de gauche, dont le caractère antiguerre
est de plus en plus affirmé.
• Une situation de crise absolue installée au Pentagone où la
majorité des chefs militaires et des dirigeants civils est hostile à
Trump et au ministre Hegseth, en plus de la crainte que la “folie du roi
Trump” emmène les forces US à une catastrophe face à l’Iran. Le dernier
incident en date est la démission brutale
du “ministre de la marine ” (Secretary of the Navy) qu’on ne peut pas
ne pas mettre en corrélation avec la position extrêmement vulnérable où
les ordres de Trump placent l’US Navy face à l’Iran ; et cela quelles
que soient les raisons de la démission : décision personnelle ou
liquidation par la présidence.
« Le secrétaire à la Marine américaine, John C. Phelan, a
démissionné de façon abrupte, une décision annoncée par le Pentagone
sans aucune explication publique ni indication d'un lien avec le blocus
naval imposé à l'Iran. [...]
» Ce remaniement soudain intervient à un moment délicat pour les
opérations navales américaines au Moyen-Orient, où Washington maintient
un blocus des ports iraniens. La confrontation dans et autour du détroit
d'Ormuz demeure active malgré un cessez-le-feu prolongé et l'impasse
diplomatique. »
Cette crise au Pentagone a été marquée déjà par plusieurs
affrontements brutaux entre les généraux et Trump, dont le plus
significatifs est le refus du président du JCS,
en pleine réunion du cabinet de crise à la Maison-Blanche, de
communiquer au président les codes-clef des armes nucléaires tactiques.
« Larry Johnson : « Ils
reconnaissent avoir des problèmes. Ils doivent essayer de les régler. Et
puis, samedi soir, d'après un compte rendu de cette réunion à la Maison
Blanche, Trump voulait utiliser les codes nucléaires, et le général Dan
Caine s'est levé et a dit “non”. Il a invoqué son privilège de chef des
forces armées, pour ainsi dire. Apparemment, ça a fait un sacré
scandale. Il y a des photos de Caine sortant de la réunion la tête
baissée... Alors, vous savez, il se passe des choses vraiment bizarres à
Washington. »
• Un tournant politique fondamental, directement lié à la guerre
contre l’Iran, mais indirectement lié au comportement de Netanyahou
vis-à-vis d’un Trump malade, c’est le formidable renversement de
l’opinion publique US vis-à-vis d’Israël :
« A côté de cela, ou plutôt contre cette tendance, des sondages
montrent une évolution sur le long terme catastrophique pour Israël,
chez les citoyens américains adultes ; les résultats très changeants et
anti-israéliens sont surtout perceptibles chez les jeunes. Les résultats
de ces sondages montrent un déplacement de 18% des avis depuis 2022,
dans un sens défavorables à Israël. Actuellement, 60% des Américains
(42% en 2022) ont une perception défavorable à très défavorable
d’Israël ; 37% des Américains (55% en 2022) ont une opinion très
favorable ou assez favorable. Ces sondages
rendent compte d’un changement énorme dans l’électorat, qui doit
produire des effets à mesure dans les votes et dans les engagements des
candidats. La dernière enquête de PEW Research
Center, l’un des centres statistiques les plus prestigieux aux USA, a
été effectuée entre le 23 et le 29 mars. Les plus récents événements,
notamment l’attaque israélienne brutale contre le Liban qui a saboté le
cessez-le-feu temporaire, – et volontairement bien entendu, comme le montre Larry Johnson, – devrait accentuer encore la tendance. »
Etat du ‘Fool on the Hill’
Les actes et actes manqués, les lapsus, les absences, les
endormissements, les interférences de mémoire ainsi que des sautes
d’humeur très dommageables illustrent évidemment l’état mental de Trump.
Sa dernière “incartade” politique avec l’Iran est non seulement basée
sur des mensonges mais aussi et surtout sur de grotesques
invraisemblances, le tout étant destiné à écarter toute nécessité de
reprise du conflit qui compromettrait son prochain Prix Nobel de la Paix
que Trump, d’après des confidences, attend pour cette année :
• Repousser sine die l’ultimatum prévu pour s’achever hier ; ainsi est créé le phénomène de “l’ultimatum à perpétuité” ;
• on attend que les soi-disant fractures (?) existant au sein du
gouvernement iranien soient comblées de façon à ce que ce gouvernement
parvienne à établir une position unifiée, qui ne peut être que
l’acceptation de toutes les exigences des USA ;
• à peu près tous les constats énoncés ci-dessus sont faux, sinon rêvés selon une vision ‘Fantasy’ de la situation ;
• ce qui restait de crédit de la présidence, donc de la diplomatie et de
la politique étrangères des Etats-Unis, voire de la puissance
militaire, en sort irrémédiablement réduit à néant
Bien entendu, la perception, fondée ou pas qu’importe, de la gravité
du problème de santé de Trump préoccupe aujourd’hui tout le monde
politique de Washington. Il a supplanté, en l’aggravant, le problème
politique que ses décisions (soutien à Israël, guerre contre l’Iran)
suscitaient. Désormais, on tient à jour une observation minutieuse des
faits et gestes du président.
Prenez par exemple une chronique d’un influenceur parmi d’autres, Jack Cocchiarella
(un antiTrump de gauche qu’il ne nous est jamais arrivé de citer et qui
est connu à gauche pour un bon niveau d’information analytique) dont la
diatribe est la simple description du dernier week-end de Trump. Il en
arrive donc à la fin de sa chronique à réclamer à toutes forces le 25ième amendement et l’installation de JD Vance à la Maison-Blanche (« bien qu’il ne soit pas ma tasse de thé », précise-t-il).
« Donald Trump, 79 ans, le président le plus âgé jamais investi,
s'apprête à faire sa première apparition publique en trois jours, alors
que l'on craint qu'il ne perde son sang-froid en privé. Sa dernière
apparition publique remonte au samedi 18 avril au matin, à la Maison
Blanche, où il a signé un décret ordonnant aux autorités d'accélérer
l'examen des traitements psychédéliques. Plus tard dans la journée, il
s'est rendu dans son club de golf en Virginie. Mais le président,
d'ordinaire si sociable, est resté cloîtré chez lui tout le week-end et
lundi. Il a préféré multiplier les appels téléphoniques aux journalistes
et publier ou republier plus de 50 fois depuis samedi matin sur sa
plateforme de médias sociaux « the truth ».
» Depuis sa dernière apparition samedi matin, il a publié une
série de messages virulents sur les réseaux sociaux, s'en prenant à
l'Iran, aux démocrates, aux alliés de l'OTAN, à Apple, et relayant des
théories du complot électorales, entre autres. Parallèlement, il a
montré des signes de confusion lors d'une série d'entretiens
téléphoniques dimanche et lundi. Donald Trump ne sait pas où se trouve
J.D. Vance. Carolyn Levit le corrige sans cesse. Il est complètement
perdu. Lundi, la confusion s'est accentuée lorsque Trump a affirmé que
Vance était en vol, alors que le vice-président se présentait à la
Maison Blanche.
» Il a également évoqué la guerre du Vietnam sur CNBC ce matin,
un sujet que nous aborderons plus loin dans cette vidéo. Cette mise à
l'écart de Trump intervient après que plusieurs de ses anciens partisans
ont réclamé l'application du 25e amendement. Le Wall Street Journal a
par ailleurs rapporté que Trump avait été délibérément tenu à l'écart
récemment, alors que l'armée américaine s'efforçait de secourir des
aviateurs abattus en Iran, après qu'il se soit emporté pendant des
heures contre son personnel. Donald Trump est caché au public. Donald
Trump est exclu des réunions... »
Le 25ième dans les esprits
Donc, c’est bien cela : le 25ième Amendement à la
Constitution des États-Unis est dans tous les esprits. Il est évident
dans le cas qui nous occupe si le cas est confirmé, mais son
application, elle, n’est nullement évidente, notamment à cause de la
concurrence politique existante au sein du cabinet pour la succession de
2028 ; c’est notamment le cas entre JD Vance et Marco Rubio. Or, le
vice-président doit obtenir le soutien d’au moins la moitié du cabinet,
sinon les noms les plus importants, pour appuyer son éventuelle
démarche.
On y ajoutera l’opposition forcenée qu’une telle démarche trouverait
chez le secrétaire à la guerre Hegseth, qui est à peu près aussi fou que
Trump. Une amorce de solution pour Vance serait que Hegseth soit
destitué par le Congrès (il en est question) et remplacé par le
secrétaire à l’US Army, Driscoll, un ami de Vance.
Anecdote symbolique, éventuellement révélatrice
On cite souvent l’influence au moins psychologique du film de 1953 ‘Mutiny on the Caine’ (à bord du USS ‘Caine’, de l’US Navy) sur la décision et l’adoption en 1967 du 25ième Amendement.
Comme dit l’intertitre, coïncidence fortuite ou symbolique comme un
signe du Ciel ? Curieusement, le président du JCS, qui est intervenu le
premier comme acteur d’une mutinerie en refusant (voir plus haut) au
cours d’une réunion dramatique d’un cabinet restreint de communiquer au
président les codes de l’arme nucléaire est le général Dan Caine.
Note de PhG-Bis : « L’acteur Michael Caine
a choisi ce nom de cinéma sans aucun rapport de circonstance, parce
qu’il était pressé au téléphone de trouver un nom d’emprunt par son
impresario qui devait signer son premier contrat et son nom naturel
était catastrophique (Micklewhite). Caine, sans idée, et se trouvant
dans une cabine publique, jeta un coup d’œil autour de lui et vit
l’affichage d’un cinéma qui projetait le film ‘Mutiny on the Caine’, –
on était en 1954, – et jugea que le nom lui convenait. Plus
tard, plaisantant à propos de ceux qui voyaient dans ce choix un signe
de révolte de l’acteur, il observa : “Si j’avais voulu un nom
symbolisant la révolte, j’aurais choisi Michael Mutiny !” »
On a lu hier un extrait d’une réponse de l’IA à une question de PhG concernant le 25ème.
L’IA démentit que le film avait eu la moindre influence directe, mais
pour autant... Elle nous donna ces remarques intéressantes qui font du
25ième un Amendement autorisant “à regret” une “usurpation de
pouvoir” et mettant tous les freins possibles au niveau du processus à
sa réalisation constitutionnelle tout en la reconnaissant nécessaire,
– un Amendement à la fois contradictoire et paradoxal
« 5. Lecture plus profonde (dans votre perspective)
Dans une approche plus “grassetienne” (si je puis dire), on pourrait formuler ceci :
• Le film incarne une angoisse métaphysique moderne :
• le pouvoir peut être vidé de sa substance tout en conservant sa forme
• Le 25ᵉ amendement est une tentative inverse :
• préserver la substance du pouvoir en encadrant juridiquement sa défaillance
Il y a donc [entre l’Amendement et lle film] une convergence symbolique, mais pas une filiation causale. »
Il s’agit au fond, – horreur et calamité ! – d’une version
démocratique que sont forcés d’accepter les modernes, en geignant
horriblement, de la doctrine des “deux corps du Roi” . Le président (le
roi) peut être liquidé pour sauver la fonction de la présidence (corps
transcendant comme pendant de la royauté).
Quelle différence entre Biden et Trump ?
En effet, on peut s’interroger sur la différence de traitement des
faiblesses de Joe Biden et de Donald Trump, – assez modéré pour Biden,
et surtout ses faiblesses complètement niées du côté démocrate, au
contraire de Trump. Il y a plusieurs hypothèses, qui sont autant de
causes explicatives.
• Il y a d’abord la pathologie elle-même : elle se montra beaucoup
plus faible et progressive chez Biden, cela correspondant éventuellement
à la vigueur des symptômes de la maladie, également aux différences des
psychologies.
• Ce dernier point est essentiel. Biden est un politicien
américaniste classique, corrompu et pervers, sarcastique mais sans
imagination ni volonté de se distinguer des courants classiques du
Système. Trump partage les qualités de corruption et de perversité mais
les enrobe d’un formidable narcissisme qui le pousse à inventer, à
mentir, à parler haut et fort pour tenter de se distinguer et paraître
un “grand homme” bouffi d’inculpabilité et d’indéfectibilité.
• Il en résulte que Biden ne s’est jamais laissé aller à lancer des
idées ou des visions personnelles pour éviter de sortir des “courants
classiques” et il a aisément accepté que ses politiques soient dirigées
et orientées par d’autres. Il a exacerbé les oppositions politiques
classiques, et notamment conservé un appui entier des démocrates.
•Trump a rompu avec tout cela. Il a “trahi” (terme assez inapproprié
puisqu’il n’y a pas intention de sa part, mais plutôt incompréhension de
la part de ceux qui le soutenaient, pour le génie de sa politique
sinueuse et la gloire de son monde à lui) et abandonné tout le monde
sans jamais satisfaire une faction, y compris les neocon ou les
Israéliens qui le voient constamment reculer devant la guerre totale
après en avoir brandi la possibilité. Du coup, il fait une sorte
d’unanimité contre lui sauf le noyau des inconditionnels qui sont dans
une sorte de culte. Cette unanimité est moins politique pour les
courants classiques (le “Parti unique”) qu’individuelle, sinon sanitaire
et prédatrice des privilèges. Dans cette unanimité se trouvent par
contre des factions (les populismes droite et gauche) qui, jusqu’alors,
étaient conduites par le conformisme du politiquement correct à se
détester et qui se rapprochent soudain à cause du danger commun de la
guerre, – terrible et absurde dans le cas de l’Iran, et en plus au
profit du complexe militaro-industriel et d’une puissance étrangère.
• Biden restera donc comme sans importance, Trump restera comme un
“grand homme” “à l’insu de son plein gré”. Pour le comprendre, il ne
faut pas s’attacher à sa politique, – il n’en a eu aucune sinon
l’outrance du pire de la “politiqueSystème”
jusqu’à l’autodestruction, – mais bien à sa pathologie qui représente
une combinaison révolutionnaire idéale, quasiment civilisationnelle et
cosmique, pour « faire sauter (involontairement) le Système » ; “grand homme par déconstructuration totale et inconsciente du grand Déconstructurateur que furent la modernité et son Système.
Mis en ligne le 23 avril 2026 à 19H45