mardi 8 mars 2022

Michel Collon à CSOJ: "L'OTAN est une association de criminels"


 


Pour devenir Amis d'Investig'Action : https://dons.michelcollon.info/fr/ ou écrire à dons@investigaction.net Pour commander nos livres : https://boutique.investigaction.net/fr/ Page Facebook : https://www.facebook.com/InvestigActi... En 2012, quand Frédéric Taddeï animait encore Ce Soir ou Jamais sur France 3, Michel Collon était intervenu pour expliquer la véritable nature de l'Otan ainsi que les liens entre notre modèle économique et les guerres de pillage.

Situation de Marioupol au 8 mars

 mardi 8 mars 2022


Dernière minute : 

Quelques civils seulement (23 recensés à 13h00) et des villages périphériques comme Sartana au Nord Est de Marioupol ont pu quitter les zones bombardées vers le territoire contrôlé par les forces républicaines de la République Populaire de Donetsk, mais à 16h00 aucune information signalait une évacuation depuis la ville portuaire elle-même, soumise aux radicaux nationalistes qui refusent toujours toute évacuation des civils de leurs postions défensives.

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La situation  à Marioupol devient plus tendue chaque jour tant sur le plan humanitaire pour les quelques 400 000 civils pris en otage dans la cité assiégée que sur le plan militaire avec des combats au sol qui ont commencé sur ses faubourgs Est. 

1 / Les corridors humanitaires pour évacuer les civils.

Ce 8 mars 2022, les autorités russes et ukrainiennes vont tenter pour la quatrième fois de procéder à l'évacuation des civils de plusieurs villes assiégées: principalement Tchernigov, Soumy, Kharkov et Marioupol où les combats et bombardements s'intensifient. 

Les 3 précédentes tentatives d'évacuation, n'en déplaise aux ukro-atlantistes accusant stupidement les forces russes, ont échoué du seul fait du refus inhumain des radicaux nationalistes (militaires ou politiques) de voir quitter ces boucliers humains des villes assiégées car leur présence, imbriquée à celle des soldats ukrainiens tempère sensiblement les bombardements terrestres et aériens russes qui, malgré des pertes civiles collatérales inévitables s'efforcent d'être aussi précis que possible sur leurs cibles militaires, logistiques et de commandement...

Ma petite mise au point orale au sujet des 
civils bloqués dans les villes assiégées:

Dans des articles récents j'ai développé cette situation humanitaire dramatique et démontrer la prise en otage inadmissible autant que logique des populations civiles par les soldats ukrainiens encerclés (articles iciici et ici notamment).

Et hier, une autre preuve de cette volonté des forces ukrainiennes au combat de faire des civils des boucliers humains a été interceptée par les ressources électroniques du renseignement militaire républicain : 

Conversation entre un officier ukrainien indicatif "Agathe" et son subordonné, indicatif "Hibou 1" lors de la bataille de Volnovakha au Nord de Marioupol:
  • SAVA 1: "près de la 4ème maison j'observe des locaux, beaucoup avec des sacs, ils veulent se barrer dans le corridor des "sépars". Tu m'entends ?"
  • AGAT: "quoi ? répète, putain !"
  • SAVA: "les civils veulent partir avec leurs sacs, Que dois t-on faire ?
  • AGAT: "Freine les, ramenez les dans leurs maisons et qu'ils y restent !, TANT QU'ILS SONT LA LES RUSSES NE NOUS BAISERONT PAS AVEC LEURS GRADS"
  • SAVA: "Agat, peut-être qu'on les emmerde ? laissez les se barrer"
  • AGAT: "t'es un putain de connard ? ... suivi d'autres insultes et jurons
  • AGAT; "tant qu'ls sont là les grads ne nous baiseront pas !!!" et autres grossièretés
  • AGAT: "T'as compris ?"
  • SAVA: "Compris, accepté."

La grande interrogation maintenant est de savoir si le gouvernement ukrainien, dont les représentants ont accepté lors de la 3e réunion de négociations du 7 mars d'organiser enfin ces corridors humanitaires ont réellement une autorité sur leurs soldats confrontés à la réalité du terrain et qui tremblent pour leur carcasses...

Si cette 4ème tentative d'évacuation des zones de combats échoue on saura que l'équipe Zelensky ne contrôle plus rien sur le terrain et que le sort de centaines de milliers de civils est entre les mains de psychopathes tel que les soudards d'Azov qui, au lieu de se battre en soldats, sont prêts à tout pour tenter de sauver leurs peaux.

2 / Les combats ont commencé aux portes de Marioupol

Lisière Est de Marioupol

Rappel: 

Marioupol, 2ème plus grande ville de la République Populaire de Donetsk et principal port industriel de la mer d'Azov est encore occupée par les forces ukrainiennes, constituant avec Kharkov au Nord un de leurs principaux bastions résistant encore aux forces russes et républicaines qui, depuis le 4 mars 2022 l'ont encerclé par une jonction Est-Ouest de leurs opérations.

400 000 civils sont pris au piège au milieu de plusieurs milliers de combattants ukrainiens dont une part importante de radicaux nationalistes représentés par le régiment spécial "Azov". En dehors des tentatives d'activation des corridors humanitaires (entre 10h00 et 16h00) les bombardements et les combats se poursuivent.

Vue aérienne des lisières Est de Marioupol assiégée

L'étau autour de Marioupol se resserre chaque jour un peu plus les forces républicaines ayant forcé les forces ukrainiennes a abandonné plusieurs de leurs positions extérieures, notamment au Nord Est et Sud Est de la ville. La progression se fait très lentement à cause des positions ukrainiennes organisées et fortifiées, des mines dispersées partout dans leur périmètre et surtout de la présence de civils contraints de rester sur la zone des combats. 

Opérations militaires républicaines du 7 mars 2022 à Marioupol

Le 7 mars, après l'annulation des corridors humanitaires par les forces ukrainiennes, les milices républicaines appuyées par les forces russes ont mené des attaques sur les défenses périphériques de la ville depuis 3 directions :

  • Au Sud Est du district de Livoberezhni, les milices de la RPD, avec l'appui de l'aviation russe ont attaqué les défenses de l'avenue Pobedy ("av. de la Victoire"),
  • Au Nord Ouest du même district de Livoberezhni, d'autres attaques républicaines sont engagées la M14, une voie d'accès principale et rapide vers la ville,
  • Au Nord Est dans le district de Kalmiuskyi, quartiers de Vostochny et Mirny des opérations sont en cours pour réduire le saillant ukrainien près de Stary Krim,
  • A l'Ouest, dans le quartier d'Osaviakhim, les forces républicaines ont réussi à prendre pied dans ce quartier (info confirmée par l'Etat Major russe).

Les infos sont très parcellaires et de plus infectées par les discours propagandistes qui pour les uns annoncent une libération de Marioupol imminente et pour les autres des défaites russo-républicaines cinglantes aux portes de la cité. 

Je pense pour ma part que toutes les attaques reportées ci dessus par des flèches rouges n'ont pas connus les mêmes résultats d'une part parce qu'elles n'ont pas rencontré les mêmes résistances mais aussi certainement parce qu'elles n'avaient pas les mêmes objectifs :

Lorsqu'on regarde la carte des opérations on observe une avancée effective des forces républicaines au Nord Ouest de Marioupol et, diamétralement opposées à cette offensive, des attaques menées, à priori sans conquête territoriales, sur des voies pénétrantes importantes (M14 et avenue Pobedy) qui permettent d'arriver au centre ville très rapidement et donc doivent bénéficier d'une défense solide et profonde. Je pense, mais ce n'est qu'une hypothèse personnelle que ces attaques sur le flanc Est de Mariupol avant pour objectif d'y fixer les forces de réserves ukrainiennes le temps que sur le flanc Ouest les autres opérations militaires russo-républicaines puissent prendre pied dans les faubourgs. Et la chronologie des actions, leur éloignement géographique, la densité des appuis russes à l'Est semblent confirmer que les attaques sur ce flanc oriental d la ville avaient pour objectif certes de tester les défenses ukrainiennes mais surtout d'yn faire diversion pour faciliter la progression de l'autre côte de la ville.

Parmi les unités républicaines qui ont abordé les 
faubourgs de Marioupol se trouvent des éléments
du bataillon "Vostok" , aujourd'hui 11ème Régiment

Parallèlement à ces opérations militaires, la guerre psychologique est également en train de monter en puissance, tant du côté ukrainien, où des intimidations et menaces sont proférées par les nationalistes contre la population civile mais aussi contre les soldats qui penseraient à se rendre, que du coté russo-républicain où des tracts et des messages radio sont lancés pour appeler la population à s'abriter et les ukrainiens à se rendre pour l'épargner ainsi qu'eux mêmes :

Exemple des tracts largués sur Marioupol et appelant les forces 
ukrainiennes à se rendre sans combattre pour éviter un massacre 

Les heures prochaines seront sans nul doute décisives tant pour la population civile qui attend désespérément de pouvoir fuir ce chaudron urbain infernal que pour les forces républicaines qui espèrent un délitement de la cohésion défensive ukrainienne au sein de laquelle le comportement fanatique et suicidaire des radicaux d'Azov ne fait pas l'unanimité.

Espérons qu'au mieux les forces ukrainiennes s'effondrent moralement et se rendent, au pire que les civils puissent enfin sortir de ce piège mortel car le pire des scénarios serait que les forces russo-républicaines entrent dans une zone urbaine au milieu de soldats fanatiques et de civils pris en otage !

Les rues de Marioupol sont désertées dans 
l'attente de la bataille qui se rapproche

Et cette situation dramatique de Marioupol n'est pas isolée, le même scénario se répétant aujourd'hui à Tchernigov, Soumy, Kharkov, et probablement demain à Mykolaïev, Kramatorsk, Kiev etc...

Sans compter qu'à un moment donné les forces russes qui doivent respecter leurs calendrier opérationnel devront user de moyens plus lourds pour garantir leurs victoires rapidement et forcer le pouvoir de Kiev à capituler pour que l'Ukraine retrouve le chemin de la neutralité et de l'indépendance !
 
Erwan Castel


Source : https://alawata-rebellion.blogspot.com/2022/03/situation-de-marioupol-au-8-mars.html

Anne-Laure Bonnel - Ukraine : "Ceux qui appellent à la guerre ne la connaissent pas !"


 Sud Radio

Avec Anne-Laure Bonnel, reporter de guerre indépendante et enseignante en audiovisuel à La Sorbonne et à l’ENS Cachan. Réalisatrice de “Donbass” en 2016, contributrice pour Le Figaro. Retrouvez Bercoff dans tous ses états avec André Bercoff et Augustin Moriaux du lundi au vendredi de 12h à 14h sur #SudRadio. Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry ——————————————————————— ▶️ Suivez le direct : https://www.dailymotion.com/video/x75... 🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/ ——————————————————————— 🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴 ▪️ Facebook : https://www.facebook.com/SudRadioOffi... ▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradiooff... ▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio ▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr ——————————————————————— ☀️ Et pour plus de vidéos de Bercoff dans tous ses états : https://youtube.com/playlist?list=PLa...

lundi 7 mars 2022

Prolégomènes à la guerre d'Ukraine

 


Que vous ouvriez un journal, consultiez un site, allumiez la radio ou la télévision, tout le monde semble superbement ignorer ce que signifie le terme de géopolitique. D'aucuns prennent un air pontifiant et se lancent dans des explications absconses qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes. D'autres, sans doute moins ambitieux, ne s'embarrassent pas de détails et rangent en vrac dans cette catégorie toutes les nouvelles internationales.

Et si, par miracle, certains en appréhendent correctement la définition, ils préfèrent de toute façon jeter pudiquement un mouchoir dessus car elle contrarie leur vision simpliste des affaires du monde : le Bien contre le Mal (moralistes mainstream), l'économie conditionne tout (marxistes et libéraux) ou encore les sombres machinations de quelque lobby caché (alternatifs tendance conspi).

Cela fait des années que votre serviteur renvoie tout ce joli monde dos à dos en tentant de montrer l'importance cardinale de la géopolitique pure, à savoir l'influence de la géographie sur la politique des États et, partant, sur les relations internationales. C'est l'essence même du Grand jeu, l'alpha et l'oméga de ce blog (même si tous les billets - on arrive bientôt à 700 ! - ne la mentionnent pas toujours ouvertement). Et l'actuelle crise ukrainienne, qu'on aurait bien du mal à expliquer autrement, le prouve une fois de plus...

Sans sous-estimer l'apport parfois capital d'autres facteurs - historiques, culturels, économiques - il n'en reste pas moins que, fondamentalement, la géographie commande tout : les guerres, les paix, les alliances. Elle s'inscrit dans l'inconscient collectif de la classe dirigeante des différents pays et se transmet de génération en génération. Elle dicte leur vision du monde.

Pendant des siècles, les Britanniques, qu'ils fussent catholiques ou protestants, ancien régime ou post-Révolution industrielle, conservateurs ou travaillistes, menèrent la même politique étrangère : diviser le continent européen pour mieux régner. Et le cher Mackinder (1904) n'est somme toute que l'aboutissement théorisé d'une vision beaucoup plus ancienne.

Une stratégie reprise quasiment telle quelle, mais à plus grande échelle, par les États-Unis après la Seconde guerre mondiale, nous l'avons expliqué de nombreuses fois. C'est ce conditionnement géographique qui leur a fait soutenir - en pleine Guerre froide ! - la branche la plus extrême du communisme (Chine maoïste) contre la plus modérée (URSS déstalinisée).

Nous pourrions donner mille autres exemples - pensons à l'obsession pakistanaise de la profondeur stratégique face à l'Inde qui pousse invariablement, mécaniquement, Islamabad à s'ingérer dans les affaires de l'Afghanistan voisin.

Et nous en venons à la Russie, ce fameux Heartland qui occupe tous les esprits outre-Atlantique. Si elle a varié de formes et de nature avec le temps - empire tsariste, URSS, Russie post-soviétique - elle a toujours gardé la même constante : une obsession quasi mystique de sa sécurité.

Pour les thalassocraties anglo-saxonnes, déjà protégées par la mer, la stratégie de division du continent n'était qu'un second niveau de protection en quelque sorte - ce qui explique d'ailleurs que, de défensive initialement, cette politique est très vite devenue offensive, visant à assurer leur hégémonie.

La Russie, elle, n'a jamais pu se payer ce luxe. Ne bénéficiant pas de frontières naturelles, terre de passage de toutes les invasions - Mongols, Napoléon, Hitler etc. - elle se considère comme perpétuellement menacée. Et elle a de tout temps cherché à se protéger par une ceinture de sécurité sur les territoires voisins.

Cette recherche de glacis protecteur, quitte à empiéter sur les territoires proches pour accéder aux protections naturelles (Carpates, Caucase, Montagnes célestes et Pamir) est à la base de l'impérialisme défensif mené tant par les tsars que par les bolcheviques. Là encore, l'idéologie politique ne fait pas le poids face à la géographie...

Pays le plus étendu au monde mais en quête constante de sécurité, étalé sur onze fuseaux horaires mais sans aucune montagne ou mer pour le protéger : les paradoxes ne manquent pas. Et ils sont souvent à l'origine d'une réelle incompréhension, non feinte pour le coup, chez nombre d'observateurs (nous ne parlons pas ici des plumitifs en service commandé).

Combien de fois n'entend-on pas l'interrogation suivante : « Mais enfin, la Russie est déjà tellement grande, pourquoi Poutine cherche-t-il encore à grappiller un confetti supplémentaire ? Il doit être maniaque. » Eh non, il n'est ni fou ni paranoïaque. Il est simplement le dernier représentant d'une lignée multi-séculaire de dirigeants russes obnubilés par la sécurité de leur pays, souvent mise à mal par sa géographie dans le passé.

Personne n'a d'ailleurs jamais bien su si la taille gigantesque de la Russie était une force ou une faiblesse. N'oublions pas, par exemple, que ce facteur a joué son petit rôle dans les événements qui ont conduit au déclenchement de la Première guerre mondiale. Lorsque Nicolas II décréta la mobilisation générale suite à l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie, il s'agissait d'une mesure belliqueuse certes, mais aussi de simple organisation : regrouper des troupes disséminées aux quatre coins de l'empire à des semaines de marche les unes des autres. Mais pour l'Allemagne, dont l'imaginaire géographique était bien plus limité, cela équivalait à un casus belli.

Malgré sa taille considérable, malgré le manque de défenses naturelles, la Russie a au moins une chance, celle d'être généralement d'un seul tenant. Il existe cependant trois exceptions, trois goulets d'étranglements :

Le premier, face à la Finlande, débouche sur la Carélie, Mourmansk et l'océan Arctique. Le deuxième, entre l'Ukraine (tiens tiens...) et le Kazakhstan, mène à Sochi, devenue quasiment la nouvelle capitale diplomatique russe, puis au Caucase et, depuis 2014, à la Crimée via le pont de Kertch. A l'autre bout du pays, le troisième conduit à l'extrême-orient "utile" du pays et à la mer du Japon.

Cette carte vue du ciel est peut-être plus parlante encore, où l'on voit que les trois pattes de l'ours pourraient être, en théorie, facilement ligotées :

Pour ne rien arranger, les trois boyaux en question contrôlent également l'accès aux trois grands ports (Mourmansk, Sébastopol, Vladivostok) de la flotte russe, dont on sait à quel point la fameuse "tentation des mers chaudes", et même de la mer tout court, a été une obsession stratégique tout au long de l'histoire...

Aussi ne sera-t-on pas surpris de constater que ces trois zones ont toujours été au centre de toutes les préoccupations russes : guerre soviéto-finlandaise de 1939-1940 pour la première et affrontements sino-soviétiques sur le fleuve Amour dans les années 1960 pour la troisième. Avec la "finlandisation" (dont le terme est d'ailleurs entré dans le vocabulaire courant), c'est-à-dire la neutralité de la Finlande, d'une part et le grand rapprochement entre Moscou et Pékin d'autre part, la situation a finalement été réglée sur ces fronts.

Reste le second goulet, particulièrement sous les feux de l'actualité en ce moment...

Nous avons déjà expliqué à d'innombrables reprises (par exemple ici) les tenants et les aboutissants du conflit ukrainien, commencé officiellement en 2014 avec le putsch du Maïdan orchestré par Washington pour installer un gouvernement pro-occidental à Kiev et faire entrer le pays dans la communauté euro-atlantique.

Mais prenons de la hauteur et essayons d'aller encore un peu plus loin dans cette "métaphysique géographique". L'Ukraine est une véritable dague plantée dans le ventre mou de la Russie (surtout si l'on ajoute à cette dernière la Biélorussie alliée) :

Certes, dura-t-on, les pays baltes, membres de l'OTAN, font eux aussi partie du système impérial américain. Toutefois :

  1. c'est un fait accompli, acté depuis longtemps, leur adhésion datant de 2004
  2. ils sont, tout bien pesé, plus responsables que le pouvoir post-maïdanite ukrainien
  3. l'interface avec la Russie (hors Biélorussie) ne représente que 500 kilomètres et requiert moins de moyens de défense, terrestres ou anti-aériens

Rien de tel pour l'Ukraine, qui partage avec la Russie une frontière commune de près de 1 600 kilomètres et dont le pouvoir est quelque peu incontrôlable.

Intuition personnelle (et récente) de votre serviteur, on peut même se demander au final si le plan aura jamais été de faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN, en tout cas ces dernières années. Qui dit appartenance à l'alliance atlantique dit en effet prudence, afin de ne pas entraîner tout le bloc dans la guerre. Pour les spin doctors américains, ne valait-il pas mieux, tout compte fait, une Ukraine proxie, sorte de "chien fou" faisant peser une menace constante sur la Russie mais sans engager la responsabilité otanienne ?

C'est peut-être ce dont a pris conscience Moscou dernièrement, réalisant que le conflit gelé du Donbass, instrumentalisé jusque-là pour empêcher Kiev d'accéder à l'OTAN, ne suffisait plus. Il y a dix jours, nous écrivions :

Pourquoi l'actuelle escalade militaire ? La réponse est simple : parce que Moscou a jugé que le gel du conflit n'était plus une garantie suffisante.

Fin 2019, nous rapportions déjà que :

Le gel du conflit du Donbass inquiète les officines impériales qui commencent à évoquer l'idée d'abandonner purement et simplement l'Est de l'Ukraine afin que le reste du pays prenne résolument le chemin de l'euro-atlantisme.

De fait, l'on sentait ces dernières années que l'entrisme otanien dans le pays ne s'embarrassait plus de ces considérations. Certes, techniquement parlant, Kiev ne pouvait prétendre rejoindre l'alliance, mais cela n'empêchait plus vraiment les deux appareils militaires de s'entremêler. C'est ce qu'a expliqué en substance Poutine [le 22 février] :

« Le commandement des troupes ukrainiennes et les systèmes de contrôle sont déjà intégrés avec ceux de l'OTAN. Cela signifie que le commandement des forces armées ukrainiennes et même celui d'autres unités peut être directement exercé depuis le quartier général de l'OTAN. L'activité de ces forces armées et des services spéciaux est dirigée par des conseillers étrangers, nous le savons.

Les Etats-Unis et l'OTAN ont déjà commencé à exploiter sans vergogne le territoire ukrainien comme théâtre de potentielles opérations militaires (...) Sous des prétextes divers, des contingents de pays membres de l'OTAN ont été constamment présents sur le territoire ukrainien ces dernières années. »

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ? Qu'importe finalement que l'Ukraine appartienne formellement à l'alliance si on peut l'utiliser comme une plateforme menaçant le grand adversaire stratégique ? A ses risques et périls bien sûr, comme Kiev est en train de le découvrir un peu tard...

Car pour Moscou, une Ukraine hostile, lance fichée dans son ventre mou, est ontologiquement intolérable. Qui plus est au moment où Kiev rêvasse d'uranium enrichi et les Américains de projectiles hypersoniques. Poutine encore :

« Après le retrait américain du traité sur les missiles de courte et moyenne portée, le Pentagone ne cache pas son activité dans ce domaine, avec des missiles balistiques capables de toucher leur cible à plus de 5 500 km. Si de tels systèmes sont déployés en Ukraine, ils seront capables de toucher toute la Russie européenne. Des missiles balistiques lancés de Kharkov atteindront Moscou en 7 ou 8 minutes et ça ne prendra que 4 ou 5 minutes pour des missiles hypersoniques. C'est un couteau sous la gorge. »

Aucune grande puissance ne peut accepter une telle rupture d'équilibre stratégique, même si c'est au prix d'une guerre quasi fratricide et/ou de sanctions qui la mettront en grosse difficulté.

Équilibre stratégique, le mot est lâché. Notion totalement sous-estimée par les commentateurs, même les plus neutres, faisant l'objet de vagues entrefilets en douzième page des journaux, entre la météo et le sport, elle conditionne pourtant grandement le comportement des acteurs étatiques.

Or sur ce plan-là, la responsabilité américaine est une nouvelle fois énorme. Il y a deux ans, un journal maintenant en pointe dans la dénonciation de l'invasion russe écrivait la chose suivante :

Donald Trump déserte les traités internationaux

Un traité fondamental sur le désarmement nucléaire, un autre sur la maîtrise des armements, un accord clé de non-prolifération… En deux ans, l'administration Trump a torpillé ou affaibli au moins trois textes internationaux : le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (dit FNI), signé en 1987 par Reagan et Gorbatchev, qui prévoyait l'interdiction de certaines armes en réponse à la crise des euromissiles ; le traité Ciel ouvert permettant depuis 2002 aux 34 États membres d'effectuer des survols d'observation réciproques, dont les États-Unis viennent de se retirer ; le compromis de Vienne (JCPOA), qui plaçait le programme nucléaire iranien sous tutelle et annihilait tout risque de prolifération par Téhéran, mais qui est à l'agonie depuis que Washington l'a renié en mai 2018.

A ce bilan s'ajoutent des discussions complètement à l'arrêt sur le renouvellement du traité américano-russe New Start, conclu en 2010 pour une durée de dix ans, dernier texte à limiter le nombre d'armes nucléaires des deux États, et la menace, pas encore officielle, de reprendre des essais nucléaires, en violation d'un moratoire national décidé en 1992 et d'un traité international signé en 1996. En somme, c'est le régime de contrôle des armements et désarmement post-guerre froide qui vacille sous les assauts répétés de la Maison Blanche.

Inutile de préciser que les plumitifs en question sont absolument incapables de concevoir le lien entre ceci et ce qui se passe aujourd'hui. La relation de cause à effet est pourtant évidente, d'autant que les divers retraits de l'administration Trump ne sont que la touche finale d'une partition initiée par l'administration Bush au lendemain du 11 Septembre.

Fin 2001, profitant de l'émotion générale, Doubleyou dénonce unilatéralement le traité ABM sur les missiles antimissile balistiques, qui structurait depuis 1972 l'équilibre de l'arsenal nucléaire stratégique entre les États-Unis et la Russie. Une décision qui n'a évidemment rien à voir avec Al Qaeda mais tout avec le projet de système de défense antimissile.

En mars 2007, les États-Unis annoncent leur intention d'installer ce bouclier de défense en Pologne et en République tchèque, officiellement tourné contre... la menace iranienne ! A Moscou, personne n'est dupe :

Le bouclier fausse de manière évidente l'équilibre des forces entre les puissances nucléaires et Poutine, moins rigolard cette fois, avertit que ces nouvelles tensions pourraient transformer l’Europe en un « fût de poudre ». Il le répète pendant des années : « le système antimissiles américain est une menace pour la Russie et pour le monde ». Peine perdue...

A l'époque, il est même allé jusqu'à proposer des mesures alternatives, comme l'utilisation conjointe de la base radar de Gabala en Azerbaïdjan ou des négociations multilatérales, avec l'OTAN et l'Union européenne, autour du déploiement du bouclier antimissiles. Ces propositions ont fait sourire les Américains, qui considèrent en réalité comme insupportable l'idée d'accepter un concept de dissuasion fondé sur la réciprocité et l'équilibre, et dont le bouclier était évidemment tourné, non pas contre quelque menace illusoire en provenance du Moyen-Orient mais contre le grand adversaire eurasien.

Déliés de la plupart des contraintes sur le contrôle des armements, posant ou souhaitant poser leurs joujoux, défensifs ou offensifs, sur l'échiquier européen et agrandissant subrepticement cet échiquier au fil des années jusqu'aux portes de la Russie, les Américains ont œuvré par touches successives pour rompre l'équilibre mondial.

Quels que soient les qualificatifs employés pour décrire la réponse russe en Ukraine, quelles qu'en soient les conséquences, une chose est sûre : elle était inévitable. Les fondamentaux géographiques et stratégiques l'y obligeaient...

 

dimanche 6 mars 2022

Ukrisis-2 : Écoeurement du commentateur

 

C’est un sentiment que nous partageons tous, notamment “nous les commentateurs” cherchant à manifester notre indépendance dans notre travail, dans cette mascarade du déferlement de censure et de soumission du gros des troupiers de la communication de la civilisation occidentale, avec leurs lecteurs et auditeurs si innombrables et si obligeants. Il s’agit d’un chapitre mémorable de la « Servitude volontaire », écrit par ceux qui préfèrent lire la “Lettre aux Français” du candidat Macron plutôt que du La Boétie.


Ainsi ‘b’, de ‘The Moon of Alabama’ exprime-t-il un tel sentiment d’effarement, – indignation et frayeur mêlées, – devant l’extraordinaire bassesse de nos élites entraînant à leurs basques les populaces démocratiques effarées et comme envoûtées par le tintamarre du simulacre cousu de censures diverses. Effectivement, il ne nous reste plus qu’à nous citer les uns les autres, les commentateurs indépendants, pour exprimer indignation et frayeur.

« Je me sens trop indigné et effrayé par ce qui se passe actuellement dans nos sociétés pour écrire à ce sujet. Je continue donc à citer longuement d'autres commentateurs.

» Patrick Armstrong reste le meilleur analyste du renseignement militaire sur la Russie... »

Le même Patrick Armstrong, sur son siteet en traduction française sur le ‘Sakerfrancophone’, qui nous détaille certes la situation en Ukraine, mais aussi le même écœurement devant le déferlement :

« L’impuissance de l’UE et de l’OTAN est claire pour tout le monde (Bon, d’accord, pas pour tout le monde sur CNN, ou au Congrès américain ou dans les salles de pouvoir occidentales. Mais ils ne représentent pas le monde entier)...[...]

» Les 97 avions de combat annoncés avec enthousiasme ne viendront manifestement pas. La zone d’exclusion aérienne ne peut pas être “déclarée”. Les Tchétchènes ont récupéré beaucoup de MANPADs fournis par l’OTAN. Tout ce que vous obtiendrez avec le soutien de l’OTAN, c’est la destruction lorsque vous livrerez la guerre dans laquelle elle vous a entraîné et une carte de Noël spéciale lorsque vous serez vaincus et ruinés.

» Nous assistons à l’effondrement du triomphalisme de l’après-guerre froide, de la “fin de l’histoire”, de l’“unilatéralisme” et de tout le reste. La réalité mord, et elle mord durement. Il suffit de regarder le défilé des bavards et des “experts” de CNN spéculant sur la folie de Poutine : ils ne le comprennent pas, alors c’est qu’il doit être fou. Pour l’Occident, tel qu’on l’a connu, c’est fini. A part la confusion, les conneries, la vantardise, l’hystérie, les sanctions : l’Occident n’a plus rien dans sa besace. Il n’y reste que vider de la vodka russe dans les toilettes, virer un chanteur et un réalisateur, changer le nom d’une boisson ou d’une salade, interdire les chats ou les arbres, sanctionner un ploutocrate russe et voler son yacht, porter un t-shirt bleu et jaune. C’est pathétique. Et ne surtout pas laissez un média russe tenter les moutons avec de la “désinformation”. Tout comme l’URSS à l’époque, mais en plus stupide. Qui aurait cru qu’il était possible d’être plus stupide ? »

Brouillard & tempête de la communication

Cette “communication-devenue-folle” déjà décrite conduit effectivement ceux qui sont sensibles, à la fois à la communication elle-même et à la folie de la communication, à conclure presqu’avec une ironie amère : “Voici l’accumulation des débris de la communication-devenue-folle, faite-vous vous-mêmes votre opinion”. 

Ici, le cas de ‘Southfront.org’ qui rapporte et décrit les diverses rumeurs, nouvelles, confidences et chuchotements concernant le sort du président Zelenski, où se trouve-t-il, que fait-il, etc., – effectivement modèle de stabilité et de fermeté dans l’incarnation sacrée de la Résistance en Ukraine. Il s’agit de Zelenski et de l’Ukraine “Between Facts & Fakes”...

« Le monde est désormais fracturé dans son évaluation de l'intervention russe en Ukraine. Alors que le récent conflit du Haut-Karabakh s'est transformé en une “guerre des drones”, le cas ukrainien est un exemple frappant de l'utilisation d’une autre arme, une guerre informationnelle agressive entre les deux parties au milieu de l'impasse militaire sur le terrain. Alors que le champ de bataille en ligne joue un rôle si important dans le conflit, que les parties belligérantes tentent de gagner le cœur et l'esprit des civils des deux camps, ainsi que de convaincre les autres États, il n’est pas facile de découvrir les faits réels.

» Alors,  c’est à vous de voir si M. Zelenski a été drogué ou s’il était simplement “fatigué” lors de sa récente interview avec les médias étrangers... »

... Suit une étonnante vidéo de 30 secondes montrant un Zelenski mal rasé, en tee-shirt kaki, parlant d’une voix qu’on dirait atone et désincarnée, ou bien à bout de souffle, – « c’est à vous de voir ».

Résilience trotskiste

Interrogé par la redoutable Elizabeth Martichou, procureuse au nom des bonnes causes à LCI, la candidate à la présidence de Lutte Ouvrière, la trotskiste Nathalie Arthaud, s’est montrée d’une exceptionnelle pugnacité, bien dans la tradition de l’inflexible Léon. Le titre que LCI a donné à cette vidéo du3 mars 2022 est « “L’Otan a fait de l'Ukraine sa marionnette”, estime Nathalie Arthaud. »

Martichou est partie et repartie plusieurs fois à l’assaut, dès l’entame d’une rencontre qu’elle voulait rythmée par son entrée en matière à elle, selon sa référence favorite, si goûtée dans les quartiers de la liberté d’expression. Chaque fois, Arthaud l’a repoussée en clamant haut et fort sa conviction, également dès l’entame pour son compte :

Martichou :« “La Russie n’est pas l’agressée, elle est l’agresseur[e?]”...Est-ce que vous êtes d’accord avec le président ?

Arthaud : « Poutine a fait le premier pas de cette guerre fratricide, de cette guerre monstrueuse... Mais je tiens aussi à dire que les puissances occidentales, l’OTAN, les Etats-Unis ont une responsabilité écrasante dans ce conflit, voilà... »

On ne se privera pas de dire que, d’où qu’elle vienne et du moment qu’on s’en saisisse, la vérité-de-situation est bonne à entendre.

 

Mis en ligne le 5 mars 2022 à 18H00

Source : https://www.dedefensa.org/article/ukrisis-2-ecoeurement-du-commentateur-1