jeudi 4 août 2016

Signez l'appel à la démocratie et la souveraineté populaire contre l’échec de l’intégration néolibérale européenne et de l’euro / Sign the appeal to the democracy and the popular sovereignty against the failure of the European neoliberal integration and the euro




Ce document a été élaboré en commun par les membres du réseau Lexit. Il a été rédigé et validé collectivement avant le référendum sur le Brexit et n’avait aucune intention d’influencer le vote populaire de quelque manière.
Avec le marché unique et le Traité de Maastricht, l’intégration européenne s’est constituée comme un projet néolibéral de long terme. Le « pacte de stabilité et de croissance », les libertés du marché unique et l’Union monétaire ont établi un cadre qui a nourri les politiques d’austérité, le démantèlement des droits sociaux et de la protection sociale, et imposé la privatisation à tous les Etats-membres.
Contrairement à l’idée d’une Union européenne comme espace neutre, les événements qui ont suivi la Grande Récession de 2007-2009 ont montré que le projet d’intégration européenne était défini par la nature régressive de ses traités, et par une radicaliation sans précédent de son caractère néolibéral. Des relations hiérarchiques inégales entre le centre et la périphérie ont été longtemps un trait caractéristique de l’intégration européenne, mais qui, après la Grande Récession, aura culminé dans la domination de l’Allemagne sur les orientations des politiques économiques. Les développements réglementaires qui ont accompagné l’installation de l’eurozone et les mesures prises en réponse à la crise de l’euro, sous la forme de l’imposition de règles toujours plus strictes et de structures de gouvernance toujours plus illégitimes, ont approfondi l’autoritarisme néolibéral de l’intégration européenne. Il faut donc se rendre à l’idée que ce projet d’intégration est devenu une menace pour la la démocratie et la souveraineté populaire.

L’euro, une monnaie à crises

La crise de l’euro est le produit d’une architecture de l’union monétaire mal pensée dès l’origine, préoccupée seulement d’austérité et de désinflation. Au lieu de conduire à un processus de convergence économique et sociale des Etats-membres, le développement économique réel (en termes de salaires et de productivité) a engendré toujours plus de divergence. L’union monétaire a finalement donné lieu à d’énormes déséquilibres macroéconomiques (creusant notamment les déficits des balances courantes, pas seulement dans la dite « périphérie », mais également en France et en Italie, avec pour contrepartie d’énormes excédents en Allemagne et quelques autres pays). Il s’en est suivi dans un premier temps des flux de capitaux depuis le centre vers la périphérie de la zone, flux à bas taux qui ont nourri des bulles spéculatives financières et immobilières, et qui ont également gonflé l’endettement tant public que privé.
L’un des facteurs importants de ces déséquilibres réside dans l’effort de l’Allemagne de réduire son coût du travail par la restructuration des chaînes de valeurs de ses secteurs exportateurs via le travail bon marché des pays d’Europe de l’Est et une stratégie de dumping salarial, fiscal et social.
Il en a résulté, pour les économies moins bien placées, une très forte pression à « la compétitivité » sur « leurs » secteurs industriels et tertiaires. Le cadre même de l’union monétaire interdisant de recourir à l’ajustement de change, ces économies n’ont plus eu d’autre recours que la « dévaluation interne ». Soit concrètement : le démantèlement de l’Etat social, la privatisation à grande échelle des services publics, le dumping salarial, social et fiscal, les attaques contre la négociation collective, les tentatives de briser les syndicats, le procès et la destruction de la fonction publique.

L’euro, un outil au service du capital financier

Il est important de souligner que rien de cela n’est arrivé par la faute d’un imprévisible défaut de construction de l’eurozone. L’euro fonctionne parfaitement au regard en tout cas des intentions de ses architectes néolibéraux. Il ne travaille pas à quelque forme d’équilibre, de croissance et de plein-emploi. Il œuvre à la destruction des droits sociaux, des systèmes de sécurité sociale, des secteurs publics, de la taxation des profits, et impose le sauvetage public des banques privées.
Et voilà comment l’euro fonctionne en termes politiques : il entraîne les Etats dans la spirale à la baisse des guerres de compétitivité, où la position de chacun ne peut être « améliorée » que par la mise en place de politiques conduites au détriment de la majorité des populations et au seul bénéfice du capital international. Dans cette spirale à la baisse, salaires, pensions, prestations sociales, emploi et investissement publics sont tous envoyés par le fond.
Comme l’ont clairement montré les événements de Grèce en 2015, la structure de gouvernance de l’eurozone est hermétiquement fermée aux politiques qui expriment démocratiquement le mandat de la majorité de la population si ces politiques contreviennent à l’agenda néolibéral. Lorsque le gouvernement Syriza a tenté de mettre en œuvre son programme, plus encore après le « non » au référendum, il a été défait par la Banque centrale européenne qui l’a forcé au mémorandum.

L’euro, une mauvaise idée qu’on ne sauvera pas

Comme il l’a été montré par d’innombrables auteurs, la zone euro ne satisfait aucun des réquisits d’une aire monétaire fonctionnelle, et il est impossible d’imaginer qu’elle les satisfasse dans quelque avenir. Une telle aire monétaire, avec des structures économiques et des niveaux de productivité très disparates, comme c’est le cas de l’eurozone, nécessiterait pour réduire ses déséquilibres internes des transferts financiers intrazones massifs, que des travaux sérieux estiment à près de 10% du PIB européen, un niveau qui est non seulement inenvisageable politiquement, mais également indésirable en soi : comme tous les précédents de l’eurozone l’ont établi, les pays donateurs useraient de cette position pour prendre la main sur les politiques intérieures des pays receveurs, à l’encontre de toute démocratie. Ces dernières années ont suffisamment montré comment de telles situations ruinent la souveraineté populaire, montent les peuples européens les uns contre les autres, et ouvrent des boulevards aux extrêmes-droites xénophobes.
A la fin des fins, la possibilité d’un Etat fédéral européen démocratique qui ne reconduise pas les relations de domination entre les actuels Etats-membres, appellerait une authentique société civile européenne qui n’existe pas pour l’heure et qu’on ne fera pas advenir par décret.

Lexit, la solution pour combattre le néolibéralisme et restaurer la démocratie

Sur ce fond alarmant de de destruction des droits démocratiques, de démantèlement des Etats providences et de privatisation des communs, les forces d’émancipation en Europe doivent proposer des alternatives opérationnelles crédibles, reposant sur le principe fondamental de la souveraineté populaire, contre l’actuel projet d’intégration néolibérale-autoritaire. C’est pourquoi le Lexit (Left Exit) est notre outil pour reconquérir la démocratie.
L’essor alarmant des extrêmes-droites dans la plupart des pays d’Europe se nourrit entre autres de leur position contre l’Union européenne et son système de gouvernance. Leurs propositions politiques sont des impasses : les forces de la droite anti-euro réclament par exemple davantage de contrôle sur les flux migratoires sans rien remettre en cause de la mobilité des flux de capitaux vers les pays qui pratiquent le dumping salarial compétitif. A les en croire, il suffirait de s’en tenir à l’arrêt de la libre circulation des personnes et à l’abandon de l’euro, qui rendrait les changes aux forces de marché – synthèse de cauchemar qu’on pourrait nommer le «néolibéralisme xénophobe».
Si nous voulons éviter ce scénario, nous devons aller au Lexit : une alternative internationaliste reposant sur les principes de souveraineté populaire, de fraternité, de droits sociaux, de défense des travailleurs et des communs.
La non-viabilité de l’eurozone est désormais un fait établi. Tôt ou tard se présentera la grande alternative de la sortie : par la droite ou par la gauche, chacune évidemment avec des effets très différents pour les différentes classes sociales. Le Lexit est l’option des stratégies d’émancipation et de dépassement de l’intégration néolibérale.
La discussion a déjà commencé et des propositions sont déjà sur la table: nous invitons tous ceux qui partagent ce désir du Lexit à rejoindre nos débats et nos actions.


Premiers signataires

  • Tariq Ali, author and filmmaker, UK
  • Jorge Amar, Asociación por el pleno empleo y la estabilidad de precios, Spain
  • Prof. em. Yangos Andreadis, Pantheion University, Greece
  • Cristina Asensi, Democracia Real Ya and Money Sovereignty Commission, Spain
  • Prof. Einar Braathen, Oslo and Akershus University College, Norway
  • Prof. Lucio Baccaro, Université de Genève, Switzerland
  • Gina Barstad, No to the EU and Socialist Left Party, Norway
  • Luís Bernardo, Researcher, Portugal
  • Simon Brežan, MD, social, cognitive & system neuroscience/ enactivism researcher, 4th Group of United Left Slovenia
  • Prof. Sergio Cesaratto, University of Siena, Italy
  • Prof. Massimo D’Antoni, University of Siena, Italy
  • Alfredo D’Attorre, MP Sinistra Italiana, Italy
  • Fabio De Masi, MEP GUE/NGL, Germany
  • Klaus Dräger, former staff of the GUE/NGL group in the EP, Germany
  • Stefano Fassina, former Vice-Minister of Finance, MP Sinistra Italiana, Italy
  • Prof. Scott Ferguson, University of South Florida, United States
  • Prof. Heiner Flassbeck, Hamburg University and Makroskop, Germany
  • Kenneth Haar, Corporate Europe Observatory, Denmark
  • Idar Helle, De Facto, Norway
  • Inge Höger, MP Die Linke, Germany
  • Prof. Martin Höpner, Max Planck Institute for the Study of Societies, Germany
  • Dr. Raoul Marc Jennar, Political scientist and author, France
  • Dr. Lydia Krüger, Scientific Council of Attac, Germany
  • Kris Kunst, Economy for the people, Germany
  • Wilhelm Langthaler, Euroexit, Austria
  • Prof. Costas Lapavitsas, SOAS University of London, UK
  • Frédéric Lordon, CNRS, France
  • Stuart Medina, Asociación por el pleno empleo y la estabilidad de precios, Spain
  • Prof. William Mitchell, Director of Centre of Full Employment and Equity, University of Newcastle, Australia
  • Joakim Møllersen, Attac and Radikal Portal, Norway
  • Pedro Montes, Socialismo 21, Spain
  • Prof. Andreas Nölke, Goethe University, Germany
  • Albert F. Reiterer, Euroexit, Austria
  • Dr. Paul Steinhardt, Makroskop, Germany
  • Steffen Stierle, Attac and Eurexit, Germany
  • Jose Sánchez, APEEP, Anti-TTIP Campaign, Attac, Spain
  • Gunnar Skuli Armannsson, Attac, Iceland
  • Petter Slaatrem Titland, Attac, Norway
  • Dr. Andy Storey, University College Dublin, Ireland
  • Prof. Wolfgang Streeck, Max Planck Institute for the Study of Societies, Germany
  • Diosdano Toledano, Plataforma por la salida del euro, Spain
  • Christophe Ventura, Memoire des luttes, France
  • Peter Wahl, Weed e.V., Scientific Council of Attac, Germany
  • Erik Wesselius, Corporate Europe Observatory, Netherlands
  • Prof. Gennaro Zezza, Università di Cassino e del Lazio Meridionale, Italy
Pour signer l'appel : http://lexit-network.org/appel

ET pour terminer sur une note d'humour


mercredi 3 août 2016

Mon ennemi n'est pas l'immigré mais la finance... et un peu moi-même aussi - 2 articles pour comprendre / My enemy is not the immigrant but the finance... and a little myself too - 2 articles to understand

On parle beaucoup d'immigration en ce moment. C'est vrai qu'il s'agit d'un vrai problème et qu'il n'y a aucune politique mise en oeuvre aujourd'hui qui s'intéresse sérieusement à la cause de ce problème. Pour ma part, et à l'instar du  Président néo-colonialiste Trucmuch, mon ennemi, c'est la finance... et un peu moi-même aussi. Pour comprendre ces propos, je vous invite à découvrir, à la fin de l'interview de Jean-François Gayraud, l'article consacré à Christian Arnsperger :
 " Derrière l’économie : la question du sens de l’existence ? "

Si on arrête d'aller taper des bombes un peu partout, une folie pure quand on prend la peine d'y réfléchir, et si on prend le temps de réfléchir au but de son existence, ça va peut-être s'améliorer.

Christophe

https://www.les-crises.fr/quelle-guerre-financiere-par-jean-francois-gayraud/



Jean-François Gayraud s’est conquis un large public avec Le Monde des mafias, La Grande Fraude, Géostratégie du crime (avec François Thual) et Le Nouveau Capitalisme criminel, tous publiés aux éditions Odile Jacob. Il vient de publier L’art de la guerre financière. Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique est le Directeur du Diploweb.com
Jean-François Gayraud vient de publier « L’art de la guerre financière » (Odile Jacob). Il répond aux questions de Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com. Un propos qui rompt avec la “petite musique” habituelle à propos des activités financières et de l’endettement public.
Pierre Verluise : Comment définissez-vous la finance et la guerre financière ? Quelles sont les représentations fausses à ce propos ?
Jean-François Gayraud : Depuis les années 1980, la Finance occupe une place centrale dans le fonctionnement des sociétés contemporaines. Sa position de surplomb par rapport aux échanges économiques et aux classes politiques font que cette matière ne peut plus être analysée simplement avec la focale de la “science économique”, surtout orthodoxe. Derrière la technicité se dissimulent des enjeux politiques et des luttes de pouvoir majeurs. Le diagnostic demeure incomplet et biaisé tant que la perspective “économiste”, positiviste et néoclassique, est privilégiée. Car ce qui se trame, au sens de la dramaturgie, relève de la Politique. Ainsi, fondamentalement, il n’y a jamais de crises financières, mais des choix politiques ayant des conséquences financières. Rechercher les seules explications techniques et ignorer les racines politiques, consiste à privilégier des causes immédiates et à s’aveugler sur les causes premières. Depuis la mise en œuvre des politiques de dérégulation, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe, la finance est devenue un phénomène de pouvoir, avec de véritables puissances, en partie autonomes poursuivant des objectifs propres. La dérégulation a sorti le génie de la lampe : depuis, la haute finance s’est émancipée au détriment des Etats et des peuples. De là, le concept de guerre ne relève pas de la métaphore facile mais d’une claire prise en compte des véritables enjeux imposés par la domination inédite de la finance depuis les années 1980. Comprenons bien ce qui se joue : des puissances financières développent des formes d’hostilité en direction des Etats et des peuples ; telle est la signification exacte du concept de guerre. Il faut avoir une conception réductrice de la guerre, donc de l’hostilité, pour ne l’envisager que sous le seul angle des affrontements militaires. Ce serait oublier que l’hostilité a toujours revêtu dans l’histoire des formes diverses : certes militaire mais aussi politique, culturelle, économique ou finalement financière. Par ailleurs, cette hostilité est en partie criminelle quand on prend en compte deux dimensions. D’abord, les fraudes gigantesques, souvent systématiques et parfois à effet systémique, dont la finance se rend coupable. Ensuite les conséquences destructrices sur les populations de ses actions.
L’idéologie néolibérale est évidement rétive à toute analyse en termes d’hostilité puisque son projet tente de faire accroire que le “doux commerce” cher à Montesquieu (1689-1755) est le pacificateur ultime. Les libéraux veulent imposer l’idée que la concurrence, et non l’hostilité, est la solution ultime. Ainsi que le montrent Julien Freund et auparavant Carl Schmitt, la doxa libérale tente de dépolitiser les rapports sociaux et internationaux afin de conférer au dieu Marché la fonction d’arbitre suprême.
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Ce point acquis, la question de l’hostilité conduit ensuite vers le véritable questionnement, sous-jacent : qui est l’ennemi ? Car les vraies guerres – et non ces guerres métaphysiques telles “la guerre à la drogue, à la pauvreté ou au terrorisme”, toutes celles déclenchées à partir d’une idée vague -, impliquent des ennemis réels, donc situés géographiquement et historiquement. La désignation de l’ennemi relève d’un choix politique permettant de discerner ce qui est dangereux voire mortel. Ce nominalisme n’est pas neutre, bien au contraire : c’est fondamentalement un acte de souveraineté.
P.V. : Pourquoi parler de “grandes migrations” à propos de la guerre financière ? 
J-F G. : La mobilité est l’une des grandes tactiques de l’art militaire. Or la guerre financière, ainsi que je le démontre dans mon livre, s’appuie sur une quadruple migration : des capitaux, des élites, des dettes et des responsabilités. Ces phénomènes migratoires sont une clef d’explication importante pour comprendre la puissance des institutions financières qui mènent de véritables “guerre de mouvement”.
P. V. : Le crime financier est-il puni à la hauteur de ses conséquences ? 
J-F G. : Globalement, les crimes financiers majeurs sont impunis. Ou lorsqu’ils le sont, c’est de manière imparfaite car trop souvent dans un cadre transactionnel, ainsi que les Américains nous ont habitué à la faire avec leurs dispositifs de plea bargaining et de deffered prosecution. Les sanctions sont alors principalement financières. Elles peuvent donc être socialisées et elles fonctionnent de fait comme de simples taxes sur la fraude. Comme elles ne touchent que rarement à titre personnel les banquiers, l’incitation à la récidive est gravée dans le marbre. Les raisons de cette impunité sont multiples. Derrière les nombreuses explications conjoncturelles et techniques, il y a une causalité politique unique. Les grands crimes financiers sont des crimes engageant les élites, et non les classes modestes de la société. Les politiciens ne sont donc pas a priori incités à organiser la poursuite d’individus appartenant au même monde qu’eux ou finançant leurs campagnes. Il est par ailleurs aisé de nier l’existence de ces crimes, tant les obstacles sont évidents à leur émergence : caractérisation intellectuelle subtile, définition juridique complexe, invisibilité matérielle fréquente, et administration de la preuve souvent diabolique.
A ce titre, le bilan de la crise de 2008 aura été caricatural et révélateur des véritables rapports de force à l’œuvre aux Etats-Unis. Aucun banquier n’aura comparu devant la justice pénale. Seuls deux cadres intermédiaires auront eu ce “privilège”, dont un Français employé chez Goldman Sachs. Les fraudes avaient pourtant été évidentes et elles seules ont pu expliquer une partie de la formation de bulles immobilières et boursières à l’origine de cette crise. D’un point de vue historique, il s’agit d’une véritable régression. Il convient de se souvenir qu’après les crises de 1929 et celle des Savings and loans dans les années 1980, les Etats-Unis avaient su réagir, même imparfaitement, en usant de l’arme pénale. Ce diagnostic criminel s’est semble t-il perdu en route, étouffé par le catéchisme néolibéral et par le poids politique de Wall Street. On ne décrira jamais assez la combinaison perverse du mécanisme dual  Too big to fail et Too big to jail.
P. V. : A propos des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), pourquoi parlez d’un “concept truqueur” ? 
J.-F. G. : Avec l’acronyme BRIC, une armada d’éditorialistes et d’universitaires se sont faits les propagandistes enthousiastes et sans recul critique d’une parfaite illusion politique et économique. Le fait que cette providentielle découverte émane du monde de la finance, en l’occurrence de la banque Goldman Sachs, n’a soulevé aucun questionnement. Personne ne s’est avisé que la banque, en inventant ce concept, pouvait poursuivre un objectif moins désintéressé que la science : inciter de nouveaux pays miraculeusement adoubés dans la première classe mondiale à goûter aux « nouveaux produits financiers ». Ce concept bric-à-brac marie pourtant torchons et serviettes, niant les facteurs de différenciation (histoire, mœurs, culture, etc.) au profit d’une vague homogénéité issue d’indices économiques incertains. Si l’on comprend le sens de la supercherie imaginée par la banque new-yorkaise, l’aveuglement collectif des universitaires et des éditorialistes l’est moins. Une décennie plus tard, les BRIC ont montré leurs limites. La banque Goldman Sachs finira par avouer de longues années après qu’elle avait mis en circulation une simple marque. Son économiste en chef John O’Neill, inventeur de l’acronyme magique, expliquera qu’il s’agissait en fait d’un « simple accessoire mental » : un effet d’annonce, une recette de camelot. On pourra toujours considérer que la banque américaine ne faisait que proposer à sa clientèle des produits financiers en pariant sur les « grandes économies émergentes » : elle se lançait en fait dans une prophétie autoréalisatrice qui, une fois passée le temps de l’euphorie artificiellement suscitée, ne pouvait que sombrer.
P. V. : De manière comparative, que nous apprennent la Grèce et l’Islande ? 
J-F G. : L’histoire de l’Islande des années 2000 a valeur de métaphore, de conte voltairien. Voilà un pays qui par folie des grandeurs avait décidé de devenir un paradis fiscal et bancaire, un vaste fond spéculatif. L’Islande était devenue temporairement le 5ème pays le plus riche du monde par une politique irraisonnée de dérèglementation de tout son système financier. Toute sa richesse fictive a inéluctablement volé en éclats avec la crise de 2008. La classe politique islandaise, déjà coupable d’avoir transformé le modèle de développement économique du pays et de s’être acoquiné avec les élites bancaires, a voulu imposer un règlement orthodoxe de la faillite bancaire, en appliquant le catéchisme libéral : faire payer le contribuable ! Les Islandais ont refusé par des manifestations de rue puis lors de deux référendums, estimant insupportable “une socialisation des pertes et une privatisation des profits”. Ce sursaut démocratique et viril, qui trouve peut-être son explication dans l’ancienne culture viking, a valeur d’exemple. Cependant, il est évident que ce sursaut de souveraineté politique a été facilité par le fait que les Islandais n’avaient pas encore abdiqué leur souveraineté monétaire. Si l’Islande avait été corsetée par les traités européens et l’Euro, ce sursaut aurait probablement fait long feu ou bien se serait terminé en tragédie grecque : une camisole bancaire et l’austérité permanente. Faut-il préciser que l’Islande a recouvré sa prospérité et que la Grèce se meurt lentement ? Dans le rapport du faible au fort, les Islandais ont démontré que la résistance a payé, contre l’avis des institutions internationales, des banquiers et des économistes majoritaires.
P. V. : Les “Panama papiers” ont-ils apporté des révélations ?
J-F G. : Tout (peut-être) et rien (certainement). Commençons par le Rien.
Le dispositif global était connu depuis longtemps, documenté et analysé par des ouvrages universitaires et des enquêtes journalistiques nombreux et complets. La description de ce que j’appellerai la “triade et son outil” était tout sauf ignoré : des grandes banques ayant pignon sur rue, des territoires transformés en Etats pirates et des cabinets d’avocats spécialisés, développant des myriades de sociétés écrans. Les révélations ont plutôt porté sur des noms de particuliers et d’entreprises. Toutefois, il faudra observer dans la durée l’ampleur de ce processus de désignation de coupables présumés pour en mesurer la portée exacte. Il ne sera d’ailleurs pas indifférent à terme de comprendre l’origine réelle et les motivations de ces fuites d’informations.
Par ailleurs, la question de fond sera de savoir si, une fois l’émotion médiatique et l’effroi politique passés, ces fuites d’informations auront déclenché ou non des bouleversements tels que le phénomène de la fraude et de l’évasion fiscale auront pu être enfin jugulé. La fuite d’informations aura t-elle pour effet bénéfique de limiter durablement la fuite des capitaux ? L’histoire de cette question nous apprend qu’il y a un gouffre entre les proclamations gouvernementales suivant chaque scandale – “plus jamais ça” – et ce que les Etats font réellement une fois l’écume de l’agitation médiatique disparue.
Il me semble aussi important de souligner que la lumière crue jetée sur un pays avec les “Panama papers” ne doit pas occulter trois faits essentiels. D’abord que nous sommes en présence d’une véritable industrie mondialisée de la piraterie fiscale menée par des entreprises bancaires et juridiques a priori respectables, employant des milliers de diplômés des meilleures universités. On ne soulignera d’ailleurs jamais assez que d’un point de vue sociologique, la fraude et l’évasion fiscale profite à une partie des élites et est mise en œuvre par un segment de ces mêmes élites, du Nord comme du Sud. Ensuite, que Panama n’est pas un cas isolé, un mouton noir de la communauté internationale, mais un exemple parmi des dizaines d’autres de pays ayant décidé de faire de la haute finance douteuse un pilier de leur développement économique, et parfois leur business model. Enfin, il ne faut pas perdre de vue qu’il n’existe pas deux mondes séparés, celui d’une finance propre et de l’autre d’une finance obscure, mais un continuum dans lequel les Etat pirates et les sociétés écrans servent de ponts à ces deux univers et surtout de régulateur à un capitalisme devenu anomique.
La fin des paradis fiscaux et bancaires ne dépendra pas des seules bonnes intentions portées par l’OCDE et les Etats, mais de véritables sanctions commerciales et financières contre les Etats pirates. Faute de quoi, l’impunité et l’opacité perdureront. Il y a pourtant urgence à agir car, au delà de la dimension éthique du problème, la situation dégradée des finances publiques des Etats impose de récupérer ces dizaines de milliards qui échappent à l’impôt. L’évitement de l’impôt a toujours été un sport oligarchique, à l’image du golf ou du polo, et il faut donc analyser tous ces mécanismes et institutions de l’opacité fiscale comme une industrie de protection des riches, que cette richesse soit légale à l’origine ou issue de la criminalité. Jusqu’à présent, les Etats et les organisations internationales ont usé, par lâcheté ou impuissance, de méthodes relevant de la persuasion face aux Etats pirates. On en voit les limites aujourd’hui. Seule une politique répressive aura des effets réels et durables. Un peu de dureté ne nuit jamais.
Pour être complet sur le sujet, il faut rappeler que s’il existe objectivement des dizaines de paradis fiscaux et bancaires à travers le monde, nombre de pays pourtant victimes de ces fuites abyssales de capitaux sont, par segments, aussi de micros paradis fiscaux et bancaires. Ils le sont par exemple quand ils décident une baisse drastique des impôts pour leurs riches : la Grèce est ainsi historiquement un paradis fiscal pour ses oligarques ; et les Etats-Unis depuis les années 1980. Ou bien quand des conventions fiscales favorables sont signées avec des partenaires privilégiés : la France est depuis 2008 un paradis fiscal pour les investisseurs du Qatar.
P. V. : Beaucoup d’étudiants rêvent de “faire de la finance”. Quid de son enseignement ? 
J-F G. : “Rêver de faire de la finance” me semble une étrangeté, voire un oxymore ; encore que tout soit possible puisque l’homme moderne semble réduit à un Homo oeconomicus, un bipède consommateur, cupide et festif. Il est vrai que les plus hauts maitres de la finance affirment que la cupidité est une valeur positive. En France, le ministre de l’économie et des finances a expliqué, je cite : “Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires” (2016). J’en déduis que la finance n’est pas l’ennemi de tout le monde. Jean Tirole, lauréat du prix de la Banque de Suède, plus complaisamment appelé “prix Nobel d’économie”, répète à l’envie que “l’égoïsme est le moteur du lien social” et que “la cupidité n’est ni bonne ni mauvaise”. Vous me direz qu’il ne fait que répéter la vieille doxa libérale. Ce thuriféraire du Dieu marché omniscient est l’exemple typique de ces économistes de la finance qui fonctionnent tels des “intellectuels organiques”, pour reprendre l’expression de Gramsci. Nul hasard ainsi que Jean Tirole ait reçu le prix 2007 “Risques Les Echos” pour son livre The Theory of Corporate Finance des mains de Daniel Bouton, PDG de la Société générale. On admirera le dispositif chimiquement pur : un quotidien d’obédience libéral propriété du groupe LVMH, le PDG de l’une des plus grandes banques du monde, pour un livre forcément en anglais qui est la lingua franca de la haute finance dont le contenu sert de bréviaire aux acteurs du marché. D’ailleurs, Daniel Bouton ne cache pas son bonheur à disposer ainsi d’une base académique pour justifier ou légitimer le travail de la banque contemporaine quand il explique lors de cette remise de prix, le 7 juin 2007, ” combien le travail académique a permis de bouleverser en quelques décennies la pratique de l’activité financière. Sans recherche, il n’y aurait, pas de marchés dérivés qui ont permis la marchéïsation du financement de l’économie”. Et de préciser pour ceux qui n’auraient pas compris : ” Monsieur Jean Tirole, votre ouvrage est d’ores et déjà reconnu comme une référence. La presse scientifique, mais aussi la presse d’information générale, en particulier anglo-saxonne, ont souligné qu’il constitue le nouveau manuel de base pour tout étudiant et tout chercheur en finance d’entreprise”.
J’en profite pour souligner l’énormité des contradictions et des impostures de ces Maitres de la Haute finance qui ne cessent de prôner la transparence sur les marchés mais se refusent à se l’appliquer à eux-mêmes. Nombre de ces économistes étant des “économistes à gages”, largement rémunérés par des institutions financières pour leur travaux, conseils ou via des chaires, dans une ambiance de conflits d’intérêts hallucinante. Les mêmes banquiers se refusent à eux-mêmes cette transparence, comme l’avoue Daniel Bouton lors toujours de son discours de remise de prix à Jean Tirole : ” Ce sujet de l’asymétrie de l’information est évidement un sujet qui passionne le banquier en tant que prêteur, mais aussi l’investisseur sur les marchés. L’un comme l’autre sont, et c’est évidemment récent, avides de transparence. (…) Il reste un point sur lequel il ne faut pas accepter la transparence totale c’est la stratégie future. Il importe au plus haut point que les théoriciens de la corporate finance ne commettent pas l’erreur d’exiger cette transparence, à travers en particulier la transparence sur les règles de fixation des rémunérations des dirigeants qui souvent permettent de la découvrir.” Comprenons-bien le sens du propos en forme d’injonction intimidante : la transparence pour tous, sauf pour les rémunérations des banquiers ! Cette manière brutale d’interdire a priori un domaine de recherche à un “scientifique” en dit long sur la réalité des relations entre une “science de la finance” et ses ” universitaires” : mais le client est roi ! Le Maitre dicte ses conditions.
Il est dommage que ce goût pour la transparence ne se soit pas répandu au sein de cette grande banque universelle car elle eut peut-être permis de découvrir la gigantesque fraude de 4,9 milliards d’euros (l’affaire dite Kerviel) qui faillit la faire disparaitre par l’énormité des engagements pris sur les marchés.
On constate au final combien l’économie dominante enseignée est porteuse d’une idéologie qui avance masquée derrière les oripeaux de la science et des mathématiques, y compris à l’Université. Les conceptions hétérodoxes et non strictement mathématiques sont marginalisées, au profit d’une doxa néo classique et libérale. Une business school peut-elle développer une critique de la haute finance contemporaine quand ses financeurs sont le secteur marchand et bancaire et son objectif affiché le business ? Exigerait-on d’une école hôtelière de professer une éthique de la frugalité ?

Mais il ne faut pas trop incriminer la seule science économique. D’autres disciplines se sont montrées aveugles aux dérèglements de la haute finance et à la criminalité financière. Pourquoi la sociologie criminelle française ne s’est-elle pas emparée du sujet ? Une sociologie d’Etat qui, alliée à certains juristes, a œuvré – milité devrait-on dire – pour empêcher l’émergence en France d’une discipline criminologique autonome à l’Université.
Copyright Mai 2016-Gayraud-Verluise/Diploweb.com
Mise en page 1
4e de couverture
Les guerres financières existent.
Ce sont de vraies guerres qui tuent et paupérisent les peuples, comme on l’a vu en Grèce. Cette situation stratégique inédite s’explique par la nouvelle puissance des acteurs financiers : banques d’affaires, fonds d’investissements, milliardaires de Wall Street.
Depuis les années 1980, une finance dérégulée, mondialisée et en partie toxique s’est bâti de vastes principautés immatérielles, surplombant les économies et lançant des raids sur des États captifs et des populations tétanisées. Malgré sa responsabilité dans la crise de 2008, la finance-puissance continue d’étendre son emprise, dans l’ombre, usant de stratégies empruntant à l’art de la guerre.
Ce livre en décrypte les ruses et les tactiques. Au-delà, il donne au citoyen des raisons d’espérer : il existe des moyens pour libérer les États et les peuples de ce Léviathan d’un genre nouveau. Là où la Grèce a dû plier face aux banques, l’Islande a su s’extirper du joug de la haute finance par une insurrection démocratique.
Jean-François Gayraud s’est conquis un large public avec Le Monde des mafias, La Grande Fraude, Géostratégie du crime (avec François Thual) et Le Nouveau Capitalisme criminel, tous publiés aux éditions Odile Jacob.
 La finance et le capitalisme sont-ils un champ de bataille ?
Entretien avec Jean-François Gayraud, auteur de « L’art de la guerre financière » aux éditions Odile Jacob.
Depuis des années, Jean-François Gayraud martèle son message : les crises économiques sont rarement systémiques, elles ont le plus souvent des origines criminelles. 2008 a confirmé son analyse. Aujourd’hui il précise sa pensée avec « L’art de la guerre financière ».
Source : Youtube, Jean-François Gayraud, 30-05-2016

Derrière l’économie : la question du sens de 

l’existence ?


source : 

https://blogs.mediapart.fr/edition/petite-encyclopedie-critique/article/030212/derriere-l-economie-la-question-du-sens-de-
Économiste dialoguant avec la philosophie et les penseurs de la décroissance, Christian Arnsperger est l’auteur de L’homme économique et le sens de la vie. Petit traité d’alter-économie. Un titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...
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 Beaucoup de défenseurs du capitalisme ne voient pas clairement ses effets néfastes – écologiquement, socialement, humainement – et sont en tout cas convaincus que les vertus de ce système continuent à l’emporter sur ses défauts. Ce sont plutôt eux, les adolescents … Car en réalité, nous sommes entrés dans une phase dangereuse où les avantages mêmes de l’économie de marché capitaliste commencent à nous nuire. Elles se retournent notamment contre les cadres eux-mêmes, et bien souvent aussi contre les managers et les entrepreneurs. Ceux-ci devraient se voir de plus en plus comme les alliés des ouvriers et des employés dans une critique anthropologique et existentielle du capitalisme.
 Critique anthropologique : nos objections au capitalisme vont devoir s’ancrer de plus en plus dans une réflexion sur l’humain, sur la condition humaine, sur ce qui nous permet d’être humains les uns envers les autres ou nous en empêche. Critique existentielle : nos révoltes envers le capitalisme auront à s’enraciner de plus en plus dans notre quête d’un sens de l’existence, d’un rapport heureux à nous-mêmes et entre nous. On peut paraphraser le mot « anthropologique » par ayant un rapport avec la question de l’humain et le mot « existentiel » comme ayant un rapport avec le sens de la vie.
 L’une des marques du non-sens est que l’on continue à faire des choses qui ont depuis longtemps perdu leur sens initial. On est sur un mode mécanique, on continue à faire ce qui est convenu sans plus très bien savoir pourquoi on est là. S’éveiller à la réalité du non-sens peut être très douloureux. Dans les cas les plus extrêmes – qui, s’en étonnera-t-on, deviennent de plus en plus fréquents dans le climat économique d’aujourd’hui – l’éveil est empêché par l’addiction : on ne parvient pas à s’éveiller parce que cela signifierait purement et simplement la fin de ce que nous ressentons comme Notre Vie, avec un « N » et un « V » majuscules. Pour celui qui est « accro », s’éveiller veut dire mourir.
 Toutefois, même dans les cas moins extrêmes où l’éveil impliquerait un inconfort passager, rester dans les mécaniques convenues est un moyen d’éviter, de fuir la douleur du non-sens. La meilleure parabole pour illustrer cela se trouve dans Le Petit prince de Saint-Exupéry, quand le petit garçon demande à l’ivrogne ce qu’il est en train de faire. « Je bois », répond l’homme. « Et pourquoi bois-tu ? », rétorque le petit prince. « Pour oublier. » « Pour oublier quoi ? » La réponse de l’homme perce alors le cœur du lecteur : « Pour oublier que je bois. » N’avons-nous jamais vécu ce genre de dialogue intérieur ?
La critique, une fois devenue anthropologique et existentielle, cesserait-elle d’êtreidéologique ? Pas du tout. Elle l’est forcément ; elle ne peut pas ne pas l’être. Quiconque prétend penser a besoin d’un cadre, de principes directeurs, d’orientations qui permettent à la fois de raisonner et d’agir. En ce sens neutre, l’idéologie est une nécessité existentielle. Mais nous sommes aujourd’hui entrés dans une situation inédite où, en raison des acquis de trois siècles de capitalisme et de l’aiguisage des techniques de performance, de productivité et d’efficacité, la scission entre idéologie pro-capitaliste et idéologie anti-capitaliste nous traverse chacun et chacune, personnellement. Nous sommes doubles, nous sommes dédoublés, nous sommes tiraillés.
 Nos sociétés contemporaines nous immergent depuis des siècles dans un système capitaliste, dans une culture capitaliste et dans une existence capitaliste. Loin de n’être qu’un ensemble de règles et de mécanismes, le capitalisme nous propose bel et bien un rapport intime à nous-mêmes, une visée de sens et de dépassement. Dans le contexte qui est le nôtre, chaque personne est habitée par un « capitaliste intérieur » et un « alternatif intérieur ».
 Dès lors, c’est bien en menant de front, simultanément, les aspects de changement anthropologique individuel avec les enjeux collectifs de la transformation institutionnelle, qu’on pourra entrevoir l’autre économie, l’autre richesse – celle qui est associée à notre condition humaine et aux valeurs de notre modernité, mais que le capitalisme social-démocratique nous a fait perdre de vue.
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Christian Arnsperger est l’auteur de L’homme économique et le sens de la vie. Petit traité d’alter-économie (144 pages, 9,90 euros, octobre 2011). Il est maître de recherche au Fonds national belge de la recherche scientifique et professeur à l’Université catholique de Louvain. Il a notamment publié aux éditions du Cerf : Critique de l’existence capitaliste (2005) etÉthique de l’existence post-capitaliste (2009).
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mercredi 13 juillet 2016

Principes élémentaires de propagande de guerre / Elementary principles of war propaganda

Après cet article, mon blog est en congé jusqu'au 30 juillet. 

"Et loin de la pollution, je vais tondre les moutons"

source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_%C3%A9l%C3%A9mentaires_de_propagande_de_guerre

Principes élémentaires de propagande de guerre (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...) est un livre, paru en 2001, de l'historienne Anne Morelli, professeur à l'université libre de Bruxelles et spécialiste de la critique historique appliquée aux médias modernes1. Il a été traduit en néerlandais, italien, espagnol, allemand et japonais, et réédité avec des ajouts en 20062.
S'inspirant du livre de l'homme politique britannique Arthur Ponsonby, Falsehood in Wartime, paru en 1928, Anne Morelli décrit les mécanismes essentiels de la propagande moderne utilisée aussi bien durant la Première Guerre mondiale qu'au cours de conflits plus récents (Yougoslavie, guerre du GolfeKosovo et MétochieAfghanistanIrak)3.
Les dix « commandements » mis en avant par l'auteur sont avant tout une grille d’analyse pédagogique et critique. Elle n’a pas pour but de prendre parti, ou de prendre la défense des « dictateurs »4, mais de constater la régularité de ces principes dans le champ médiatique et social. Au ban des accusés, on retrouve tant les vaincus que les vainqueurs :
« Je ne tenterai pas de sonder la pureté des intentions des uns ou des autres. Je ne cherche pas ici à savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est de bonne foi et qui ne l’est pas. Mon seul propos est d’illustrer les principes de propagande, unanimement utilisés, et d’en décrire les mécanismes. »5.

Sources de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Dès les premières pages de son ouvrage, Anne Morelli remercie le diplomate britannique travailliste Arthur Ponsonby, pacifiste hostile à l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne en 1914 et qui a largement contribué à l’élaboration des principes de propagande de guerre6. Après s’être illustré par divers pamphlets durant la Première Guerre mondiale, il avait fini par publier, en 1928, Falsehood in Wartime, livre sur ces mécanismes de propagande qu’Anne Morelli reprend, réactualise et systématise en dix principes élémentaires.

Dix principes élémentaires[modifier | modifier le code]

Dans une série de dix chapitres pédagogiques, Anne Morelli illustre par des exemples chacun des dix principes7 :
  • Nous ne voulons pas la guerre.
  • Le camp adverse est le seul responsable de la guerre.
  • Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service »).
  • C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers.
  • L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c'est involontairement.
  • L'ennemi utilise des armes non autorisées.
  • Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes.
  • Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.
  • Notre cause a un caractère sacré.
  • Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres8.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Pour Serge Halimi« certaines de ces maximes – Le camp adverse est seul responsable du conflit ; nous défendons une cause noble, pas des intérêts égoïstes ; notre adversaire commet des atrocités, nous ne sommes responsables que de bavures ; ceux qui nous critiquent sont des agents de l’ennemi – ont une actualité hélas assez fraîche. Car, du bobard allié de la première guerre mondiale sur les mains des enfants belges coupées par les Allemands aux bébés koweïtiens prétendument extraits de leurs couveuses par des soldats irakiens, sans oublier l’appellation infamante de « complices de Milosevic » attribuée aux adversaires de l’OTAN pendant la guerre du Kosovo, les mêmes techniques d’intimidation n’ont cessé d’être employées. Avec parfois le soutien d’intellectuels incapables d’oser penser contre le pouvoir. »9.
Sur le site de l'Appel pour une école démocratique (Aped), Ph. Schmetz voit, dans Principes élémentaires de propagande de guerre« un livre de vulgarisation d’un abord vraiment facile, [...], au style incisif et non dénué d’humour. » Il souligne que l'actualité est pleine d'occasions de vérifier combien les principes d'Arthur Ponsonby repris par Anne Morelli sont pertinents10.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • (de) Die Prinzipien der Kriegspropaganda (traduit par Marianne Schönbach), zu Klampen, 2004, 156 pages (deuxième édition en 2014)
  • (es) Principios elementales de la propaganda de guerra: utilizables en caso de guerra fría, caliente o tibia (traduit par Eva Sastre Forest), Hiru, 2001, 158 pages
  • (nl) Elementaire principes van oorlogspropaganda: bruikbaar in geval van koude, warme of lauwe oorlog... (traduit par E. Peeters), Epo, Uitgeverij, 2003, 127 pages
  • (it) Principi elementari della propaganda di guerra. Utilizzabili in caso di guerra fredda, calda o tiepida... (traduit par S. Calzavarini), Ediesse, 2005, 146 pages

Autre publication sur le sujet[modifier | modifier le code]

  • Les principes de Ponsonby et la propagande de la République, in Denis Rolland, Didier Georgakakis, Yves Déloye (dir.), Les Républiques en propagande : Pluralisme politique et propagande : entre déni et institutionnalisation – xixe-xxie siècles, L'Harmattan, Paris, 2006, pages 229-256.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1.  Didier Georgakakis, Yves Déloye, Les républiques en propagande: pluralisme politique et propagande : entre déni et institutionnalisation xixe-xxie siècles, L'Harmattan, 2006, 483 p., p. 478.
  2.  Didier Georgakakis, Yves Déloye, op. cit.p. 230.
  3.  Documentation et bibliothèques [archive], vol. 49, Nos 1 à 4, Association canadienne des bibliothécaires de langue française, 2003,p. 85.
  4.  Ph. Schmetz, compte rendu de Principes élémentaires de propagande de guerre [archive], sur le site de l'Aped, 23 mars 2003 : « L’objet de l’auteure n’est pas de prendre position pour tel ou tel camp, mais de montrer comment, de part et d’autre, les “va-t-en-guerre” parviennent à enlever l’adhésion des opinions publiques à leurs projets mortifères. »
  5.  Anne Morelli, « Principes élémentaires de propagande de guerre », Bruxelles, Labor, 2001, p. 6.
  6.  Gavroche, Nos 109 à 126, Éditions Floréal, 2000, p. 28 : « Anne Morelli a bien lu Ponsonby, et analyse les conflits postérieurs à la Grande Guerre. »
  7.  Serge HalimiCompte rendu de Principes élémentaires de propagande de guerre [archive]Le Monde diplomatique, août 2001, p. 13.
  8.  (es) Bernat Riutort, Conflictos bélicos y nuevo orden mundial [archive], Icaria Editorial, 2003, 215 p., p. 43.
  9.  Serge Halimi, op. cit.
  10.  Ph. Schmetz, op. cit.

Liens externes[modifier | modifier le code]