mercredi 5 octobre 2022

Bulletin N°102. STRATPOL censuré, nouvelles frontières, offensives otano-kiéviennes. 04.10.2022.

 


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  • Pour la huitième édition du "Rdv des Barons" Le Doc reçoit le journaliste Alexis Poulin, ancien de RT France il analyse l'actualité sans filtre. Pour ce premier épisode de la saison II nous allons aborder la situation en Arménie, la guerre en Ukraine, les manifestations en Iran, l'hiver qui arrive en France et enfin l'affaire des influenceurs.

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    Sortie le 10 juin : La décroissance et ses déclinaisons

    Source : https://ladecroissance.xyz/2022/04/05/sortie-le-10-juin/

    L’ambition du livre est de proposer à tous les décroissant.e.s un fond idéologique commun. Ce qui suppose, en amont, une décolonisation de nos imaginaires et, en aval, une ouverture aux collectifs à qui la décroissance peut fournir une perspective :

    Le livre est en vente depuis le 10 juin dans toutes les bonnes librairies et ici : https://ladecroissance.xyz/librairie/

    La Maison commune de la décroissance, LA DÉCROISSANCE ET SES DÉCLINAISONS. Pour sortir des clichés et des généralités, aux éditions Utopia, 10 euros.

    Décroissance. Depuis que ce terme est entré dans le débat public il y a environ vingt ans, que d’idées reçues, de clichés et de malentendus. Chez les adversaires, mais aussi parfois chez les partisans de la décroissance.

    L’objet de ce livre, dans sa première partie, est de les cartographier et d’y répondre.

    Il convient ainsi d’assumer une définition de la décroissance au plus près de son sens ordinaire de « décrue » : il s’agit bien d’une diminution du domaine de l’économie au profit de celui de la « vie sociale », ce qui suppose de rompre avec tout un imaginaire porté par l’idéologie de la croissance.

    C’est pourquoi, dans la deuxième partie, les auteurs proposent d’ouvrir seize axes de mise en pratique concrète de la décroissance, seize déclinaisons permettant de mieux appréhender ce qu’est, et ce que n’est pas, la décroissance.

    C’est alors tout un monde qui s’ouvre à des imaginaires et à des perspectives enthousiasmantes, faisant sortir la décroissance du temps des généralités, et permettant du même coup aux décroissants d’espérer explorer ces perspectives avec tous ces compagnons de route qui les défrichent déjà.

    Préface de Timothée Parrique

    Introduction

    Première partie – Idées reçues

    Huit clichés sur la décroissance

    1. La décroissance, c’est le retour dans les cavernes → Et si, au lieu d’une course aveugle au nom du progrès, on se demandait si on existe pour croître ou pour… exister ?
    2. La décroissance est liberticide → Et si, au lieu de reprendre sans critique une définition libérale de la liberté, on préférait une définition de la liberté qui reste dans les limites ?
    3. La récession, c’est la décroissance → Et si on remettait la phrase dans le bon sens : toute récession n’est pas la décroissance mais la décroissance sera bien une baisse de la production économique, et pendant plus que 2 trimestres consécutifs !
    4. La décroissance, c’est plus de misère → Et si on acceptait de défendre la pauvreté, pour trouver un équilibre qui serait au-delà du plancher de la misère mais en-deçà du plafond de la richesse ?
    5. La décroissance est technophobe → Et si on s’apercevait qu’une attitude technocritique n’interdit absolument pas de faire place à des low-tech ?
    6. La décroissance est de droite → Sans tomber dans le « ni de droite ni de gauche », la décroissance sait se situer politiquement.
    7. La décroissance est une affaire de riches → Est-on vraiment obligé de laisser croire qu’une lutte contre un système de domination, d’exploitation et d’aliénation comme l’est le monde de la croissance serait un bonne chose pour les riches, mais pas pour les dominés, les exploités et les aliénés ?
    8. Impossible de mettre en œuvre la décroissance → Pourquoi ne pas imaginer une stratégie de transition qui ferait levier non pas tant par le poids politique des forces défendant la décroissance que par la portée radicale de nos propositions ?

    Huit malentendus sur la décroissance

    1. Le terme n’est pas bien choisi → En réalité, les réticences sur le mot sont des réticences sur le fond.
    2. Décroissance, objection de croissance, c’est la même chose → Comme si c’était la même chose de s’arrêter avant un mur ou bien de faire demi-tour.
    3. Il faut trier entre ce qui doit croître et ce qui doit décroître → Pourquoi faudrait-il accepter que la décroissance soit « sélective » alors que chacun peut se rendre compte qu’il serait absurde de plaider pour un antiracisme sélectif ou un anticapitalisme sélectif ?
    4. La décroissance se réduit à la décroissance démographique → Ah qu’il serait plus confortable, pour conserver le niveau de vie d’une minorité, de valider l’argument paresseux d’une décroissance de la population !
    5. Pour décroître, il suffit de vivre plus simplement → Comment vivre la décroissance dans la simplicité volontaire sans tomber dans l’illusion narcissique qu’un individu pourrait trouver seul le sens de sa vie ?
    6. Pour décroître, il suffit que les alternatives essaiment → Comment s’investir dans les eSpérimentations minoritaires et les utopistes tout en évitant les périls du repli et de la fragmentation ?
    7. Il est trop tard pour décroître alors que l’effondrement menace → Comment concilier la lucidité d’un diagnostic sans se laisser prendre au piège de l’impolitique ?
    8. La décroissance est un projet de société → Si c’était le cas alors il y aurait un sens à vouloir décroître pour décroître, sans fin, vers le zéro et en-deçà, ce qui n’a aucun sens.

    Conclusion intermédiaire : la décroissance est-elle inéluctable ? Quand chacun peut constater que les fables de la croissance sont florissantes, comment ne pas céder sur la dimension démocratique de la décroissance comme choix, comme volonté politique ?

    Deuxième partie – Propositions

    Seize déclinaisons de la décroissance

    1. Ralentissement → Pour viser une civilisation du repos.
    2. S’extraire de l’extractivisme → Pour sortir d’une exploitation de la « planète-marchandise ».
    3. Réensauvager la nature → Pour disposer d’un repère préservé au moment de reconsidérer nos relations avec la nature.
    4. Désintensifier l’agriculture et l’élevage et les réempaysanner → Pour rendre la terre aux vivants, humains et non-humains, il faut la reprendre aux machines.
    5. Écologie du démantèlement → Parce que le trajet de la décroissance sera aussi un héritage de « communs négatifs » tels que le climat, les nucléaires, le patriarcat…
    6. Ecoféminisation → Pour une société remise sur ses pieds, dans laquelle c’est aux hommes de « rattraper » les femmes dans les activités de la sphère de la reproduction sociale.
    7. Démarchandisations anticapitalistes → Pour une société où l’activité, la nature et la monnaie redeviennent les piliers d’une société du lien.
    8. Réduction du temps de travail → Pour une société où on ne travaille pas moins pour travailler tou.te.s mais où on travaille tou.te.s pour travailler moins.
    9. Plafonner les richesses et les partager → Pour une société qui cesse de raconter qu’une minorité mériterait de s’approprier ce qui provient d’une production socialisée.
    10. Déconsommation → Pour une société qui reste dans ses limites sociales et ne fait plus de la consommation un mode de vie sociocidaire.
    11. Démobilité → Pour une société qui cesse de faire défiler les territoires et qui retrouve au contraire le sens du chez-soi, de l’hospitalité et aussi du voyage.
    12. Démétropolisation des territoires → Pour des territoires de la décroissance rééchelonnés (de la biorégion au voisinage) qui permettent à chacun de réhabiter la proximité.
    13. Déconnexion → Pour une société qui cesse de se perdre dans les labyrinthes de la virtualisation pour retrouver le vécu de relations à taille humaine.
    14. Prendre soin de prévenir → Pour une société qui préfère prévenir que guérir, et prendre soin plutôt que prendre des honoraires.
    15. Sortir du monde des nucléaires → Pour une société qui retrouve le bon sens d’une demande de satisfaction mesurée de nos besoins plutôt qu’une course sans limite d’une offre énergétique sans limites.
    16. Les terrestres et les extraterrestres → Pour une société libérée du fantasme (libéral) d’une liberté comme délivrance des conditions terrestres d’une vie commune.

    Conclusion de Fleur Bertrand-Montembault et Michel Lepesant

    Bison futé de l'électricité, col roulé et autre choix de la sobriété !


     Le Monde Moderne

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    NordStream Kaput !

    Source : https://www.dedefensa.org/article/nordstream-kaput

    La grande nouvelle du jour est que Biden a fait exploser 3 des 4 pipelines qui ne fournissaient pas de gaz naturel russe à l’Allemagne. Biden a fait exactement ce qu’il avait promis et, à l’heure actuelle, je ne vois aucune raison de le mettre en doute, car il existe de nombreuses preuves indirectes de l’implication des États-Unis dans cet acte : Des navires de l’US Navy circulant dans la zone, posant probablement des mines sur les tuyaux et repartant juste avant les explosions. Nous devons attendre que la Maison Blanche rende la Russie responsable de l’incident ; cela constituerait une marque supplémentaire de culpabilité. (C’est toujours le voleur qui crie le plus fort “Attrapez le voleur !”). Mais je ne suis ni le juge ni le jury dans cette affaire, donc n’attendez rien de plus précis de moi.

    Il y a juste quelques éléments importants à comprendre concernant la disparition prématurée de NordStream.

    1. La puissance européenne qu’est l’économie allemande est maintenant kaput. L’ensemble du miracle économique allemand reposait sur la disponibilité d’un approvisionnement régulier en gaz naturel bon marché en provenance de Russie ; sans ce gaz, l’industrie allemande ferme ses portes, licencie des centaines de milliers de travailleurs et connaît un niveau de détresse et d’agitation publique jamais vu depuis l’époque de la République de Weimar. L’économie allemande ayant été la locomotive qui a tiré une grande partie du reste de l’Union européenne, la disparition de NordStream est également une mauvaise nouvelle spectaculaire pour le reste de l’UE. Les Européens sont maintenant confrontés à une tâche formidable : reprogrammer les cerveaux des uns et des autres pour qu’ils comprennent que l’Amérique n’est pas leur amie mais leur ennemie.

    2. L’argument économique selon lequel les États-Unis peuvent devenir le principal fournisseur de gaz naturel de l’Europe en expédiant le gaz naturel liquéfié qu’ils produisent par fracturation est strictement réservé aux idiots. La fracturation aux États-Unis a été fondamentalement rendue possible par l’accès à de l’argent très bon marché, presque gratuit, grâce au Quantitative Easing. La fracturation est une activité à très forte intensité de capital, qui nécessite un investissement constant et massif dans les équipements de forage, les pompes, les explosifs, l’eau, le sable, le fluide de fracturation et le transport. Contrairement aux puits de pétrole et de gaz conventionnels, les puits fracturés ont une durée de vie extrêmement courte, la production d’un puits donné chutant en pourcentage de deux chiffres chaque année. Maintenant que l’inflation aux États-Unis est proche d’un taux à deux chiffres et que l’argent devient cher plutôt que gratuit, le rythme de la fracturation a ralenti. En bref, les États-Unis seront bientôt confrontés à une pénurie plutôt qu’à un excédent de gaz naturel et ne seront pas en mesure de maintenir, et encore moins d’accroître, leurs exportations de GNL. Ajoutez à cela le fait que la fracturation se concentre désormais dans le bassin permien, où l’on trouve encore des puits productifs, une grande partie du reste du territoire de fracturation ayant déjà été exploitée ; il n’y a donc aucune raison de s’attendre à un nouvel essor de la fracturation aux États-Unis, même si l’argent redevenait gratuit. Ajoutez à cela le fait qu’ils n’ont pas la capacité industrielle ou la capacité de transport pour le faire. L’idée que cette attaque terroriste sur les pipelines fait partie d’un effort de concurrence déloyale ne tient tout simplement pas la route.

    3. Certains penseurs profonds ont exprimé l’idée que tout cela fait partie d’un plan d’ensemble visant à forcer les capitaux et l’industrie européens à se déplacer vers les États-Unis, où l’énergie est encore quelque peu abondante. Ce plan ne présente qu’une petite poignée de problèmes. Tout d’abord, le capital européen est lié à ce qui est en train de devenir des actifs en faillite : des usines et des équipements à l’arrêt, dont la plupart ne seront jamais remis en marche, des maisons non chauffées souffrant de dommages dus au gel, des chaînes logistiques qui s’arrêtent, et des personnes de plus en plus en détresse et en colère. Deuxièmement, les systèmes financiers des États-Unis et de l’Europe sont très étroitement liés et la destruction de l’un n’est pas du tout de bon augure pour l’autre. Il est plus probable que la contagion financière se propage de l’Europe vers les États-Unis, qui, étant les plus endettés et les plus déficients en termes de finances nationales et de balance commerciale, sont les plus précaires. Si le plan de Biden était de se suicider en ricochant sur l’Europe, alors ce serait brillant ; sinon, il est aussi intelligent que Biden est sénile.

    4. Le dernier point est peut-être le plus important : cette attaque terroriste contre les pipelines ne change rien. NordStream1 était déjà fermé à cause des sanctions occidentales : les turbines de fabrication Siemens qui y pompent le gaz ne peuvent plus être entretenues. NordStream2 était prêt à être mis en service une fois terminé, mais les régulateurs allemands, sous la pression des États-Unis, ont refusé de donner leur accord. Depuis lors, la Russie a annoncé qu’elle avait trouvé de meilleures utilisations pour la moitié du gaz qui lui était destiné : elle va fournir un service de gaz par gazoduc à certaines de ses propres régions (Novgorod, Carélie) qui sont actuellement sous-approvisionnées, ce qui permettra aux habitants des petites villes et des villages de passer du chauffage au bois au chauffage au gaz. Ainsi, la moitié de NordStream2 était déjà superflue. Il reste théoriquement du gaz pour l’autre moitié, qui n’a d’ailleurs pas été endommagée par l’attaque.

    Il n’y a qu’un seul sens dans lequel cet incident est vraiment important : en tant que franchissement d’une certaine barrière mentale. Il n’y a plus de retour en arrière possible ; le monde que vous connaissiez est désormais bel et bien terminé. La Pax Americana est morte. Elle s’est terminée par un gigantesque panache de gaz qui a jailli du fond de la mer Baltique : un point final géant à la fin d’une longue phrase creuse, pleine d’apparat, mais qui, en fin de compte, ne signifiait rien.

    Le 28 septembre 2022, Club Orlov – Traduction du Sakerfrancophone

    Mon dieu, quelle belle musique


     

    La France insoumise défonce la Macronie


     

    lundi 3 octobre 2022

    NORD STREAM : Le SABOTAGE qui CHANGE TOUT


     


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    René Guénon - L’homme de l’aube

     Source  : https://www.dedefensa.org/article/lhomme-de-laube


    29 septembre 2022 (17H00) – René Guénon comme un de ces ‘people’ qui font le buzz sur la toile ! Oh certes, je me ris de ce langage que j’exècre, absolument moderne, de celui qu’il détesterait, lui de même... Mais voyons la chose d’un peu plus près quoique de plus haut et avec plus de respect pour les conséquences à en titrer.

    Parmi les événements discrets ou bruyants qu’on relève sur l’internet, certains, s’ils sont bien interprétés, sont de véritables leçons, symboliques et intellectuelles, sur la situation du temps présent. (Sorte de vérité-de-situation, si vous voulez.) J’en ressens une, avec une grande force, pour diverses raisons : il s’agit de la dernière vidéo du site ‘Le Précepteur’, à propos duquel nous avons déjà écrit. Le thème en est : 

    « Fin des temps : René Guénon, la crise du monde moderne. »

    On me pardonnera, lui-même (Guénon) me pardonnera, qui dénonçait avec raison ‘Le règne de la quantité’ ; c’est bien à partir d’une approche quantitative que j’observe que cet auteur, qui semblerait à la fois confidentiel pour le grand public et affreusement suspect pour nos élites (élites-Système, certes), s’impose comme une ‘superstar de l’internet’. Je me place du point de vue de ce site du ‘Précepteur’, selon ses références qui sont du domaine des philosophes ou des matières connexes de la philosophie, en prenant comme comparaison l’affluence pour ses autres vidéos. Je parle d’un considérable succès (quantitatif) et d’un événement symbolique (qualitatif), – le second dépendant du premier mais lui donnant un sens absolument remarquable, un sens d’une exceptionnelle puissance.

    Datée du 23 septembre et activée le 24, la vidéo a dépassé en 5 jours les 200 000 vues (207 507 à 17H00), ce qui est, me semble-t-il, un fabuleux record pour un tel sujet, et surtout pour ce métaphysicien très important mais très peu connu et souvent difficile d’accès. Je crois, disons approximativement pour le décompte mais nettement sur le jugement, que c’est aussi un record dans le rapport nombre/temps écoulé pour cette chaîne du philosophe “opérationnel” Charles Robin. (Une des meilleures à mon sens pour la pédagogie de la philosophie et sa vulgarisation au bon sens du mot, sans jamais perdre de vue l’actualité du temps, – donc correspondant à ce que je pense de l’histoire devenue ‘métahistoire’.)

    Pour donner des exemples avec des sujets (récents ou anciens) qui sont “d’actualité” dans ce que je nommerais nos “débats crisiques”, sur ce site du ‘Précepteur’ ; et donc mesurer ce que le résultat concernant Guénon a de remarquable, en prenant en compte l’essentialité du facteur temps, bien entendu :

    • “Les Lumières”, le 9 septembre : 125 000 vues ;
    • “Le wokisme” (wokenisme), il y a trois mois : 335 000 vues ;
    • “1984, Orwell – la novlangue”, il y a quatre mois : 197 000 vues ;
    • “BHL, le dernier humaniste [lapsus, j’avais écrit “humoriste”], – Bernard-Henri Lévy, Une lumière dans les ténèbres” (très drôle), il y a 5 mois : 217 000 vues
    • “Conspi ? Zététique et complotisme”, il y a 5 mois : 100 000 vues.

    Tout de même, un tel succès, avec un nombre déjà considérable de commentaires ((plus de 1 300) pour la plupart marqués d’un grand enthousiasme, certains découvrant Guénon, tous ou presque jugeant extrême l’actualité de son propos, – un tel succès pour un homme qui se place, droit comme un I et aussi fermement qu’un Joseph de Maistre, sous les auspices de la Tradition primordiale (la Tradition d’origine divine). Il s’agit d’une posture absolument antimoderne, sans la moindre concession, sans la moindre réserve... Comme dit le ‘Précepteur’ :

    « Le combat de René Guénon, c’est la réhabilitation et la réactivation des sagesses ancestrales de l’humanité...

    » ...A quoi a conduit la perte de ces sagesses ancestrales, à quoi a conduit l’éloignement de l’Occident vis-à-vis de la spiritualité, un éloignement qui serait la source et le symptôme de l’effondrement prochain de notre civilisation. »

    A côté de l’extraordinaire foisonnement conceptuel, de ses recherches sur les métaphysiques et l’ésotérisme des grands courants de la tradition orientale par quoi il dessine sa perception de la situation et de l’évolution du monde, Guénon porte un regard plein d’acuité et froidement critique sur notre propre situation. Le commentateur s’exclame en rapportant les observations guénoniennes : “C’est comme s’il parlait de notre situation actuelle !”

    Ainsi en est-il du concept de crise (‘La crise du monde moderne’), devenue aujourd’hui la substance même de l’évolution du monde, lorsque le monde n’est plus que crise(s), – avec toutes nos trouvailles alléchantes, “structure crisique”, “tourbillon crisique”, “vertige crisique”, “dissolution crisique”, etc., – et que le ‘Précepteur’ retrouve évidemment chez Guénon :

    « Déjà à son époque, Guénon observe que le monde est en crise... Ce qui caractérise la modernité, c’est la multiplication et l’intensification des crises qui, selon lui, participent toutes d’une même crise globale, qui est la crise de la modernité

    » Il faut tout de suite préciser que, quand on parle de “crise”, on parle en fait de deux choses, et il faut avoir à l’esprit ces deux choses pour comprendre ce que veut nous dire René Guénon.

    » On parle, premièrement, d’un moment critique, – “crise”, “critique” , c’est la même racine, – et pour le dire simplement, on parle d’une catastrophe, on parle d’un effondrement.

    » Mais on parle aussi, deuxièmement, d’une refondation, d’une réforme...

    » Autrement dit, une crise, ce n’est pas que négatif, c’est du négatif qui débouche sur du positif... Quand tout va très mal, cela ne peut [ensuite] qu’aller mieux...

    » Mais ce que cela veut dire, au-delà des mots, c’est que la crise n’est qu’une phase transitionnelle. Une crise indique le passage d’un état à un autre...

    » ... Les crises sont donc utiles, elle sont non seulement utiles mais elles sont nécessaires, au sens de non-contournables... Donc la crise du monde moderne, c’est la crise que traverse actuellement l’Occident, qui se manifeste par toute une série de crises dans tous les domaines de l’existence, et que nous ne pourrons pas empêcher parce qu’elles ont un caractère de nécessité. La crise, on ne pourra pas l’éviter, on n’y échappera pas, on ne peut que la surmonter. Et pour la surmonter, il faudra l’affronter.

    » ... Donc vous l’aurez compris, René Guénon ce n’est pas vraiment un optimiste... Mais si vous avez bien suivi, vous comprenez aussi que la crise, c’est une condition pour des lendemains meilleurs. »

    Lorsque ‘le Précepteur’ Charles Robin nous dit que Guénon commence à être connu du grand public depuis le début de ce siècle mais qu’il reste complètement ignoré des milieux universitaires et intellectuels, il dit vrai. André Compagnon avait publié en 2005 ‘Les Antimodernes – de Joseph de Maistre à Roland Barthes’, et il s’avisa bientôt, après publication, qu’il avait oublié Guénon ! (Le nom n’apparaît même pas dans l’index.) Oubli d’intellectuel, dont il fit amende honorable dans un article dans ‘Le Monde’, – qui montre combien cet homme, Guénon, qui eut une immense influence sur le monde intellectuel (voyez le Wiki kilométrique qui lui est consacré) en était officiellement ignoré, – encore moins ‘Politiquement Correct’ que Joseph de Maistre, c’est dire !

    D’ailleurs, nous dit une philosophe, l’essence de la GrandeCrise c’est bien cette totale incohérence, cette barbarie terrifiante parce que toute intérieure de nos élitesSystème, – de nos intellectuels, déconstructeurs acharnés et bâtisseurs de la ‘Barbarie intérieure’ de Jean-François Mattei :

    « ...La vieille distinction entre civilisation et barbarie a pris une nouvelle forme au XXIe siècle. C'est au sein de notre propre culture “civilisée” qu'émerge une inversion des concepts de civilité et de brutalité. Ce sont nos dirigeants, nos journalistes et nos professionnels qui ignorent les normes du discours rationnel, qui institutionnalisent la haine et incitent à la division. Aujourd'hui, ce sont les élites qui sont les véritables barbares parmi nous. [...]

    » Si notre civilisation s'effondre, ce ne sera pas à cause d'une attaque extérieure, comme des Bédouins arrivant du désert. Ce sera à cause de ceux parmi nous qui, tels des parasites, nous détruisent de l'intérieur. Notre civilisation peut s'effondrer et cela peut être dû à un certain nombre de facteurs, –  la guerre, l'économie, les catastrophes naturelles – mais le tueur silencieux, celui qui peut nous avoir à la fin, est notre propre catastrophe morale.

    » Le problème ultime, par conséquent, n'est pas interpersonnel ; il est intérieur-personnel. Si notre civilisation s'effondre, c'est parce que quelque chose en chacun de nous s'effondre. Et nous devons d'abord nous reconstruire, brique par brique, si nous voulons avoir une chance de nous reconstruire ensemble. »

    De tout cela qui concerne Guénon, je ne savais rien à l’époque où Compagnon avait publié son livre, ignorant Guénon comme j’ignorais tant d’autres auteurs, mais cette fois sans l’explication de l’absence d’études universitaires dans mon chef (je n’ai rien à mon actif de cette sorte, pur autodidacte limité et surtout intuitif), – puisque nos élites ignorent Guénon pas vraiment ‘Politiquement Correct’. C’est un jeune ami, étudiant en métaphysique et auteur d’un ouvrage de thèse sur Pseudo-Denys l’Aréopagite, qui m’instruisit à propos du Guénon à partir de 2009. Avec cette rencontre et l’une ou l’autre lecture, Guénon devint une de mes références centrales, sans que je ne susse guère de choses de ses recherches fouillées, essentiellement parce que je le “sentais” bon pour moi, pour mon âme poétique, par intuition, empathie sinon télépathie intellectuelles (comme Maistre, comme Simone Weil, comme Thibon, Nietzsche, Plotin, Pascal & Dostoïevski, C.S. Lewis et d’autres, que diable ! Tous ces vieux amis “d’à bord”). L’on sait que je travaille à partir de l’intuition, que la raison m’est en l’état où elle se trouve totalement suspecte parce qu’on l’a subvertie et que j’en exige réparation.

    Ce que j’appris de mon jeune ami, c’est que Guénon était protégé par une chapelle de fidèles “guénoniens”, jaloux comme des tigres, protégeant le legs du grand homme sur des sites ultra-surveillés par des modérateurs impitoyables, comme une chasse gardée de la connaissance par initiation brevetée ; balançant les profanateurs et les hérétiques qui, comme moi bien entendu, s’en réclament sans pourtant pouvoir citer les titres, les idées, les sources, les chapitres, les références, les positions, les variations, les certitudes, les entrelacs et j’en passe, tout cela connaissance réglementaires pour accéder aux voies de l’initiation. Eh bien je pense, moi, qu’un travail comme celui du ‘Précepteur’ transperce méchamment cette cuirasse de protection qui n’avait (confiant, j’emploie le passé) comme effet stupide qu’interdire l’accès de Guénon à ceux qui ne le connaissent pas ou qui le connaissent peu, mais qui ont besoin d’une charpente intellectuelle solide pour rechercher le sens de leur perception de la GrandeCrise...

    ...Car c’est bien de cela, de la GrandeCrise, dont nous parlons je crois. Le ‘Précepteur’ nous confirme la chose : nous sommes au bout, tout au bout du ‘Kali Yuga’...

    « Ce que nous dit Guénon et ce que nous disent les doctrines métaphysiques de la Tradition, c’est que l’humanité aussi obéit à des cycles [comme ceux que l’on observe dans la mécanique et la cosmologie de l’univers], que la mentalité et la manière d’être des êtres humains obéissent également à ces cycles, et que donc les événements qui se produisent sur terre doivent d’abord être compris comme des indicateurs de notre position dans le cycle, et qu’actuellement nous sommes à la fin d’un cycle... »

    Bien... Vous comprenez si bien ce succès de lecture, car nous sommes si nombreux à ressentir ce poids terrible de la ‘Fin des Temps’ ! L’intérêt que suscite René Guénon tel que nous le mesurons est parfaitement explicable par cette perception que nous avons tous : le lire ou entendre tel qu’on nous le présente, c’est comme lire et entendre une chronique des temps-devenus-fous dont, chaque jour, nous mesurons leur ivresse de la surpuissance et leur fascination pour l’autodestruction. 

    Fin du ‘Kali Yuga’ : 2025 ?

    Bien... Je ne résiste pas à la tentation de citer quelques lignes sur la métaphysique des cycles à laquelle Guénon fait tant référence. Je vais donc citer, à l’aveugle, sans savoir rien, absolument rien, de la qualité de réputation de l’auteur, de la validité de ses incroyables calculs, mais simplement pour la satisfaction étrange de pouvoir inscrire le développement ultime du plus terrible ‘Yuga’, celui de “l’Âge de Fer” ou “Âge des Ténèbres” où nous nous trouvons, – pour dans trois ans !... Il s’agit d’un très-très long article, repris de l’auteur Bibhu Dev Misra, lequel nous est présenté comme suit :

    « Bibhu Dev Misra est diplômé de l’Indian Institute of Technology et de l’Indian Institute of Management, et travaille comme consultant en technologies de l’information. Il est un chercheur indépendant et un écrivain sur les civilisations anciennes, les mythes, les symboles, la science et la religion. »

    Le titre de l’article, publié en août 2022, est effectivement : « La fin du Kali Yuga en 2025 ». Nous publions de tout petits d’infiniment petits extraits pour, à la manière de saucissonnages ultra-rapides caractérisant notre époque, balbutier quelques données et n’expliquer rien de l’énorme masse de travail consulté... Cela permet de clore sur des considérations pratiques et une date qui nous est proche, qui est donc celle de la “fin du Cycle”, alias « La Fin des Temps », en attendant de reprendre...

    « La doctrine du cycle Yuga nous dit que nous vivons maintenant dans le Kali Yuga; l’âge des ténèbres, lorsque la vertu morale et les capacités mentales atteignent leur point le plus bas dans le cycle.

    » Le Mahabharata décrit le Kali Yuga comme la période où “l’âme du monde” est de couleur noire; il ne reste qu’un quart de la vertu, qui diminue lentement jusqu’à zéro à la fin du Kali Yuga. Les hommes se tournent vers la méchanceté; la maladie, la léthargie, la colère, les calamités naturelles, l’angoisse et la peur de la pénurie dominent. Pénitence, sacrifices et observances religieuses tombent en désuétude. Toutes les créatures dégénèrent. Le changement passe sur toutes choses, sans exception.

    » Le Kali Yuga (âge du fer) a été précédé par trois autres Yugas: Satya ou Krita Yuga (âge d’or), Treta Yuga (âge d’argent) et le Dwapara Yuga (âge du bronze). »

    Suit une description plus précise de ces quatre âges au terme desquels nous nous trouverions :

    « Dans le Mahabharata , Hanuman donne la description suivante du cycle Yuga au prince Pandava Bhima :

    » Le Krita Yuga a été ainsi nommé parce qu’il n’y avait qu’une seule religion, et tous les hommes étaient saints: ils n’étaient donc pas tenus d’accomplir des cérémonies religieuses… Les hommes n’achetaient ni ne vendaient; il n’y avait ni pauvres ni riches; il n’y avait pas besoin de travailler, parce que tout ce dont les hommes avaient besoin était obtenu par le pouvoir de la volonté…

    » Le Krita Yuga était sans maladie; il n’y avait pas de diminution avec les années; il n’y avait ni haine, ni vanité, ni aucune pensée mauvaise; pas de chagrin, pas de peur. Toute l’humanité pouvait atteindre la béatitude suprême. L’âme universelle était blanche… l’identification de soi avec l’âme universelle était toute la religion de l’âge parfait.

    » Dans le Treta Yuga, les sacrifices ont commencé et l’âme du monde est devenue Rouge; la vertu a diminué d’un quart. L’humanité cherchait la vérité et accomplissait des cérémonies religieuses; ils ont obtenu ce qu’ils désiraient en donnant et en faisant.

    » Dans le Dwapara Yuga, l’aspect de l’âme du monde était jaune: la religion diminuait de moitié. Le Veda était divisé en quatre parties, et bien que certains connaissaient les quatre Vedas, d’autres n’en connaissaient que trois ou une. L’esprit s’est atténué, la vérité a décliné et il y a eu le désir, les maladies et les calamités; à cause de ces hommes ont dû subir des pénitences. C’était un âge décadent en raison de la prévalence du péché.

    » Nous vivons maintenant dans les temps sombres du Kali Yuga, où la bonté et la vertu ont pratiquement disparu du monde. Quand le Kali Yuga a-t-il commencé et quand se termine-t-il ? »

    Plus loin, beaucoup plus loin, nous avons la clef de l’énigme qu’implique cette question, qui est donné ici pour satisfaire nos esprits pressés par le poids de la mécanique folle de la communication, – “clef”, pour nous qui voulons tout savoir tout en détestant cette époque du ‘Kali Yuga’ qui prétend tout voir et qui ne voit plus rien, comme aveugle dans la caverne de Platon qui aurait été murée tandis que la projection sur écran serait réduite à l’absolue bêtise des publicités et des ‘block busters’ hollywoodiens, – “clef” de l’énigme en un chiffre : 2025 :

    « Il est évident que le cycle Yuga était suivi à l’aide du calendrier Saptarshi. Il était d’une durée de 12 000 ans, composé de quatre Yugas d’une durée égale de 2 700 ans chacun, séparés par des périodes de transition de 300 ans. Le cycle Yuga complet de 24 000 ans était composé d’un cycle Yuga ascendant et descendant, qui se succédaient pour l’éternité comme les cycles du jour et de la nuit.

    » Depuis 2700 ans, nous traversons le Kali Yuga ascendant, et ce Yuga touche à sa fin en 2025. »

    Que vous acceptiez ou non ce chiffre, qu'importe; qu'il soit juste ou non, peu importe. Mais soyez assurés, vous tous, que de grands événements dont nous ne savons rien dessinent notre destin.