vendredi 13 mai 2016

Union européenne: la désunion programmée? / European Union: the scheduled dissension?

source : https://www.youtube.com/watch?v=oXkV2Yyex7M

Ajoutée le 29 avr. 2016
Fragilité économique, tensions politiques, crise de confiance… L’Union européenne passe d’une situation de crise à une autre depuis maintenant plusieurs années. Un état aggravé par la vague migratoire actuelle qui place parfois l’Union face à ses valeurs fondatrices. Sans oublier le spectre du « Brexit » qui porte le germe d’un retour en arrière de la construction européenne. Les Britanniques voteront par référendum le 23 juin prochain pour savoir si leur pays doit rester dans l’Union européenne.

L’Union européenne est-elle sur le point de se désintégrer? Que reste-t-il du rêve des pères fondateurs? Geopolitis décrypte l’état de désunion qui plane sur l’Europe et sur ses institutions.

L’invité : René Schwok, directeur du Global Studies Institute, UNIGE.

Le site de Géopolitis : http://rts.ch/emissions/geopolitis

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durée : 15 minutes

mardi 10 mai 2016

Conférence de Fabrice Hadjadj pour le courant "Ecologie humaine" : Changer le monde... actions spectaculaires, le monde virtuel, le rayonnement / Conference of Fabrice Hadjadj for the current "Human Ecology": Change the world ... spectacular actions, the virtual world, the brilliance

Une vidéo de 25 minutes à propos du changement. Décapant. 

Fabrice Hadjadj est un proche de la revue Limite, trimestriel d'écologie intégrale fondé en septembre 2015, dans laquelle il tient un grand éditorial. 

Il se présente comme juif de nom arabe de confession catholique. Tout un programme.

 

Quelques infos à propos de Fabrice Hadjadj :



Quelques infos à propos du Courant pour une Ecologie Humaine : 

Membres du Courant pour une Écologie Humaine, nous partageons le constat d’un profond besoin de réorientation et de reconstruction des sociétés et de leurs institutions, qui concerne les formes de la vie en commun et les modes de développement. Car nous observons sur la planète une progressive altération des conditions d’une vie pleinement humaine. Cette altération est liée à une dégradation continue de la qualité et de la fécondité des milieux culturels et naturels.
Nous constatons aussi que la préoccupation pour l’environnement n’est pas récente. Depuis des décennies, la question écologique est discutée ; elle a inspiré de multiples politiques publiques et des conférences internationales ; elle a généré la production de normes environnementales dans le champ économique et elle a largement irrigué la culture occidentale. Malgré cet effort apparent, les résultats sont médiocres : la dégradation de l’environnement n’est pas endiguée par l’effervescence du discours écologique.
Pour nous, cette situation résulte d’une mauvaise évaluation des priorités. L’enjeu écologique majeur, c’est la personne humaine, sa dignité et son intégrité. Le désastre environnemental est une conséquence de la violence faite à l’homme. Il se traduit par une évolution insidieuse vers la primauté de l’avoir et du confort sur l’être, par une prédominance de la performance sur la relation et par l’avènement d’une liberté réduite à l’accomplissement des désirs individuels. Tandis que se multiplient les stimulations futiles, de nombreuses personnes expérimentent dans leur vie une perte de sens et éprouvent un sentiment d’impuissance lorsqu’il s’agit d’orienter leur liberté. Traduction immédiate de ce manquement à la personne humaine, son environnement naturel est considéré avec mépris. Quand l’homme est considéré comme une ressource, la nature n’est plus considérée que comme une ressource, exploitable sans limite.
C’est donc la place des personnes humaines dans l’orientation de notre société qui est au cœur de la question écologique : déshumanisés, nos systèmes de gouvernance deviennent procéduriers. Or, la complexité du monde, marqué par un double mouvement de globalisation et de spécialisation, nécessite la contribution de chacun pour orienter sa propre vie et contribuer avec les autres au bien commun. Dans un contexte d’interdépendance croissante entre les êtres humains, entre les peuples, entre les êtres vivants, chaque personne a besoin d’expérimenter cette responsabilité personnelle : il y va de sa dignité. Chacun ne peut s’accomplir qu’en découvrant comment vivre ensemble dans l’environnement qui est notre bien commun. La construction de la confiance dans l’homme et dans les hommes est une dimension essentielle du chemin à parcourir.
Avec le Courant pour une écologie humaine, nous nous proposons de mettre le bien de la personne humaine au cœur des orientations et des décisions de notre société. Cette ambition doit reposer sur une proposition anthropologique et sur une vision de l’homme et de la société incluant une pacification des relations entre l’homme et la nature : c’est l’objet du présent manifeste. Il en découle les principes essentiels qui doivent guider une transformation de la société par l’homme et pour l’homme.

 

POURQUOI AGIR ? L'HOMME RESPONSABLE DE SON MILIEU
L’être humain vit dans un milieu dont les dimensions sociales et naturelles sont étroitement liées. Elles doivent être envisagées dans leurs interactions et dans leur unité. La distinction entre une sphère sociale et économique d’une part, et une sphère environnementale et naturelle d’autre part est un réductionnisme que nous récusons. L’homme vit et agit dans une unique biosphère, dont il est solidaire : l’enlacement des dimensions sociales et naturelles constitue notre milieu de vie, tel qu’il est perçu par la conscience humaine.
L’activité des hommes a pour fin de façonner ce milieu afin de rendre la vie plus sûre et plus juste, c’est-à-dire meilleure. Mais elle peut aussi causer des dégradations qui rendent finalement la vie humaine plus difficile et parfois impossible. Cette ambivalence qui marque l’Humanité, nous en rend responsable.
Nous affirmons que les relations complexes des êtres humains avec leur milieu sont ordonnées à la vie des hommes, à son déploiement et à sa qualité. Ainsi se définit la pierre angulaire qui permet de bâtir une écologie humaine :
  • Écologie, au sens où le discours (logos) sur cette maison commune (oikos) que forme le milieu social et naturel doit tenir compte des multiples interactions favorisant ou dégradant la vie.
  • Écologie humaine, car c’est à partir de l’expérience concrète de la vie que partagent tous les êtres humains, et de la conscience qu’ils en ont, que peuvent se déterminer les conditions civiques et politiques favorables à l’épanouissement de la vie, ultime finalité de l’activité humaine.
Nous devons donc prendre en compte autant les conséquences naturelles de nos activités sur notre milieu, la qualité de l’air et de l’eau, les équilibres ou la diversité des vivants, que leurs conséquences sociales sur la famille, l’appartenance à un peuple et à son histoire, le territoire et le temps collectif ou encore les langues et les cultures qui assurent la possibilité d’un discours commun. Car c’est « un tout ». Il appartient à chaque génération de léguer aux générations futures, non seulement une planète habitable, mais aussi des repères anthropologiques propres à favoriser l’épanouissement de chacun.
Cette cohérence du regard caractérise l’Écologie humaine. Il convient d’en préciser les fondements anthropologiques.
 TESTE-01
AU NOM DE QUOI AGIR  ? UNE ANTHROPOLOGIE INSPIRATRICE
Fonder l’action sur la personne humaine
Nous affirmons la nécessité de prendre en compte « le bien de tout l’homme et de tous les hommes ». Tel est le point d’ancrage d’initiatives ou de politiques compatibles avec une écologie humaine. Toute personne est digne d’être respectée et accueillie du seul fait qu’elle existe. Ce principe ne souffre aucune restriction et, de ce fait, il permet de fixer une mesure humble à notre engagement. Le critère ultime justifiant l’activité humaine sur son milieu est de le rendre favorable à l’épanouissement de la vie de chaque personne vivante, présente et à venir.
  • Pour tout l’homme. Le Courant est inspiré par « une anthropologie à 360 degrés » qui embrasse l’être humain dans toutes les dimensions qui favorisent l’épanouissement de sa vie.
Nous considérons, notamment, comme d’égale dignité les trois dimensions physique, intellectuelle et spirituelle par lesquelles se manifeste la présence de l’être humain dans son environnement. On ne peut en déconsidérer aucune sans attenter à l’intégrité et à la liberté de la personne. La dimension spirituelle, en particulier, quelle que soit son expression, ouvre à la possibilité du sacré, c’est-à-dire à un dépassement du cadre défini exclusivement par la culture humaine. Elle permet d’échapper aux déterminismes politiques, techniques ou utilitaristes qui pourraient faire de l’être humain un moyen au service d’une unique fin matérielle, et son environnement, un simple pourvoyeur de ressources à utiliser.
  • Pour tous les hommes. Les êtres humains sont fondamentalement interdépendants. Cette interdépendance est attestée dès la procréation. Dès son origine et durant toute sa vie, l’être humain a besoin d’autrui pour survivre, être protégé, se connaître et se développer. Le lien entre chaque personne et son milieu se fait par les multiples affinités et appartenances, familiales et sociales, les engagements dans des corps intermédiaires, professionnels, économiques, politiques ou culturels qui permettent à chacun de construire son identité et de trouver les conditions de son épanouissement et de sa liberté. Ainsi se définit la solidarité de la famille humaine. Il ne peut y avoir d’écologie authentique, c’est-à-dire de souci de la maison commune, qui exclurait des personnes humaines jugées indignes de l’habiter. 
Cette revendication anthropologique est le socle de notre action. Elle reste ouverte à des approfondissements, à la prise en compte des apports des sciences humaines et sociales pour une observation bienveillante et exigeante du travail des êtres humains qu’il soit physique, intellectuel ou spirituel, destiné à rendre notre milieu plus favorable à la vie
Rendre favorable à la vie le milieu social et naturel 
La qualité du milieu dans lequel vivent les êtres humains favorise ou non leur plein épanouissement. Elle suppose sept impératifs :
  • des conditions de vie matérielle décentes ;
  • l’impartialité de la justice ;
  • la liberté personnelle d’expression, d’action et de croyance ;
  • une insertion harmonieuse dans son environnement naturel ;
  • un égal accès à la contemplation esthétique ;
  • une participation pleine et entière à la responsabilité, personnelle et avec d’autres, du bien commun ;
  • la responsabilité de transmettre aux générations futures un milieu de vie tel que les six impératifs précédents puissent aussi s’appliquer à elles.
Ces sept impératifs, qu’il faut articuler avec le besoin d’entretenir des relations interpersonnelles confiantes, peuvent s’exprimer de nos jours dans l’organisation démocratique des activités publiques. Ils peuvent être entravés par des intérêts privés qui les fragilisent ou qui tendent à imposer aux hommes une perspective utilitariste et déterministe de leur vie.
Notre engagement pour une Écologie humaine nous conduit à discerner sans a priori ce qui, dans l’activité humaine favorise ou abîme l’environnement, ce qui le rend fécond ou stérile. Le milieu social et naturel procure aux êtres humains des droits et impose des responsabilités à l’égard d’eux-mêmes, des autres êtres vivants et de cet environnement qui ne leur appartient pas et qui constitue un système complexe et fragile. La responsabilité de l’homme à l’égard de la nature exige en particulier de la respecter pour ne pas la transmettre défigurée et appauvrie aux générations futures. Il en est de même du patrimoine culturel comme des structures économiques qui ne sauraient faire porter sur l’avenir les conséquences de décisions prises pour satisfaire les intérêts du présent. Cette responsabilité à l’égard de l’environnement commun est la marque d’une civilisation accomplie.
SELON QUELS PRINCIPES AGIR? LA PERSONNE HUMAINE COMME MESURE
Pour bâtir ensemble notre maison commune, nous avons besoin de principes directeurs qui permettent de rendre cohérentes les actions menées. Ces principes ne peuvent relever de plans définis par quelques « grands architectes » ou gouvernants qui s’exprimeraient à la place des habitants de la Terre. C’est l’action de chacun qui bâtira cette maison commune. Encore faut-il que ces actions soient cohérentes. Or cette cohérence fait clairement défaut dans le monde d’aujourd’hui et particulièrement sur la question écologique. Cela conduit, malgré d’innombrables bonnes volontés, à des résultats très éloignés des discours.
Fidèles à notre anthropologie inspiratrice, nous considérons que c’est à « hauteur d’homme » que doit se bâtir la maison commune. Aussi faut-il dégager une perspective et quelques principes que chaque être humain peut s’approprier, pour devenir, à son échelle, architecte et ouvrier de l’Écologie humaine.
Une perspective : agir en vue du bien commun
Il y a « bien commun » dès lors que le bien personnel s’accroît en contribuant au bien de tous, et que le bien de tous s’accroît en servant le bien personnel. C’est pourquoi, nous considérons qu’un engagement pour une Écologie humaine implique que l’action de chacun se valorise par le fait même qu’elle contribue au bien de tous. Quelle que soit la tâche qu’elle accomplit, chaque personne se perfectionne ainsi en participant à la construction de la maison commune. Le sens de son travail, si humble soit-il, c’est que cette maison soit habitable et accueillante à la vie.
Il convient donc que nous agissions « à hauteur d’homme », c’est-à-dire à partir de ce que vivent, ressentent et expérimentent concrètement les êtres humains. Au cœur de l’expérience humaine figure le corps sexué : temps compté pour chaque homme ; réalité de sa fragilité face aux conditions naturelles ; perspective d’une mort inéluctable. Nous reconnaissons en particulier la dignité des personnes les plus fragiles, qui ont, comme toutes les autres, un besoin vital d’attention et de considération mais qui sont, davantage que les autres, dépendantes des conditions facilitant ou non leur vie dans le milieu social et naturel. Dans l’esprit de l’Écologie humaine, trois primautés doivent être respectées : celles de l’être sur l’avoir, de la relation sur la performance et de la responsabilité sur l’intérêt.
Le bien de tout l’homme et de tous les hommes reste la mesure et la justification des activités humaines et de leur fécondité. La personne humaine ne peut jamais être traitée comme un objet, un simple moyen, un outil à perfectionner ou une « variable d’ajustement ». De même, son environnement ne peut pas être accaparé par certains comme une ressource à consommer.
Trois principes pour bâtir notre maison commune 
Pour agir à l’établissement d’une Écologie humaine, nous nous guidons sur trois principes : choisir la bienveillance, reconnaître ce qui entre nous sont des « communs » et définir les actions justes à partir de leurs effets sur les vivants les plus vulnérables.
  • Choisir la bienveillance. Être bienveillant, c’est considérer le bien, veiller au bien, agir pour le bien. Nous affirmons que chaque personne est capable du bien. Cela ne signifie pas que tout acte est « naturellement bon » mais que la capacité au bien est ancrée dans la condition de l’homme au même titre que la raison. La bienveillance consiste à observer notre milieu social et naturel à partir de ce postulat. Elle implique donc lucidité et réalisme.
Le choix de la bienveillance permet d’envisager des dialogues et des solutions échappant aux clivages fondés sur des jugements de valeurs, de classes ou de catégories, dont il faudrait déduire des gagnants et des perdants, des bons et des méchants, des purs et des impurs. La bienveillance, n’exclut pas la confrontation des idées. Elle met en avant la capacité commune au bien comme ce qui rapproche et relie, contre les préjugés qui éloignent et divisent. Dans la rencontre interpersonnelle, elle privilégie le discernement honnête pour reconnaître les points d’entente et de divergence.
  • Reconnaître nos « communs ». Nous affirmons la nécessité, pour les hommes, de renouveler leur désir de construire la société en l’articulant aux possibilités offertes par la nature et de refonder en permanence les conditions de cette vie en société. Or certaines ressources font l’objet d’une appropriation privée, au détriment des autres êtres humains, alors qu’elles doivent être détenues, développées ou simplement gérées ensemble. Car c’est seulement ainsi que peut se construire un milieu social et naturel favorable à la vie.
Nous pourrons bâtir notre maison commune en reconnaissant ce qui nous est commun, et qui nécessite que nous en prenions soin ensemble. Cette préoccupation appelle le dépassement des formes politiques et des régimes où les individus seraient uniquement en charge de leurs intérêts personnels tandis que l’État (et ses experts) ou le marché (et sa main invisible) auraient l’exclusivité de l’orientation de la vie collective. Nous affirmons au contraire que chacun doit prendre sa part de responsabilité dans la gérance de ce qui nous est commun, à commencer par celle de la nature qui constitue notre milieu de vie.
Nous considérons que le politique doit se fonder sur le déploiement de formes intermédiaires de communautés animées d’une culture de responsabilité et de participation et sur leur juste articulation avec l’État et le marché. Nous assumons à ce titre une perspective authentiquement politique.
  • Agir à partir du plus vulnérable. La prise en compte de la vulnérabilité dans l’action commune est un indicateur du degré de développement d’une civilisation. La vulnérabilité appartient à la condition humaine et le milieu culturel ne doit pas empêcher d’accueillir et de respecter chaque personne, quelles que soient ses imperfections, ses maladresses et ses erreurs. Nous désavouons les politiques qui se placent à des niveaux abstraits, surévaluant les capacités humaines et rêvant d’hommes parfaits. C’est au contraire à partir de la personne la plus vulnérable et de son incidence sur elle que se définit une action soucieuse d’Écologie humaine. En ce sens, la formule fameuse « les pauvres sont nos maîtres » prend sa véritable force. C’est en tenant compte de leurs difficultés que le bien commun se réalise pleinement et qu’il n’est pas confondu avec le bien-être de privilégiés satisfaits.
C’est pourquoi les conséquences des décisions privées ou publiques sur les plus fragiles sont au cœur des préoccupations d’une politique juste. De la même façon que nous prenons au sérieux le risque de considérer la nature comme une simple réserve de matières premières, nous prenons au sérieux le risque, pour l’humanité, d’un déterminisme technique, fondé sur le déni ou le rejet de la fragilité humaine, et qui prétend créer un homme nouveau, invulnérable, tout-puissant, immortel et fabriqué finalement pour les intérêts de puissances économiques et financières, ou par instinct de domination.
COMMENT AGIR? OUVRIR DES PISTES
De multiples initiatives ont été prises et de nombreuses solutions ont été expérimentées dans le monde contemporain pour affronter ses difficultés et ses défis. Précieuses, elles sont le plus souvent gérées de manière indépendante les unes des autres et parfois se contredisent. Nous avons besoin d’une vision cohérente et unifiée des interactions entre les activités humaines, qui permette de mettre en relation ces initiatives et ces idées, d’éclairer leurs impacts et leurs effets réciproques sur le milieu culturel et naturel qui forme notre environnement vivant.
Le Courant pour une écologie humaine a pour vocation d’encourager des initiatives qui contribuent au bien de tout l’homme et de tous les hommes, selon les principes anthropologiques évoqués précédemment. Pour cela, nous revendiquons cette vision cohérente qui pose la vie humaine comme mesure et comme fin, et qui permet une action sur notre milieu social et naturel à la fois humble et exigeante.
Pour contribuer à développer l’Écologie humaine, nos membres s’engagent à trois niveaux :
  • Ils entreprennent des changements personnels dans leurs propres modes de vie.
  • Ils travaillent ensemble pour initier ou favoriser des initiatives au service de l’Écologie humaine.
  • Ils se relient à d’autres personnes ou organisations pour encourager, soutenir et collaborer aux mutations des structures politiques, sociales ou économiques nécessaires pour promouvoir une société soucieuse d’Écologie humaine.
Nous assumons un horizon de long terme, à partir de processus qui se développeront dans la durée tout en s’incarnant dans l’action de nos membres.
Nous voulons encourager ceux et celles qui, dans la société, contribuent, par leurs idées et par leurs actes, à construire un milieu culturel et naturel dans l’esprit d’une authentique écologie humaine. Tous les domaines de l’activité humaine sont concernés, et il s’agit moins de multiplier les initiatives que de les mettre en relation et en cohérence avec la vision de notre maison commune. Nous ne prétendons nous substituer à aucune organisation économique, sociale ou politique. Au contraire, nous nous réjouissons de la multiplication des initiatives et des engagements, en veillant au bien que ces organisations peuvent produire.
Pour conduire notre action, nous nous attachons autant à encourager l'expression de la personne humaine dans son intégralité, à promouvoir des initiatives, qu'à proposer une lecture critique des activités impactant le milieu culturel et naturel.
  • Encourager l’expression de la personne humaine dans son intégralité.
Prenant au sérieux les trois dimensions physique, intellectuelle et spirituelle de la personne humaine, le Courant pour une écologie humaine accueille librement les croyances personnelles dans le respect de chacun. Croyants ou incroyants peuvent s’y retrouver et dialoguer sans besoin de taire cet aspect important de leur identité. Nous accueillons les affirmations confessionnelles respectueuses des parcours de chacun et qui sont légitimement parties intégrantes de l’humanité de chacun. Nous considérons que les discours qui amputent volontairement cette dimension sont incapables de construire une maison commune.
  • Promouvoir les initiatives qui engagent des personnes à tous les niveaux.
Nous nous attachons à promouvoir les initiatives, notamment locales, dans le sens de l’Écologie humaine, dans la mesure où elles sont ancrées dans l’expérience des personnes.
  • Proposer une lecture critique, à partir de l’anthropologie qui nous inspire, des activités qui impactent le milieu culturel et naturel et qui pourraient le rendre invivable. 
Si nous ne croyons pas que notre milieu de vie puisse être défini et planifié par des décideurs omniscients, il nous appartient de porter un jugement critique sur les décisions publiques ou privées, de manière à en évaluer les effets sur l’Écologie humaine. Nous ne croyons pas à la transformation du monde « par le haut », à partir des décisions d’experts. Nous croyons en la possibilité pour chaque personne d’un chemin viable de changement, différent dans chaque contexte, d’un chemin pour mieux répondre à ses propres aspirations comme aux aspirations de ceux qui l’entourent.
Cependant, il serait déraisonnable de croire que la gérance de notre milieu social et naturel ne serait que le résultat spontané d’initiatives locales. Prendre en considération les savoirs et les compétences accumulés par des experts, c’est aussi rendre justice à la raison humaine.
De même, une construction harmonieuse de notre maison commune nécessite des coordinations à des échelles spatiales et temporelles plus larges que la seule considération des enjeux locaux à considérer. Pour autant, nous sommes attachés à l’expression d’une véritable subsidiarité qui confère au niveau de décision local la possibilité de s’engager sous sa responsabilité dans des instances plus larges de décision au plan national et international ou de déléguer cette responsabilité. D’une façon générale, ni la prise en charge par l’État de missions de coordination, ni le recours à la propriété privée ou à des processus de marché ne légitiment une désaffection des personnes à l’égard de la chose publique ou privée. Bien au contraire, ils doivent toujours s’accompagner d’une responsabilité vigilante et partagée à l’égard du bien commun et de sa transmission.
Nous encourageons donc les initiatives intégratives, associant des acteurs de terrain à des experts. L’articulation de l’expérience et de la généralisation permet de fonder des engagements réellement efficaces. La clé, ici encore, est de s’assurer que toutes les parties prenantes ont pour perspective le bien commun.
source : http://www.ecologiehumaine.eu/manifeste/

lundi 9 mai 2016

Oskar Freysinger, сonseiller d'Etat valaisan (UDC) et conseiller national suisse"Je suis là pour fêter la force spirituelle qui a permis à la Russie de vaincre les nazis" / Oskar Freysinger? Adviser of State of Valais ( UDC) and Swiss national adviser " I am there to celebrate the spiritual strength which allowed Russia to overcome the Nazis "

En ce qui me concerne, merci à tous ces russes et à tous ces américains, notamment, qui ont perdu leur vie pour notre liberté. 
Ceci étant dit, le pacte (de non agression) germano-soviétique, n'a paradoxalement pas contribué à la paix. 
Christophe
Victoria Issaïeva
884536836

source : https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201605081024822661-russie-defile-militaire-victoire-moscou/

Un début de mai ordinaire en Russie: du matériel militaire dans les rues, des vétérans portant des ordres honorifiques accompagnés de leurs proches et de simples citoyens, une marche avec des photos d’anciens combattants participants à la Grande guerre patriotique, des rubans de Saint Georges à chaque coin de rue.

Les Russes se préparent pour la célébration du 9 mai, fête sacrée de la victoire sur l'Allemagne nazie. Pour la Russie, c'est une fête nationale réunissant les plus vieux et les plus petits.
L'un de ses attributs le défilé militaire que Vladimir Poutine accueille tous les 9 mai attire les curieux du monde entier. Mais le nombre de places y est très limité.
"Je suis là pour fêter cette force spirituelle qui a permis à la Russie de vaincre les nazis"… Oskar Freysinger, Conseiller national suisse et Conseiller d'Etat valaisan (UDC), est heureux d'être l'un des invités à la parade de la Victoire à Moscou cette année.
"Cette cérémonie est pleine de sens pour moi parce que ça a été la victoire sur le nazisme, sur une sorte d'organisation de mort. Ils avaient cette svastika qui tournait dans le sens de la négation de la vie et de la mort. Mais il y a plus que ça. C'est clairement la Russie qui a vaincu le nazisme et non pas les Américains parce que c'est sur le front russe que les armées allemandes se sont saignées à blanc. Et l'importante mobilisation qu'a représentée cette campagne de Russie pour l'Allemagne a été mortelle pour elle. Je crois que sinon les alliés auraient eu beaucoup de peine à vaincre les Allemands. Ce qui a triomphé des nazis, c'était un certain esprit. Au moment où Hitler envahit l'URSS, Staline n'en appelle pas à l'idéologie, il en appelle au patriotisme et à la spiritualité. Je ne suis pas là pour fêter les communistes. Je suis là pour fêter cet esprit millénaire, cette force spirituelle qui a permis à la Russie de vaincre les nazis. Prétendre que c'est les Américains qui ont provoqué le tournant de la guerre — non. C'était une chose inéluctable. Même sans le débarquement de Normandie, l'Allemagne nazie était vouée à être vaincue. Parce que les troupes russes étaient à ce moment-là inarrêtables".
Le 24 juin 1945, la Place Rouge accueillait pour la première fois la parade militaire de la Victoire. C'était une manière de crier haut et fort la victoire sur le nazisme atroce mais aussi de rendre hommage à 27 millions de victimes (côté russe) dont quelque 16 millions de civils… C'est le prix de la libération par l'Armée Rouge de 50% du territoire européen qui fait aujourd'hui partie de l'Europe et cela sans compter la partie européenne russe. Mais pour l'Occident, le rôle de l'URSS dans cette victoire est de moins en moins évident. Seulement 15% des personnes interrogées estiment que l'URSS a joué un rôle clé dans la victoire sur la peste brune pendant la Seconde Guerre mondiale, selon un sondage de Sputnik.Opinions réalisé récemment auprès des Européens. Pour la plupart des Américains (79%), des Français (58%) et des Allemands (50%), ce sont les États-Unis qui ont contribué le plus à la victoire sur le nazisme. Oskar Freysinger explique cette perception biaisée de l'histoire:
"Pourquoi est-ce qu'on tente maintenant de magnifier la part américaine et diminuer la part russe? C'est que c'est embêtant parce que l'UE pour la plupart fait partie de l'Otan. Ils n'ont plus de politique réellement indépendante et ils n'ont plus la force militaire aussi pour une politique indépendante par rapport aux USA… Les USA veulent absolument empêcher que cette Europe se ressoude, que l'Europe constate qu'un futur lui est possible qu'avec la Russie et pas contre la Russie et que la Russie n'est plus la Russie du bloc communiste".
Oskar Freysinger sur la place Rouge
© SPUTNIK. VICTORIA ISSAÏEVA
Oskar Freysinger sur la place Rouge
Le souvenir de la Seconde Guerre mondiale qui n'a épargné personne en URSS est gardé précieusement par les Russes. C'était une épreuve très difficile. Presque chaque famille a perdu au moins l'un de ses membres lors de cette guerre. Pour Oscar Freysinger, les Russes méritent d'être considérés comme les vainqueurs. Certains de ses proches combattaient aux côtés des Allemands à cette époque-là mais aujourd'hui il est venu en Russie pour rendre hommage au peuple qui a sauvé l'Europe du nazisme. Et M. Freysinger va encore plus loin en estimant que sans la Russie, l'Europe est vouée actuellement à l'échec.
"La Suisse a été neutre à ce moment-là. Mais du côté de mon père, ça a impacté certains membres de ma famille parce que mon père est tyrolien, autrichien. Il y a eu l'Anschluss en 1938 et certains de mes oncles se sont battus en Yougoslavie, sur le front italien. Il y en a eu même un qui était à Stalingrad. (…) Mais je crois que les soldats des deux côtés étaient les victimes de deux idéologies… Je constate que la Russie d'aujourd'hui elle est tout sauf le reflet de ce qu'était l'URSS. Au contraire, c'est qu'une forme d'URSS soft sans goulag… dans l'esprit identique, est en train de se créer en Occident et que les libertés citoyennes sont mises en question. Ce dont on accuse Poutine, on est en train de le réaliser en UE. Le retournement de l'histoire est extraordinaire. On est en train de voir une sorte de totalitarisme doux naître en Occident. Et on est en train d'avoir ici un empire de liberté qui se crée. Je crois que ce qui est en train de naître ici en Russie depuis quelques années me donne de l'espoir. Il faut absolument que ces liens entre Moscou et particulièrement Berlin se recréent (…) pour créer une entité qui non seulement du point du vue économique, militaire et autre devienne une grande puissance mais puisse aussi devenir une puissance du point de vue des valeurs".
Oscar Freysinger estime que "l'armée russe actuellement a de nouveau atteint un niveau qui la rend capable d'interventions efficaces là où ils le font. On le voit maintenant contre l'Etat islamique". Selon l'homme politique suisse, il est indispensable pour le monde d'avoir un contrepouvoir…
Il y a 71 ans, la guerre la plus dévastatrice touchait à sa fin. Il n'en reste que très peu de témoins. La révision de l'histoire est irrespectueuse envers ceux qui ont perdu la vie pour l'offrir à leurs enfants. Mais c'est aussi une voie qui amène à la répétition des erreurs dont le résultat est imprévisible.
Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

jeudi 5 mai 2016

Cher Frédéric Lordon, bienvenue sur la liste noire de vos nouveaux amis « antifas » ! / Dear Frédéric Lordon, welcome to the blacklist of your new friends "antifas" !

Cher Frédéric Lordon, bienvenue sur la liste noire de vos nouveaux amis « antifas » !

Lordon antifa fasciste
Un « antifasciste » trop zélé face à son pire ennemi
Suite aux déclarations de Frédéric Lordon concernant l’éviction d’Alain Finkielkraut de la place de la République, justifiant implicitement la violence « antifasciste » en général au nom du combat politique, nous avons eu à cœur de lui signaler que son nom était inscrit, aux côtés de ceux duCercle des Volontaires, de Fakir, de François Ruffin, et de bien d’autres organismes et acteurs proposant des alternatives au fonctionnement politique actuel de la France, sur une liste noire diffusée par le site « antifasciste » Les Enragés. Nous souhaitons ainsi lui faire prendre conscience avec bienveillance et en toute sympathie, d’un effet pervers inévitable : la violence qu’il cautionne pour les autres pourrait à tout moment se retourner contre lui-même. C’est aussi une occasion de le renseigner, si besoin en était, sur la nature réelle de cet « antifascisme » dont la litanie s’accorde dans une pénétrante harmonie avec les intérêts prégnants de « l’oligarchie néolibérale intégrée », selon ses propres termes. 
Cher Frédéric,
Lors de la conférence « Nuit debout l’étape d’après » ayant eu lieu le mercredi 20 Avril 2016 à la Bourse du travail à Paris, vous avez eu le mérite de déterminer des objectifs clairs, à même de fédérer des citoyens venus de tous les horizons politiques de notre belle Nation (oups, un premier gros mot !) :
« Interdire les banques d’activité spéculative, neutraliser le pouvoir actionnarial, dégommer les traités assassins, les traités européens et le TAFTA, voilà un objectif. »
Seulement, cet ennemi-là n’était peut-être pas assez immédiat, trop ambitieux pour l’heure, et la foule présente avait besoin de chair fraîche à se mettre sous la dent. Les banquiers de La Défense sont bien loin de la place de la République, et leurs buildings de verre trop protégés pour des âmes aussi vertueuses que celles de vos auditeurs d’alors. On court moins de risques à repeindre les distributeurs avoisinant le quartier général de la Nuit Debout. Plutôt que de réfléchir aux moyens permettant d’accomplir les nobles objectifs fédérateurs énoncés plus haut, emporté par la foule en délire qui buvait chacune de vos paroles, il vous a fallu désigner un adversaire intermédiaire à la mesure de leurs faibles ambitions. En attendant le Grand Soir où tous ces jeunes gens iraient occuper les sièges de Total et la Société Généraleà la défense, tout près des quartiers populaires de Nanterre, vous avez désigné un ennemi plus accessible aux occupants des beaux quartiers de la place de la République :
 « le citoyennisme intransitif qui débat pour débattre mais ne tranche rien, ne décide rien et surtout ne clive rien. Une sorte de rêve démocratique cotonneux et inoffensif (…) Le démocratisme all-inclusive »,
avez-vous dit, ne manquant pas de faire rire la jeune assemblée pendue à vos lèvres. Vous me rappeliez alors ce cherAlain Finkielkraut, source de tous vos bons mots, parodiant Tocqueville lorsqu’il demandait à Jean-Claude Michéa dans le cadre de son émission de France Culture Répliques du 2 juin 2012, si en lieu et place des dévoiements contemporains du « libéralisme », la source des problèmes de notre société n’était pas plutôt le déploiement de la « démocratie généralisée » (24:06/52:20). Ce à quoi Michéa lui opposa la conception de la démocratie de George Orwell, dont vous brocardez pour votre part avec sarcasme la « faiblesse conceptuelle », la « négligence théorique » ou le « flou » de la pensée. Paradoxalement, en voulant sauver Nuit Debout contre Finkielkraut, vous rejoigniez Finkielkraut dans la division des forces convergeant dans la lutte contre le néolibéralisme, au nom d’une critique se voulant radicale de l’espérance  dans une démocratie réelle à venir. Vous interdisez de donner les moyens concrets de la réaliser. Vous êtes « de gauche » avant d’être « démocrate », et si le peuple, lui, dans sa grande majorité, ne partage pas votre vision de la société, qu’à cela ne tienne ! Quand le peuple vote mal, il faut changer de peuple, disait Bertolt Brechtavec ironie. Par ce refus de dialoguer avec « l’ennemi », vous et Finkielkraut vous rejoignez dans l’adhésion à ce propos sans ironie, et dans la division des forces qui devraient converger dans la lutte pour la souveraineté nationale et populaire.
« la souveraineté s’assimile à la démocratie (…) c’est-à-dire le droit de délibérer et de décider de toutes les matières qui intéressent les politiques publiques tout le temps »,
avez-vous déclaré un jour avec raison à l’antenne de France Inter. Seulement, votre captation de la volonté de démocratie par le seul trône vertueux de « la gauche » moralisante exclut dans les faits la plus large majorité du peuple de ce « droit de décider ». Durant votre discours concernant l’après Nuit Debout, vous avez espéré ce jour glorieux où les médias se retourneront enfin contre vous, signe que vous serez parvenu à faire du mouvement autre chose que ce « rêve cotonneux et inoffensif » que vous dénoncez chez les partisans du « démocratisme ». « Il ne faudra pas redouter ce moment », disiez vous, « ce sera même un assez bon signe, le signe que nous commençons vraiment à les embêter ». Et vous avez touché là à un point chatouilleux du traitement médiatique de la Nuit Debout :
« A-t-on jamais vu mouvement sérieux de contestation de l’ordre social célébré d’un bout à l’autre par les médias organiques de l’ordre social ? »
En un sens, vous avez répondu vous-même à la question, lorsque vous en avez profité pour vous féliciter du travail du « service accueil sérénité » faisant « méthodiquement la chasse aux infiltrations » sur la place de la République. Vous avez justifié ces louanges par le procès que les médias feraient aux sympathisants du mouvement « de devenir rouge-bruns », si cette « chasse » permanente venait à perdre de sa vigueur. Par cette peur que les médias vous traitent de rouge-brun, Monsieur Lordon, c’est-à-dire qu’à terme, ils ne vous accueillent plus sur le plateau de France Inter pour parler de souveraineté, vous avez vous-même restreint le cadre de Nuit Debout à l’intérieur du cadre moral établi par ce jugement potentiel des médias sur vos intentions, ce jugement qui vous fait si peur et qui au final, détermine et conditionne les limites de toutes vos actions, comme vous l’avouez par cette justification :
« on comprend très bien que l’on ne va pas porter les revendications de refaire le cadre auprès des gardiens du cadre. On les chasse, et puis on le refait politiquement »,
avez-vous également déclaré à juste titre, précisant « que le cadre était fait précisément pour cela », c’est-à-dire, pour neutraliser toute action visant à aller dans le sens de la réalisation des revendications.
« S’il n’y a plus d’alternative dans le cadre, il y a toujours l’alternative de refaire le cadre, mais ça c’est de la politique, ce n’est plus exactement du revendicatif »,
avez-vous dit. Et nous ne pouvons que vous donner raison sur ce point Monsieur Lordon, en vous invitant à tenir compte de vos propres déclarations pour la cohérence interne de votre discours. Vous le dites vous-même, le cadre vous interdit de vous associer avec des souverainistes « de droite », ou tout bonnement, avec des souverainistes qui refusent de se cantonner à votre idée de « la gauche ». Le cadre vous refuse le droit de dire que le clivage entre la gauche et la droite est caduc, et que le véritable débat politique se joue désormais entre souverainistes d’un côté, et mondialistes de l’autre. Si vous le dites, il vous traitera également de « rouge-brun », et vous rangera aux côtés de tous ceux que vous disqualifiez d’office, par peur d’y être associé. Il vous rangera aux côtés d’Etienne Chouard, dont vous avez longtemps fait les louanges, avant de le jeter aux ordures avec un mépris propre à la caste universitaire, bien qu’il vous ait lui-même défendu lorsque vous avez subi les attaques absurdes d’un premier groupe « antifasciste », courant 2013. Vous l’avez jeté de peur d’être associé aux personnes avec qui il s’autorise de discuter franchement. Contrairement à vous, il refuse de s’interdire ce dialogue. C’est à dire que précisément, il s’autorise à sortir du « cadre ». C’est pour cela qu’il est ostracisé, et vous le savez, et en réalité, vous êtes mort de peur à l’idée d’être associé à cette courageuse et réelle sortie du cadre.
Mais détendez-vous Monsieur Lordon. Malgré tous vos efforts pour demeurer dans le cadre que vous dénoncez, le cadre, lui, vous rejette déjà peu à peu. Oh, pas par la plume des « chefferies éditocratiques » que vous dénoncez avec raison comme les gourous malfaisants de « la secte de l’oligarchie néolibérale intégrée », non, Monsieur Lordon. Le cadre mondialiste vous rejette par son « extrême-gauche », celle avec laquelle vous pensez pouvoir faire convergence contre les souverainistes qui refusent de s’enfermer dans votre idée de la gauche.
Ainsi, l’inénarrable site « antifasciste » Les Enragés, a fait de vous et de votre camarade François Ruffin, les ambassadeurs d’un dangereux « social-chauvinisme », qui ourdirait un dangereux complot fasciste par l’intermédiaire de Nuit Debout. L’un des arguments avancés étant que « la chasse aux infiltrations » que vous décrivez serait en réalité trop complaisante ! Il y a une justice quelque part entre le ciel et la terre, puisque vous êtes cité dans cet article en compagnie d’Etienne Chouard en personne, celui-là même que vous traitiez de « boulet » pour la réalisation de projet d’une constituante il y a encore quelques mois, alors que des accusations aussi absurdes que celles lancées par Les Enragéscontre vous, il s’en prend dans la figure depuis des années. Vous êtes cité dans cette liste qu’on imagine non exhaustive en compagnie d’autres dangereux fascistes, j’ai nommé (tenez-vous bien) Gérard FilochePierre CarlesPierre Rabhi,Hervé KempfCyril DionEric HazanJohn Paul LepersFranck Lepage, ainsi que les dangereux comédiens Greg Tabibian et Franck Brusset… et des organes objectivement fascistes tels AttacAcrimedArrêt sur imagesle comptoir, les éditions La FabriqueKaizen, le mouvement BDSEuropalestineLa Revue du Mauss, Le Monde Diplomatique et même la CNT !!! Sans oublier, bien entendu, vos humbles serviteurs du Cercle des Volontaires.
Les références « intellectuelles » des Enragés en disent long sur leur programme. La revue Ni Patrie Ni Frontières est citée. Ni patrie ni frontières, ce pourrait être la devise de George Soros et de Warren Buffet. Une alliance objective entre mondialistes capitalistes et mondialistes « anticapitalistes » en somme. L’arme la plus puissante de « l’oligarchie néolibérale intégrée », vous le savez, c’est la dérégulation complète de la circulation des capitaux, des marchandises, mais aussi des personnes. Vous ne pouvez pas critiquer frontalement cette dernière, qui se manifeste par l’immigration massive légale et clandestine favorisant le dumping social exigé par les patrons des multinationales, fournissant une main d’œuvre docile et bon marché. Vous ne le pouvez pas, parce que vous savez que les « antifascistes » veillent, et qu’ils sont prêts, à tout moment, à vous accuser de racisme et à vous expulser vous aussi manu militari, si seulement vous osiez évoquer le sujet. C’est bien dommage, car vous aviez si bien décrit par le passé la mission dont la gauche est dépositaire, à savoir ne pas se laisser déposséder par le Front National des sujets d’importance, ne pas se laisser tétaniser par la menace de se faire traiter de « fasciste ».
Au lieu d’appréhender cette question complexe devant cette assemblée, comme vous l’aviez si bien fait ci-dessus, et de créer une brèche réellement révolutionnaire (la critique à gauche, non pas des immigrés, comme les antiracistes PS et antifascistes essaient de le faire croire, mais du système néolibéral qui organise structurellement cette immigration), vous vous aplatissez désormais devant ce chantage au fascisme en traitant d’ « identitaire » quiconque s’aventurerait à se poser ne serait-ce qu’en lui-même cette question. Contrairement à ce que vous pensez, vous n’êtes absolument pas en opposition frontale avec Finkielkraut sur ce sujet, puisqu’il a de longue date accompagné la progression de l’antiracisme institutionnel (il est toujours aujourd’hui membre du comité d’honneur de la LICRA). Vous critiquez
« les structures du néolibéralisme qui ont précisément pour effet et peut-être même pour projet de frapper d’impossibilité toutes ces revendications »
mais par ce chantage à la menace « identitaire », vous vous constituez vous-même en agent des structures du néolibéralisme, en agent de neutralisation des possibilités réelles du changement, et vous ne vous rapprochez de l’orthodoxie de votre clientèle du moment qu’au prix fort de l’éloignement de la réalité du monde des travailleurs, que vous n’avez, semble-t-il, jamais côtoyé de l’intérieur. Vous vous rendez, vous et tous ceux qui vous suivent, inoffensifs par ce chantage symétrique au chantage à l’antisémitisme de Finkielkraut. En politique comme en sciences sociales, les mots sont importants. Si vous vouliez viser le chantage à l’antisémitisme de Finkielkraut, il aurait fallu dire « communautaire », et non « identitaire ». Mais vous ne le pouvez pas, car la politique communautariste est un des ingrédients majeurs du succès électoral de la Gauche dans certaines banlieues ostracisées. « Identitaire » et « communautaire » sont loin d’être synonymes. Le réduction à « l’identitaire » que vous effectuez vise justement toutes les critiques du communautarisme, insinuant que l’essence de ces critiques serait intrinsèquement raciste.
La question demeure : en définissant toutes les tentatives de résistance citoyenne et souverainiste au mondialisme comme « fascistes », les « antifascistes » en question ont-ils conscience de servir les intérêts du capital ? Plus grave encore, lorsque vous définissez le « citoyennisme » comme ennemi de la Nuit Debout dans vos discours, avez-vous conscience de faire un appel du pied à ce type d’ « antifascisme », et éventuellement de cautionner les violences physiques dont ses propagateurs pourraient être les auteurs, notamment à votre encontre, vous le « chauvin-socialiste » ? Vous qui tenez tant à « sortir du cadre », pourquoi vous enfermer dans la peur de cette accusation « rouge-brune » où tentent de vous enfermer les « chefferies éditocrates néolibérales » sur votre « droite », comme les antifascistes de cette sorte sur votre « gauche » ? Vous êtes trop intelligent pour ne pas comprendre que de telles condamnations ne visent qu’à neutraliser toute véritable entreprise de souveraineté populaire et nationale.
On sent bien que devant l’ampleur de la tâche essentielle que vous déterminez (interdire les banques d’activité spéculatives, neutraliser le pouvoir actionnarial, dégommer les traités assassins, les traités européens et le TAFTA), vous sentez votre auditoire attentif, mais impuissant. Aussi est-il plus facile de s’en prendre à l’ « unanimisme démocratique ». « Il faut mettre des grains de sable partout », dites-vous, en donnant un exemple édifiant : « débouler dans la nuit des débats d’Anne Hidalgo ». La perspective est moins ambitieuse que celle de prendre La Défense à l’assaut des banques d’activités spéculatives. Des grains de sable, vous en voulez « partout », sauf à Nuit Debout.
Laissez-moi vous dire une ou deux choses concernant la « menace fasciste » qui terrorise les « antifas » des Enragés, et que vous redoutez de voir se propager place de la République. Il est signifiant, concernant cette question, que vous ayezactivement participé à la mise en place d’un « cordon sanitaire » à gauche, en compagnie notamment de Philippe Corcuff et de votre camarade du Monde Diplomatique Serge Halimi, visant à isoler Jean-Claude Michéa, qui critiquait pour sa part dans un entretien accordé à la Revue Ballast le 4 février 2015
« cet « antifascisme » abstrait et purement instrumental sous lequel, depuis 1984, la gauche moderne ne cesse de dissimuler sa conversion définitive au libéralisme. Bernard-Henri Lévy l’avait d’ailleurs reconnu lui-même lorsqu’il écrivait, à l’époque, que « le seul débat de notre temps [autrement dit, le seul qui puisse être encore médiatiquement autorisé] doit être celui du fascisme et de l’antifascisme ».
Il définissait par ailleurs dans cet entretien « le désastreux naufrage intellectuel de la gauche occidentale moderne » par
« son incapacité croissante à admettre que la liberté d’expression c’est d’abord et toujours, selon la formule deRosa Luxemburg, la liberté de celui qui pense autrement. »
Ce qui circonscrit une grande partie des problèmes que posent vos positions récentes. Écoutez donc ce qui est peut-être la meilleure leçon à tirer d’un ministre en terme de politique intérieure dans l’histoire récente du « socialisme » français :
« Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, et donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste, aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste ».
https://www.youtube.com/watch?v=xY3jUuFBWIM
Ces mots sont d’un homme qui est bien placé pour témoigner, puisqu’ils ont été prononcés par Lionel Jospin dans l’émission Répliques de ce cher Finkielkraut (encore lui, décidément), le 29 septembre 2007. Comme disait ma grand-mère (référence ô combien réactionnaire et fascisante) les vieilles recettes font les meilleures soupes, et la soupe socialiste « antifasciste » des années Hollande n’a rien à envier aux potages mitterrandiens. Vous qui vous êtes spécialisé dans le commentaire philosophique de la dimension politique du concept de souveraineté, vous devez certainement vous souvenir de cette leçon inspirée d’une devise du sénat romain, que soufflait Machiavel à l’oreille de son Prince (pas le chanteur, l’autre…) : divide et impera, divise et tu régneras.
« Nous ne sommes pas amis avec tout le monde et nous n’apportons pas la paix », déclarez-vous.
Soit, reste à savoir à qui vous voulez faire la guerre et avec qui vous voulez la mener. Si vous décidez de la mener contre les souverainistes qui refusent de plier au chantage du monopole moral de « la gauche », avec la clique de cette sorte  « d’antifascistes » qui vous soupçonnera toujours d’être un « social-chauviniste » à la solde d’une cinquième colonne néonazie, libre à vous. Libre à vous de vous acharner comme dans la tragédie de Shakespeare (dont nous fêtons le 400è anniversaire) Hamlet, à vous confronter à des fantômes. Mais ne vous étonnez pas de trouver, hors des mouvements sociaux, peu de soutien dans le peuple, qui se fiche de vos guerres de chapelle, et dont la réalité diverge des petits cénacles de profs et de retraités remplissant les chaises des conférences d’ATTAC et de des Amis du Monde Diplomatique (qui font par ailleurs un excellent travail pédagogique qu’il n’est pas ici question de remettre en question). Vous ne pouvez pas reprocher au peuple de refuser d’adopter les œillères de la mafia syndicale de gauche qui l’a si souvent trahi et qui le trahit encore quotidiennement de manière éhontée. Comment votre camarade François Ruffin, si bien informé, dont nous ne doutons pas de la bonne foi, peut-il voir dans une « jonction » avec ces organisations syndicales un aboutissement de la convergence des luttes de la Nuit Debout ?
voir cette courte vidéo : 

http://www.dailymotion.com/video/x45bpp5_la-demande-tres-particuliere-de-la-cgt-et-de-fo-au-gouvernement_news
Le dépassement du « clivage gauche droite » est consommé depuis des lustres du côté de l’oligarchie. Énormément de Français, pour qui ce clivage n’a plus de sens, sont prêts à s’engager dans les luttes concrètes que vous proposez contre les banques d’activité spéculative, le pouvoir actionnarial, les traités assassins, les traités européens et le TAFTA. Ne gâchez pas ce potentiel par goût de l’entre-soi, pour le simple confort de conserver cette « remarquable homogénéité sociologique » que vous dénonciez avec justesse dans les manifestations de soutien à Charlie Hebdo.
L’idée la plus belle, la plus puissante et la plus intelligente qui ait émergé de la Nuit Debout, c’est celle d’une pratique vivante et permanente de la convergence des luttes. C’est elle qui fait peur à tous les esprits binaires, des « antifascistes » au Parti Socialiste, que l’idée de réconciliation véritable contrarie. Ne gâchez pas le potentiel de cette belle idée en vous trompant (volontairement ?) d’ennemi par facilité. Il est plus facile de légitimer le lynchage d’un homme seul avec sa femme depuis votre chaire, que d’aller occuper les vraies places du pouvoir. Vous pouvez me répondre qu’il n’est pas seul, qu’il a tous les médias (nous compris à en croire certains qui ne nous ont pas demandé notre avis…) derrière lui ; rien n’y fait, je ne marche pas. L’expulsion de Finkielkraut est un épiphénomène, et il n’y a pas de quoi vous en galvaniser. C’est une victoire ni pour lui ni pour vous. Elle piétine un peu plus les fondements de cette décence commune défendue par Orwell et Michéa qui suscite tant de sarcasmes de votre part, voilà tout.
Si vous voulez commencer à « vraiment embêter » les tenants de l’oligarchie, prônez une alliance de tous les souverainistes luttant pour le développement des conditions de possibilité d’une démocratie réelle et d’un retour à la souveraineté nationale. Vous verrez qu’effectivement, vous serez défini comme « rouge-brun », qu’effectivement, vous ne serez plus accueilli avec tant de mansuétude dans les studios de Radio France ou de France Télévisions, et quel’Express ne vous dira plus merci. Vous cherchez le signe qui vous dira que vous commencez vraiment à les embêter ? Tel sera ce signe. Tant que ce n’est pas le cas, ne vous étonnez pas que Monsieur Ruffin soit invité sur le plateau deLaurent Ruquier (en attendant ce jour, nous nous réjouissons que son discours puisse être médiatisé), et que la Nuit Debout fasse la Une de toute la grande presse capitaliste. Quand l’extrême gauche internationaliste et les éditocrates néolibéraux s’accorderont pour vous traiter de « fasciste », ce sera le signe qu’effectivement, vous commencez à inquiéter sérieusement « une ou deux personnes », comme vous en avez la légitime ambition. Mais cette vérité aura un prix Monsieur Lordon, et ce jour-là, ne vous étonnez pas de vous faire expulser manu militari des places publiques, avec autrement plus de violence qu’Alain Finkielkraut.
Dans l’espérance d’une convergence des luttes à venir assez judicieuse pour que ce qui nous unit demeure plus fort que ce qui nous divise,
Galil Agar.
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Pour aller plus loin :
Un excellent article de Frédéric Lordon lui-même, ironisant sur la chasse aux « conspirationnistes » (spécialité « antifasciste ») et sur le concept de complot : « Conspirationnisme : la paille et la poutre », 24 août 2012, La pompe à phynance, les blogs du « Diplo ».
Une synthèse assez drôle de cet article en images : https://www.youtube.com/watch?v=uJnAhGGdCjI
Tous les antifascistes ne sont pas à mettre dans le même panier ! Certains ont conscience que l’hystérie des membres les plus « zélés » de certaines de leurs branches desservent leur cause et servent le pouvoir en place, qu’ils entendent combattre. Avant de faire « la chasse aux infiltrations » dans toutes les strates de la société, ces antifascistes raisonnés balaient devant leur propre porte. Ils ont conscience que la mouvance antifasciste est elle-même noyautée par des agents provocateurs cherchant à les discréditer. Le CVIPMA, Comité de Vigilance contre les Infiltrations Policières dans le Mouvement Antifasciste, a longtemps effectué ce travail de manière remarquable. Le CVIPMA définit ainsi l’antifa légitime :
« L’antifa légitime est d’abord indépendant des idéologies et de leurs relais médiatiques. Il se méfie des abus de langage, des amalgames. Il combat le fascisme quand il se présente, et il combat les autres idéologies meurtrières et aliénantes pour ce qu’elles sont. Pas pour régler des comptes, pas pour servir l’ordre dominant à une époque donnée. C’est une posture critique et lucide, qui sait se garder des slogans et mythes de ceux qui se réapproprient l’antifascisme. Afin que ce combat ne dérive pas vers des objectifs de reproduction de l’ordre dominant, ni ceux de le réémergence d’idéologies aussi meurtrières qui appartiennent au passé. Ses principaux ennemis sont d’abord les faux antifas. Parce que le fascisme ne peut être combattu si on les laisse dénaturer cette cause. »
Deux articles très critiques sur les débouchés de la Nuit Debout d’Eric Verhaeghe, sur le site d’inspiration libérale Contrepoints.org :  « La nuit debout n’aime toujours pas les prolos », « Congrès de la CGT, Nuit Debout : la culture de la contestation sociale ».
Sur la Gauche et le protectionnisme en France : François Ruffin, Leur grande trouillejournal intime de mes « pulsions protectionnistes », Les Liens qui Libèrent, 2011.
Sur la souveraineté et la démocratie : Frédéric Lordon, La Malfaçon : monnaie européenne et souveraineté démocratique, Paris, Les liens qui libèrent,‎ 2014.
Sur le scepticisme exprimé par Lordon vis-à-vis du concept de « Common decency » de George Orwell réhabilité par Michéa : « Misère de la décence ordinaire ? », par Florian Gulli, mouvements.info.
Une critique sévère d’Imperium, l’un des derniers ouvrages de Lordon, par Philippe Corcuff, « libertaire » également critique envers Michéa, accusant Lordon de « confusionnisme » : « En finir avec le « Lordon roi ? » Les intellos et la démocratie », rue89.nouvelobs.com.
Autre critique très sévère d’Imperium : « Lordon ou le symptôme de la dégénérescence de la pensée critique », par René Berthier, militant du groupe Gaston Leval de la Fédération Anarchiste.

De l'exclusion : réponse à Frédéric Lordon


par Jean Bricmont 
source : https://francais.rt.com/opinions/19941-de-exclusion-reponse-frederic-lordon

© Elliott VERDIERSource: AFP
L’essayiste belge Jean Bricmont, s'interroge sur le mouvement Nuit Debout et les propos de Frédéric Lordon qui a justifié l'expulsion d'Alain Finkielkraut par les organisateurs du mouvement.

En général, j'aime bien les travaux de François Ruffin, de Frédéric Lordon, le journal Fakir et le film Merci Patron. Je connais moins le mouvement Nuit Debout, mais il a au moins le mérite d'exister. On peut le traiter de «bobo» si on veut, mais il vaut mieux que les gens se rassemblent et discutent plutôt que de rester isolés derrière leur ordinateur.
Mais apprécier un mouvement ne veut pas dire s'abstenir de toute critique. Les propos, volontairement provocateurs, de Frédéric Lordon lors d'une assemblée générale organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail le 20 avril 2016 ont suscité les cris d'orfraie des bien pensants.
Le problème dans le cas de Finkielkraut est que la place de la République, même «occupée» par Nuit Debout, reste un lieu public et Finkielkraut a le droit de s'y rendre, tout autant que Marine Le Pen ou son père d'ailleurs
En effet, dans son discours, Frédéric Lordon a justifié l'expulsion de la Place de la République de l'intellectuel Alain Finkielkraut, survenue quelques jours plus tôt, et qui avait déchaîné l'indignation des «chefferies médiatiques»  comme les appelle Lordon. L'argument de Lordon est qu'un mouvement social n'est pas là pour débattre avec tout le monde, sans jamais prendre de position.
En principe il a raison. Le problème dans le cas de Finkielkraut est que la place de la République, même «occupée» par Nuit Debout, reste un lieu public et Finkielkraut a le droit de s'y rendre, tout autant que Marine Le Pen ou son père d'ailleurs. Son expulsion est par conséquent illégale. Un mouvement social peut décider qu'il est nécessaire de violer la loi, mais, si on le fait, il faut réfléchir aux conséquences en termes tactiques et non pas raisonner uniquement au niveau «des principes».
Dans le cas de Finkielkraut, il était évident que son expulsion («épuration» comme il dit) allait provoquer une tempête médiatique contre le mouvement Nuit Debout. Il aurait été bien plus efficace tactiquement de lui demander de venir expliquer de façon contradictoire le traitement infligé par son cher Etat d'Israël aux Palestiniens ou en quoi un voile qui est porté par des millions de femmes dans le monde et l'a été dans le temps même en France, y compris par des femmes chrétiennes et juives, pose un tel problème à la «République».
Mais cela aurait supposé un degré de discipline auto-imposée qui est totalement irréalisable dans le cadre d'un mouvement spontané comme Nuit Debout au sein duquel Finkielkraut suscite une haine aussi profonde que compréhensible.
Plutôt que de justifier son expulsion il aurait mieux valu la considérer comme erreur tactique, regrettable mais inévitable.
Il est paradoxal de s'inquiéter d'accusations possibles de «rouge-brunisme» de la part de ces médias que l'on méprise par ailleurs (à juste titre) et en particulier lorsqu'ils accusent le mouvement d'intolérance dans l'affaire Finkielkraut
Mais il y a un  problème bien plus sérieux dans ce que propose Frédéric Lordon, et qui n'a évidemment pas attiré l'attention des médias : c'est lorsqu'il parle de  la «chasse aux infiltrations» dans Nuit Debout faite «méthodiquement» par  le «service Accueil et Sérénité». Il souligne que «les médias seraient les premiers à nous faire le procès de devenir rouge-brun» si cette chasse n'était pas faite.
Tout d'abord, il est paradoxal de s'inquiéter d'accusations possibles de «rouge-brunisme» de la part de ces médias que l'on méprise par ailleurs (à juste titre) et en particulier lorsqu'ils accusent le mouvement d'intolérance dans l'affaire Finkielkraut. Pourquoi faudrait-il subitement obéir à leurs injonctions lorsqu'il s'agit de faire la chasse aux rouges-bruns ?
C'est l'exemple typique de la révolution qui dévore ses enfants, sauf qu'ici il n'y a pas de révolution
Ensuite, de quelle chasse parle-t-on au juste ? Les vraies infiltrations dans les mouvements politiques ne sont pas faites par les gens qui en sont des critiques explicites (par exemple, les militants d'Egalité et Réconciliation par rapport à Nuit Debout) mais par ceux qui proclament en être les plus ardents défenseurs. Les mouvements de résistance n'ont évidemment jamais été infiltrés par des gens qui se réclamaient du fascisme mais bien de l'antifascisme.
Ce qui nous amène à la question de savoir qui est exclu aujourd'hui des mouvements populaires et ce que veut dire aujourd'hui l'antifascisme. Etienne Chouard, défenseur du tirage au sort, a dit qu'il n'irait pas à Nuit Debout pour éviter d'y être attaqué pas les «antifas». Sylvain Baron, militant souverainiste, lui, y a été et a été attaqué à plusieurs reprises par les mêmes.
Ce qui se passe est une forme subtile de maccarthisme, mais au lieu d’attaquer tout ce qui est suspect de communisme, on attaque tout ce qui est suspect de fascisme ou d’antisémitisme
Plus généralement, on ne compte plus les conférences supprimées, les invités désinvités à la dernière minute et même les attaques physiques dues à la «lutte contre le fascisme». Des sites internet sont consacrés à cette lutte imaginaire et à la diffamation de tous les militants souverainistes, pacifistes ou anti-impérialistes (comme par exemple le Belge Michel Collon). La papesse de l'antifascisme, Ornella Guyet, va même dans son délire de pureté idéologique jusqu'à reprocher à Lordon et à Ruffin de ne pas faire assez le ménage autour d'eux.
C'est l'exemple typique de la révolution qui dévore ses enfants, sauf qu'ici il n'y a pas de révolution. Ce qui se passe est une forme subtile de maccarthisme, mais au lieu d’attaquer tout ce qui est suspect de communisme, on attaque tout ce qui est suspect de fascisme ou d’antisémitisme ; du coup, une partie de la gauche, qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez, applaudit et participe à cette chasse aux sorcières.
Une fois que l’on prend conscience du fait que le problème principal n’est pas l’infiltration du mouvement social par des «fascistes» mais bien l’utilisation de l’accusation de fascisme ou d’être d’extrême-droite 
Je ne reproche pas à Lordon et à Ruffin de tomber dans ce travers, dont ils sont parfois eux-mêmes victimes, mais les propos de Lordon cités ci-dessus suggèrent que sa façon de réagir n’est pas optimale. Une fois que l’on prend conscience du fait que le problème principal n’est pas l’infiltration du mouvement social par des «fascistes» (phénomène qui existe peut-être mais est très marginal) mais bien l’utilisation de l’accusation de fascisme ou d’être d’extrême-droite par des gens qui ne se soucient nullement de fournir des preuves de ce qu’ils avancent, ni de débattre de façon contradictoire avec leurs adversaires, et dont les motivations profondes sont pour le moins obscures, il faudrait accepter trois règles avant d’exclure des gens de mouvement sociaux actuels ou futurs au nom de la «lutte contre le fascisme» :
-que les accusations soient bien définies (le souverainisme est-il fasciste ? De Gaulle ou le PCF de son époque étaient-ils fascistes ?).
-qu’elles soient fondées sur des écrits et pas des on-dits ou des ragots.
-que les individus accusés puissent se défendre (par exemple, en replaçant leurs propos dans leur contexte).
Oublier ces règles élémentaires, qui ne sont jamais que celles d’une justice équitable, c’est ouvrir toutes grandes les portes à l’auto-destruction du mouvement par les vrais «infiltrés», à savoir des gens qui sèment la division en poussant chacun à accuser son voisin de manquer de pureté idéologique ou de vigilance politique. Il est d’ailleurs piquant de voir qu’une gauche soi-disant anarchiste, qui professe un anticommunisme virulent, reproduit dans sa pratique les pires travers du stalinisme.
L’attaque contre Livingstone ainsi que les attaques répétées contre un soi-disant antisémitisme qui sévirait dans le parti travailliste a évidemment pour but de renverser Corbyn
Pour se convaincre de la gravité du problème, il suffit de voir ce qui se passe outre-Manche : l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, un des principaux personnages de la gauche du parti travailliste a été exclu de son parti pour «antisémitisme», simplement parce qu’il a rappelé l’accord dit «de transfert» passé entre les Nazis et certains dirigeants sionistes en 1933 et qui visait à transférer des juifs allemands vers la Palestine. Que cet accord ait existé n’est pas contesté et on voit mal pourquoi rappeler une vérité historique serait antisémite. L’attaque contre Livingstone ainsi que les attaques répétées contre un soi-disant antisémitisme qui sévirait dans le parti travailliste a évidemment pour but de renverser Corbyn, le nouveau et populaire leader du parti, bien trop à gauche pour certains.
Si le mouvement Nuit Debout veut réussir, il devra s’adresser à des couches bien plus larges de la population que celles auxquelles il s’adresse aujourd’hui
Si la direction du parti travailliste commet une erreur, ce n’est pas de laisser des antisémites dans le parti mais plutôt de se laisser diviser et détruire de l’intérieur par des fausses accusations d’antisémitisme.
Par ailleurs, si le mouvement Nuit Debout veut réussir, il devra s’adresser à des couches bien plus larges de la population que celles auxquelles il s’adresse aujourd’hui, même si on y ajoute les syndicats et les «banlieues». Et pour cela, il faudra faire preuve d’un maximum d’ouverture d’esprit et d’aptitude au débat contradictoire, ce qui est l’exact opposé de l’esprit de chasse aux sorcières «antifasciste» qui empoisonne les mouvements actuels. Ce sont les semeurs de zizanie qui devraient être la cible principale de la «chasse aux infiltrations» chère à Frédéric Lordon.

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