lundi 21 février 2022

Que préparent Poutine et Macron ?

 Par The Saker – Le 20 février 2022 – Source The Saker’s Blog

Tel est le gros titre de RT : « Poutine et Macron s’accordent sur des mesures pour mettre fin à l’escalade en Ukraine. »

Voici une traduction automatique de la déclaration officielle française :

Entretien téléphonique avec Vladimir POUTINE, président de la Fédération de Russie.

Le président de la République a eu un entretien téléphonique avec le président de la Fédération de Russie, M. Vladimir POUTINE, ce dimanche 20 février.

 

Ils se sont mis d’accord sur les points suivants :

– la reprise des travaux dans le cadre du format Normandie sur la base des échanges et des propositions faites par l’Ukraine ces derniers jours.

– un travail intensif pour permettre la tenue d’une réunion du groupe de contact trilatéral dans les prochaines heures avec l’objectif d’obtenir de toutes les parties prenantes un engagement de cessez-le-feu sur la ligne de contact.

– la nécessité de donner la priorité à une solution diplomatique à la crise actuelle et de tout faire pour y parvenir. Pour cela, un travail diplomatique intensif sera mené dans les jours et semaines à venir. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Yves LE DRIAN, rencontrera son homologue M. LAVROV dans les prochains jours et plusieurs consultations auront lieu à Paris à cet effet.

– ce travail diplomatique doit permettre d’avancer sur la base des derniers échanges en impliquant toutes les parties prenantes (Européens, alliés, Russes et Ukrainiens) afin d’aboutir, si les conditions sont réunies, à une rencontre au plus haut niveau en vue de définir un nouvel ordre de paix et de sécurité en Europe.

– Pour mener ces travaux dans des conditions sérieuses, les deux chefs d’État se sont fermement engagés à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter l’escalade, réduire les risques et préserver la paix.

Que se passe-t-il donc ici ?

Tout d’abord, l’évidence : Macron veut gagner la prochaine élection présidentielle en France et être le « sauveur de l’Europe » lui fournirait matière à fierté.

Deuxièmement, ce qui n’est pas moins évident : Macron essaie de court-circuiter ses « partenaires » anglo-saxons, puisque ni les États-Unis ni le Royaume-Uni ne veulent autre chose qu’une intervention militaire russe ouverte en Ukraine. Remarquez les mots « toutes les parties prenantes (Européens, alliés, Russes et Ukrainiens) » qui ne mentionnent ni les États-Unis ni le Royaume-Uni (ici, « alliés » n’est qu’un terme de remplacement vide mais politiquement correct).

Troisièmement, et c’est aussi évident : les Anglos se fichent éperdument de Macron et de ses projets.

Ce qui nous amène à la question suivante : pourquoi Poutine s’en préoccupe-t-il ?

La réponse, cependant, renvoie à une logique différente du côté russe.

Premièrement, Poutine et Lavrov ont pour politique de parler à (presque) tout le monde (« Ze » étant l’exception actuelle). C’est la façon russe de faire de la diplomatie : parler à des pays qui sont les ennemis mortels les uns des autres, comme Israël et l’Iran, et parler à des non-entités comme Schultz ou Truss. Le Kremlin ne se soucie pas de savoir si Lavrov ou Poutine doivent se « retenir mentalement » lorsqu’ils parlent à des menteurs éhontés et lâches, si cela leur procure un avantage tangible (nous y reviendrons plus tard).

Et les Russes feront toujours tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter une guerre, petite ou grande.

Les Occidentaux sont habitués à la « diplomatie occidentale », dans laquelle vous ne parlez (c’est-à-dire « donnez des ordres ») qu’à vos colonies, ne parlez jamais à vos adversaires (qui sont toujours diabolisés) et où NE PAS négocier est considéré comme un signe de « force ».

En Russie, ne pas négocier par principe est considéré comme tout simplement stupide et contre-productif.

En outre, alors que Macron veut clairement répéter l’« exploit » de Sarkozy qui a prétendu (à tort !) avoir arrêté la guerre du 08.08.08 [en Géorgie, NdT], les Russes voient un autre avantage très tangible à parler à Macron : créer encore plus de divisions dans l’Occident dans son ensemble et en Europe spécifiquement.

Considérez ceci : l’ultimatum russe a déjà eu beaucoup d’effets très positifs :

  • Les États-Unis et l’OTAN, après avoir ignoré totalement la Russie pendant des années, sont non seulement disposés à parler au Kremlin, mais ils reprennent même d’anciennes propositions russes et les présentent comme les leurs.
  • L’Europe a peur, très peur. Non seulement d’une guerre majeure avec tout ce que cela implique (y compris des vagues de réfugiés), mais aussi d’un effondrement énergétique/économique en cas de victoire des États-Unis et du Royaume-Uni.
  • Les Ukros au pouvoir ont soudainement réalisé qu’ils pourraient être visés. Personnellement. D’où la fuite des oligarques Ukies vers l’UE et « Ze » « voyage en Europe pour participer à la conférence de Munich ».
  • Les Chinois voient maintenant que la Russie est engagée (je préciserai à quoi exactement ci-dessous) et ils jettent leur poids considérable derrière la Russie.

On pourrait utiliser une expression russe et dire que Poutine a planté un gros bâton dans la « fourmilière » occidentale et que les fourmis courent maintenant comme des folles.

En un seul geste, la Russie a accompli plus que pendant plusieurs décennies et, jusqu’à présent, elle l’a fait à un prix vraiment modeste.

Cela dit, je dois répéter quelque chose d’essentiel ici :

==>>Il ne s’agit PAS, je répète, il ne s’agit PAS de la LDNR ou même de l’Ukraine.

La Russie (et la Chine !) veulent un ordre mondial multipolaire différent, un ordre basé sur la pleine souveraineté de tous les pays, un ordre dans lequel le droit international sert de base aux relations entre les États souverains, un ordre dans lequel la sécurité est toujours définie et comprise comme une sécurité collective et un ordre dans lequel les Nations unies restent la seule autorité supérieure pour faire appliquer les règles du droit international.

Le Kremlin dit souvent qu’il veut un nouvel arrangement de sécurité en Europe. Et c’est vrai. Mais, ne soyons pas naïfs, la domination américaine sur ses colonies européennes est la pierre angulaire de la domination mondiale anglo-saxonne, donc si les États-Unis et le Royaume-Uni « perdent » l’Europe, ils seront finis en tant que prétendus hégémons mondiaux.

Les Russes et les Chinois mènent actuellement l’ensemble de la zone B vers cet objectif grâce à un savant mélange de politiques unilatérales, notamment la dédollarisation progressive de l’Eurasie et des marchés de l’énergie, la pression militaire sur les États-Unis et leurs colonies et le développement de leurs économies réelles (par opposition aux économies basées sur la finance et les services de l’Occident).

D’accord, mais qu’est-ce que cela signifie en pratique ?

Il est trop tôt pour le dire.

Tout d’abord, nous verrons ce qui ressortira, le cas échéant, de l’initiative française.

Deuxièmement, les initiatives de Macron n’auront aucun impact sur la Ligne de front dans la LDNR, où des échanges de tirs ont lieu en permanence mais où, du moins jusqu’à présent, les Ukies n’ont pas lancé d’assaut terrestre en traversant la Ligne de front. Mais ils pourraient le faire d’une seconde à l’autre, les deux parties étant pleinement préparées à un tel événement.

Ensuite, il y a le risque très réel d’un événement majeur sous fausse bannière organisé par les Anglos. L’ensemble de la machine de propagande anglo-sioniste est maintenant prête à « récupérer » instantanément une telle fausse bannière et à tout mettre sur le dos de la Russie. Je ne vois pas ce que Macron pourrait faire contre cela, même en supposant qu’il le veuille vraiment.

Ne tirons donc pas de conclusions hâtives et voyons ce qui se passe la semaine prochaine avec Macron et Blinken.

Pendant ce temps, les Ukies essaient d’effrayer la planète avec des rumeurs selon lesquelles ils abandonneraient leur statut de pays non nucléarisé et développeraient des armes nucléaires. Ne vous inquiétez pas, les Ukies peuvent tout au plus fabriquer une « bombe sale », mais ils n’ont aucune chance d’acquérir de vraies armes nucléaires (et d’ailleurs, si ce risque était un tant soit peu réel, la Russie prendrait toutes les mesures nécessaires pour éliminer cette possibilité).

Les Ukies ont également envoyé un groupe de diversion dans la LDNR mais les forces de sécurité de l’état local les ont rapidement interceptés : 1 Ukrainien mort, un autre fait prisonnier. Deux blessés légers dans les forces spéciales de la LDNR. Vous trouverez ci-dessous la vidéo de cette opération anti-terroriste.

Andrei

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Source  : https://lesakerfrancophone.fr/que-preparent-poutine-et-macron

Crise ukrainienne : La responsabilité de l’hubris occidental et de l’idéalisme libéral

21.février.2022 // Les Crises

Le plus tragique concernant les craintes d’une invasion potentielle par la Russie est qu’elles auraient pu être évitées très facilement.

Par Stephen M. Walt, chroniqueur à Foreign Policy et professeur de relations internationales au centre Robert et Renée Belfer de l’université Harvard.

Source : Foregin Policy, Stephen M. Walt
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bill Clinton et Joe Biden lors d’une réunion de la délégation du Congrès américain au sommet de l’OTAN en Espagne, le 7 juillet 1998.

Le plus tragique est que toute cette affaire aurait pu être évitée, si les États-Unis et leurs alliés européens ne se berçaient pas d’illusions et n’avaient pas succombé à leur hubris et à l’idéalisme libéral [NdT : il s’agit ici du sens américain, qui fait essentiellement référence, pour cet aspect géopolitique, à la pensée dominante du parti Démocrate, à la façon de Bill Clinton mais aussi de certains néo-conservateurs républicains]. S’ils s’étaient plutôt appuyés sur les principes fondamentaux du réalisme, la crise actuelle n’aurait pas eu lieu. En effet, la Russie ne se serait probablement jamais emparée de la Crimée, et l’Ukraine serait plus sûre aujourd’hui. Le monde paie le prix fort pour s’être appuyé sur une théorie erronée de la politique mondiale.

Au niveau le plus élémentaire, le réalisme part du constat que les guerres se produisent parce qu’il n’existe pas d’institution ou d’autorité centrale qui puisse protéger les États les uns des autres et les empêcher de se battre s’ils choisissent de le faire. Étant donné que la guerre est toujours possible, les États se disputent le pouvoir et ont parfois recours à la force pour tenter d’accroître leur sécurité ou d’obtenir d’autres avantages. Les États ne peuvent pas savoir avec certitude ce que les autres peuvent faire à l’avenir, ce qui les rend réticents à se faire confiance et les encourage à se protéger contre la possibilité qu’un autre État puissant tente de leur nuire dans l’avenir.

Le libéralisme voit la politique mondiale différemment. Au lieu de considérer que toutes les grandes puissances sont plus ou moins confrontées au même problème – le besoin d’être en sécurité dans un monde où la guerre est toujours possible – le libéralisme prétend que les actions des États sont principalement déterminées par leurs caractéristiques internes et la nature des liens entre eux. Il divise le monde en « gentils États » (ceux qui incarnent les valeurs libérales) et en « méchants États » (à peu près tous les autres) et soutient que les conflits résultent principalement des pulsions agressives des autocrates, des dictateurs et autres dirigeants non libéraux. Pour les libéraux, la solution consiste à renverser les tyrans et à répandre la démocratie, le libre marché et des institutions basées sur le principe que les démocraties ne se font pas la guerre, surtout lorsqu’elles sont liées par du commerce, des investissements et un ensemble de règles convenues.

Après la guerre froide, les élites occidentales ont conclu que le réalisme n’était plus approprié, et que les idéaux libéraux devaient guider la conduite de la politique étrangère. Comme l’a déclaré Stanley Hoffmann, professeur à l’université de Harvard, à Thomas Friedman du New York Times en 1993, le réalisme est « un non-sens total aujourd’hui ». Les responsables américains et européens pensaient que la démocratie libérale, l’ouverture des marchés, l’État de droit et d’autres valeurs libérales se répandaient comme une traînée de poudre et qu’un ordre libéral mondial était à portée de main.

Ils partaient du principe, comme le disait Bill Clinton, alors candidat à la présidence, en 1992, que « le calcul cynique de la pure politique de puissance » n’avait pas sa place dans le monde moderne et qu’un ordre libéral émergent apporterait de nombreuses décennies de paix démocratique. Au lieu de se faire concurrence pour le pouvoir et la sécurité, les nations du monde se concentreraient sur leur propre enrichissement dans un ordre libéral de plus en plus ouvert, harmonieux et fondé sur des règles, façonné et protégé par la puissance bienveillante des États-Unis.

Si cette vision optimiste s’était avérée exacte, la diffusion de la démocratie et l’extension des garanties de sécurité des États-Unis dans la sphère d’influence traditionnelle de la Russie auraient posé peu de risques. Mais ce résultat était peu probable, comme tout bon réaliste aurait pu vous le dire. En effet, les opposants à l’élargissement n’ont pas tardé à avertir que la Russie considérerait inévitablement l’élargissement de l’OTAN comme une menace et que sa réalisation empoisonnerait les relations avec Moscou.

C’est pourquoi plusieurs experts américains de premier plan – dont le diplomate George Kennan, l’auteur Michael Mandelbaum et l’ancien secrétaire à la défense William Perry – se sont opposés à l’élargissement dès le départ. Le secrétaire d’État adjoint de l’époque, Strobe Talbott, et l’ancien secrétaire d’État, Henry Kissinger, étaient initialement opposés à l’élargissement pour les mêmes raisons, bien qu’ils aient tous deux changé de position par la suite et rejoint le mouvement en faveur de l’élargissement.

Les partisans de l’élargissement ont remporté le débat en affirmant qu’il contribuerait à consolider les nouvelles démocraties en Europe centrale et orientale et à créer une « vaste zone de paix » dans toute l’Europe. Selon eux, il importait peu que certains des nouveaux membres de l’OTAN aient une valeur militaire faible ou nulle pour l’alliance et qu’ils soient difficiles à défendre, car la paix serait si solide et durable que tout engagement à protéger ces nouveaux alliés n’aurait jamais à être honoré.

En outre, ils ont insisté sur le fait que les intentions bénignes de l’OTAN étaient évidentes et qu’il serait facile de persuader Moscou de ne pas s’inquiéter alors que l’OTAN se rapproche de la frontière russe. Ce point de vue était extrêmement naïf, car la question essentielle n’était pas de savoir quelles pouvaient être les intentions de l’OTAN dans la réalité. Ce qui importait vraiment, bien sûr, c’était ce que les dirigeants russes pensaient qu’elles étaient ou pourraient devenir. Même si les dirigeants russes avaient pu être convaincus que l’OTAN n’avait aucune intention malveillante, ils ne pouvaient jamais être sûrs que ce serait toujours le cas.

Bien que Moscou n’ait eu d’autre choix que d’accepter l’admission de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque au sein de l’OTAN, les préoccupations de la Russie se sont accrues à mesure que l’élargissement se poursuivait. Cela n’a rien arrangé que l’élargissement soit en contradiction avec l’assurance verbale donnée par le secrétaire d’État américain James Baker au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, en février 1990, que si l’Allemagne était autorisée à se réunifier au sein de l’OTAN, l’alliance ne se déplacerait pas « d’un centimètre vers l’est » – un engagement que Gorbatchev a naïvement omis de codifier par écrit. (Baker et d’autres contestent cette caractérisation, et Baker a nié s’être engagé officiellement).

Les doutes de la Russie se sont accrus lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak en 2003 – une décision qui a montré un mépris délibéré pour le droit international – et encore plus après que l’administration Obama a outrepassé l’autorité de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies et a aidé à évincer le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en 2011. La Russie s’était abstenue sur la résolution – qui autorisait la protection des civils mais pas le changement de régime – et l’ancien secrétaire américain à la Défense Robert Gates a commenté plus tard que « les Russes avaient l’impression d’avoir été pris pour des pigeons. » Ces incidents, ainsi que d’autres, contribuent à expliquer pourquoi Moscou insiste désormais sur des garanties écrites.

Si les responsables politiques américains avaient réfléchi à l’histoire et aux sensibilités géographiques de leur propre pays, ils auraient compris comment l’élargissement est apparu à leurs homologues russes. Comme l’a récemment noté le journaliste Peter Beinart, les États-Unis ont déclaré à plusieurs reprises que l’hémisphère occidental était interdit aux autres grandes puissances et ont menacé ou utilisé la force à de nombreuses reprises pour faire respecter cette déclaration. Pendant la guerre froide, par exemple, l’administration Reagan était tellement alarmée par la révolution au Nicaragua (un pays dont la population était inférieure à celle de la ville de New York) qu’elle a organisé une armée de rebelles pour renverser les Sandinistes socialistes au pouvoir.

Si les Américains pouvaient s’inquiéter à ce point d’un minuscule pays comme le Nicaragua, pourquoi était-il si difficile de comprendre pourquoi la Russie pouvait avoir de sérieux doutes sur le mouvement constant de la plus puissante alliance du monde vers ses frontières ? Le réalisme explique pourquoi les grandes puissances ont tendance à être extrêmement sensibles à l’environnement sécuritaire dans leur voisinage immédiat, mais les architectes libéraux de l’élargissement n’ont tout simplement pas pu le comprendre. Il s’agit d’un manque monumental d’empathie aux conséquences stratégiques profondes.

L’erreur est encore aggravée par l’insistance répétée de l’OTAN sur le fait que l’élargissement est un processus ouvert et que tout pays répondant aux critères d’adhésion peut y adhérer. Ce n’est pas tout à fait ce que dit le traité de l’OTAN, d’ailleurs ; l’article 10 stipule simplement : « Les parties peuvent, par accord unanime, inviter à accéder au Traité tout autre État européen susceptible de favoriser le développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité de la région de l’Atlantique Nord. »

Le mot clé ici est « peut » – aucun pays n’a le droit d’adhérer à l’OTAN et certainement pas si son entrée réduirait la sécurité des autres membres Les détails mis à part, crier cet objectif sur tous les toits était imprudent et inutile. Toute alliance militaire peut intégrer de nouveaux membres si les parties existantes sont d’accord pour le faire, et l’OTAN l’a fait à plusieurs reprises. Mais proclamer ouvertement un engagement actif et illimité en faveur d’un déplacement vers l’Est ne pouvait qu’accroître les craintes de la Russie.

Le faux pas suivant a été la décision de l’administration Bush de proposer la candidature de la Géorgie et de l’Ukraine à l’adhésion à l’OTAN lors du sommet de Bucarest en 2008. L’ancienne responsable du Conseil national de sécurité des États-Unis, Fiona Hill, a récemment révélé que la communauté des services de renseignement américains s’était opposé à cette décision, mais que le président américain de l’époque, George W. Bush, avait ignoré leurs objections pour des raisons qui n’ont jamais été pleinement expliquées. Le moment choisi était d’autant plus étrange que ni l’Ukraine ni la Géorgie n’étaient proches de satisfaire aux critères d’adhésion en 2008 et que d’autres membres de l’OTAN s’opposaient à leur inclusion.

Il en est résulté un compromis difficile, négocié par les Britanniques, dans lequel l’OTAN a déclaré que les deux États finiraient par adhérer, sans toutefois préciser quand. Comme l’a déclaré à juste titre le politologue Samuel Charap : « [C]ette déclaration était le pire des mondes. Elle n’a pas apporté de sécurité accrue à l’Ukraine et à la Géorgie, mais a renforcé l’opinion de Moscou selon laquelle l’OTAN était décidée à les intégrer. » Il n’est pas étonnant que l’ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo Daalder, ait décrit la décision de 2008 comme le « péché capital » de l’OTAN.

L’épisode suivant a eu lieu en 2013 et 2014. Alors que l’économie ukrainienne chancelait, le président ukrainien de l’époque, Viktor Ianoukovitch, a encouragé une surenchère entre l’Union européenne et la Russie pour obtenir une aide économique. Sa décision de rejeter un accord d’adhésion négocié avec l’UE et d’accepter une offre plus lucrative de la Russie a déclenché les manifestations de l’Euromaïdan qui ont finalement conduit à son éviction. Les responsables américains ont visiblement penché en faveur des manifestants et ont participé activement à la sélection du successeur de M. Ianoukovitch, accréditant ainsi les craintes russes qu’il s’agisse d’une révolution de couleur parrainée par l’Occident.

De façon remarquable, les responsables européens et américains ne semblent jamais s’être demandé si la Russie pourrait s’opposer à ce résultat ou ce qu’elle pourrait faire pour le faire échouer. Ils ont donc été pris au dépourvu lorsque le président russe Vladimir Poutine a ordonné la prise de la Crimée et soutenu les mouvements séparatistes russophones dans les provinces orientales de l’Ukraine, plongeant le pays dans un conflit gelé qui perdure à ce jour.

Il est courant en Occident de défendre l’expansion de l’OTAN et de rejeter la responsabilité de la crise ukrainienne uniquement sur Poutine. Le dirigeant russe ne mérite aucune sympathie, comme le montrent très clairement sa politique intérieure répressive, sa corruption évidente, ses mensonges répétés et ses campagnes meurtrières contre les exilés russes qui ne représentent aucun danger pour son régime.

La Russie a également foulé aux pieds le Mémorandum de Budapest de 1994, qui offrait des garanties de sécurité à l’Ukraine en échange de l’abandon par celle-ci de l’arsenal nucléaire hérité de l’Union soviétique. Ces actions, ainsi que d’autres, ont suscité des inquiétudes légitimes quant aux intentions de la Russie, et la prise illégale de la Crimée a fortement retourné l’opinion ukrainienne et européenne contre Moscou. Si la Russie a des raisons évidentes de s’inquiéter de l’élargissement de l’OTAN, ses voisins ont de nombreuses raisons de s’inquiéter également de la Russie.

Mais Poutine n’est pas le seul responsable de la crise actuelle en Ukraine, et l’indignation morale à l’égard de ses actions ou de son caractère n’est pas une stratégie. Des sanctions plus nombreuses et plus sévères ne sont pas non plus susceptibles de l’amener à se plier aux exigences occidentales. Aussi déplaisant que cela puisse être, les États-Unis et leurs alliés doivent reconnaître que l’alignement géopolitique de l’Ukraine est un intérêt vital pour la Russie – un intérêt qu’elle est prête à défendre par la force – et ce n’est pas parce que Poutine se trouve être un autocrate impitoyable ayant un penchant nostalgique pour l’ancien passé soviétique.

Les grandes puissances ne sont jamais indifférentes aux forces géostratégiques déployées à leurs frontières, et la Russie se soucierait profondément de l’alignement politique de l’Ukraine même si quelqu’un d’autre était aux commandes. La réticence des États-Unis et de l’Europe à accepter cette réalité fondamentale est l’une des principales raisons pour lesquelles le monde se trouve aujourd’hui dans une telle situation.

Cela dit, Poutine a rendu ce problème plus difficile en essayant d’obtenir des concessions majeures sous la menace d’une arme. Même si ses exigences étaient tout à fait raisonnables (et certaines ne le sont pas), les États-Unis et le reste de l’OTAN ont de bonnes raisons de résister à sa tentative de chantage. Une fois encore, le réalisme permet de comprendre pourquoi : Dans un monde où chaque État est en fin de compte livré à lui-même, signaler que l’on peut être victime de chantage peut encourager le maître-chanteur à formuler de nouvelles exigences.

Pour contourner ce problème, les deux parties devraient transformer cette négociation, qui ressemble à du chantage, en une négociation qui ressemble davantage à un échange de faveurs. La logique est simple : Je ne voudrais pas vous donner ce que vous voulez si vous me menacez, car cela crée un précédent inquiétant et pourrait vous inciter à répéter ou à intensifier vos demandes. Mais je pourrais être disposé à vous donner quelque chose que vous voulez si vous acceptez de me donner quelque chose que je veux tout autant : donne moi la rhubarbe je te passerai le séné. Il n’y a rien de mal à créer un tel précédent ; c’est, en fait, la base de tous les échanges économiques volontaires.

L’administration Biden semble tenter quelque chose dans ce sens en proposant des accords mutuellement bénéfiques sur les déploiements de missiles et d’autres questions secondaires et en essayant de retirer de la table la question du futur élargissement de l’OTAN. J’ai beaucoup de respect pour la fermeté, la perspicacité et les talents de négociateur de la secrétaire d’État adjointe américaine Wendy Sherman, mais je ne pense pas que cette approche puisse être adoptée. Pourquoi ? Parce qu’en fin de compte, l’alignement géopolitique de l’Ukraine est un intérêt vital pour le Kremlin et la Russie insistera pour obtenir quelque chose de tangible.

Le président américain Joe Biden a déjà clairement indiqué que les États-Unis n’iraient pas en guerre pour défendre l’Ukraine, et ceux qui pensent qu’ils peuvent et doivent le faire – dans une région qui se trouve juste à côté de la Russie – croient apparemment que nous sommes encore dans le monde unipolaire des années 1990 et que nous avons beaucoup d’options militaires avantageuses.

Alors qu’elle joue avec de mauvaises cartes, l’équipe de négociation américaine insiste apparemment toujours pour que l’Ukraine conserve la possibilité d’adhérer à l’OTAN à un moment donné dans le futur, ce qui est précisément le résultat que Moscou veut exclure. Si les États-Unis et l’OTAN veulent résoudre ce problème par la diplomatie, ils vont devoir faire de réelles concessions et n’obtiendront peut-être pas tout ce qu’ils souhaitent. Je n’aime pas cette situation plus que vous, mais c’est le prix à payer pour une expansion imprudente de l’OTAN au-delà des limites raisonnables.

Le meilleur espoir d’une résolution pacifique de ce triste désordre est que le peuple ukrainien et ses dirigeants se rendent compte que la bataille entre la Russie et l’Occident pour obtenir l’allégeance de Kiev sera un désastre pour leur pays. L’Ukraine devrait prendre l’initiative et annoncer qu’elle a l’intention de fonctionner comme un pays neutre qui ne rejoindra aucune alliance militaire.

Elle devrait s’engager formellement à ne pas devenir membre de l’OTAN ni à rejoindre l’Organisation du traité de sécurité collective dirigée par la Russie. Elle serait toujours libre de commercer avec n’importe quel pays et d’accueillir les investissements de n’importe quel pays, et elle devrait être libre de choisir ses propres dirigeants sans interférence extérieure. Si Kiev prenait cette décision de son propre chef, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ne pourraient pas être accusés de céder au chantage russe.

Pour les Ukrainiens, vivre comme un État neutre à côté de la Russie n’est pas une situation idéale. Mais compte tenu de sa situation géographique, c’est le meilleur résultat que l’Ukraine puisse raisonnablement espérer. Elle est certainement bien supérieure à la situation dans laquelle les Ukrainiens se trouvent actuellement. Il convient de rappeler que l’Ukraine a été effectivement neutre de 1992 à 2008, année où l’OTAN a imprudemment annoncé que l’Ukraine rejoindrait l’alliance. À aucun moment au cours de cette période, elle n’a été confrontée à un risque sérieux d’invasion. Toutefois, le sentiment anti-russe est aujourd’hui très fort dans la majeure partie de l’Ukraine, ce qui rend moins probable l’utilisation de cette éventuelle voie de sortie de crise.

L’élément le plus tragique de toute cette triste saga est qu’elle aurait pu être évitée. Mais tant que les décideurs américains ne tempéreront pas leur hubris libérale et ne comprendront pas mieux les leçons inconfortables mais vitales du réalisme, ils risquent de se heurter à des crises similaires à l’avenir.

Source : Foregin Policy, Stephen M. Walt – 19/01/2022
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Source : https://www.les-crises.fr/crise-ukrainienne-la-responsabilite-de-l-hubris-occidental-et-de-l-idealisme-liberal/

Billet apolitique : à quel degré d'hypocrisie, une élite se désagrège-t-elle ?

lundi 21 février 2022



Ce week-end, nous avons assisté à l'engagement de la phase militaire active dans le Donbass, faisant des victimes des deux côtés, mais civiles uniquement dans le Donbass et, parallèlement à cette montée en puissance des combats, l'hypocrisie de nos élites politiques a dépassé toutes les limites de l'acceptable - quoi que fasse l'armée ukrainienne, la Russie est l'ennemi. Cette constatation n'est pas nouvelle, elle a toujours accompagné les relations entre l'Occident et la Russie, à quelques exceptions tactiques près. Mais n'y a-t-il pas un degré d'hypocrisie qui, une fois atteint, conduit ces élites à disparaître ? Nous pouvons, manifestement, en douter.

Sans entrer dans le détail des combats de ce week-end (que vous pouvez suivre en français sur notre canal Telegram ici et sur notre compte Twitter ici), rappelons simplement qu'à deux reprises déjà l'armée ukrainienne a touché le territoire de la Fédération de Russie avec des obus ; qu'une évacuation générale des femmes, des enfants et des personnes âgées est organisée dans le Donbass vers la Russie, même si beaucoup de civils veulent rester pour défendre leur terre ; que l'armée ukrainienne utilise l'artillerie lourde sur la ligne de front ; que des groupes de sabotage sont envoyés à Donetsk miner des infrastructures et jeter la peur dans la population ; que les infrastructures civiles vitales d'approvisionnement en eau, électricité et gaz sont systématiquement ciblés par l'armée ukrainienne ; qu'il y a des victimes civiles dans le Donbass et des combattants des deux côtés. 

Volodine, le président de la Douma, a déclaré que la question de l'aggravation de la situation dans le Donbass sera discutée ce lundi par les députés. Certains députés de Russie Unie commencent à trouver qu'il n'est pas possible de se contenter de déclarations. Peskov, le porte-parole du Kremlin, a également affirmé que, désormais, Poutine a toutes les raisons de ne pas considérer Zelensky comme étant prêt à exécuter les Accords de Minsk.

Pendant ce temps-là, les politiques et les médias occidentaux continuent à accuser la Russie d'agresser l'Ukraine, de provoquer l'armée ukrainienne. Menace de sanction contre la Russie d'un côté et livraison d'armes à l'Ukraine de l'autre, nos gouvernants font le grand-écart. 

Lors de son intervention à la Conférence de Munich, Charles Michel, le président du Conseil européen, déclare :

"Les Occidentaux ne peuvent continuer à tendre indéfiniment "un rameau d'olivier" alors que la Russie fait monter la tension le long de la frontière ukrainienne"

Liz Truss, la ministre britannique des Affaires étrangères de déclarer :

"The United Kingdom and the international community must unite to face down Moscow's aggression and stand up to Putin."

Quant à Biden, il n'en démord pas :

Biden said, "I'm convinced" Putin has decided to further invade Ukraine. He cited the "significant intelligence capability" of the US government. "We have reason to believe that," he added."

De son côté, Borrell a parfaitement pointé le problème fondamental : nous sommes face à une confrontation idéologique, qui a pour enjeu la souveraineté des Etats. Ensuite, évidemment, pour lui, dans ce monde global, la souveraineté est anti-démocratique. En effet, comment un Etat pourrait-il rester souverain dans un monde global ? Le conflit est bien idéologique et en ce sens insurmontable : tout compromis est une reddition.

Dans ce contexte, la proposition formulée par Macron, immédiatement acceptée par les Etats-Unis (sauf "invasion de l'Ukraine") et pour l'instant considérée comme prématurée par le Kremlin, d'organiser un sommet en Europe avec Biden et Poutine sonne étrangement et pourrait être traduite de cette manière : si l'opération américaine en cours en Ukraine ne réussit pas, les Etats-Unis sont prêts à discuter avec la Russie, pour que celle-ci leur permette de gagner politiquement ce qu'ils perdront militairement.

Et sur ce fond, l'ambassade américaine à Moscou annonce une possible vague d'attentats à Moscou à Saint-Pétersbourg et dans les régions frontalières avec l'Ukraine :

Selon des informations de presse, il y a des menaces d’attentats dans des centres commerciaux, des gares et stations de métro, et d’autres lieux de publics dans les principales zones urbaines », a indiqué l’ambassade, dans un communiqué qui ne cite pas d’articles de presse en particulier.

Sans "citer d'articles de presse en particulier", ce n'est plus de l'information de ses citoyens, c'est une menace directe contre le pays. 

Ainsi, pendant que les habitants du Donbass reprennent les armes dans le cadre de la mobilisation générale à nouveau déclarée, que les enfants sont évacués et privés ... d'enfance, qu'un mineur est tué par les tirs de l'armée ukrainienne alors qu'il attendait le bus pour aller travailler, que deux personnes âgées décèdent dans leur sommeil et dans leur maison lorsque celle-ci est explosée par l'armée ukrainienne, l'on entend que des menaces contre la Russie, aucune parole demandant à l'Ukraine de cesser le feu.

Si la politique, et la géopolitique, exigent toujours une certaine dose d'hypocrisie et d'amoralité, n'y a-t-il pas une limite ? Une élite politique ne disparaît-elle pas en tant qu'élite à un certain niveau de d'hypocrisie et d'amoralité ?

Les lois de la physique semblent pessimistes sur la question de la désagrégation des corps solides, en tout cas si l'on en croit la Septième leçon du cours de physique de l'Ecole polytechnique de G. Lamé (p.80-81) : 

"Il résulte de ces circonstances deux propriétés distinctes des corps solides ; l'une est l'élasticité, c'est la propriété dont jouit un corps solide de revenir rigoureusement à ses dimensions primitives lorsque, comprimé ou dilaté par des forces extérieures, ces forces cessent de lui être appliquées (...). L'autre propriété, celle que possède un corps solide de changer de densité et de forme sans se désagréger, sous l'effet de forces qui surpassent les limites de son élasticité, porte des noms différents suivant le mode extérieur employé pour la mettre en jeu."

Mon Dieu, on ne va jamais s'en débarrasser ! L'élasticité de nos élites politiques dépasse de loin tout ce que la nature avait prévu, mais si en plus elles ne se désagrègent pas sous l'effet de forces qui surpassent leur capacité à reprendre, l'air de rien, le cours des choses, si elles ne font que changer de forme et de densité, on ne va jamais s'en sortir ! D'un autre côté, elles sont à ce point coulantes et fuyantes que, peut-être, elles ne suivent pas les lois physiques des corps solides ... 

Il nous faudrait peut-être, finalement, des élites un peu plus ... solides.

Source : http://russiepolitics.blogspot.com/2022/02/billet-apolitique-quel-degre.html

dimanche 20 février 2022

Quand les journalistes sont.. des journalistes !

lundi 21 février 2022



Lorsque le 10 février je suis contacté pour rencontrer une équipe de TF1 venue à Donetsk, j'avoue avoir été méfiant, par expériences précédentes ou observation du traitement partial des événements de la crise ukrainienne en général et du Donbass en particulier par les grands médias occidentaux, le plus souvent alignés sur la doxa propagandiste étasunienne.


Cependant, la neutralité et le professionnalisme observés dans les 2 premiers reportages de cette équipe arrivée à Donetsk le 7 février 2022, m'a encouragé à accepter finalement la rencontre avec Liseron Boudoul, Gilles Parrot et Charles, leur accompagnateur.

Je ne demande pas à un reporter d'être en accord avec mon engagement métapolitique ou militaire, loin s'en faut, et je peux témoigner que dans le cas présent nous avons dans nos conversations amicales des divergences d'opinion, mais lorsque le journaliste, en respect avec l'éthique de sa profession, adopte une neutralité dans son travail et garde intacte la parole des personnes rencontrées, sans jugement aucun, alors je le respecte, chapeau bas, d'autant plus que dans le mainstream dominant, un tel comportement est devenu malheureusement rarissime.

Avant de vous laisser apprécier le travail de cette équipe de TF1, toujours présente à Donetsk du fait de l'exacerbation actuelle des combats, je vous note que les autorités ukrainiennes, dans une débilité ukropithèque coutumière ont inscrits le noms de ces reporters sur leur site "Mirotvorets" ("bienvenus au Club") où, sous la qualification de "terroristes", on trouve désormais pèle mêle des séparatistes, des enfants, des journalistes venus dans le Donbass, des opposants politiques etc...

Cette mesure fébrile d'un pouvoir kiévien qui se prétend vouloir adopter les valeurs démocratiques droitdelhommistes dont la liberté d'expression est un pilier majeur montre à quel point la Vérité dérange les totalitarismes de la pensée unique. Alors que du côté russe, le gouvernement fédéral tolère des insectes rampants mondialistes tel que ce Paul Gogo, en poste à Moscou et venu à Donetsk lui aussi, mais pour vomir sa haine et sa connerie, et qui prétendent que la Russie est une dictature de la pensée !

Merci à Liseron et Gilles d'être venu dans le Donbass à la rencontre de ses populations trop souvent oubliées par les thuriféraires de la pensée unique (sauf quand c'est pour critiquer la Russie) et de m'avoir donné tort dans l'opinion que je généralisais trop concernant les journalistes occidentaux.

Erwan Castel


1 / Au coeur du Donbass: 
rencontre avec les séparatistes pro-russes

le lien: 7 février 2022 (20h)

"Sur une autoroute du sud de la Russie, à proximité de l'Ukraine, nous ne mettons pas longtemps à croiser des convois militaires russes, imposants. Des véhicules blindés, des camions de transport de troupes, d'équipements, qui se succèdent sur des kilomètres et des kilomètres. Un déploiement exceptionnel qui fait craindre le pire. Sur une aire de repos, nous croisons quelques soldats. Ils ont l'air concentrés. Ils disent opérer des exercices militaires. Nous poursuivons notre route vers le poste-frontière entre la Russie et l'Ukraine, qui mène au Donbass, la région ultrasensible au cœur des discussions diplomatiques actuelles. Après un interrogatoire minutieux, nous obtenons le fameux laissez-passer. Nous voici dans la République auto-proclamée de Donetsk, ultrafermée. Ici, en théorie, c'est l'Ukraine, mais depuis huit ans, cette zone est tenue par des séparatistes ukrainiens pro-russes. D'ailleurs, le drapeau russe flotte sur la place centrale, derrière l'imposante statue de Lénine. Cette République a même son président. Denis Pouchiline nous reçoit et nous livre son message. Ce président nous confie qu'il attend beaucoup de la France pour éviter une guerre d'envergure. À dix minutes du centre-ville, c'est un tout autre décor. Toute cette zone résidentielle a été la cible de tirs provenant du côté ukrainien. Cet habitant nous montre sa petite maison et son poulailler, plusieurs fois touchés par des tirs d'obus. Le cessez-le-feu négocié il y a quelques jours reste précaire. Les Ukrainiens aimeraient reprendre cette République russophone qui demande son autonomie et qui est sous protection russe."


2 / Ukraine-Russie:
que veulent les habitants de la région du Donbass

le lien: 8 février 2022 (20h)

"Cela fait maintenant huit ans que la guerre fait partie de la vie d'Elena. Elle nous montre un abri dans sa cave. Elle s'y est réfugié avec sa famille plusieurs fois. Comme la plupart des habitants de la République autoproclamée de Donetsk, Elena considère que ce sont les Ukrainiens qui ont déclenché la guerre en 2014. Alors depuis, ils se tournent de plus en plus vers la Russie. Dans la région, tout le monde parle russe. Elle, son fils et son mari ont le passeport russe. Ils espèrent que le Donbass sera un jour rattaché à la Russie. Dans la librairie de l'avenue Artyoma, pas de surprise, on trouve toutes sortes de livres, tous écrits en russe. Au supermarché, nous constatons que beaucoup de produits viennent de Russie ou de Biélorussie. Et ce n'est pas tout, la monnaie aussi est russe. Les gâteaux, le pain, les jus de fruit, les fruits, les légumes... tout se paie en rouble. De toute façon au Donbass, on ne trouve plus de monnaie ukrainienne. Toutes les banques sont fermées depuis sept ans. Sur l'avenue principale de Donestk trône un gigantesque slogan : "Nous sommes le Donbass russe".


3 / Donbass
les séparatistes russes en état d'alerte

le lien: 13 février 2022 (20h)

"Dans ce quartier au nord de Donetsk, à proximité de la ligne de front, de nombreux immeubles sont détruits, inhabités. Seules huit personnes vivent encore ici, dont Tatiana avec son chien. Elle nous conduit dans sa cave. Et elle a tout prévu pour tenir quelques jours dans cet abri. Après huit ans de guerre, elle nous confie qu’elle rêve d’une vie normale. Quand on se rapproche encore un peu plus de la ligne de front, on perçoit une immense lassitude chez les habitants. Alexandre est retraité. La guerre, nous dit-il, va encore faire souffrir les civils. Actuellement, les miliciens sont sur leur garde. “D’ailleurs, dans ce village, beaucoup de maisons ont été ciblées, touchées par des tirs. Cette nuit, quatre tirs de roquettes ont été entendus un peu plus au sud sur la ligne de front. Donc le cessez-le-feu est très très précaire, en ce moment. Et dans les tranchées, chez les séparatistes, le niveau d’alerte est très élevé”, nous rapporte Liseron Boudoul, notre envoyée spéciale sur place."


4 / Ukraine
les séparatistes sur le qui vive

le lien: 16 février 2022 (20h)

"Dans la nuit du mardi à mercredi, en plein couvre-feu, des échanges de tirs à l'arme lourde ont eu lieu dans les faubourgs de Donetsk. Le niveau d'alerte était maximum dans ces tranchées dans la vidéo en tête de cet article. Les séparatistes russes du Donbass sont sur le qui-vive malgré l'intensité diplomatique. "J'observe attentivement les blindés ukrainiens en face pour voir s'ils se déplacent ou s'il y a le moindre mouvement", lâche un militaire. D'un côté comme dans l'autre, il n'y a qu'une seule question. Qui pourrait déclencher le premier les hostilités ? "Les Ukrainiens font de tir de provocation pour qu'on réponde. C'est leur stratégie", affirme un séparatiste russe. Et chaque camp se protège pour éviter une incursion de l'ennemi. Il y a des mines tout autour de la tranchée. Nous avons rencontré Erwan Castel, un ancien officier de l'armée française d'origine bretonne, blessé par une mine antipersonnel. Il a combattu auprès des miliciens séparatistes il y a sept ans. Au sud du Donbass, nous avons rejoint le front maritime sur la mer d'Azov. Cette petite mer est stratégique car, la distance entre la Russie et l'Ukraine n'est que de 30 km. Sur ses cotes, pourrait donc aussi se déclencher un éventuel conflit. Les habitants de ce Donbass pro-russe le redoutent. Ils espèrent donc une issue diplomatique. Et ils croient que la Russie, qui les protège déjà depuis huit ans, les soutiendra si une guerre éclate."


5 / Bombardements à l'Est de l'Ukraine
des civils évacués vers la Russie

le lien: 18 février 2022 (20h)

"Les voitures se ruent vers les stations essence. À Louhansk, ville contrôlée par les séparatistes pro-russes, les autorités viennent de demander aux civils d'évacuer. Les habitants se préparent comme l'a constaté notre envoyé spécial sur place dans la vidéo en tête de cet article. S'affichant en protecteur, Vladimir Poutine a annoncé qu'il hébergerait les réfugiés en Russie, les nourrirait et leur donnerait 129 euros. Dans le Donbass occupé par les séparatistes et à Donetsk, les sirènes retentissent pour demander aux civils d'évacuer. Une guerre des mots commence. Le chef de cette République autoproclamée accuse l'Ukraine. C'est un mensonge, rétorque le gouvernement ukrainien. Après deux mois plutôt calmes, les affrontements se sont intensifiés ces derniers jours de part et d'autre de la ligne de front. Côté ukrainien, une école a été touchée sans faire de victime. Jeudi, 600 échanges de tirs ont été répertoriés par les observateurs internationaux. C'est deux fois plus que la moyenne de l'année 2021. Est-ce le signe qu'une guerre entre la Russie et l'Ukraine se rapproche ? Coté russe, Vladimir Poutine dit continuer à retirer des troupes. Mais les États-Unis ne le croient pas. Bien au contraire, le nombre de soldats russes augmentent de 130 000 début février à 169 0000 voire 190 000. Ce vendredi soir, le président américain doit s'entretenir par visioconférence avec Emmanuel Macron et plusieurs autres leaders européens."


6 / Crise en Ukraine : 
l'exode a commencé à Donetsk

le lien: 19 février 2022 (13h)

"À une vingtaine de kilomètres du poste-frontière avec la Russie, les habitants sont en train de quitter la région de Donetsk. D'ailleurs, ce samedi matin, des bus ont été réquisitionnés par la République autoproclamée de Donetsk pour évacuer la population prioritaire. Il s'agit notamment des femmes, des enfants et des personnes âgées dont les habitations sont situées à proximité de la ligne de front. Cette dernière qui s'est véritablement réactivée avec des échanges de tirs à l'arme lourde. Côté russe, ces personnes vont être accueillis dans des centres d'accueil. Et Vladimir Poutine a annoncé qu'il donnerait à chaque personne évacuée la somme de 10 000 roubles, soit environ 110 euros. Cela correspond à la moitié d'un salaire mensuel dans le Donbass. Une victimisation immédiatement dénoncée par les Etats-Unis." 


7 / Donbass : l'exode des civils pro-russes

le lien : 19 février 2022 (20h)

"Dans la vidéo en tête de cet article, des habitants arrivent par petits groupes, en voiture ou en bus. Ils quittent la région de Donetsk pour aller se mettre à l'abri en Russie où ils vont être accueillis à bras ouverts par Vladimir Poutine. Natacha a préparé sa valise ce samedi matin pour quelques jours, dit-elle. Elle a peur. C'est la même angoisse qui pousse Valentina et sa fille à partir. Elles habitent à Gorlovka, tout à côté de la ligne de front. Les hommes de 18 à 55 ans ne peuvent pas sortir du Donbass. La mobilisation générale est décrétée. Alors que sur l'ensemble de la ligne de contact, les échanges de tirs se font de plus en plus violents. Exceptionnellement, nous avons pu pénétrer dans le deuxième bastion séparatiste du Donbass, la République autoproclamée de Louhansk. Dans ces tranchées désormais, ces miliciens nous disent craindre une action militaire d'envergure des forces ukrainiennes. Mais ces séparatistes nous assurent qu'ils ne ripostent pas pour le moment. Mais les habitants qui vivent dans cette zone dangereuse redoutent l'embrasement. Ils ne savent pas où ils doivent aller. Et certains ne veulent pas être évacués en Russie. Ils préfèrent rester sur leurs terres avec un infime espoir que les combats s'arrêtent."

8 / Séparatistes russes : mobilisation générale

 le lien : 20 février 2022

"Depuis notre hôtel la nuit dernière, nous entendons des tirs à l’arme lourde. Ils résonnent jusqu’au cœur de Donetsk. Ce dimanche, quand nous traversons la ville, aucun habitant , aucune activité sauf ici dans cette rue. L’école est transformée en centre de recrutement de civils car c’est la mobilisation générale depuis samedi. Sergueï est volontaire pour aller “combattre les Ukrainiens” dit-il. Tous ces hommes veulent défendre leur Donbass pro-russe. Il y a même quelques anciens combattants comme Ivan. Liseron Boudoul, notre envoyée spéciale sur place, précise : “Tous les hommes qui s’engagent sont amenés directement avec ces bus sur leurs unités d’affectation. Certains d’entre eux vont rejoindre les fronts dans les heures qui viennent”. Le front, il n’est jamais loin ici. Et justement, les tirs reprennent. Nous sommes du côté de l’aéroport de Donetsk. Surpris, nous nous équipons rapidement. Il faut s’écarter rapidement de la voiture qui pourrait être prise pour cible car les tirs d’obus s’enchaînent. Ils proviennent des positions ukrainiennes à cinq kilomètres. Nous profitons d'un moment d'accalmie. Dans le quartier de Putilovka, des tirs résonnent encore. Natalia, l’épicière n’en peut plus. Alors que le front s’enflamme autour de Donetsk, les habitants se sentent de plus en plus seuls. La paix, ils n’y croient plus." 

Faux témoignage devant la Commission d'enquête parlementaire ? - 17/02/22


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Tweet de Me Fabrice DI VIZIO ce jeudi 17 Février 2022 - "Les responsables de mac kinsey ont ils fait un faux témoignage devant la commission d’enquête parlementaire ! La question se pose". - ▶️https://jenesuispasundanger.com/ ▶️ADSPE : https://www.adspe.fr/ ▶️Site Web : https://www.divizio.fr/ ▶️Twitter de Maître Di Vizio : https://twitter.com/DIVIZIO1 ▶️Twitter de la chaîne YouTube : https://twitter.com/TV_Izio_Shorts ▶️Twitch : https://www.twitch.tv/divizio1 ▶️Discord : https://discord.gg/9pabmtww ▶️Instagram : https://www.instagram.com/tv_izio/?hl=fr - #Divizio #Twitter #Short⁩