"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
A lire et relire – Texte de Serge Carfantan sur le cynisme politique. A la fois inquiétant et étonnant d’actualité.
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.
L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.
Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir ».
Serge Carfantan.
A propos de l’auteur :
Serge Carfantan est docteur agrégé de philosophie, spécialiste de la philosophie indienne et de la pédagogie de la philosophie. Il a enseigné à Bordeaux, Libourne, Parentis, Mont de Marsan, Pau et à l’université de Bayonne.
Ce texte a été écrit dans le cadre d’un cours sur le cynisme politique, dans lequel il s’inspire notamment des oeuvres d’Aldous Huxley, le Meilleur des mondes, et de Gunther Anders, l’Obsolescence de l’homme.
L’équipe d'”Envoyé spécial” nous entraîne dans ses aventures journalistiques, avec de l’investigation, des rencontres inédites, des face-à-face, des focus, du grand reportage, des portraits fouillés…
Il s’appelle Didier Bille et, pendant vingt-deux ans, il a été directeur des ressources humaines pour des multinationales, dans les secteurs des télécommunications ou encore de l’industrie automobile. Aujourd’hui, il témoigne pour la première fois des redoutables méthodes qu’il a employées pour mettre la pression aux salariés et les licencier en quinze minutes sur un coin de bureau, parfois sans aucun motif.
Il a fait le calcul : dans toute sa carrière, il a congédié au total 1 000 personnes, un salarié tous les sept jours ! L’une de ses armes, c’est le “ranking forcé”, une pratique en vogue dans de nombreuses entreprises selon lui. Elle consiste à mal noter des salariés pourtant irréprochables afin d’avoir un prétexte pour les licencier. Ce qu’il raconte sans détour, c’est un monde de l’entreprise sans foi ni loi, où le salarié est broyé. Un témoignage édifiant sur la brutalité du métier de DRH.
Un reportage de Virginie Vilar et Laura Aguirre de Carcer.
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici.
La cadence imposée aux ouvriers dans les abattoirs peut expliquer - sans excuser - les atrocités commises à l'égard des animaux - pas d'images gore dans cette vidéo, juste une présentation du livre "Steak Machine".
Désormais, le rayon d’action d’une catastrophe nucléaire en Belgique est étendu à 100 kilomètres autour des centrales nucléaires, ce qui revient à couvrir l'ensemble du territoire. La situation incite les autorités à prendre des mesures de précaution et à rendre les pastilles d'iode disponibles gratuitement dès ce mardi.
Dès ce mardi, les pharmacies belges sont autorisées à distribuer gratuitement des pilules d'iode à tout client qui en demande, conformément au nouveau plan de sécurité nucléaire du ministre de l'Intérieur Jan Jambon. L'information, diffusée lundi par divers médias, a été confirmée par le cabinet du ministre.
Les pilules d'iode visent à limiter le risque de développement d'un cancer de la thyroïde après une catastrophe nucléaire.
Tous les Belges sont concernés, et plus seulement ceux qui vivent dans un rayon de 20 km autour des centrales, car, selon le nouveau plan de sécurité, le rayon d'action est étendu à 100 kilomètres autour des centrales nucléaires, ce qui revient à couvrir l'ensemble du territoire.
Il y a sept réacteurs nucléaires sur le territoire du pays, 25 autres sont situés dans les pays voisins, dans un rayon de 200 kilomètres.
Bien que les autorités belges qualifient comme «extrêmement faibles» les risques d'incidents nucléaires, dans le pays, elles n'excluent pas l'éventualité d'une catastrophe de grande ampleur. Jusqu'à présent, l'accident nucléaire le plus grave en Belgique s'est produit dans l'Institut des éléments radioélectriques en 2008, dans la ville de Fleurus. De l'iode radioactif avait été rejeté dans l'atmosphère.
Les comprimés d’iode des tranquillisants contre l’angoisse nucléaire
La décision de distribuer des comprimés d’iode stable au voisinage des
centrales nucléaires françaises a donné lieu à des commentaires d’experts
médicaux très proches du lobby nucléaire, pour qui seuls les iodes radioac-
tifs auraient des effets néfastes sur la santé (du moins, c’est ce qu’ils pré-
tendent dans les médias). Ainsi, en prenant ces comprimés d’iode stable,
en cas d’accident grave, la population serait totalement protégée. Tout se
passe donc comme si le cocktail de radionucléides qui seraient rejetés en
même temps que les iodes (césium, ruthénium, argent, strontium, plutonium
et autres transuraniens), une fois inhalés et ingérés, n’avaient aucun effet
sur la santé. Il est vrai que, contrairement aux iodes radioactifs, qui ont pour
cible la thyroïde sur laquelle ils se fixent, ces radioéléments ne donneraient
pas d’effets spécifiques facilement identifiables sur des organes particu-
liers. Il serait donc difficile pour les personnes contaminées de les discerner
parmi les maladies « normales » et les experts pourraient facilement camou-
fler leurs effets.
S’il n’est pas possible pour les individus d’identifier les cancers radio-
induits non spécifiques, alors il n’est pas nécessaire pour les gestionnaires
et leurs conseillers scientifiques d’en tenir compte, d’autant plus que ces
cancers n’apparaîtraient que plus tardivement. Les iodes radioactifs ayant
un effet spécifique sur la thyroïde, et cela à relativement court terme (on
l’a vu après Tchernobyl avec l’apparition des cancers chez les enfants bié-
lorusses), il n’est donc pas possible de les négliger dans les gestions post-
accidentelles. Ainsi, le comprimé d’iode stable devient miraculeusement
l’antidote absolu contre les effets des rejets radioactifs en cas d’accident
nucléaire grave.
Quelques précisions sur les prises d’iode stable
L’iode stable est administré préventivement pour saturer la thyroïde et
empêcher qu’elle n’absorbe ensuite les iodes radioactifs rejetés dans les
accidents nucléaires. Dans cette situation, la thyroïde serait protégée des
effets du rayonnement causés par ces iodes radioactifs ingérés ou inhalés.
(Nous ne discuterons pas ici des contre-indications médicales qui ne sont
peut-être pas aussi anodines qu’on nous l’assure.)
Les experts de la Commission internationale de protection radiologique
(CIPR) dans la publication 63 de 1992 (Principes pour l’intervention pour
la protection du public en cas d’urgence radiologique) donnent quelques in-
dications sur les procédures à respecter pour que la prise d’iode stable soit
efficace. Remarquons que ces experts ont attendu pour nous livrer leurs
réflexions que Tchernobyl ait montré indiscutablement le développement
de problèmes thyroïdiens, entre autres des cancers, chez les enfants des
régions contaminées en Biélorussie, Ukraine et Russie. L’effet désastreux
sur la population prenant directement conscience qu’elle avait été contami-
née, malgré les dénégations officielles, n’est certainement pas étranger au
souci soudain porté aux iodes radioactifs chez les experts internationaux et
les gestionnaires nationaux.
La rapidité de la prise d’iode est le point important
La CIPR précise : « L’absorption d’iode radioactif est généralement
stoppée cinq minutes après l’administration de cent milligrammes d’iode
stable (pour les adultes). » (art. 70) Encore faut-il que cette ingestion d’iode
stable soit faite avant que l’iode radioactif ait agi notablement en saturant la
thyroïde, ce qu’indique l’article 71 : « Le bénéfice maximum est clairement
obtenu en prenant les tablettes d’iode stable avant l’exposition aux iodes
radioactifs ou le plus tôt possible après. L’administration quelques heures
après l’exposition à une incorporation unique d’iode radioactif peut réduire
l’activité de la thyroïde d’un facteur pouvant aller jusqu’à 2. Une petite ré-
duction de la dose à la thyroïde pourrait être obtenue si l’administration d’io-
de stable est retardée au-delà de six heures et l’action protectrice est nulle
au-delà de douze heures après que l’ingestion/inhalation d’iode radioactif a
cessé. » Ainsi, la CIPR indique que l’efficacité d’une prise d’iode stable pour
réduire les effets des iodes radioactifs est très petite après un délai de six
heures pour les personnes sous un panache d’iodes radioactifs.
Prenons ces six heures comme référence. Pour les habitants proches
du réacteur à problèmes, il faudrait que le directeur de la centrale donne
l’alerte suffisamment longtemps avant le début des rejets pour que tous les
gens concernés soient correctement informés (par exemple, qu’ils aient le
temps de rentrer chez eux chercher leur comprimé) sinon leur protection
serait réduite, voire illusoire, du moins pour le réacteur de leur voisinage,
mais pas forcément pour un désastre sur les autres sites. Un vent normal
de 20 à 30 km/h transporterait l’iode radioactif à une distance comprise
entre 120 et 180 km en six heures. C’est la distance au-delà de laquelle il
serait éventuellement possible de se protéger. Un vent plus violent de 40
km/h porte la distance à 240 km. Enfin, dans la vallée du Rhône particu-
lièrement nucléarisée, si le mistral ou la tramontane soufflent à une vitesse
d’environ 60 km/h, la distance que l’on pourrait protéger se situe au-delà
de 360 km. On voit, compte tenu de l’implantation des centrales nucléaires
dans notre pays, que c’est l’ensemble du territoire qu’il faudrait protéger et
non pas la population des quelques kilomètres au voisinage des réacteurs.
Le Pr Schlumberger de l’Institut Gustave-Roussy concluait de la façon
suivante son article intitulé « Les cancers de la thyroïde après Tchernobyl »
publié dans la très officielle revue de la Société française de radioprotec-
tion, Radioprotection (1994, vol. 29, n° 3, p. 397-404) : « L’accident de
Tchernobyl a montré que les populations vivant à plusieurs centaines de
kilomètres de la centrale (région de Brest notamment) (il s’agit de la région
de Brest-Litovsk en Biélorussie, à la frontière polonaise) peuvent être for-
tement contaminées et développer dans les années qui suivent un cancer
de la thyroïde.
Ceci montre que les plans d’intervention doivent être établis au niveau
d’un pays, voire d’un continent. » On voit que la distribution d’iode dans un
périmètre de 5 km autour des centrales françaises est un signe de panique
irrationnelle et d’incompétence notoire des autorités qui seraient chargées
de gérer une « urgence radiologique » (terme pudiquement utilisé officielle-
ment pour catastrophe nucléaire). Irrationalité non pas par rapport à l’éven-
tualité d’un désastre nucléaire mais par rapport à l’efficacité de ces autori-
tés pour gérer de tels événements. À moins bien sûr que ces distributions
de comprimés d’iode stable ne soient pas envisagées pour protéger les
thyroïdes de la population mais pour réduire ce que les experts en catas-
trophes industrielles nomment maintenant le « risque psychologique » qui
pourrait conduire les habitants près des centrales nucléaires à exiger rapi-
dement leur mise à l’arrêt. En cas d’accident grave, ce « risque psychologi-
que » pourrait amener des « turbulences sociales » particulièrement redou-
tées des gestionnaires. Ils espèrent qu’une population qui se croit protégée
demeure plus calme. En somme, ces comprimés d’iode stable n’auraient
qu’un rôle de tranquillisant. De plus, on essaie par cette procédure de res-
ponsabiliser les gens. En somme, s’il leur arrive des ennuis de santé après
un accident nucléaire, ce sera parce qu’ils n’ont pas pris correctement leur
iode stable. C’est la victime qui devient responsable. Une trouvaille ! Quelques problèmes
Faut-il donner les comprimés aux enfants quand ils vont à l’école ? Faut-il
les confier aux enseignants ?
Faut-il que les gens qui quittent leur habitation emportent les comprimés
avec eux ?
Faut-il que les étrangers aux communes concernées se déclarent à la
mairie pour obtenir leurs comprimés ?
Comment procéder pour les gens qui habitent hors de la zone concernée
par les comprimés et vont travailler dans cette zone ? Devront-ils se décla-
rer dans les mairies, faudrait-il les ficher ?
Faut-il avertir les touristes qui ont l’intention de se rendre dans des zones
à haut risque qu’ils devront avoir leur comprimé ? Où pourront-ils l’obtenir ?
Dans les agences de tourisme ? Dans les syndicats d’initiative ? Dans les
mairies ? Ces organismes distributeurs devront-ils être ouverts en perma-
nence 24 h/24 ?
Si l’information pour la prise d’iode est faite par radio, ne faudrait-il pas
fournir à la population des récepteurs à piles pour le cas où l’accident nu-
cléaire s’accompagnerait d’une panne de courant ?
Finalement le système soviétique qui interdisait à la population de se dé-
placer hors du lieu de résidence sans une autorisation, simplifierait notable-
ment la gestion de ces comprimés d’iode stable. L’organisation autoritaire
de la société est probablement la meilleure solution pour gérer l’énergie
nucléaire !
Roger Belbéoch’h
Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine, n° 77 Septembre 1997
Comme à chaque fois que les djihadistes (hors Daech) perdent du terrain en Syrie (interventions aériennes russes en 2015, libération d’Alep en 2016…), nous subissons une intense propagande médiatique visant à influencer l’opinion publique pour lui faire prendre parti dans la complexe guerre civile syrienne. Ce parti étant évidemment celui du Quai d’Orsay (administration noyautée par la pensée néoconservatrice) qui abonde quasi systématiquement dans le sens de la politique extérieure des États-Unis. Rien de bien nouveau, je vous renvoie à l’ouvrage central de Noam Chomsky : La fabrication du consentement.
J’en profite également pour rappeler les principes de la propagande de guerre que l’historienne Anne Morelli a énoncés à partir des écrits durant la guerre de 1914 du député travailliste Arthur Ponsonby :
Nous ne voulons pas la guerre.
Le camp adverse est le seul responsable de la guerre.
Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l’affreux de service »).
C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers.
L’ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c’est involontairement.
L’ennemi utilise des armes non autorisées.
Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes.
Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.
Notre cause a un caractère sacré.
Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.
On voit très facilement que la plupart de ces principes s’appliquent parfaitement à la guerre de communication livrée actuellement dans nos médias contre le gouvernement syrien (quoi qu’on pense de lui – et ici nous n’en pensons pas du bien) à propos de la bataille de la Ghouta. Mais nous reviendrons tout d’abord brièvement sur la bataille d’Alep.
P.S. si vous manquez de temps, je vous recommande de lire au moins la partie 4/
1/ Des nouvelles d’Alep
Le climat actuel rappelle la fine subtilité, la grande probité et le sens de la nuance qui s’est fait ressentir durant la couverture médiatique de la reprise d’Alep fin 2016, comme ici :
Le lecteur notera avec tristesse que, hélas, nous n’avons pas été submergés de témoignages d’Alep, un an après ; on signalera néanmoins cet article du grand quotidien libanais L’Orient-Le Jour qui a fait preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle en décembre dernier (source) :
En effet, désormais dans tour Alep, les chrétiens peuvent fêter Noël – ce qui n’était évidemment pas le cas dans le djihadistan qui s’était créé dans la partie orientale de la ville… Bien évidemment, cela donné lieu à des images utilisées par la propagande progouvernementale, mais qui restent intéressantes :
2/ La propagande de guerre autour du drame de la Ghouta
Les années passant et se ressemblant, nous retrouvons donc tous les ressorts de la propagande de guerre dans nos médias :
On a aussi vu des images très violentes, qui posent question quant à la décence de leur utilisation, et à la propagande qu’elles servent (source) :
Bien entendu, il n’est pas question ici de minorer les atroces souffrances du peuple syrien et des civils de la Ghouta en particulier (cela fait des années que nous dénonçons sur ce site les ingérences étrangères qui alimentent la guerre, et donc augmente le nombre de morts). Notre peine est immense, et notre solidarité avec le peuple syrien est totale.
Nous développerons dans le prochain billet notre vision sur ce point. Nous nous concentrerons aujourd’hui seulement sur une certaine manière de traiter l’information, qui en voulant afficher les images terrifiantes d’innocentes victimes, alimente en réalité bien souvent le jeu des groupes djihadistes en Syrie.
3/ Éléments de langage de cette propagande de guerre
Classiquement, nous constatons que la masse des médias présente d’une manière univoque un élément particulier de l’immense tragédie syrienne, à savoir le drame de la Ghouta :
Nous avons ici plusieurs importants éléments de langage de la propagande de guerre en Syrie.
Le premier est de délégitimer le gouvernement syrien.Il n’a plus droit au titre de “gouvernement”, mais à celui de “régime”. Cela s’applique à la plupart des gouvernements que nos dirigeants n’apprécient pas. Chose amusante, vous noterez que plus ils en détestent un, moins le mot “gouvernement” est employé dans le traitement de l’information.
Pourtant, si on peut imaginer la difficulté pour beaucoup d’utiliser le bon terme en raison de la charge émotionnelle évidente que cela implique, le gouvernement syrien reste toujours l’autorité reconnue internationalement, il a conservé son siège à l’ONU, et ses ambassadeurs dans beaucoup de pays.
Dépêche de l’agence de presse officielle chinoise
Article d’un des principaux quotidiens indiens
Le phénomène se passe évidemment à l’identique avec le Venezuela, la Corée du Nord, et, dans une moindre mesure, la Russie :
A contrario, il y a toujours bien, généralement, un “gouvernement” en Chine, au Qatar ou en Arabie Saoudite :
Ainsi, ne pas employer le mot “gouvernement” uniquement pour la Syrie, et continuer à l’employer pour la Chine ou l’Arabie, c’est donc déjà prendre parti, ce qui n’est pas le rôle de la presse.
Le deuxième élément de langage est de légitimer au maximum les groupes armés combattant le gouvernement syrien. Et quand ce n’est pas possible, il s’agit alors, à tout le moins, de ne surtout pas les délégitimer. C’est pourquoi la presse utilisera le terme “rebelles”, quand ce ne sera pas “résistants” ; ils se garderont donc bien de citer de manière trop apparente ou trop fréquente les mots “djihadistes”, “salafistes”, “islamistes”, “Frères Musulmans” ou “al-Qaïda”. Nous y reviendrons ci-après.
Le troisième élément va consister à parler essentiellement de “populations assiégées” par l’armée. Il s’agit ici de masquer au maximum les faits suivants :
1/ il y a des soldats (islamistes) dans la Ghouta. Il s’agira pour les grands médias de ne presque jamais les montrer. L’accent est mis sur les morts civiles (chaque mort est bien évidemment profondément tragique), mais les médias éviteront en général de diffuser des images des combattants islamistes de la Ghouta. Bien entendu, il le feront de temps en temps, pour échapper à l’accusation de cacher la réalité, et de disposer de “preuves de leur bonne foi”. Mais l’important est que ceci n’aura nullement marqué l’esprit des lecteurs.
Bien entendu, ils le feront de temps en temps, pour échapper à toute accusation de dissimulation la réalité, en disposant ainsi de “preuves de bonne foi”. Mais l’important est que ceci n’aura nullement marqué l’esprit des lecteurs, car comme on le sait, c’est par l’intensité d’une couverture médiatique, par la répétition, et l’omniprésence d’une information que le lecteur sera imprégné des données rapportées. Ainsi, faire un article ici et là, noyé dans un flot continu d’informations qui présentent une ligne bien différente, ne suffit pas pour affirmer que l’information à bel et bien été couverte.
Il suffit de comparer la couverture médiatique des civils de la Ghouta avec ceux de Raqqa ou de Mossoul, dont les médias ont aussi parlé :
Mais, en réalité, les médias en ont parlé beaucoup moins, avec moins d’intensité, et sans militantisme (qui a proposé de poursuivre le gouvernement irakien pour crimes de guerre ?).
2/ ces soldats tirent régulièrement sur Damas, tuant de nombreux civils. Le fait que ces attaques aient lieu aussi fréquemment, tuant beaucoup de civils, sera au maximum caché. Pour illustrer la situation, voici quelques exemples du seul mois de novembre 2017 (attention, la source est l’édition française de l’agence de presse officielle syrienne Sana, d’où le terme de propagande “martyrs” – on prendra donc ceci avec une grande prudence, mais les tirs de roquettes répétés sont avérés – source) :
Tous ces morts dans la zone gouvernementale de Damas (tout comme ceux dans la partie occidentale d’Alep) n’ont évidemment guère intéressé ni les médias ni nos belles âmes du Quartier latin.
Je ne parle évidemment même pas de ce genre d’information :
3/ il y a plus de deux ans, c’est en fait Damas qui était assiégée, en partie par les combattants de la Ghouta orientale. Ceci n’est resté dans l’esprit de personne, car cela ne faisait l’objet que de rares informations à l’époque. Bref, la situation sur le terrain s’est désormais totalement inversée ; la comparaison des deux traitements médiatiques doit donc être au maximum évitée… Je vous renvoie cependant sur ce témoignage poignant de 2015 (Source) :
4/ dans sa propagande, le gouvernement syrien déclare qu’il réagit (et on peut évidemment critiquer la réaction) à des tirs de roquettes ciblant sa population civile, tirées depuis des zones tenues par des islamistes. On évitera donc soigneusement de voir fleurir dans les médias, là encore, toute comparaison avec les réactions de même nature d’autres gouvernements de la région… (Source)
Évidemment, on n’imagine pas un journaliste parler du “Boucher de Tel-Aviv à la tête d’un régime d’extrême droite”. Il subirait dès lors, à raison, toutes les foudres médiatiques pour son manque de rigueur…
4/ Illustrations de propagande cartographique – Le Monde est à l’honneur
Illustrons donc cette problématique du siège, avec ces cartes d’origine AFP ; ici en janvier 2018 :
Mais c’est Le Monde qui va, évidemment, le mieux illustrer le problème. Le 21 février, il a publié cette carte, dans la lignée de l’AFP :
Mais, les évènements devenant encore plus graves, Le Monde a tenté de mieux expliquer la réalité.
Ceci nous amène à Delphine Papin, Responsable du service Infographie-cartographie au Journal Le Monde. Elle s’était déjà illustrée sur Alep en 2016 (source) :
Madame Papin a publié sur Twitter le 1er mars une carte, vraiment très bien faite, qui montre les différentes factions des groupes armés tenant la Ghouta (source) :
Nous constatons que la présentation est très honnête : faites votre choix à la Ghouta entre les salafistes, les islamistes et les djihadistes d’al-Qaïda !
Bien entendu, dire ceci pose un vrai problème, car on comprend que dans ces conditions les quelques démocrates défendant les Droits de l’Homme (et de la Femme) sont manifestement minoritaires et doivent se terrer pour ne pas avoir de lourds ennuis… Dès lors, on est moins tenté de “soutenir” inconditionnellement les rebelles face au gouvernement syrien. Voici d’ailleurs une autre partie du témoignage de 2015 (Source) :
Bref, un moment de vie à la Ghouta…
Mais revenons au Monde. Que fait alors un média mainstream quand les faits viennent contrarier sa propagande de guerre ? Eh bien il tord les faits dérangeants, ou plutôt, il les passe sous silence (un média professionnel de la propagande évitera toujours le pur mensonge, qui peut être assez risqué).
Illustration : dans la carte précédente, la zone microscopique en bleu est tenue par Ahrar Al-Cham, et il est indiqué que son affiliation est… Ahrar Al-Cham, ce qui ne veut rien dire. C’est une petite erreur, signalée par @Kimyongur, qui a été corrigée, et publiée cette fois sur le compte Twitter du Service infographie et cartographie du Monde le 2 mars (source) :
Ahrar Al-Cham est donc bien classé “salafiste”, ce qui boucle la boucle…
Mais avez-vous noté comme le Monde ne s’est pas contenté de modifier l’affiliation de ce groupe ; il a également modifié autre chose qui a toute son importance :
Eh oui, il en a profité au passage pour “dés-islamiser” Faylaq Al-Rahman, qui est devenu “neutre” ; et donc une bonne partie de la Ghouta semble désormais préservée des islamistes…
Et donc le Monde a pu publier la seconde version carte dans l’édition papier datée du 3 mars :
Le changement est assez logique, car le texte indique ceci :
Ainsi, le groupe armé qui s’appelle “La légion du Tout-Miséricordieux”, et abrite des “éléments proches des Frères Musulmans” (qui font passer Tariq Ramadan pour un joyeux drille) appartiendrait à “la branche modérée de la rébellion” et n’a “pas d’idéologie très marquée” (peut-être même qu’ils sont féministes, qui sait ?).
L’opération de nettoyage de la légende est donc logique. Reste à savoir si ce groupe Faylaq Al-Rahman est vraiment islamiste ou pas.
On peut demander son avis à l’Institut Tony Blair pour le changement global (source) :
“Faylaq al-Rahman, une faction armée islamiste qui adopte l’idéologie des Frères Musulmans“
On peut aussi demander à l’Institut pour l’étude de la guerre de Kimberly Kagan (source – notez que nous faisons vraiment dans les think-tanks mainstream et néocons…) :
“Faylaq al-Rahman, une coalition de brigades à dominante islamiste“
Ainsi on constate ceci :
Faylaq al-Rahmane : à raison, “Islamiste” le 1er mars, mais devenu “modéré” “sans idéologie” dans l’édition du 2 mars : la magie de la propagande du Monde…
Enfin, petit bonus que ne verra pas le lecteur du Monde : cette dénonciation par ce site d’information de la torture l’été dernier de cet homme par des membres (modérés ?) de Faylaq al-Rahman, dont un a gravé son nom avec un couteau dans le dos du jeune homme (témoignage à prendre évidemment avec prudence dans ce contexte) :
Mais ceci n’étonnera finalement que les personnes croyant en la fable des “rebelles modérés” que Le Monde tente une nouvelle fois de nous vendre, comme on l’a vu.
Sur cet important sujet, nous laisserons donc la parole à Robert Baer, ancien chef de région de la CIA pour le Moyen-Orient (c’est lui qui a inspiré le film Syriana). Il déclarait ceci en septembre 2014 :
“Il n’y a pas de [rebelles] modérés en Syrie !” [Robert Baer, CNN, 09/2014]
Épilogue
Après ce grand moment de déontologie, d’honnêteté de l’information et de lutte contre la propagande islamiste, je ne résiste pas pour conclure à vous montrer le tweet de Delphine Papin qui suivait sa carte :
Il est vrai que l’urgence au Monde, c’est de se moquer du Média, petit média citoyen.
Qui a une énorme différence avec le Monde : il n’a pas de gros moyens (d’où cette petite erreur d’un point quelques centimètres trop bas) ; mais il est à noter que ces moyens ont été apportés par les lecteurs.
Car si Le Monde était privé des subventions de l’État, des subventions des actionnaires milliardaires, et des subventions de Facebook et compagnie, il y a belle lurette que ce journal aurait rejoint ses prédécesseurs tels l’Aurore, le Matin ou le Temps, et madame Papin devrait prendre ses crayons de couleur et aller faire des piges ailleurs…
À suivre…
Olivier Berruyer
Edit : coup de chapeau à ce monument de propagande sorti peu après ce billet, et qui, donne, oui, envie de hurler…
On notera au passage le pas discret cirage des pompes du Président par le chien de garde du quai d’Orsay, c’est toujours bon pour garder son emploi…
90 réponses à Couverture médiatique de la Ghouta : ou comment faire le jeu des djihadistes (1)
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DUGUESCLINLe 05 mars 2018 à 07h09
Qui empêche les couloirs humanitaires mis en place par les russes et l’armée syrienne?? Les syriens et les russes bombarderaient-ils leurs propres couloirs??? Dans ce contexte qui tient les civils en otage?? Les médias pourraient, au moins, avoir un minimum de logique dans leur propagande et cesser de nous prendre pour des bornes..
.... Quelques vidéos sur https://gaideclin.blogspot.be/
Réponse à la pseudo-gauche pro-ingérence humanitaire en Syrie à propos de la Ghouta. (Jean Bricmont est un physicien et essayiste belge, professeur émérite de physique théorique à l'université catholique de Louvain et membre de l'Académie royale de Belgique.)
A propos de ce qui se passe en Syrie en ce moment, un message brut je suppose mais j’avais besoin de partager ce que je ressens et la réalité sur le terrain, les manipulations. Ce n’est pas forcément très clair parfois, des fois je suis en colère et je m’en excuse, je ne veux pas être agressif, j’essaye de sortir les choses mais l’exercice est difficile. Peut-être que personne ne regardera cette vidéo mais au moins je ne garde pas ça à l’intérieur. Je n’en dors pas la nuit, je me réveille en colère et avec ce sentiment d’impuissance … c’est le même schéma que Alep qui se répète et nous sommes à nouveau pris entre le marteau et l’enclume ...
Comme je le disais, ce n’est pas ma mission ici, je suis humanitaire et enseignant … mais c’est la seule chose que je peux faire pour balancer le narratif ou sensibiliser à minima sur une partie de l’histoire qui existe aussi et j’espère juste que tout ça se termine vite et que les gens cessent de crever gratuitement A la fin de cette lettre j'ai publié de très nombreux témoignages et posts pour raconter ce qui se passe ici, la voix de ceux qui vivent la guerre au quotidien ... et les gens se sentent oubliés
Les gens souffrent vraiment à la Ghouta ou à Damas comme ils souffraient à Alep Et - Ouest et beaucoup de gens continuent d’instrumentaliser leur souffrance pour leurs causes et ne montrent pour ça qu’un petit morceau de l’image, éliminant tout ce qui pourrait froisser le tableau « d’un sauvage massacre. » Je crois que au-delà de la manipulation je suis en colère parce que j'ai peur de perdre des gens que j'aime encore
J’ai vécu le pire de la guerre ici, j’ai vu des gens mourir, j’ai pu parfois en sauver parfois pas, je n’ai pas la prétention d’être qui ce soit mais j’ai au moins le droit de m’exprimer sur quelque chose que j’ai vécu et que je connais. Je n’ai jamais rien publié ni parlé de quoi que ce soit que je n’ai pas vu ou vécu, ca a été une règle d’or ces dernières années. La liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres, c’est une expression connue … et bien la liberté d’expression a ses limites car si vous avez le malheur d’exprimer quelque chose qui sort du narratif général, vous êtes immédiatement exterminé sur la place publique.
D’ailleurs en parlant de ça, on continue de donner la parole à des activistes pros-guerre que l’on fait passer pour des civils — et je cite dans ma vidéo Hugo Clément qui était au petit journal l’année dernière et que voilà chez Konbini (et il est un exemple parmi bien bien d'autres, je ne veux pas m'acharner sur ce jeune garçon) à créer du contenu que j’appelle - oui pro-guerre - parce qu’en donnant la parole - prime time uniquement à une partie de l’histoire - à des activistes - opposants voire des proches des groupes terroristes qui condamnent les bombardements et jouent leur carte non pas parce qu’ils sont désolés de la situation humanitaire mais parce qu’ils perdent leur guerre et essayent de faire jouer l'opinion …
Que l’on aime ou pas le gouvernement Syrien, surtout quand finalement aujourd’hui on se rend compte qu’il reste à peine 10% du territoire occupé par les terroristes et quelques douzaines de pseudo-activistes des « droits de l’homme » (oui, je considère que si vous êtes Syrien vous êtes censés privilégier la paix pour votre pays et ceux qui y vivent, même si vous haïssez le gouvernement etc > c’est criminel à ce stade de la guerre de simplement jeter de l’huile sur le feu pour continuer d’exister et bien que je sois désolé pour ces jeunes qui se disent de l’opposition, principalement en dehors du pays et qui maintenant ont le dos au mur), pourquoi les gens doivent payer votre cause au final? … et ce malgré toutes les promesses des pays qui ont soutenu à coup de millions cette guerre et vos identités « révolutionnaires » qui ont par ailleurs été majoritairement « termitées » dès le départ par des groupes radicaux religieux, pourquoi est ce que c’est toute la Syrie qui doit en payer le prix? Et j'en suis désolé, mais pourquoi les gens d’un côté comme d’un autre doivent crever au nom de vos idéaux périmés maintenant? Pourquoi est-ce que l’on continue de donner du crédit à des groupes qui apportent la mort sur la tête des gens? Oui il y a bien eu des mouvements au départ ... mais ça ça n’a rien à voir.
Je suis fatigué de toute cette pression contre la Syrie, ceux qui y vivent … et j’espère simplement que ça se finisse, que chacun retrouve la paix. Je le répète, faites vous votre opinion, faites des recherches sur Internet, lisez et regardez tout ce que vous pouvez si ce qui se passe vous intéresse vraiment et faites la part des choses, ne vous limitez pas à ce qui vous est fournis pré-maché et pré-digéré par des groupes de médias, groupes politiques, organisations "des droits de l'homme - humanitaires" ou activistes, il y a tellement de choses qui sont effacées du tableau et qui finalement tuent
Pour la deuxième journée consécutive, la police militaire russe et l'armée syrienne ont échoué à assurer l'ouverture d'un corridor humanitaire visant à permettre aux civils de quitter la Ghouta contrôlée par des groupes rebelles djihadistes.
90 réponses à Couverture médiatique de la Ghouta : ou comment faire le jeu des djihadistes (1)
Commentaires recommandés
Les syriens et les russes bombarderaient-ils leurs propres couloirs???
Dans ce contexte qui tient les civils en otage??
Les médias pourraient, au moins, avoir un minimum de logique dans leur propagande et cesser de nous prendre pour des bornes..
.... Quelques vidéos sur https://gaideclin.blogspot.be/
Jean Bricmont :"Le soutien à l'opposition en Syrie est une violation du droit international"
Réponse à la pseudo-gauche pro-ingérence humanitaire en Syrie à propos de la Ghouta.
(Jean Bricmont est un physicien et essayiste belge, professeur émérite de physique théorique à l'université catholique de Louvain et membre de l'Académie royale de Belgique.)
jeudi 1 mars 2018
PIERRE LE CORF :"Comme à Alep, nous sommes pris entre le marteau et l'enclume"
Par Pierre Le Corf,
A propos de ce qui se passe en Syrie en ce moment, un message brut je suppose mais j’avais besoin de partager ce que je ressens et la réalité sur le terrain, les manipulations. Ce n’est pas forcément très clair parfois, des fois je suis en colère et je m’en excuse, je ne veux pas être agressif, j’essaye de sortir les choses mais l’exercice est difficile. Peut-être que personne ne regardera cette vidéo mais au moins je ne garde pas ça à l’intérieur. Je n’en dors pas la nuit, je me réveille en colère et avec ce sentiment d’impuissance … c’est le même schéma que Alep qui se répète et nous sommes à nouveau pris entre le marteau et l’enclume ...
Comme je le disais, ce n’est pas ma mission ici, je suis humanitaire et enseignant … mais c’est la seule chose que je peux faire pour balancer le narratif ou sensibiliser à minima sur une partie de l’histoire qui existe aussi et j’espère juste que tout ça se termine vite et que les gens cessent de crever gratuitement A la fin de cette lettre j'ai publié de très nombreux témoignages et posts pour raconter ce qui se passe ici, la voix de ceux qui vivent la guerre au quotidien ... et les gens se sentent oubliés
Les gens souffrent vraiment à la Ghouta ou à Damas comme ils souffraient à Alep Et - Ouest et beaucoup de gens continuent d’instrumentaliser leur souffrance pour leurs causes et ne montrent pour ça qu’un petit morceau de l’image, éliminant tout ce qui pourrait froisser le tableau « d’un sauvage massacre. » Je crois que au-delà de la manipulation je suis en colère parce que j'ai peur de perdre des gens que j'aime encore
J’ai vécu le pire de la guerre ici, j’ai vu des gens mourir, j’ai pu parfois en sauver parfois pas, je n’ai pas la prétention d’être qui ce soit mais j’ai au moins le droit de m’exprimer sur quelque chose que j’ai vécu et que je connais. Je n’ai jamais rien publié ni parlé de quoi que ce soit que je n’ai pas vu ou vécu, ca a été une règle d’or ces dernières années. La liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres, c’est une expression connue … et bien la liberté d’expression a ses limites car si vous avez le malheur d’exprimer quelque chose qui sort du narratif général, vous êtes immédiatement exterminé sur la place publique.
D’ailleurs en parlant de ça, on continue de donner la parole à des activistes pros-guerre que l’on fait passer pour des civils — et je cite dans ma vidéo Hugo Clément qui était au petit journal l’année dernière et que voilà chez Konbini (et il est un exemple parmi bien bien d'autres, je ne veux pas m'acharner sur ce jeune garçon) à créer du contenu que j’appelle - oui pro-guerre - parce qu’en donnant la parole - prime time uniquement à une partie de l’histoire - à des activistes - opposants voire des proches des groupes terroristes qui condamnent les bombardements et jouent leur carte non pas parce qu’ils sont désolés de la situation humanitaire mais parce qu’ils perdent leur guerre et essayent de faire jouer l'opinion …
Que l’on aime ou pas le gouvernement Syrien, surtout quand finalement aujourd’hui on se rend compte qu’il reste à peine 10% du territoire occupé par les terroristes et quelques douzaines de pseudo-activistes des « droits de l’homme » (oui, je considère que si vous êtes Syrien vous êtes censés privilégier la paix pour votre pays et ceux qui y vivent, même si vous haïssez le gouvernement etc > c’est criminel à ce stade de la guerre de simplement jeter de l’huile sur le feu pour continuer d’exister et bien que je sois désolé pour ces jeunes qui se disent de l’opposition, principalement en dehors du pays et qui maintenant ont le dos au mur), pourquoi les gens doivent payer votre cause au final? … et ce malgré toutes les promesses des pays qui ont soutenu à coup de millions cette guerre et vos identités « révolutionnaires » qui ont par ailleurs été majoritairement « termitées » dès le départ par des groupes radicaux religieux, pourquoi est ce que c’est toute la Syrie qui doit en payer le prix? Et j'en suis désolé, mais pourquoi les gens d’un côté comme d’un autre doivent crever au nom de vos idéaux périmés maintenant? Pourquoi est-ce que l’on continue de donner du crédit à des groupes qui apportent la mort sur la tête des gens? Oui il y a bien eu des mouvements au départ ... mais ça ça n’a rien à voir.
Je suis fatigué de toute cette pression contre la Syrie, ceux qui y vivent … et j’espère simplement que ça se finisse, que chacun retrouve la paix. Je le répète, faites vous votre opinion, faites des recherches sur Internet, lisez et regardez tout ce que vous pouvez si ce qui se passe vous intéresse vraiment et faites la part des choses, ne vous limitez pas à ce qui vous est fournis pré-maché et pré-digéré par des groupes de médias, groupes politiques, organisations "des droits de l'homme - humanitaires" ou activistes, il y a tellement de choses qui sont effacées du tableau et qui finalement tuent
Evacuation de la Ghouta : l'armée syrienne largue des tracts pour tenter d'aider les civils
Pour la deuxième journée consécutive, la police militaire russe et l'armée syrienne ont échoué à assurer l'ouverture d'un corridor humanitaire visant à permettre aux civils de quitter la Ghouta contrôlée par des groupes rebelles djihadistes.