"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
Où l’on se demande ce qu’est cette chose étrange, l’Occident, comment elle pense, ce qu’elle veut, où elle se dirige; et où la question se pose tout de même de savoir si elle a encore envie d’exister. S'abonner à l'Antipresse: https://antipresse.net/abonnements/ IMPORTANT! Rejoignez-nous sur Telegram: https://t.me/antipresse Chaîne Odysee: https://odysee.com/@antipresse
My heart is sad and lonely
For you I sigh, for you dear only
Why haven't you seen it
I'm all for you body and soul
I spend my days in longin'
And wondering why it's me you're (ogling)
I tell you I mean it
I'm all for you body and soul
I can't believe it
It's hard to conceive it
That you turn away romance
Are you pretending
It looks like the ending
And less I could have one more chance to prove, dear
My life a wreck you're making
You know I'm yours for just the taking
I'd gladly surrender myself to you body and soul
My life a wreck you're making
You know I'm yours for just the taking
I would gladly surrender myself to you body and soul
About
Artists: Amy Winehouse, Tony Bennett
Movie: Amy
Awards: Grammy Award for Best Pop Duo/Group Performance
Genre: Pop
Body and Soul : la chanson Par Jacques Protat, agrégé de l’université
Le compositeur
John Waldo Green, ou Johnny Green (1908-1989), chef d’orchestre, pianiste, arrangeur, compositeur et orchestrateur de musiques de films, est aussi le compositeur d’un petit nombre de chansons de bonne facture. Il travailla pour CBS dans les années 30, fut directeur musical de la MGM de 1949 à 1958, et chef du Hollywood Bowl Orchestra à la même période. Pour le cinéma, il a dirigé entre autres les orchestres que l’on entend dans Un Américain à Paris (Vincente Minelli, 1951, musique de George Gershwin) et West Side Story (Robert Wise et Jerome Robbins, musique de Leonard Bernstein, 1961).
Après ‘Coquette’, déposée en 1928, l’année de son diplôme de Harvard, ‘Body and Soul’ est son premier grand succès, inséré en 1930 dans la revue Three’s A Crowd (271 représentations, malgré la dépression économique). Toutes les autres chansons de ce spectacle étaient d’Arthur Schwartz pour la musique et Howard Dietz pour les paroles (les auteurs de ‘Alone Together’ en 1932 et ‘You and the Night and the Music’ en 1934), mais ‘Body and Soul’ est la seule chanson de Three’s A Crowd qui retint l’attention et passa à la postérité.
La structure de Body and Soul Elle est la plus courante pour une chanson de broadway des années 30 : un couplet d’introduction de 16 mesures suivi d’un refrain en AABA (4 x 8 mesures).
Le couplet
Entendons-nous bien sur le terme. Pour nous, maintenant, le couplet (en anglais, verse) raconte une histoire, et le refrain (chorus, ou refrain), d’une durée sensiblement égale au couplet, est la partie la plus accrocheuse et la plus répétitive de la chanson. Il s’inscrit dans une structure alternant couplet – refrain – couplet – refrain….
Le couplet d’une chanson de Broadway des années 30 a une fonction différente : il s’agit d’une partie liminaire qui prépare l’auditeur en captant son attention (rôle de transition avec le numéro précédent), annonce le thème de la chanson, apporte des éléments nécessaires à sa compréhension, et à son intégration dans la scène. Il est rarement utilisé en-dehors du contexte spécifique pour lequel il a été conçu.
Il arrive cependant que des standards soient interprétés avec leur couplet d’introduction—pensons à ‘Night and Day’, de Cole Porter (Gay Divorce, 1932) ou, pour le lecteur purement francophile, à “Autumn Leaves/Les Feuilles Mortes” par exemple, que les chanteurs et chanteuses de jazz interprètent assez souvent avec son couplet, “Oh je voudrais tant que tu te souviennes…”. Cette pratique est cependant beaucoup plus rare chez les instrumentistes : musicalement, le couplet est généralement une longue ligne mélodique peu accrocheuse (l’accroche, l’idée musicale la plus séduisante, étant réservée pour le refrain). Il se rapproche fréquemment du récitatif, et, même si une forme en A1A2 (2 x 4 lignes, la même mélodie étant répétée, sauf pour sa conclusion) était courante, l’insuffisance de répétition structurale et d’intérêt harmonique fait généralement du couplet un piètre support pour l’improvisation. Quand il est utilisé, le couplet conserve généralement sa fonction d’introduction — une ouverture ‘composée’, arrangée : comparez par exemple les deux arrangements différents du couplet de ‘Night and Day’ par Django Reinhardt en 1947 et 1953 sur le double-CD Pêche à la mouche (Verve 835 418-2).
Le couplet de ‘Body and Soul’est de 16 mesures. Voici une description par Alec Wilder de sa musique (notre traduction) :
Son couplet est aussi étrange et sans précédent que son refrain. Basé sur une pédale de Fa [Mi bémol dans notre partition, qui est dans la tonalité courante], il monte jusqu’à un Sol haut par des intervalles difficiles, chacun étant soutenu par un accord. Après quatre mesures, la tonalité change de 4 bémols à un bémol. Après ces 8 mesures dramatiques, nous trouvons une nouvelle idée en La mineur, mais cette fois sans que chaque note soit enveloppée dans un accord. Puis, après un retour à un accord de Do7 de dominante, une dernière croche de La bémol annonce d’autres innovations. Et nous retrouvons effectivement 3 bémols à la clé, et donc Fa mineur, qui est la tonalité dans laquelle le refrain commence.
Il s’agit donc d’un couplet d’une complexité inhabituelle, d’un abord peu aisé. Le public des théâtres new-yorkais devenait exigeant, et les chansons plus intéressantes, faisant appel à une certaine culture, tant musicale que littéraire.
Le refrain
Après le couplet vient le refrain ou chorus, dont on distingue les trois parties A, à-peu-près identiques musicalement, et le pont B (en anglais, release ou bridge). Dans une construction de ce type, A1A2BA3, le pont B est en principe très distinct, des points de vue de la mélodie, de l’harmonie et parfois du rythme, des parties A. Dans ‘Body and Soul’, le contraste A/B est presque exclusivement harmonique, et la relative complexité harmonique et mélodique du pont (dans 2 tonalités différentes de celle des A, soit 3 changement de tonalité en 8 mesures) explique sans doute en grande partie l’intérêt qu’y trouvent les improvisateurs depuis 70 ans : le pont vient relancer l’intérêt d’un thème qui serait un peu terne sans lui.
Pour les jazzmen, et les instrumentistes en particulier, un standard est habituellement limité au refrain : sa mélodie, et surtout sa grille harmonique servant de support à l’improvisation. De là l’expression “prendre un chorus”, pour l’improvisation sur une grille complète. C’est la seule partie de la chanson qui doive retenir l’attention de l’étudiant de ‘Body and Soul’ en tant que standard de jazz.
Pour les spectacles de Broadway comme pour les films des grands studios, les producteurs font généralement appel à une équipe composée d’un compositeur et de son parolier attitré : Arthur Schwartzet Howard Dietz (cités plus haut), Richard Rodgers et Lorenz Hart par exemple dans les années 30, ou encore George Gershwin et son frère Ira. Les deux exceptions les plus notables dans l’histoire de Broadway sont Cole Porter et Irving Berlin, qui écrivaient paroles et musique.
Des circonstances particulières — difficulté, urgence… — peuvent faire que cette logique d’une collaboration de spécialistes soit poussée plus loin. Ainsi, pour l’écriture des paroles de ‘Body and Soul’, Johnny Green a utilisé les services de plusieurs paroliers : EdwardHeyman, Robert Sour et Frank Eyton. Inversement, ‘Coquette’, citée plus haut, fut en réalité composée par Johnny Green et Carmen Lombardo, avec des paroles de Gus Kahn. Composer ou écrire les paroles d’une chanson à plusieurs reste cependant une pratique assez peu courante.
Edward Heyman (1907- ) est également l’auteur des paroles de deux autres chansons deJohnny Green qui sont passées à la postérité, ‘I Cover the Waterfront’ (1933) et ‘I Wanna Be Loved’ (1934, avec Billy Rose).
‘Body and Soul’
‘Body and Soul’ est un parfait exemple de torch song, chanson d’amour triste, ou complainte, dont Billie Holiday a été la plus grande interprète (‘Lady Day’ a chanté ‘Body and Soul’). Les années 30 et 40 ont vu fleurir la torch song en même temps que la relation amoureuse prenait une place importante dans les préoccupations populaires.
Life’s dreary for me, days seem to be long as years. I look for the sun, but I see none through my tears. Your heart must be like a stone To leave me here all alone, When you could make my life worth living By simply taking what I’m set on giving.
COUPLET
Le personnage que l’on nomme “le chanteur” — l’équivalent du narrateur dans un roman — fait part dès la première ligne de sa tristesse. Sa vie est “morne”, ou “monotone” et ne vaut pas d’être vécue, puisqu’une personne au cœur de pierre le laisse seul, refusant de prendre le cœur que le chanteur lui offre. Il s’agit à l’origine d’une chanteuse, mais ‘Body and Soul’ peut être interprétée indifféremment par un homme ou une femme: c’est une précaution élémentaire de tout parolier qui se respecte que de faire en sorte que l’adaptation nécessaire soit facile ou, comme c’est le cas ici, inutile.
My heart is sad and lonely, For you I sigh, for you, dear, only. Why haven’t you seen it? I’m all for you, body and soul!
A1 (2 mesures par ligne)
En affirmant “Je suis tout à vous, corps et âme”, on pourrait croire que le chanteur/la chanteuse s’offre à l’être aimé, mais ce n’est pas encore le cas : il/elle exprime son dépit de n’être pas aimé en retour. Sa tristesse (“Mon cœur est triste et solitaire / Pour vous seul, chéri, je me lamente”) est mêlée de regret : “to sigh for” signifie aussi “regretter”, et “Pourquoi ne l’avez-vous pas vu ? / Je suis à vous, corps et âme !” est l’expression même du dépit amoureux.
I spend my days in longing And wond’ring why it’s me you’re wronging, I tell you I mean it, I’m all for you, body and soul!
A2
Le deuxième A confirme le message du premier, mais à la tristesse et au regret vient s’ajouter le reproche, qui fait écho au “cœur de pierre” du couplet : “Je me languis de vous chaque jour, / Et me demande pourquoi c’est à moi que vous faites du tort, / Je vous le dis du fond du cœur, / Je suis à vous, corps et âme !”.
I can’t believe it, It’s hard to conceive it That you’d turn away romance. Are you pretending, It looks like the ending Unless I could have one more chance to prove, dear.
B
Pour la première phrase du pont, le compositeur Johnny Green ne joue pas sur un contraste rythmique ou de phrasé, puisque la phrase mélodique correspondant à “I can’t believe it” est identique au début de la dernière phrase de A2 (“I’m all for you”). Identique, mais transposée ½ ton plus haut, ce qui relance l’intérêt, et devrait amener de la part des paroliers la recherche d’une montée équivalente dans l’intensité des sentiments exprimés.
La rupture musicale A/B est donc très relative, et c’est également le cas de la variation thématique des paroles. Alors que pont pourrait donner lieu à une digression ou un changement de perspective, le premier thème abordé est l’incompréhension : “Je ne puis le croire / Il est difficile de concevoir / Que vous repoussiez l’amour.” Or le chanteur s’était déjà demandé 3 lignes plus haut pourquoi on lui faisait du tort en repoussant son amour.
Avec le deuxième changement de tonalité intervient une deuxième évolution du discours, presque aussi ténue que la première : “Faites-vous semblant, / Il semble que tout soit fini / Sauf si je pouvais avoir encore une chance de prouver, chéri(e)”. La rime ending-pretending est un cliché de la chanson populaire, et il semble que les paroliers y croyaient si peu qu’ils se sont dispensés de mettre un point d’interrogation à la fin de leur question. Néanmoins un nouveau thème est abordé brièvement, celui du soupçon, qui mène directement à celui, plus cohérent, de l’espoir. Cohérent, puisqu’il était annoncé dans le couplet : “Vous pourriez faire que ma vie vaille d’être vécue”, mais aussi la seule lueur dans un ensemble profondément sombre. Juste après, musique et paroles redescendent vers la tonalité première, mais la note d’espoir apportée trouvera sa résonance à la fin.
My life a wreck you’re making, You know I’m yours for just the taking; I gladly surrender Myself to you, body and soul!
A3
Le retour au thème musical s’accompagne d’une exacerbation des sentiment exprimés jusque-là. La tristesse se mue dans un premier temps en désespoir : “Vous faites de ma vie un naufrage”. Mais ce paroxysme est immédiatement suivi d’un abandon total à l’être aimé. “Vous savez que je suis à vous, vous n’avez qu’un mot à dire ;/ Je me livre dans la joie / A vous, corps et âme !”
Les variations du texte
Le texte étudié plus haut est le texte de la chanson telle qu’elle est publiée. Des adaptations sont souvent faites par les interprètes des standards, souvent pour adapter le texte à leur usage de la langue, pour mieux “sentir” le texte et donc mieux le faire passer, ou bien parce qu’ils ont repris le texte de quelqu’un qui l’avait adapté, que leur mémoire les a trompés…. Ainsi, Chet Baker, dans un enregistrement hautement recommandable de 1985 (Chet Baker Sings Again, Timeless Records CD SJP 238), remplace “sigh” par “cry”, et “it looks like the ending, unless I could have” par “don’t say it’s the ending, I wish I could have” ainsi que “wreck” par “hell”. Quel que soit leur auteur, ces trois substitutions s’expliquent facilement par leur aspect plus ‘naturel’ pour une oreille contemporaine. En revanche, rien n’explique que Chet inverse les troisièmes vers de A1 et A2, si ce n’est la reprise d’une erreur ou la trahison de sa mémoire.
La traduction d’Emélia Renaud
La Billie Holiday française serait sans doute Edith Piaf. Mais la traduction qui suit, de 1947, évoque plutôt le style dans lequel Jean Sablon aurait pu l’interpréter :
Ma vie est triste, les jours me semblent des ans. A travers mes pleurs, je ne puis guère voir les champs. Ton cœur doit être endurci Pour m’abandonner ainsi, Je pourrais avoir tant de bonheur Si tu voulais simplement prendre mon cœur.
COUPLET
“Le soleil” ne rimerait pas, d’où l’irruption des champs, dont on se demande bien pourquoi le chanteur voudrait les voir, alors que la métaphore du soleil que les larmes empêchent de voir avait un sens, à défaut d’une originalité bouleversante. “To be set on doing something” signifie “tenir absolument à faire qqch.” Une traduction littérale des deux dernières lignes serait donc “Alors que tu pourrais faire en sorte que ma vie vaille d’être vécue, en prenant simplement ce que je tiens à donner.”
La tâche du traducteur n’est pas aisée, mais celle d’un traducteur de chanson est particulièrement ardue, car il doit respecter les règles de la prosodie musicale, c’est-à-dire coller à la mélodie en faisant coïncider accents de mots et accents musicaux, tout en respectant le sens et un schéma de rimes. Le traducteur est donc forcément un traître, selon la formule consacrée. L’étudiant attentif saura repérer dans la traduction qui suit quelques trahisons qui viennent détruire la construction décrite plus haut. Il aura également remarqué que l’auteur de ces lignes se garde bien d’en proposer une meilleure !
Mon cœur est désespéré. Pour toi il ne fait que soupirer Ne sais-tu pas déjà Que je t’aime passionnément ?
A1
Je me demande toujours Pourquoi il n’y a plus de beaux jours, Crois moi quand je te dis Que je t’aime passionnément !
A2
Je ne puis croire, Ni même concevoir Que tu éludes l’amour. Veux-tu prétendre Que c’est le dénouement, Faut-il à jamais nous séparer, chéri ?
B
Mon cœur est conciliant, Et d’amour pour toi il est rempli ; Je ne veux que t’aimer Passionnément, passionnément.
A3
La traduction d’Emélia Renaud(serait-ce plutôt Amélia ?) a le mérite d’être ‘chantable’, et de rimer approximativement. Pour le reste… Si nous ne prenons comme exemple que le dernier A, la distribution de “Mon cœur est con-ci-li-ant” est malheureuse, avec ses accents rythmiques sur “cœur” et “con-”, et le nécessaire écartèlement de “conciliant” sur 3 noires et une blanche pour le son “an” (chantez-le sur le début du thème, puisqu’il s’agit de sa reprise, vous comprendrez qu’il ne suffit pas de savoir compter les syllabes pour écrire des paroles de chanson !). L’inversion ‘poétique’ de “d’amour pour toi il est rempli”, est aussi peu naturelle à l’oreille que “d’amour, belle marquise, vos beaux yeux me font mourir”, et donc malvenue dans une chanson populaire. Quant à la répétition finale, elle n’a d’autre intérêt que de remplir les deux mesures.
Body and Soul au cinéma
Pour une étude du destin cinématographique de ‘Body and Soul’, voici l’article de Marion Vidal et Isabelle Champion :
Cette chanson de l'amour fou, de la femme soumise “ corps et âme ” à l'homme qui la délaisse, fut un des grand succès d'Helen Morgan. Ann Blyth — doublée par Gogi Grant — la reprit avec une troublante émotion dans The Helen Morgan Story (Pour elle un seul homme. Michael Curtiz, 1957), à l'intention de Paul Newman, le goujat de l'histoire... Créée par Libby Holman dans le show Three’s a Crowd, elle fut également interprétée par Janis Paige dans Her Kind Of Man (Frederick De Cordova, 1946) et par Ida Lupino, doublée par Peg LaCentra, dans The Man I Love (id. Raoul Walsh, 1947). Trois versions jazz sont à signaler. La première par Coleman Hawkins : elle fut un de ses grands succès en 1939 et on peut l'entendre dans The Color Purple (La Couleur Pourpre. Steven Spielberg, 1985). La seconde, plus récente, par Dexter Gordon dans 'Round Midnight (Autour de minuit. Bertrand Tavemier, 1986). La troisième par Benny Goodman, sur la bande sonore de Radio Days (id. Woody Allen, 1987). Ce grand standard donna son titre à Body And Soul (Sang et or. Robert Rossen, 1947), mais il ne figurait pas dans le remake homonyme de George Bowers en 1981. En revanche, on l'entend dans They Shoot Horses, Don't They? (On achève bien les chevaux. Sydney Pollack, 1969), After Hours (id. Martin Scorsese, 1985), Legal Eagles (L'Affaire Chelsea Deardon. Ivan Reitman, 1986)...
17 août 2022 (20H55) – ... Quand le titre dit “en suspens”, cela signifie “en attente” de quelque chose, et cela dans une atmosphère étrange, en suspension si vous voulez, attendant que l’Éole des grands événements se décide à souffler dans la direction choisie par les dieux. Le fait est que je perçois la guerre d’Ukrisis, non pas encalminée, non pas stagnante, mais plutôt dans une immobilité symbolique pleine de tensions souterraines, qui définit bien cette attente.
Je réalise cette sensation que j’éprouvais si vaguement et sans vraiment m’y arrêter, à la lecture d’une page du blog de Andrei Martyanov du 16 août. D’abord, Martyanov nous donne un extrait d’une dépêche de Tass (d’abord en russe, qu’il traduit en anglais, restituée ici en français)
« Les planificateurs occidentaux ont pratiquement fait une croix sur le régime de Kiev et planifient déjà la partition de l'Ukraine, a déclaré le porte-parole du Service de renseignement extérieur, le colonel-général Vladimir Matveev, lors de la Conférence de Moscou sur la sécurité internationale. “De toute évidence, l'Occident ne se préoccupe plus du sort du régime de Kiev. Comme le montrent les informations reçues par le SVR, les planificateurs occidentaux l'ont presque passé par pertes et profits et sont en train d'élaborer des plans pour la division et l'occupation d'au moins une partie des terres ukrainiennes”, a-t-il déclaré. Toutefois, selon le général, l'enjeu dépasse largement l'Ukraine : pour Washington et ses alliés, il s'agit du sort du système colonial de domination mondiale. »
Ensuite, Martyanov poursuit en commentaire, qui renvoie à d’autres détails de l’intervention du porte-parole du SVR :
« Parmi les nombreuses choses que Matveev a exposées, l'une d'entre elles s’impose particulièrement, à savoir le détachement des États-Unis de la réalité et leur approche dogmatique de leurs anciennes possessions coloniales, qui se réduisent aujourd'hui à l'Europe. Cela explique la dissonance cognitive des États-Unis qui créent de plus en plus de chaos dans des tentatives désespérées de préserver une domination mondiale déjà perdue. Comme le dit Matveev (en russe), une telle approche est risible mais aussi dangereuse. Il a résumé cette attitude en utilisant cette image : “L’Occident s’affaiblit, il trébuche mais se croit toujours puissant...”, ce qui est tout à fait vrai si l'on considère non seulement ce que l'Occident combiné fait mais aussi qui est à la barre. Il s’agit donc d'un ensemble très intéressant de déclarations du SVR. »
Tout cela est dit alors que les événements militaires en Ukraine semblent figées, ou plutôt ne “bénéficient” plus d’une publicité importante. Il y a pourtant deux points d’agitation, très spécifiques, très spectaculaires et très dangereux.
• Les affrontement autour du site de la centrale nucléaire de Zaporozhye, marqués hier par des tirs de plusieurs missiles ukrainiens dont on discute bien entendu avec fièvre pour savoir si ce sont les Ukrainiens qui attaquent les Russes, ou bien les Russes qui attaquent des Ukrainiens pro-russes au milieu de soldats russes, sans doute pour le panache. Le risque, selon les Ukro-Russes parlant sans autorisation du département d’État, notamment Vladimir Rogov, membre de l'administration du gouvernement local, est qu’un coup au but sur le système de refroidissement aurait des conséquences apparentant ses effets à une “arme nucléaire sale”.
« “L’un des missiles guidés a frappé à seulement dix mètres" des barils contenant le combustible nucléaire usé, a déclaré Rogov à Soloviev Live. “D'autres ont frappé un peu plus loin, à 50 ou 200 mètres”.
» Le site de stockage étant à l'air libre, toute frappe entraînera la libération de déchets nucléaires de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kilogrammes et la contamination de la zone, a expliqué le fonctionnaire. “En langage clair, ce serait comme une bombe nucléaire sale”, a déclaré Rogov.
» Si le réacteur lui-même ne peut être détruit qu'avec une arme nucléaire tactique, les systèmes de refroidissement et le stockage des déchets sont beaucoup plus vulnérables et leur endommagement pourrait facilement provoquer une catastrophe, a précisé le responsable. Les troupes ukrainiennes ont déjà tiré “plusieurs dizaines” de projectiles lourds sur les systèmes de refroidissement, a ajouté M. Rogov. Si elles parviennent à désactiver un tel système, cela pourrait provoquer une fusion plus importante que la catastrophe de Tchernobyl en 1986. »
• Il y a aussi les événements en Crimée (explosions, dont l’une reconnue comme un sabotage par les Russes), et particulièrement des menaces contre le pont de Kerch, entre la Crimée et la Russie continentale. La dernière interprétation est que cette attaque serait la contre-attaque ukrainienne contre Kherson, promise et non tenue. Explication d’un vrai officiel ukrainien...
« Le pont russe de Crimée, la plus grande structure de ce type en Europe, “devrait être détruit”, a averti un collaborateur du président ukrainien Vladimir Zelensky. “C'est une construction illégale et le principal point d'accès pour approvisionner l'armée russe en Crimée”, a déclaré Mikhaïl Podolyak au Guardian mardi, expliquant pourquoi Kiev veut l'attaquer. [...]
» [Concernant les deux explosions en Crimée], Kiev n'a pas officiellement revendiqué les incidents, mais de nombreux responsables ukrainiens ont laissé entendre que c'était le cas, Podolyak suivant le modèle dans son interview avec le journal britannique.
» “Je suis certainement d'accord avec le ministère russe de la défense, qui prévoit d'autres incidents de ce type dans les deux ou trois prochains mois. Je pense que nous pourrions en voir davantage”, a-t-il noté.
» L'assistant du président ukrainien a qualifié les attaques clandestines présumées de “contre-offensive”, de nature différente du type d'action militaire habituellement décrit par ce terme. “Une contre-offensive ukrainienne est très différente [d'une contre-offensive russe]. Nous n’utilisons pas les tactiques des années 60 et 70, du siècle dernier”, a-t-il affirmé. Le Guardian a suggéré que Podolyak avait peut-être tacitement admis l'incapacité de l'Ukraine à rassembler des troupes et des armes pour une véritable contre-offensive contre les troupes russes sur le champ de bataille. »
Supputations & interprétations...
Une fois écartées toutes les scories des simulacres extraordinaires qui enveloppent les événements militaires en Ukraine, il resterait certaines hypothèses expliquant aussi bien les incidents sur les deux points détaillés, que les affirmation du SVR. Dans les deux cas, il s’agit d’actions politiquement très hasardeuses, qui ont de fortes possibilités jusqu’à l’extrême de la certitude, d’être considérés par les Russes comme des casus belli impliquant des frappes de décapitation contre l’Ukraine, voire des frappes contre des objectifs alliés (de l’OTAN). Il est probable que les Russes commenceraient par les premiers et, selon les réactions des pays de l’OTAN, y ajouteraient ou non la seconde option.
Dans l’hypothèse générale évoquée, il est très possible, sinon probable que l’équipe Zelenski, se sente effectivement beaucoup moins soutenue par l’Ouest depuis plusieurs semaines, notamment (en dernière instance), du fait de son incapacité de lancer une contre-offensive sur Kherson. Elle pourrait alors envisager ces deux options (Zaporozhye et/ou Kerch) pour brutalement dramatiser le conflit et obliger l’Ouest (les USA) à y rester, à continuer à la soutenir, voire à entrer dans le conflit. Le cas du pont de Kerch est particulièrement ambigu puisqu’il est, même selon la logique-Zelenski, au moins autant à la Russie qu’au Zelenskistan.
De toutes les façons, les deux menaces sont du type catastrophique, apte à enflammer le conflit à un niveau beaucoup plus haut que celui où il se trouve actuellement. Un tel événement trouverait les Russes dans un état d’esprit multiplié d’intransigeance tandis que les USA flottent dans une ‘cinetic diplomacy’ démente et sans beaucoup de moyens militaires ni aucun lien avec la réalité, – là-dessus, le SVR ne se trompe certainement pas. (Même chose pour certains Européens, sans aucun doute, notamment les Français du Macronistan qui s’avèrent être d’un niveau inimaginable de bassesse soumise et de sottise arrogante.)
Un tel scénario est une voie royale pour une extension maximale, du conflit certes, mais parallèlement, et de mon point de vue beaucoup plus rapidement que le conflit lui-même, extension maximale des crises internes, aussi bien de la pseudo-“coalition” du bloc-BAO que des pays le composant. Un moyen d’éviter une telle issue est la liquidation de l’équipe Zelenski par les Occidentaux, ce qui demande une certaine unité d’action au moins aux USA (entre les diverses factions), ou bien un coup d’éclat de l’un ou l’autre centre de pouvoir (la CIA, jusqu’ici très discrète et dont on dit que le directeur Burns aurait une action personnelle importante après des Russes).
Les tout récents nouveaux-déboires du SBU indiquent qu’il existe une opposition au sein du régime qui peut jouer un rôle dans cette orientation intra-démocratique... D’autre part et inversement, Zelenski dispose d’une telle surface hystérico-médiatique établie par le déchaînement du simulacre de la presseSystème et des élites du même bord que son élimination constituerait une opération extrêmement délicate, qui peut alimenter un peu plus la détérioration du climat dans le monde américaniste-européaniste.
Pendant ce temps, les liens entre Chinois et Russes, diplomatiquement et militairement, ne se sont jamais mieux portés.
•RapSit-USA2022. • Un travail de compilation, de documentation et d’analyse fait par deux chercheurs nous informedes activités guerrières des USA depuis leur fondation, selon des données et des références scientifiquement précisées qui définissent ce qu’on entend par “guerre” (ou “intervention militaire”). • Le résultat est impressionnant et sans aucun équivalent :392 “interventions militaires” en 243 ans d’existence (données de 1776 à 2019). • Notre époque 9/11domine évidemment le lot. • Avec un article de Nick Turse, de ‘Antiwar.com’.
Voilà un document intéressant parce qu’il détaille selon un recensement nouveau des chiffres les plus officiels concernant les activités guerrières des USA depuis leur fondation, avec nombre de détails sur les diverses opérations. La conclusion est bien connue pour ceux qui font l’effort de tenter de connaître les USA ; mais lorsqu’on parle des USA “fauteur de guerre” et “utilisateurs de la force militaire”, on énonce un jugement général et à l’emporte-pièce qui n’engage pas trop... Il faut réaliser combien il est véridique et d’un poids formidable.
Avec la documentation que détaille l’article que nous citons, à partir d’un compte-rendu général sur leur propre travail de deux chercheurs (Sidita Kushi et Monica Duffy Toft), dans la fameuse revue ‘Journal of Conflict Resolution’, dans le numéro du mois d’août disponible depuis une dizaine de jours, on dispose d’éléments qui nous font quitter le domaine de l’emporte-pièce. Le travail exposé fait partir d’un programme spécial, le Military Intervention Project (MIP), qui est conduit par une institution de haut standing, le Center for Strategic Studies de la Fletcher School of Law and Diplomacy de l'université Tufts. Les “conflits” sont compris dans le sens le plus large du terme : les événements où la force militaire est impliquée pour ce qu’elle est, qu’elle soit ou non utilisée, et désignés par les chercheurs par l’expression “intervention militaire”. Ils sont recensés, détaillés, explicités, etc., à partir d’une définition d’une “intervention militaire” fortement affinée à l’aide de 200 variables
On donne ici quelques précisions parmi les plus remarquables :
• Depuis la fondation des États-Unis en 1776, les USA ont été impliqués dans 392 “interventions militaires” , ce qui est sans le moindre doute le chiffre de loin le plus haut enregistré par une puissance sur un laps de temps (246 ans) relativement court par rapport aux durées historiques des nations jouant un rôle politique important.
• La géopolitique des interventions n’apporte guère de surprise, avec une forte majorité effectuée dans les pays d’Amérique Latine, l’“arrière-cour” ou la “basse-cour” des USA “protégée” par la doctrine Monroe.
« Les États-Unis ont mené 34% de leurs 392 interventions contre des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, 23% en Asie de l'Est et dans la région du Pacifique, 14% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et seulement 13% en Europe et en Asie centrale ... »
• Dans l’ordre d’importance, les trois périodes les plus guerrières, selon une périodicité chronologique définissant une “période” établie par les chercheurs et répondant à une cohérence historique sont : 1) 1946-1989, l’époque de la Guerre Froide ; 2) 1868-1917, l’époque du “capitalisme sauvage” à l’intérieur et à la première vague d’expansionnisme impérialiste à l’extérieur (Cuba, les Philippines, etc.) ; 3) notre époque depuis 1990, symboliquement considéré comme la période-9/11 (11 septembre 2001).
• Les chiffres examinés étant ceux qui sont disponibles jusqu’en 2019, notre époque (toujours en développement) s’étend donc sur 29 ans contre 43 ans (Guerre Froide) et 49 ans pour les deux époques précédentes. Il ne fait aucun doute qu’en termes relatifs, notre époque depuis 1990 et 9/11 est la plus guerrière, et dans tous les cas la plus directement interventionniste, par exemple au contraire de la Guerre Froide où certaines “interventions militaires” se constituèrent en “menace d’emploi de la force militaire” sans passage à l’acte. Les “interventions militaires” jusqu’aux plus extrêmes (“guerres”) de la période-9/11 commencé en 1990 comportent un quart de toutes les “interventions militaires” des USA depuis 1776 : un quart des près de 400 “interventions militaires” pour un huitième de la durée de l’existence des USA.
« Contrairement aux époques antérieures où l’on recourait à des démonstrations et à des menaces de recours à la force sans y recourir, ces dernières années ont été marquées par l’utilisation systématique de toutes les formes de violence militaire. Les deux auteurs constatent que les États-Unis se sont [durant cette période] “engagés dans 30 interventions de niveau 4 (usage de la force) ou 5 (guerre)”. »
• Le constat définitif pour cette période-9/11 reste de savoir jusqu’où l’on fera durer la période pour en donner tout le poids interventionniste et guerrier ; une suggestion autant qu’une remarque d’évidence pourrait être, par exemple, de la faire durer jusqu’à l’effondrement des États-Unis d’une part, en arguant d’autre part qu’elle durera d’elle-même jusqu’à cet événement du fait de son extrême proximité :
“PolitiqueSystème” et « the burlesque of an Empire »
Il apparaît ainsi clairement que le développement de ce que nous nommons la “politiqueSystème” a atteint sa période de surpuissance qui la définit complètement durant notre époque, et par conséquent la “politiqueSystème” définit absolument les USA dans la modernité-tardive et durant son processus de dégénérescence et d’effondrement. Cela, au moins, correspond au destin habituel des empires qui ne sont jamais aussi agressifs et guerriers que dans la période de déclin, avec un emploi de forces de plus en plus composites, de plus en plus douteuses (emploi de “forces spéciales”, de mercenaires dont des contractants civils, de bandes du crime organisé, de divers “proxies”, etc.). Les USA parviennent même à des pratiques qui font de moyens non-militaires des catégories qui devraient correspondre à des “interventions militaires” (la politique des sanctions) et des directives secrètes (“127e”, “Section 1202” selon nos auteurs) permettant des interventions secrètes.
Le plus remarquable avec les USA dans cette période considérée est la constance presque absolue des échecs et des défaites dissimulées dans une folle activité de la communication et du simulacre, en même temps que l’absence complète d’une stratégie cohérente jusqu’à des situations de perversion et d’inversion. En même temps, l’irrespect complet, arrogant et complètement irresponsable des règles du droit international établies à l’origine par ces mêmes USA, est la marque de ces années où l’activisme confine à la folie. C’en est au point où la diplomatie est devenue une “diplomatie cinétique” dont l’un des deux auteurs (Monica Duffy Toft), qui propose cette expression, écrivait en 2018 :
« Cette progression est importante car elle souligne une tendance qui s'intensifie : la réduction du leadership américain dans la politique mondiale à ce que j’appelle la ‘diplomatie cinétique’ : la diplomatie par les forces armées. Deux statistiques le montrent clairement. En mai 2018, l'administration Trump a nommé 75 ambassadeurs sur 188, tandis qu'elle a déployé des forces d'opérations spéciales dans 149 pays (une augmentation par rapport à 138 sous l'administration Obama en 2016). Dit autrement, alors que les ambassadeurs américains opèrent dans un tiers des pays du monde, les opérateurs spéciaux américains sont actifs dans trois quarts d'entre eux. Et s'il est vrai que les États-Unis maintiennent des ambassades dans des pays sans ambassadeur, et que tous les opérateurs spéciaux déployés ne sont pas en mission de combat, le symbolisme compte : “La tuerie oui, la diplomatie non”. »
Cette “diplomarie cinétique” vient de loin, certainement d'Henry Kissinger dans sa position de conseiller pour la sécurité nationale puis de secrétaire d'Etat (1969-1976) ; il avait l'habitude, lorsqu'une crise se déclenchait, de poser aussitôt la question: « Where are the carriers ? » (le porte-avions constituant le meilleur moyen de pression militaire, il s'agissait d'en rameuter au moinds un à bonne portée de la crise). Dans ce cas de notre époque de “diplomatie cinétique” décidément complètement assumée, la méthode de la “politiqueSystème“ rejoint dans un mouvement complètement irrationnel la prévision faite par William Pfaff en 1992, que nous citions encore récemment :
« ...Et aussitôt nous vient à l’esprit l’article visionnaire de notre vieux compagnon William Pfaff. Il l’écrivit le 12 mars 1992, en commentaire du fameux plan-Wolfowitz de “domination mondiale” des États-Unis par la force, sous le titre de “To Finish in a Burlesque of an Empire ?” :
» “Il s'agit d'un plan de leadership mondial américain par l'intimidation. C'est un programme politiquement et moralement informe et stérile, dont l’issue logique serait de faire des États-Unis eux-mêmes cette “menace mondiale résurgente/émergente” que le Pentagone prétend combattre justement grâce à ce plan. Est-ce là ce que veulent les Américains ? Finir dans la caricature burlesque d’un Empire ?” »
Il restera à observer une fois encore que cette étude doit être considérée par rapport à ce qui est constamment dit des États-Unis, grâce à un réseau de communication dans tous les domaines d’une puissance inouïe, un art contraignant de la répétition, une persuasion au consentement à l’opinion présentée et perçue comme “dominante”, une exaltation quasi-religieuse du conformisme, – qui pourrait être le surnom donné aussi bien à l’“atlantisme” qu’au “proaméricanisme”... La “torche de la liberté”, la “Maison sur la Colline”, la nation “exceptionnelle”, tous ces lieux communs ont été dotés par une exceptionnelle capacité communicationnelle d’un simulacre grossier mais très puissant de sacralité qui semble les protéger de toute agression que serait l’expression d’un esprit critique à son égard (on ne dit même pas “à son encontre”, l’esprit critique ne pouvant s’exprimer dans ce cas, que dans un seul sens possible qui est celui de l’évidence).
Les États-Unis ont ainsi établi à l’origine une sorte de modèle archétypique du simulacre auquel le temps de la modernité a suggéré pendant plus de deux siècles à l’essentiel des populations étrangères et surtout de leurs élites de le prendre pour vrai sans une hésitation, et même avec un enthousiasme qui semblait défier l’usure du temps. (L’emploi de l’imparfait est au moins une incantation d’espérance.) Sur le tard et dans le chaos inverti de la dégénérescence apparaît l’une de leurs plus puissantes productions qui est l’institution de la “guerre” comme un état naturel des relations internationales, et non plus comme un accident, encore moins comme « la poursuite de la politique par un autre moyen ». Ce faisant, ils confirment qu’ils ont bien été les messagers préférés, et le bras armé de ce que nous identifions comme “le déchaînement de la Matière”. C’est cette situation notamment, mais principalement sinon essentiellement, qui est devenu avec Ukrisis l’enjeu principal de la GrandeCrise.
« L’emploi de la force militaire dans l’histoire des USA
Le texte sur le palmarès guerrier des États-Unis est de Nick Turse, – très utile, bonne référence et excellent auteur. Il est publié sur ‘Antiwar.com’ le 10 août 2022.
« Les États-Unis ont mené près de 400 interventions militaires [392 exactement] depuis 1776, selon des recherches menées par les universitaires Sidita Kushi et Monica Duffy Toft.
» La moitié de ces conflits et autres utilisations de la force, – y compris les démonstrations et les menaces de force ainsi que les opérations secrètes et autres, –- ont eu lieu entre 1950 et 2019, la dernière année couverte par un nouvel ensemble de données. Ce constat est présenté par Kushi et Toft dans un article du Journal of Conflict Resolution publié [la semaine dernière]. Plus d'un quart d'entre elles ont eu lieu depuis la fin de la guerre froide.
» Les États-Unis ont mené 34% de leurs 392 interventions contre des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, 23% en Asie de l'Est et dans la région du Pacifique, 14% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et seulement 13% en Europe et en Asie centrale, selon une version récemment affinée de l'ensemble de données du Military Intervention Project (MIP), une initiative du Center for Strategic Studies de la Fletcher School of Law and Diplomacy de l'université Tufts.
» En plus de fournir le compte le plus précis jamais réalisé des interventions militaires américaines, – doublant [par rapport aux évaluations acceptées jusqu’ici] le nombre de cas trouvés dans les données existantes, tout en utilisant des sources et des méthodes d’évaluation rigoureuses, – le MIP décompte 200 variables qui permettent des analyses complexes des descriptions et des effets des guerres et autres utilisations de la force.
» Fait crucial, Kushi et Toft, le directeur du Centre d'études stratégiques de la Fletcher School, ont constaté que les interventions américaines ont “augmenté et se sont intensifiées” au cours des dernières années. Si l'époque de la guerre froide (1946-1989) et la période entre 1868 et 1917 ont été les plus “militairement actives” pour les États-Unis, l'ère 1990 et post-11 septembre a déjà pris la troisième place dans toute l'histoire des Etats-Unis.
» Contrairement aux époques antérieures où l’on recourait à des démonstrations et à des menaces de recours à la force sans y recourir, ces dernières années ont été marquées par l’utilisation systématique de toutes les formes de violence militaire. Les deux auteurs constatent que les États-Unis se sont en fait “engagés dans 30 interventions de niveau 4 (usage de la force) ou 5 (guerre)”.
» Jusqu'à la fin de la guerre froide, notent Kushi et Toft, l'hostilité militaire des États-Unis était généralement proportionnelle à celle de leurs rivaux. Depuis, “les États-Unis ont pratiqué l’intensification de leurs opérations hostiles à mesure que leurs rivaux pratiquaient la désescalade, marquant ainsi l’installation d’une politique étrangère cinétique des Etats-Unis”. Ce modèle récent de relations internationales menées en grande partie par la force armée, que Toft a appelé “diplomatie cinétique”, a de plus en plus ciblé le Moyen-Orient et l'Afrique. Ces régions ont été le théâtre de guerres américaines à grande échelle, comme en Afghanistan et en Irak, et de combats discrets dans des pays comme le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad et la Tunisie.
» Les données du MIP intègrent des opérations secrètes confirmées et des interventions discrètes des forces d'opérations spéciales, mais la combinaison du secret du gouvernement américain et des normes d'approvisionnement scrupuleuses de la base de données garantit que les chiffres de l'après-11 septembre sont sous-estimés, selon Kushi, professeur adjoint de sciences politiques à l'université d'État de Bridgewater et chercheur non résident au Centre d'études stratégiques de Tufts.
» Récemment, par exemple, Alice Speri et moi-même avons révélé l'existence de programmes dissimulés de guerre par procuration menés en Afrique, au Moyen-Orient et dans la région indo-pacifique. Alors que les experts affirment que le Pentagone a probablement utilisé la directive secrète “127e” pour mener des combats au-delà de toute autorisation de recours à la force militaire ou de légitime défense, en violation de la Constitution, ces opérations hautement confidentielles peuvent échapper à la saisie dans l'ensemble de données MIP. Si les programmes “127e” en Somalie et au Yémen, par exemple, se recoupent avec des interventions militaires américaines connues, d'autres utilisations de cette directive, comme en Égypte et au Liban, peuvent ne pas l'être. Il en va de même pour des pouvoirs moins connus comme la Section 1202, qui fournit un soutien aux forces irrégulières étrangères visant des forces jugées antagonistes des USA.
» Au fur et à mesure que le PIM est développé et affiné, Kushi et Toft espèrent déterminer une compréhension plus nuancée des conditions qui poussent les États-Unis à lancer des interventions militaires et des effets sur les États-Unis et les nations qu'ils ciblent, y compris le bilan économique et humain et les effets involontaires.
» Ils demandent « quels ont été les coûts à long terme et les conséquences involontaires de l'intervention en Afghanistan et comment cette intervention a influencé les engagements des États-Unis en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen ? ». Les réponses, espèrent-ils, permettront d'améliorer les données et, en définitive, la politique étrangère des États-Unis.
Mis en ligne le 15 août 2022 à 14H55
Rapport: l'ère post-11 septembre est l'une des plus agressives militairement de l'histoire des États-Unis
L'Amérique a mené près de 400 interventions depuis sa fondation, dont plus d'un quart au cours des 30 dernières années.
Les États-Unis ont mené près de 400 interventions militaires depuis 1776, selon les recherches innovantes des universitaires Sidita Kushi et Monica Duffy Toft.
La moitié de ces conflits et autres recours à la force – y compris les démonstrations et les menaces de force ainsi que les opérations secrètes et autres – se sont produits entre 1950 et 2019, la dernière année couverte par un nouvel ensemble de données, présenté par Kushi et Toft dans un Journal of Conflict Resolution article publié en début de semaine. Plus d'un quart d'entre eux ont eu lieu depuis la fin de la guerre froide.
Les États-Unis ont mené 34 % de leurs 392 interventions contre des pays d'Amérique latine et des Caraïbes ; 23 % en Asie de l'Est et dans la région du Pacifique ; 14 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ; et seulement 13% en Europe et en Asie centrale, selon une version récemment affinée de l' ensemble de données du Military Intervention Project (MIP) - une entreprise du Centre d'études stratégiques de la Fletcher School of Law and Diplomacy de l'Université Tufts.
En plus de fournir le décompte le plus précis jamais réalisé des interventions militaires américaines - doublant le nombre de cas trouvés dans les données existantes, tout en utilisant des méthodes d'approvisionnement rigoureuses - le MIP propose 200 variables qui permettent des analyses complexes des moteurs et des résultats des guerres et d'autres utilisations de force.
Fondamentalement, Kushi et Toft, le directeur du Centre d'études stratégiques de la Fletcher School, ont constaté que les interventions américaines ont « augmenté et intensifié » ces dernières années. Alors que l'ère de la guerre froide (1946-1989) et la période entre 1868-1917 ont été les plus « actives sur le plan militariste » pour les États-Unis, l'ère post-11 septembre a déjà occupé la troisième place dans toute l'histoire des États-Unis.
Contrairement aux époques antérieures où les démonstrations et les menaces de force étaient employées, de telles postures sans violence militaire ont été absentes ces dernières années. Les États-Unis, ont-ils découvert, se sont en fait "engagés dans 30 interventions de niveau 4 (usage de la force) ou 5 (guerre)".
Jusqu'à la fin de la guerre froide, notent Kushi et Toft, l'hostilité militaire américaine était généralement proportionnelle à celle de ses rivaux. Depuis lors, "les États-Unis ont commencé à intensifier leurs hostilités au fur et à mesure que leurs rivaux les désamorçaient, marquant le début d'une politique étrangère américaine plus cinétique". Ce modèle récent de relations internationales menées en grande partie par la force armée, ce que Toft a appelé la « diplomatie cinétique », a de plus en plus ciblé le Moyen-Orient et l'Afrique. Ces régions ont connu à la fois des guerres américaines à grande échelle, comme en Afghanistan et en Irak, et des combats discrets dans des pays comme le Burkina Faso , le Cameroun , la République centrafricaine, le Tchad et la Tunisie .
Les données du MIP intègrent des opérations secrètes confirmées et des interventions discrètes des forces d'opérations spéciales, mais une combinaison du secret du gouvernement américain et des normes d'approvisionnement scrupuleuses de l'ensemble de données garantit que le décompte après le 11 septembre est un sous-dénombrement, selon Kushi, professeur adjoint de Sciences politiques à la Bridgewater State University et chercheur non résidentiel au Tufts' Center for Strategic Studies.
Récemment, par exemple, Alice Speri et moi avons révélé l'existence de programmes discrets de guerre par procuration menés à travers l'Afrique, le Moyen-Orient et la région Indo-Pacifique. Alors que les experts disent que le Pentagone a probablement utilisé l'autorité secrète du 127e pour mener des combats au-delà de toute autorisation d'utilisation de la force militaire ou d'autodéfense autorisée, en violation de la Constitution, de telles opérations hautement classifiées peuvent échapper à la capture dans le MIP base de données. Alors que les programmes du 127e en Somalie et au Yémen, par exemple, chevauchent des interventions militaires américaines connues, d'autres utilisations de l'autorité, comme en Égypte et au Liban, peuvent ne pas l'être. Il en va de même pour des autorités encore moins connues comme la section 1202 , qui fournit un soutien aux forces irrégulières étrangères visant des concurrents proches.
Au fur et à mesure que le MIP est développé et affiné, Kushi et Toft espèrent qu'il permettra une compréhension plus nuancée des conditions qui poussent les États-Unis à lancer des interventions militaires et les effets sur les États-Unis et les nations qu'ils ciblent, y compris les conditions économiques et le bilan humain et les résultats involontaires.
Quels ont été, demandent-ils, « les coûts à plus long terme et les conséquences imprévues de l'intervention en Afghanistan et comment cette intervention a-t-elle influencé les engagements américains en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen ? Les réponses, espèrent-ils, conduiront à de meilleures données et, en fin de compte, à une meilleure politique étrangère américaine.