lundi 13 avril 2015

Hillary Clinton : de la candidate-Système à la nausée-antiwar / Hillary Clinton : from the candidate-system at the nausea-antiwar

Source : http://www.dedefensa.org/article-de_la_candidate-syst_me_la_naus_e-antiwar_13_04_2015.html
Auteur : Philippe Grasset


Hillary Clinton candidate pour 2016, quelle non-surprise ! Tout le monde la donnait candidate et tout le monde dans les salons la voient gagnante, d’ailleurs comme en 2006-2007 où elle était déjà super-favorite et où elle perdit magnifiquement comme l'on sait. Tout cela fait partie du cirque-Système habituel, dont Hillary est un des clowns-vedette. Il faut dire que, présidente, elle comblerait nos vœux les plus chers : une femme présidente, une adepte à la fois de l’affectivisme et du déterminisme-narrativiste, extrêmement postmoderne, espérant parvenir à faire une campagne de $2,5-$3 milliards avec les donateurs qui vont bien, une extrémiste exaltée qui nous donnerait sans doute une Victoria Nuland au département d’État, – que du bonheur, comme ils disent selon une expression si complètement de la couleur des temps. (Pour avoir une mise en bouche ... Un article de Robert Parry, de ConsortiumNews, du 10 février 2014 donne une vision équilibrée de l’action diplomatique et de sécurité nationale de Clinton, – et les choses ne se sont pas améliorées depuis, avec son attitude tout au long de la crise ukrainienne. Il est aussi simple de dire qu’Hillary Clinton est une neoconaffirmée, qui ferait parfois passer GW Bush pour un modéré, et bien sûr idem pour Obama.)
... Bien, passons outre ces bruits de basse-cour. Hillary ne présente guère d’intérêt, sinon la capacité de rassembler sur son nom un certain nombre de $milliards, pour faire perdurer le désordre américaniste dans la voie dynamique où il se trouve. Beaucoup plus intéressant, cet article d'Edward Lozansky, dans Sputnik.News, le 10 avril 2015. Lozansky est un homme intéressant, Ukrainien de naissance du temps de l’URSS, études avancées à l’Institut de Moscou de Physique et d’Ingénieurerie, mis à l’index pour avoir critiqué la politique extérieure de l’URSS et s’expatriant aux USA en 1976, pour travailler à l’Université de Rochester puis à l’American University de Washington, avant de revenir en 1990 en URSS redevenue Russie pour fonder l’American University de Moscou. (Voir sa biographie.) Tout cela pour dire que Lozansky n’est pas un extrémiste et qu’il garde aussi bien un pied à Washington, avec les contacts qu’il faut, tout en travaillant à Moscou. Son texte est intitulé «Who is America's Worst Enemy?».
• ... Et la réponse est étonnante, dans tous les cas pour les républicains : «Ironically, in a recent poll, over a third of the Republican Party members named none other than US President Barak Obama as the biggest threat to America.» Effectivement, un sondage réalisé par Reuters/Ipsos, et dont les résultats ont été communiqués le 31 mars 2015 (reprise dans Business Insider), donne chez les républicains Obama comme première “menace imminente” pour les USA, très loin devant Poutine (25%) et Assad (23%).
«A Reuters/Ipsos online poll this month asked 2,809 Americans to rate how much of a threat a list of countries, organizations and individuals posed to the United States on a scale of 1 to 5, with one being no threat and 5 being an imminent threat. The poll showed 34 percent of Republicans ranked Obama as an imminent threat, ahead of Putin (25 percent), who has been accused of aggression in the Ukraine, and Assad (23 percent). Western governments have alleged that Assad used chlorine gas and barrel bombs on his own citizens...
»Given the level of polarization in American politics the results are not that surprising, said Barry Glassner, a sociologist and author of “The Culture of Fear: Why Americans are afraid of the wrong things.” “There tends to be a lot of demonizing of the person who is in the office,” Glassner said, adding that “fear mongering” by the Republican and Democratic parties would be a mainstay of the U.S. 2016 presidential campaign...»
Il n’est pas assuré que nous soyons de l’avis de Mr. Glassner. Même pour des républicains, faire du président des USA la première “menace imminente”, à près de 10% devant un Poutine après le torrent de diabolisation et d’accusations antirusses de ces douze derniers mois, constitue un cas exceptionnel qui révèle une rupture complète, non pas entre les deux partis (c’est une évidence sans grande importance), mais dans le cœur même du sentiment nationaliste de patriotisme, et de l’affirmation d’exceptionnalisme qui ont toujours caractérisé l’attitude civique aux USA, et ceci et cela favorisés jusqu’à l’outrance d’une constante mise en condition par le système de la communication. Ce n’est pas de “polarisation” entre deux partis qui sont comme les deux ailes d’un “parti unique” qu’il faut parler, c’est d’une dissolution explosive du sentiment de fierté collective de la conscience de la citoyenneté américaine, et donc un danger majeur pour le système de l’américanisme ; en effet, ce sentiment de “fierté collective” fut le plus souvent l’effet d’un effort constant de manufacture du système de la communication pour tenir unie une fédération (les USA) qui ne l’était guère, et sa dissolution serait, – est un échec particulièrement grave, troublant et gros d’une instabilité redoutable.
• Là-dessus, après l’introduction qu’on a lue, Lozansky passe en revue la politique extérieure d’Obama dans la mesure où c’est sur ce point, selon lui, que les républicains devront en priorité affronter le candidat démocrate, – fort probablement, la candidate Hillary ... Et le mot qui résonne aujourd’hui parmi les élus républicains, ou plutôt l’expression est celle de “chaos total”, où les USA ne sont plus capables, par leur propre faute, de reconnaître qui est leur ami, qui est leur ennemi, qui est leur allié et qui est leur adversaire ...
«“Total chaos" is how many Congress members, Republicans and Democrats alike, most often describe the current situation in the Middle East. The media seem to concur. In this chaos neither politicians, nor generals, nor yet even the wisest military analysts can confidently say who is a friend and ally, and who is the enemy. It just so happens that one of America's certain enemies, Iran, is helping us in the fight against the Islamic State, while at the same time supporting the leadership of Syria and Shiite rebels in Yemen who have overthrown pro-US President Abd Rabbuh Mansur Hadi...[...]
»In the recent talks on Iran's nuclear problem it was our top enemy Russia who was a key and a constructive player without whom the problem simply cannot be solved. Even US State Department spokesperson Marie Harf said that Russia played an important role in reaching the framework agreement with Iran. All of this is unfolding against the backdrop of tough sanctions imposed on Russia. With these, Obama hopes to destroy Russia's economy and achieve a change in leadership. Yet these policies have failed to achieve any of these goals. Besides, some European countries are beginning to protest against the sanctions – which hurt their own economies, not just Russia’s.»
... Tout cela conduit à un constat paradoxal que fait Lozansky. Alors que Washington retentit de cris guerriers, de proclamations de guerre totale, de dénonciations furieuses, semble apparaître une sorte de mouvement de lassitude extrême, avec l’impérieuse idée qu’il est vraiment nécessaire de changer quelque chose à cet immense bordel. Le paradoxe est que ce qu’on pourrait désigner comme une “nausée-antiguerre” se manifeste chez des républicains, où l’on trouve pourtant, avec les McCain, Graham & Cie, les plus acharnés paranoïaques-bellicistes qui se puissent manufacturer aux normes du Système.
«In short, the problems are snowballing, and it looks like some people in Washington have started to search for better ideas. Last week in Congress, where until recently anti-Russia resolutions were churned out one after another, one of the most prestigious Senate halls was lent to US “dissidents” who explained in so many words to those present that the White House Russia policy was all wrong. Dana Rohrabacher, a Congressman from California, and Ronald Reagan’s speechwriter, stated clearly that instead of fomenting anti-Russian hysteria, Obama would do well to start talking to Putin at once, find a diplomatic solution to the Ukraine crisis, and reach an agreement on joint operations to fight radical Islam.
»Other prominent political observers, journalists and even former CIA and Pentagon analysts also criticized the White House policies and their own colleagues. It was said that these policies were dangerous and detrimental to the United States itself, as they could cause direct military confrontation with Russia, not excepting nuclear strikes.
»Characteristically, during a recent voting on lethal weapons deliveries to Ukraine, as many as 48 Congressmen spoke out against such deliveries. Previously, such voices were few and far between. Obviously, this is far from a substantial opposition as yet, but the tendency is there all right. According to information from reliable sources, a fairly influential group of Republicans is soon to make public its view of cardinal changes in US foreign policy. Russia will be offered certain compromise options for settling the Ukrainian crisis in exchange for support in the fight against terrorist threats. The names of those potential presidential candidates who will dare voice these ideas are not being disclosed now, as it takes considerable courage to do that. Yet the one who will risk it will most likely earn quite a few political points.
»America is weary of its endless wars, and a war with Russia is the last thing anyone might want. It is the time for Obama instead of sabotaging the upcoming celebrations of our joint victory over Nazi Germany in WWII to make a phone call to Putin with the offer of a reasonable compromise on Ukraine. This would not only highly benefit both our nations and mankind but undoubtedly would also boost Obama’s legacy which is presently based on a very shaky ground.»
Il s’agit là un bien curieux développement, qui témoigne dans tous les cas d’une confusion extraordinaire du pouvoir, – de ce qu’il en reste, à Washington D.C. L’explication, certes, on la connaît par rapport à ce que nous estimons de la situation générale, qui est la surpuissance aveugle de la politique-Système qui emporte les USA, avec le reste du bloc BAO avec plus ou moins d’entrain. Cette politique-Système n’a aucun sens sinon celui, nihiliste, de la déstructuration-dissolution pour conduire à l’autodestruction, – et quoi de plus simple, comme explication de la situation générale ... Par contre, les conséquences, au niveau des attitudes et des comportements humains dans le cours de cette politique qu’ils croient de moins en moins conduire, sont d’une complexité extrême. Alors, les paradoxes ne manquent pas.
... C’en serait un, en effet, et de taille, si quelque chose se dessinait au sein du parti républicain pour dégager une critique anti-guerre de la probable candidate démocrate, la sémillante Hillary adorée de tous les salons, et qui a les yeux étincelantes de la guerrière au nom d’une politique toute entière emprisonnée dans l’affectivisme qui parvient, seul, à faire avaler les pilules successives de la politique-Système. Après tout, c’est Hillary, exultant à l’image d’un BHL ou d’une Christine Ockrent, qui s’exclamait devant la vidéo montrant le corps lynché, déchiqueté, empalé de Kadhafi «We came, we saw, he died», – cela avant qu’on lui passât, à elle Hillary, les petits fours pour la dégustation. Il n’est pas sûr que ce qui reste de cet épouvantable spasme de ruines sanglantes qu’est la Libye apprécie les petits fours aujourd’hui. Et voilà que certains, à Washington, découvrent la nausée, à leur tour, et qu’éventuellement cette nausée pourrait être un bon investissement électoral.
Il est certain qu’Obama a réussi à rassembler sur son nom une fantastique désunion du monde politique et des électeurs les plus engagés. Il n’est pas sûr que le racisme explique tout, et nous verrions même cet argument pour salon de thé ettalk-shows n’être qu’une façade émotive et de convenance. (Après tout, pour les Africains-Américains également, BHO est “le pire président des USA depuis 1945” [au moins].) Le phénomène intéressant est que cet dissolution antagoniste du sentiment collectif a tendance à se manifester principalement sur la politique étrangère, où Obama fait pour l’essentiel, ou laisse faire (absence de contrôle) la politique que réclament les extrémistes républicains. Cette tendance est nécessairement le moteur de l’activisme d’Hillary, qui en est complètement la prisonnière. Par conséquent les tactiques électorales peuvent conduire à des contrepieds, des perspectives à front renversé, etc., avec des situations d’une extrême originalité. Il ne s’agirait que d’un tribut justifié rendu au désordre illimité qui règne à Washington, de façon à ce que ce désordre ne soit pas en vain.
Quoi qu’il en soit, nous serions tentés, selon notre sentiment courant, de ne pas mettre trop d’espoir dans un tel mouvement, qui demande une capacité de rassemblement et un courage hors du commun par rapport à la terrorisation des psychologies qu’exerce le Système. (Lozansky lui-même parle de “courage” : «The names of those potential presidential candidates who will dare voice these ideas are not being disclosed now, as it takes considerable courage to do that.») Mais peut-être le désordre parviendrait-il à accoucher du contraire de ce qu’il tend à diffuser, dans un mouvement classique de “coup de fouet en retour” (la CIA, qui a l’habitude, dit “blowback”), – peut-être les psychologies parviendraient-elles effectivement à susciter indirectement un réflexe de rejet à partir de la nausée signalée dans ces remarques... Cela conduit enfin à observer que l’appréciation hypothétique la plus significative qu’on peut présenter à propos de ce rassemblement et des supputations que fait Lozansky, c’est effectivement que l’ensemble washingtonien est en train d’arriver à un point de saturation de son propre désordre ; comme si le désordre lui-même finissait par avoir la nausée de tout ce désordre...

Mis en ligne le 13 avril 2015 à 14H29

dimanche 12 avril 2015

Les USA ont cinq ans pour mettre la Russie à genoux, sinon ils sortiront de l’Histoire, et ils le savent / The USA have five years to force to kneel down Russia, otherwise they will go out of the History, and they know it


Par Alexander Chuikov – Le 9 avril 2015

Source : http://lesakerfrancophone.net/interview-dun-ancien-analyste-russe-des-services-du-renseignement-exterieur/

JACQUES LACAN : LE RÉEL ÇA COGNE

Interview d’un ancien analyste russe des services du renseignement extérieur

Dans la banlieue nord de Moscou, sous la protection sûre des Troupes de l’intérieur, se trouve discrètement un ancien Institut secret du Service russe du renseignement extérieur (SVR). Aujourd’hui, au-dessus de la porte d’entrée, on peut lire, écrit en lettres d’or : Institut russe d’études stratégiques. Mais le nom pacifique ne saurait tromper celui qui est au courant que plus de deux cents employés sont en train de forger ici le bouclier analytique de la patrie.


Lieutenant-général Leonid Rechetnikov
Y aura-t-il une nouvelle guerre dans le Sud-Est de l’Ukraine ? Qui est derrière le président des États-Unis ? Pourquoi nombre de nos responsables peuvent-ils être appelés agents idéologiques d’influence? En pesant chacun de ses mot, comme d’habitude, le directeur de l’Institut, le lieutenant-général à la retraite Leonid Rechetnikov, répond à ces questions, et à d’autres.


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– Vous aviez un patron important, le SVR. Pourquoi avez-vous été subitement déclassifié ?

– En effet, nous étions un institut de renseignement extérieur classé, voué à l’analyse de l’information disponible sur l’étranger proche et lointain. Non seulement les services de renseignement, mais aussi les structures qui définissent la politique étrangère du pays ont besoin d’information. C’est assez curieux, mais dans l’administration présidentielle russe (AP), de tels centres d’analyse sérieux n’existaient pas. Il y avait bien une foule d’institutions, qui se résumaient au directeur, à une secrétaire et à l’épouse du directeur pour servir d’analystes. L’AP manquait de véritables professionnels, et la communauté du renseignement devait fournir certains des siens.

Aujourd’hui, notre fondateur est le président de la Russie, et toutes les demandes de recherche gouvernementales sont signées par le chef de l’Administration, Sergei Ivanov.

– Combien vous demande-t-on d’analyses ? Nous sommes en effet, un pays de paperasses, tout le monde écrit beaucoup, mais est-ce que cela a un impact sur le résultat final?

– Quelquefois, nous voyons des actions qui entrent en résonance avec nos notes d’analyse. Parfois, c’est surprenant, vous exprimez certaines idées, qui ensuite deviennent une tendance dans l’opinion publique russe. Apparemment, beaucoup d’entre elles flottent dans l’air.

– Aux États-Unis, le groupe de réflexion Stratfor et le centre de recherches stratégiques Rand Corporation font quelque chose de similaire. Lequel d’entre vous est le plus cool?

– Lorsque, après avoir été transférés à l’AP en avril 2009, nous avons rédigé une nouvelle charte pour l’Institut, on nous a dit, comme un souhait, que nous devrions suivre leur exemple. J’ai alors pensé : «Si vous nous financez, comme Stratfor ou la Rand Corporation le sont, alors nous ferions honte à tous ces cercles de réflexion étrangers.» Après tout, les analystes russes sont les plus forts au monde. Tout spécialement les experts régionaux, qui ont plus de cerveaux à l’esprit frais et objectif. Je peux en parler avec confiance, après tout j’ai produit des analyses pendant 33 ans, d’abord dans la Première direction générale du KGB (FCD), puis dans le Service russe du renseignement extérieur.

Ô ONG, où nous mènes-tu ?  (Ô Brother Where Art Thou)

– Il est bien connu que la Rand Corporation avait développé un plan pour l’opération anti-terroriste de l’Ukraine dans le Sud-Est du pays. Est-ce que votre institut a produit des informations sur l’Ukraine, la Crimée en particulier?

– Évidemment. A la base, seuls deux instituts avaient travaillé sur l’Ukraine: le RISS et l’Institut de Konstantin Zatulin des pays de la CEI. Depuis la fondation, nous avions écrit des rapports analytiques sur la croissance de sentiments antirusses en Ukraine continentale et le renforcement de sentiments pro-russes en Crimée. Nous avions analysé l’activité des autorités ukrainiennes. Mais nous ne produisions pas d’informations alarmistes, du genre tout est perdu, nous attirions plutôt l’attention sur la montée du problème.

Nous avons suggéré d’améliorer significativement le travail des organisations non gouvernementales (ONG) pro-russes, et de renforcer, comme on dit aujourd’hui, la pression de la politique du soft power.

– Avec un ambassadeur comme Zurabov [l’ambassadeur russe en Ukraine, NdT], nous n’avons pas besoin d’ennemis!

– Les activités de toute ambassade et de tout ambassadeur sont limitées par une multitude de contraintes. Si quelqu’un les outrepassait, il y aurait un scandale. De plus, le manque de personnel professionnel est un vrai problème en Russie. Et pas seulement dans le champ diplomatique. Les services publics sont amoindris, pour ainsi dire, il y a très peu de gens vraiment motivés.

On ne se méfie pas suffisamment du rôle des ONG. Un exemple frappant, ce sont les révolutions de couleur, fomentées par des organisations non gouvernementales étrangères, en particulier américaines [et allemandes, NdT]. C’était le cas en Ukraine. Malheureusement, actuellement on n’accorde pas d’attention à la création et au soutien de telles organisations, qui agiraient dans notre intérêt. Et si elles existaient, elles remplaceraient dix ambassades et dix ambassadeurs, même très intelligents. Maintenant, la situation a commencé à changer après que le président a donné des instructions directes. Plaise à Dieu que les subordonnés ne fassent pas la sourde oreille à ce développement.

Que faire s’il y a une guerre demain?

– A votre avis, comment la situation va-t-elle évoluer en Novorussie au printemps et en été? Est-ce qu’il y aura une nouvelle campagne militaire?

– Hélas, la probabilité en est très forte. Il y a un an, l’idée de la fédéralisation de l’Ukraine était plausible. Mais maintenant Kiev n’a besoin que de la guerre, que d’un État unitaire. Cela pour plusieurs raisons. La principale est que ces gens idéologiquement antirusses ont été portés à la tête du pays, ce ne sont pas seulement des subordonnés de Washington, ils sont littéralement stipendiés par les forces qui se cachent derrière le gouvernement états-unien.

– Et que veut ce célèbre gouvernement mondial occulte ?

– Il est plus facile de dire ce qu’ils ne veulent pas: ils ne veulent pas une Ukraine fédérale, elle serait trop difficile à contrôler. Ils ne pourraient pas déployer leurs bases militaires et un nouveau système de défense anti-missile selon leurs plans. A partir de Lugansk et Kharkov, les missiles tactiques de croisière peuvent atteindre le Trans-Oural, où sont placées nos principales forces de dissuasion nucléaires. Avec une probabilité de 100%, elles seraient en mesure de frapper les missiles balistiques enterrés dans des silos et les missiles mobiles au moment du décollage [et réussir ainsi une première frappe paralysante, NdT]. Actuellement, cette zone n’est pas accessible depuis les lieux occupés par les bases de l’US Army: la Pologne, la Turquie, l’Asie du Sud-Est. C’est l’objectif principal. En plus, les États-Unis combattront pour le Donbass jusqu’au dernier Ukrainien.

– Autrement dit, les champs de gaz de schiste qui sont dans la zone n’ont pas vraiment d’importance?

– Le principal objectif stratégique est une Ukraine unitaire sous leur contrôle total pour combattre la Russie. Le gaz de schiste, ou les terres arables sont seulement un bonus sympathique. Des gains collatéraux. Plus un coup sérieux à notre industrie de défense à cause de la rupture des relations entre l’Ukraine et la Russie. C’est déjà fait.

– Donc nous avons été dominés, ce fils de pute de Ianoukovitch a dû être évacué avec l’aide des forces spéciales et Washington a installé ses propres fils de pute, c’est ça?

– D’un point de vue stratégique militaire, bien sûr, nous avons été dominés. La Russie a eu la Crimée en compensation. Et une autre compensation est la résistance des habitants du Sud-Est de l’Ukraine. Mais l’ennemi a déjà obtenu un vaste territoire qui faisait autrefois partie de l’Union soviétique et de l’Empire russe.

– Que verrons-nous cette année en Ukraine?

– Un processus de semi-décomposition ou même de décomposition complète. Pour le moment, beaucoup côtoient tranquillement la présence du véritable nazisme. Mais les gens qui comprennent que l’Ukraine et la Russie sont solidement reliées n’ont pas encore eu leur mot à dire. Ni à Odessa ou Kharkov, ni à Zaporozhye, ni à Chernigov. Le silence n’est pas éternel. Et le couvercle de la chaudière va inévitablement exploser.

– Et comment vont se développer les relations entre la Novorussie et le reste de l’Ukraine?

– Il y a un scénario improbable genre Transnistrie. Mais je n’y crois pas – le territoire de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lugansk est beaucoup plus grand, des millions de gens ont été entraînés dans la guerre. La Russie est en mesure de convaincre les chefs de la milice de maintenir un répit temporaire et une trêve. Mais c’est en effet temporaire. Il n’y a pas de discussion à propos d’un retour quelconque de la Novorussie en Ukraine. Les gens du Sud-Est ne veulent pas être des Ukrainiens.

– Puisque notre pays a déjà été isolé par la communauté internationale à cause de l’annexion de la Crimée, pourquoi ne pas jouer le tout pour le jour dans le Sud-Est? N’est-ce pas hypocrite ?

– A mon avis, c’est trop tôt. Nous sous-estimons la conscience de notre président, qui sait que certains processus protégés des regards indiscrets sont actuellement en cours en Europe. Ils nous donnent l’espoir que nous aurons les méthodes et les moyens qui nous permettront de défendre nos intérêts.

Un front sans ligne de front

– Au milieu des flots d’informations associés à l’Ukraine, nous avons tendance à oublier la croissance explosive de l’extrémisme religieux en Asie centrale…

– C’est une tendance extrêmement dangereuse pour notre pays. La situation est très difficile au Tadjikistan. Le Kirghizstan est aussi instable. Mais la première attaque pourrait être dirigée contre le Turkménistan, exactement comme votre article l’a écrit. Nous l’oublions quelque peu, parce que Achgabat reste séparé. Mais cet étage peut s’effondrer en premier. Ont-ils assez de forces pour se défendre eux-mêmes? Ou devrons-nous intervenir dans un pays qui nous tient à une distance assez éloignée ? Donc c’est une zone difficile.

Ce n’est pas dû seulement à la pénétration de militants de l’État islamique dans la région. Selon des informations récentes, les États-Unis et l’Otan ne vont pas quitter l’Afghanistan et vont y conserver leurs bases. D’un point de vue militaire, cinq ou dix mille soldats qui stationnent pendant un mois peuvent être déployés pour former un groupe fort de 50 000 à 100 000 hommes.

C’est une partie d’un plan global destiné à encercler la Russie et à faire pression sur elle, un plan porté par les États-Unis pour renverser le président Poutine et diviser le pays. Un homme de la rue ordinaire peut évidemment ne pas le croire, mais les gens qui disposent de suffisamment d’informations en sont bien conscients.

– Quels seront les contours de la division?

– Au départ, ils planifient de prendre ce qui est faiblement lié. Peu importe ce qui se détachera: Kaliningrad, le Nord Caucase ou l’Extrême-Orient. Cela sera le détonateur d’un processus qui se transformera en avalanche. Cette idée n’est pas de la propagande, elle est réelle. Une telle pression de l’Ouest (l’Ukraine) et du sud (Asie centrale) ne fera que croître. En essayant de pénétrer par la porte ouest, ils testent aussi la force de la porte du sud.

– Où est notre direction stratégique la plus dangereuse?

– La direction du sud est très dangereuse. Mais jusqu’à présent, il y a des États tampons – les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Et vers l’ouest, la guerre est déjà aux frontières. Sur notre territoire, en fait.

Ce qui se passe là-bas n’est pas un combat entre les Ukrainiens et les Russes, mais la guerre du système mondial. Certaines gens croient qu’ils sont l’Europe, alors que d’autres s’associent avec la Russie. Après tout, notre pays n’est pas seulement un territoire, mais une grande civilisation en elle-même, qui a apporté au monde ses vues sur l’ordre mondial. D’abord, bien sûr, il y avait l’Empire russe comme modèle d’une civilisation orthodoxe orientale. Les bolcheviques l’ont détruit, mais ont produit une nouvelle idée civilisationnelle. Maintenant, nous sommes arrivés très près d’un troisième paradigme. Dans cinq ou six ans, nous la verrons.

– Qu’est-ce qu’elle sera?

– Je pense que ce sera une bonne symbiose des deux précédentes. Et nos collègues assermentés [Services secrets occidentaux, NdT] en sont bien conscients. Par conséquent, l’attaque a commencé de tous côtés.

– C’est-à-dire que la lutte russo-américaine commune contre le terrorisme, en particulier avec ISIS, est une fiction ?

– Bien sûr. L’Amérique crée des terroristes, les nourrit et les entraîne, puis elle donne l’ordre à toute la bande : Attaquez! Peut-être qu’un chien fou de la bande sera tué, mais les autres seront incités encore plus activement.

Le veau d’or est toujours debout et Satan conduit le bal (Faust)

– Leonid Petrovich, je vois, vous pensez que les États-Unis et les présidents américains ne sont que des instruments. Qui alors décide la politique ?

– Il y a quelques sociétés de gens pratiquement inconnus du public qui ne se contentent pas d’installer les présidents américains au pouvoir, mais définissent les règles de tout le Grand jeu. Ce sont, en particulier, les corporations financières multinationales. Mais pas seulement elles.

Maintenant, il y a une refonte en cours du système économique et financier mondial. C’est une tentative de repenser toute la structure du capitalisme, sans l’abandonner. La politique étrangère est en train de changer de façon spectaculaire. Tout à coup, les États-Unis ont effectivement lâché Israël, leur principal allié au Moyen-Orient, au nom de l’amélioration de leurs relations avec l’Iran. Pourquoi l’Iran est-il plus nécessaire et plus important que Tel Aviv? Parce qu’il fait partie d’une ceinture qui encercle la Russie. Ces forces clandestines sont déterminées à liquider notre pays en tant qu’acteur sérieux sur la scène mondiale. Après tout, la Russie porte une alternative civilisationnelle à l’ensemble de l’Occident uni.

Surtout maintenant, alors qu’il y a une croissance explosive de sentiments anti-américains dans le monde. La Hongrie, où des forces conservatrices de droite sont au pouvoir, et les gauchistes grecs – au départ des forces diamétralement opposées – sont en fait unies et ont résisté aux diktats des États-Unis sur le Vieux continent. Il y a des gens prêts à résister en Italie, en Autriche, en France, et ainsi de suite. Si la Russie émerge cette fois-ci, des processus vont démarrer en Europe qui seront défavorables aux forces qui aspirent à la domination mondiale. Et elles le comprennent parfaitement.

– Certains dirigeants européens se sont déjà plaints que les sanctions états-uniennes leur avaient été littéralement imposées. Est-ce que l’Europe peut échapper à l’étreinte amicale des États-Unis ?

– Jamais. L’Amérique la tient solidement par un certain nombre de chaînes: la planche à billets de la Fed, la menace de révolutions de couleur et l’élimination physique de politiciens indésirables.

– Est-ce que vous n’exagérez pas avec l’élimination physique?

– Pas du tout. L’Agence centrale du renseignement des États-Unis, la CIA – même en termes de tâches – n’est pas un service de renseignement. Le KGB, le FCD ou le SVR sont des services de renseignement classiques: pour recueillir des informations et les transmettre à la direction du pays. Pour la CIA, ces attributs traditionnels du renseignement sont tout en bas de sa liste de tâches. Mais sa principale est l’élimination, y compris physique, de dirigeants politiques et l’organisation de coups d’État. Et ils le font en temps réel.

Après le naufrage du sous-marin Koursk, le directeur de la CIA George Tenet s’est envolé pour la Russie depuis la Roumanie. J’étais chargé de le rencontrer à l’aéroport. Pendant un long moment, Tenet n’est pas sorti de l’avion, mais ensuite la rampe était ouverte et j’ai pu regarder l’intérieur de son Hercules. C’était un poste de commande volant, un centre informatique opérationnel, bourré d’équipements et de systèmes de communication qui peuvent surveiller et simuler des situations dans le monde entier. La délégation qui l’accompagnait comptait vingt personnes. Alors que nous avions l’habitude de voler, et encore aujourd’hui, sur des vols réguliers en groupes de deux à cinq personnes. Comme ils disent, sentez la différence.

– A propos des services de renseignements. Il y a eu de nouveau des discussions sur l’idée de restaurer les services de renseignements russes unis en combinant le SVR et le FSB. Quel est votre avis ?

– Extrêmement négatif. Si nous combinons les deux services de renseignement – le renseignement extérieur et le contre-espionnage – alors de deux sources d’information pour la tête de la direction du pays, nous en faisons une seule. Alors l’homme qui commande ce printemps de l’information en aura le monopole. Il peut être manipulé pour atteindre un certain objectif. Dans le KGB, de telles manipulations de l’information étaient évidentes même pour le capitaine Rechetnikov. Pour un président, un roi ou un Premier ministre – ce que vous appelez le plus haut responsable – il est avantageux d’avoir plusieurs sources de renseignements indépendantes. Sinon, il devient l’otage du chef d’une structure particulière ou de la structure elle-même. C’est très dangereux.

Les auteurs de cette idée pensent qu’avec une telle unification, nous nous renforçons, mais en fait, nous nous mettons nous-mêmes en danger.

Quelqu’un est-il condamné ?

– Passons du complot mondial à nos moutons. Comment distinguer le responsable qui ne sait pas ce qu’il fait, d’un agent d’influence qui agit en toute conscience ?

– Il n’y a vraiment pas autant d’agents d’influence de niveau important dans le monde qu’on pourrait le penser. Prendre ou ne pas prendre des décisions stratégiques sérieuses, contraires aux intérêts de son pays, est principalement le fait, pour ainsi dire, d’agents idéologiques. Ce sont ces responsables russes qui se sont trouvés eux-mêmes à occuper un poste de haut rang dans notre gouvernement, mais leur âme est avec l’Occident. Ils n’ont pas à être recrutés comme informateurs ou pour leur donner des ordres. Pour ces gens, tout ce qui est fait là-bas dehors représente les plus hautes réalisations de la civilisation. Et les choses qui sont ici font partie de la Russie malpropre. Ils n’associent pas l’avenir de leurs enfants à ce pays, et ils les envoient étudier à l’étranger. C’est un signe plus important que les comptes dans les banques occidentales. Ces camarades n’aiment pas la Russie de tout leur cœur, indépendamment du fait que le développement de la Russie est ce qu’ils sont chargés d’administrer.

– C’est précisément ainsi que vous avez brossé le portrait de quelques-uns de nos ministres. Comment parviendrons-nous à franchir 2015 avec eux ?

– Avec ou sans eux, l’année sera difficile. Très probablement, la suivante ne sera pas plus facile. Mais ensuite, nous entamerons la marche confiante de la nouvelle Russie.

Leonid Reshetnikov. Né le 6 février 1947 à Potsdam (RDA) dans une famille de militaires. Il est diplômé de la faculté d’Histoire de l’Université d’État de Kharkov et titulaire d’un doctorat de l’Université de Sofia (Bulgarie). De 1974 à 1975, il a travaillé à l’Institut du système économique socialiste mondial de l’Académie des sciences de l’URSS. D’avril 1976 à avril 2009, il a travaillé dans les unités d’analyse du renseignement extérieur. Son dernier poste a été celui de chef du Département d’information et d’analyse du Service russe du renseignement extérieur, membre du conseil de direction du SVR, lieutenant général. En avril 2009, il a été mis à la retraite pour avoir atteint l’âge limite pour le service militaire. Membre du Conseil de recherche du Conseil de sécurité russe. Il parle couramment le serbe et le bulgare, il peut communiquer en grec. Décoré de distinctions d’État (Ordre du courage, Ordre de l’honneur), de distinctions de l’Église orthodoxe russe (Ordre du Saint Prince Daniel de Moscou, Ordre du Saint prince Dmitry Donskoy), ainsi que de médailles et de signes honorifiques.

Article original – Traduit du russe à l’anglais par « D »

Traduit de l’anglais par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

jeudi 9 avril 2015

L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe / The abstention or the blank vote against the FN and the pedagogy of the disaster


Source : http://www.christophevieren.fr/2015/04/l-abstention-ou-le-vote-blanc-contre-le-fn-et-la-pedagogie-de-la-catastrophe.html
1 Avril 2015 , Rédigé par Christophe Vieren
Petite analyse des scores du FN au 1er tour des départementales 2015 dans les cantons de municipalités FN ou ex-FN par comparaison avec son score au niveau national.
L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe
Un ami ayant le choix entre un FN (la peste ?) et un UMP (le choléra ?) au 2cd tour des départementales 2015 me dit avoir voté blanc. Je lui fais tout d'abord remarquer qu'il subsiste tout de même une différence de gravité dans ces deux maladies.
Pour ne prendre qu'un exemple récent; je l'informais que, le 17 mars, 24 députés européens français avaient voté contre une loi favorable à l'avortement et à la contraception. Sur ces 24 députés, il y avait 23 députés FN (Le Pen père étant absent) et UN député UMP (Hortefeux, qui s'est ensuite rétracté). (Voir ICI)
Je ne reviens pas sur des différences telles les sorties de l'Euro et de l'UE ou d'autres bien plus incompatibles avec nos valeurs humanistes et de démocrates communes.
Il me rétorqua alors qu'une fois le FN aux affaires, les français s'apercevront qu'il fait pire que l'UMP et le PS et qu'on ne les y reprendrait pas deux fois. Rajoutant même que cela les inciterait à voter, par retour de balancier, de l'autre côté de l'échiquier politique.
Petit retour vers le passé
Certes le FN de Le Pen n'est pas le NSDAP d'Hitler. Cependant il y a tout de même de grosses ressemblances. Et comme c'était il y a 80 ans, je me permets de rappeler qu'Hitler est devenu chancelier on ne peut plus démocratiquement et qu'il a ensuite éliminé physiquement ses opposants, les communistes, les syndicalistes et les intellectuels prioritairement, avant de transformer l'Allemagne en dictature. On connait la suite : stigmatisation puis élimination de minorités (juifs, handicapés, roms, homosexuels, ...). 80 millions de morts ! Je referme la parenthèse, comparaison n'étant pas raison.
Revenons en France en 2015.
La pédagogie de la catastrophe et le retour de balancier
Théorie : lorsque des personnes subissent une catastrophe, ils ont tendance à prendre des mesures pour se sur-protéger vis-à vis de ce type de catastrophe. Ainsi, quelqu'un qui s'est déjà fait cambrioler aura tendance à mieux protéger sa résidence. Humain, non ?.
Et en matière d'élus FN à la tête d'exécutifs divers, ça marche ? Voyons voir les faits.
Le FN a déjà dirigé cinq villes (1983 à 2008) et en dirige douze depuis 2014 (10 maires FN + 2 soutenus par le FN).
Dans les 17 cantons que comptent les 12 municipalités dirigées depuis 2014 par un maire FN ou adoubé par ce dernier, le FN conforte ses scores des municipales de 2014, dépassant de 12 points (Marseille-7e et Mantes-la-Ville) à 35 points (Hénin-Beaumont-2e) son score national(25,24 %) !
On va me dire, oui, bon, c'est encore frais, ils avancent masqués, ils préparent les présidentielles/législatives de 2017, . . . . Admettons ! Cela ne change cependant rien à l'enjeu.
Concernant les 5 villes qu'il a dirigées depuis 1983, il y a un seul canton sur les 8 (Dreux-2e) où son score est inférieur (-4 pts) à la moyenne nationalePartout ailleurs il dépasse son score national de 4 (Orange) à 17 pts (Vitrolles) !
Et là, c'est quoi la raison ? Ils ont avancé masqués durant 6 ans, voire 12 ans ou plus ? C'est trop ancien, nos concitoyens ont déjà oublié ? Pas terrible comme vaccin !
Dans un cas comme dans l'autre, le retour de balancier, se fait attendre. Non ?
Ci-dessous, une comparaison des scores réalisés par le FN aux municipales 2014 et aux départementales 2015.
Le FN augmente son score dans toutes ces municipalités
L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe
La seule commune où le score baisse est lié au fait qu'il y avait, au premier tour de l'élection départementale 2015, une liste FN (29,13%) et une liste Extrème droite (30,81%) menée par le maire, ex-FN. Le total des deux listes (59,94%) augmente sensiblement relativement à celui du maire à l'élection municipale de 2014 (59,82%) pour laquelle il été soutenu par le FN qui n'y présentait pas de liste !
__________________________
Ci-dessous, les résultats détaillés des premier et deuxième tours des départementales 2015.
Note : La première colonne représente les scores sur le territoire communal, la 2e sur le canton. La première ligne la listes arrivée en tête, la 2e ligne le second, au 1er comme au 2e tour.
Beaucaire
1er tour : FN 53,68 % 49,28 %
2e tour : FN 59,70 % 55,10 % (arrivé 2e : Divers Gauche 13,48 % 22,49 %)
Cogolin
1er tour FN 53,31 % 43,15 % (2e : Union de la Droite 19,49 % 32,02 %)
2e tour : Union de la Droite 42,88 % 53,03 % Elu (en 2e : FN 57,12 % 46,97 %)
Fréjus : FN élu au 1er tour avec 51,17 %
Hayange
1er tour : FN 47,98 % 39,39 %
2e tour : PS 46,67 % 54,70 % Elu (2e : FN 53,33 % 45,30 %)
Hénin-Beaumont (2 cantons, Pas-de-calais)
1er tour
1er canton : FN 55,04 % 46,15 %
2e canton : FN 60,77 % 49,44 % Ballotage
2e tour : FN élu
1er canton : FN 61,78 % 51,84 % (2e : PS 38,22 % 48,16 %)
2e canton : FN 65,21 % 53,78 % (2e : Divers gauche 34,79 % 46,22 %)
Le Luc
1er tour : FN 50,65 % 44,92 % Ballotage
(2e : Union de la Droite 35,39 % 38,02 %)
2e tour : Union de la Droite 47,22 % 52,96 % Elu (2e : FN 52,78 % 47,04 %)
Le pontet : FN élu au 1er tour avec 58,24 % 53,70 %
(2e : UMP 25,86 % 24,79 % ; 3e : Front de Gauche 15,90 % 21,52 %)
Mantes la Ville
1er tour : Union de la Droite 26,88 % 35,01 % Ballotage (2e : FN 37,21 % 28,92 %)
2e tour : Union de la Droite 56,08 % 66,61 % Elu (2e : FN 43,92 % 33,39 %)
Marseille-7e
1er tour : FN 37,34 % 37,34 % Ballotage (2e : Union de la Droite 31,60 % 31,60 %)
2e tour : Union de la Droite 58,21 % 58,21 % Elu (2e : FN 41,79 % 41,79 %)
Villers Cotterêts
1er tour : FN 48,09 % 44,80 % Ballotage (2e : UMP 12,58 % 23,02 %)
2e tour : FN 56,60 % 51,89 % Elu (2e : UMP 43,40 % 48,11 %)
Béziers (3 cantons)
1er tour
1er : FN 46,41 % 44,12 % Ballotage (2e : PS 23,93 % 25,00 %)
2e : FN 46,59 % 45,74 % Ballotage (2e : Union de la droite 20,18 % 21,17 %)
3e : FN 47,19 % 46,86 % Ballotage (2e : Union de la gauche 21,69 % 21,72 %)
2e tour :
1er : FN 54,77 % 54,60 % Elu (2e : PS 45,23 %45,40 %
2e : FN 54,54 % 54,14 % Elu (2e : Union de la Droite 46,59 % 45,74 %:
3e : FN 58,30 % 59,18 % Elu (2e : Union de la Gauche 41,7 % 40,82 %
Camaret-sur-Aigues
1er tour : PS 25,03 % 37,25 % Ballotage (2e : FN 51,55 % 29,91 %)
2e tour : PS 27,28 % 40,82 % Elu (2e : FN 54,85 % 32,76 % ; 3e : UMP 17,88 % 26,42 %)
On va me dire, oui, bon, c'est encore frais, ils avancent masqués, ils préparent les présidentielles/législatives de 2017. C'est possible ! À Béziers le masque ressemble cependant plutôt à un voile.
Anciennes municipalités FN
Voyons maintenant les résultats du 2e tour des élections départementales de 2015 dans les villes que le FN a dirigées antérieurement.
Note : La première colonne représente les scores sur le territoire communal, la 2e sur le canton
Dreux (Eure-et Loire, 32 000 h)
1er tour
1er : FN 33,45% 32,12% (2e : Union de la Droite 31,91 % 30,83%):
2e : FN 21,00 % 27,19 % (2e : UMP 34,70 % 32,59 %)
2e tour
1er : Union de la Droite 61,06 % 61,27 % Elu (2e FN 38,94 % 38,73 %):
2e : UMP 74,11 % 67,13 % Elu (2e : FN 25,89 % 32,87 %)
Orange (Vaucluse, 30 000 h)
1er tour FN 29,13% 31,61% Ballotage (2e : Extrême droite 30,81% 26,98%)
2e tour : Extrême droite 52,90 % 50,03 % Elu (2e : FN 47,10 % 49,97 %)
Marignane (Bouches-du-Rhône, 33 000 h).
1er tour : FN 30,87% 37,30% (2e : Union de la Droite 51,21% 35,03%)
2e tour : Union de la Droite 59,81 % 56,21 % Elu (2e : FN 40,19 % 43,79 %)
Toulon (3 cantons, 168 000 h, Var).
1er tour
1er : Union de la Droite 44,35 % 44,35 % (2e : FN 36,08 % 36,08 %)
2e : Union de la Droite 45,53 % 45,53 % (2e : FN 35,17 % 35,17 %)
3
e : Union de la Droite 45,82 % 42,18 % (2e : FN 32,55 % 35,89 %)
2e tour
1er : Union de la Droite 62,52 % 62,52 % (2e : FN 37,48 % 37,48 %)
2e : Union de la Droite 62,29 % 62,29 % (2e : FN 37,71 % 37,71 %
3e : Union de la Droite 65,66 % 61,39 % (2e : FN 34,34 % 38,61 %
Vitrolles (Bouches-du-Rhônes, 37 000 h)
1er tour : FN 42,64% 36,51% (2e : Union de la Droite 16,08% 30,70%)
2e tour : Union de la Droite 51,9 % 58,95 % Elu (2e : FN 48,1 % 41,05 %)
Sources (y voir les courbes représentant l'évolution des votes FN sur ces cantons) :
Canton de Dreux Canton d'OrangeCanton de MarignaneCanton de Toulon, Canton de Vitrolles.
Et là, c'est quoi la raison ? Ils ont avancé masqués durant 6 ans, voire 12 ans ? C'est trop ancien, nos concitoyens ont oublié ! Déjà ? Pas terrible comme vaccin !
Dans un cas comme dans l'autre, le retour de balancier, se fait attendre. Non ?
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Ce sont les musulmans, les juifs, ou les deux qui amènent la merde en France ?

8 Février 2015 , Rédigé par Christophe VierenPublié dans #Prejuges_et_stigmatisation
   D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des juifs ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, ce sont les juifs qui mettent en cause la laïcité ! Ce sont les juifs qui amènent la merde en France aujourd’hui !
   Avoue que, si tu me connais un tant soit peu, tu te demandes : il déconne ou quoi ?
   En tout cas tu te dis : ouh, la, la, il est fou ? Y en a qui ont été condamnés pour moins que cela. Y a même un humoriste qui a été condamné maintes fois pour ce genre de propos depuis qu'il a eu la mauvaise idée de faire ce sketch dans lequel il caricature un colon extrémiste israélien(France3, 2003). Ses spectacles ont même été interdits en 2014 au motif qu'ils présentaient un risque de trouble à l'ordre public. Y a un autre humoriste qui s'appelait Siné, qui même si il a gagné son procès, a été viré pour antisémitisme d'un journal satirique dirigé par un certain Philippe Val (oui, celui qui par la suite, devenu directeur de France-Inter, a fait virer Stéphane Guillon et Didier Porte). Le nom de ce journal satirique où tout est permis ? Charlie Hebdo, oui, oui, Charlie Hebdo. Celui qui revendique une liberté d'expression absolue. Charlie Hebdo, ce journal très drôle où l'on peut ainsi représenter un musulman (un arabe ?) avec une bombe dans le turban (voir ICI, image de droite). Ce journal très drôle où l'on peut représenter Ali - un juif certainement ! - assis sur un pouf avec cette bulle hilarante : " Le Coran ne dit pas si il faut faire quelque chose pour avoir 30 ans de chômage et d'alloc " (voir ICI). Ce journal très fin qui surmonte du texte suivant un dessin de merde (je précise : ce n'est pas le dessin que je qualifie de merde. Il s'agit bien d'un dessin représentant une merde, un étron, une crotte si vous préférez) : " Le Pen la candidate qui vous ressemble " (voir ICI). Charlie Hebdo, ce journal, moribond, tirant à 30.000 exemplaires, est devenu, le 7 janvier 2015, le symbole de la liberté d'expression !
   Justement, revenons à cette chère liberté d'expression absolue (en France, 400 textes de lois la régissent !) et à mes premières lignes : elles ne sont pas de moi, ni même de Dieudonné, et encore moins de Philippe Tesson qui, le 14 janvier 2015, au micro de Radio Classique a dit : " D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des musulmans ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, c’est les musulmans qui mettent en cause la laïcité ! C’est les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ! ".
Je n'ai donc fait que reprendre ses termes en remplaçant "musulmans" par "juifs". A l'heure où j'écris ses lignes, Philippe Tesson a déjà été invité sur France-Inter et Europe 1 pour s'expliquer. Dieudonné, lui, n'a pas eu cet honneur pour certains de ses propos tout aussi répugnants. A la date de cet article, si le parquet à tout de même ouvert une enquête, je n'ai pas connaissance de mesure prise par un quelconque Ministre de l'intérieur pour empêcher Philippe Tesson de s'exprimer publiquement, ni même de plainte déposée par la LIgue Contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA), pourtant prompt à porter plainte contre Dieudonné et qui fût prompte (mais déboutée) à porter plainte contre Siné. Mais peut-être M. Tesson, 82 ans, est-il trop âgé ? Mais alors ces circonstances atténuantes ne seraient donc applicables qu’aux éditorialistes multicartes, honorablement connus du milieu ? Pas la moindre indulgence, en effet, pour la collection de semi-débiles, qui ont écopé de condamnations à de la prison ferme au même moment. C'est le cas :
   De ce déficient mental, bénéficiaire de l’allocation adulte handicapé, à Bourgoin-Jallieu (Isère) : six mois FERME pour avoir dit “Ils ont tué charlie, moi j’ai bien rigolé. Si je n’avais pas de père ni de mère, j’irais m’entraîner en Syrie”;
   De cet individu qui s'autoproclame fils de Ben Laden, avec lourds antécédents psychiatriques, à Paris : trois mois FERME pour avoir dit “ quand je vois des bombes qui explosent et des policiers qui crèvent, je rigole” ;
   Ou encore celui-ci : trois mois FERME pour avoir écrit sur son mur facebook : “On a bien tapé, mettez la djellabah, on ne vas pas se rendre, il y a d’autres frères à Marseille” ;
 Ou Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat de Nice pour avoir dit "Je suis avec les terroristes"mais qui, interrrogé, ne sera pas capable de dire ce qu'est un terroriste !
   Etc,
   Aucun de ces dangereux individus prestement condamnés (je prends le pari que pour Philippe Tesson, la justice sera plus lente et plus clémente) n'a eu une invitation de repêchage à France InterEurope 1 ou ailleurs. Car bien sûr cette présumée apologie du terrorisme faite par des gamins dans l'enceinte de leur classe est bien plus dangereuse que ces incitations à la haine raciale sur des médias grands publics !!!
   Pour finir, merci à l'humoriste Didier Porte, qui, viré de France-Inter, sévit désormais chezMédiapart et Arrêt sur images, et dont la chronique vidéo (5'50") m'a inspiré ce billet. Merci également à Daniel Schneidermann dont la chronique Tesson, la solution du chiffon m'a apporté certains éclairages. Vous retrouverez les liens sur ces deux chroniques sur le site les-crises : Nouveau dérapage antisémite de Dieudonné ? par Didier Porte.
   Depuis le 11 janvier, je me demandais ce qui avait poussé 4 millions de français à descendre dans la rue, ce qui avait poussé ces centaines de milliers d'autres à s'identifier à Charlie. A ce jour, en dehors de la peur, je crains que cet élan collectif n'aura pas servi la liberté d'expression. A moins de considérer que le million d'euros publics dont va bénéficier Charlie Hebdo - qui ne recevait pourtant jusqu'alors aucune subvention publique - va servir le pluralisme de la presse. Je crains bien au contraire que cet élan collectif va justifier, au nom de la lutte contre le terrorisme, les pires lois liberticides. Pour mémo : 14 lois ont déjà été promulguées en ce sens depuis 1986, la dernière datant de novembre 2014 !
   La liberté d'expression ne restera qu'une coquille vide tant que les médias indépendants ne pourront compter sur le soutien sans faille de nombreux citoyens pour les financer (et les défendre lorsqu'ils sont traînés en justice).

   Les commentaires, surtout critiques, sont ouverts et bienvenus ci-dessous.
______________
Note sur la liberté d'expression et de la presse en France :
Il n’existe pas, en tous cas en France, de principe général de la liberté d’expression. Présenter un tel principe comme l’un des apports de l’universalisme occidental est une filouterie. La loi sur la liberté de la presse, qui régit cette question, lui donne des limites : il est interdit – et pénalement sanctionné – de diffamer autrui ou de l’injurier ; il est interdit d’inciter à la haine raciale. Injures, diffamations, incitations à la haine, sont d’autant plus interdites qu’elles visent des groupes particuliers à raison de leur appartenance réelle ou supposée à une race, à une religion, à un peuple, ou à raison de leur origine, de leur orientation sexuelle, de leur état de santé, etc.

mardi 7 avril 2015

Parlons un peu de la sous-démocratie française / let's talk a little about french sub-democracy


Par Yovan Menkevick 19 mars 2015
Source : http://reflets.info/parlons-un-peu-de-la-sous-democratie-francaise/


laver-cerveau














En France, nous vivons dans une démocratie. Nous vivons dans une démocratie, parce que nos libertés sont garanties, en apparence : celles de déplacement, d’opinion et d’expression, de la presse, de la propriété privée, de la vie privée.
Mais il se trouve, qu’en quelques années, ces « garanties démocratiques », bien qu’établies sur le papier, se sont dégradées. Fortement. Pas pour tout le monde. Pas de la même manière pour tous. Mais le constat est là. Si nous effectuons une photographie des libertés démocratiques françaises en ce mois de mars 2015, il y a de fortes chances qu’elle soit très floue et mène à réviser le jugement précédemment énoncé. Nous vivons en réalité dans une sous-démocratie. Une démocratie qui a le  goût, la couleur, l’apparence, de la démocratie, mais qui n’est plus celle que nous connaissions, il y a quelques années encore. Même si elle était imparfaite et incomplète. Détail de la photo.

Rupture des contrats

Une démocratie, même représentative, a vocation à maintenir un contrat entre ceux qui demandent la confiance du « peuple » (les électeurs) et ce même peuple. Le plus connu est le contrat social et nous en avons déjà parlé dans les colonnes numériques de Reflets. Celui-ci est largement entaillé, avec un gros canif. Mais au delà du contrat social, il y a d’autres contrats qui ne peuvent pas normalement être rompus, dans une démocratie. Celui de la séparation de l’exécutif politique et de la justice, ce qu’on appelle « l’indépendance de la Justice ». Les contrats d’une démocratie comme la démocratie française sont donc nombreux, et l’on peut, en vrac, citer l’égalité de droit, devant la justice, la non-discrimination, l’accès aux services publics, la liberté d’expression, la propriété privée, la liberté de circulation, la protection de la vie privée. Le problème est que ces quelques exemples de contrats de « droits et de libertés » sont tous, aujourd’hui, quasi intégralement, rompus.
736965401_smallL’égalité devant la justice n’est plus qu’une vaste fumisterie, il suffit de s’intéresser aux verdicts énoncés à l’encontre de personnalités influentes, du monde économique ou politique comparés à ceux énoncés pour le vulgaire citoyen pour s’en rendre compte. Si vous n’êtes pas noir ou arabe, vous devriez faire l’expérience de vous promener dans une grande ville comme Paris en tant que tel (dans la peau de…) : les contrôles pour cette partie de la population sont permanents, les vexations policières généralisées. La discrimination est institutionnalisée au sein des forces de l’ordre. Faire l’expérience de vivre un temps dans une banlieue pourrie d’une grande ville permet aussi de comprendre que l’accès aux services publics n’est plus du tout un droit, mais un parcours du combattant. Comme dans certaines campagnes, mais d’une autre manière. La liberté d’expression a été depuis peu largement réduite : le législateur a fait basculer des propos contestables, du délit de presse vers le pénal, et il suffit, sur Internet, de ne pas soutenir la thèse gouvernementale sur les événements du Moyen-orient pour risquer une censure administrative, sans juge, et donc totalement politique.
controle-faciesLa possibilité de mettre « sur écoute » votre logement sans qu’un juge ne puisse examiner votre cas, laisse entendre que n’importe quels barbouzes un peu zélés sont désormais protégés juridiquement pour surveiller qui ils veulent, avec toute l’approximation et la subjectivité [parfois motivée par des convictions idéologiques ?] desdits barbouzes. Qu’ils fassent un métier difficile, ces personnels du renseignement, n’est pas une raison pour leur donner tous les droits, sans contrôle. En tout cas, dans une démocratie normale, bien qu’imparfaite. C’est donc dans une sous-démocratie que cela est possible.
Circuler en France est devenu une gageure, entre les robots contrôleurs de vitesse, la fouille des coffres des véhicules, les placements en garde à vue des automobilistes qui contestent l’attitude parfois provocatrice des forces de l’ordre, les règles incompréhensibles et le racket organisé des municipalités sur les stationnements, qui peut encore croire que la liberté de circuler est garantie [correctement] dans ce pays ?
Quant à la vie privée, sachant qu’elle passe énormément par Internet et qu’Internet est désormais déclaré ennemi national, que l’Etat peut aller fouiller les données de chaque citoyen sans qu’aucune autorité judiciaire ne puisse autoriser ou non cette surveillance, il est bien clair qu’elle n’existe plus.

Terroriser la population, c’est démocratique ?

Manuel Valls est venu expliquer il y a peu à des lycéens qu’il fallait « qu’ils s’habituent à vivre avec le danger [du terrorisme] ». Mais Manuel Valls a aussi peur du Front national, pour la France. La meilleure réponse politique a un problème — qui est pour l’heure ponctuel, celui de trois candidats au djihad qui massacrent des journalistes et des clients d’un supermarché —  est-elle d’utiliser les mêmes armes que ceux que l’on veut combattre ? Terroriser les terroristes ? Et la population avec ? Une démocratie digne de ce nom n’est normalement pas aussi faible qu’elle en viendrait à utiliser les mêmes méthodes que ceux qui aimeraient la faire tomber. Normalement. Mais une sous-démocratie, elle, est prête à toutes les bassesses pour maintenir le système qu’elle a pourtant dégradé au point qu’il n’est plus qu’une pâle copie de l’original. Et c’est bien là que le bât blesse, et que la population commence à sentir que quelque chose cloche, ne tourne plus rond.
valls-apprenez-la-peur
« Jeunes gens, ayez la trouille, et habituez-vous à ça… »
Si ceux qui sont au pouvoir ont peur, d’un parti politique, par exemple, pour lequel une part plus ou moins grandissante de la population vote, cette population doit penser en retour, qu’en réalité, le pouvoir politique a peur d’elle. Et un pouvoir qui a peur de sa propre population — au point de la mettre sur écoute administrative — par exemple, n’est pas démocratique, et est très inquiétant. Chacun est capable de le comprendre. Rassurer avec des instances « indépendantes », des commissions et autres comités ne change rien à l’affaire, puisque toutes ces structures ont démontré par le passé qu’elles ne servaient à pas grand chose, étant bien trop lourdes et peu dotées pour garantir quoi que ce soit.

Changer (au moins) de République

Il reste à discuter des solutions pour redresser la barre et régénérer cette sous-démocratie, la remettre sur pieds. Pour en faire de nouveau une démocratie complète ? François Hollande s’est fait élire sur de nombreuses promesses de « régénération démocratique », et le coup du  « moi président » n’est pas pour rien dans son élection.  « Lui président » ? C’est une dégradation de la démocratie encore plus importante que son prédécesseur. D’où la désertion des urnes d’une part importante de la population. Le FN n’est pas en train de grossir en termes de nombre de voix, puisque en réalité il est au même niveau qu’il y a 13 ans : autour de 5 millions d’électeurs. C’est simplement l’effet mécanique de l’abstention qui le mène en tête des suffrages.
premier-partiMais c’est dans une sous-démocratie, peuplée de citoyens épuisés, écœurés, apeurés, qu’un parti normalement minoritaire peut devenir majoritaire. Au fond, si c’est la peur qui guide l’ensemble, que ce soit ceux qui ont peur des étrangers, des terroristes, de perdre leur identités ou ceux qui ont peur de l’extrême droite, de l’abstention, de l’Europe, du manque d’Europe, de l’euro, de la sortie de l’euro, des minorités, de l’exclusion, il n’y a pas d’issue favorable en vue. La seule issue est — pour ceux qui ont encore le pouvoir de se faire entendre, les ténors du système politique — de proposer un changement de système politique. Une majorité d’observateurs et de responsables politiques a établi que celui-ci était à bout de souffle, qu’il ne correspondait plus aux attentes citoyennes, qu’il n’était plus adapté à l’époque actuelle ? Ils n’ont qu’à proposer de créer une nouvelle République à minima, avec une nouvelle Constitution, aidée par les citoyens, grâce à la création d’Assemblées constituantes.
Parce que si cette sous-démocratie actuelle n’est pas rapidement dissoute au profit d’une nouvelle qui déterminera les fondamentaux d’une démocratie telle qu’on peut l’envisager au XXIème siècle, la suite des événements risque d’être excessivement pénible. Violente aussi, par force. Pour une partie de la société, qui déjà, en bave un peu trop. C’est un choix. Hollande peut faire l’histoire, en fin de compte. Ou au contraire, devenir le fossoyeur de ce qu’il restait d’encore un peu enviable au pays des Lumières. Moi président a intérêt à bien réfléchir à tout ça. Vraiment.