vendredi 12 août 2022

« LES ÉTATS-UNIS VOIENT L'OTAN COMME UN ANTIDOTE À LEUR DÉCLIN » - CHRIS HEDGES

Source :  https://elucid.media/democratie/les-etats-unis-voient-l-otan-comme-un-antidote-a-leur-declin-chris-hedges/?mc_ts=crises

Le déploiement considérable de l'OTAN, non seulement en Europe centrale et orientale, mais aussi au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, laisse présager des conflits sans fin et un risque nucléaire toujours plus grand.

L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et l'industrie de l'armement qui en dépend pour ses milliards de bénéfices, représentent l'une des alliances militaires les plus agressives et les plus dangereuses de la planète. Créée en 1949 pour contrecarrer l'implantation soviétique en Europe centrale et orientale, elle s'est transformée en une machine de guerre mondiale en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Afrique et en Asie.

L'OTAN a étendu son empriseen incorporant 14 pays d'Europe centrale et orientale dans l'alliance, et ce faisant, a violé les promesses faites à Moscou une fois la Guerre froide terminée. Elle ajoutera bientôt la Finlande et la Suède qui étaient restées neutres depuis des décennies. Elle a bombardé la Bosnie, la Serbie et le Kosovo. Elle a lancé des guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Libye, faisant près d'un million de morts et chassant quelque 38 millions de personnes de chez elles. Elle est en train de construire une présence militaire en Afrique et en Asie. Elle a invité l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud, les « Quatre de l'Asie-Pacifique », à son récent sommet de Madrid fin juin. Elle a étendu son champ d'action à l'hémisphère sud, en signant en décembre 2021, avec la Colombie, un accord de partenariat à des fins de formation militaire.

Elle a soutenu la Turquie, qui possède la deuxième plus grande armée de l'OTAN et qui a illégalement envahi et occupé des régions de la Syrie et de l'Irak. Les milices soutenues par la Turquie se livrent au nettoyage ethnique des Kurdes syriens et d'autres habitants du nord et de l'est de la Syrie. L'armée turque a été accusée de crimes de guerre  notamment de multiples frappes aériennes contre un camp de réfugiés et l'utilisation d'armes chimiques  dans le nord de l'Irak. En échange de l'autorisation du président Recep Tayyip Erdoğan quant à l'intégration de la Finlande et de la Suède dans l'OTAN, les deux pays nordiques ont accepté d'élargir leurs lois nationales sur le terrorisme (ce qui facilitera la répression des militants kurdes et autres), de lever leurs restrictions sur la vente d'armes à la Turquie et de refuser tout soutien au mouvement d'autonomie démocratique dirigé par les Kurdes en Syrie.

Quel bilan pour une alliance militaire qui, avec l'effondrement de l'Union soviétique, est devenue obsolète et aurait dû être démantelée ! Mais l'OTAN et les militaristes n'ont aucunement eu l'intention de profiter des « dividendes de la paix », de faire émerger un monde qui reposerait sur la diplomatie, le respect des sphères d'influence et la coopération mutuelle. Dans son rapport OTAN 2030 : Unis pour une nouvelle ère, l'organisation détaille son avenir, décrit comme une course à l'hégémonie avec des États rivaux, en particulier la Chine, et appelle par conséquent à se tenir prêt face à un conflit mondial de longue durée« Le programme stratégique de la Chine se mondialise de plus en plus, grâce à son poids économique et militaire », prévient le rapport :

« [La Chine] a démontré sa capacité à recourir à la force contre ses voisins, ainsi qu'à la coercition économique et à une diplomatie intimidatrice, bien au-delà de la région indo-pacifique. Au cours de la prochaine décennie, il est fort probable que la Chine mette aussi au défi la capacité de l'OTAN à renforcer la résilience collective, à sauvegarder les infrastructures critiques, à faire face aux technologies nouvelles et émergentes comme la 5G et à protéger les secteurs sensibles de l'économie, notamment les chaînes d'approvisionnement. À plus long terme, il est de plus en plus probable que la Chine déploie sa puissance militaire à l'échelle mondiale, y compris éventuellement dans la zone euro-atlantique. »

L'alliance s'est éloignée de la stratégie à l’œuvre lors de la Guerre froide, qui consistait à s'assurer que Washington était plus proche de Moscou et de Pékin que Moscou et Pékin ne l'étaient l'un de l'autre. L'antagonisme des États-Unis et de l'OTAN a fait de la Russie et de la Chine des alliés proches. La Russie, riche en ressources naturelles, notamment en énergie, en minéraux et en céréales, et la Chine, mastodonte industriel et technologique, forment une puissante entité. L'OTAN ne fait plus de distinction entre les deux, annonçant récemment que le « partenariat stratégique croissant » entre la Russie et la Chine a donné lieu à « des efforts qui se renforcent réciproquement pour saper l'ordre international fondé sur des règles et qui vont à l'encontre de nos valeurs et de nos intérêts ».

Together We Are Wrong - @Mr.Fish

Le 6 juillet, Christopher Wray, directeur du FBI, et Ken McCallum, directeur général du MI5 britannique, ont tenu une conférence de presse conjointe à Londres pour annoncer que la Chine était « la plus grande menace à long terme pour notre sécurité économique et nationale ». Ils ont accusé la Chine, tout autant que la Russie, de s'être rendues coupables d'ingérence dans les élections américaines et britanniques. Wray a averti les chefs d'entreprise face à lui que le gouvernement chinois était « déterminé à vous voler votre technologie, tout ce qui fait le succès de votre activité, et à l'utiliser pour concurrencer votre compétitivité et contrôler votre marché »Cette rhétorique belliqueuse présage un avenir sombre et inquiétant.

On ne peut pas parler de guerre sans parler de marchés. L'agitation politique et sociale aux États-Unis, associée à la diminution de la puissance économique du pays, a conduit les Américains à considérer l'OTAN et sa machine de guerre comme un antidote à leur déclin.

Washington et ses alliés européens sont terrifiés par l'initiative "Belt and Road" (BRI - Nouvelle route de la soie) de la Chine, d'un montant de mille milliards de dollars, qui consiste à relier un bloc économique d'environ 70 nations échappant au contrôle des États-Unis. L'initiative prévoit la construction de lignes ferroviaires, de routes et de gazoducs qui seront rattachés à la Russie. D'ici 2027, Pékin devrait consacrer 1 300 milliards de dollars à cette Nouvelle Route de la Soie. La Chine, qui est en passe de devenir la première économie mondiale dans la décennie, a lancé un Partenariat Économique Régional Global (Regional Comprehensive Economic Partnership), soit le plus grand accord commercial au monde, qui regroupe 15 nations d'Asie de l'Est et du Pacifique représentant 30 % du commerce mondial. À elle seule, la Chine représente déjà 28,7 % de la production industrielle mondiale, soit près du double des 16,8 % des États-Unis.

L'année dernière, le taux de croissance de la Chine a atteint le chiffre impressionnant de 8,1 %bien qu'il soit descendu à 5 % cette année. En comparaison, le taux de croissance des États-Unis en 2021 était de 5,7 % - son plus haut niveau depuis 1984 - mais la Réserve fédérale de New York prévoit un passage sous la barre des 1 % cette année.

Si la Chine, la Russie, l'Iran, l'Inde et d'autres nations se libèrent tôt ou tard du dollar américain - en tant que monnaie de réserve mondiale - et de la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT) , cela déclenchera une chute spectaculaire de la valeur du dollar et un effondrement financier aux États-Unis. Les immenses dépenses militaires, qui ont porté la dette américaine à 30 000 milliards de dollars, soit 6 000 milliards de plus que le PIB total des États-Unis, deviendront intenables. Le remboursement de cette dette s'élève à 300 milliards de dollars par an. Nous avons dépensé plus pour l'armée en 2021 (801 milliards de dollars, soit 38 % du total des dépenses militaires mondiales), que les neuf pays qui suivent dans le classement, dont la Chine et la Russie, réunis. En perdant leur statut de monnaie de réserve mondiale, les États-Unis devront réduire leurs dépenses, fermer un grand nombre de leurs 800 bases militaires à l'étranger et faire face aux inévitables bouleversements sociaux et politiques provoqués par l'effondrement économique. Il est sombrement ironique que ce soit l'OTAN qui ait accéléré cette éventualité.

Aux yeux des stratèges de l'OTAN, la Russie est une puissance à contenir. L'OTAN a fourni plus de 8 milliards de dollars d'aide militaire à l'Ukraine, tandis que les États-Unis ont engagé près de 54 milliards de dollars en aide tant militaire qu'humanitaire. La Chine, cependant, reste l'ennemi principal. Incapables de rivaliser sur le plan économique, les États-Unis et l'OTAN se sont tournés vers le registre militaire pour paralyser leur concurrent mondial.

La même danse de mort se joue avec la Chine au sujet de Taïwan (que la Chine considère comme une partie du territoire chinois) et avec l'expansion de l'OTAN en Asie-Pacifique. La Chine fait voler des avions de chasse dans la zone de défense aérienne de Taïwan et les États-Unis envoient des navires de guerre dans le détroit de Taïwan (ou détroit de Formose), qui relie les mers de Chine méridionale et orientale. En mai dernier, le secrétaire d'État Antony Blinken a qualifié la Chine de plus grave défi à long terme posé à l'ordre international, citant les revendications de cette dernière sur Taïwan et ses efforts pour dominer la mer de Chine méridionale. La présidente taïwanaise a quant à elle récemment posé avec un lance-roquettes antichar sur une photo diffusée par le gouvernement.

Le conflit en Ukraine a en quelque sorte été une aubaine pour l'industrie de l'armement qui, compte tenu du retrait humiliant d'Afghanistan, était en manque de nouveaux conflits. Le cours des actions de Lockheed Martin a augmenté de 12 %. Northrop Grumman est en hausse de 20 %. La guerre permet à l'OTAN d'accroître sa présence militaire en Europe centrale et orientale. Les États-Unis sont en train de construire une base militaire permanente en Pologne. La force de réaction de l'OTAN, forte de 40 000 hommes, est en voie d'être portée à 300 000 hommes.

Le conflit avec la Russie, cependant, se retourne déjà contre cette dernièreLe rouble a atteint son plus haut niveau depuis sept ans par rapport au dollar. L'Europe est en passe de connaître une récession en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et de la fin des approvisionnements énergétiques venant de Russie. En raison des sanctions occidentales, la privation de blé, d'engrais, de gaz et de pétrole russes entraîne des turbulences sur les marchés mondiaux ainsi qu'une crise humanitaire en Afrique et au Moyen-Orient. La flambée des prix des denrées alimentaires et de l'énergie, ainsi que les pénuries et l'inflation paralysante, entraînent non seulement la misère et la famine, mais aussi des bouleversements sociaux et une instabilité politique. L'urgence climatique, seule véritable menace existentielle, est occultée au profit des dieux de la guerre.

Les fauteurs de guerre font preuve d'une effrayante désinvolture à l'égard de la menace nucléaire. Poutine a prévenu les pays de l'OTAN qu'ils « devront faire face à des conséquences bien plus importantes que tout ce qu'ils ont connu au cours de l'Histoire » s'ils interviennent directement en Ukraine, et a donné l'ordre de placer les forces nucléaires russes en état d'alerte renforcée. La proximité entre la Russie et les armes nucléaires américaines déployées en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie implique que tout conflit nucléaire anéantirait une grande partie de l'Europe. La Russie et les États-Unis contrôlent environ 90 % des ogives nucléaires du monde, avec environ 4 000 ogives chacun dans leurs stocks militaires, selon la Federation of American Scientists.

Le président Joe Biden a avertit que l'utilisation d'armes nucléaires en Ukraine serait « totalement inacceptable » et « entraînerait de graves conséquences », sans préciser lesquelles. C'est ce que les stratèges américains appellent « l'ambiguïté délibérée ».

L'armée américaine, après ses fiascos au Moyen-Orient, a délaissé la lutte contre le terrorisme et la guerre asymétrique pour se concentrer sur la confrontation avec la Chine et la Russie. En 2016, l'équipe de sécurité nationale du président Barack Obama a procédé à une simulation de guerre au cours de laquelle la Russie envahissait un pays balte membre de l'OTAN et utilisait une arme nucléaire tactique à faible rayon d'action contre l'alliance atlantique. Les responsables d'Obama étaient divisés quant à la façon de réagir.

« Le dénommé Comité principal du Conseil national de sécurité - comprenant des hauts fonctionnaires du Cabinet et des membres du Conseil d'état-major interarmées - a décrété que les États-Unis n'avaient d'autre choix que de riposter en ayant recours à des armes nucléaires », écrit Éric Schlosser dans The Atlantic :

« Selon le Comité, tout autre type de réponse montrerait un manque de détermination, nuirait à la crédibilité américaine et affaiblirait l'alliance de l'OTAN. Choisir une cible nucléaire appropriée s'est toutefois avéré difficile. Frapper la force d'invasion de la Russie tuerait des civils innocents dans un pays de l'OTAN. Frapper des cibles au sein du territoire de la Russie risquerait de faire dégénérer le conflit et de déclencher une guerre nucléaire totale. En fin de compte, le comité principal du NSC a recommandé une attaque nucléaire contre la Biélorussie, une nation qui n'avait joué aucun rôle dans l'invasion de l'allié de l'OTAN mais qui par malchance s'avérait être un allié malheureux de la Russie. »

Selon le New York Times, l'administration Biden a formé une équipe de choc composée de responsables de la sécurité nationale pour se livrer à des simulations de guerre afin de déterminer ce qu'il convient de faire si la Russie utilise une arme nucléaire. La menace de guerre nucléaire est minimisée dans les discussions par l'utilisation de la dénomination d' « armes nucléaires tactiques », comme si, en quelque sorte, des explosions nucléaires moins puissantes pouvaient être plus acceptables et ne conduiraient pas à l'emploi de plus grosses bombes.

À aucun moment, y compris lors de la crise des missiles cubains, nous n'avons été aussi proches du gouffre de la guerre nucléaire. « Une des simulations qui a été envisagée par des experts de l'université de Princeton commence par un tir d'avertissement nucléaire de Moscou ; l'OTAN répond par une frappe de petite ampleur, et la guerre qui s'ensuit fait plus de 90 millions de victimes au cours de ses toutes premières heures », rapporte le New York Times.

Plus la guerre en Ukraine se prolonge — et les États-Unis et l'OTAN semblent déterminés à injecter des milliards de dollars d'armes dans le conflit pendant des mois, voire des années — plus l'impensable devient pensable. Flirter avec l'Armageddon pour enrichir l'industrie de l'armement et mener à bien la quête futile de reconquête de l'hégémonie mondiale des États-Unis est au mieux extrêmement imprudent et au pire complètement démentiel.

Texte traduit et reproduit avec l'autorisation de Chris Hedges
Source : Scheerpost - 11/07/2022

jeudi 11 août 2022

Et la Baltique devint un lac de l'OTAN... 10 Août 2022

Source : https://www.chroniquesdugrandjeu.com/2022/08/et-la-baltique-devint-un-lac-de-l-otan.html


 

S'il avait encore toute sa tête, Joe Biden pourrait crier victoire. Dans sa lutte habituellement perdante contre le Heartland russe, l'empire thalassocratique vient néanmoins de remporter une importante victoire avec l'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'OTAN. Un cadeau inespéré, conséquence de l'erratique intervention russe en Ukraine.

En signant le protocole d'adhésion des deux pays à l'organisation atlantique, tonton Sam parachève une lutte à multiple rebondissements de plusieurs décennies pour le contrôle de la Baltique. Si, ne serait-ce qu'il y a quelques années, on avait dit aux stratèges américains qu'ils pourraient l'appeler Mare Nostrum, ils ne l'auraient sans doute jamais cru.

Qu'il est loin le temps où l'OTAN ne trempait que le bout de l'orteil dans la froide mer tandis que Moscou, principalement par le biais de ses satellites, contrôlait une bonne moitié de ses rives, laissant le reste aux placides et neutres Scandinaves...

Une situation qui inquiétait tellement les Américains qu'ils y ont organisé l'une des plus grandes opérations d'intoxication de la Guerre froide. Profitant de l'échouage accidentel d'un sous-marin soviétique sur les côtes suédoises en 1981, Washington organisa le "syndrome du périscope" : une décennie durant, des dizaines d'incursions de submersibles US ou british furent faussement attribuées aux Russes, avec la complicité de l'état-major suédois.

Une manière d'obtenir des crédits supplémentaires pour la marine, de faire pression sur les gouvernements jugés trop mous dans le combat anti-communiste - en 1986, le Premier ministre Olof Palme est d'ailleurs mystérieusement assassiné - et d'hystériser la société suédoise contre le "péril russe".

La chasse aux sous-marins rouges passionna foules et médias et devint une activité à plein temps. On scrutait les flots, cherchant à la jumelle tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à un périscope. Les Américains avaient inventé le false flag déguisé en chasse au trésor...

Même la presse suisse de l'époque sauta à pieds joints : « Y a-t-il eu, au passif d’Olof Palme, ce que les Américains appellent une mollesse sur le communisme? Trois dossiers sont en cause. Le premier porte sur la guerre du Vietnam, au cours de laquelle il montra une extraordinaire hostilité à l’entreprise américaine. Rétrospectivement on dira: un extraordinaire aveuglement au poison totalitaire, qui mitonnait dans les cuisines de Hanoï. Olof Palme montra là les limites d’un regard purement moral sur le politique. Le second dossier est celui du désarmement en Europe. Autour de la commission qui porte son nom, tournent nombre de projets de dénucléarisation et de démilitarisation. Quels que soient leurs mérites, ces projets, par aversion de la dissuasion nucléaire, font la part trop belle à la partie soviétique.

Mais c’est sur le dossier des sous-marins soviétiques que la politique d’Olof Palme était la plus hasardeuse. L’apparition provocante et répétée de ces sous-marins dans les eaux territoriales suédoises, au cours des dernières années, pose un problème très délicat à une petite nation. Au cours des mois récents, Palme, à l’indignation de ses militaires et ses marins, avait donné l’impression de vouloir minimiser cette grave affaire. »

Notons en passant que le célèbre auteur de romans policiers Henning Mankell, créateur de l'inspecteur Wallander, a mijoté un polar autour du sujet (L'homme inquiet). Une œuvre de fiction, certes, mais qui ressemble bougrement à la réalité.

Plus près de nous, la Baltique revenait régulièrement comme l'un des principaux points chauds du bras de fer américano-russe et nos Chroniques ont relayé à plusieurs reprises les provocations diverses et variées, survols sauvages ou manœuvres navales sino-russes. Avec en toile de fond, évidemment, la diva de métal, la Grace Kelly des pipelines :

Le Nord Stream II n'arrête plus de fasciner le monde et les amateurs de thriller en particulier. On croyait avoir tout vu : drone sous-marin bourré d'explosifs, batailles juridiques homériques, farces empoisonnées à répétition (2018 et 2020), fondations écologico-gazières (!) qui s'en mêlent, déchirement de l'OTAN, atomisation de la classe politique allemande, sanctions d'un tel byzantinisme que même leur promoteur commence à s'y perdre, exercices navals menaçants, permis maritimes fantômes...

Mais la tragi-comédie baltique ne s'arrête jamais et nous avons assisté à une nouvelle péripétie digne d'un opéra bouffe. Varsovie vient en effet de piquer une crise de nerfs et a lancé une enquête sur deux bateaux allemands participant aux travaux. Détail absolument croustillant et qui ravira les amateurs de vaudeville, ces bâtiments sont enregistrés... en Pologne !

Inutile de dire que tout ceci appartiendra bientôt, si ce n'est déjà fait, à un âge d'or révolu. Les gazoducs russes vers l'Europe résistaient à la croisade des énergies décarbonées tant que les relations étaient correctes. La rupture profonde, durable qui s'annonce va vraisemblablement à terme sonner le glas des flux entre le Heartland et le Rimland européen.

Si le Nord Stream II ouvrait ne serait-ce que temporairement, il serait maintenant entouré d'adversaires, avec les possibilités accrues de sabotage que cela implique (cf. l'épisode des drones sous-marins). Quant à un éventuel Nord Stream III dont certains commençaient à parler, il n'en sera évidemment jamais plus question.

Autre conséquence géographique catastrophique pour Moscou, l'entrée de la Finlande dans l'OTAN fera passer la frontière otano-russe de 500 km à 1 850 km. Jusqu'ici, seuls deux des trois pays baltes avaient une interface commune, ce qui limitait fortement le front potentiel :

Désormais, c'est open bar :

Avec en prime la menace potentielle sur le goulot menant à Mourmansk, que nous avions évoqué il y a quelques mois :

Malgré sa taille considérable, malgré le manque de défenses naturelles, la Russie a au moins une chance, celle d'être généralement d'un seul tenant. Il existe cependant trois exceptions, trois goulets d'étranglements :

Le premier, face à la Finlande, débouche sur la Carélie, Mourmansk et l'océan Arctique. Le deuxième, entre l'Ukraine (tiens tiens...) et le Kazakhstan, mène à Sochi, devenue quasiment la nouvelle capitale diplomatique russe, puis au Caucase et, depuis 2014, à la Crimée via le pont de Kertch. A l'autre bout du pays, le troisième conduit à l'extrême-orient "utile" du pays et à la mer du Japon.

Cette carte vue du ciel est peut-être plus parlante encore, où l'on voit que les trois pattes de l'ours pourraient être, en théorie, facilement ligotées :

Pour ne rien arranger, les trois boyaux en question contrôlent également l'accès aux trois grands ports (Mourmansk, Sébastopol, Vladivostok) de la flotte russe, dont on sait à quel point la fameuse "tentation des mers chaudes", et même de la mer tout court, a été une obsession stratégique tout au long de l'histoire...

Aussi ne sera-t-on pas surpris de constater que ces trois zones ont toujours été au centre de toutes les préoccupations russes : guerre soviéto-finlandaise de 1939-1940 pour la première et affrontements sino-soviétiques sur le fleuve Amour dans les années 1960 pour la troisième. Avec la "finlandisation" (dont le terme est d'ailleurs entré dans le vocabulaire courant), c'est-à-dire la neutralité de la Finlande, d'une part et le grand rapprochement entre Moscou et Pékin d'autre part, la situation a finalement été réglée sur ces fronts.

Un point névralgique sur lequel l'OTAN aura désormais une vue imprenable.

A court terme, l'adhésion de la Finlande ne devrait rien changer mais c'est évidemment à long terme qu'il convient d'analyser les choses, particulièrement quand on connaît l'entrisme otanien. Hop, je pose une base ici... j'attends quelques années... tiens, un bouclier anti-missiles...

C'est indéniablement le plus grand revers stratégique de Vladimirovitch depuis qu'il a pris les rênes du pouvoir russe en 1999. Les choses auraient-elles pu prendre une autre tournure à partir du moment où le Kremlin était décidé à intervenir en Ukraine ? Oui, si la guerre avait été bien menée.

La chronologie ne ment pas ; c'est après et seulement après que les Russes ont commencé à pédaler dans la semoule ukrainienne (avril) que Stockholm et Helsinki ont fait acte de candidature (mai). Auparavant, tant que l'ours menait rondement les opérations, les précautionneux Scandinaves s'étaient bien gardé d'émettre le moindre souhait. Ils avaient visiblement appris leurs classiques...

Vir prudens non contra ventum mingit

RapSit-USA2022 : Le tournant de la haine

 Aujourd’hui, le principal facteur psychologique de la crise aigu et pathologique de l’américanisme poussée à son extrême par les démocrates-Woke, – dirions-nous ‘démoWoke’, ou le Woke transformant les démocrates en démiurge-postmoderne du démon ? – c’est la haine. Le raid du FBI montrerait alors que la “haine de Trump” l’a emporté sur la “haine de Poutine”, – décisivement par rapport au rendez-vous eschatologique des élections de novembre 2022. Ukrisis aurait alors conduit, par la tension qu’elle expose, à l’identité de la crise finale de la séquence novembre-2022.

Comment est interprété le raid du FBI contre Trump, procédure extraordinaire de la dynamique de ‘weaponization’ de la vie politique US (‘militarisation’ ou ‘violentisation’ de tous les aspects des activités civiles qui ne devraient être que de compromis pacificateurs) ? Du côté conservateur et populiste-indépendant, – plutôt que “du côté républicain” per se où une faction reste antiTrump, – les réactions sont extrêmes, comme celle de Mark Levin, vedette de FoxNews.

« C’est la pire attaque contre cette République dans l'histoire moderne. Point final... Et ce n'est pas seulement une attaque contre Donald Trump. C'est une attaque contre tous ceux qui le soutiennent. C'est une attaque contre toute personne qui ose soulever des questions sérieuses sur Washington, D.C., et l’Establishment des deux partis. Je n'ai pas entendu une seule chose de la direction républicaine du Sénat ! Et vous ? Pas un seul de ces gars n'a fait de déclaration. Parce qu'ils sont faibles. Voilà pourquoi. »

D’une façon générale, cette intervention pour le moins “musclée” du FBI est absolument sans précédent, pour le cas d’un ancien président sans aucun doute, et pour des questions qui semblent assez secondaires puisqu’il s’agirait au pire de récupérer des documents dits ‘classidied’ (vaste domaine pour qui connaît l’obsession du “secret” fe la bureaucratie US) pour les déposer dans les Archives Nationales, – donc semble-t-il, sans connexion ni avec des événements récents, ni avec des cas d’extrême gravité.

(Les acharnés absolument irrésistibles du complot fasciste, qu’on trouve chez ‘WSWS.org’, y voient au contraire une dissimulation des véritables documents à trouver, donc une dissimulation par l’administration Biden, – qui se lave les mains du raid-FBI en refusant de le commenter, – pour réaliser un ‘cover-up’ de la tentative de coup d’État de Trump ; donc Biden protégeant Trump... Chacun son truc.)

Si l’on ajoute le détail charmant que le FBI agissait sur l’équivalent d’une “commission rogatoire” d’un juge qui fut pendant de longues années l’avocat de Jeffrey Epstein, on peut goûter la composition épicée de la marmelade qui nous est proposée (disons “marmelade” comme équivalent très approximatif du nom du plat mexicain ‘Enchilada’ très épicé, est utilisé symboliquement plus que gasroniquement pour désigner cet épisode kafkaien et complotiste).

L’intervention du FBI a, d’une façon générale, aussitôt été interprétée à partir d’un article de loi (dite Section 2071) comme un moyen “légal” d’empêcher Trump de se représenter en 2024. Le constitutionnaliste Jonathan Turley, souvent apprécié comme le meilleur spécialiste du domaine aux États-Unis, souvent consulté par le Congrès, qui est de tendance démocrate et progressiste modéré c’est-à-dire certainement pas du côté de Trump, fait litière de cet argument après avoir étudié attentivement les significations labyrinthiques de l’article de loi cité. Dans son langage châtié et mesuré habituel, Turley laisse voir le jugement extrêmement négatif qu’il porte, notamment sur le comportement du FBI :

« Il y a [donc] de bonnes raisons de douter que la candidature à la présidence soit considérée comme interdite par la loi de cette manière. Ce qui ne fait aucun doute, c'est la façon dont cette nouvelle demande de disqualification serait reçue par des millions de citoyens déjà sceptiques quant aux motivations de l'administration Biden et plus particulièrement du FBI.

» Le fondement et même la motivation de cette descente de police apparaîtront clairement avec le temps, notamment s'il existe des preuves d'une conduite délibérée et illégale de l'ancien président. Cependant, quel que soit le résultat de ce raid, cette “marmelade” sera probablement difficile à avaler pour la plupart des juges comme moyen d'empêcher Trump d'être élu en 2024. »

On ajoutera pour donner une bonne mesure de la tension autour de Trump soudainement réactivée aux USA cet événement venu, mardi, ajouter à la confusion et à la polarisation. Il y a aussitôt, à cette occasion, l’observation par le journaliste Nick Arama, de ‘RedState.com’, que le FBI est « sauvagement hors de tout contrôle », sous l’apprentissage d’un parti démocrate qui a appris, ces dix dernières années, à s’affranchir des us & coutumes accompagnant le régime judiciaire de cette sorte d’affaires aux USA, prévoyant une certaine prudence respectueuse dans les actes d’enquête et de justice vis-à-vis des hommes politiques exerçant ou ayant exercé des fonctions électives. Arama rapporte l’aventure d’un député républicain de la fraction pro-Trump :

« Le représentant Scott Perry (R-PA), un proche allié de Trump et chef du groupe conservateur House Freedom Caucus, a déclaré que le FBI avait saisi son téléphone portable.

» “Ce matin, alors que je voyageais avec ma famille, 3 agents du FBI m’ont rendu visite et ont saisi mon téléphone portable. Ils n’ont pas essayé de contacter mon avocat, qui aurait pris des dispositions pour qu’ils puissent avoir mon téléphone si tel était leur souhait. Je suis outré, – mais pas surpris, – que le FBI, sous la direction du DOJ de Merrick Garland, saisisse le téléphone d’un membre du Congrès en exercice. Mon téléphone contient des informations sur mes activités législatives et politiques, ainsi que des discussions personnelles/privées avec ma femme, ma famille, mes électeurs et mes amis. Rien de tout cela ne concerne le gouvernement."

» Perry a affirmé dans sa déclaration que “comme avec le président Trump hier soir, le DOJ a choisi cette action inutile et agressive au lieu de simplement contacter mes avocats. Ce genre de tactiques de république bananière devrait inquiéter chaque citoyen, – surtout si l'on considère la décision prise devant le Congrès cette semaine d'engager 87 000 nouveaux agents de l'IRS pour persécuter davantage les citoyens respectueux de la loi”. »

Le raid du FBI a été dénoncé effectivement par de nombreux parlementaires républicains de la Chambre, très peu par des sénateurs, ce qui a parfaitement mis en lumière la coupure existant au sein du parti républicain entre les mandarins, les sénateurs beaucoup plus proches de l’establishment et donc anti-Trump, et les députés beaucoup plus proches de leurs électeurs et donc attirés vers le populisme. Pour le coup, il est manifeste que l’affaire profite aux seconds et dessert les premiers, en grandissant l’image de Trump comme martyr et cible du Système, et en renforçant encore l’image des sénateurs républicains comme marionnettes du Système. On observera également que l’événement arrive à point pour relever une dynamique de la popularité de Trump plutôt stagnante, et la relançant auprès de son électorat habituel.

Last but not least’ : Trump a reçu le soutien complet du gouverneur Ron DeSantis, qui laisse entrevoir en privé certaines occurrences où il pourrait désormais entraver de telles actions fédérales dans son État. Ce soutien de DeSantis a d’autre part mis en évidence les étranges risques et contradictions d’une action manipulée par les démocrates pour avoir la peau de Trump pour 2024... C’est-à-dire : serait-ce tellement un avantage pour eux, qui manquent désespérément de personnalités d’envergure pour 2024 (à moins qu’un Biden en chaise roulante fasse l’affaire pour un second mandat) ? Il est alors question de DeSantis bien entendu, comme l’explique l’analyste Jerry Wilson, aussi de ‘RedState.com’ :

« Il est ironique que les démocrates s’efforcent tant d’empêcher Trump de briguer un poste politique à l'avenir. S’ils parviennent à bloquer Trump, ils positionneront immédiatement Ron DeSantis pour les défier en 2024. DeSantis est un ennemi plus redoutable que Trump pour leurs plans. DeSantis a un dossier sur lequel il peut se présenter. La Floride a survécu au COVID en s'ouvrant tôt, s'en sortant bien mieux que tous les autres États qui ont tout fermé. DeSantis dirige par l'action, en soutenant ses paroles avec, par exemple, des décisions directes contre les enseignants guidés par leur programme sur plusieurs fronts, qu'il s'agisse de [toutes les fariboles du wokenisme]. DeSantis joint le geste à la parole.

» Il y a des différences évidentes. DeSantis est loin d'être copie conforme de Trump. Cependant, il est issu du même milieu, dont les porteurs sont facilement identifiables par le fait qu’ils ne se contentent pas d’avertissements sans suite et ne font pas de quartier. DeSantis travaille avec des gens qui partagent les mêmes idées. Imaginez une conférence de presse des correspondants de la Maison Blanche dirigée par Christina Pushaw [l’actuelle porte-parole de DeSantis]. À la fin de la conférence, tous les “journalistes” présents feraient une standing ovation en l’honneur du président DeSantis. »

» Il est naturel de ressentir une juste colère face au raid lâche et ouvertement politique de Mar-a-Lago. Mais ne la laissez pas vous consumer, en provoquant des paroles irréfléchies ou autres. Restez calme et concentré. Il y a de fortes chances que Trump en sorte plus fort que jamais. Même si ce n'est pas le cas, Ron DeSantis est le suivant, il a le sabre laser [de ‘Star Wars’], et il n'a certainement pas peur de l'utiliser. »

La haine de Poutine revient sur Trump

Cet épisode qui enflamme à nouveau l’Amérique contre elle-même, après l’opération ratée d’obtenir ce résultat avec l’affaire de la Cour Suprême vis-à-vis de l’avortement, ne nous intéresse guère dans ses aspects juridiques, politiques, voire complotistes. Il va en effet sans dire, et à peine mieux en le disant, que le raid du FBI est un coup évidemment inspiré par les diverses courroies de transmission du parti démocrate, et par un appareil de justice, FBI compris ô combien, complètement infesté par l’idéologie, – disons “démocrate”, ce qui ne veut rien dire, ou bien “gauchiste”, qui en dit à peine un peu plus. Non, l’idéologie à laquelle nous pensons a déjà été mentionnée d’un mot dans la premier paragraphe : la haine... L’“idéologie de la haine”, des démocrates, de la gauche wokeniste, des globalistes, du Système, – toute la chaîne se déroule...

Au départ, l’“idéologie de la haine” se développe contre Trump, dès 2015-2016. On ne s’intéresse pas de savoir si Trump la mérite, d’ailleurs Trump est un personnage suffisamment incertain et manquant de colonne vertébrale intellectuelle pour qu’il vaille de débattre à son sujet. La seule chose qui importe, c’est Trump “en tant qu’objet de l’‘idéologie de la haine’”. Il en subit les attaques durant toute sa mandature, et après elle, comme complotiste fasciste (le show-bouffe du 6 janvier 2021), puis comme complotiste pour revenir en 2024, – bref pour tout ce qu’on veut, pourvu que l’“idéologie de la haine” subsiste puisqu’elle conserve son objet : s’il y a “un objet de haine“, c’est que la haine est justifiée, et justifiée l’“idéologie de la haine”.

Mais il se trouve qu’à partir de décembre 2021-février 2022, un autre “objet de haine” s’imposa : Poutine. On connaît tout cela, et l’on sait aussi que cet objet n’est pas très maniable, dépendant de facteurs qui échappent aux idéologues de la haine ; d’où une sorte de fatigue de ce choix qui s’est développée, jusqu’à des situations où l’on envisage de lâcher du lest en même temps que Zelenski... Sur ces entre-faits et fort triomphalement, comme dans un film hollywoodien, surgit le FBI à la lumière jusqu’alors toussotante et poussive de l’enquête sur le 6 janvier ; ainsi la haine retrouve-t-elle son objet préféré, et l’on se croit sain et sauf !

Il faut relire notre ‘F&C’ du 9 juin 2022 sur « Les mille-et-une nuances de la haine », où nous examinions la haine lancée comme une ‘charia’ démocratique contre Poutine et la Russie. Tout y est dit, selon nous, sur le moteur de ce sentiment, notamment selon les écrits lumineux du philosophe Günther Anders (auteur  de ‘L’obsolescence de l’homme’ et premier mari de Hannah Arendt), ‘La haine à l’état d’antiquité’. Il y démontrait la puissance méphitique, diabolique de la haine, comme moteur essentiel de la psychologie de destruction (de déconstruction ?) de “l’autre”, – en fait, pour les psychologies malades, le seul moyen d’exister vraiment, comme une ontologie de la dégénérescence de l’esprit (mots en gras de l’auteur, dans la citation) :

« Plus vrai que le célèbre ‘principe ergo’ de Descartes, il y a cet autre, vulgaire, quasi universellement reconnu : “Je hais, donc je suis”. Ou, plus précisément : “Donc, je suis moi”. Ou, finalement : “Donc, je suis quelqu’un”.

» En effet, la haine n’est pas seulement la forme première (pré-théorique) de la négation, elle n’est pas seulement le plaisir anticipé (sadique) d’anéantir l’autre, mais simultanément aussi l’affirmation de soi par négation et destruction de l’autre. [...]

» Le dit de la haine “il faut qu’il ne soit pas, pour que moi je sois”, culmine alors, après l’acte d’anéantissement, dans l’énoncé que voici : “Il n’est plus, donc je suis, moi qui reste l’unique”. »

... D’où l’absurdité tactique, l’erreur stratégique des efforts désespérés des démocrates pour détruire Trump, y compris par des moyens proches d’une “république bananière” (expression affectionnée par les républicains dans leurs ripostes) ; l’absurdité de leur “retour de haine” sur Trump avec le raid du FBI, qui les handicape plus encore pour les élections de novembre et regonfle à fond les populistes et les trumpistes ! Ce que cherchent les démocrates en cours de dissolution, en effet, c’est bien de tenter encore d’exister, et ils retrouvent absolument les constats d’Anders.

Bien entendu, tout cela dépasse Trump, qui se fiche du tiers comme du quart de Günther Anders, dont il se demande dans quel État il opère et combien de voix il peut lui rapporter. Mais on l’a dit, il ne s’agit pas de Trump, mais de la perversion suicidaire des démocrates, donc des USA finalement puisqu’il faut être deux pour danser le tango, – condition sine qua non du fonctionnement d’un système fondé sur les deux ailes du parti unique, – et que le haine n’est pas un rythme propice à cette danse.

Le véritable problème est que cette distorsion psychologique, qui a indubitablement un caractère collectif et qui touche de plein fouet les instances dirigeantes, empêche bien entendu toute coopération, sans parler de réconciliation, et entretient avec une incroyable puissance la crise du système de l’américanisme. Il est d’ailleurs tout à fait possible que nous n’ayons nullement à attendre 2024 pour atteindre un nouveau paroxysme de cette crise ; il est tout à  fait possible que novembre 2022 suffira amplement maintenant que l’attention de la communication est en train de revenir plein feu sur la guerre civile communicationnel au USA : il est tout à  fait possible que cela se fasse au grand désarroi de Zelenski.

 

Mis en ligne le 10 août 2022 à 16H05

ANNE-LAURE BONNEL / KARINE BECHET-GOLOVKO sur AL24news 10/08/2022 - Censure et Propagande

 


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La vision du terrain par Anne-Laure Bonnel - reporter de guerre, de terrain, au côté des civils.

Karine Bechet-Golovko s'exprime sur la censure des medias et la propagande.


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Source video ANNE-LAURE BONNEL

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ALEXANDRE JUVING BRUNET 2022
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