mardi 21 octobre 2014

Khodorkovsky c. Strelkov: le mondialisme euro-atlantique c. le Monde des Nations / Khodorkovsky versus Strelkov: the euro-Atlantic internationalism versus the World of Nations

Un excellent article de Karine Bechet-Golovko. Certes, nous sommes loin des priorités de la décroissance politiquement organisée mais ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise...  


Auteur : 

Source : http://russiepolitics.blogspot.ru/2014/10/khodorkovsky-c-strelkov-le-mondialisme.html

lundi 20 octobre 2014





La crise en Ukraine vient de révéler son véritable rôle: le rappel du choix idéologique. Car, quoi que l'on en dise, les idéologies ne sont pas mortes, et pour cause, elles tuent de plus belle. D'un côté, sur la scène, apparaît le héraut du mondialisme géo-orienté, à savoir M. Khodorkovsky, coiffé de l'aura des prisonniers politiques fraîchement libérés, recherchant désespérément, et en vain, l'ombre de Soljénitsyne ou Dostoïevski. Mais ces figures sont incompatibles avec l'idéologie de l'euro-atlantisme. De l'autre côté, émerge un nouvel héraut et une nouvelle idéologie. Il y a peu, il portait encore les armes, et comme il s'agit bien d'une guerre, finalement I. Strelkov est parfaitement à sa place. Surtout pour en appeler à un Monde des Nations. Car voici l'enjeu. L'Euro-atlantisme, incidemment, a occupé tout l'espace idéologique, pouvant donner l'impression de la fin des idéologies. En réalité, ce n'était la fin que du pluralisme des idéologies. Mais comme tout monopole, celui-ci arrive à sa fin et lui est opposé une autre conception du Monde, celle d'un Monde pluriel, politiquement, économiquement et culturellement. Donc d'un monde qui ne peut être dominé d'un point. Et le combat fait rage. Une première passe d'armes à étudier vient d'avoir lieu entre Khodorkovsky à Freedom House et Strelkov à Moscou.


La vision du monde selon M. Khodorkovsky est dans l'ensemble assez simple, car elle nous est familière. Evidente. Comme l'air que l'on respire. Et l'air que l'on respire ne se remet pas en cause, il se respire, sinon l'on meurt. Un peu comme cette conception du Monde: soit l'on est à l'intérieur et l'on respire, soit on est à l'extérieur et l'on meurt. Dans le sens direct du terme. C'est le message que M. Khodorkovsky a fait passer à la Russie: pour être fort, il faut être avec les autres. Or, que proposent "les autres"?

Le mondialisme euro-atlantique selon M. Khodorkovsky

Une théorie qui se veut générale doit pouvoir s'appliquer à tout et à tous. Elle se doit donc de reprendre les concepts de l'adversaire, mais en les vidant de leur sens, pour leur imprégner d'une nouvelle signification, la sienne.

Ainsi, dans son discours à Freedom House, Khodorkovsky a très souvent repris la réthorique patriotique en employant "peuple russe", "eurasie", "rendre la richesse au peuple", "totalitarisme". Sauf que le peuple russe semble être ici sans consistance dans un Monde qui doit se diriger vers la post-industrialisation. Or, ce choix pour la Russie est non seulement absurde, mais suicidaire. Absurde, car il s'agit de reprendre un modèle qui provoque on le voit le chômage, la perte du pouvoir d'achat, les délocalisations, la baisse de la valeur de la monnaie nationale, l'augmentation de la dette publique, etc. Donc pourquoi intégrer un modèle qui montre son inefficacité, sauf, bien sûr, s'il ne s'agit d'un dogme? Suicidaire, car l'étendue du pays oblige à renforcer le maillage économique comme base de la solidité sociale. Or, seule l'industrialisation le permet. Sans oublier, du point de vue internationale, que si l'on ne produit pas, il faut importer, car les besoins, eux, existent toujours. Or, le caractère inattendu de la politique des sanctions économiques que les Etats Unis et l'UE ont pris contre la Russie montre la nécessité de renforcer la production intérieure, pour garantir le bien être de la société dans son ensemble.

Le recours au terme de "totalitarisme" est employé de manière amusante, tant à l'encontre de V. Poutine, qu'à l'adresse de l'idéologie eurasiste qui devient un nouveau totalitarisme. Que M. Khodorkovsky garde une haine personnelle contre V. Poutine, c'est normal, celui-ci a eu l'outrecuidance de ne pas reconnaître son génie, de ne pas en avoir peur (il l'a libéré sans autres formalités), bref de ne pas s'en occuper. Et son interview dans Vedomosti en est une très bonne illustration. Cet aspect de la question ne mérite pas plus de développement, nous ne sommes pas psychanalyste. Il serait peut être judicieux, simplement, de rappeler que les articles ou les conférences ne sont pas réductibles à des séances de psychanalyse collective. En ce qui concerne la qualification de l'eurasisme d'idéologie totalitaire, nous voyons ici apparaître très clairement la griffe des intérêts américains. Avec la création de l'Union économique eurasienne, les intérêts américains dans la régions risquent d'être mis à mal. Sans oublier que le poids de la Russie s'en trouve renforcé, surtout si l'on y ajoute la coopération avec la Chine et les BRICS. C'est donc surtout la remise en cause de l'hégémonie américaine qui est ici condamnée par Khodorkovsky. Car cette idéologie, permettant, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale la domination américaine, est une idéologie sans alternative acceptable et couvrant tous domaines (politique, économique, culturel ...) - et donc en cela totalitaire. Mais parfaitement acceptée en Europe et ailleurs tant que le contrat social était rempli. Oser la remettre en cause est un crime de lèse-majesté.

Le reste des invocations faites par M. Khodorkovsky ont peu de poids et sont surtout comparables aux professions de foi faites à l'époque par les dissidents dans les centres de corrections idéologiques. Même la Corée du Nord y a renoncé. Maintenant, l'Occident en reprend la substance. Et Khodorkovsky d'en appeler au danger que représente la Russie pour l'Europe, que sous Poutine rien n'a été fait ni pour le pays ni pour la société, bref ces 10 dernières années ont été une perte pour tout le monde. Au fait, et la présidence Medvedev? Pas un mot? Ni sur le fait que Medvedev n'a pas voulu libérer, lui, Khodorkovsky, faute de courage politique? Non, lui est bizarrement hors critiques.

Alors que faire? Nous sommes dans un monde post-moderne qui doit employer des méthodes post-modernes. Comme le précise M.Khodorkovsky, il faut aider la société et l'opposition à se débarrasser d'un tyran, d'une politique dépassée et dangereuse. Normalement, comme il le reconnait, il faudrait créer un parti politique, faire de la politique et gagner. Or, ce n'est pas possible, donc il va financer des systèmes de réseaux qui permettent de rassembler rapidement des grandes quantités de personnes, notamment en période pré-électorale.

Pourquoi? Parce que, oui, vraiment, c'est impossible de gagner à la loyale avec des élections. Car il faudrait réellement faire de la politique, c'est-à-dire s'intéresser aux besoins d'un peuple qui ne l'intéresse manifestement pas. Et il l'écrit clairement: "j'ai commencé à penser ce que je pouvais faire pour mon pays, plus exactement pour cette partie de la société avec laquelle je partage les mêmes valeurs".

Tout est dit. Le but n'est pas de construire, réformer, renforcer l'Etat et la société dans son ensemble. Pour cela il faut réellement mettre en place des mécanismes politiques. Non, le but est de détruire ce qui existe en jouant sur les moyens que donnent les réseaux de personnes. Cela ne rappelle rien? Toute ressemblance avec la technique des révolutions de couleur, Maïdan et autres ne sont que fortuites.

Or que peut faire la Russie? Il faut réagir, fortement, mais pas officiellement. Fortement pour faire comprendre qu'il existe une réponse, une idéologie alternative défendable. Son faux patriotisme ne pouvant et ne devant occuper la place en Russie. Mais pas officiellement pour ne pas donner trop de poids à la personne de M. Khodorkovsky. I. Strelkov est sorti de sa réserve et apparait sur la scène politique. Ce qui doit faire enrager Khodorkovsky et ses tireurs de ficelles. Car il est mis au niveau de Strelkov. Une personne certes importante, mais qui n'a pas de rang officiel. Par ailleurs l'antagonisme des deux personnages saute immédiatement aux yeux. Or I. Strelkov annonce l'idéologie alternative, en devient la figure de proue. Ce qui est très important, car tout d'abord une alternative existe et il peut donc y avoir discussion - ce qui fait très peur aux euro-atlantistes et de plus cette idéologie permet de démystifier le concept des valeurs européennes, clé de voute du combat contre la Russie. Bref, d'une posture idéologique défensive et donc négative, la Russie passe à une posture offensive et constructive.

Le Monde des Nations selon Strelkov

Pour I. Strelkov, M. Khodorkovsky se place dans la droite lignée de l'élite russe occidentalisée qui de toujours propose un pseudo-libéralisme pour la Russie, le mettant en opposition totale avec les valeurs russes historiques et culturelles, et ayant une vocation destructrice éprouvée par le temps et les épreuves. Mais pour que le discours passe dans le pays, M. Khodorkovsky le soupoudre d'un faux patriotisme, qu'il dirige contre le chef de l'Etat et contre l'Etat lui-même. Comment voir un libérateur du peuple russe en un oligarque qui a fait sa fortune sur le cadavre de l'Union Soviétique, sur le dos de la population dans les années 90, condamné pour diverses escroqueries (je rappelle que la CEDH a dénié le caractère de procès politique à l'affaire YUKOS) et une fois libéré par décision présidentielle se retrouve sur Maïdan à parler de la dictature poutinienne et de l'agressivité de la Russie? Comment voir une figure de politique nationale en une personne qui reprend la réthorique, américaine, de la guerre froide? Bref, pour être patriote il ne suffit de répéter à tours de bras "peuple russe".

Le grand texte de Strelkov apporte deux éléments fondamentaux pour l'établissement d'une idéologie alternative. Tout d'abord il déconstruit le mythe de l'idéologie euro-atlantiste et ensuite il pose les fondements pour une autre vision du Monde.

Pour Strelkov, les valeurs proposées par le modèle euro-atlantiste ne sont pas européennes, elles n'ont rien à voir avec les valeurs traditionnellement européennes. Autrement dit, pour la première fois en Russie, la distinction est faite entre l'Europe et l'Union Européenne. Les valeurs de l'UE ne sont plus les valeurs européennes. Et comme l'écrit Strelkov, justement ce que la Russie met en place, ce sont les valeurs européennes, telles qu'elles existaient historiquement dans les pays européens, dans la culture européenne classique. Alors que les valeurs défendues par l'UE sont le reflet de l'oligarchie financière mondiale.

Le second élément fondamental est la mise à jour du côté totalitaire de l'idéologie euro-atlantiste. Rappelons que cette idéologie s'est construite, au départ, sur une réaction aux horreurs commises lors de la Seconde Guerre Mondiale, par la mise en avant des valeurs humanistes pour protéger l'homme et par le renforcement des mécanismes étatiques démocratiques (élections, référendum) pour protéger les sociétés. Finalement, nous en sommes arrivés au droit de l'hommisme contre l'humanisme et aux révolutions de couleurs contre la souveraine populaire. Cette régression est due à l'impossibilité de toute alternative théorique. Qui peut-être contre les droits de l'homme? Qui peut être contre la démocratie? Personne. Or, les mécanismes en jeu aujourd'hui n'ont plus grand chose à voir ni avec la démocratie, ni avec l'humanisme. Mais le système rejette toute résistance, comme un élément destructeur, non acceptable. Cette rigidité empêche toute possibilité même de discussion et réduit d'autant la liberté réelle des gens. Cette distinction liberté réelle, liberté formelle peut être réutilisée contre l'Occident, comme peuvent l'être les études concernant les manipulations de la société. Pour autant, la sociologie bien pensante aujourd'hui ne retourne pas ses armes "analytiques" contre ses maîtres. La radicalité des discours de cette minorité dirigeante "progessiste" en est arrivé à la justification d'un coup d'Etat en Ukraine, à la justification de méthodes de gouvernance liberticides, à la reprise de méthodes fascistes et à l'utilisation de l'armée contre son propre peuple. L'Ukraine est devenue le cimetière de l'UE. Espèrons qu'il ne soit pas celui de l'Europe. Comme l'écrit très justement I. Strelkov, ces valeurs européennes, telles que présentées dans le modèle euro-atlantique de civilisation, n'ont rien à voir avec la nation russe, ni avec les nations européennes. Cet euro-atlantisme est une doctrine géopolitique de domination globalisante américaine, dirigée contre les peuples et les Etats qui défendent leur culture, leur religion, leurs traditions et leur souveraineté.

Face à cela, il est important d'opposer un autre modèle. Un modèle qui, lui, sera fondé sur la justice sociale et le respect de la différence. Face au faux libéralisme destructeur, il est important d'opposer la véritable liberté. Il est important de mettre en place ce modèle par des mécanismes concrets, comme la politique fiscale, comme la lutte contre la fraude. Par le retour au sein de l'Etat de la propriété des éléments stratégiques nationaux. Mais il est évident que la justice sociale doit s'accompagner du respect de la règle de droit, c'est-à-dire d'un Etat de droit fort. Il s'agit ainsi de retrouver l'équilibre entre la libéralisme et la justice sociale.

C'est justement cette idéologie alternative qui permettra d'éviter la guerre, pour Strelkov. Car la 3e Guerre Mondiale, selon lui, est exclue, tant que la Russie est assez puissante pour faire contrepoids et tant qu'à l'intérieur du pays, au pouvoir, se trouvent des personnes qui ne sont pas prêtes à tout vendre pour quelques promesses de l'élite financière supra-nationale.

En conclusion, pour la Russie, "la question n'est pas d'être avec les autres ou non, la question est d'être soi-même". C'est la différence fondamentale de la position défendue par Strelkov, par rapport à la position de Khodorkovsky.

Et ce choix, et les enjeux du choix réalisé, ne concernent pas que la Russie, mais également chacun des pays européen.



vendredi 17 octobre 2014

Comment pense la classe dirigeante (La Jornada) / How thinks the ruling class (Jornada)

 
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La crise continue de révéler tout ce qui était caché en temps normal. Cela inclut les projets stratégiques de la classe dirigeante, leur façon de voir le monde, le principal pari qu’ils font pour demeurer une classe dominante. C’est, en gros, son objectif principal, celui qui subordonne tout le reste, y compris les modes de production capitalistes dans l’économie.
Vous pensez peut-être que la crise est juste une parenthèse après laquelle tout redeviendra plus ou moins comme avant. Pas du tout. La crise n’est pas seulement un révélateur, mais le reflet de ceux d’en haut qui remodèlent le monde. Parce que la crise est, en grande partie, provoquée par eux pour écarter ou faire disparaître tout ce qui limite leurs pouvoirs. Fondamentalement, les secteurs populaires, indigènes, noirs et métis de notre continent.
D’autre part, une crise de cette ampleur (il s’agit d’une série de crises qui comprend une crise /chaos climatique, une crise de l’environnement, de la santé et, de façon transversale, une crise de la civilisation occidentale) implique des changements plus ou moins profondes dans la société, les relations de puissances et les pôles de pouvoir dans le monde, dans chaque région et pays. Il me semble nécessaire d’aborder trois aspects, qui ne recouvrent pas toutes les nouveautés de l’éventail de la crise, mais sont, à mon avis, les plus à même d’influencer les stratégies des mouvements anti-systémiques.
Tout d’abord, ce que nous appelons l’économie a subi des changements profonds. Un tableau préparé par l’économiste Tcherneva Pavlina, basé sur des études sur les inégalités de Thomas Piketty, révèle comment le système fonctionne depuis les années 1970, aggravée par la crise de 2008.
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http://www.vox.com/xpress/2014/9/25/6843509/income-distribution-recove...
Le tableau couvre 60 ans de l’économie américaine, de 1949 à nos jours. Il décrit le part de la croissance qui est appropriée par les 10% les plus riches, et celle qui revient aux autres 90%. Dans les années 1950, par exemple, la tranche de 10% s’est appropriée entre 20 et 25 pour cent des nouvelles recettes annuelles. C’est ainsi que fonctionne une économie capitaliste normale, lorsque le patronat s’approprie la majeure partie des fruits du travail humain, que Marx a appelé la plus-value. C’est l’accumulation du capital par la production de masse.
A partir de 1970, un changement majeur se produit et devient tout à fait visible dans les années 1980 : les 10% de riches commencent à s’approprier 80 % de la richesse et seulement 20% de celles produites chaque année reviennent aux 90% restants. Cette période correspond à l’hégémonie du capital financier, ce que David Harvey a appelé l’accumulation par dépossession ou pillage.
Mais quelque chose d’extraordinaire s’est produite depuis 2001. Non seulement les plus riches raflent tout mais, depuis 2008, s’accaparent également d’une partie des biens des autres 90%, comme leur épargne ou leurs biens. Comment appeler un tel mode d’accumulation ? C’est un système qui n’est plus en mesure de reproduire les rapports capitalistes car il consiste à voler. Le capitalisme extrait de la plus-value et accumule des richesses (même par dépossession), tout en généralisant les relations capitalistes, et pour cela s’appuie sur le travail salarié et non sur l’esclavagisme (je dois ces réflexions à Gustavo Esteva, qui les a formulées à l’époque de la petite école zapatiste et lors d’échanges ultérieurs).
Il est probable que nous entrons dans un système encore pire que le capitalisme, une sorte d’économie du vol, plus proche du mode de fonctionnement des cartels du narcotrafic que de celui des entreprises que nous avons connues dans la majeure partie du XXe siècle. Il est probable aussi que cela n’avait pas été prévu par la classe dirigeante et que ce n’est que le résultat de la recherche excessive de profit dans l’exercice de l’accumulation par dépossession, ce qui a donné naissance à une génération de vautours/loups incapables de produire quoi que ce soit autre que la mort et la destruction autour d’eux.
Deuxièmement, le fait que le système fonctionne de cette manière implique que ceux d’en haut ont décidé de se sauver aux frais de l’humanité toute entière. À un moment donné, ils ont rompu tout lien émotionnel avec les autres êtres humains et sont prêts à provoquer une catastrophe démographique, comme le suggère le tableau ci-dessus. Ils veulent tout.
Par conséquent, eu égard au mode de fonctionnement du système, il serait plus approprié de parler de « Quatrième Guerre mondiale » (à l’instar du sous-commandant Marcos) que de « accumulation par dépossession », parce que l’objectif est l’humanité toute entière. Il semble que la classe dirigeante a décidé que le niveau actuel de développement technologique lui permet de se passer du travail salarié qui crée la richesse, et qu’elle ne dépend plus de consommateurs pauvres pour écouler ses produits. C’est peut-être du délire induit par l’orgueil, mais il paraît néanmoins clair que ceux d’en haut ne cherchent plus à diriger le monde selon leurs anciens intérêts, mais cherchent à créer des régions entières (et parfois des continents) où régnerait le chaos total (comme c’est le cas au Moyen-Est) et d’autres régions où régnerait une sécurité absolue (comme certaines parties des États-Unis et de l’Europe, et les quartiers riches de chaque pays).
Bref, ils ont renoncé à l’idée d’"une" société pour la remplacer par celle d’un camp de concentration.
Troisièmement, ceci a des implications énormes pour la politique de ceux d’en bas. La démocratie n’est plus qu’une arme brandie contre des ennemis géopolitiques (à commencer par la Russie et la Chine), mais ne s’applique pas aux régimes amis (Arabie Saoudite), et n’est plus le système qui a pu avoir en d’autres temps une certaine crédibilité. Il en va de même pour l’état-nation, à peine un obstacle à surmonter comme en témoignent les attaques contre la Syrie en violation de la souveraineté nationale.
Il n’y a pas d’autre voie que d’organiser nous-mêmes notre monde, dans nos espaces/territoires, notre santé, notre éducation et notre autonomie alimentaire. Avec nos propres pouvoirs pour prendre des décisions et les appliquer. Ou plutôt, avec nos propres institutions d’auto-défense. Sans compter sur les institutions de l’Etat.
Raúl Zibechi
Traduction "dis comme ça, ça donne envie d’un grand Grand Soir" par VD pour le petit Grand Soir avec très probablement plus de fautes et de coquilles que d’habitude.
»» http://www.jornada.unam.mx/2014/10/03/opinion/026a2pol
URL de cet article 27148

jeudi 16 octobre 2014

L’UKRAINE TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS EST PARTIE POUR TOUJOURS / UKRAINE SUCH AS WE KNOW IT LEFT FOR EVER

Photo Mike Whitney

LE SAKER INTERVIEWÉ PAR MIKE WHITNEY, POUR COUNTERPUNCH : 

« L’UKRAINE TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS EST PARTIE POUR TOUJOURS »

Le Saker est un ex-analyste militaire, né en Europe dans une famille de réfugiés russes. Il vit maintenant en Floride, où il tient le blog « The Vineyard of The Saker » (« le Vignoble du Saker ») et où il intervient comme contributeur régulier du site « Russia Insider ». La communauté internationale des blogs Saker comprend, outre le blog Saker original, des membres français, allemand, russe, océanien et serbe, et elle inclura bientôt un nouveau membre latino-américain.
Mike Whitney
La bannière du magazine anglosaxon Counterpunch
La bannière du magazine anglosaxon Counterpunch

Mike Whitney :
 Les États-Unis sont-ils responsables des troubles en Ukraine ?
Le Saker : Oui, absolument, il n’y a aucun doute à ce sujet. Même s’il est vrai que les Ukrainiens étaient mécontents du régime corrompu d’Ianoukovitch, le coup d’État lui-même a très certainement été orchestré par la CIA. L’UE y a également participé, en particulier l’Allemagne, mais ils ont été loin d’y jouer un rôle aussi important que les États-Unis. L’enregistrement du coup de téléphone de Victoria Nuland (la sous-secrétaire d’État étatsunienne) a montré qui tirait vraiment les ficelles en coulisse.
Mike Whitney : Quel rôle a joué l’administration Obama dans la décision de Kiev de lancer une guerre contre son propre peuple dans l’est de l’Ukraine ?
Le Saker : Un rôle central. Vous devez comprendre qu’il n’y a pas de pouvoir « ukrainien » à Kiev. Porochenko est à 100% contrôlé par les USA, comme le sont les gens autour de lui. Le chef de la fameuse police secrète ukrainienne (le SBU), Valentin Nalivaichenko, est un agent connu de la CIA. Il est également vrai que les États-Unis font référence à Porochenko en l’appelant « notre homme en Ukraine ». Toutes ses soi-disant « décisions » sont en réalité prises par des représentants des États-Unis à Kiev. Et en ce qui concerne le discours de Porochenko au Congrès, il y a de cela quelques semaines, il avait manifestement été écrit par un Américain.
Mike Whitney : Les séparatistes dans l’est ont remporté un joli succès en repoussant l’armée ukrainienne et leurs homologues néonazis des services de sécurité. Quel rôle exact la Russie a-t-elle joué en aidant les milices de Novorossia ?
Le Saker : Le rôle de la Russie était critique. S’il est vrai que les troupes russes n’ont pas été déployées à travers la frontière, Moscou a cependant permis aux bénévoles et aux armes de circuler. Cette aide n’a pas été fournie directement ni par le FSB (Service fédéral de sécurité de Russie) ni par l’armée, mais elle est venue de divers groupes privés. De toute évidence, le Kremlin a le pouvoir de tirer quelqu’un d’affaire quand il choisit de le faire. Dans un cas précis, il semble qu’il y ait eu un soutien d’artillerie direct depuis l’autre côté de la frontière russe (dans ce que l’on a appelé le « chaudron sud »), mais la plupart du temps, l’aide est restée cachée. Outre l’aide secrète, la Russie a également fourni des renseignements, ainsi qu’un soutien logistique et politique pour les Novorossiens. Sans le soutien de la Russie, jamais les Novorossiens n’auraient été en mesure de renverser la tendance dans cette guerre.
Mike Whitney : Poutine a-t-il envoyé des troupes russes en Crimée, et a-t-il illégalement fait main basse sur la région ou s’agit-il d’une fiction qui a été propagée dans les médias occidentaux ?
Le Saker : Il s’agit en fait d’une question de technique. Oui, Poutine a envoyé des troupes russes en Crimée, mais non, elles n’ont jamais dépassé les limites autorisées par les accords actuels entre la Russie et l’Ukraine. Rappelez-vous que la flotte de la mer Noire était déjà basée à Sébastopol, et qu’il y avait par conséquent nombre de troupes disponibles sur place. De surcroit, il y avait un groupe important de bénévoles locaux, qui ont effectué des opérations essentielles. Certains de ces bénévoles se sont montrés si convaincants qu’ils ont été confondus avec des forces spéciales russes. Mais, oui, au moment critique, Poutine a envoyé des forces spéciales supplémentaires en Crimée.
L’opération était-elle légale ? Eh bien, techniquement, il n’a pas violé les dispositions du traité en termes de nombre d’hommes, mais a-t-il ce faisant commis une violation de la souveraineté de l’Ukraine ? La raison pour laquelle Moscou a fait cela, c’est qu’il y avait des preuves solides que Kiev avait l’intention d’agir contre la Crimée (en impliquant éventuellement les Tatars de Turquie et de Crimée). Si Poutine n’avait pas pris l’initiative, le bain de sang en Crimée aurait pu être pire que ce qu’a connu la Novorossia. Il est vrai aussi qu’au moment où Poutine a pris la décision de protéger la Crimée, le président démocratiquement élu (Ianoukovitch) avait déjà été démis de ses fonctions, ce qui créait un vide juridique à Kiev. La question est donc : Poutine devait-il absolument respecter les lois d’un pays qui était passé aux mains d’une bande de voyous armés, ou devait-il au contraire essayer de maintenir la paix en faisant ce qu’il a fait ?
Ce que Poutine a choisi de faire, c’était de permettre à la population de la Crimée de décider de son propre avenir en votant librement dans un référendum. Oui, la propagande anglo-sioniste dit qu’ils ont été contraints de « voter avec un fusil dans le dos », mais c’est un non-sens. Personne ne conteste le fait que l’écrasante majorité des Criméens (95%) ont voulu quitter l’Ukraine et rejoindre la Russie. Les « hommes armés, bien polis et vêtus de vert » n’ont fait que rendre possible pour ces gens d’exercer leur droit à l’autodétermination, quelque chose que la junte de Kiev n’aurait jamais permis.
Mike Whitney : Quelle influence exerce Obama sur la prise de décision du président ukrainien Petro Porochenko ? Est-ce Washington qui en réalité mène le jeu ?
Le Saker : Oui, tout à fait. Obama donne les ordres et Porochenko obéit.
Comme ils le font partout, les États-Unis se servent des oligarques locaux pour coloniser un pays. Prenez, par exemple, la Russie entre 1991 et 1999 : elle était dirigée par des oligarques dissimulés derrière une figure de proue en état d’ivresse quasi-permanent (Boris Eltsine). Tout le monde savait que la Russie était devenue une colonie américaine, et que les États-Unis pouvaient faire ce qu’ils voulaient. C’est la même chose aujourd’hui.
Ianoukovitch n’était pas plus pro-russe que n’importe quel autre président ukrainien. Il n’est qu’un oligarque qui a été remplacé par un autre oligarque, Porochenko. Ce dernier est un homme très intelligent, qui sait que sa survie dépend de son obéissance complète à l’Oncle Sam.
Je ne serais pas étonné de voir les États-Unis lâcher Porochenko et installer quelqu’un d’autre à sa place si cela concorde avec leurs objectifs (surtout si le secteur droit prend le pouvoir à Kiev). Pour l’instant, Porochenko est l’homme de Washington, mais cela pourrait changer en un clin d’œil.
Mike Whitney : A quel point l’administration Obama se trouve-t-elle proche de la réalisation de son objectif consistant à établir des bases de l’OTAN (et, peut-être, des sites de missiles) en Ukraine ? Quel danger cela pose-t-il pour Moscou ?
Le Saker : Le seul endroit où des bases de l’OTAN auraient vraiment un sens, c’est en Crimée, et cette option n’est plus envisageable. Mais la question est plus importante qu’on pourrait le penser. Je veux dire que si les États-Unis continuent à poursuivre cette politique de provocation avec l’établissement de bases de l’OTAN sur la frontière russe, la Russie se retirera du traité FNI (le traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire) et déploiera des versions avancées du SS-20 (missile balistique nucléaire soviétique) à proximité de l’Europe. La question ici, c’est que l’ingérence américaine pourrait conduire à une confrontation entre des adversaires dotés de l’arme nucléaire.
Mike Whitney : La Commission européenne a créé un certain nombre d’obstacles afin d’empêcher la Russie de construire le gazoduc South Stream qui lui permettrait de diversifier les itinéraires d’exportation de gaz naturel vers l’Europe centrale et méridionale. Les observateurs ont dit que l’administration Obama est derrière ce mouvement, et que de puissants géants de l’énergie aux États-Unis veulent bloquer ou contrôler les flux énergétiques de la Russie vers l’Europe. Est-ce là le contexte plus large des problèmes auxquels nous assistons en Ukraine, ou en d’autres termes, sommes-nous vraiment en train d’assister au spectacle d’une guerre de l’énergie en train de se dérouler sous nos yeux en temps réel ?
Le Saker : Cela est une partie importante de l’équation, mais ce n’est pas le point central. Le point central est la croyance erronée (mise en avant par Zbigniew Brzezinski) que sans l’Ukraine, la Russie ne peut pas être une superpuissance, et cette autre conviction erronée (mise en avant par Hillary Clinton) que Poutine voudrait recréer l’Union soviétique. Pour les anglo-sionistes, l’Ukraine est un jeu à somme nulle [1] dans lequel les États-Unis doivent soit contrôler l’Ukraine soit la détruire, mais en tout cas ne pas permettre à la Russie de l’avoir. Le problème avec cette théorie, c’est que la Russie ne veut pas vraiment de l’Ukraine ni n’en a vraiment besoin. Ce que veut la Russie, c’est un partenaire stable, fiable et neutre avec lequel elle puisse faire des affaires. Même maintenant, alors que les Novorossiens revendiquent une pleine indépendance, la Russie poursuit un plan complètement différent. Moscou veut une Ukraine unitaire dans laquelle chaque région aurait de facto son autonomie, mais continuerait à faire partie du même État.
Les éminences grises de l’Ouest sont tellement obsédées par le contrôle de l’Ukraine, elles en deviennent à ce point maniaques, qu’elles sont incapables d’imaginer que la Russie ne veuille pas la même chose. Mais la Russie ne veut pas de l’Ukraine. Elle n’a pas besoin d’un État démoli, dysfonctionnel, en faillite et traînant avec lui d’énormes problèmes sociaux, dont la reconstruction nécessitera des milliards et des milliards de dollars.
Bien sûr, il y a des liens culturels, historiques, religieux et même familiaux entre la Russie et l’Ukraine, mais cela ne signifie pas que les Russes veuillent diriger l’endroit. La Russie a déjà obtenu ce qu’elle voulait : la Crimée. Pour le reste, l’attitude de Moscou est : « Tu l’as cassé, c’est à toi ».
Mike Whitney : Quelle sera la fin de partie, dans ce cas ? Porochenko va-t-il réussir à maintenir l’intégrité de l’Ukraine et à isoler davantage la Russie de l’Europe, ou l’Ukraine va-t-elle éclater en suivant ses lignes de faille politiques ? Ou bien y a-t-il un autre scénario plus probable à vos yeux ?
Le Saker : La Crimée est partie pour toujours. Il en va de même de la Novorossia. Mais dans le cas de cette dernière, il pourrait y avoir une phase de transition dans laquelle Kiev conserverait un certain degré de souveraineté sur certains territoires de l’est.
À court terme, nous pourrions assister à une aggravation des combats, mais en fin de compte, il y aura un accord par lequel la Novorossia se verra conférer quelque chose qui ressemblera à l’indépendance. Une chose est certaine, c’est qu’avant d’arriver à un accord sur un statut final, deux questions devront être réglées :
1. Il devra y avoir un changement de régime à Kiev, suivi d’une dénazification.
Ni la Russie ni la Novorossia ne seront jamais en sécurité tant que les nazis seront au pouvoir à Kiev. Cela signifie qu’il faudra enlever ces monstres nationalistes russophobes avant que les questions relatives au statut final puissent être résolues. Les Russes et les Novorossiens sont un peu divisés sur cette question. Alors que les Novorossiens veulent leur indépendance et se contentent de dire « Au diable les nazis de Kiev ! », le Kremlin, lui, veut un changement de régime et regarde cela comme quelque chose d’essentiel pour sa sécurité nationale. Nous allons devoir attendre et voir comment les choses se jouent dans l’avenir.
2. Il sera nécessaire de tenir une conférence des bailleurs de fonds.
L’Ukraine est fondamentalement morte, il n’en reste que des décombres. Il faudra des années pour reconstruire, et de gigantesques sommes d’argent. Les États-Unis, l’UE et la Russie devront tous contribuer. Si les anglo-sionistes persistent dans leur position maximaliste et continuent de soutenir la junte nazie de Kiev, les Russes ne paieront pas un seul kopeck. L’aide de la Russie ira exclusivement à la Novorossia.
Tôt ou tard, les États-Unis et l’UE se rendront compte qu’ils ont besoin de l’aide de la Russie. Et quand ils le comprendront enfin, ils travailleront ensemble pour parvenir à un accord politique global. À l’heure actuelle, ils se soucient davantage de punir Poutine (par des sanctions économiques et par l’isolement politique) afin de prouver que personne ne peut défier l’Empire. Néanmoins, ce genre de comportement d’intimidation ne changera pas la réalité sur le terrain. L’Occident a besoin de la coopération de la Russie, mais la Russie ne coopérera pas sans condition. Les États-Unis devront remplir certaines conditions avant que Moscou accepte un accord.
L’Ukraine : « Partie pour toujours »
Bien qu’il soit trop tôt pour le dire, je pense que l’Ukraine telle que nous la connaissons est partie pour toujours. La Crimée restera une partie de la Russie, tandis que la Novorossia deviendra indépendante et in fine se retrouvera probablement dans une sorte de statut d’association avec la Russie. Pour ce qui est du reste de l’Ukraine, il y aura forcément une confrontation entre les différents oligarques et les nazis, après quoi ceux qui sauront se montrer pragmatiques apparaîtront pour ouvrir la voie à un règlement. Finalement, il y aura une sorte d’arrangement dont sortira un nouvel État, mais je ne puis imaginer combien de temps il faudra pour que cela se produise.
Si vous souhaitez une analyse plus systématique des points évoqués ci-dessus, s’il vous plaît reportez-vous à mon analyse La réponse russe à une double déclaration de guerre, publiée en français le 9 octobre dernier.
Mike Whitney pour CounterpunchTraduit par Glokayeh pour vineyardsaker.fr
Note de traduction :
[1] Un jeu à somme nulle est un jeu où la somme des gains de tous les joueurs est égale à 0. Cela signifie donc que le gain de l’un constitue obligatoirement une perte pour l’autre. L’expression désigne un jeu strictement compétitif, comme il en va des jeux à deux joueurs dans lesquels l’intérêt de l’un des deux joueurs est strictement opposé à l’intérêt de l’autre joueur. En d’autres termes, c’est un jeu qui se termine nécessairement avec un perdant et un gagnant.
Mike Whitney vit dans l’État de Washington. Il est l’un des auteurs de « Hopeless : Barack Obama and the Politics of Illusion » (Sans espoir: Barack Obama et la politique de l’illusion), AK Press. Hopeless est également disponible enédition Kindle. Mike Whitney peut être contacté à fergiewhitney@msn.com.

vendredi 3 octobre 2014

La crise ukrainienne... En attente d'une déstabilisation de la Russie ? / The Ukrainian crisis... Awaiting a destabilization of Russia?

1. Poutine, Strelkov et la sixième colonne

Par Alexandre Douguine
Igor Strelkov est vivant et en bonne santé. Il a été forcé de quitter la République Populaire de Donetsk et les charges qu'il y occupait [celle de colonel] En tant qu'homme fidèle au seul Monde Russe, il ne pouvait accepter de jouer selon les règles dictées par le parti qui veut liquider la Novorossia et qui a commencé à reprendre l'initiative à Moscou à la mi-mai. Strelkov était devenu un danger mortel pour la « sixième colonne ». Au moyen de basses intrigues, cette dernière parvint à convaincre la direction russe de rappeler Strelkov. 

[petit insert... Pas de trace de la 6ème colonne dans Wikipédia (ou sur d'autres sources) mais bien de la 5ème colonne... Ce que confirme d'autres articles notamment celui en bas de page Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Cinqui%C3%A8me_colonne 

Extrait : 

"La cinquième colonne désigne les partisans cachés — au sein d'un État ou d'une organisation — d'un autre État ou d'une autre organisation hostile. L'expression fut initialement utilisée lors d'une allocution radio-diffusée par le général Emilio Mola, membre de l'état-major des forces nationalistes espagnoles en 1936 pendant la guerre d'Espagne parlant des partisans nationalistes cachés au sein du camp républicain1,2. Elle est entrée dans le vocabulaire courant dans diverses langues. Par extension, l'expression désigne en effet tout groupe de partisans infiltrés, généralement civils, prêts à œuvrer de l'intérieur pour favoriser activement la victoire des forces armées traditionnelles du même camp puis, plus généralement, tout groupement agissant dans l'ombre pour saper de l'intérieur une organisation ou un État.]

Dès le début du conflit, j'ai pronostiqué une lutte cruelle entre les patriotes et la sixième colonne au sujet de la bataille pour la Novorossia. Sourkov, de retour au pouvoir incarnait le personnage opposé à Strelkov. Il incarnait le clan oligarque, les réseaux d'influence, la bourgeoisie compradore et les restes ratés de la famille Eltsine, c'est-à-dire le pôle du parti de la liquidation. 

Mais Strelkov n'allait pas partir dans n'importe quelles circonstances, si ce n'était un ultimatum : tu sors de la République Populaire de Donetsk, et on fournit une aide suffisante pour créer un revirement des forces sur le terrain. Strelkov est devenu le nom du Printemps Russe, une figure du mythe russe. Si l'aide lui avait été fournie, il aurait pris la tête de la Grande Offensive, et le réveil populaire aurait été irréversible, non seulement en Novorossia, mais en Russie même. Avons-nous bien accordé attention au revirement, au sens militaire, à la fin juillet, à peu près au moment du départ de Strelkov ? Avons nous bien compris la déclaration de Zakharchenko au sujet du renforcement de 1200 hommes ? Nous souvenons-nous du moment où les médias de la junte ont commencé à glapir au sujet des « soldats russes » ? Quand donc fut rompu le siège de Donetsk et de Lougansk et commença la marche vers Marioupol ? 

De sombres intrigues politiques se nouaient, en parallèle aux succès militaires. A Moscou, d'un côté, on se chargeait de l'aide concrète ; d'un autre on s'occupait de technologie politique. Les récits des uns et des autres diffèrent. Le départ de Strelkov priva la RPD d'un centre politico-militaire. Alors débutèrent les processus destructifs dans la direction des deux républiques du Donbass. Le parti de la liquidation se vit face à un système plus malléable. S'en suivirent des déclarations contradictoires, du type de celles de Minsk, et puis vinrent les démarches très ambiguës d'Antioufeev, qui contribuèrent à ce que commencent à s'effondrer les forces qui était à la source même de la RPD. 

Là où se trouve Sourkov, là sévissent le mensonge, l'intrigue, la vilenie, le gâchis, le simulacre, les manigances de Kourganine, et l'échec. Dans un tel milieu, semblable à l'acide sulfurique, un personnage héroïque tel Strelkov ne peut subsister. 

Mais il ne faut pas accuser Sourkov seulement. Il est intégré au réseau ramifié de l'oligarchie pro-américaine de la Russie des années '90, oligarchie réformatrice libérale et s'appuyant sur des réseaux d'influence. Il a des alliés à tous les étages du pouvoir russe, depuis l'administration présidentielle jusqu'au sein du gouvernement. De telles coteries existent chez les militaires et dans les services spéciaux. A la fin des années '80 et pendant les années '90, c'est à peine si on n'encourageait pas la collaboration de nos services spéciaux avec ceux des Américains et des Européens. Pendant longtemps, Primakov, partisan de Gorbachev et de la perestroïka, a dirigé le Service des Renseignements Extérieurs et a promu plus d'un personnage douteux dans les hautes sphères du pouvoir.
Après la Crimée, tout ce réseau a été mis sur le pied de guerre. Une série de personnes (très) proches de Poutine sont intervenues directement et ouvertement contre son attitude décidée envers l'Ukraine et envers la Crimée. Mais lorsque commença l'insurrection en Novorossia, la sixième colonne s'insurgea véritablement contre Poutine. Jusqu'ici, il s'agit d'une insurrection matérielle, d'un sabotage actif. Mais les agents de la sixième colonne, stimulés par l'Occident vont clairement passer à une nouvelle étape, et pousseront les choses jusqu'à susciter un maïdan russe. Dans de telles circonstances, le patriote Igor Strelkov, fidèle à Poutine et incarnant l'éveil populaire, ne pouvait être qu'une pierre d'achoppement. Voilà la raison de son péremptoire rappel hors de la RPD. Pour Strelkov, une aide à la RPD, suffisante pour créer un revirement militaire, c'est fondamental, et Poutine , c'est le chef suprême. Voilà les deux motifs de son départ. L'aide est arrivée, de même que l'ordre de partir. Mais pour autant que je comprenne, il n'est pas résigné à demeurer inactif et veut poursuivre son combat pour la Russie et le Monde Russe, combat entamé il y a longtemps, mené sur les fronts de Bosnie, de Transnistrie, de Tchétchénie, de Crimée et du Donbass, de même qu'au sein du FSB de la République de Russie, où il a servi 16 ans en tant que colonel. 

Il y en a qui servent sous l'effet de la peur. D'autres sont mus par leur conscience. Strelkov sert en conscience, une conscience combative. Il sert la Russie en tant qu'Idée, en tant qu'Histoire, en tant que Peuple, en tant qu'Empire. 

Depuis son départ, on observe deux tendances en Novorossia : 

1.l'arrivée de l'aide en contrepartie de son départ (le début de l'offensive). 

2. le parti des liquidateurs se conduit en Novorossia comme chez lui, ne rencontrant plus l'opposition de l'inflexible patriote Strelkov et des révolutionnaires de la première vague, qui s'appuyaient sur lui. 

Voilà les circonstances dans lesquelles les négociations de paix furent entamées. Porochenko est hanté par l'effroi face à l'effondrement de son opération militaire et à un quasi effondrement. Mais le parti russe des liquidateurs, en échange de la promesse de levée des sanctions, ou encore du retrait d'une nouvelle série de celles-ci, accourt à l'aide de la junte, acculée au bord du gouffre par les succès militaires de la Novorossia. En Finlande des oiseaux de la nichée de Primakov ont mené des entretiens secrets avec le Council of Foreign Relations, tentant de concrétiser le lâchage de la Novorossia. Il s'agit, fondamentalement, du sabotage des décisions patriotiques de Poutine. 

En Russie même, les réseaux libéraux ont repris la chasse aux patriotes. Ceux-ci sont démonisés, noircis, calomniés, salis, accusés de « fascisme » et de tous les péchés mortels. Bien entendu, Igor Strelkov est une des cibles principales. 

Nous entrons dans une période extrêmement difficile, la sixième colonne liquide la Novorossia, mais elle prépare aussi le renversement de Poutine. Bien sûr, il est fort et décidé. Mais l'élite russe formée dans les années '80 et '90 consiste presqu'exclusivement en libéraux, en partisans de l'Occident et fondamentalement en traîtres à la cause nationale. Ce milieu corrompu a transformé, lavé, et corrompu jusqu'aux militaires et forces de sécurité arrivés au pouvoir avec Poutine. Comment ? On le constate avec l'exemple de la Novorossia : on fait entrer dans l'affaire des technologues de la politique, les intrigues démarrent, et puis les affrontements, la corruption, la tromperie, et la liquidation. 

Si on laisse échapper la Novorossia, on perdra la Crimée, quelles qu'aient pu être les promesses que nous aurait faites l'Occident à travers ses réseaux d'influence. Et surtout : nous laisserons échapper l'Idée Russe, trompant les attentes du peuple russe qui commence à s'éveiller, à s'unir et retrouver confiance en lui-même. On en reviendra à un point critique, semblable à celui de la Période des Troubles (au début du 17e siècle), à celui des révoltes en 1917. Et de nouveau, comme si souvent au cours de l'histoire russe, le Guide est arraché et isolé du peuple, et entouré d'une élite traîtresse qui le hait et hait le peuple et joue lâchement à les opposer.
Toutes les conversations concernant un « plan astucieux » ne sont que rêveries naïves. Aujourd'hui, la situation est très difficile pour Poutine. Il n' a pu se décider à miser sur le peuple et à mener jusqu'à la victoire (si proche!) la guerre dans laquelle l'Occident l'a fait entrer. Mais son élite (la sixième colonne), l'a trompé ouvertement. Derrière leur dévouement personnel se cache le réseau d'influence, au service du seul capital, ceux qui espionnent Poutine. Dans la Bible, il est écrit : « Là où est ton trésor, là est ton cœur ». Leur trésor se trouve dans les banques étrangères et offshore, leurs familles et leurs villas sont en Occident. C'est pourquoi leur loyauté est mensongère et intéressée. Ils servent un autre dieu : mammon, leviathan. Dans les situations critiques, seul le peuple peut être un soutien réel pour le Guide, le peuple et son avant-garde patriotique. Le nom de cette avant-garde est Igor Strelkov. 

Nous n'avons pas besoin d'un cessez-le-feu. Nous avons besoin de la libération de toute la Novorossia. Nous avons besoin qu'il soit mis un terme au déchaînement de la junte. Il est fini, le temps du faux patriotisme sur commande, dans l'esprit du Seliger et des « nachis ». Nous avons besoin d'une réelle révolution conservatrice, et si elle vient d'en haut, elle ne sera que molle et apprêtée.

Alexandre Douguine, le 06 septembre 2014

(Trad. SP-BDD) 

Source : http://gaideclin.blogspot.fr/2014/09/poutine-strelkov-et-la-sixieme-colonne.html


2. Intervention du Colonel Strelkov 

http://www.youtube.com/watch?v=I9xURrn7EXg

http://www.youtube.com/watch?v=z72s1E088F4

3. Interview  d' Anatoli El-Miourid nous livrant son analyse sur l'intervention de Strelkov et sur le fonctionnement de l'Etat russe. 

Source : http://gaideclin.blogspot.fr/2014/09/igor-strelkov-sans-illusions.html


4.  DVORKOVITCH : UN EXEMPLE DE 5E COLONNE À L’OEUVRE EN RUSSIE
Arkady Dvorkovich
Arkady Dvorkovich, lors d’un forum organisé par Stanford sur le rapprochement entre les USA et la Russie, le 14 avril 2010

Ces derniers jours, les mauvaises nouvelles concernant l’économie russe furent nombreuses : les prix du pain, du fromage, des médicaments de la viande et de nombreux autres produits ont augmenté, certains de manière considérable. En même temps, le rouble a atteint un nouveau seuil à la baisse face au dollar, forçant la Banque centrale russe à intervenir pour contrer cette baisse.
Aucun doute qu’Obama va en profiter pour dire que les sanctions démontrent leurs effets.
Il y a juste un petit problème : aucun économiste n’a pu établir un lien direct entre les sanctions occidentales et ce que l’on observe. La réalité est bien plus simple.
Dans le cas des prix des matières premières, ce qui arrive est simple à expliquer : les compagnies russes ont profité des sanctions pour bien augmenter leurs prix et donc leurs profits. Jusque-là, tout est logique et même prévisible. En fait, le gouvernement russe, et Poutine lui-même, l’avaient prédit et avaient averti que l’État surveillerait de très près toute hausse de prix et que des mesures législatives seraient prises contre les spéculateurs.
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
La personne en charge de cette surveillance Arkadi Dvorkovitch, adjoint au Premier ministre , a récemment réfuté tout cela en disant que, lorsqu’il va acheter son pain, il ne remarque aucune augmentation de prix. Alors qui est ce Dvorkovitch ?

Arkadi Dvorkovich
Arkadi Dvorkovich

Il semble qu’il soit un pur produit du clan atlantiste. Étant lui-même un oligarque de fortune modeste (son revenu officiel en 2001 fut de seulement 4 millions de roubles), il est marié à une oligarque de stature bien plus importante, qui, selon le Wikipédia russe, est membre du conseil d’administration de compagnies importantes, telles que le  , la société de prospection aurifère Polious Zoloto et celle gérant l’aéroport de Moscou, Cheremetevo. Son revenu annuel officiel est de 42 millions de roubles. Dvorkovitch, qui a suivi les cours de l’Université aux États-Unis, est aussi impliqué dans des compagnies et affaires assez louches, dont le fameux projet Skolkovo.
En fait, je dirais que Dvorkovitch est si représentatif des atlantistes qu’il pourrait en être la tête d’affiche. En sabotant les efforts du Kremlin pour empêcher les entreprises de tirer profit des sanctions, Dvorkovitch en retire non seulement des commissions impressionnantes, mais contribue aussi aux efforts de la 5e colonne pour convaincre le public que les sanctions occidentales affectent la Russie.
La bonne nouvelle est que les souverainistes eurasiens contre-attaquent et que plusieurs télés russes ont déjà parlé de ces augmentations anormales et du fait que Dvorkovitch ne fait rien à ce sujet.
Une fois de plus, nous observons le même phénomène : le président ordonne à son Premier ministre et à son gouvernement de faire quelque chose et celui-ci l’ignore tout simplement. C’est un exemple typique du fonctionnement de la 5e colonne. Je prévois de vous fournir, plus tard, d’autres exemples à ce sujet.
Le Saker
Traduit par Wayan, révisé par Patrick, pour vineyardsaker.fr
Source : An example of the Russian 5th column at work (vineyardsaker, anglais, 01-10-2014)
5. Le prochain Maïdan aura lieu à Saint-Pétersbourg en septembre

Source : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4366

Interview d’Evgeny Alekseyevich Fedorov, député à la Douma, le Parlement de la Fédération de Russie

hd. Ci-dessous nous transmettons la retranscription intégrale en français d’un entretien d’Evgeny Alekseyevich Fedorov, député à la Douma, le Parlement de la Fédération de Russie (membre de 1993–96 et de 2003 à aujourd’hui). Cet entretien a lieu avec des journalistes de la chaîne de télévision «poznavatelnoe.tv». Fedorov est membre du parti «Russie unie», dont fait également partie Vladimir Poutine et qui est présidé par Dmitri Medvedev. En outre, Fedorov est membre du Comité politique central du parti et directeur du «Comité pour la politique économique et l’entreprise» de la Douma. La thèse principale exprimée par Fedorov au cours de cet entretien est la planification de manifestations par les Etats-Unis, lors des élections de septembre du Gouverneur de Saint-Pétersbourg, ayant pour but de renverser le gouvernement en Russie.
Evgeny Fedorov: Du point de vue des Etats-Unis, une révolution orange, ou intervention, a commencé en Russie. Elle a commencé depuis environ un mois.
Journalistes: Depuis quand?
Depuis la décision concernant les élections à Saint-Pétersbourg. Je m’explique: il est déjà clair que les Américains vont lancer une attaque sur la Russie avec une frappe sur Saint-Pétersbourg. C’est-à-dire qu’ils vont frapper leur premier coup en septembre, pendant les élections du Gouverneur.1
Etes-vous en train de dire qu’ils veulent y installer leur Gouverneur?
Non, ils ne veulent pas seulement leur Gouverneur, ils veulent toute la Russie, pas seulement Saint-Pétersbourg. Ils ont fait le calcul que Saint-Pétersbourg est un maillon faible, un endroit vulnérable. Normalement une offensive commence par une attaque contre le point le plus faible. Pourquoi est-il le plus faible? Traditionellement Saint-Pétersbourg est une ville où existe la plus forte opposition. Le taux d’opposition à Moscou est d’environ 30%, à Saint-Pétersbourg autour de 40%. Il y a le potentiel, un rapport de force, des opinions libérales etc. Il y a une tradition. Enfin, ce n’est pas un hasard si «Pétersbourg» a été le lieu de naissance de trois révolutions russes! C’est plus occidental, je dirais… Une certaine mentalité s’est formée là. Il y a une position meilleure et plus forte, ou une base, là. Deuxièmement c’est symboliquement une ville majeure. C’est la ville de Poutine! En d’autres termes, une attaque contre lui à travers Saint-Pétersbourg est comme une attaque contre la Russie à travers l’Ukraine. Et les Américains le savent. Il y a 2–3 semaines, l’ambassadeur US a tenu un meeting confidentiel dans un théâtre de Moscou, où il a dit ouvertement que la première frappe aurait lieu à Saint-Pétersbourg pendant les élections de septembre. C’est déjà en cours de réalisation. Je sais que les Américains poussent en faveur de Dmitrieva2 par l’intermédiaire de la cinquième colonne.
Que signifie cette frappe? Comment va-t-elle se manifester? Est-ce que le Maïdan va recommencer à Saint-Pétersbourg?
Non, ce sera une répétition. Voyez-vous, lorsqu’on parle d’intervention orange ou de révolution, bien qu’il soit plus approprié de dire «une intervention», la révolution étant un processus interne alors qu’une intervention vient de l’extérieur. C’est une sorte d’invasion, comme un débarquement, ou comme une invasion étrangère en cas de guerre. C’est une forme d’intrusion attaquant les positions les plus faibles où le terrain est mieux préparé. Les Américains concentrent leurs forces sur une intervention orange dans certaines zones. Ils ont déjà des sites pour une intervention. Ils ont choisi Saint-Pétersbourg comme premier site. Le processus a commencé. Le processus est accompagné: toute cette histoire d’une élection anticipée à Saint-Pétersbourg n’est pas accidentelle! C’est à dire que, d’un côté, la 5e colonne en Russie joue son jeu, et d’un autre côté, il y a des pressions de «la rue». Ces choses sont liées … Ils ont choisi ce maillon faible, à un endroit relativement faible. Qu’est-ce que cela signifie? Premièrement, ils vont dépenser d’énormes sommes d’argent pour les élections de Saint-Pétersbourg et tous les candidats pourront en «profiter», tout le monde sauf à Poltavchenko3. Ils vont fournir tout l’argent nécessaire. Attention, ils ne vont pas leur demander de changer leur idéologie. Voilà les liasses d’argent. Faites-en ce que vous voulez. Voilà le premier facteur. Le second facteur est le suivant: ils enverront à Saint-Pétersbourg les mêmes jeunes gens entraînés et les mêmes combattants que ceux qui ont été préparés pour l’Ukraine. S’il le faut, on leur fournira des passeports russes. Le nombre total de combattants en Russie, préparés par les Américains, se situera entre 50 000 et 100 000. Basé sur la référence de l’Ukraine. Evidemment vous ne pourrez pas les désigner – ce sont des citoyens russes, à l’état pur … Ces gens viendront à Saint-Pétersbourg et loueront des appartements en grand nombre. Leur tâche sera d’exécuter des provocations, si nécessaire, des provocations militaires.
Qu’est-ce que tout cela signifie? Cela signifie des activités terroristes. Le Secteur droit, comme vous le savez, n’a aucun problème avec les activités terroristes.
C’est vrai!
Ils n’ont aucune limitation morale. Si vous leur fournissez des armes à Saint-Pétersbourg, ils n’auront aucun problème à tirer sur les gens à partir d’une voiture. 50 000 à 100 000, cela ressemble à une manifestation pacifique. C’est-à-dire qu’ils peuvent être éventuellement armés de bâtons. Pendant ce temps la 5e colonne joue son rôle. Dmitrieva s’affichant à Saint-Pétersbourg, et Navalnyà Moscou, c’était le travail de la 5e colonne. Le travail de la 5e colonne est organisé et propulsé depuis le sommet, depuis Moscou. Non pas à partir de la base, car la barrière n’a pas été franchie. Ce ne sont que des exemples. Cela signifie que même si la 5e colonne sort de la piste, les Américains pourront la remplacer par autre chose. Ils ont commencé l’attaque! C’est une réponse directe aux pays membres du BRICS, à la création d’une coalition anti-américaine, aux mouvements mondiaux de libération et à l’offensive en Ukraine, quand les rebelles parviennent à repousser les envahisseurs à Donetsk et à Lugansk. C’est une autre façon d’envahir la Russie. L’une est militaire, l’autre non. Le scénario d’intervention «orange» est le même partout. Le nouvel ambassadeur américain nommé en Russie5 est un grand spécialiste dans ce type de révolution. Il a personnellement dirigé deux révolutions de ce genre: en Georgie et en Ukraine. Les deux ont réussi, avec le remplacement des deux présidents. C’est une technique dont il a une bonne expérience. Au total, les Américains ont mené vingt interventions de ce type, dont trois ont été conduites par lui-même. Maintenant, ils ont désigné Saint-Pétersbourg comme tête de pont pour l’invasion. L’objectif suivant est de déstabiliser Saint-Pétersbourg, d’«agiter» la situation et si possible de mettre en œuvre le second acte du plan. Le second acte sera une insurrection armée. C’est déjà clair. Si le second acte capote, alors il y aura un puissant soulèvement dans la rue. Provocations, combats … En bref, déstabilisation. C’est déjà très clair.
Vous pouvez même donner un nouveau titre à votre vidéo: L’intervention orange contre la Russie a commencé!
Evgeny Alekseyevich, si nous avons compris correctement, peut-on dire que les USA comptent sur des protestations internes à Saint-Pétersbourg et non pas à Moscou?
Non, ils comptent sur de nombreux points brûlants.
Bien, si en 2012, ils ont essayé d’organiser des protestations de masse à Moscou, vont-ils essayer de faire la même chose à Saint-Pétersbourg?
En principe, oui. La même chose, mais avec de nouvelles techniques!
Tout d’abord, il y a un nouveau facteur Ukrainien: 100 mille personnes soumises au lavage de cerveau. La propagande est à l’œuvre, transformant les gens en animaux là-bas. Leur position s’est renforcée, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. Vous savez, les gens regardent et nombre d’entre eux se réjouissent des victoires de l’Ukraine. Il n’y a pas de victoires! Il y a quelques gains tactiques, mais pas de victoires. Il y a seulement six mois nous avions un pays voisin neutre. Maintenant nous avons un pays de plus de 40 millions d’habitants et qui est militairement complètement hostile à la Russie. Quel type de victoire est-ce là?! De plus, ils ont une population russe. C’est un pays qui peut parfaitement servir de base pour l’invasion de la Russie par des envahisseurs orange de type moderne. Il y a six mois encore, la situation n’était pas la même. Cela veut dire que l’équilibre des pouvoirs autour de la Russie a fondamentalement changé. Nous avous subi une grande défaite du point de vue géopolitique. Hier nous n’avions pas d’ennemi, et aujourd’hui notre ennemi nous ressemble. En fait, c’est une franche victoire pour la 5e colonne. Elle a gagné politiquement, militairement, et de là vers une invasion militaire de la Russie. C’est un changement radical de la situation. Il n’en n’était pas ainsi lors des évènements de Moscou. Il y avait des gens des Etats Baltes, d’Ukraine et de partout dans le monde. Cependant, ils n’avaient pas de base pour une invasion. Maintenant ils ont une base immense. C’est un changement fondamental de la situation! A vrai dire, nous sommes mieux préparés maintenant… Cela signifie qu’il y aura une bataille de rue à grande échelle à Saint-Pétersbourg. Je n’appellerais pas cela une guerre, mais une bataille de rue de grande ampleur. Nous pouvons dire déjà que cela aura lieu en Septembre. Cela ne signifie pas que les Américains gagneront l’ensemble de la Russie. Ils vont créer un tremplin pour une invasion de Moscou l’année suivante.
Ainsi, même s’ils perdent, ils vont «faire du tapage».
Non, ils vont certainement perdre. Il faut comprendre le système politique. Sur le plan formel, évidemment, ils ne vont pas élire un Américain. Au moins c’est clair, et ce n’est pas leur but. Leur but est de provoquer une déstabilisation. Nous pouvons présenter une liste de choses. Par exemple, ils vont déclarer l’élection à Saint-Pétersbourg truquée. Garanti! Quoi qu’il arrive ils annonceront que les élections sont truquées. Ils vont organiser des émeutes sous ce prétexte ou n’importe quel autre. C’est leur feuille de route. Si cette 3e révolution est un succès pour l’ambassadeur états-unien, ce sera la même chose que les fois précédentes. Ce sera le travail efficace de la 5e colonne. Il y aura des comportements étranges de la part des policiers à Saint-Pétersbourg. Des comportements bizarres de la part des autorités de la ville, c’est à dire des chefs de districts qui, étant sous les ordres du Gouverneur, vont soudainement se mettre à le combattre. Tout ceci sera une couverture pour ce type d’invasion. Il y aura un tas d’histoires bizarres. Cependant, elles ne paraîtront étranges que pour ceux qui ne veulent pas voir. Et c’est comme la ligne qu’ils suivent aujourd’hui, comme si rien ne se passait. Pas de concurrence, rien de tel. Cependant, si vous examinez les choses en termes de concurrence globale, ce seront des choses absolument logiques, comme une invasion de la Russie ainsi que la destruction du peuple russe et de l’Etat. Ensuite, cette invasion est encore divisée en éléments et étapes. La première, je le répète, est Saint-Pétersbourg. C’est déjà clair. C’est pourquoi je pense que le Mouvement de libération nationale (MLN) annoncera une mobilisation, un programme d’action de notre département MLN à Saint-Pétersbourg, qui, bien sur, se soulèvera pour protéger leur ville des envahisseurs étrangers. C’est évident.
Evgeny Alekseevich, vous dites que la police va se mettre à agir bizarrement, mais il est clair qu’ils agiront selon des ordres…
Il y aura différents types de policiers… Certains se comporteront étrangement, d’autres non, mais vous commencerez à voir des choses bizarres.
Ils l’ont fait à Kiev. Personne n’a donné d’ordres, par exemple.
C’est ce que je veux dire.
La police à Kiev a agi de façon très étrange. A la fin, ils ont décidé d’ignorer les ordres, mais c’était trop tard. Cela veut-il dire que cette histoire ne nous apprendra rien?
Laissez-nous, Masha, répondre à votre question. La tragédie à Kiev s’est produite il y a quelques mois et s’est terminée en mars. Quelqu’un, en Russie, l’a-t-il analysée? Avez-vous remarqué au moins quelqu’un? N’importe qui? Ou un quelconque talk-show? Je l’analyse, bien sûr, mais je parle des médias officiels, représentatifs du pouvoir.
Non …
Non! En d’autres termes il se déroule une immense catastrophe, qui entraîne la mort de centaines de milliers de gens. Et personne, même pas le moindre débat télévisé n’essaie de l’analyser. Bien qu’il soit évident que les débats télévisés sont stupides. Il est absolument évident qu’une analyse de la situation en Ukraine est camouflée en Russie. C’est interdit. Qui l’interdit? Les mêmes acteurs qui préparent ce scénario à Moscou, dans le reste de la Russie et à Saint-Pétersbourg. C’est la 5e colonne du gouvernement qui a assez de pouvoir pour empêcher l’analyse de la situation. On nous empêche de diffuser l’information. Le MLN conduit évidemment des analyses, mais nous sommes coincés, et on nous interdit de livrer ces analyses aux médias. Dans les régions, on empêche nos militants de brandir des slogans. Ils n’ont même pas le droit d’en discuter!
Je voudrais dire maintenant ce qui est important dans une intervention orange.
La chose principale dans une intervention orange, ce ne sont pas les militants mais les techniques opérationnelles de la 5e colonne dans les structures du pouvoir. Par exemple, comment les officiels, les généraux, les hommes d’affaires, les éditeurs des médias, soudainement commencent à changer de position. Littéralement, ils changent de position à 180 degrés en une journée et commencent à suivre une ligne différente de celle qu’ils suivaient jusqu’alors et promettaient de suivre, que ce soit à un officiel du gouvernement ou ailleurs. C’est cela le changement et la technique de préparation à ce changement.
Comment fonctionne la communication amenant des officiels à trahir leur Patrie. A chaque point particulier, il y a un plan spécifique. Et deuxièmement, le plan, qui a été élaboré aux Etats-Unis, fournit des centaines de sortes de trahisons semblant insignifiantes, qui collectivement mènent au résultat prédéterminé. Un officiel ne va pas sur la place principale en criant: Je suis un traître! Bien qu’on l’ait vu en Ukraine. Souvenez-vous de l’histoire à propos d’un chef du service des gardes frontières, qui disait qu’il abattrait son commandant en chef s’il n’exécutait pas les ordres des Etats-Unis. Donc, il y avait là une trahison ouverte. Mais la majorité ou 99% des trahisons sont restées cachées. Par exemple, un général censé protéger une installation ne s’est pas montré. Il a dit: je me suis endormi. Comme si, et bien, il s’était endormi … Difficile à comprendre. Peut-être a-t-il reçu une réprimande. Apparemment il n’a pas commis de trahison, mais cela colle avec le plan des trahisons, et son «sommeil» est un élément du plan. Il s’est endormi au bon moment, au bon endroit, et ce moment et cet endroit ont été exploités par l’escouade spécialement entraînée, qui savait qu’il s’endormirait. C’est lumineux, non? Cela, c’est la technique, et ce n’est pas analysé. Il est interdit de l’analyser. Cela signifie que c’est à 100% en train de se passer ici. Les mêmes personnes! Une façon de combattre une intervention orange consiste dans l’analyse de ces techniques. Une analyse qui n’est pas faite! Ni la société, ni aucun officiel de l’état, ni la police ne sont encore prêts pour cela. Vraiment aucun! Si personne ne l’analyse, alors, évidemment, il n’y a pas de préparation. Autrement il y aurait une volonté de comprendre. Pour assurer une trahison, dans le cas du général qui «s’endort», il est préférable de prévoir deux généraux: l’un trahira, et l’autre sera à son poste à temps. Vous comprenez, oui? Il y a différentes méthodes de lutte à cause d’une prépondérance du pouvoir. De ce fait, une composante très importante dans cette trahison est le secret. Cette technique n’est pas réellement cachée, il est simplement interdit de l’étudier et de l’analyser.
Ils essaient de l’étouffer.
Ils l’éliminent délibérément. A partir du moment où ils ont commencé à cacher ces techniques d’intervention étrangère en Ukraine, on peut être assuré que la même chose se prépare en Russie. Le fait est que la dissimulation est la première phase de la préparation.
Quelles autres villes sont concernées, hormis Saint-Pétersbourg?
La première frappe se produira à Saint-Pétersbourg, mais il y aura plusieurs frappes secondaires à Kaliningrad, dans l’extrême Est, dans le Caucase avec le terrorisme, et en Crimée. Ce sont les cibles principales choisies par les Américains. Bon, ils vont, bien sûr, essayer d’interférer à Moscou. En fait, ils essaient maintenant dans l’Oural. Les Américains ont créé une base solide à Yekaterinburg. Je veux dire une base pour l’invasion.
Tout ceci va-t-il se produire simultanément en septembre?
Bien sûr, tout cela va coïncider.
Les forces de libération nationale qui voudront leur résister, ne seront pas autorisées à ce concentrer en un endroit, d’accord?
Leur but est d’empêcher les forces de libération nationale de pouvoir s’y opposer. Les FLN ont suffisamment de moyens, mais elles n’ont pas accès au processus gouvernemental de prise de décision. Il y a Poutine, mais il ne prend pas de décisions. Les décisions sont prises à des échelons inférieurs du gouvernement par des personnes qui sont contrôlées par les Etats-Unis. Cela empêche les ordres de Poutine de descendre dans la hiérarchie. On le voit partout. Prenez la loi de taxation des profits de compagnie étrangère chez nous (la «relocalisation») … Ils travaillent directement pour les Américains. Ils sont les officiels des premier et second échelons.
Pourquoi travaillent-ils pour les Américains? Les Américains les ont sélectionnés et promus à leur poste à cause de leurs opinions. Opinions libérales, par exemple … Ils sont intégrés au système à travers les menaces et la corruption. Par exemple, les Américains fournissent une protection et une couverture pour leurs informations compromettantes. S’ils ne rendent pas aux Américains les services attendus ils seront emprisonnés. Ils seront emprisonnés en Russie. Pas seulement les policiers de la 5e colonne, mais les policiers honnêtes aussi. Supposons qu’un policier honnête ait reçu des informations concernant la corruption d’un officiel. Alors il est obligé de l’arrêter. On peut même lui donner de l’argent pour le faire. Bon, pourquoi ne pas l’arrêter, d’accord? Que se passe-t-il si les informations sur la corruption sont à la base de la nomination de l’officiel au poste qu’il occupe? Voilà les techniques. Certains ont des enfants à l’étranger… Imaginez qu’un enfant soit arrêté quelque part à Londres. Ce serait pire que saisir leurs biens. Ils peuvent survivre si leurs palaces sont saisis, mais l’arrestation d’un enfant est une autre histoire. Si un enfant est arrêté aux Etats-Unis, il peut risquer la peine de mort et l’emprisonnement à vie à Londres. C’est tout! Cet officiel a juste été recruté. C’est ainsi, il y a un ensemble de méthodes pour ce travail. Elles sont l’élément principal des révolutions oranges. Ce ne sont pas même les centaines de milliers de combattants! L’élément principal de la révolution orange est la présence de la 5e colonne dans les structures du pouvoir. Ils vendront leur pays morceau par morceau. Ils le vendront graduellement selon un plan élaboré aux Etats-Unis. L’objectif fixé par les Américains pour l’élection du maire de Saint-Pétersbourg est de former et promouvoir un idéologue pour renverser Poutine. Ce modèle élaboré peut ensuite être appliqué sur tous les citoyens russes: à la télé, dans la sphère publique, etc. … Dans l’étape suivante, l’an prochain, ou peut-être un peu plus tard, cela permettra de mettre le feu à tout le pays. C’est comme des troupes parachutistes qui sautent et installent une tête de pont. Militairement parlant, une tête de pont ne décide pas de l’issue de la guerre, mais elle prépare l’offensive générale. Voilà à quoi servira Saint-Pétersbourg. Nous considérons la situation à Saint-Pétersbourg comme très sérieuse. Cela ne signifie pas qu’ils gagneront car gagner et arracher Saint-Pétersbourg à l’emprise de Poutine n’est pas leur but. L’objectif réel est de lancer une offensive générale via Saint-Pétersbourg.
Je vois.    •
Explications de la rédaction d’Horizons et débats
1    Le 14 septembre 2014 aura lieu l’élection du nouveau Gouverneur de Saint-Pétersbourg. Cette élection est nécessaire, car le Gouverneur actuel, Georgy Sergeyevich Poltavchenko a démissionné.
2    Oksana Dmitrieva enseigne l’économie à l’Université d’économie et de finances de Saint-Pétersbourg. Elle est députée à la Douma de la Fédération de Russie et membre du parti «Russie Juste». Elle est candidate à l’élection du Gouverneur de Saint-Pétersbourg du 14 septembre.
3    Georgy Sergeyevich Poltavchenko est Gouverneur de Saint-Pétersbourg depuis août 2011. Il a été proposé pour cette fonction par le président russe de l’époque, Dmitri Medvedev, et fut élu par le Parlement de Saint-Pétersbourg par une large majorité. En juin 2014, il a démissionné mais continue à exercer ses fonctions jusqu’aux nouvelles élections.
4    Alexeï Anatolievitch Navalny est opposé au gouvernement russe. En 2013, il a été candidat à la mairie de Moscou et a perdu aux élections avec 27% des voix.
5    John Trefft est ambassadeur des Etats-Unis en Russie depuis le 31 juillet 2014. Auparavant, il était ambassadeur des Etats-Unis en Lituanie (2000–2003), en Georgie (2005–2009) et en Ukraine (2009–2013).