vendredi 16 juin 2017

[Politique de l'autruche] Le Parlement européen adopte une définition de l’antisémitisme tendant à criminaliser la critique d’Israël / [Burying of heads in the sand] The European Parliament adopts a definition of the anti-Semitism tending to criminalize the criticism of Israel

Le 1er juin, le Parlement européen a adopté une résolution « sur la lutte contre l’antisémitisme » appelant les États membres et les institutions bruxelloises à prendre des mesures supplémentaires pour combattre « les discours de haine et toutes les formes de violence à l’égard des citoyens juifs européens ».
Le texte, promu activement par le Congrès juif européen et approuvé à une écrasante majorité, demande que la définition canonique de l’antisémitisme prévalant au sein de l’Union européenne soit celle qu’utilise l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah, qui tend à amalgamer critique d’Israël et antisémitisme.
La « définition opérationnelle » proposée par cette organisation intergouvernementale (en anglais, International Holocaust Remembrance Alliance – IHRA) a beau préciser que « les critiques d’Israël similaires à celles émises contre un autre pays ne peuvent être considérées comme antisémites » (même s’il s’agit d’une comparaison avec l’Afrique du Sud de l’apartheid ?…), elle dit également que les cas d’antisémitisme « pourraient inclure le fait de prendre pour cible l’État d’Israël, conçu comme une collectivité juive ».
Tel Aviv, pour s’immuniser contre les réprobations et le respect du droit international, en particulier quant à sa politique de colonisation et au traitement des Palestiniens, essaie d’amalgamer critique d’Israël et antisémitisme.
Le mot « Israël » est mentionné huit fois dans le texte de la définition… L’IHRA se montre très ambiguë sur ce qui différencie l’antisémitisme d’une critique radicale de la politique israélienne (et, a fortiori, de l’antisionisme). Ainsi, des personnes et des organisations pro-palestiniennes, par exemple, risquent d’être – encore plus que maintenant – accusées d’antisémitisme et poursuivies en justice à cause de cette définition tendancieuse.
Le mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), déjà injustement attaqué et calomnié par les chiens de garde d’Israël, sera probablement dans le collimateur. Mais l’intimidation inhérente à la criminalisation de la critique d’Israël risque aussi de favoriser l’autocensure. Plus généralement, c’est un nouveau recul de la liberté d’expression.
Dans un communiqué, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) s’est félicité de l’adoption de la résolution par le Parlement européen, approuvant le fait qu’elle « identifie […] l’antisionisme à une nouvelle forme d’antisémitisme ».
Tel Aviv, pour s’immuniser contre les réprobations et le respect du droit international, en particulier quant à sa politique de colonisation et au traitement des Palestiniens, essaie d’amalgamer critique d’Israël et antisémitisme. Ce stratagème a été amplement relayé en France par des responsables politiques (Manuel Valls, entre autres) ou des intellectuels médiatiques (Bernard-Henri Lévy, pour ne citer que le plus emblématique). Gageons qu’ils ont fait bon accueil à la résolution du Parlement européen. M. Netanyahou aussi.
source : https://ruptures-presse.fr/actu/parlement-europeen-adopte-definition-antisemitisme-criminalise-critique-israel-antisionisme/
Marre de cette dictature ? https://www.upr.fr/

mercredi 14 juin 2017

Sortir des crises et de leur violence en passant du raisonnement binaire au raisonnement ternaire (1) / Take out crises and their violence in passing of the binary reasoning to the ternary reasoning (1)


Je ne peux que recommander cette nouvelle série de vidéos à toutes les personnes qui veulent lutter contre la haine et la violence, y compris celles qui peuvent se développer en chacun de nous.  
Merci à l'auteur pour cet outil d'éducation populaire. 







samedi 10 juin 2017

Dossier Syrie : quelques analyses géopolitiques à contre-courant / File Syria: some geopolitical analyses against the current


Ordre mondial, conflits et géopolitique avec Gérard Chaliand... avec une petite touche de discours décroissant à la fin :-) ?



Les Chroniques de Bassam N°1 Avril 2017



Un article qui semble conforter les propos de Bassam ...

Urgent Syrie - La frontière atteinte ! MAJ

9 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticusPublié dans #Moyen-Orient
Si l'information est confirmée, c'est un séisme. Les forces loyalistes auraient doublé les rebelles pro-US et atteint la frontière irakienne, coupant l'herbe sous le pied aux plans américano-israélo-saoudiens visant à rompre l'arc chiite.
Plusieurs sources corroborent la nouvelle (ici ou ici) et le ministère russe de la Défense semble l'accréditer. Un site pro-rebelle va dans le même sens, quoique de mauvaise grâce :
Si elle est confirmée, cette offensive éclair est un coup de poignard pour Riyad et Tel Aviv et pèsera d'un grand poids dans les recompositions d'après-guerre.
Dans le dernier billet, nous nous interrogions :
Plus généralement, on peut se demander ce qu'attend l'armée syrienne pour lancer la grande offensive vers Deir ez Zoor, dans les tuyaux depuis des semaines. C'est le grand jalon de la course vers l'est et le contrôle de la frontière irakienne. Or l'avance y est pour l'instant lente, les loyalistes semblant se concentrer partout ailleurs (...)
Au sud, dans la région d'Al Tanaf justement, l'armée syrienne reprend aux rebelles pro-US des territoires qui paraissent secondaires. Certes, on comprend la logique qui prévaut : Al Tanaf est le dernier point proche de la frontière jordanienne où passent les hommes de paille américains. Ensuite, c'est la frontière avec l'Irak contrôlée de l'autre côté par les Unités de Mobilisation Populaire (UMP) chiites irakiennes. Que Damas parvienne à sceller la frontière syro-jordanienne jusqu'à Al Tanaf et les rebelles, n'ayant plus de base arrière ni de ravitaillement, disparaîtront comme neige au soleil.
M'enfin, l'urgence semble tout de même être Deir ez Zoor où l'armée syrienne vient encore de résister difficilement à une puissante attaque de Daech durant une semaine
A la lumière des événements de ce jour, on comprend mieux alors la tactique : fixer les proxies pro-US dans des combats sans intérêt près de la frontière jordanienne pour mieux les doubler beaucoup plus à l'est vers la frontière irakienne. Les Américains n'ont apparemment rien vu venir. Hannibal et Napoléon applaudissent des deux mains...
Et maintenant ? L'armée syrienne est en première ligne face à Daech. Washington et ses rebelles perdront toute légitimité s'ils l'attaquent dans son dos, s'alliant de facto et au grand jour à l'EI. Pour bien enfoncer le clou, les Russes mettent la pression depuis quelques jours et accusent les Américains de ne pas combattre les djihadistes. Le Kremlin préparait-il le terrain ? Connaissant les stratèges russes, on peut le penser. Quant à l'empire, il se retrouve dans une complète impasse...
*****
MAJ - C'est confirmé et le ? du titre est remplacé par un ! Pour la première fois depuis 2014, l'armée syrienne atteint la frontière irakienne. Le blitz a contourné les deux bases américaines et pris complètement de revers les proxies US, apparemment avec la présence de forces spéciales russes pour dissuader tout bombardement intempestif :
Désormais, la carte est celle-ci, qui change considérablement le visage de la guerre et le futur de la paix :
La jonction est faite avec les Unités de Mobilisation Populaires chiites - où l'on se rappelle la visiteà Damas il y a trois semaines de l'émissaire de Bagdad et les déclarations il y a quelques jours du Premier ministre irakien évoquant la coopération avec le gouvernement syrien pour sécuriser la frontière.
Les arpents de désert occupés par les rebelles jordano-US deviennent une coquille vide. Rentreront-ils à Amman ou resteront-ils pour peser (légèrement) sur l'après-guerre ? Les Américains conserveront-ils leurs deux petites bases en territoire syrien pour ajouter de la confusion au règlement du conflit ? On voit mal l'intérêt mais avec l'empire, sait-on jamais...
L'objectif est désormais le poste-frontière d'Al Bukamal-Al Qaim sur l'Euphrate. On se rappelle que ce lieu avait été le point de parachutage par Washington d'un groupe rebelle l'année dernière, opération qui s'était soldée par un fiasco. Des rapports non confirmés font d'ors et déjà état de la retraite de Daech d'Humaymah et de l'aéroport T2. Le Hezbollah peut se frotter les mains, lui qui pourra faire passer tout ce qu'il veut d'Iran au Liban...
Tel Aviv qui pleure, Téhéran qui rit. Et que dire du grassouillet Seoud qui voit s'effondrer son monde... Corridor sunnite nord-sud : RIP. Qatar et CCG : RIP. Isolement de l'Iran : RIP.
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MAJ 2 - Les loyalistes ne perdent pas de temps et fortifient leurs positions nouvellement acquises sur la frontière irakienne :
La MSN occidentale est étrangement muette. Seul Le Temps suisse a évoqué hier l'importance stratégique de la zone, de manière pertinente mais avec retard et sans encore prendre en compte le blitz loyaliste vers la frontière. Sur Al Jazeera, le ton est presque favorable aux "troupes syriennes et ses alliés luttant contre l'EI" (la crise saoudo-qatarie est passée par là...) Quant à la presse de l'opposition syrienne de salon, elle fait grise mine (ici ou ici). On notera l'invraisemblable hypocrisie consistant à dénoncer le mouvement loyaliste comme empêchant la "lutte contre Daech". Ah d'accord...
De l'autre côté, les UMP auraient fait la jonction avec l'armée syrienne (pas tout à fait confirmé encore). Désormais, l'objectif est de remonter ensemble sur Al Bukamal pour étendre le contrôle sur la frontière (polygone rouge) :
source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/urgent-syrie-la-frontiere-atteinte.html

ALEP : Pierre Le Corf visite le QG des CASQUES BLANCS, OSCARS à HOLLYWOOD le 10.03.2017 [Vidéo]


La photo ci-dessus est une capture d'écran d'un reportage de la chaîne Al Jazeera sur les casques Blancs au  moment où ils occupaient encore le bâtiment visible dans la vidéo. Comme vous pouvez le constater, l'affichette avec le logo de EI/JAN que l'on peut voir dans le reportage de Pierre était déjà bien présente exactement au même endroit. 


Dons de soutien à Pierre : We are superheroes

Quelques images que j'ai prises hier [10/03/2017] qui vous donneront une autre perspective sur les casques blancs et différents mensonges des médias et gouvernements. Des vérités sur la guerre en Syrie, à Alep. Hôpitaux totalement détruits et Casques Blancs neutres, héros à Alep? Un oscar? Une nomination au prix Nobel de la paix? A quel prix allons nous continuer à MENTIR et à tuer, à justifier cette guerre, à soutenir des groupes terroristes, à maintenir un pays au bord de l’étouffement comme les autres avant? Je compile rapidement quelques images que j'ai prises hier qui vous donneront une autre perspective.

Je refuse, en tant que citoyen Français de soutenir une politique criminelle. Histoire d’illustrer un peux mieux de quoi je parle dans ma lettre au Président de la République alors que des nuages de poussière de guerre arrivant d'Irak rendent l'air presque irrespirable, en moins de 2 heures je repasse en image par deux hôpitaux en état correct, je dois avancer sur des tonnes de médicaments réservés aux groupes terroristes et interdits aux civils, je traverse les restes des bâtiments asservis par Al-jaïch al-hour (Free Syrian Army), Jabhat al-Nosra (or Fatah al-Cham, Al-Qaïda) … bâtiments des White Helmets (casques blancs) qui comme les habitants le rappellent, aidaient principalement les terroristes, les civils … quand la caméra tournait et parfois uniquement, portaient parfois des armes, ont exécuté des soldats Syriens, participé à des exécutions des tribunaux Islamiques (lien), volaient les victimes, etc mais un point crucial: la quasi-totalité des membres étaient affiliés à des groupes terroristes cités plus haut. Regardez la vidéo sur les casques blancs de mon amie Vanessa Beeley témoignages - nous étions ensemble pendant certains de ces témoignages quand elle m’a accompagné pour distribuer les jouets à la libération. Une autre vidéo intéressante compilant de nombreuses images que l’on ne vous a jamais montrées. Je mets un bémol dans mon témoignage, il y a probablement eu des exceptions, probablement que certains des Casques Blancs étaient des civils pourvus de bonnes intentions, qui étaient sous les bombes des avions (non pas gratuites, c'est une guerre, mais en réponse aux tirs de djihadistes depuis des zones civils tirant sur les zones uniquement civiles de l'Ouest et massacrant une population qui représentait 90% d'Alep dans le silence des médias) aidaient de vrais gens qui mouraient de par leur proximité des groupes armés, qui s'en servaient comme boucliers humains (tirant même depuis les hôpitaux ...) c'est une réalité, mais la réelle majorité étaient des djihadistes (prouvé par les documents retrouvés sur place) ils étaient ceux qui apportaient la mort au dessus de la tête de ceux qui finissaient sous les décombres, et finalement dans leurs camions, et dans leurs vidéos, il ne faut pas oublier les situations de causes à effet, c'est quand même ironique et assez vicieux.

La réalité dépasse la fiction ici, dans ce quartier, se touchent (tous dans des écoles qu’ils ont transformées comme vous pouvez le voir dès le début) le siège de Al Nora, le Croissant Rouge du Qatar, l’hôpital M10 et surtout le quartier général des casques blancs, la video n’est pas bien montée etc mais une image vaut mille mots et c’est essentiel pour que vous compreniez à quel point le mensonge est gros … à quel point il faut que nous demandions à cesser de soutenir cette guerre ainsi que les sanctions contre le peuple Syrien, en tant que partie prenante du terrorisme. Encore une fois, bien que je vous partage ce que l'on peut appeler des preuves, je n'ai toujours pas la prétention de vous dire quoi penser, faites vous votre propre opinion. 
Pierre Le Corf - By Bertrand Riviere à mars 11, 2017 
source : https://gaideclin.blogspot.be/2017/03/alep-pierre-le-corf-visite-le-qg-des.html

« Voyage au pays de Bachar » : entretien avec Raphaël Berland

Raphaël BerlandAlors que son documentaire « Voyage au pays de Bachar » est en ligne sur Viméo

 https://vimeo.com/ondemand/voyageaupaysdebachar/214782704

depuis le 26 avril dernier, Raphaël Berland, notre journaliste citoyen, vous propose ici un précieux témoignage de son voyage en Syrie.
L’occasion pour lui de revenir sur la genèse de ce voyage et du documentaire auquel il a donné naissance. En particulier, nous avons souhaité nous entretenir avec lui sur la situation de la liberté de la presse dans une Syrie en guerre, et sur le soutien de la population syrienne envers Bachar Al Assad, le président syrien.
Fidèle à notre ligne éditoriale, nos poursuivons notre objectif de contextualisation les événements. En effet, les situations de crise internationale sont trop souvent simplifiées et présentées de manière très manichéenne dans les grands médias traditionnels. Raphaël nous fait part également de souvenirs de voyage qui n’ont pas été filmées (et donc qui ne figurent pas dans le documentaire), qui ont marqué son séjour. Un témoignage indispensable.
À noter que pour la première fois dans l’histoire de notre média, nous avons pris la décision de publier le documentaire en location (1 euro) et en achat (2 euros) sur Vimeo. Le Cercle est connu pour n’avoir jamais cédé aux sirènes de l’argent et avoir toujours refusé toute publicité sur son site internet. Nous avons également publié l’ensemble de nos 600 reportages (auto-produits) et 1 800 articles en accès libre et gratuit. Nous avons toutefois pris la décision d’une publication payante de ce documentaire au regard des frais inhabituels que nous avons du engager pour la réalisation de cette vidéo. Le prix reste toutefois accessible au plus grand nombre.
Un documentaire qui vient également marquer l’anniversaire des 5 ans du Cercle qui a ce mois-ci franchi les étapes remarquables des 30 000 abonnés YouTube et des 10 millions de vues sur la plateforme ! Succès remarquable qui vient récompenser le travail de toute une équipe de journalistes citoyens bénévoles. Merci à tous pour votre soutien sans faille et tellement précieux.
Nico Las (TDH)
source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/05/19/voyage-pays-bachar-raphael-berland/

S’ouvrir à la paix avec la Russie, par Elizabeth Murray / Open to the peace with Russia, by Elizabeth Murray

Source : Consortium News, Elizabeth Murray, le 2 mai 2017.
Les médias américains mainstream sont très hostiles envers la Russie, alimentant ainsi un nouveau MacCarthysme, mais la presse ne fait aucune place aux gestes de paix des américains de base, écrit Elizabeth Murray, ex-analyste du renseignement des États Unis.
Par un après-midi ensoleillée de juin 2016, un groupe d’hommes et de femmes vêtus de maillots de bain ont couru vers les eaux chaudes de la mer Noire de Crimée et ont nagé avec exubérance vers l’horizon, apparaissant occasionnellement pour échanger des sourires et des rires. Ils ont lutté et battu des pieds au loin dans les vagues avant de faire demi-tour et de revenir vers le littoral de Yalta. Quelques nageurs se sont attardés dans les eaux accueillantes, conversant, hésitants, ou faisant des gestes pour franchir la barrière de la langue qui semblait, en fin de compte, être bel et bien surmontée par la bonne volonté. C’était la première nage russo-américaine annuelle pour la paix.
Elizabeth Murray, officier national adjoint du renseignement U.S. à la retraite, avec un ancien combattant russe, Ishuk, lors de l’événement «Nage pour la Paix» dans la mer Noire de Crimée
L’événement a réuni des membres d’une délégation de paix américaine parrainée par le Centre pour les Initiatives Citoyennes (CCI), avec les anciens combattants russes de la Seconde Guerre Mondiale, durant l’ère soviétique. Les deux groupes s’étaient réunis autour d’une table de conférence la veille ; les Américains avaient écouté les vétérans de la Seconde Guerre mondiale parler avec affection de la période où la Russie (alors l’Union soviétique) et les États-Unis s’étaient alliés contre le fascisme ; les deux parties avaient partagé la conviction qu’une relation pacifique et productive entre les deux pays pourrait et devrait exister à nouveau.
Avant la conclusion de la réunion, les Américains ont invité les vétérans russes à les rejoindre dans les eaux de la Mer Noire pour une « Nage pour la Paix ». Mais lorsque les Américains ont lancé l’idée en premier, ils n’étaient pas sûrs que les officiers solennels et dignes de l’ère soviétique – certains d’entre eux semblaient inapprochables dans leurs uniformes militaires raides et couverts de médailles, de rubans et autres tenues de guerre – prendraient l’invitation à cœur.
Néanmoins, l’après-midi suivante, les vétérans se sont retrouvés en costume de bain, se jetant avec enthousiasme dans les vagues avec leurs homologues américains dans une manifestation de véritable « diplomatie en maillot de bain ». Ils ont été bientôt rejoints par d’autres citoyens de Yalta, y compris l’un des fonctionnaires de la ville – qui semblaient tous se réjouir de l’esprit de bonne volonté qui imprégnait l’événement.
Pendant ce temps, les caméras tournaient, et la « Nage pour la Paix » a été diffusée à la télévision russe. Cependant, dans les jours qui ont suivi l’événement, il n’y a eu aucune reprise dans les médias américains ou occidentaux
Des sanctions sévères
Malgré l’existence des sanctions punitives des États-Unis et de l’Union européenne contre la Crimée qui ont paralysé l’industrie touristique locale et nui aux entreprises locales – par exemple, la ville de Yalta en Crimée était envahie chaque été par les navires de croisière européens, mais il n’y avait pas un chat l’année dernière en raison des restrictions aux voyages imposées par les États-Unis – Yalta a montré une hospitalité chaleureuse aux invités américains. Ainsi lorsque les nageurs ont atteint le rivage, ils ont été invités à une réception en plein air avec des plâtrées de fruits frais, tous cultivés localement en Crimée, dont des framboises, des fraises et autres spécialités – Et des verres ont été levés en l’honneur des liens pacifiques américano-russes, avec des vins issus de raisins cultivés localement.
Le vétéran russe Medved dans son uniforme militaire
La « Nage pour la Paix » de Yalta – bien qu’elle soit un petit événement local – a construit un pont d’amitié et de paix entre les Américains et les Russes à un moment de tensions accrues qu’a déclenchées le coup d’état parrainé par les États-Unis en 2014 en Ukraine. Ébranlés par l’instabilité engendrée par les événements violents qui avaient eu lieu à Kiev, les Criméens ont voté massivement lors d’un référendum pour le rattachement avec la Russie (la Crimée faisait partie de la Russie jusqu’en 1957, lorsque le Premier ministre soviétique Nikita Khroutchev « a donné » la péninsule à l’Ukraine.)
Malgré le régime de sanctions du gouvernement des États-Unis qui a nui à nombre de programmes d’échange russo-américains productifs, aux niveaux culturel, social, politique et diplomatique, les russes ordinaires ont clairement et fortement exprimé le désir de vivre en coexistence pacifique avec les États-Unis – un sentiment qui a été exprimé à la délégation des États-Unis non seulement en Crimée, mais dans d’autres régions de la Russie, tel que documenté par la députée de l’ICC et ancienne diplomate américaine Ann Wright.
En se joignant vaillamment aux citoyens américains dans la « Nage pour la Paix », les citoyens de Yalta ont démontré un niveau de bonne volonté et d’amitié qui pourrait servir de point de départ pour l’élaboration les bases solides d’un mouvement pour la paix entre citoyens russes et américains.
Le vétéran russe Medved, serrant des mains lors de la « Nage pour la Paix »
J’espère sincèrement que la « Nage pour la Paix » deviendra une tradition annuelle entre les Russes et les Américains – non seulement à Yalta, mais dans d’autres villes balnéaires russes et américaines disposées à accueillir des délégations de Russes et d’Américains qui croient en la possibilité de la paix entre nos deux peuples et nations. De petits gestes de bonne volonté peuvent donner des résultats durables.
Le 22 avril 2017, la ville de Yalta a dévoilé un buste de Franklin Delano Roosevelt dans la rue Franklin Roosevelt de la ville, afin de marquer le rôle historique du président américain pour forger la paix de l’après-guerre lors de la conférence de Yalta en 1945. Les responsables locaux ont déclaré qu’ils espéraient que le geste « aiderait à améliorer les relations entre la Russie et les États-Unis ».
Que Yalta – qui souffre de manière disproportionnée de l’impact des sanctions américaines contre la Russie – ait choisi d’honorer un ancien président américain à un moment de stress et de tension entre la Russie et les États-Unis – et ait invité une délégation américaine en visite à une « Nage pour la Paix » – devrait permettre aux citoyens américains de faire une pause dans l’hostilité permanente des médias américains envers la Russie.
Le monument qui a honoré Roosevelt à Yalta et la « Nage pour la Paix » ont-ils été signalés dans les médias mainstream des États-Unis ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi donc ? Une ville américaine aurait-elle un jour l’intention de rendre la pareille aux citoyens russes ou bien à un dirigeant russe ?
Si les Américains pouvaient entendre parler des gestes de bonne volonté des citoyens de Russie qui croient en la possibilité d’une coexistence pacifique, ils seraient moins enclins à laisser leur gouvernement lancer une guerre qui pourrait conduire à l’utilisation d’armes nucléaires.
[Photos : http://www.ourjourneytosmile.com/blog/2016/07/for-russians-with-love/]
Elizabeth Murray a été agent adjoint du Renseignement national pour le Proche-Orient au National Intelligence Council avant de prendre sa retraite après une carrière de 27 ans au gouvernement américain – dont 20 en tant qu’éditeur et analyste des médias au Centre Open Source (OSC). Elle est membre du Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS).
Source : Consortium News, Elizabeth Murray, le 2 mai 2017.


Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. 
source : https://www.les-crises.fr/souvrir-a-la-paix-avec-la-russie-par-elizabeth-murray/

mercredi 7 juin 2017

[Le sacrifice des soldats soviétiques] 6 juin 1944 – 6 juin 2017 / [ The sacrifice of the Soviet soldiers] in June 6th, 1944 - June 6th, 2017


source : https://www.les-crises.fr/6-juin-1944/

Petits rappels…

Les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale :
 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième
Soulignons que les 25 millions de soviétiques morts se répartissent principalement par nationalité en :

  • Russie : 14 millions (13 % de la population de 1940) – 7 M de soldats, 7 M de civils ;
  • Ukraine : 7 millions (16 %) – 1,7 M de soldats, 5,3 M de civils (NB. Il s’agit surtout des civils Ukrainiens du Centre et de l’Est, hors Galicie – sauf pour les Juifs) ;
  • Biélorussie : 2,3 millions (25 %) – 0,6 M de soldats, 1,7 M de civils.
Les pertes militaires en Europe durant la deuxième guerre mondiale :
 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième
Et en Asie :
 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième
Et le total des morts militaires par pays :
Ainsi – et en lien avec les soucis actuels… :
 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième
(N.B. : c’était juste un rappel factuel. Comme le souligne Daniel Schneidemann, OUI, bien sûr que le fait que l’URSS ait été envahie et pas les USA, joue – tout comme la folie stalinienne, les purges, l’impréparation etc. Je souhaitais juste répondre à ceux qui, comme sur France Culture disaient que “Poutine “gâchait un peu la fête” des commémorations du D.Day” ou comme BHL d’annuler l’invitation de Poutine… Et rappeler QUI avait brisé l’armée nazie…)
Voilà où était le front de l’Est le 6 juin 1944 (entre le orange 30/04 et le violet 19/08) :
 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième
Quoi qu’il en soit, respect pour tous les soldats, quelle que soit leur nationalité, qui ont donné leur vie pour notre liberté…
Documentaire :
Extrait du soldat Ryan :
P.S. Merci à Philippe pour les images 🙂
source : https://www.les-crises.fr/6-juin-1944/

mardi 6 juin 2017

[crise du Qatar - Noël au Kremlin] Qatarsis et métastases par Obsevatus geopoliticus / [ Crisis of Qatar - Christmas at the Kremlin] Qatarsis and metastases by Obsevatus geopoliticus

source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/qatarsis-et-metastases.html


7 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticusPublié dans #Moyen-Orient#Etats-Unis#Chine#Pétrole#Russie
Notre bon vieux Moyen-Orient ne changera donc jamais. Rebondissements, renversements, retournements de veste... une vraie telenovela brésilienne.
La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l'Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c'était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c'est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n'ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques.
La situation s'aggrave d'heure en heure. Les ports sont interdits à tout bateau en provenance ou à destination du Qatar, les ressortissants de chacun ont quelques jours pour faire leurs valises, tous les postes-frontière sont fermés et l'espace aérien de plusieurs pays a été interdit aux avions de Qatar Airways qui passent désormais au-dessus de l'Iran :
Point culminant dans la brusque escalade, l'Arabie saoudite vient s'envoyer un ultimatum de 24 heures comprenant dix conditions et un risque de guerre, quoique improbable, n'est plus écarté. Diantre, comment en est-on arrivé là ?
D'abord un coup d'oeil sur les pays qui viennent de rompre avec Doha : outre Riyad, l'on trouve principalement l'Egypte, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis. Point commun : ces pays sont excédés du soutien qatari bien réel aux Frères musulmans, à la pointe rappelons-le des "printemps arabes" libyen, égyptien et syrien.
Pour le reste, c'est une auberge espagnole qui mêle allègrement farce et réalité. Oui, le Qatar a soutenu l'Etat Islamique et Al Qaeda en Syrak comme nous l'avons montré à plusieurs reprises sur ce blog ; mais voir les Saoudiens l'en accuser est à pleurer de rire étant donné qu'ils ont fait exactement la même chose. L'ex-vice Joe Biden s'était d'ailleurs cru obligé de le reconnaîtrepubliquement :
Oui, le Qatar a paradoxalement de bonnes relations avec l'Iran, ce qui passe très mal à Ryad mais aussi à Bahreïn (en proie au printemps chiite passé sous silence dans la MSN occidentale). De même, le Qatar voit d'un mauvais oeil le front américano-israélo-saoudien qui se met en place. Mais est-ce suffisant pour expliquer la soudaine crise ? Sans doute pas, car c'est un véritable noeud gordien auquel nous avons affaire...
Beaucoup ont fait le rapprochement avec la récente visite de Trump en Arabie saoudite et, de fait, le Donald semble confirmer la chose via une nouvelle tempête de tweets :
Durant mon récent voyage au Moyen-Orient, j’ai déclaré qu’il ne pouvait plus y avoir de financement de l’idéologie radicale. Les dirigeants ont pointé du doigt le Qatar – regardez ! Tous les éléments dans le financement de l’extrémisme religieux pointent vers le Qatar. C'est peut-être le début de la fin de l'horreur du terrorisme.
Le Seoud s'achèterait une virginité à peu de frais tandis que le soutien au djihadisme international serait officiellement (et hypocritement) réduit, ce qui ne peut que plaire au président américain qui n'a jamais varié sur ce sujet (c'est bien le seul...) Une entente Washington-Ryad, donc ?
Cependant, beaucoup d'éléments ne collent pas... Cette crise tue dans l'oeuf le projet d'OTAN arabe évoqué par le Donald il y a quinze jours. Soit il aime se tirer des balles dans le pied (pas impossible), soit il n'est pas réellement derrière cette rupture.
Le Qatar accueille la principale base US au Moyen-Orient ; le Pentagone ainsi que le Département d'Etat sont loin d'être aussi ravis que leur commandant en chef. Par le biais de son porte-parole, le Pentagone a d'ailleurs remercié le Qatar et refusé de commenter les déclarations trumpiennes. Quant à Tillerson, il est bien embarrassé, qui appelle les membres du Conseil de Coopération du Golfe à "rester unis". Le Donald vient d'ailleurs de mettre de l'eau dans son coca, peut-être "fortement conseillé" par son entourage, et a appelé le Seoud pour tenter d'apaiser la situation.
Car le CCG est la pierre angulaire de l'empire américain dans la région - un peu comme l'UE en Europe - et il est aujourd'hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges... Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus le CCG.
Autre élément qui ne cadre pas : la Chine serait en train de modifier ses contrats pétroliers avec Riyad pour payer ses importations d'or noir en yuans, coup terrible porté à la puissance américaine. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous en annoncions la possibilité il y a deux ans:
Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l'idée mais les bombes libératrices de l'OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu'il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.
Sauf que... Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l'Angola ont dépassé l'Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d'après les observateurs, c'est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D'après un analyste, si l'Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu'elle commence à songer sérieusement à accepter elle aussi les paiements en yuans... c'est-à-dire mettre fin au pétrodollar.
Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.
On imagine mal dans ces conditions une brusque entente américano-saoudienne contre le Qatar... D'autant plus que les contrats des ventes tant vantées d'armes commandées par le Seoud - 110 milliards avait assuré le Donald - ne seraient que "du vent" selon un expert.
Dans cette confusion, le sultan est un peu perdu. Curieusement muet ces derniers jours, il a multiplié les contacts téléphoniques avec Riyad, Doha, Koweït et... Moscou (il semble ne plus pouvoir rien faire sans Poutine depuis quelques mois). Il est finalement sorti de sa réserve pour critiquer les sanctions contre son allié qatari. C'était le minimum syndical : l'AKP tendance Frères musulmans pouvait difficilement rester longtemps silencieuse devant l'offensive contre son "parrain", ce qui pousse d'ailleurs le principal parti d'opposition à réclamer une stricte neutralité turque dans cette affaire.
En réalité, Erdogan est bien embêté : en sus de la base américaine, le Qatar abrite une base turque et un accord de défense existe entre les deux pays prévoyant le soutien d'Ankara si la petite pétromonarchie est attaquée. Le sultan n'aurait jamais imaginé que ce puisse être par l'Arabie saoudite !
Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé... Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu'elle est : une énième convulsion du "camp du Bien", un émiettement supplémentaire de l'empire.
Il n'en fallait pas plus à CNN pour accuser... les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c'est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.
Il est vrai qu'une coopération, paradoxale elle aussi, existe entre Moscou et Doha, tant sur le plan énergétique (ne pas oublier que le Qatar est entré dans le capital de Rosneft il y a quelques mois) que militaire, malgré les différends - et le mot est faible - sur le dossier syrien. Les ouvertures qataries vers l'Iran sont également bien vues par l'ours. D'un autre côté, les relations se réchauffent doucement avec l'Arabie saoudite et le tout-puissant ben Salman a rendu une petite visite en Russie une semaine après le voyage de Trump et une semaine avant la crise actuelle (a-t-il informé Poutine de ce qui se tramait ?)
Officiellement donc, le Kremlin ne prend pas position. Mais si un coin durable peut être enfoncé entre l'axe américano-saoudo-israélien et la paire turco-qatarie, c'est du pain béni pour Moscou ainsi que pour Téhéran.

source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/qatarsis-et-metastases.html

mardi 30 mai 2017

Le règne des idiots par Chris Hedges / Reign of idiots by Chris Hedges

Source : Chris Hedges, Truthdig, le 30/04/2017
Mr. Fish / Truthdig
Dans les derniers jours des civilisations qui s’écroulent, les idiots prennent la relève. Des généraux idiots mènent des guerres interminables et ingagnables qui mettent la nation en faillite. Des économistes idiots appellent à réduire les impôts des riches, et à couper  les programmes sociaux des pauvres, en prévoyant une croissance économique basée sur un mythe. Des industriels idiots empoisonnent l’eau, le sol et l’air, suppriment les emplois et réduisent les salaires. Des banquiers idiots jouent sur les bulles financières qu’ils ont eux-mêmes créées et réduisent les citoyens à l’esclavage en vertu d’une dette qui les écrase. Des journalistes et des intellectuels idiots prétendent que le despotisme est la démocratie. Des agents de renseignement idiots orchestrent le renversement de gouvernements étrangers pour créer des enclaves sans loi où prospèrent des fanatiques fous-furieux. Des professeurs, des «experts» et des «spécialistes» idiots s’occupent, avec un jargon inintelligible et des théories obscures, à soutenir la politique des dirigeants. Des animateurs et des producteurs idiots créent des spectacles scabreux, pleins de sexe, de sang et de fantasmes.
Dans la checklist bien connue de l’extinction, nous sommes en train de cocher toutes les cases.
Les idiots ne connaissent qu’un seul mot : « plus ». Ils ne s’encombrent pas de bon sens. Ils accumulent richesse et ressources jusqu’à ce que les travailleurs ne puissent plus gagner leur vie et que l’infrastructure s’effondre. Ils vivent dans des enceintes privilégiées où ils commandent des tirs de missiles en mangeant du gâteau au chocolat. Ils voient l’Etat comme la projection de leur vanité. Les dynasties romaine, maya, française, habsbourgeoise, ottomane, romaine, wilhelminiennepahlavi et soviétique se sont effondrées parce que les caprices et les obsessions des idiots au pouvoir faisaient la loi.
Donald Trump est le visage de notre idiotie collective. Il est ce qui se cache derrière le masque de civilisation et de rationalité que nous pratiquons : un mégalomane chancelant, narcissique et sanguinaire. Il brandit des armées et des flottes contre les damnés de la terre, il ignore gaiement la misère catastrophique causée par le réchauffement climatique et les pillages au nom des oligarques mondiaux ; et la nuit, il s’assoit bouche-bée  devant un téléviseur puis ouvre son « joli » compte Twitter. Il est notre version de l’empereur romain Néron, qui a engagé de vastes dépenses de l’État pour avoir des pouvoirs magiques ; de l’empereur chinois Qin Shi Huang, qui a financé à tire-larigot des expéditions vers l’île mythique des immortels pour rapporter la potion qui lui donnerait la vie éternelle ; et d’une royauté russe en décomposition qui s’asseyait autour d’une table pour se faire lire les tarots, tandis que la nation était décimée par la guerre et que la révolution fermentait dans les rues.
Ce moment de l’Histoire marque la fin d’un long et triste récit d’avidité et de meurtre par la race blanche. Il était inévitable que pour le spectacle final, nous vomissions une figure grotesque comme Trump. Les Européens et les Américains ont passé cinq siècles à conquérir, piller, exploiter et polluer la terre au nom du progrès humain. Ils ont utilisé leur supériorité technique pour créer les machines de destruction les plus efficaces de la planète, dirigées contre n’importe quoi et n’importe qui, en particulier les cultures indigènes qui se trouvaient sur leur chemin. Ils ont volé et accumulé la richesse et les ressources de la planète. Ils croyaient que cette orgie de sang et d’or ne finirait jamais, et ils le croient toujours. Ils ne comprennent pas que l’incessante expansion capitaliste et impérialiste, et son éthique sinistre, condamne les exploiteurs aussi bien que les exploités. Mais alors même que nous sommes sur la voie de l’extinction, nous manquons d’intelligence et d’imagination pour nous libérer de notre passé évolutif.
Plus les signes avant-coureurs se font  palpables – l’accroissement de la température, les effondrements financiers mondiaux, les migrations de masse, les guerres sans fin, les écosystèmes empoisonnés, la corruption rampante dans la classe dirigeante – plus nous nous tournons vers ceux qui chantent, soit par idiotie, soit par cynisme, le mantra que ce qui a fonctionné dans le passé fonctionnera à l’avenir et que le progrès est inéluctable. Les preuves factuelles, parce ce qu’elles font obstacle à notre désir, sont écartées. Pour les entreprises et les riches, qui ont désindustrialisé le pays et transformé beaucoup de nos villes en terrains vagues, on réduit les impôts ; pour les travailleurs américains blancs, on supprime les régulations afin de faire revenir l’âge d’or prétendu des années 50. Des terrains publics sont ouverts à l’industrie du pétrole et du gaz, tandis que les émissions de carbone condamnent notre espèce. Les baisses de rendement résultant des vagues de chaleur et des sécheresses sont ignorées. La guerre est l’activité principale d’un État kleptocratique.
En 1940, au moment  de la montée du fascisme européen et de la guerre mondiale imminente, Walter Benjamin écrivait :
Un tableau de Klee nommé Angelus Novus montre un ange qui semble sur le point de se  détourner de quelque chose qu’il contemple fixement. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes écartées. Voilà comment on peut imaginer l’Ange de l’Histoire. Son visage est dirigé vers le passé. Là où nous percevons une chaîne d’événements, il voit une unique catastrophe, qui empile épave sur épave et les jette à ses pieds. L’Ange voudrait rester debout, réveiller les morts et restaurer tout ce qui a été brisé. Mais une tempête souffle depuis le Paradis ; elle se prend dans ses ailes avec une telle violence que l’ange ne peut plus les fermer. La tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que, à ses pieds, le tas de débris monte jusqu’aux cieux. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.
La pensée magique ne se limite pas aux croyances et aux pratiques des cultures pré-modernes. Elle définit l’idéologie du capitalisme. Les quotas et les ventes prévues peuvent toujours être atteints. Les bénéfices peuvent toujours être augmentés. La croissance est inévitable. L’impossible est toujours possible. Les sociétés humaines, pourvu qu’elles  s’inclinent devant les diktats du marché, seront admises au paradis du capitalisme. Il n’y a qu’à avoir la bonne attitude et la bonne technique. Lorsque le capitalisme prospère, nous sommes confiants, nous prospérons. La fusion du Soi avec le collectif capitaliste nous a volé notre pouvoir, notre créativité, notre capacité d’auto-réflexion et notre autonomie morale. Nous définissons notre valeur non pas par notre indépendance ou notre caractère, mais par les normes matérielles définies par le capitalisme –richesse personnelle, marques, statut et progression de carrière. Nous nous moulons dans un conformisme  collectif refoulé. Cette conformité de masse est caractéristique des États totalitaires et autoritaires. C’est la Disneyfication de l’Amérique, terre de pensées éternellement heureuses et d’attitudes positives. Et quand la pensée magique ne fonctionne pas, on nous dit, et nous l’acceptons souvent, que c’est nous qui sommes le problème. Il nous faut  avoir plus de foi. Il nous faut  avoir la vision de ce que nous voulons. Il nous faut essayer plus fort. Il ne faut jamais faire de reproches au système. Nous avons échoué. Ce n’est pas lui qui nous a fait échouer.
Tous nos systèmes d’information, depuis les gourous du développement personnel et depuis Hollywood, jusqu’aux monstruosités politiques comme Trump, tous nous vendent des  remèdes de charlatan. Nous nous cachons les yeux devant l’effondrement imminent. En nous réfugiant dans les faux espoirs, nous offrons des opportunités de carrière aux baratineurs qui nous disent ce que nous voulons entendre. La pensée magique qu’ils manient est une forme d’infantilisme. Elle discrédite les faits et les réalités qui défient le brillant des slogans creux, tels que « Rendre sa grandeur à l’Amérique. (Make America great again)». La réalité est bannie pour un optimisme sans fin et sans fondement.
La moitié du pays peut bien vivre dans la pauvreté, nos libertés civiles peuvent bien nous être supprimées, la police militarisée peut bien assassiner dans la rue des citoyens désarmés, nous  pouvons bien gérer le plus grand système pénitentiaire du monde et la machine de guerre la plus meurtrière, toutes ces vérités sont soigneusement ignorées. Trump incarne l’essence de ce monde en décomposition, en faillite intellectuelle et morale. Il est son expression naturelle. Il est le roi des idiots. Et nous sommes ses victimes.
Source : Chris Hedges, Truthdig, le 30/04/2017


Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. https://www.les-crises.fr/le-regne-des-idiots-par-chris-hedges/