jeudi 11 août 2022

Et la Baltique devint un lac de l'OTAN... 10 Août 2022

Source : https://www.chroniquesdugrandjeu.com/2022/08/et-la-baltique-devint-un-lac-de-l-otan.html


 

S'il avait encore toute sa tête, Joe Biden pourrait crier victoire. Dans sa lutte habituellement perdante contre le Heartland russe, l'empire thalassocratique vient néanmoins de remporter une importante victoire avec l'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'OTAN. Un cadeau inespéré, conséquence de l'erratique intervention russe en Ukraine.

En signant le protocole d'adhésion des deux pays à l'organisation atlantique, tonton Sam parachève une lutte à multiple rebondissements de plusieurs décennies pour le contrôle de la Baltique. Si, ne serait-ce qu'il y a quelques années, on avait dit aux stratèges américains qu'ils pourraient l'appeler Mare Nostrum, ils ne l'auraient sans doute jamais cru.

Qu'il est loin le temps où l'OTAN ne trempait que le bout de l'orteil dans la froide mer tandis que Moscou, principalement par le biais de ses satellites, contrôlait une bonne moitié de ses rives, laissant le reste aux placides et neutres Scandinaves...

Une situation qui inquiétait tellement les Américains qu'ils y ont organisé l'une des plus grandes opérations d'intoxication de la Guerre froide. Profitant de l'échouage accidentel d'un sous-marin soviétique sur les côtes suédoises en 1981, Washington organisa le "syndrome du périscope" : une décennie durant, des dizaines d'incursions de submersibles US ou british furent faussement attribuées aux Russes, avec la complicité de l'état-major suédois.

Une manière d'obtenir des crédits supplémentaires pour la marine, de faire pression sur les gouvernements jugés trop mous dans le combat anti-communiste - en 1986, le Premier ministre Olof Palme est d'ailleurs mystérieusement assassiné - et d'hystériser la société suédoise contre le "péril russe".

La chasse aux sous-marins rouges passionna foules et médias et devint une activité à plein temps. On scrutait les flots, cherchant à la jumelle tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à un périscope. Les Américains avaient inventé le false flag déguisé en chasse au trésor...

Même la presse suisse de l'époque sauta à pieds joints : « Y a-t-il eu, au passif d’Olof Palme, ce que les Américains appellent une mollesse sur le communisme? Trois dossiers sont en cause. Le premier porte sur la guerre du Vietnam, au cours de laquelle il montra une extraordinaire hostilité à l’entreprise américaine. Rétrospectivement on dira: un extraordinaire aveuglement au poison totalitaire, qui mitonnait dans les cuisines de Hanoï. Olof Palme montra là les limites d’un regard purement moral sur le politique. Le second dossier est celui du désarmement en Europe. Autour de la commission qui porte son nom, tournent nombre de projets de dénucléarisation et de démilitarisation. Quels que soient leurs mérites, ces projets, par aversion de la dissuasion nucléaire, font la part trop belle à la partie soviétique.

Mais c’est sur le dossier des sous-marins soviétiques que la politique d’Olof Palme était la plus hasardeuse. L’apparition provocante et répétée de ces sous-marins dans les eaux territoriales suédoises, au cours des dernières années, pose un problème très délicat à une petite nation. Au cours des mois récents, Palme, à l’indignation de ses militaires et ses marins, avait donné l’impression de vouloir minimiser cette grave affaire. »

Notons en passant que le célèbre auteur de romans policiers Henning Mankell, créateur de l'inspecteur Wallander, a mijoté un polar autour du sujet (L'homme inquiet). Une œuvre de fiction, certes, mais qui ressemble bougrement à la réalité.

Plus près de nous, la Baltique revenait régulièrement comme l'un des principaux points chauds du bras de fer américano-russe et nos Chroniques ont relayé à plusieurs reprises les provocations diverses et variées, survols sauvages ou manœuvres navales sino-russes. Avec en toile de fond, évidemment, la diva de métal, la Grace Kelly des pipelines :

Le Nord Stream II n'arrête plus de fasciner le monde et les amateurs de thriller en particulier. On croyait avoir tout vu : drone sous-marin bourré d'explosifs, batailles juridiques homériques, farces empoisonnées à répétition (2018 et 2020), fondations écologico-gazières (!) qui s'en mêlent, déchirement de l'OTAN, atomisation de la classe politique allemande, sanctions d'un tel byzantinisme que même leur promoteur commence à s'y perdre, exercices navals menaçants, permis maritimes fantômes...

Mais la tragi-comédie baltique ne s'arrête jamais et nous avons assisté à une nouvelle péripétie digne d'un opéra bouffe. Varsovie vient en effet de piquer une crise de nerfs et a lancé une enquête sur deux bateaux allemands participant aux travaux. Détail absolument croustillant et qui ravira les amateurs de vaudeville, ces bâtiments sont enregistrés... en Pologne !

Inutile de dire que tout ceci appartiendra bientôt, si ce n'est déjà fait, à un âge d'or révolu. Les gazoducs russes vers l'Europe résistaient à la croisade des énergies décarbonées tant que les relations étaient correctes. La rupture profonde, durable qui s'annonce va vraisemblablement à terme sonner le glas des flux entre le Heartland et le Rimland européen.

Si le Nord Stream II ouvrait ne serait-ce que temporairement, il serait maintenant entouré d'adversaires, avec les possibilités accrues de sabotage que cela implique (cf. l'épisode des drones sous-marins). Quant à un éventuel Nord Stream III dont certains commençaient à parler, il n'en sera évidemment jamais plus question.

Autre conséquence géographique catastrophique pour Moscou, l'entrée de la Finlande dans l'OTAN fera passer la frontière otano-russe de 500 km à 1 850 km. Jusqu'ici, seuls deux des trois pays baltes avaient une interface commune, ce qui limitait fortement le front potentiel :

Désormais, c'est open bar :

Avec en prime la menace potentielle sur le goulot menant à Mourmansk, que nous avions évoqué il y a quelques mois :

Malgré sa taille considérable, malgré le manque de défenses naturelles, la Russie a au moins une chance, celle d'être généralement d'un seul tenant. Il existe cependant trois exceptions, trois goulets d'étranglements :

Le premier, face à la Finlande, débouche sur la Carélie, Mourmansk et l'océan Arctique. Le deuxième, entre l'Ukraine (tiens tiens...) et le Kazakhstan, mène à Sochi, devenue quasiment la nouvelle capitale diplomatique russe, puis au Caucase et, depuis 2014, à la Crimée via le pont de Kertch. A l'autre bout du pays, le troisième conduit à l'extrême-orient "utile" du pays et à la mer du Japon.

Cette carte vue du ciel est peut-être plus parlante encore, où l'on voit que les trois pattes de l'ours pourraient être, en théorie, facilement ligotées :

Pour ne rien arranger, les trois boyaux en question contrôlent également l'accès aux trois grands ports (Mourmansk, Sébastopol, Vladivostok) de la flotte russe, dont on sait à quel point la fameuse "tentation des mers chaudes", et même de la mer tout court, a été une obsession stratégique tout au long de l'histoire...

Aussi ne sera-t-on pas surpris de constater que ces trois zones ont toujours été au centre de toutes les préoccupations russes : guerre soviéto-finlandaise de 1939-1940 pour la première et affrontements sino-soviétiques sur le fleuve Amour dans les années 1960 pour la troisième. Avec la "finlandisation" (dont le terme est d'ailleurs entré dans le vocabulaire courant), c'est-à-dire la neutralité de la Finlande, d'une part et le grand rapprochement entre Moscou et Pékin d'autre part, la situation a finalement été réglée sur ces fronts.

Un point névralgique sur lequel l'OTAN aura désormais une vue imprenable.

A court terme, l'adhésion de la Finlande ne devrait rien changer mais c'est évidemment à long terme qu'il convient d'analyser les choses, particulièrement quand on connaît l'entrisme otanien. Hop, je pose une base ici... j'attends quelques années... tiens, un bouclier anti-missiles...

C'est indéniablement le plus grand revers stratégique de Vladimirovitch depuis qu'il a pris les rênes du pouvoir russe en 1999. Les choses auraient-elles pu prendre une autre tournure à partir du moment où le Kremlin était décidé à intervenir en Ukraine ? Oui, si la guerre avait été bien menée.

La chronologie ne ment pas ; c'est après et seulement après que les Russes ont commencé à pédaler dans la semoule ukrainienne (avril) que Stockholm et Helsinki ont fait acte de candidature (mai). Auparavant, tant que l'ours menait rondement les opérations, les précautionneux Scandinaves s'étaient bien gardé d'émettre le moindre souhait. Ils avaient visiblement appris leurs classiques...

Vir prudens non contra ventum mingit

RapSit-USA2022 : Le tournant de la haine

 Aujourd’hui, le principal facteur psychologique de la crise aigu et pathologique de l’américanisme poussée à son extrême par les démocrates-Woke, – dirions-nous ‘démoWoke’, ou le Woke transformant les démocrates en démiurge-postmoderne du démon ? – c’est la haine. Le raid du FBI montrerait alors que la “haine de Trump” l’a emporté sur la “haine de Poutine”, – décisivement par rapport au rendez-vous eschatologique des élections de novembre 2022. Ukrisis aurait alors conduit, par la tension qu’elle expose, à l’identité de la crise finale de la séquence novembre-2022.

Comment est interprété le raid du FBI contre Trump, procédure extraordinaire de la dynamique de ‘weaponization’ de la vie politique US (‘militarisation’ ou ‘violentisation’ de tous les aspects des activités civiles qui ne devraient être que de compromis pacificateurs) ? Du côté conservateur et populiste-indépendant, – plutôt que “du côté républicain” per se où une faction reste antiTrump, – les réactions sont extrêmes, comme celle de Mark Levin, vedette de FoxNews.

« C’est la pire attaque contre cette République dans l'histoire moderne. Point final... Et ce n'est pas seulement une attaque contre Donald Trump. C'est une attaque contre tous ceux qui le soutiennent. C'est une attaque contre toute personne qui ose soulever des questions sérieuses sur Washington, D.C., et l’Establishment des deux partis. Je n'ai pas entendu une seule chose de la direction républicaine du Sénat ! Et vous ? Pas un seul de ces gars n'a fait de déclaration. Parce qu'ils sont faibles. Voilà pourquoi. »

D’une façon générale, cette intervention pour le moins “musclée” du FBI est absolument sans précédent, pour le cas d’un ancien président sans aucun doute, et pour des questions qui semblent assez secondaires puisqu’il s’agirait au pire de récupérer des documents dits ‘classidied’ (vaste domaine pour qui connaît l’obsession du “secret” fe la bureaucratie US) pour les déposer dans les Archives Nationales, – donc semble-t-il, sans connexion ni avec des événements récents, ni avec des cas d’extrême gravité.

(Les acharnés absolument irrésistibles du complot fasciste, qu’on trouve chez ‘WSWS.org’, y voient au contraire une dissimulation des véritables documents à trouver, donc une dissimulation par l’administration Biden, – qui se lave les mains du raid-FBI en refusant de le commenter, – pour réaliser un ‘cover-up’ de la tentative de coup d’État de Trump ; donc Biden protégeant Trump... Chacun son truc.)

Si l’on ajoute le détail charmant que le FBI agissait sur l’équivalent d’une “commission rogatoire” d’un juge qui fut pendant de longues années l’avocat de Jeffrey Epstein, on peut goûter la composition épicée de la marmelade qui nous est proposée (disons “marmelade” comme équivalent très approximatif du nom du plat mexicain ‘Enchilada’ très épicé, est utilisé symboliquement plus que gasroniquement pour désigner cet épisode kafkaien et complotiste).

L’intervention du FBI a, d’une façon générale, aussitôt été interprétée à partir d’un article de loi (dite Section 2071) comme un moyen “légal” d’empêcher Trump de se représenter en 2024. Le constitutionnaliste Jonathan Turley, souvent apprécié comme le meilleur spécialiste du domaine aux États-Unis, souvent consulté par le Congrès, qui est de tendance démocrate et progressiste modéré c’est-à-dire certainement pas du côté de Trump, fait litière de cet argument après avoir étudié attentivement les significations labyrinthiques de l’article de loi cité. Dans son langage châtié et mesuré habituel, Turley laisse voir le jugement extrêmement négatif qu’il porte, notamment sur le comportement du FBI :

« Il y a [donc] de bonnes raisons de douter que la candidature à la présidence soit considérée comme interdite par la loi de cette manière. Ce qui ne fait aucun doute, c'est la façon dont cette nouvelle demande de disqualification serait reçue par des millions de citoyens déjà sceptiques quant aux motivations de l'administration Biden et plus particulièrement du FBI.

» Le fondement et même la motivation de cette descente de police apparaîtront clairement avec le temps, notamment s'il existe des preuves d'une conduite délibérée et illégale de l'ancien président. Cependant, quel que soit le résultat de ce raid, cette “marmelade” sera probablement difficile à avaler pour la plupart des juges comme moyen d'empêcher Trump d'être élu en 2024. »

On ajoutera pour donner une bonne mesure de la tension autour de Trump soudainement réactivée aux USA cet événement venu, mardi, ajouter à la confusion et à la polarisation. Il y a aussitôt, à cette occasion, l’observation par le journaliste Nick Arama, de ‘RedState.com’, que le FBI est « sauvagement hors de tout contrôle », sous l’apprentissage d’un parti démocrate qui a appris, ces dix dernières années, à s’affranchir des us & coutumes accompagnant le régime judiciaire de cette sorte d’affaires aux USA, prévoyant une certaine prudence respectueuse dans les actes d’enquête et de justice vis-à-vis des hommes politiques exerçant ou ayant exercé des fonctions électives. Arama rapporte l’aventure d’un député républicain de la fraction pro-Trump :

« Le représentant Scott Perry (R-PA), un proche allié de Trump et chef du groupe conservateur House Freedom Caucus, a déclaré que le FBI avait saisi son téléphone portable.

» “Ce matin, alors que je voyageais avec ma famille, 3 agents du FBI m’ont rendu visite et ont saisi mon téléphone portable. Ils n’ont pas essayé de contacter mon avocat, qui aurait pris des dispositions pour qu’ils puissent avoir mon téléphone si tel était leur souhait. Je suis outré, – mais pas surpris, – que le FBI, sous la direction du DOJ de Merrick Garland, saisisse le téléphone d’un membre du Congrès en exercice. Mon téléphone contient des informations sur mes activités législatives et politiques, ainsi que des discussions personnelles/privées avec ma femme, ma famille, mes électeurs et mes amis. Rien de tout cela ne concerne le gouvernement."

» Perry a affirmé dans sa déclaration que “comme avec le président Trump hier soir, le DOJ a choisi cette action inutile et agressive au lieu de simplement contacter mes avocats. Ce genre de tactiques de république bananière devrait inquiéter chaque citoyen, – surtout si l'on considère la décision prise devant le Congrès cette semaine d'engager 87 000 nouveaux agents de l'IRS pour persécuter davantage les citoyens respectueux de la loi”. »

Le raid du FBI a été dénoncé effectivement par de nombreux parlementaires républicains de la Chambre, très peu par des sénateurs, ce qui a parfaitement mis en lumière la coupure existant au sein du parti républicain entre les mandarins, les sénateurs beaucoup plus proches de l’establishment et donc anti-Trump, et les députés beaucoup plus proches de leurs électeurs et donc attirés vers le populisme. Pour le coup, il est manifeste que l’affaire profite aux seconds et dessert les premiers, en grandissant l’image de Trump comme martyr et cible du Système, et en renforçant encore l’image des sénateurs républicains comme marionnettes du Système. On observera également que l’événement arrive à point pour relever une dynamique de la popularité de Trump plutôt stagnante, et la relançant auprès de son électorat habituel.

Last but not least’ : Trump a reçu le soutien complet du gouverneur Ron DeSantis, qui laisse entrevoir en privé certaines occurrences où il pourrait désormais entraver de telles actions fédérales dans son État. Ce soutien de DeSantis a d’autre part mis en évidence les étranges risques et contradictions d’une action manipulée par les démocrates pour avoir la peau de Trump pour 2024... C’est-à-dire : serait-ce tellement un avantage pour eux, qui manquent désespérément de personnalités d’envergure pour 2024 (à moins qu’un Biden en chaise roulante fasse l’affaire pour un second mandat) ? Il est alors question de DeSantis bien entendu, comme l’explique l’analyste Jerry Wilson, aussi de ‘RedState.com’ :

« Il est ironique que les démocrates s’efforcent tant d’empêcher Trump de briguer un poste politique à l'avenir. S’ils parviennent à bloquer Trump, ils positionneront immédiatement Ron DeSantis pour les défier en 2024. DeSantis est un ennemi plus redoutable que Trump pour leurs plans. DeSantis a un dossier sur lequel il peut se présenter. La Floride a survécu au COVID en s'ouvrant tôt, s'en sortant bien mieux que tous les autres États qui ont tout fermé. DeSantis dirige par l'action, en soutenant ses paroles avec, par exemple, des décisions directes contre les enseignants guidés par leur programme sur plusieurs fronts, qu'il s'agisse de [toutes les fariboles du wokenisme]. DeSantis joint le geste à la parole.

» Il y a des différences évidentes. DeSantis est loin d'être copie conforme de Trump. Cependant, il est issu du même milieu, dont les porteurs sont facilement identifiables par le fait qu’ils ne se contentent pas d’avertissements sans suite et ne font pas de quartier. DeSantis travaille avec des gens qui partagent les mêmes idées. Imaginez une conférence de presse des correspondants de la Maison Blanche dirigée par Christina Pushaw [l’actuelle porte-parole de DeSantis]. À la fin de la conférence, tous les “journalistes” présents feraient une standing ovation en l’honneur du président DeSantis. »

» Il est naturel de ressentir une juste colère face au raid lâche et ouvertement politique de Mar-a-Lago. Mais ne la laissez pas vous consumer, en provoquant des paroles irréfléchies ou autres. Restez calme et concentré. Il y a de fortes chances que Trump en sorte plus fort que jamais. Même si ce n'est pas le cas, Ron DeSantis est le suivant, il a le sabre laser [de ‘Star Wars’], et il n'a certainement pas peur de l'utiliser. »

La haine de Poutine revient sur Trump

Cet épisode qui enflamme à nouveau l’Amérique contre elle-même, après l’opération ratée d’obtenir ce résultat avec l’affaire de la Cour Suprême vis-à-vis de l’avortement, ne nous intéresse guère dans ses aspects juridiques, politiques, voire complotistes. Il va en effet sans dire, et à peine mieux en le disant, que le raid du FBI est un coup évidemment inspiré par les diverses courroies de transmission du parti démocrate, et par un appareil de justice, FBI compris ô combien, complètement infesté par l’idéologie, – disons “démocrate”, ce qui ne veut rien dire, ou bien “gauchiste”, qui en dit à peine un peu plus. Non, l’idéologie à laquelle nous pensons a déjà été mentionnée d’un mot dans la premier paragraphe : la haine... L’“idéologie de la haine”, des démocrates, de la gauche wokeniste, des globalistes, du Système, – toute la chaîne se déroule...

Au départ, l’“idéologie de la haine” se développe contre Trump, dès 2015-2016. On ne s’intéresse pas de savoir si Trump la mérite, d’ailleurs Trump est un personnage suffisamment incertain et manquant de colonne vertébrale intellectuelle pour qu’il vaille de débattre à son sujet. La seule chose qui importe, c’est Trump “en tant qu’objet de l’‘idéologie de la haine’”. Il en subit les attaques durant toute sa mandature, et après elle, comme complotiste fasciste (le show-bouffe du 6 janvier 2021), puis comme complotiste pour revenir en 2024, – bref pour tout ce qu’on veut, pourvu que l’“idéologie de la haine” subsiste puisqu’elle conserve son objet : s’il y a “un objet de haine“, c’est que la haine est justifiée, et justifiée l’“idéologie de la haine”.

Mais il se trouve qu’à partir de décembre 2021-février 2022, un autre “objet de haine” s’imposa : Poutine. On connaît tout cela, et l’on sait aussi que cet objet n’est pas très maniable, dépendant de facteurs qui échappent aux idéologues de la haine ; d’où une sorte de fatigue de ce choix qui s’est développée, jusqu’à des situations où l’on envisage de lâcher du lest en même temps que Zelenski... Sur ces entre-faits et fort triomphalement, comme dans un film hollywoodien, surgit le FBI à la lumière jusqu’alors toussotante et poussive de l’enquête sur le 6 janvier ; ainsi la haine retrouve-t-elle son objet préféré, et l’on se croit sain et sauf !

Il faut relire notre ‘F&C’ du 9 juin 2022 sur « Les mille-et-une nuances de la haine », où nous examinions la haine lancée comme une ‘charia’ démocratique contre Poutine et la Russie. Tout y est dit, selon nous, sur le moteur de ce sentiment, notamment selon les écrits lumineux du philosophe Günther Anders (auteur  de ‘L’obsolescence de l’homme’ et premier mari de Hannah Arendt), ‘La haine à l’état d’antiquité’. Il y démontrait la puissance méphitique, diabolique de la haine, comme moteur essentiel de la psychologie de destruction (de déconstruction ?) de “l’autre”, – en fait, pour les psychologies malades, le seul moyen d’exister vraiment, comme une ontologie de la dégénérescence de l’esprit (mots en gras de l’auteur, dans la citation) :

« Plus vrai que le célèbre ‘principe ergo’ de Descartes, il y a cet autre, vulgaire, quasi universellement reconnu : “Je hais, donc je suis”. Ou, plus précisément : “Donc, je suis moi”. Ou, finalement : “Donc, je suis quelqu’un”.

» En effet, la haine n’est pas seulement la forme première (pré-théorique) de la négation, elle n’est pas seulement le plaisir anticipé (sadique) d’anéantir l’autre, mais simultanément aussi l’affirmation de soi par négation et destruction de l’autre. [...]

» Le dit de la haine “il faut qu’il ne soit pas, pour que moi je sois”, culmine alors, après l’acte d’anéantissement, dans l’énoncé que voici : “Il n’est plus, donc je suis, moi qui reste l’unique”. »

... D’où l’absurdité tactique, l’erreur stratégique des efforts désespérés des démocrates pour détruire Trump, y compris par des moyens proches d’une “république bananière” (expression affectionnée par les républicains dans leurs ripostes) ; l’absurdité de leur “retour de haine” sur Trump avec le raid du FBI, qui les handicape plus encore pour les élections de novembre et regonfle à fond les populistes et les trumpistes ! Ce que cherchent les démocrates en cours de dissolution, en effet, c’est bien de tenter encore d’exister, et ils retrouvent absolument les constats d’Anders.

Bien entendu, tout cela dépasse Trump, qui se fiche du tiers comme du quart de Günther Anders, dont il se demande dans quel État il opère et combien de voix il peut lui rapporter. Mais on l’a dit, il ne s’agit pas de Trump, mais de la perversion suicidaire des démocrates, donc des USA finalement puisqu’il faut être deux pour danser le tango, – condition sine qua non du fonctionnement d’un système fondé sur les deux ailes du parti unique, – et que le haine n’est pas un rythme propice à cette danse.

Le véritable problème est que cette distorsion psychologique, qui a indubitablement un caractère collectif et qui touche de plein fouet les instances dirigeantes, empêche bien entendu toute coopération, sans parler de réconciliation, et entretient avec une incroyable puissance la crise du système de l’américanisme. Il est d’ailleurs tout à fait possible que nous n’ayons nullement à attendre 2024 pour atteindre un nouveau paroxysme de cette crise ; il est tout à  fait possible que novembre 2022 suffira amplement maintenant que l’attention de la communication est en train de revenir plein feu sur la guerre civile communicationnel au USA : il est tout à  fait possible que cela se fasse au grand désarroi de Zelenski.

 

Mis en ligne le 10 août 2022 à 16H05

ANNE-LAURE BONNEL / KARINE BECHET-GOLOVKO sur AL24news 10/08/2022 - Censure et Propagande

 


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La vision du terrain par Anne-Laure Bonnel - reporter de guerre, de terrain, au côté des civils.

Karine Bechet-Golovko s'exprime sur la censure des medias et la propagande.


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Source video ANNE-LAURE BONNEL

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ALEXANDRE JUVING BRUNET 2022
@AlexandreJuvingBrunet


mercredi 10 août 2022

Grossièretés sur l'ego


 

Toujours accompagnée d'Un Cours en Miracles et des ouvrages de Gary Renard, un ptit blabla de présentation de l'ego qui grince quand on le regarde en face...😏 pourquoipasmoi@protonmail.com Telegram : @alicepazalmar Soutenir Pourquoi Pas https://fr.tipeee.com/pourquoipasmoi

mardi 9 août 2022

La Russie met en garde contre des conséquences catastrophiques si l'Ukraine continue de bombarder la centrale nucléaire de Zaporizhzhia.

  08.08.2022 17:18

International

L'alimentation en électricité de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia a été interrompue après que les forces ukrainiennes ont bombardé les lignes électriques dans la région, a déclaré le ministère russe de la Défense. Le Kremlin a mis en garde contre le risque de catastrophe.



La Russie met en garde contre des conséquences catastrophiques si l'Ukraine continue de bombarder la centrale nucléaire de Zaporizhzhia.

La ligne à haute tension Kakhovskaya, qui alimente en électricité les régions de Zaporizhzhia et de Kherson, a été endommagée à la suite du bombardement, a déclaré le ministère russe de la Défense.


"Une surtension s'est produite à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, ce qui a provoqué de la fumée sur le tableau de commutation ouvert de la centrale. Le système de protection a été activé, les alimentations électriques ont été coupées automatiquement", a déclaré le ministère.


Les pompiers qui sont arrivés sur les lieux ont éliminé la fumée, a ajouté le ministère de la Défense. Afin d'éviter toute perturbation de la centrale nucléaire, le personnel a réduit la capacité des cinquième et sixième unités à 500 MW.


La centrale nucléaire de Zaporizhzhia est la plus grande centrale nucléaire d'Europe. Elle est située à Enerhodar, en Ukraine. Le 28 février, quatre jours après le début de l'opération spéciale en Ukraine, le ministère russe de la Défense a indiqué que les troupes russes avaient pris le contrôle du territoire de la centrale. Depuis lors, l'administration militaro-civile (AMC), qui a été formée sur le territoire de la région de Zaporizhzhia, a signalé à plusieurs reprises des incidents de bombardements en provenance d'Ukraine.


Le 5 août, deux lignes électriques nécessaires au fonctionnement des unités de production des centrales nucléaires ont été endommagées par les bombardements. Dans la nuit du 6 au 7 août, des fragments et un moteur de fusée se sont écrasés à environ 400 mètres de l'unité de puissance en fonctionnement, a indiqué l'administration.


Le Kremlin a averti que le bombardement de la centrale nucléaire était extrêmement dangereux et pouvait entraîner des "conséquences catastrophiques pour un vaste territoire, y compris l'Europe."


L'ambassade de Russie aux États-Unis a demandé aux médias américains de cesser de "claironner les inventions russophobes" selon lesquelles Moscou serait impliqué dans le bombardement de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. La situation réelle est exactement le contraire, a déclaré l'ambassade, qui a exhorté l'ONU et l'AIEA à prendre "des mesures immédiates pour empêcher les provocations dans les installations dangereuses pour la santé en Ukraine."

Автор: Peter Yermilin
Voir plus à https://france.pravda.ru/news/international/1305409-zaporizhzhia_npp/


Ukrisis, calvaire du Quatrième Pouvoir

source : https://www.dedefensa.org/article/ukrisis-calvaire-du-quatrieme-pouvoir

 • Voyons deux “polémiques” (valent-elles ce mot ?), celle du rapport Amnesty sur le comportement des armées ukrainiennes, celle du documentaire CBS.News sur le décompte faisant que cette armée reçoit autour de 30% des armes qu’on lui envoie en express. • Tout cela, bien de notre temps, permet de mesurer l’étendue extraordinaire de la corruption totale de la communication (la presseSystème) dans le bloc-BAO. • Rien pour s’étonner que 89% de la population US n’a pas confiance dans sa presse. • Contributions : dedefensa.org et Fabrizio Casari.

Dans le texte présenté ci-dessous, il est question d’une enquête Gallup sur le degré de confiance du public aux États-Unis, dans la presse écrite depuis 1973, et dans la presse radio-télévisée depuis 1993, – jusqu’à nos jours, bien entendu. Il faut retenir l’année 1973 comme point de départ parce que cette année est celle de l’enquête Bernstein-Woodward du Washington ‘Post’ sur le Watergate. 1973 est donc à la fois le bouquet du feu d’artifice de la ‘Grande Illusion’ sur la probité quasiment Providentielle du ‘Quatrième Pouvoir’ aux USA (c’est-à-dire “dans le monde”, si l’on s’en tient au mythe), et l’ultime marche menant au sommet du ‘Principe de Peter’ à cet égard ; celle-ci suivie immédiatement de la chute jusqu’à présent, dans cette autre symbolique cinématographique dite en langue originale, – ‘The Harder They Fall’ (version 1956, un “Plus dure sera la chute” correspondant mieux à notre propos puisqu’il y est question du journalisme corrompu).

La présentation de l’enquête Gallup par notre auteur Fabrizio Casari est ainsi rédigée, de façon à nous faire bien comprendre que s’emmêlent tous les fils multiples du Système, que le Système produit lui-même pour lui-même, en une illustration de plus de l’équation “Surpuissance = Autodestruction”.

« La grande nouvelle, ces jours-ci, cependant, est que seulement 11 pour cent de la population américaine, conserve un degré de confiance dans ce que les médias publient, 89 pour cent ne les considèrent pas comme fiables ou véridiques. Dire cela, ce n'est pas être un rebelle ou un militant du système des médias alternatifs, loin de là.

» C’est ce qu’affirme Gallup dans son sondage annuel sur la confiance des citoyens dans les médias. Il s’agit d'une enquête qui analyse le niveau de confiance dans la presse écrite depuis 1973 et dans la radio et la télévision depuis 1993. Gallup ne peut certainement pas être épinglé pour avoir affiché des positions anti-système, car c'est l'une des plus grandes multinationales américaines dans le secteur des sondages d'opinion. Son poids dans l'orientation et le décryptage des flux électoraux aux Etats-Unis est reconnu. Son enquête a donc tous les stigmates de la véracité et de la crédibilité. Précisément ce que le système médiatique ne semble plus apprécier. »

Nous laissons à Casari, qui le fait excellemment, la tâche d’analyser la maladie mortelle qui, depuis 1973-1993, emporte l’homme (ou/et la femme, certes) en charge de l’information dans un tourbillon de corruption d’abord intellectuelle, dans tous les cas psychologique, et cela jusqu’à l’abjecte soumission qui en résulte sous nos yeux d’une façon incroyablement brutale depuis quelques mois, depuis quelques années si l’on veut en juger sur le fond. Pour autant, ce n’est pas nécessairement un mal, ou bien est-ce un mal nécessaire qui ne fait que découvrir, mettre en pleine lumière, la réalité profonde du Quatrième Pouvoir. Pour nous et à l’image du scandale, simulacre lui-même du pseudo-triomphe d’une pseudo-morale politique, 1973 et le Watergate consacrent un simulacre de triomphe journalistique.

« Woodward est l’archétype du vrai-faux héros journaliste de la narrative américaniste, à l'audition de laquelle nos intellectuels germanopratins béent d’admiration, avec le Premier Amendement en bandoulière. Le héros du Watergate, qui a reçu tous les lauriers et s’est bâti une fortune sur cette gloire, à la différence de son compère Bernstein qui eut la peau de Nixon avec lui, Woodward, donc, est un ancien agent du renseignement naval, proche du chef d'état-major de la Navy devenu président du Joint Chiefs of Staff (JCS) d’alors (l’amiral Moorer en 1970-74), avant d’entrer au Post et de se retrouver avec l’affaire du Watergate. L’élimination de Nixon, à partir d’informations obtenues plus par des complicités suscitées directement et indirectement par le JCS que par des vertus journalistiques et progressistes, tombait à pic pour les militaires qui craignaient de fortes réductions du budget du Pentagone et un arrangement avec l'URSS. (Voir notamment le livre ‘The Silent Coup’, de 1992, de Len Colodny et Robert Gettlin, sur cet aspect du Watergate, et sur la carrière de Woodward à la gloire du journalisme le plus libre du monde.) Bref, Woodward a toujours copiné avec les militaires ; il a poursuivi durant les années Bush, avec un accès idéal au président pour pouvoir publier quelques best-seller qui ont arrondi sa fortune ; il semble qu’il continue aujourd’hui parce qu'il n'y a aucune raison d'abandonner les bonnes choses… »

Aujourd’hui, précisément ces jours-ci, la presse américaniste avec en bandouillère soumise la presse du bloc-BAO, est en train de rencontrer quelques écueils redoutables après plusieurs mois extraordinaires d’une propagande d’une puissance jamais vue, jamais simplement imaginée comme possible, à propos d’Ukrisis et de tout ce qui va avec. On visionnera deux vidéos françaises, celle de Florian Philippot du parti des ‘Patriotes’, surtout celle de l’excellent duo Régis de Castelnau-Sylvain Ferreira (hebdomadaire depuis un mois sur le site ‘VuduDroit.com), qui s’attachent notamment, avec beaucoup de verve et de précision par rapport à la presseSystème hexagonale, à deux polémiques de ces cinq derniers jours. Dans ces deux cas, on rencontre des circonstances peu ordinaires puisque les deux polémiques ont lieu entre des acteurs du Système, et qu’elles se concluent (pour l’instant) par des prises de position et des argumentations convenues, ambigües, contradictoires, et extrêmement révélatrices des troubles que suscite l’obligation, ou le “devoir” de suivre des narrative qui ont, si souvent, si peu de rapports avec la réalité qu’on se croirait emportés dans un autre monde.

• La première de ces polémiques concerne le rapport d’Amnesty International impliquant, dans des termes d’une prudence extraordinaire, les forces ukrainiennes dans des opérations qui ont été le théâtre de l’“utilisation” de civils comme “boucliers humains”, – selon le terme consacré. La question concernant le sujet traité porte simplement sur l’absence de la presseSystème dans de telles possibilités, par ailleurs très souvent affirmées et documentées de la part de sources indépendantes ou dissidentes. Il s’agit ici de l’indifférence totale de la presseSystème pour de tels agissements de la part des Ukrainiens, comme si effectivement “de tels agissements” étaient impensables de leur côté.

Il s’agit également, de la part d’Amnesty qui constitue une source (en général complètement alignée sur le Système) d’information autant qu’un journal d’information, d’un comportement non moins extraordinaire tendant à “s’excuser” auprès de ceux qui ont pu être “choqués” par le rapport, tout en maintenant complètement les conclusions de ce rapport. Le caractère extraordinaire est donc dans ceci qu’une source d’information présente toutes ses “excuses” à ceux qu’on pourrait désigner comme des opérateurs du “catéchisme de la narrative”, qui se sont manifestés par des pressions considérables (réseaux sociaux notamment), du fait que la réalité ait refusé de se conformer à la narrative...

« ...Le document en question a été publié jeudi. Tout en fustigeant les forces russes, l’enquête a également visé l’armée ukrainienne, affirmant qu’elle avait fait preuve d’une tendance troublante à “mettre les civils en danger et à violer les lois de la guerre” en opérant depuis des infrastructures résidentielles, y compris des écoles.

» Dans un courriel envoyé à Reuters dimanche, Amnesty a déclaré regretter “profondément la détresse et la colère que notre communiqué de presse sur les tactiques de combat de l'armée ukrainienne a provoquées”, comme le cite Reuters.

» Le groupe de défense des droits a poursuivi en expliquant que son “seul objectif” en publiant cette analyse était de veiller à ce que “les civils soient protégés”. Il a également précisé qu'il “s'en tient entièrement à ses conclusions”. »

• La deuxième polémique concerne l’affirmation, extraite d’un documentaire de CBS.News que seulement 30% des armements livrés à l’Ukraine par des pays du bloc-BAO parviennent à leurs destinataires. Cette affirmation n’est d’ailleurs pas nouvelle et elle revient à la surface régulièrement, d’ailleurs sans vraiment étonner quiconque, même si quelques parlementaires s’en émeuvent.

Les personnes interviewées et parlant plus ou moins précisément dans ce sens (30% expédiés, 70% envolés) sont Jonas Ohman, Lituanien fondateur d’une organisation s’employant à faire passer ces équipements en Ukraine, et Donatella Rivera d’Amnesty International (décidément), affirmant qu’« il n’y a vraiment aucune information sur la destination [des armes] ». Le documentaire avait été mis en ligne jeudi, puis il a été retiré à la suite de pressions du même type que vu précédemment à propos du rapport d’Amnesty, avec promesse de modifications adéquates.

« Le documentaire a été retiré du site Internet de CBS dimanche soir, et la citation d'Ohman a été supprimée du compte-rendu écrit. CBS a placé une note d’avertissement disant que les livraisons d'armes se sont “considérablement améliorées” depuis le tournage en avril, et que les États-Unis ont envoyé un haut responsable militaire à Kiev ces derniers jours “pour le contrôle et la surveillance des armes”.

» L'organisation d'Ohman a publié une déclaration affirmant que le documentaire avait sorti ses propos “de leur contexte”, mais n'a pas nié que 70 % de l'aide militaire reçue avait disparu en avril. Les armes n'étaient pas “volées” ou “vendues sur le marché noir”, a expliqué l'organisation, mais finissaient dans les mains de “différents acteurs du pouvoir" qui tentaient de “consolider leurs positions”. L'identité de ces acteurs n'a pas été précisée. »

Il s’agit donc, dans les deux cas, de journalistes qui n’en sont pas vraiment, de “précisions” erratiques sinon grotesques (qui nous dira ce que sont, dans l’armée ukrainienne, « différents acteurs du pouvoir [tentant de] consolider leurs positions » ?), d’un des plus grands réseaux TV du monde passant un documentaire sur une guerre en cours qu’il affirme daté de 3-4 mois, et ainsi de suite. On comprend bien que ce désordre-bouffe marque essentiellement un point-limite, avec notre monde de la modernité entrant sur une terra incognita où il n’est plus possible de faire tenir la narrative dans les limites exigées par les réseaux sociaux ; avec un “Principe de Peter” si totalement dépassé depuis si longtemps et depuis si bas désormais, que l’on se trouve presque dans la totale impuissante incapacité de pratiquer le métier de journalisteSystème, inverti, soumis, attentif aux consignes, etc. Nous préférons en effet cette explication de l’impuissance de la soumission à trouver à propos le mensonge qui sied à celle qui ferait de ces polémiques qui n’en sont d’ailleurs pas vraiment, des avertissements voulus à l’attention de Zelenski qu’on se préparerait à lâcher.

En fait, Zelenski n’a jamais été tenu très fortement, nul dans nos directions américanistes-occidentalistes n’a cette force ; nul, non plus, n’a vraiment besoin de lui précisément... Mais nul, par ailleurs, n’a ni la capacité de le liquider, ni l’idée ou l’audace de lui chercher un successeur, ni la volonté finalement de décider quoi que ce soit sinon d’imposer des sanctions et de livrer des howitzer qui finiront à un prix abordable sur le ‘Dark-Net’. S’attarder plus longtemps sur les tenants et les aboutissants de ces affaires, c’est leur faire bien de l’honneur et leur donner une importance qu’elles n’ont évidemment pas. Tout se passe entre bandes aguerries et entre bandits, qu’on soit sur la ligne de front ukrainienne, à Kiev avec les époux Zelenski, au Pentagone ou chez CBS.News. Ces affaires en forme de polémiques au rabais sont la marque de la panique autant que de la désintégration, de la dissolution du monstre puant qui se décompose, – le Système soi-même... Alors, les petites mains s’affolent un peu, certaines allant jusqu’à dire une vérité-de-situation, mais par inadvertance, rien de plus, qu’on puisse ensuite la rectifier en bidouillant un documentaire comme l’on a coutume de faire de toutes les façons.

Et tout cela nous vient du Quatrième Pouvoir, dont Fabrizio Casari trace un historique de sa chute dans le cadre du système de l’américanisme. Sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’ en version française à partir de l’original.

dedefensa.org

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Au chevet des médias américains

Il était une fois le journalisme américain. Comme dans tous les ganglions vitaux du système de circulation des idées, la mythification de la profession de journaliste a constitué la toile de fond du récit médiatique contemporain. Ce récit parlait d'une presse libre et véritablement puissante, d'un quatrième pouvoir qui faisait trembler tous les autres. On a vanté les mérites de son école de journalisme d'investigation (qui se résume en gros à “suivre l’argent” [“Follow the Money”]) et de son modèle de reporter sans peur et sans reproche, qui ne recule devant rien ni personne, qui ne craint ni la vengeance ni les représailles car son seul objectif est la Vérité, avec un grand “V”, sans médiation et sans contexte.

Pour alimenter le mythe du journalisme made in USA, ils ont décidé de sanctifier cette image. Ils ont même inventé le prix Pulitzer, une sorte de prix Nobel du journalisme qui devait être décerné chaque année à ceux qui s'étaient distingués dans leur travail de découverte et de dénonciation des maux du monde. Que ce soit les maux qu'il était commode pour les États-Unis de dénoncer est un autre aspect de l'histoire.

La grande nouvelle, ces jours-ci, cependant, est que seulement 11 pour cent de la population américaine, conserve un degré de confiance dans ce que les médias publient, 89 pour cent ne les considèrent pas comme fiables ou véridiques. Dire cela, ce n'est pas être un rebelle ou un militant du système des médias alternatifs, loin de là.

C'est ce qu'affirme Gallup dans son sondage annuel sur la confiance des citoyens dans les médias. Il s'agit d'une enquête qui analyse le niveau de confiance dans la presse écrite depuis 1973 et dans la radio et la télévision depuis 1993. Gallup ne peut certainement pas être épinglé pour avoir affiché des positions anti-système, car c'est l'une des plus grandes multinationales américaines dans le secteur des sondages d'opinion. Son poids dans l'orientation et le décryptage des flux électoraux aux Etats-Unis est reconnu. Son enquête a donc tous les stigmates de la véracité et de la crédibilité. Précisément ce que le système médiatique ne semble plus apprécier.

La chute verticale de la perception positive des médias n'est évidemment pas tant liée à des signatures ou à des émissions individuelles, mais au brusque renversement de rôle que le journalisme occidental a entrepris depuis la fin des années 1980. A supposer qu'il ait jamais été ce qu'il prétendait être, – le chien de garde du pouvoir – il n'y a aucun doute sur le brusque et profond revirement qui voit aujourd'hui l'ensemble du système médiatique devenir un authentique appareil de défense de la pensée unique. Le quatrième pouvoir s'est, en somme, aligné sur les trois autres, et l'acte d'équilibrage, produit des rôles distincts entre contrôleur et contrôlé, est devenu un exercice rhétorique dépourvu de toute preuve réelle.

Ce que propose cette étude Gallup, c'est la courbe descendante d'un système médiatique conçu comme un soutien militant de la chaîne systémique. Il expose le manque de crédibilité manifeste qui est le résultat d'un mode d'information dont la structure de propriété comprend les grands groupes bancaires et d'assurance internationaux, et qui convoque les lecteurs et les auditeurs à une interprétation des événements politiques adaptée aux intérêts des propriétaires des médias.

Ce que Gallup ne peut pas dire, mais qui est clairement écrit entre les lignes du rapport, c'est que le rôle des médias comme courroie de transmission entre les institutions et les citoyens n'est plus rempli. Cette relation dialectique a été remplacée par une fonction à sens unique, à savoir celle des corps intermédiaires (tels que les médias) qui servent de caisse de résonance à la parole des puissants pour obtenir le consensus dont ils ont besoin. C'est clair pour tous désormais: le manque de fiabilité du système parce qu'il repose sur une chaîne d'approvisionnement mortelle, les banques possédant les gouvernements et les médias et utilisateurs d'informations étant appelés à partager alors qu'ils ne possèdent rien. La liberté de la presse n'est que la liberté des maîtres de la presse, qui décident ce qui est diffusable, comment et quand les faits et les commentaires sont diffusés. L'objectif, de grande envergure, est clair: convaincre les citoyens que ce sont les plus pauvres d'entre eux, et non les plus riches, qui sont à blâmer pour leurs incertitudes et leurs difficultés économiques ; ils leur demandent de se lancer dans la guerre contre le socialisme, qui, si elle est gagnée, les rendra pauvres, mais qui, au passage, leur enlèvera leur maison, leur emploi, leur santé, leur bien-être, leur éducation, leurs transports. Ce que dit l'enquête Gallup, en fin de compte, c'est que ce récit ne peut plus être répété à l'envi.

La participation émotionnelle des meilleurs et (surtout) des pires journalistes, qui font étalage d'un pathos digne d'autres causes envers les politiques gouvernementales et qui renoncent à émettre des doutes, à poser des questions, à creuser ce qui est occulte, sont quelques aspects de ce journalisme réduit à la propagande, fonctionnel à la diffusion de messages politiques occidentaux et non à l'information sur ce qui se passe, pourquoi cela se passe, quels intérêts cela déplace et à qui cela profite. Ce qui apparaît, c'est un mode de transmission politique de l'information qui est toxique, manquant de crédibilité et de fiabilité, les deux composantes les plus importantes d'une information saine.

Puis il y a le revers de la médaille ; encore plus agressif, il atteint les sommets criminels de la censure sans trace apparente. Prenez, par exemple, Julian Assange, qui a fait de la déontologie journalistique sa mission et qui, pour cela, a dû affronter la traque, le rôle du réfugié, les complots inventés pour le discréditer, la génuflexion honteuse de l'Équateur face aux exigences américaines. Ou Edgar Snowden, contraint de se réfugier en Russie pour avoir raconté ce qu'on lui a apporté, après avoir vérifié sa crédibilité et son sérieux. Et il y a aussi des journalistes moins connus du grand public, comme le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tué dans son ambassade, dépecé et mis en pièces dans une valise envoyée à Ryad au prince héritier.

Mais si l'on veut prendre un bon exemple de la manière dont le journalisme d'investigation est soumis à la persécution politique, il faut ériger sur le plus haut podium Gary Webb, le journaliste américain du San Francisco Examiner, auteur du livre The Dark Alliance, où il dénonce le rôle de la CIA et de la Maison Blanche, alliées au terrorisme et au trafic de drogue, avec la complicité et l'intérêt partagé de l'armée de l'air salvadorienne dans le trafic d'armes et de drogue servant à fournir des armes aux Contras au Nicaragua. On l'a trouvé mort avec deux coups de fusil dans la poitrine, mais on a dit qu'il s'était suicidé. C'est un miracle d'automutilation acrobatique que de se tirer une balle dans la poitrine, puis de ramasser le fusil et de se tirer à nouveau dessus.

Sur ces crimes odieux, auxquels on peut ajouter la liste des journalistes tués par des soldats israéliens dans les Territoires occupés, le silence est d'or. Ceux qui devraient - par statut et par objectif - attirer l'attention du public sur de telles déviances font au contraire partie prenante du système politique qui dirige les médias. Comme Reporters sans frontières, une organisation qui doit ostensiblement dénoncer les attaques contre les travailleurs de l'information mais qui, comme l'a amplement avoué son fondateur, Robert Menard, est une structure entièrement financée et dirigée par la CIA pour protéger ses intérêts. Un cas explicite du contrôleur acheté par le contrôlé, presque une périphrase du schéma général dans lequel nous nageons quotidiennement, risquant de voir au loin et de prendre les requins pour des canots de sauvetage.

L'enquête de Gallup ne dénouera pas les enchevêtrements pervers du système médiatique, otage du système économique, des journalistes qui commencent avec un esprit indépendant et finissent peu après comme thuriféraires. Elle ne lèvera pas le voile sur les raisons pour lesquelles ceux qui écrivent, parlent et passent à la télévision aujourd'hui militent avec ardeur dans les rangs du néolibéralisme atlantiste. Elle ne proposera pas non plus l'insoutenabilité d'un système international qui assigne à l'Occident le contrôle total du circuit des médias et qui, dans le même temps, définit sans vergogne la fameuse minorité non alignée comme un objet de "censure".

Mais si le récit du système unipolaire perd en crédibilité et en fiabilité, c'est tout le système politico-médiatique de l'empire qui en pâtira. Gallup ouvre ainsi un scénario plus large. Les files de sans-abri aux portes des villes américaines ignorées par la presse, la radio et la télévision représentent bien le degré de confiance dans les médias et leur capacité à décrire la réalité. Ce qui ne fonctionne probablement plus dans les médias est ce qui ne fonctionne plus dans le système politique.

Fabrizio Casari