mardi 18 décembre 2018

[Gilets jaunes] Analyses d'Aude Lancelin et d'Eric Hazan



L'Insurrection qui vient est un essai politique publié en 2007 et rédigé par un « Comité Invisible ». Le texte est suivi d'une « Mise au point », publiée en 2009.L'identité réelle de son ou de ses auteurs est controversée. La police considère que l'auteur principal de ce livre est Julien Coupat1, ce que celui-ci dément2, ainsi qu'Éric Hazan, l'éditeur du livre et ami de Julien Coupat : « Julien n'a jamais fait partie du comité d'auteurs, qui m'a demandé un anonymat que je respecte. Le pointer ainsi du doigt est une pure construction policière participant à l'intoxication générale de l'opinion publique3. » Le 9 avril 2009, Hazan a été entendu par la sous-direction de l'antiterrorisme de la police judiciaire qui cherche à établir que Coupat est bien l'auteur de ce texte4. Pour le magazine Le Tigre, il est logique que, pour des « raisons judiciaires », « son éditeur et ses soutiens souhaitent le nier » même si deux proches ont confirmé sa participation à la rédaction du livre5. (...) L'ouvrage s'articule autour de cinq parties précédées d'une introduction non titrée et suivies d'une très courte fiction en guise de conclusion. L'essai tout entier vise à expliquer comment et pourquoi une insurrection s'avère nécessaire et peut-être même inéluctable selon les auteurs. Chacune des cinq parties constitue donc une étape du raisonnement suivi par les auteurs. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Insurrection_qui_vient


Référendum d'Initiative Citoyenne : NE VOUS RENDORMEZ PAS ! / Citizen Initiative referendum: DON’T YOU RENDORME!

François Ruffin


source : https://francoisruffin.fr/ric/


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Méfiez-vous.Surveillez-les.Restez sur vos gardes.Parce que votre idée, ils vont vous la détourner. Gilets jaunes : ne vous rendormez pas ! Restez debout !
Nous sommes en salle de presse de l’Assemblée nationale, mais c’est à vous, Alexane, Geoffroy, Jo, Gaël, David, à vous toutes et tous, croisé sur les péages de La Barque et de Loriol, sur les ronds-points d’Arcy et d’Annecy, d’Albert et de Montpellier, de Mâcon et d’Aubenas, à tous les Gilets jaunes qui m’en ont parlé, qui l’ont réclamé, qui l’ont exigé, ce Référendum d’Initiative Citoyenne, que je veux m’adresser.
A vous toutes, à vous tous, j’ai répondu : « Je ferai mon possible. Je ferai remonte votre revendication jusqu’à Paris. »
Voici, donc.
Voici que le groupe France insoumise dépose une proposition de loi en faveur du RIC, un RIC qui figurait déjà dans le programme l’Avenir en Commun, un RIC que nous avions défendu par des amendements dès notre entrée dans l’hémicycle, mais un RIC étendu, élargi, renforcé, parce que – il faut le dire, il faut l’admettre, il faut vous en féliciter – parce que vous faites pression partout dans le pays, pression aussi sur nous. Un RIC, donc, avec ses quatre volets : législatif, abrogatif, révocatoire, constitutionnel. Un RIC « en toutes matières ».
Ce texte, surtout, vous avez deux semaines pour le commenter, pour le modifier, pour le transformer, bref, pour participer à la rédaction d’une loi qui, si elle était votée, vous ouvrirait la participation à bien d’autres lois.
Je voudrais retracer l’étrange chemin qui nous conduit au RIC aujourd’hui. Comment, Gilets jaunes, êtes vous partis d’une taxe sur le gasoil pour aboutir à une réforme constitutionnelle ?
Dès le premier samedi, dès le 17 novembre, on avait déjà glissé du gasoil au social. Sur les ronds-points, chacun amenait sa peine, le montant de sa petite retraite, le contrat aidé supprimé, le découvert dès le 9 du mois – avec le grand déballage du frigo vide, des enfants privés de vacances, des habits fournis par la Croix-Rouge, des repas réduits à une biscotte.
Ces témoignages, j’en recueille depuis vingt ans, mais chuchotés dans un appartement, en toute discrétion, avec la garantie de l’anonymat. Parce que le malheur ne suffit pas : il faut y ajouter la honte, la honte de ne pas s’en sortir, la honte de ne pas protéger sa famille.
Mais voici, et c’est toute la magie de ce moment, c’est tout la beauté de ce mouvement, voici que la honte privée est devenue une colère publique.
Voici que le frigo vide, les enfants privés de vacances, les habits fournis par la Croix-Rouge, les repas réduits à une biscotte, voici que ça ne se chuchote plus dans le huis-clos d’un appartement, voilà que ça se proclame haut et fort sur les ronds-points, les radios, les plateaux télés. Voici que la honte est retournée : honte à vous !
Honte à vous les ministres !
Honte à vous les députés !
Honte à vous le président !
Honte à vous, l’élite qui nous dirigez !
Honte à vous, qui traînez votre peuple dans la misère !
Honte à vous, doublement, les politiciens, qui vous goinfrez de petits fours, de salaires à vie, de notes de frais, de vaisselle à 500 000 €, de moquette à 300 000 ! Honte à vous, triplement, quand vous enrichissez les riches, quand vous gâtez les gâtés, quand vous privilégiez les privilégiés ! Quand vous supprimez l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, quand vous offrez aux nantis la flat tax, et l’exit tax.
C’est tellement injuste.
Si manifestement injuste.
Si outrageusement injuste.
« Que pouvons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? vous me demandiez.
– Je peux peux porter votre voix », je répondais.
Ca vous faisait une belle jambe.
« Mais dans la Constitution, vous insistiez, y a pas un truc ?
-Non,
 je regrettais. Le président peut vous mettre des carottes, et bien profond, durant cinq ans, c’est impossible de le révoquer. Et à l’Assemblée, il aura toujours ses toutous fidèles, ses robots d’En Marche ! en pilote automatique. Le système est verrouillé. »
C’est fort de ce constat, de ce verrouillage, après des semaines de surdité du sommet, après des « Macron démission ! » scandés partout en vain, que le Référendum d’Initiative Citoyenne a fleuri.
Oh, il n’a pas fleuri par hasard, il a fleuri parce que des hommes de conviction, nommons-les, Etienne Chouard et ses amis, ont semé, ont arrosé, depuis des années, depuis le Traité Constitutionnel Européen de 2005, depuis la trahison de Lisbonne, la trahison du peuple par les députés, par les sénateurs, par le président, depuis qu’il est évident, depuis qu’il est transparent, que le peuple ne saurait plus avoir aucune confiance dans ses représentants.
Partout dans le pays, Gilets jaunes, dans vos actions, dans vos réflexions, vous avez buté sur le même obstacle : les institutions. Tout le pouvoir, ou presque, entre les mains d’un seul homme, un monarque républicain, un président devenu le faux nez des banquiers, qui préfère ses amis financiers aux Français, pour qui l’intérêt des multinationales l’emporte sur l’intérêt général.
Un choeur s’est alors élevé :
Reprenons nos affaires en mains ! Référendum citoyen !
Et j’approuve.
J’approuve, mais regardez comme, soudain, toute la caste politique approuve à son tour, à demi-mots, les lèvres pincées, mais elle approuve. Charmant consensus.
Aussi, Gilets jaunes, permettez-moi d’approuver, mais avec méfiance.
D’abord : ne lâchez pas la proie pour l’ombre.
Durant ma traversée de la France, j’ai avant tout ressenti la vaste urgence sociale. C’est aujourd’hui que les retraités, les jeunes, les smicards, les camionneurs, les auxiliaires de vie sociale, les mères célibataires peinent à vivre. Le président Macron leur a accordé ses étrennes de Nouvel An, comme les grands bourgeois à leurs domestiques. Mais répartir mieux les richesses, pour de bon, vraiment, ça n’est pas à son ordre du jour.
En haut, on se gave, tandis qu’en bas on galère. En haut, grâce à la Macronie, c’est 10000 € en plus chaque mois pour les 10%, des grandes fortunes multipliées par sept en vingt ans, et qui grâce à la Suisse, au Luxembourg, aux Îles Caïmans, échappent à l’impôt. Tandis qu’en bas, au premier janvier le smic, les pensions, les allocations seront gelés, et que vous serez imposés sur le moindre litre de lait.
On voit bien tout l’intérêt pour lui, pour ses amis de l’oligarchie, que de faire glisser le débat vers un RIC qui sera discuté quand ? Au printemps ? A l’automne ? Ca ne coûte rien pour l’instant, au moins laisse-t-on passer l’orage.
C’est aujourd’hui qu’il faut de la justice.
C’est aujourd’hui qu’il faut de l’égalité.
N’abandonnez pas cette exigence.
Combattons la misère, toujours, tout de suite, partout.
Ensuite, que restera-t-il de votre RIC à l’arrivée ?
Méfiez-vous.
Surveillez-les.
Restez sur vos gardes.
Parce que votre idée, ils vont vous la détourner, la retourner, la biscorner, l’atténuer, la modérer, la rabougrir, la réduire, et à la fin, si vous ne luttez pas, pied à pied, il ne restera qu’un machin.
C’est une caste.
Elle tient le pouvoir.
Elle y tient.
Elle ne le lâchera pas, même des miettes.
C’est à vous de le prendre.
Enfin, et surtout, et j’achèverai là-dessus : rien, jamais, ne remplace un peuple en lutte.
La Constitution comporte de très belles phrases, sur les hommes qui naissent libres et égaux, sur les droits des femmes, sur la Terre à préserver, et même sur les animaux. Mais qu’en est-il dans la réalité ? Ce texte sacré est chaque jour bafoué.
Alors, oui, on peut y inscrire de nouvelles lois, on peut en modifier les règles, on peut réclamer le RIC, on peut ajouter un outil, un bel outil, dans la boîte à outil de la démocratie.
Soit.
Mais ces phrases, ces mots, ces bouts de papier ne vaudront rien sans un peuple éveillé, sans un peuple aux aguets, sans un peuple qui lutte, qui lutte comme vous l’avez fait cet automne, sans un peuple qui lutte pour que « Liberté, égalité, fraternité » ne soit pas qu’une devise ronflante, inscrite au fronton des mairies, mais bien vivante dans tous les esprits.
Gilets jaunes, ne vous rendormez pas !
Restez debout !

Participez à l’écriture de la Loi

Le groupe parlementaire de la France insoumise va déposer une proposition de loi constitutionnelle visant à instaurer la possibilité de référendums d’initiative citoyenne.
Cette proposition, qui figurait dans le programme l’avenir en commun, est aujourd’hui massivement réclamée par les gilets jaunes.
La mobilisation de ces dernières semaines témoigne de la volonté du peuple de se réapproprier la parole et la décision politique.
La 5e république ne le permet pas. Il est urgent d’introduire dans la constitution les mécanismes d’initiative citoyenne.
La France insoumise propose ainsi la possibilité pour les citoyens de demander des référendums législatifs, abrogatoires, révocatoires ou encore permettant la convocation d’une constituante.
Afin de garantir le débat en séance de cette proposition, le groupe LFI l’intégrera à l’ordre du jour de sa niche parlementaire, le 21 février prochain.
La version de la PPL présentée ci-dessous est entièrement amendable par les citoyen·ne·s jusqu’au 6 janvier minuit. Les amendements feront l’objet d’une synthèse afin de déposer une version enrichie qui sera présentée lors de la niche du groupe en février.
Afin d’intégrer plus facilement vos amendements, merci de préciser l’intertitre du paragraphe dans lequel vous souhaitez effectuer une proposition.
Envoyez-nous un email à ric@picardiedebout.fr

samedi 15 décembre 2018

[Démocratie versus Facebook] Scandale énorme : Facebook s'empare des futures élections européennes (notamment), preuves à l'appui / [Democracy versus Facebook] huge scandal: Facebook trumps future European elections (among others), with supporting evidence




DEGAGER DE FACEBOOK AU PLUS VITE ? A VOUS DE VOIR...


Après avoir like, les Gilets jaunes vont-ils voter ?

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Source : affordance.info, 05-12-2018
Le mouvement des Gilets Jaunes continue de (me) fasciner. Tant d’ailleurs sur le plan humain du voisinage que sur celui plus universitaire de l’analyse des interactions en ligne et du rôle de Facebook.
Rappel de mes articles précédents :
En plus des “grands” groupes déjà créés et visible sur Facebook (La France en colère, Fly Rider notamment) qui cumulent déjà des communautés de près de 200 000 personnes, un nouveau groupe est né récemment à l’intitulé programmatique :
Combien sommes-nous de gilets jaunes ?” (et titré : “Compteur officiel de gilets jaunes”)
Se compter. Connaître l’état des forces et des copains mobilisés. Se compter pour savoir sur qui on pourra compter. Réflexe aussi vieux que les luttes sociales le sont.

Et comme à chaque comptage, et même sur Facebook, des chiffres qui parfois diffèrent entre ceux de la police et ceux des organisateurs. La bandeau du groupe affiche ici plus de 2,5 millions de “gilets jaunes” mais le compteur des membres du groupe est – et c’est déjà considérable – de plus d’1,7 millions (gardez bien ces chiffres en tête, je vous en reparle plus bas, vous allez voir c’est édifiant ;-).
Mis à part certaines stars (du foot notamment) qui peuvent cumuler plusieurs dizaines ou centaines de millions de “fans” sur leur “page”, il est vraiment très rare qu’un “groupe” parvienne à plus d’un million et demi de membres en quelques jours.
Parmi les rares groupes à frôler le million, on citera le groupe “Wanted”, communauté d’entraide et de conseils qui compte 800 000 membres, et qui est l’une des plus grosses communautés Facebook en France.
L’adhésion à un groupe est différente de celle à une page Fan. Les pages de certaines célébrités, notamment dans le monde du Football, cumulent à plusieurs centaines de millions d’abonnés.
La “viralité” au sein de Facebook suit des chemins relativement différents selon qu’elle concerne un individu, une cause, une page, un groupe, etc. Même si le premier point commun de ces logiques virales reste leur capacité à jouer sur le registre émotionnel de l’indignation et de la colère qui sont les deux sentiments qui se propagent le mieux “naturellement”.
Mais souvenez-vous que la dimension du “défi” si elle est bien orchestrée est également capable de produire de spectaculaires incendies viraux. Ainsi en 2013 je vous racontais comment le défi consistant à récolter un million de Likes avait permis à trois petites têtes blondes de convaincre leurs parents récalcitrants d’acheter un chien, à un monsieur de convaincre sa femme d’avoir un enfant et à un ado de demander à sa copine d’avoir une relation sexuelle.

Mais revenons aux Gilets Jaunes. Et aux groupes.

Pour bien comprendre comment fonctionnent les effets d’audience et d’engagement sur Facebook il faut piger les trucs suivants. Facebook est un graphe géant. Avec différents niveaux. Et avec à chacun de ces niveaux différents “attracteurs”.
La brique de base du graphe c’est moi. Enfin vous. Enfin nous quoi. Chacun de nos profils. Et le graphe de ces 2,2 milliards de profils.
Chacun d’entre nous est en relation avec ce que l’on appelle des liens “forts” et des liens “faibles”. Les liens “forts” ce sont nos “vrais” amis / famille, les gens avec qui l’on interagit le plus souvent. Et les liens “faibles” sont “les amis de nos amis”, c’est à dire les cercles relationnels plus distants, mais dont la force et la capacité de prescription est également très efficace en cela qu’ils permettent d’avoir accès à d’autres cercles, d’autres réseaux. C’est la théorie de la force des liens faibles développée par Mark Granovetter en 1971 et dont Facebook est l’incarnation absolument parfaite.
Facebook dispose du graphe complet des liens forts et des liens faibles de chacun des 2,2 milliards de nos profils. C’est déjà fascinant (et angoissant) mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
A un autre niveau du graphe on trouve les différentes “interactions” dont le célèbre “Like”. Et là encore, pour chacun d’entre nous, et au prisme de chacun de nos liens faibles ou forts, Facebook dispose de l’ensemble des “Like” que nous avons déposés et qui renseignent là encore assez admirablement sur nos opinions politiques, religieuses, sur notre situation sociale, sur nos intentions d’achats, sur nos goûts et nos dégoûts culturels, etc. Là encore les chiffres sont dantesques : 4,5 milliards de Likes distribués chaque jour, presque 5 milliards de contenus partagés chaque jour et plus de 10 milliards de message chaque jour. Bref “une version post-moderne de la Stasi” comme disait Julian Assange.
Et puis au milieu de tous ces graphes déjà tous reliés entre eux, il existe aussi, dans la structure du réseau lui-même, des points qui jouent le rôle “d’attracteurs”. Ces points peuvent être des profils individuels, par exemple les gens qui ont statistiquement beaucoup plus de liens forts ou de liens faibles que les autres, et qui sont donc, pour le dire très vite, plus “influents” ou qui sont des “aiguilleurs de viralité” beaucoup plus efficaces ; et puis il y a, donc, les pages et les groupes. Dont le Compteur officiel de gilets jaunes (“Combien sommes-nous de gilets jaunes ?“).
Le premier truc qui frappe avec ce groupe, c’est sa fonction de “révélateur”. Sans avoir besoin de s’y inscrire, on “voit” combien de nos amis en sont déjà membres. Faites le test. Et il n’est pas impossible que vous ayez certaines surprises dans vos liens forts ou faibles 😉
Le deuxième truc important c’est qu’il s’agisse d’un groupe (il faut s’y inscrire) et non d’une page (à laquelle on peut s’abonner ou que l’on peut “liker”). Un groupe, on y “entre”. Et une fois qu’on y est entré, l’algorithme de Facebook va faire le reste. Et comme le rappelait l’excellent Vincent Glad :
Le mouvement a été sans conteste aidé par le nouvel algorithme Facebook qui survalorise les contenus de groupes au détriment des contenus postés par des pages (et donc par les médias). Après quelques likes sur un groupe, on se retrouve submergé du contenu de ce groupe dans son fil d’actualités. Le nouvel algo a précipité les gilets jaunes dans une «bulle de filtre» où ils ne voient presque plus que du contenu jaune.

Mais au fait, Facebook sait-il compter ?

En rédigeant cet article j’échangeais sur Twitter avec Elsa Trujillo, qui vient de publier un article consacré aux groupes les plus actifs sur Facebook. Et nous n’avions pas du tout les mêmes chiffres pour le Compteur de gilets jaunes. De son côté elle avait l’information reprise sur le bandeau (2,7 millions) et moi j’avais (en cliquant sur le lien “à propos” dudit groupe) “seulement” 1,7 millions.
Donc nous en étions à WTF quand soudain j’ai compris. Quand on ne fait pas partie du groupe la partie “à propos” affiche 1,7 millions de membres. Et quand on le rejoint, la même partie “à propos” rajoute un million au compteur. La preuve avec les copies d’écran ci-dessous.
Vue en étant membre du groupe. + 1 million 🙂
Assez ahurissant non ? C’est pas la 1ère fois que Facebook bidouille les chiffres ceci dit, mais là … M’enfin, c’est le risque quand on est l’organisateur et en même temps la police 😉
Dans tous les cas la “croissance” en une semaine reste ahurissante, mais s’il fallait une énième preuve de la difficulté d’extrapoler à partir de chiffres uniquement fournis par la plateforme …

Et maintenant parlons un peu politique.

Difficile d’évoquer la mobilisation en ligne, Facebook et le mouvement des Gilets Jaunes sans convoquer en arrière-plan ce qui s’est passé dans le cadre de la campagne électorale de Trump ou du Brexit et de ce que l’on sait aujourd’hui de la manipulation de l’opinion orchestrée par Cambridge Analytica et du rôle que cela a joué (dans l’élection de Trump et dans le vote pour le Brexit donc).
Les Décodeurs du Monde ont repris les listes de revendications “officielles” des Gilets Jaunes et les ont complété par les mots d’ordre revenant régulièrement sur les réseaux sociaux ou dans les manifs pour obtenir une liste d’une cinquantaine de revendications, et les ont placées sur l’échiquier politique “de Mélenchon à Le Pen”. Vous pouvez vous-même voter “oui” ou “non” pour chacune des propositions et comparer cela avec la position des leaders des principaux partis politiques lors de la dernière campagne présidentielle. Bref c’est rigolo et assez instructif.
Naturellement, énormément de ces propositions sont apparues, dans Facebook, sous la forme de simples posts isolés et ont généré parfois des centaines de commentaires. Certaines ont aussi fait l’objet de points particuliers lors des différents Facebook Live de Fly Rider, ou d’Eric Drouet et de Priscilla Ludowsky qui sont les principaux “attracteurs” du mouvement sur Facebook depuis leurs comptes et pages respectives.
Pour Facebook il est donc très facile de très précisément savoir, à l’échelle de chaque profil individuel, qui a liké, commenté, approuvé ou désapprouvé tout ou partie des revendications, et de le faire revendication par revendication, profil par profil, avec un niveau de granularité très fin. Non seulement c’est très facile mais en plus c’est la base de son modèle économique, de son architecture technique, et de ses récents et récurrents ennuis …
Ces informations, Facebook est en capacité de les “vendre”, à tel ou tel parti politique dans le cadre de n’importe quelle élection. Pour être précis – c’est important – il ne “vendra” pas “le nom de Untel qui a liké telle proposition” mais il permettra à tel annonceur agissant pour tel parti politique ou tel lobby, d’afficher la bonne publicité ou le bon argument au bon moment sur le bon profil pour le convaincre que son candidat soutient cette idée. Bref très exactement ce qui s’est produit dans le cadre du scandale Cambridge Analytica (avec toute les histoires de “dark posts” et autres “shadow profiles”) et qui, sachons-le, va continuer de se produire puisque la seule décision de la plateforme après ledit scandale fut de promettre davantage de transparence.
#OhWait.
On a donc, une nouvelle fois un assez gros problème qui se profile à l’horizon pour autant que l’on soit attaché à une version républicaine de la démocratie. Parce que quelle que soit l’issue du mouvement des Gilets Jaunes et indépendamment de sa temporalité propre, il est absolument évident que les prochaines élections en France vont se jouer sur la cinquantaine de thèmes qui sont présentés ici. En commençant par ceux liés au pouvoir d’achat.
Quelle que soit l’issue du mouvement, la base de donnée “opinion” qui restera aux mains de Facebook est une bombe démocratique à retardement … Et nous n’avons à ce jour absolument aucune garantie qu’elle ne soit pas vendue à la découpe au(x) plus offrant(s).
Pour autant que l’hypothèse sociologique ramenant l’essentiel du mouvement des gilets jaunes aux classes populaires et aux professions intermédiaires soit valide (et je pense qu’elle l’est comme expliqué entre autres par ici), la suite est parfaitement connue, elle est même déjà écrite.
Le discrédit actuel des partis politiques “non radicaux” étant ce qu’il est, l’espoir de ne pas voir la France basculer sous présidence FN ne repose plus que sur le nombre de faux pas ou d’erreurs de communication que feront les leaders de ce parti fasciste et sur le charisme d’huître de leurs potentiels alliés. La seule alternative possible étant aujourd’hui à chercher du côté de la France Insoumise, à la seule condition que son leader charismatique parvienne à redescendre un peu sur terre.
Dans mon dernier article sur le sujet je concluais en soulignant la forme “d’émancipation paradoxale” que produisait Facebook en permettant aux Gilets Jaunes d’accéder à un espace, discursif, médiatique, organisationnel et situationnel dont ces gens-là se retrouvaient privés depuis l’effondrement des corps intermédiaires supposés les représenter.
Il n’est pas impossible que cette émancipation leur soit également volée parce qu’une nouvelle fois, il faut le dire, le répéter et le comprendre, Facebook facilite autant les révolutions sociales qu’il en compromet la victoire. Et qu’une plateforme commerciale privée se substituant à un espace de débat public a d’abord vocation à instrumentaliser toute forme d’expression singulière ou groupale au service de ses seuls intérêts économiques.
Ajoutez à cela le fait que voilà des décennies que l’action politique a privé et amputé les classes populaires et intermédiaires d’un peu de leur pouvoir d’achat et de beaucoup de leur dignité. Considérez également toutes ces années où la parole et la voix de ces mêmes classes populaires et intermédiaires, pour autant qu’on leur ait permis de l’exprimer, a été niée dans son expression même, notamment au moment du référendum européen de 2005. Et puis tant que vous y serez, n’oubliez pas d’ajouter aussi toutes ces années à refuser la proportionnelle et à déconnecter toujours davantage la votation de la représentation pour s’étonner ensuite de la montée des abstentions.
Ce que les Gilets Jaunes sont en train de tenter de rebâtir dans une errance politique qui n’est mesurable qu’à l’aune de leur désespérance idéologique c’est, simplement, fondamentalement et essentiellement, un espace réel de revendications. Rien d’autre. Autour de ronds-points qui sont leurs assemblées. Un espace réel de revendications toutes légitimes. Oui. Toutes légitimes car toutesrelevant d’un sentiment d’urgence. Et cette urgence est moins celle des fins de mois difficiles que celle d’une dignité à reconstruire.
Que la rationalité politique classique et les alcôves classiques du compromis (la fameuse “table des négociations”) paraissent tout à fait inatteignables n’est une surprise que pour ceux qui ont laissé ce fiasco s’organiser tant qu’il leur permettait de préserver leurs intérêts. Chaque plateau télé, chaque débat radiophonique confrontant les moins radicaux des Gilets Jaunes aux plus modérés des représentants politiques l’affirme avec l’évidence d’une formidable claque dans la gueule.
Source : affordance.info, 05-12-2018
source : https://www.les-crises.fr/apres-avoir-like-les-gilets-jaunes-vont-ils-voter/


vendredi 7 décembre 2018

[Gilets jaunes] Une écologie sociale est-elle possible ? Débat animé par François Ruffin / [yellow vests] Is social ecology possible? Debate moderated by François Ruffin

Ecologie et populaire comment faire ? Retrouvez le troisième épisode de Fakir TV ! Au menu, une table ronde en compagnie de : Pauline Boyer, membre d'Alternatiba Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre Vincent Liegey, objecteur de croissance, co-auteur d'un "Projet de décroissance" Julien Terrier, porte-parole des Gilets Jaunes à Grenoble Et François Ruffin ! Retrouvez notre dernier numéro en kiosque et tous nos abonnements sur : http://www.fakirpresse.info/boutique Retrouvez-nous sur notre site : https://http://fakirpresse.info/ Abonnez-vous à nos vidéos : https://www.youtube.com/user/Fakirpresse Facebook : https://www.facebook.com/JournalFakir Twitter : https://twitter.com/Fakir_










[Gilets jaunes] Analyse de Mélenchon


mardi 4 décembre 2018

dimanche 25 novembre 2018

[Gilets jaunes] Analyses de Tatiana Ventôse, de Jean-Claude Michéa, de François Asselineau, Eric Verhaeghe,Dragan Macko + Débat Interdit d'interdire (Frédéric Taddéï) +Nicolas Hulot : la transition écologique et les gilets jaunes en question + Interview de François Jarrousseau

Quelques réflexions intéressantes de Tatiana Ventôse pour éviter la division entre les gens du peuple :  les beaufs populistes, les fachos, les rouge-bruns,  les bobos citadins, les progressistes, les antifas, etc.  


François Asselineau nous propose une mise en perspective historique des gilets jaunes en rappelant ce que fut la grande Jacquerie de 1358, une révolte populaire née du sentiment que la France n'était plus dirigée par leur souverain mais par l'étranger (de 00:07 à 24:59)


+ à 1:05:24 François Asselineau invite les Gilets Jaunes à inciter les députés et sénateurs pour qu'ils déclenchent la procédure de destitution du président par l'art. 68 de la constitution


Interdit d'interdire, l'émission de Frédéric Taddéï : les gilets jaunes sont-ils tous ce que l'on dit qu'ils sont ? 


Nicolas Hulot, la transition écologique et les gilets jaunes
En résumé, il estime qu'il faut prendre en compte les fins de mois et la fin du monde dans la solidarité et l'équité fiscale




Qui sont les gilets jaunes / Aude Lancelin interroge François Jarrousseau, auteur de l'illusion nationale

https://youtu.be/Kn1l9gTihFo

La gauche kérosène

Une lettre à propos du mouvement des Gilets jaunes

Le 21 novembre 2018

Chers Amis,

Juste ces quelques mots très brefs et donc très lapidaires – car ici, on est un peu débordés par la préparation de l’hiver (bois à couper, plantes et arbres à pailler  etc.). Je suis évidemment d’accord avec l’ensemble de vos remarques, ainsi qu’avec la plupart des thèses de Lieux communs (seule la dernière phrase me paraît un peu faible en raison de son « occidentalisme » : il existe aussi, bien entendu, une véritable culture de l’émancipation populaire en Asie, en Afrique ou en Amérique latine !).

Le mouvement des « gilets jaunes » (bel exemple, au passage, de cette inventivité populaire que j’annonçais dans Les Mystères de la gauche) est, d’une certaine manière, l’exact contraire de « Nuit Debout ». Ce dernier mouvement, en simplifiant, était en effet d’abord une tentative – d’ailleurs encouragée par une grande partie de la presse bourgeoise – des « 10 % » (autrement dit, ceux qui sont préposés – ou se préparent à l’être – à l’encadrement technique, politique et « culturel » du capitalisme moderne), pour désamorcer la critique radicale du Système, en dirigeant toute l’attention politique sur le seul pouvoir (certes décisif) de Wall Street et des fameux « 1 % ». Une révolte, par conséquent, de ces urbains hypermobiles et surdiplômés (même si une fraction minoritaire de ces nouvelles classes moyennes commence à connaître, ici ou là, une certaine « précarisation ») et qui constituent, depuis l’ère Mitterrand, le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l’extrême gauche libérales (et, notamment, de ses secteurs les plus ouvertement contre-révolutionnaires et antipopulaires : Regards, Politis, NP“A”, Université Paris VIII etc.). Ici, au contraire, ce sont bien ceux d’en bas (tels que les analysait Christophe Guilluy – d’ailleurs curieusement absent, jusqu’ici, de tous les talk-shows télévisés, au profit, entre autres comiques, du réformiste sous-keynésien Besancenot), qui se révoltent, avec déjà suffisamment de conscience révolutionnaire pour refuser d’avoir encore à choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite (c’est d’ailleurs ainsi que Podemos avait commencé en 2011, avant que les Clémentine Autain et les Benoît Hamon du cru ne réussissent à enterrer ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires).

Quant à l’argument des « écologistes » de cour – ceux qui préparent cette « transition énergétique » qui consiste avant tout, comme Guillaume Pitron l’a bien montré dans La Guerre des métaux rares, à délocaliser la pollution des pays occidentaux dans les pays du Sud, selon lequel ce mouvement spontané ne serait porté que par « une idéologie de la bagnole » et par « des gars qui fument des clopes et roulent en diesel », il est aussi absurde qu’immonde : il est clair, en effet, que la plupart des Gilets jaunes n’éprouvent aucun plaisir à devoir prendre leur voiture pour aller travailler chaque jour à 50 km de chez eux, à aller faire leurs courses au seul centre commercial existant dans leur région et généralement situé en pleine nature à 20 km, ou encore à se rendre chez le seul médecin qui n’a pas encore pris sa retraite et dont le cabinet se trouve à 10 km de leur lieu d’habitation. (J’emprunte tous ces exemples à mon expérience landaise ! J’ai même un voisin, qui vit avec 600 € par mois et qui doit calculer le jour du mois où il peut encore aller faire ses courses à Mont-de-Marsan, sans tomber en panne, en fonction de la quantité de diesel – cette essence des pauvres – qu’il a encore les moyens de s’acheter !) Gageons qu’ils sont au contraire les premiers à avoir compris que le vrai problème, c’était justement que la mise en œuvre systématique, depuis maintenant 40 ans, du programme libéral par les successifs gouvernements de gauche et de droite, a progressivement transformé leur village ou leur quartier en désert médical, dépourvu du moindre commerce de première nécessité, et où la première entreprise encore capable de leur offrir un vague emploi mal rémunéré se trouve désormais à des dizaines de kilomètres (s’il existe des « plans banlieues » – et c’est tant mieux – il n’y a évidemment jamais eu rien de tel pour ces villages et ces communes – où vit pourtant la majorité de la population française – officiellement promis à l’extinction par le « sens de l’histoire » et la « construction européenne » !).

Ce n’est donc évidemment pas la voiture en tant que telle – comme « signe » de leur prétendue intégration dans le monde de la consommation (ce ne sont pas des Lyonnais ou des Parisiens !) – que les Gilets jaunes défendent aujourd’hui. C’est simplement que leur voiture diesel achetée d’occasion (et que la Commission européenne essaye déjà de leur enlever en inventant sans cesse de nouvelles normes de « contrôle technique ») représente leur ultime possibilité de survivre, c’est-à-dire d’avoir encore un toit, un emploi et de quoi se nourrir, eux et leur famille, dans le système capitaliste tel qu’il est devenu, et tel qu’il profite de plus en plus aux gagnants de la mondialisation. Et dire que c’est d’abord cette gauche kérosène – celle qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier (et dans tous les « Festival de Cannes ») la bonne parole « écologique » et « associative » qui ose leur faire la leçon sur ce point ! Décidément, ceux qui ne connaissent rien d’autre que leurs pauvres palais métropolitains n’auront jamais le centième de la décence qu’on peut encore rencontrer dans les chaumières (et là encore, c’est mon expérience landaise qui parle !).

La seule question que je me pose est donc de savoir jusqu’où un tel mouvement révolutionnaire (mouvement qui n’est pas sans rapport, dans sa naissance, son programme rassembleur et son mode de développement, avec la grande révolte du Midi de 1907) peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les nôtres. Car n’oublions pas qu’il a devant lui un gouvernement thatchérien de gauche (le principal conseiller de Macron est d’ailleurs Mathieu Laine – un homme d’affaires de la City de Londres et qui est, en France, le préfacier des œuvres de la sorcière Maggie), c’est-à-dire un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt – c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs – à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes (comme Maggie avec les mineurs gallois ou les grévistes de la faim irlandais) pour imposer sa « société de croissance » et ce pouvoir antidémocratique des juges, aujourd’hui triomphant, qui en est le corollaire obligé. Et, bien sûr, sans avoir quoi que ce soit à craindre, sur ce plan, du servile personnel médiatique français. Faut-il rappeler, en effet, qu’on compte déjà 3 morts, des centaines de blessés, dont certains dans un état très critique. Or, si ma mémoire est bonne, c’est bien à Mai 68 qu’il faut remonter pour retrouver un bilan humain comparable lors de manifestations populaires, du moins sur le sol métropolitain. Et pour autant, l’écho médiatique donné à ce fait effarant est-il, du moins pour l’instant, à la hauteur d’un tel drame ? Et qu’auraient d’ailleurs dit les chiens de garde de France Info si ce bilan (provisoire) avait été l’œuvre, par exemple, d’un Vladimir Poutine ou d’un Donald Trump ?

Enfin, last but not the least, on ne doit surtout pas oublier que si le mouvement des Gilets jaunes gagnait encore de l’ampleur (ou s’il conservait, comme c’est toujours le cas, le soutien de la grande majorité de la population), l’État benallo-macronien n’hésitera pas un seul instant à envoyer partout son Black Bloc et ses « antifas » (telle la fameuse « brigade rouge » de la grande époque) pour le discréditer par tous les moyens, où l’orienter vers des impasses politiques suicidaires (on a déjà vu, par exemple, comment l’État macronien avait procédé pour couper en très peu de temps l’expérience zadiste de Notre-Dame-des-Landes de ses soutiens populaires originels). Mais même si ce courageux mouvement se voyait provisoirement brisé par le PMA – le Parti des médias et de l’argent (PMA pour tous, telle est, en somme, la devise de nos M. Thiers d’aujourd’hui !) ; cela voudra dire, au pire, qu’il n’est qu’une répétition générale et le début d’un long combat à venir. Car la colère de ceux d’en bas (soutenus, je dois à nouveau le marteler, par 75 % de la population – et donc logiquement stigmatisé, à ce titre, par 95 % des chiens de garde médiatiques) ne retombera plus, tout simplement parce que ceux d’en bas n’en peuvent plus et ne veulent plus. Le peuple est donc définitivement en marche ! Et à moins d’en élire un autre (selon le vœu d’Éric Fassin, cet agent d’influence particulièrement actif de la trop célèbre French American Fondation), il n’est pas près de rentrer dans le rang. Que les Versaillais de gauche et de droite (pour reprendre la formule des proscrits de la Commune réfugiés à Londres) se le tiennent pour dit !

Très amicalement,
JC Michéa

Source : Les Amis de Bartleby, Jean-Claude Michéa, 21-11-2018
Source : https://www.les-crises.fr/une-lettre-de-jean-claude-michea-a-propos-du-mouvement-des-gilets-jaunes%e2%80%89/

Augmentation du prix du carburant: les vraies raisons de la rigidité gouvernementale enfin expliquées

Officiellement, les tarifs du carburant augmentent sous l’effet de la TICPE pour freiner la consommation d’énergie fossile. En regardant les chiffres de près, on comprend que la raison est inverse! Et que la rigidité gouvernementale est beaucoup plus commandée par une situation budgétaire explosive que par des préoccupations écologiques. Voici la démonstration en chiffre.
On se propose ici de mener un exercice de « fact-checking », comme disent un peu prétentieusement les journalistes, pour comprendre la situation de blocage qui se profile à l’horizon du gouvernement. Prévenons d’emblée le lecteur: l’ensemble n’est compréhensible que si et seulement si on se préoccupe de la réalité fiscale globale en France. Pour le cas qui nous occupe, l’exercice balaiera la situation à grands traits depuis 2011, c’est-à-dire depuis le départ de Nicolas Sarkozy jusqu’à l’arrivée d’Emmanuel Macron.

Le mythe gouvernemental de la préoccupation écologique
Officiellement, la politique de hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) s’explique par un engagement écologique du gouvernement. Si on veut vraiment lutter contre le réchauffement climatique, il faut réduire notre consommation de carburants routiers.

On retrouvera ici l’appel à la morale et au sacrifice lancé par le Premier Ministre Édouard Philippe:


Face à une telle argumentation digne d’un prêtre janséniste, aucun Français ne peut rester totalement insensible. Et c’est particulièrement vrai dans la upper middle class urbanisée qui a massivement voté Macron en 2017, habituée aux transports en commun et aux trottinettes électriques: comment défendre la planète en prenant sa voiture tous les jours pour aller travailler? L’argument fait mouche chez tous les défenseurs d’un développement soutenable, durable, et autres thèmes à la mode.

Le problème vient de l’examen des chiffres, qui rendent difficile le maintien de l’argumentation officielle.

La consommation de carburant routier en forte baisse depuis 18 mois
On ne rentrera pas ici dans une guerre de chiffres et dans des distinctions sans fin sur les statistiques. Pour comprendre la suite, on notera simplement qu’il existe deux unités de mesure pour savoir si la consommation de carburant augmente ou diminue. L’une d’elle consiste à calculer la consommation de produits pétroliers au sens large (qui inclut le fioul de chauffage, soumis à la TICPE), l’autre limite le calcul au seul carburant routier. Ces nuances expliquent qu’il est parfois difficile de s’y retrouver dans les chiffres.

Toujours est-il que l’Union Français des Industries Pétrolières (UFIP), qui défend les intérêts du secteur, a publié ce communiqué particulièrement éloquent le 16 octobre 2018, comme pour ruiner par une anticipation magique le propos de l’exécutif:


Sur une année mobile, indique le communiqué, c’est-à-dire de septembre 2017 à septembre 2018, « la consommation française de carburants a atteint 50,40 millions de mètres cubes, en baisse de 1,7 % par rapport à la consommation des douze mois mobiles précédents ». Ce chiffre de 50 millions de mètres cubes consommés annuellement est au demeurant en stagnation globale depuis 2010.

En réalité, la consommation de carburant routier par habitant ne cesse de baisser en France depuis 2010: on ne consomme pas plus de carburant routier aujourd’hui qu’il y a dix ans, mais avec plus d’habitants.

Et, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la consommation a diminué de plus de 10%.

La taxe augmente parce que la consommation de carburant baisse!
Il faut comprendre ici qu’Édouard Philippe ne lance pas un appel à la fibre écologique tapie en chacun de nous parce qu’il trouve qu’on consomme trop de carburant. Il lance au contraire cet appel parce qu’il trouve qu’on n’en consomme pas assez. La taxe n’augmente pas parce que la consommation augmente, mais parce qu’elle décline! Et comme elle décline, les recettes de l’impôt sont fragilisées et font défaut au budget de l’État.

Pour l’illustrer, voici un petit rappel de la situation budgétaire au 30 septembre 2018, tel qu’il est présenté par le « mensuel » du budget de l’État publié début novembre:



On le voit, au 30 septembre 2018, la taxe sur les carburants a rapporté dans l’années moins de 9 milliards €. Facialement, c’est mieux qu’en 2017, où le produit était tombé à 7,5 milliards sur les 9 premiers mois de l’année. Mais ce chiffre était de 10,5 milliards € en septembre 2011! En 2016, il était monté à 11,5 milliards €!

Ce petit graphique donne une mesure du produit de la TICPE dans les caisses de l’État au 30 septembre de l’année depuis 2011:



Comme on le voit, les recettes apportées par la TICPE depuis 2011 se situent sur une tendance baissière. Durant tout le quinquennat de François Hollande, elles oscillaient, au 30 septembre de l’année, entre 9,6 et 10 milliards €. En 2017, le produit est tombé à 7,5 milliards au 30 septembre. Il est certes remonté de 1,4 milliard en un an, mais il reste inférieur d’un milliard à ce qu’il était sous le précédent quinquennat.

On notera avec intérêt que les hausses prévues pour 2019 (notamment avec la suppression du taux réduit pour le diesel non-routier, qui touchera les groupes électrogènes et les paysans) visent à augmenter le produit de la taxe de… 4 milliards. Soit un bond en avant significatif, loin devant les chiffres réels de la taxe aujourd’hui.

Pour mémoire, en 2017, la TICPE à l’année avait rapporté à peine plus de 11 milliards €, soit près de 3 milliards de moins que sous François Hollande.

Première conclusion l’État ment, l’État a besoin d’argent
De ces prémisses, on retirera une première idée claire: si l’État désirait seulement réduire la consommation de carburant, il ne recourrait pas à une hausse de la TICPE pour y arriver. Le carburant routier est en effet en « chute libre » depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Nul besoin d’une hausse des taxes pour y parvenir, et surtout nul besoin de s’y cramponner pour l’obtenir. Même sans hausse de la taxe, la consommation diminue.

En revanche, pour des raisons qui ne sont pas encore clairement expliquées, son produit a baissé et le budget de l’État (on va le voir) en souffre fortement. Ainsi, pour 2018, la TICPE devait, selon le budget initial, rapporter 13,6 milliards. Elle en rapportera péniblement 13,3. La baisse de la consommation n’y est pas pour rien..

En 2019, elle devrait rapporter 17 milliards, soit une ponction sur les particulier de près de 4 milliards €, pour une consommation moindre. La ponction à prévoir est en revanche très douloureuse. Mais redisons-le: plus la consommation baissera, moins la taxe rapportera. C’est son paradoxe existentiel.

En attendant, la vraie raison de la hausse de la taxe n’est pas écologique (puisque l’objectif est atteint sans hausse de taxe). Elle est budgétaire.

Les séismes fiscaux de l’État depuis 2011
Pour mieux comprendre la situation compliquée de l’État aujourd’hui, il faut lire attentivement le graphique qui suit:



Ce tableau récapitule les sommes entrées dans les caisses de l’État au 30 septembre de l’année au titre de 4 impôts majeurs: l’impôt sur les sociétés (IS), la taxe intérieure sur le carburant (TICPE), la TVA et l’impôt sur le revenu (IR). Il faut garder à l’esprit que ces chiffres regroupent environ 80% des recettes de l’État. Mais, en 2011, les recettes nettes totales de l’État au 30 septembre était de 193 milliards €. Elles avoisinent aujourd’hui les 220 milliards, soit près de 15% de hausse de pression fiscale en 7 ans.

Surtout, si on lit bien, on s’aperçoit que l’impôt sur les sociétés apportait près de 27 milliards en 2011, soit l’équivalent d’un quart de la TVA. En 2018, la contribution de l’impôt sur les sociétés est tombée à 15 milliards, alors que la TVA a grimpé à plus de 115 milliards, soit un effort deux fois plus important pour les consommateurs que pour les entreprises en 7 ans d’intervalle.

On ajoutera que les recettes de l’impôt sur le revenu ont pratiqué augmenté de 50% sur la même période.

Autrement dit, la part des entreprises à l’effort budgétaire global s’est effondrée de plus de 10 milliards € (et ce avant les baisses massives d’impôt sur les sociétés), quand celle des ménages battait des records sur tous les fronts: plus 20 milliards de TVA, plus 17 milliards d’impôt sur le revenu.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre l’origine de la grogne des Français…

Le très inquiétant effondrement de l’impôt sur les sociétés
Face à la véritable implosion de l’impôt sur les sociétés, on s’inquiétera du silence et de la passivité officielle sur le sujet. Là encore, rappelons que cet impôt qui avait rapporté jusqu’à 47 milliards en année pleine en 2013 (sous la folie fiscale hollandaise), en a rapporté moins de 36 en 2017. En 2018, son produit a encore baissé de près de 20%.

Or les baisses de taux massives annoncées sur cet impôt ne sont pas encore entrées en vigueur. À ce stade, elles n’ont guère touché que les très petites entreprises.

Elles demeurent par ailleurs marginales quant aux taux.

Le problème est donc ailleurs. On ne sait pas bien très bien où. Il serait intéressant que Bercy produise une analyse claire sur le sujet, car il est systémique, majeur, capital. Suffisamment capital pour que l’omerta officielle règne sur le sujet.

La spectaculaire explosion du déficit primaire de l’État sous Emmanuel Macron
Le tableau ci-dessous est peut-être le seul à retenir de cette démonstration pas à pas, car il synthétise la difficulté particulière dans laquelle se trouve aujourd’hui l’exécutif.



La ligne rouge indique les dépenses de l’État au 30 septembre de chaque année depuis 2011. Elle montre clairement qu’avec une somme proche de 250 milliards, l’État n’a historiquement jamais autant dépensé en France qu’avec Emmanuel Macron. 2017 est de toute évidence une année de dérapage des dépenses. Emmanuel Macron, président des fonctionnaires, soigne son carré de fidèles et leur évite les sacrifices qu’il impose au reste de la population.

Dans le même temps, les recettes de l’État fléchissent de façon inquiétante et sans qu’une explication claire ne se dégage. D’où la rigidité du gouvernement face à la hausse des prix du carburant: il ne peut reculer sans dégrader encore un peu plus une situation difficile.

À titre anecdotique, et par une politique fiscale agressive, François Hollande avait réduit à 8 milliards au 30 septembre 2014 le différentiel entre les recettes fiscales nettes et les dépenses de l’État. Avec Emmanuel Macron, ce différentiel a explosé à 26 milliards… Autrement dit, 10% des dépenses courantes de l’État ne sont pas couvertes par des recettes fiscales. C’est un peu plus que le 3% de Maastricht.

Vers des difficultés politiques majeures?
Assez rapidement, Emmanuel Macron devra réagir pour rétablir la barre des comptes publics, qui se dégradent structurellement à vue d’oeil. On peut évidemment multiplier les mesures ponctuelles ou d’affichage pour dire que tout va bien… la réalité chiffrée (et par des chiffres officiels) prouve tout le contraire.

Face à lui, Emmanuel Macron a deux solutions, non exclusives l’une de l’autre: tailler rapidement dans les dépenses publiques ou augmenter les impôts. On mesure à la réaction des « gilets jaunes » la difficulté de la deuxième option dans un pays lourdement ponctionné depuis 2011. On a mesuré à l’occasion de l’affaire Benalla la capacité de nuisance d’une grande administration régalienne comme la police lorsqu’elle est poussée dans ses retranchements.

Bon courage, Monsieur Macron.



Source : http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2018/11/04/augmentation-du-prix-du-carburant-les-vraies-raisons-de-la-rigidite-gouvernementale-enfin-expliquees/?fbclid=IwAR3DHOIYcOS0f5nRRIBXuBkwS4GBWQTxXCi3K9O3wv4XxVA9jc-qK4LUTlM

Macron et la vulgarité bourgeoise

Avec sa sortie sur les migrants Comoriens, Macron a suscité l'indignation, à juste titre. Mais combien de temps, à chaque "faute de com'" ou "dérapage" de nos dirigeants, allons-nous fermer les yeux sur ce qui constitue le cœur véritable du problème : la crasse vulgarité, condescendante et ignorante, de nos "élites" ?
« La vulgarité ne dit jamais "fils de pute"
"Enculé d'ta race" ou "va niquer ta mère"
La vraie vulgarité ne tient pas ce vocabulaire
Elle se cache derrière de belles familles, de belles carrières
De sourires hypocrites et de bonnes manières
Tu la reconnais au ton condescendant
La vraie vulgarité se lâche comme ça, en plaisantant
Elle croit que tout lui est dû, que tout s'achète
L'argent et le pouvoir lui sont montés à la tête
Elle fait son beurre sans scrupules dans la misère
La vraie vulgarité sait comment s'en satisfaire
Vénale, sans complexe, elle s'étale
Dégueulasse, elle a ce mépris de classe qui fait mal
Elle est vicieuse, elle est sournoise
La vraie vulgarité, elle est bourgeoise »
La Canaille, Monsieur Madame (https://www.youtube.com/watch?v=fd0K5ytIhmc)
« La vraie vulgarité, elle est bourgeoise » : par cette formule lapidaire Marc Nammour, plus connu sous le nom de scène de La Canaille, met le doigt sur ce qui est constamment passé sous silence par ceux qui nous dirigent ; à savoir, que ce sont eux, les nantis, les dominants, qui incarnent réellement ce que peut être l’indécence.
Etymologiquement, la vulgarité vient du mot latin signifiant "peuple", mais le terme a peu à peu dévié pour désigner le mauvais goût. Et désormais, pour ce qui est de l’humour notamment, il sert souvent à caractériser les saillies sexistes, racistes, les brimades insultantes : bref, la marque de ce mauvais esprit ignorant, bête et méchant que, dans les hautes sphères, on attribue volontiers au peuple, cette masse de prolétaires sous-éduqués fermés aux délices de la haute culture des élites.
Mais la vulgarité authentique ne se trouve pas dans les bars PMU puant la sueur et le rosé du matin. Elle ne se trouve pas dans les cabines des camions avec lesquels les manœuvres rentrent de leur chantier, le soir. Elle ne se trouve pas dans les vestiaires des usines. Cet humour-là, celui que le peuple pratique au quotidien, en famille, avec les collègues, peut être maladroit, douteux, raciste, sexiste, idiot, inacceptable, mais ce n’est pas à lui que l’on peut faire le reproche de l’indécence.   
Qu’est-ce que la véritable indécence, en effet ? Faire des blagues racistes avec nos amis Arabes et Noirs (car oui, ça m’arrive) ou, entouré d’une bande de rupins en costard-cravate, tous vieux, blancs et catholiques, oser une sortie sur « le bruit et l’odeur » ? Ce qui est réellement vulgaire, c’est de rire de gens qu’on ne connait pas, d’une misère que l’on ne connait pas –et, pire encore, que l’on a, en tant que dirigeant, en tant que membre de « l’élite », contribué à créer. La vraie vulgarité, c’est ce jeune énarque éduqué hors-sol, en serre, comme une tomate hydroponique, et qui, bien habillé, sûr de lui, les dents blanches luisantes, les mêmes avec lesquelles il a rayé tous les parquets de la Vème République, se gausse sans honte de 20 000 migrants Comoriens morts en voulant rejoindre Mayotte. Et ce faisant, se moque de toutes les victimes d’une politique migratoire que, en tant que ministre, il a lui-même activement cautionnée. Là se trouve la véritable indécence : dans ce rire des puissants se moquant des exclus, de tous ceux qui souffrent de leur propre incompétence de nantis.
Le racisme des classes populaires existe, bien entendu. De même que le sexisme et l’homophobie. Mais il ne faut jamais oublier que ces aberrations prospèrent aussi dans les hautes sphères, toujours promptes à se présenter comme plus capables que le petit peuple de décider de ce qui est bon, ce qui est vrai, ce qui est beau. Et c’est leur sexisme et leur racisme à eux qui est véritablement indécent, parce qu’il est la marque de leur mépris pour nous, de leur volonté acharnée de ne rien changer à un ordre des choses injuste et inégalitaire, mais qui les engraisse et leur donne richesse et puissance. Leur rire est celui du chasseur humilant sa proie, du bourreau au milieu des charniers. Un rire dégueulasse d'homme que personne n'est là pour contredire et pour brimer.  
Quand un camarade de bar ou de chantier sort une vieille blague douteuse, je peux en parler avec lui, tenter de lui montrer que là, non, ça n’est pas drôle, qu’il a dépassé les bornes. Mais qui ira lui expliquer, à Macron, l’horreur de sa déclaration ? Je le sais : ses communiquant, qui ne lui diront pas : « Putain, ce que tu as dit était ignoblement raciste et irrespectueux », mais : « Là, tu as fait une faute de com’ ». Une faute de com’. Au pire, un dérapage, comme ils disent. Une erreur isolée, donc. Sauf que la vulgarité bourgeoise n’est pas un épiphénomène : elle sévit à grande échelle, au parlement, au sénat, à l’Elysée, dans les bureaux des cadres sup’ et des PDG –et si elle ne ressort que rarement dans la presse ou à la télévision, car ces gens-là tâchent de faire attention à leur image, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas quotidienne. Car, contrairement à ce qui a lieu pour ce peuple qu’ils disent toujours vouloir éduquer, personne n’est là pour leur dire, à eux, qu’ils sont vulgaires, indécents et que ça ne peut plus continuer comme ça. Et c’est pour cette raison que ça continuera encore longtemps. Dans l’ombre. Et nous, peuple grossier, malpoli, mal éduqué, nous ferons semblant de ne rien voir, rien savoir, jusqu’à la prochaine « faute de com’ » qui nous dessillera un instant, le temps d’un micro ouvert au mauvais moment, d’un dérapage, et le temps d’une indignation vouée à ne jamais aller jusqu’au cœur du problème : à savoir que nos « élites » ont sombré, depuis longtemps déjà, dans une indignité qu’entretient leur certitude de ne devoir rendre de comptes à personne, leur impunité de dominants. Et ça, c’est sans doute leur plus mauvaise blague –en ce qui me concerne, cela ne me fait plus rire, mais alors, plus du tout.
Salut & fraternité,
 .    
https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/060617/macron-et-la-vulgarite-bourgeoise