samedi 19 septembre 2020

Michel Onfray - "Le Pr Raoult a mis un uppercut aux médecins qui s'en mettent plein les poches !"


ALUMINIUM, CHAMPS ELECTROMAGNETIQUES et VACCINS

texte ici :  http://data.over-blog-kiwi.com/1/47/73/60/20150413/ob_c92bc7_aluminium-champs-electromagnetiques.pdf
 

Les moteurs de recherche les plus utilisés ne facilitent pas la recherche des articles qui dénoncent les dangers de la vaccination : taper p.ex. "danger vaccins" et voyez les résultats obtenus...  un fait immédiatement observable. 

mardi 15 septembre 2020

Personnes vulnérables Covid-19 : Défendez vos droits devant le Conseil d’État

source : https://www.les-crises.fr/agissez-contre-le-decret-personnes-vulnerables-covid-19/

I. Rappel de la problématique

1/ Depuis le début de l’épidémie, les salariés les plus vulnérables à la Covid-19 ne pouvant pas télétravailler ont été mis au chômage partiel pour les protéger.
Cela a concerné des dizaines de milliers de personnes : diabétiques, cardiaques, dialysés, cancéreux, obèses, atteints de mucoviscidose, salariés très âgés etc.
Afin que ce dispositif soit efficace, leurs conjoints étaient aussi concernés, afin de ne pas les contaminer au retour du travail.
2/ par un décret paru le dimanche 30 août, en pleine reprise de l’épidémie, le nouveau gouvernement a brutalement mis fin au dispositif à effet du mardi 1er septembre.
Sans raison médicale, il n’a conservé le dispositif que pour une part très réduite des personnes vulnérables (cancéreux principalement) , mais sans plus protéger aucun conjoint.
Des centaines de milliers de foyers ont ainsi vu leur vie bouleversée, et vivent depuis dans l’angoisse.
3/ un collectif, Vulnérables sacrifiés, s’est spontanément créé, et a organisé une pétition qui approche les 40 000 signatures – vous pouvez la signer ici.
4/ Comme nous vous l’avons annoncé, nous avons déposé le 11 septembre un recours en Conseil d’État contre la fin de cette procédure de protection de toutes les personnes à risque de forme grave de Covid-19 en activité professionnelle, ainsi que de leurs conjoints. Il sera jugé en urgence d’ici quelques jours.
Nous offrons dans ce billet la possibilité aux personnes concernées par ce décret de dupliquer notre procédure, pour la déposer en votre nom propre.
C’est gratuit, simple et rapide : cela devrait vous prendre seulement 20 à 30 minutes.
P.S. quelques témoignages figurent à la fin du billet. N’hésitez pas à laisser le vôtre en commentaire svp.

II. La procédure qui a été déposée

Tout d’abord, un point de vocabulaire juridique : une demande déposée au Conseil d’État se nomme une requête, et le demandeur est donc appelé requérant.
Nous avons donc déposé deux requêtes en Conseil d’État contre l’abrogation du décret du 5 mai 2020 qui protégeait toutes les personnes à risque de forme grave de Covid-19 en activité professionnelle, ainsi que leurs conjoints (comme expliqué dans ce billet) :
  • le premier est un recours dit « Référé-liberté« , où nous demandons au Juge administratif de suspendre ce décret en urgence, dans l’attente d’une analyse poussée de nos griefs : le jugement interviendra normalement dans les prochains jours. En cas de suspension, l’ancien décret serait automatiquement remis en vigueur, et les personnes seraient de nouveau protégées ;
  • le second est un « Recours pour excès de pouvoir« , où nous demandons au Juge administratif d’annuler ce décret : le jugement interviendra normalement dans les prochaines semaines.
Nous vous offrons ici la possibilité de déposer vos propres requêtes, en vous offrant une version vierge des nôtres, à compléter.
Il ne s’agit donc pas d’un « recours collectif », où vous dépendriez de quelqu’un d’autre (nous, une association, etc.), mais de multiples recours individuels. Vous n’êtes ainsi engagé par personne, et ne dépendez de personne pour défendre vos droits.
Ces recours seront vraisemblablement regroupés et jugés ensemble.
Plus nous serons nombreux, plus le Conseil d’État verra que cette décision affecte vraiment beaucoup de personnes.
Nous vous proposons donc d’user de votre droit de déposer un « Télérecours citoyen » : c’est une procédure très simple, gratuite et ne nécessitant pas d’avocat.
Notez que nous demandons pour chacun des plaignants concerné par le décret 2 000 euros d’indemnisation. Sachez cependant que, sans préjudice ni frais démontré, les juges accordent souvent des sommes assez faibles. En revanche, certaines personnes qui déposeront la requête ont eu des frais d’avocat ou un préjudice direct dû au décret, qu’il faut pouvoir indemniser au besoin, d’où ce montant retenu, qui est le même pour tous les participants.

III. Qui peut déposer un recours ?

Pour pouvoir déposer votre recours, vous devez être concerné par ce décret. Cela concerne 3 grandes catégories de personnes :

2-1/ les personnes dont la situation médicale entre dans une des catégories du décret du 5 mai :

  • Présenter une obésité, c’est-à-dire un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à > 30 kg/m². [N.B. Vous pouvez calculer votre IMC sur ce site, mais sachez que cela représente un poids de 87 kilos pour une taille d’1m70, et de 97 kg pour 1m80] ;
  • Avoir des antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle compliquée (avec complications cardiaques, rénales et vasculo-cérébrales), ATCD d’accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV ;
  • Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale : (broncho pneumopathie obstructive BPCO, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d’apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ;
  • Etre atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
  • Etre au troisième trimestre de la grossesse ».
  • Etre âgé de 65 ans et plus, et être en activité professionnelle ;
  • Avoir un diabète non équilibré ou présentant des complications ;
  • Présenter une insuffisance rénale chronique dialysée ;
  • Etre atteint d’une immunodépression congénitale ou acquise :
    – médicamenteuse : chimiothérapie anti cancéreuse, traitement immuno-suppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive ;
    – infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3 ;
    – consécutive à une greffe d’organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ;
    – liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ;
  • Etre atteint de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins ;
  • Présenter un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie ;

2-2/ les personnes qui cohabitent avec les personnes précédentes

Cela concerne en particulier les conjoints, mais aussi par exemple les enfants hébergés qui travaillent.

2-3/ la famille proche de ces personnes (parents, enfants, frères et sœurs)

Ils devront indiquer qu’ils sont concernés au titre de l’intérêt moral tenant au souhait légitime que leur proche soit protégé d’une menace grave et potentiellement mortelle.

IV. Créez votre recours

Vous avez deux possibilités :
  • le minimum serait pour vous de déposer au plus vite votre propre « Référé-Liberté », pour demander en urgence la suspension du décret ;
  • si vous avez quelques minutes de plus, le mieux serait, en plus de Référé-Liberté, de déposer également votre « Recours en Excès de Pouvoir », pour participer au débat sur le fond du dossier, et d’obtenir l’annulation définitive du décret.
S’il y a dans votre cas deux personnes concernées, typiquement un couple (un des deux étant à risque et l’autre simplement conjoint), nous vous conseillons de déposer par simplicité les requêtes individuellement, personne par personne (donc deux Référés-Libertés individuels, et deux Recours pour Excès de Pouvoir).
La procédure pour déposer votre recours comprend 2 étapes :
  • étape 1 : il faut créer en les personnalisant les documents permettant de saisir le Conseil d’État : nous avons créé une page internet qui va créer vos documents ;
  • étape 2 : il faut ensuite déposer ces documents sur le site du Conseil d’État.
En pratique, pour vous simplifier la tâche et éviter des erreurs, nous avons donc créé une page qui va générer les 4 documents qui vous sont nécessaires :
  1. le document 01-refere-saisie.pdf : c’est votre référé-liberté en pdf ;
  2. le document 02-refere-pieces.pdf : c’est l’annexe de votre référé-liberté en pdf (c’est normal qu’il soit écrit dedans qu’il n’y a pas de pièce jointe à la procédure de référé-liberté, il vaut néanmoins mieux déposer ce document) ;
  3. le document 03-recours-saisie.pdf : c’est votre recours pour excès de pouvoir en pdf ;
  4. le document 04-recours-pieces.pdf : c’est l’annexe de votre recours pour excès de pouvoir en pdf.
Maintenant que les choses sont plus claires pour vous, il vous suffit de vous rendre ici pour obtenir vos documents personnalisés :
Créez votre recours sur cette page
Il n’y a que 3 étapes rapides.
1/ Indiquez votre identité :

2/ Indiquez votre motif à agir :
Votre motif à agir consiste à appartenir à une des catégories précédentes.
Il suffit de l’expliquer ainsi dans la zone dédiée du recours suivant votre situation :
  1. « le requérant est atteint(e) de : XXX » ; remplacez XXX, par la rédaction de votre pathologie comme indiqué au point 2-1 de ce billet (« Obésité, IMC supérieur à 30 », « cancer évolutif sous traitement », …) ;
  2. « le requérant cohabite avec M./Mme YYY, qui est atteint(e) de : XXX ; remplacez XXX, par la rédaction comme indiqué au point 2-1 de ce billet, et YYY par le nom de la personne à risque ;
  3. « le requérant est le/la ZZZ de M. / Mme YYY, qui est atteint(e) de XXX, et est donc concerné(e) au titre de l’intérêt moral tenant au souhait légitime que ce proche soit protégé d’une menace grave et potentiellement mortelle » ; remplacez ZZZ par « père », « mère », « beau-père », « belle-mère », « fils », « fille », …, et YYY par le nom de la personne à risque.

3/ Créez vos fichiers
Il vous faut alors cliquer sur chacun des 4 boutons pour cliquer et télécharger les 4 fichiers. Patientez, cela peut mettre une trentaine de secondes :

Et c’est tout : les 4 fichiers se retrouvent automatiquement dans votre dossier de Téléchargements.
Il ne se passe plus rien ensuite sur cette page, revenez ici lire la suite, pour la seconde partie de la procédure…

V. Déposez votre Recours

5-1 Documents nécessaires

Vous disposez normalement à ce stade des 4 documents pdf précédemment cités.
  • si vous souhaitez seulement déposer un « Référé liberté », vous n’avez besoin que des documents 01 et 02 ;
  • si vous souhaitez déposer un « Référé liberté » et un « Recours pour excès de pouvoir », ce que nous recommandons, vous avez besoin des quatre documents.
Il vous faut enfin un dernier document : le décret attaqué, qui n’est pas personnalisé, et que nous vous fournissons ici : 05-decret-n-2020-1098 (cliquez pour l’avoir).

5-2 Procédure de dépôt

Muni de vos 3 (01…, 02…, 05…) ou 5 (01…, 02…, 03…, 04…, 05…) documents pdf, il vous suffit alors d’aller sur cette page dédiée du site du Conseil d’État :
Déposer un TéléRecours Citoyen au Conseil d’État

5-2-0 Créez votre compte

Il vous faut tout d’abord créer un « compte particulier » :

C’est simple, indiquez votre identité, votre adresse, votre vrai e-mail, un mot de passe très compliqué comme indiqué, et de retaper le code de sécurité affiché à la fin (« Code Captcha »).
C’est terminé, vous allez recevoir un mail pour valider votre adresse :

Il suffit de cliquer sur le bouton bleu « Activez votre compte« :

Il vous suffit alors de vous connecter (en cliquant sous le case verte sur « vous connecter » ou alors ici), n’oubliez pas de cocher « Rester connecté », puis cliquez sur « Je me connecte » :

Sur l’écran d’accueil, cliquez sur « Déposer une nouvelle requête » :

5-2-1 Lisez l’Avertissement

La première étape du dépôt de votre requête est un Avertissement :

Le Conseil d’État vous rappelle qu’il s’agit d’une procédure sérieuse.
Il suffit de cocher les deux cases à la fin :

5-2-2 Indiquez le requérant

La deuxième étape du dépôt de votre requête est l’identification du demandeur (le « requérant « ).
Indiquez « En tant que seul requérant » :

Comme indiqué, si votre conjoint ou vos parents veulent vous appuyer, faite chacun un recours, c’est très rapide comme vous le voyez.
Comme vous êtes seul(e), le site va afficher automatiquement le nom associé à votre compte personnel, que vous venez de créer.

5-2-3 Indiquez la juridiction saisie

La troisième étape du dépôt de votre requête est l’indication de la juridiction saisie.
Nous saisissons donc le Conseil d’État :

Il faut ensuite indiquer la requête. Commençons par le Référé-Liberté ; il faut choisir « Un référé » :

5-2-4 Envoyez vos documents

La quatrième étape du dépôt de votre requête est l’envoi de vos pièces en pdf.
Partie 1 : Pièces obligatoires
Il faut maintenant joindre les documents, en cliquant à chaque fois à droite sur le « + » :

Il vous faut envoyez le document 01-refere-saisie.pdf dans la partie Requête, et le document 05-decret-n-2020-1098-du-29-aout-2020-pris-pour-l-application-de-l-article-20-de-la-loi-n-2020-473-du-25-avril-2020-de-finances-rectificative-pour-2020.pdf dans la partie Acte attaqué :

Partie 2 : Pièces complémentaires
Il faut envoyer le document 02-refere-pieces.pdf, et écrire dans la zone en dessous : « Déclaration d’absence de pièces » :

Et c’est tout ; il vous faut ensuite cocher la case « J’ai bien noté etc », puis cliquer sur « Suivant » :

5-2-5 Validez et envoyez votre requête de Référé-Liberté

La cinquième étape est le récapitulatif et la validation finale
Il suffit de relire le récapitulatif, de cocher les deux cases, et de cliquer sur « Envoyer » :


N’ayez crainte, la formulation est générale, et plus indiquée pour les cas hors Conseil d’État et pour les plaisantins.
Il n’y a aucun frais dans ce genre de procédure, même si on perd, quand on agit de bonne foi en étant concerné par un décret, ce qui est le cas des personnes vulnérables et de leurs proches.
Comme vous êtes concerné par le décret, cette procédure de Référé-Liberté n’est pas abusive, cette procédure de télérecours sans avocat a justement été créée pour ce genre de cas, afin que les citoyens puissent défendre leurs droits fondamentaux.
C’est terminé, votre Référé-Liberté est déposé !

5-2-6 Recommencez pour déposer votre Recours pour Excès de Pouvoir

Il vous reste à déposer le Recours en Excès de Pouvoir ; c’est exactement la même procédure. Simplement à la troisième étape, il vous faut choisir « Une procédure normale« , et non pas « Un référé » :

La quatrième étape devient :
Partie 1 : Pièces obligatoires
Il faut envoyer le document 03-recours-saisie.pdf dans la partie Requête, et le document 05-decret-n-2020-1098-du-29-aout-2020-pris-pour-l-application-de-l-article-20-de-la-loi-n-2020-473-du-25-avril-2020-de-finances-rectificative-pour-2020.pdf dans la partie Acte attaqué :

Partie 2 : Pièces complémentaires
Il faut joindre le document 04-recours-pieces.pdf, et écrire dans la zone en dessous : « Décret n° 2020-1098 » :

Et c’est tout ; il vous faut ensuite cocher la case « J’ai bien nommé mes…« , puis cliquer sur « Suivant » :

La cinquième étape est identique, c’est le récapitulatif et la validation finale, il suffit de cocher les deux cases et de cliquer sur « Envoyer » :


Et voilà, vos deux requêtes sont bien déposées ! Félicitations, vous venez de défendre vos droits. 🙂
Vous avez normalement une confirmation à l’écran avec le numéro de votre recours, un état « envoyé » et la date et leur de votre requête :

Vous recevrez également un mail pour chaque requête.

Comme indiqué, il faut recommencer toute la procédure si votre conjoint ou vos parents veut également faire valoir leurs droits.

L’audience du Référé-Liberté se tiendra normalement la semaine prochaine, il vous faut donc faire vite !

Enfin, nous vous résumons en termes clairs dans ce billet le contentieux lancé ; vous serez probablement intéressé par le rappel des faits qui explique le processus (et les responsables) ayant conduit à l’abrogation du décret :
Covid-19 : Comment le Gouvernement a réduit à néant la protection des personnes vulnérables

P.S. Si vous êtes fonctionnaire, ce décret vous concerne également, vu qu’il sert de base à la circulaire 6208/SG du 1er septembre. En particulier si vous disposez d’une protection juridique, une seconde procédure pourrait être très intéressante à mener, vu que nous n’avons pas pu la lancer, contactez-nous…
P.P.S. Si vous avez des remarques, des questions ou des informations, vous pouvez nous écrire ici (réponse non garantie en fonction du nombre, cependant, mais nous ferons au mieux).

Annexe : Quelques témoignages








Allô Docteur 💊 Episode 01 "Un secret pour vous"


Coronagates : les forces de l'ordre en action sur un marché ardéchois à Privas - création d'un nouveau collectif libertes07.fr


Suite à cet épisode, création d'un nouveau collectif ouvert à tous sur http://libertes07.fr/


vendredi 11 septembre 2020

Jérôme Rodrigues, Alexis Poulin et Alexandra Dupuy


Info en Questions #14 - LIVE


#CPAM #poleemploi #traçage


Covidences 2020

Voici un documentaire exposant les effets secondaires et dommages collatéraux des mesures sanitaires, dont le confinement, sur l'ensemble de la société. Pour contribuer au financement du projet: https://www.facebook.com/donate/62121... Dans cette production d'Appel à la Liberté (action citoyenne pacifique) ACCESSIBLE À TOU(TE)S GRATUITEMENT, 11 femmes courageuses nous offrent leurs confidences et perceptions sur ce qu'elles ont vécues, ainsi que les situations qu'elles ont observées durant le confinement relié aux mesures d'urgence sanitaire. Une production d'Appel à la Liberté (action citoyenne pacifique), réalisée par Val Média. Bon visionnement.

Plainte de Darmanin, manifestation du 12 septembre : le Gilet jaune Jérôme Rodrigues s'exprime


jeudi 10 septembre 2020

Covid : l’effondrement des repères


La revue Dépendances m'a demandé de rédiger un article synthétisant les principales lignes de force des ébranlements que j'ai évoqués et mis en perspectives au long des mois écoulés. Comme je l'ai à maintes reprises souligné, ce n'est pas tant une crise sanitaire que nous avons vécue qu'un séisme caractéristique du "changement de monde" qui se profile.

J'ai aussi répété ad nauseam à quel point nous avions un besoin vital d'un débat d'idées digne de ce nom pour élaborer collectivement la réalité que nous vivons, mais aussi imposer de toute urgence des contre-pouvoirs aux dérives autoritaires des gouvernants et d'un pouvoir médical toujours enivré par sa propre hubris.

Dans l'après-coup, la nocivité de cette "médico-cratie" (dont les ravages qu'elle a provoqués au cours de l'histoire, même récente, aurait dû nous rendre prudents) apparaîtra sans doute comme un des grands motifs problématiques. Mais -et de loin- non le seul.


Covid : l’effondrement des repères

Les temps que nous venons de vivre sont extraordinaires à plus d’un titre. D’abord, parce que, quels que soient nos âges, aucun d’entre nous n’a jamais rien vécu de semblable. Edgar Morin a récemment partagé qu’approchant un siècle d’existence, il n’avait jamais « vu une crise aussi multidimensionnelle et aussi totale[1]. »
 
Cette crise sanitaire aura mis en lumière un ensemble d’ébranlements radicaux qui travaillent notre civilisation. Le regretté Michel Serres mettait en garde quant à lui que nous n’étions pas en train de vivre une simple crise, mais un changement de monde comme il y en eut peu dans l’histoire de l’humanité[2]. Avec un bouleversement inévitable de nos modes d’organisation politiques, sociaux, économiques, culturels, épistémologiques et scientifiques.

La confusion sécuritaire / sanitaire

Le premier ébranlement visible tient à nos systèmes de gouvernance, avec en particulier une confusion des genres extraordinaire entre le sanitaire et le sécuritaire. Les autorités s’en sont très largement remises aux experts médicaux en leur confiant la responsabilité de décider de l’action publique. Ce qui constitue une erreur de perspective monumentale : un infectiologue, un modélisateur ou le directeur d’une grande institution scientifique n’ont pas de compétence particulière à organiser la réponse sociétale face à une épidémie. C’est là le rôle du politique, qui se doit de solliciter les perspectives issues de multiples domaines du savoir afin d’assumer au mieux les responsabilités que le peuple lui a confiées.

En l’espèce, comme l’a souligné André Comte Sponville, nous avons vu la domination d’une « médico-cratie » largement inapte à prendre en considération l’intérêt collectif au sens large[3]. Ce qui est pourtant logique : les médecins n’ont que peu d’expertise en santé, leur travail consistant à diagnostiquer et traiter les maladies. Alors que les principaux déterminants de la santé sont de nature existentielle, relationnelle et socio-économique.
Pour en donner un exemple, la perte des liens et l’isolement provoquent chez ceux qui les subissent des flambées inflammatoires avec une élévation massive du taux de cytokines[4]. Le traitement réservé aux personnes âgées au cours de l’épidémie aura constitué à peu près le pire de ce qu’on pouvait leur faire vivre. On a ainsi enfermé, de gré ou de force, une tranche entière de la population « pour la protéger » tout en provoquant par ces mesures une détresse et une fragilisation tragique face au virus.

Les dispositions sécuritaires adoptées à la hâte auront causé des dégâts bien plus lourds que l’épidémie elle-même. Une récente étude publiée dans The Lancet a estimé que les 2/3 de la surmortalité observée pendant le temps fort de l’épidémie  en Angleterre est en fait due à d’autres causes que le virus, comme l’impossibilité d’accéder aux soins pour les malades souffrant de maladies graves[5].

Les conséquences du confinement en termes économiques et sociaux comme d’impact sur la santé psychique promettent d’être largement pires que ce qu’il prétendait éviter, avec notamment une perte d’années d’espérance de vie en lien avec une augmentation attendue des suicides[6].

A l’inverse, le politique s’est mêlé de décider de la pratique médicale en interdisant à la médecine de ville l’usage des seuls traitements disponibles contre le nouveau coronavirus alors que ce n’est en aucune manière à un gouvernement de dicter leur conduite aux médecins et de décider de leur pratique.

Déni d’ « accountability »

L’impréparation dans laquelle se sont trouvées les autorités apparaît invraisemblable dès lors que les différents plans établis depuis 20 ans avaient défini les mesures nécessaires à lutter efficacement contre la pandémie : dépistage massif- isolement et traitement des malades -protection de soignants et des groupes à risque. Cette séquence, appliquée pour son premier volet avec l’efficacité qu’on leur connaît par nos voisins allemands, a été défaillante en France et en Suisse alors que nous disposions des mêmes informations au même moment.  Au lieu de mettre à contribution les ressources industrielles et scientifiques disponibles, le gouvernement français a même mis en échec différentes propositions utiles issues de la société civile. Nous nous sommes retrouvés dépourvus des moyens nécessaires pour finalement imposer en catastrophe un confinement généralisé auquel on avait renoncé depuis le milieu du XIXème siècle tellement il est problématique et in fine peu efficace[7].

2/ Médecine et droit de la santé

La controverse au sujet de l’hydroxychloroquine aura masqué cette réalité : les droits fondamentaux des médecins et des soignants auront été violés d’une manière sans précédent.  Du fait des décisions imposées, les médecins généralistes sont restés sur la touche. Cette mise en échec du « premier rideau » essentiel en cas d’épidémie[8] aura eu de lourdes conséquences. Une analyse parue dans la prestigieuse Revue politique et parlementaire en France affirme sans ambiguïté : « Avec le manque de matériel de protection et de tests, les principales causes de l’hécatombe française résident dans la démobilisation des généralistes et dans le refus de les laisser libres d’exercer leur métier de médecin.[9] »

Les droits des patients furent mis à mal de la même manière. Le choix d’un traitement doit se faire dans un processus de décision partagé : un médecin et son patient parcourent ensemble les options thérapeutiques disponibles, le premier informant le second sur les risques, bénéfices et inconvénients de chacune. Le patient donne ensuite son consentement « libre et éclairé » selon la formule juridique consacrée au traitement choisi.

Quand les patients ne sont pas diagnostiqués, qu’on leur refuse d’être soignés par leurs médecin-traitant avec l’injonction angoissante de rester chez eux sauf à ce que leur condition s’aggrave au point de devoir être hospitalisé en urgence, on annihile de facto leur droit d’être soigné !

Un autre repère mis à mal fut celui de la distinction entre la pratique et la recherche. Bien sûr, celle-ci est-elle cruciale pour le développement de l’art médical. Mais considérer qu’en temps de pandémie, il soit requis, avant de soigner les malades, d’avoir obtenu des « preuves » par une méthodologie de recherche (Evidence-Based) lente et particulièrement mal adaptée aux maladies infectieuses, relève d’une aberration épistémologique et éthique.

Science avec ou sans conscience ?

Le délabrement de la probité des publications dans les revues médicales est un très grave problème dont le diagnostic est posé depuis plus de quinze ans mais que l’on ne s’occupe que paresseusement de corriger. En 2015 par exemple, le rédacteur en chef du Lancet (revue qui s’est distinguée il y a peu par la rétractation tragicomique d’un article falsifié) confessait que « l'endémicité apparente des mauvais comportements en matière de recherche est alarmante » tout en reconnaissant au passage que « les rédacteurs en chef des revues scientifiques méritent eux aussi leur part de critiques. Nous aidons et encourageons les pires comportements…[10]»

La recherche « basée sur les données probantes » (Evidence-Based) souffre de toutes sortes de biais allant de petites compromissions avec la vérité jusqu’à des manipulations de grande ampleur. Les études financées par les compagnies pharmaceutiques (seules capables d’investir les dizaines de millions d’Euros nécessaires pour mener de grands essais randomisés) étant notoirement moins fiable que les autres[11].

Pourtant, cette méthodologie (qui n’en est qu’une parmi d’autres, avec comme chacune ses avantages et ses inconvénients) fait l’objet aujourd’hui d’une sorte de fétichisme au sein des milieux de la recherche. Nombre de chercheurs considèrent qu’hors de ses protocoles, aucune conclusion solide ne peut être obtenue – ce qui est simplement faux[12]. Outre que les essais randomisés sont contraires à l’éthique en situation de pandémie, ils ne démontrent en fait pas d’avantage probant sur les études observationnelles[13].

A l’origine de telles dérives formelles, on trouve le recul des humanités, dont nous ne cessons de payer collectivement le prix. La science n’est jamais que la production à un moment donné de la société et de l’époque qui la génèrent. Ses conclusions ne cessent de se modifier comme conséquences des progrès techniques et de l’évolution des idées.

En renonçant à former des penseurs (avec une réelle compétence épistémologique), nous nous sommes condamnés à produire des faiseurs dans une dérive qui voit une certaine « science » adopter les travers des pseudosciences. Les modélisations produites pour prévoir le nombre de victimes de la pandémie en sont un éclatant exemple. Le Pr Fergusson de l’Imperial College de Londres (dont les projections ont précipité le confinement strict de la population en Europe) est un multirécidiviste dont la seule constante est l’échec patent de ses prédictions[14]. En 2005 par exemple, il prédisait que la grippe aviaire ferait jusqu’à 250 millions de victimes. Le décompte de cette épidémie entre 2003 et 2009 s’élèvera en tout et pour tout à… 282 morts. C’est pourtant vers cet « expert » que les autorités se tournent inlassablement pour lire l’avenir.

Une crise civilisationnelle

Le branle-bas de combat face à la pandémie s’étant accompagné de la régression ou de la suspension de droits fondamentaux (comme la liberté de mouvement), la question qui se pose est celle de la pertinence et de la proportionnalité des mesures imposées.

On nous a expliqué ici que les atteintes aux droits fondamentaux visaient à éviter l'engorgement des hôpitaux et protéger les personnes vulnérables. Aujourd'hui que ces risques n'existent plus, on voit dans différents pays les gouvernements demander une extension de leurs pouvoirs spéciaux et de nouvelle mesures sécuritaires discutables (comme le port du masque dans les lieux fermés) être imposées.

Les ébranlements que nous avons évoqués au long de cet article décrivent bien la complexité problématique des temps que nous vivons. Il y a quarante ans, avant la possibilité de séquencer le génôme, il y a fort à parier que l’épidémie en cours serait passée inaperçue. La mortalité aurait été un peu forte au long de quelques semaines, avec une vague inhabituelle de pneumopathies et l’engorgement temporaire de quelques services d’urgence. Mais comme ce fut le cas lors d’épisodes épidémiques précédents un peu plus graves que les autres, on aurait ma foi fait avec sans s’en alerter outre mesure.

Ce que cette crise révèle, c’est que nous avons perdu les moyens de raison garder et de nous souvenir des paramètres fondamentaux de la condition humaine. Le débat d’idées s’est quant à lui envenimé d’une manière frappante, au lieu que la diversité des points de vue et des expertises conduise à une bonification de la décision publique grâce à l’intelligence collective. La « version officielle » soutenue par les autorités et la quasi-totalité des médias a souvent confiné (sans mauvais jeu de mots) à la désinformation et même à la propagande. Les études ou essais cliniques étaient par exemple publiés ou non en fonction de leurs résultats et sans discernement quant à leur bienfacture. Ceux qui osaient porter des questionnements ou même une contestation des dogmes se retrouvant quant à eux relégués au rang de « dissidents ». Dans notre pays, le débat d’idées n’a tout simplement pas eu lieu, alors qu’il est vital pour la santé collective !

Plus de 150 personnalités britanniques du monde de la culture dont Margaret Atwood, Salman Rushdie, Kamel Daoud ou J.K. Rowling, ont récemment signé une lettre ouverte pour protester contre le conformisme idéologique[15].
« La censure, écrivent-ils, se répand également plus largement dans notre culture : une intolérance des opinions opposées, une vogue pour la honte et l'ostracisme publics, et la tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante »
Cette interpellation signale sans doute la déliquescence en cours et le renouveau nécessaire. Nous avons en effet urgemment besoin d’un nouveau contrat social et même au-delà, d’un nouveau projet de civilisation.

[1] Le Grand Entretien par Léa Salamé et Nicolas Demorand, France Inter, 25 juin 2020.
[2] SERRES Michel, Petite Poucette, Éditions Le Pommier, 2012
[3] André Comte-Sponville: "J'aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu'y échapper dans un État totalitaire", L’Écho, 27 mai 2020
[4] Holt-Lunstad J., Smith T. B., et Layton J. B., « Social Relationships and Mortality Risk: A Meta-analytic Review », Plos Medicine, vol. 7, no 7, juillet 2010.
[5] GRIFFIN S., Covid-19: “Staggering number” of extra deaths in community is not explained by covid-19, BMJ 2020;369:m1931
[6] MOSER A.D., SCHECHTER D.S. et al., Years of life lost due to the psychosocial consequences of COVID19 mitigation strategies based on Swiss data, European Psychiatry doi: 10.1192/j.eurpsy.2020.56
[7] « Patrick Zylberman : Depuis 600 ans, la quarantaine n'est absolument pas une solution », Savoirs par Pierre Ropert, France Culture, 4 mars 2020
[8] RAPP C., Principes de lutte contre une épidémie à risque de diffusion nationale, disponible sur www.infectiologie.com

[9] ANDOLFATTO D. & LABBÉ D., Covid-19 : une défaite française, Revue politique et parlementaire, 22 juin 2020

[10] HORTON R., Offline: What is medicine’s 5 sigma? The Lancet Vol 385 April 11, 2015
[11] BANDHARI M., DEVEREAUX P.J. et al., Association between industry funding and statistically significant pro-industry findings in medical and surgical randomized trials, CMAJ • FEB. 17, 2004; 170 (4)
[12] KRAUSS A., Why All Randomised Controlled Trials Produce Biased Results, Ann Med. 2018 Jun;50(4):312-322
[13] ANGLEMYER A., HORVATH H.T. & BERO L., Healthcare outcomes assessed with observational study designs compared with those assessed in randomized trials, Cochrane Systematic Review – Methodology, 29 April 2014
[14] https://statmodeling.stat.columbia.edu/2020/05/08/so-the-real-scandal-is-why-did-anyone-ever-listen-to-this-guy/0
[15] A Letter on Justice and Open Debate, Harper’s magazine, 7 juillet 2020

Coronagates... les 10.000 ! En Route pour le Final !



ps (si j'ose dire) : je ne soutiens pas Trump en relayant les videos de Silvano Trotta ou d'autres... mais ses analyses sont toujours intéressantes à prendre en compte.

mercredi 9 septembre 2020

lundi 7 septembre 2020

Covid : choses vues... révélatrices de nos existences et du monde dans lequel nous vivons

Source : https://reporterre.net/Covid-choses-vues

En rompant le rythme habituel du monde, la pandémie de Covid-19 a agi comme un révélateur de nos existences et du monde dans lequel nous vivons. Les auteurs de cette tribune y témoignent ce qu’ils et elles ont vu depuis le mois de mars.
Julien Coupat était l’un des inculpés du groupe dit de « Tarnac ». Il est l’auteur, avec d’autres, de ce texte sur les « choses vues » en mai et en août 2020.

Nous avons vu abolie en un claquement de doigts la liberté la plus élémentaire des constitutions bourgeoises — celle d’aller et venir.
Nous avons vu un président prétendant régler depuis l’Élysée les « détails de notre vie quotidienne ».
Nous avons vu un gouvernement promulguer du jour au lendemain de nouvelles habitudes, la façon correcte de se saluer et même édicter une « nouvelle normalité ».
Nous avons entendu les enfants traités de « bombes virologiques » — et puis finalement non.
Nous avons vu un maire interdire de s’asseoir plus de deux minutes sur les bancs de « sa » ville et un autre d’acheter moins de trois baguettes à la fois.
Nous avons entendu un professeur de médecine dépressif parler de « forme de suicide collectif pour eux-mêmes et pour les autres » au sujet de jeunes gens qui prenaient le soleil dans un parc.
Nous avons vu un système médiatique parfaitement déconsidéré tenter de regagner une once de crédit moral par une entreprise de culpabilisation massive de la population, comme si la résurrection du « péril jeune » allait amener la sienne propre.
Nous avons vu 6.000 gendarmes des unités « montagne » appuyés par des hélicoptères, des drones, des hors-bords et des 4X4, lancés dans une traque nationale aux arpenteurs de sentiers, de bords de rivières, de lacs — sans parler, évidemment, des bords de mer.
Nous avons vu les Polonais en quarantaine sommés de choisir entre se photographier chez eux sur une application combinant géolocalisation et reconnaissance faciale, ou bien recevoir une visite de la police.

 Nous avons vu à quoi tiennent nos vies et par quoi nous sommes tenus

Nous avons entendu les vieillards tambourinant à la porte de leur chambre d’Ehpad implorer qu’on les laisse sortir voir le soleil peut-être une dernière fois, et la barbarie civilisée se draper d’excuses sanitaires.
Nous avons vu la notion de « distance sociale », conçue dans l’Amérique des années 1920 pour quantifier l’hostilité des Blancs envers les Noirs, s’imposer comme norme évidente d’une société d’étrangers. Nous avons ainsi vu un concept né pour répondre aux émeutes raciales de Chicago en 1919 mobilisé afin de geler l’onde insurrectionnelle mondiale de 2019.
Nous avons vu, dans nos nuits confinées, les satellites d’Elon Musk remplacer les étoiles, comme la chasse aux Pokemons a remplacé la chasse aux papillons disparus.
Nous avons vu d’un jour à l’autre notre appartement, que l’on nous avait vendu comme un refuge, se refermer sur nous comme un piège.
Nous avons vu la métropole, une fois évanouie comme théâtre de nos distractions, se révéler comme espace panoptique du contrôle policier.
Nous avons vu dans toute sa nudité le réseau serré des dépendances auquel nos existences sont suspendues. Nous avons vu à quoi tiennent nos vies et par quoi nous sommes tenus.
Nous avons vu, dans sa suspension, la vie sociale comme immense accumulation de contraintes aberrantes.
Nous n’avons vu ni Cannes, ni Roland-Garros, ni le Tour de France — et c’était bien.
Nous avons lu ce communiqué du Centre patronal suisse : « Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses : beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et à un commerce local, la fin de la société de consommation... Cette perception romantique est trompeuse, car le ralentissement de la vie sociale et économique est en réalité très pénible pour d’innombrables habitants qui n’ont aucune envie de subir plus longtemps cette expérience forcée de décroissance. »
Nous avons vu les États-Unis, la France ou l’Italie déclarer une guerre forcément implacable à un ennemi bien entendu invisible, et mimer en cela le pouvoir chinois. Nous avons vu les États les plus occidentaux adopter naturellement les mots, les méthodes et les manières réputés propres au « despotisme oriental » — mais sans les moyens de celui-ci. Nous avons vu l’impitoyable gouvernementalité chinoise désignée d’autant plus comme ennemie qu’elle sert en réalité de modèle. Nous avons vu vers quoi tendent les démocraties.
Nous avons vu le social se résorber de plus en plus dans le gouvernemental, et celui-ci se réduire au purement hostile. Nous avons vu la séparation achevée coïncider avec le projet d’une gouvernementalité parfaite.

Nous avons vu, à travers les trous dans les blouses des infirmières, l’intense bricolage qui se fait passer pour « nos institutions » 

Nous avons assisté, des semaines durant, à l’interminable sketch télévisé des masques, des tests et des places en réanimation. Et nous avons vu dans cette mascarade le reflet de notre propre impuissance sans mesure. Nous avons vu la passion triste d’être bien gouverné comme devant être toujours déçue.
Nous avons vu les couturières du village suppléer aux carences de l’État et les aides-soignantes parler plus haut qu’un soi-disant Président. Nous n’avons vu défiler que porte-paroles sans parole, généraux sans armée, stratèges sans stratégie et ministres sans magistère. Nous avons vu s’effondrer l’ancienne foi en l’État au moment même où celui-ci se retrouvait une inespérée raison d’être.
Nous avons vu l’État français, si couramment frappé de grandiosité comme tout ce qui est français, ramené à son statut réel d’État failli. Nous l’avons vu cachant sous les ors de son appareil une réalité du Tiers-Monde — chipant des masques à ses propres collectivités locales et à ses « alliés européens », mobilisant l’armée comme le premier président mexicain venu pour mettre en scène une maîtrise de la situation à laquelle personne ne croit, mimant à coups d’hélicoptères et de TGV une efficacité de carton-pâte, s’appropriant comme siens les élans de solidarité spontanée envers des soignants qu’il n’avait jusque-là cessé de déplumer.
Nous avons vu, à travers les trous dans les blouses des infirmières, l’intense bricolage qui se fait passer pour « nos institutions ».
Nous avons vu la métabureaucratie privée des cabinets de conseil mondiaux aussi empotée que la bureaucratie étatique, et partout étendant son emprise.
Nous avons vu comme les États-Unis, en fait d’État failli, valent bien la France.
Nous avons vu partout la prétention à administrer les choses, à les gérer de loin s’écraser sur le réel — et ce, pour commencer, à l’hôpital.
Nous avons vu le réflexe de centraliser-planifier-organiser partout empirer la situation, et n’améliorer que l’image des organisateurs.

Nous avons vu se déployer l’auto-organisation locale, de proche en proche, à même les territoires vécus, comme réflexe vital ramenant un peu de sens et de prise 

Au faîte de la crise, nous avons vu l’État comme ce dont nous n’avons plus besoin, et dont n’émane rien en guise de secours qu’une sourde menace et des coups bas. Nous avons vu que, vivre sans l’État, ou loin de son empire, est devenu, pour beaucoup, la première mesure vitale.
Nous avons vu se déployer l’auto-organisation locale, de proche en proche, à même les territoires vécus, comme réflexe vital ramenant un peu de sens et de prise — comme expérience infime mais réelle de puissance collective.
Nous avons vu la passion du jardin, voire du poulailler, saisir ceux qui n’avaient jusque-là que trois pots de fleurs fanées.
Nous n’avons vu, dans le galop d’essai du confinement mondial, aucune césure entre un monde d’avant et un monde d’après. Nous l’avons vu comme simple révélateur du monde qui était déjà là, mais dont la cohérence était jusque-là tue.
Nous avons vu surgir, avec la mise aux arrêts domiciliaires de la plus grande partie de la population mondiale, la nouvelle architecture toute prête de la séparation, où l’absence de contact forme la condition pour que tous les rapports soient médiés cybernétiquement.
Nous avons vu émerger, au détour de quelque statistique du ministère de l’Intérieur au sujet des 20 % de Parisiens partis se confiner ailleurs, l’écosystème jusqu’ici clandestin de la surveillance de masse. Nous avons vu qu’il était vain, en la matière, de distinguer entre organisation étatique et data brokers privés, entre ceux qui détiennent les titres et ceux qui disposent des leviers.

Nous avons vu, au prétexte imparable de la pandémie, s’afficher la cohérence des pièces jusque-là disjointes des plans impériaux 

Nous avons entendu Eric Schmitt, l’ex-patron de Google devenu un pilier du complexe militaro-industriel étasunien, formuler ce que l’on se garde bien de dire officiellement en France : la déscolarisation connectée des enfants est bien une « expérimentation de masse en matière d’enseignement à distance ». Puis préciser le plan : « Si nous devons construire l’économie et le système éducatif du futur sur le tout-télé, nous avons besoin d’une population intégralement connectée et d’une infrastructure ultrarapide. Le gouvernement doit procéder à des investissements massifs — peut-être comme plan de relance — pour convertir l’infrastructure numérique de la nation aux plates-formes basées sur le cloud et les relier par le réseau 5G. » Nous avons perçu dans son appel à la gratitude envers les géants du numérique — « Réfléchissez un peu à ce que serait votre vie en Amérique sans Amazon ! » — la voix triomphante des nouveaux maîtres.
Nous avons vu, au prétexte imparable de la pandémie, s’afficher la cohérence des pièces jusque-là disjointes des plans impériaux : géolocalisation, reconnaissance faciale, Linky, drones en pagaille, proscription des paiements en liquide, internet des objets, généralisation des capteurs et de la production de traces, assignation à résidence numérique, privatisation exaspérée, économies massives par le télétravail, la téléconsommation, les téléconférences, le télé-enseignement, les téléconsultations, la télésurveillance et, pour finir, le télélicenciement.
Nous avons vu dans le taux d’équipement technologique de chacun la condition pour endurer une réclusion qui, il y a encore dix ans, aurait été éprouvée comme intolérable — un peu comme l’introduction de la télé en prison y a éteint les grandes révoltes.
Nous avons assisté à l’inflation fulgurante d’un type spécifique de technologies : celles dont Kafka disait que nous périrons parce qu’elles « multiplient le fantomatique entre les Hommes ».
Nous avons vu, avec le confinement mondial, la socialisation du virtuel répondre à la virtualisation du social. Le social n’est plus le réel. Le réel n’est plus le social.
Nous avons vu, aux États-Unis, le couvre-feu policier prendre la suite du confinement sanitaire, et les applications de traçage imaginées « pour le Covid » servir à traquer les émeutiers.
Nous avons, en France, vu les manifestations que l’on interdisait autrefois pour d’impénétrables raisons d’ordre public, interdites désormais pour d’impénétrables raisons d’ordre sanitaire.

Nous avons vu la hiérarchie sociale comme purement fondée sur le degré de parasitisme 

Nous avons vu, une fois la population confinée, la police jouir jusqu’au meurtre de sa souveraineté retrouvée sur un espace public idéalement déserté. Et nous avons vu en retour, aux États-Unis, en quoi peut consister un déconfinement réussi : la reprise de la rue, l’émeute, le pillage, la réduction en cendres de la police, des grands magasins, des banques et des bâtiments gouvernementaux.
Nous avons vu, sur un balcon de Nantes, cette banderole stupide et couarde : « Restez chez vous ! Préparons les luttes de demain ! »
Partout, nous avons vu des citoyens reprendre en écho le « rentrez chez vous ! » aboyé par les flics et leurs drones.
Nous avons vu la gauche, comme toujours, à l’avant-garde du « civisme » qu’aspirent à produire les gouvernants — à l’avant-garde, donc, du suivisme.
Nous avons vu la blague des « permis de vivre » imaginés en 1947 par les dadaïstes du Da Costa Encyclopédique se réaliser comme politique d’État et mesure citoyenne. Qu’il ait été loisible à chacun de se les délivrer aurait dû alerter sur le loufoque de l’initiative.
Nous avons vu à quoi tient la « rigueur budgétaire », tout comme l’impératif moral de se lever tôt le matin pour aller au turbin.
Nous avons vu, pour ceux qui continuaient à travailler, que le travail forcé est la vérité du travail salarié, que l’essence de l’exploitation est d’être sans limite et que l’autoexploitation est son premier ressort.
Nous avons vu la hiérarchie sociale comme purement fondée sur le degré de parasitisme. Nous avons vu la société de l’utilitarisme renvoyer chez eux comme « inessentiels » ses propres gestionnaires.
Nous avons éprouvé dans la fausse alternative entre un espace public intégralement sous contrôle et un espace privé promis au même destin le manque de lieux intermédiaires d’où nous puissions localement reprendre en main des conditions d’existence qui, de toutes parts, nous échappent. Nous avons vu dans la prolifération des intermédiaires en tout genre — commerciaux comme politiques, intellectuels comme sanitaires — la conséquence de ce défaut de lieux.

Nous avons vu une nouvelle vertu civique naître de ce qui était hier encore un délit : être masqué 

Nous avons senti l’appareil médiatique et gouvernemental, de palinodies en grossiers mensonges, de contradictions béantes en feintes révélations, jouer deux mois durant sur nos états d’âme comme sur un piano. Et se plaire tant à l’exercice qu’il entend bien continuer aussi longtemps que possible.
Nous avons éprouvé comme, par l’insondable menace du virus, on nous liait à nous-mêmes en nous liant aux autres, mais par un lien qui est la déliaison même : la peur.
Nous avons vu une nouvelle vertu civique naître de ce qui était hier encore un délit : être masqué. Nous avons vu la pétoche protester de son altruisme et la normopathie se donner en exemple. Nous avons vu le plus complet désarroi quant à la façon de vivre — la plus complète étrangeté à soi — dispenser des leçons de savoir-vivre. Nous avons vu dans cette incertitude, et dans cette étrangeté, la promesse de mœurs intégralement reprogrammables.
Nous avons vu gouvernants et multinationales célébrer le care dans l’unique espoir de nous dissuader de leur faire la guerre. Nous avons vu les champions du discrédit tenter de couvrir les huées qui leur étaient destinées en faisant acclamer les damnés du salariat. Nous avons vu les tire-au-flanc de toujours inventer l’héroïsme des « combattants de première ligne » comme ultime façon de se planquer.
Nous avons vu comment l’impossibilité de distinguer le mensonge de la vérité, et non le règne exclusif du mensonge, nous rendait manœuvrables à souhait, comment, la moindre information probante étant systématiquement démentie dans la journée par une autre non moins improbable, il suffisait d’entretenir un certain brouillard sur toutes les données dont les gouvernants ont le monopole pour nous faire perdre pied.
Nous avons vu la science si farcie d’intérêts qu’elle en devient incapable de produire le moindre début de vérité. Nous avons vu le savoir si saturé de pouvoir qu’il en a implosé. Nous avons été laissés avec l’intuition et l’enquête située comme dernières voies praticables d’accès au réel, comme racines pour tout raisonnement logique.
Nous avons vu la cause de la « santé publique » comme pure et simple expropriation de toute certitude sensible quant à notre santé réelle.
Nous n’avons pas goûté la bienveillante inquisition des « brigades d’anges gardiens » du docteur Véran.
Nous avons vu le souverain républicain réaliser son rêve de rassembler pour sa messe l’ensemble de ses sujets idéalement séparés devant leur écran entre les quatre murs de leur foyer, et enfin réduits à sa contemplation exclusive. Nous avons vu le Léviathan réalisé.
Nous avons vu Macron s’approprier paisiblement le 1er Mai des travailleurs et les jours heureux du CNR [Conseil national de la Résistance], et les gauchistes en revendiquer mimétiquement l’héritage plutôt que d’en conclure à leur péremption définitive.
Nous avons vu, deux mois durant, le sempiternel gauchisme multiplier les appels dans le vide et les programmes pour personne. Nous l’avons vu incapable, dans ces « circonstances exceptionnelles », de faire autre chose que mobiliser, c’est-à-dire exploiter jusqu’à l’épuisement les dernières ressources subjectives.
Nous avons vu les grands libertaires faire l’apologie du confinement et promouvoir le port citoyen du masque et les plus gros fachos en dénoncer la tyrannie. L’anarchiste qui veut croire à quelque bonne volonté, voire à quelque bienveillance de l’État, nous rappelle ainsi qu’il n’y a pas de gouvernement sans autogouvernement, et vice-versa. Gouvernement et autogouvernement sont solidaires, relèvent du même dispositif. Que le pasteur soigne son troupeau ne l’a jamais empêché de mener les agneaux à l’abattoir.

Nous avons croisé, dans les sous-bois du confinement, les sourires de l’infraction complice 

Nous avons vu les marxistes, abasourdis que les « valets du capital » interrompent moindrement sa reproduction, s’étouffer que le clergé de l’économie décide de la bloquer un tant soit peu, bref : nous avons vu les marxistes découvrir que l’économie n’est pas une donnée brute et indépassable, mais une manière de gouverner, et de produire, un certain type d’hommes­.
Nous avons vu un bourgeois bourguignon, philosophe à ses heures, qui chantait hier encore « l’économie comme science des intérêts passionnés » et sollicitait Microsoft pour financer sa chaire d’université appeler à sortir de l’économie.
Nous avons vu, à l’occasion du confinement, un riche Chinois d’Aubervilliers débaucher sans retour l’institutrice de son fils comme préceptrice à domicile, et doubler pour cela son salaire — moins avare en cela que tant de familles de la bourgeoisie parisienne, mais non moins déterminé à en finir avec l’enseignement public.
Nous avons vu l’Éducation nationale appeler son personnel à être vigilants « dans les couloirs et la cour pour repérer des propos qui attaquent la cohésion sociale ».
Nous avons croisé, dans les sous-bois du confinement, les sourires de l’infraction complice. Nous avons vu un gouvernement si porté sur la discipline qu’il finit par donner à de simples pique-niques en forêt des airs de conspiration, et aux bons citoyens des réflexes de balance.
Nous avons vu la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, syndicat majoritaire], toujours prête à relancer, comme en 1942, quelque nouveau « chantier de la jeunesse », se scandaliser que les volontaires prétendent dorénavant être payés — pour finalement se rabattre sur l’exploitation des sans-papiers là où les Roumains font défaut.
Nous avons vu, comme en 1942, les bons Français toujours prompts à dénoncer les mal-confinés, et Ouest-France se lancer dans de subtils distinguos entre délation et dénonciation.
Nous avons vu les salauds — pêcheries industrielles, grands forestiers ou agroentrepreneurs — toute bride lâchée, intensifier encore leur dépeçage des océans, des terres et des forêts alors que nous étions enfermés chez nous.
Nous avons vu ceux qui, face à l’événement, s’empressent d’échafauder pour « demain » des « mondes d’après » où mettre en sécurité leurs douillettes illusions, et ceux qui acceptent de prendre acte de ce qui est en train de se passer, aussi glaçant cela soit-il.

Nous voyons l’anéantissement comme le destin manifeste de cette société 

Nous avons vu, alors, qui déraisonne, et qui garde la tête froide, qui souscrit à la panique et qui reste digne, qui a la propagande à la bouche et qui parvient encore à sentir et penser en propre.
Nous avons entrevu l’entrée dans une autre temporalité, étrangère au temps social, plus dense, plus continue, plus ajustée, propre et partagée. Nous avons désiré le rapprochement physique de nos proches, et l’éloignement des plus hostiles d’entre nos voisins.
Nous avons vu autour de nous se renforcer tous les liens et tous les lieux qui rendent la vie vivante, et se distendre tout ce qui n’avait, au fond, pas de raison d’être.
Nous avons vu tout cela, et cela détermine un partage — un partage avec ceux qui accueillent les vérités de l’événement et un partage d’avec ceux qui ne voient toujours rien. Nous n’entendons aucunement convertir ces derniers à nos vues : ils nous ont assez entravés avec leur maudite cécité.
Nous voyons, face à la croissante « ingouvernabilité des démocraties », se durcir un bloc social-grégaire appareillé technologiquement, financièrement, policièrement tandis que s’esquissent mille désertions singulières et de petits maquis diffus, nourris de quelques certitudes et quelques amitiés. Nous voyons la désertion générale hors de cette société, c’est-à-dire des rapports qu’elle commande, s’imposer comme la mesure de survie élémentaire sans quoi rien ne peut renaître. Nous voyons l’anéantissement comme le destin manifeste de cette société, et comme ce qu’il incombe de précipiter à ceux qui ont entrepris de la déserter — si du moins nous voulons rendre à nouveau respirable, où que ce soit, la vie sur Terre. Le mur face auquel nous nous trouvons pour l’heure est celui des moyens et des formes de la désertion. Nous avons l’expérience de nos échecs en guise de plastic pour le faire céder. Toute stratégie en découle.
Nous nous sommes attachés à nous formuler ce dont nous avons été témoins au printemps dernier, avant que l’amnésie organisée ne vienne recouvrir nos perceptions. Nous avons vu et nous n’oublierons pas. Plutôt, nous nous reconstruirons sur ces évidences. Nous ne présupposons aucun nous, ni celui du peuple ni celui de quelque avant-garde de la lucidité. Nous ne voyons pas d’autre « nous », en cette époque, que celui de la netteté des perceptions partagées et de la détermination à en prendre acte, à tous les étages de nos modestes et folles existences. Nous ne visons pas la constitution d’une nouvelle société, mais d’une nouvelle géographie.

 



Source : Courriel à Reporterre
Dessins : © Tommy/Reporterre
- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

dimanche 6 septembre 2020

ANTIPRESSE 249 — Le briefing avec Slobodan Despot

Où il est question du discret retour de la barbarie policière, des prix «Abou Ghraïb» et «Mr Bean» décernés aux Australiens et à M. Poutine respectivement, des votations suisses sur les avions de combat ou la protection de la faune, et de tous les enseignements que nous pouvons retenir de cette situation quant à la nature humaine. Pour s'abonner à l'Antipresse: https://antipresse.net/abonnements/