jeudi 17 mars 2022

La Russie négocie-t-elle un protectorat anglo-américain pour l'Ukraine ?

 jeudi 17 mars 2022


Un choc s'est produit hier en Russie, avec les révélations du Financial Times, confirmées par Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, de la négociation d'un plan de 15 points, comprenant le départ de l'armée russe d'Ukraine et la préservation de l'armée ukrainienne, mais sa diminution ... en contrepartie d'une protection exercée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Autrement dit, la Russie a commencé cette opération militaire pour in fine discuter de l'instauration d'un protectorat anglo-américain sur l'Ukraine ? Les élites politiques russes, qui soutiennent ce processus, ont-elles conscience de la puissance des ondes de déflagration qui se déverseront alors sur la Russie et dans le monde ? Analysons la situation.

Depuis deux jours, la délégation russe prenant part aux négociations (voir notre texte d'hier concernant ce processus) est très optimiste sur un "compromis" avec l'Ukraine dans les prochains jours, les Ukrainiens aussi. Hier, la situation s'est éclaircie concernant la teneur de ce "compromis".

Tout d'abord, Medinsky, qui préside la délégation russe, a salué l'idée présentée comme "ukrainienne" du modèle suédois de démilitarisation. Il s'agit donc d'une démilitarisation, qui prévoit la préservation d'une armée, mais réduite et, dit-il sans présence étrangère. Bref, il s'agit d'une démilitarisation militarisée. Manifestement, la pensée complexe fait des émules ... De son côté, Peskov a affirmé que cette version est un compromis envisageable. Nous rappellerons qu'en ce qui concerne la "neutralité", la Suède est particulièrement active dans sa coopération avec l'OTAN. Par ailleurs, dans la balance, l'Ukraine présente qu'elle ne demandera plus à entrer dans l'OTAN - comme si elle aurait pu y entrer rapidement de toute manière ... Quant au long terme, l'on sait ce que valent ces promesses.

Cette proposition, qui est soi-disant sérieusement analysée par les ministères russe et ukrainien de la Défense, soulève de nombreuses questions : puisque l'armée russe doit immédiatement se retirer d'Ukraine, qui va assurer et garantir cette réduction de l'armée ukrainienne et en déterminer les proportions et la durée ? quand il est dit que l'armée russe doit se retirer "d'Ukraine", de quelles frontières, parle-t-on ? quelles garanties sont données que, dans quelques temps, l'armée ukrainienne ne soit à nouveau préparée, financée et armée et reparte à l'attaque vers l'Est, vers la Russie ?

Par ailleurs, alors que l'intégration de la Crimée dans la Russie n'avait jamais été l'objet de discussions, désormais il s'agit de négocier cette reconnaissance. C'est un pas politique en arrière.

Et nous avons hier aussi obtenu les réponses à ces questions. Le Financial Times a publié un article présentant ces fameux 15 points du plan négocié par la Russie et l'Ukraine, qui de toute évidence vient des Etats-Unis :

"Ukrainian and Russian negotiators discussed the proposed deal in full for the first time on Monday, said two of the people. The 15-point draft considered that day would involve Kyiv renouncing its ambitions to join Nato and promising not to host foreign military bases or weaponry in exchange for protection from allies such as the US, UK and Turkey, the people said"

Donc, l'armée russe se retire et ... les Etats-Unis, la Grande-Bretagne assurent la sécurité de l'Ukraine, la Turquie, qui est très active dans le processus de paix (et l'on comprend pourquoi maintenant) entre dans le jeu politique et peut même envisager finalement de récupérer certains territoires en contrepartie de ses bons services. Dans ces conditions, l'Ukraine étant sous protectorat anglo-américain, elle n'a effectivement aucun besoin d'entrer dans un bloc militaire, elle "bénéficie" d'une protection directe.

La négociation de la capitulation politique russe en rase campagne, alors que militairement elle reprend du terrain malgré les freins imposés à l'armée, est tellement évidente, que l'on pense immédiatement qu'il s'agit d'une fausse information, d'une attaque politico-psychologique. Malheureusement, non, ce n'est pas le cas. Peskov a confirmé hier qu'il y avait bien une discussion "sérieuse", mais que simplement il était trop tôt pour en parler publiquement ...

Ces déclarations ont provoqué une vague de colère. Il est intéressant, pour les russophones, de lire les commentaires sous le texte de l'agence russe d'information Regnum, qui annonce ces "compromis" - les termes de trahison et de traitres dominent.

D'autres réactions ont vu le jour. Par exemple, côté Donbass, Alexandre Khodakovsky, l'un des chefs militaires de DNR, s'est vertement prononcé contre cette idée de négociations, rappelant que, suite à l'exemple des Accords de Minsk, rien ne garantit que les marionnettes ukrainiennes, suivant les injonctions de leurs tuteurs, ne repartent à l'attaque une fois l'armée russe partie. Et allant même plus loin :

"Maintenant, vous devez comprendre : dans l'Ukraine d'aujourd'hui, il n'y aura jamais non seulement d'un gouvernement pro-russe, mais même un gouvernement neutre. "Un bon flic est un flic mort" - il s'agit de l'Ukraine. Pas littéralement, bien sûr, mais politiquement. Tout ce qui a fait de l'Ukraine un pays industriel doit être retiré. Tous les territoires apparus à la suite des efforts de l'Empire russe pendant la période d'expansion vers le Sud doivent être arrachés. Par une coïncidence naturelle, le principal potentiel humain et industriel se concentre précisément sur ces terres sur lesquelles la Russie a un droit historique indéniable. 

Peu importe le statut de ce territoire - une sorte de république élargie de Donetsk-Krivoï Rog, la Petite Russie ou l'adhésion à la Russie - l'essentiel est que la nouvelle génération de "l'élite" ukrainienne n'ait jamais accès à cette terre. Et le fait qu'ils n'aiment pas et ne pardonnent pas ne devrait pas faire peur : le temps et la nécessité de survivre arrangeront tout. Ils se sont adaptés au peuple Bandera - ils s'adapteront à nous." 

Oleg Morozov, que nous avons déjà cité hier au sujet de ses inquiétudes concernant ces négociations, a encore précisé sa position aujourd'hui suite à ces révélations :

"J'ai appris avec une grande inquiétude que lors des pourparlers, la partie ukrainienne aurait sérieusement discuté de la démilitarisation de l'Ukraine. Par exemple, la conversation porte sur le nombre et le type de forces armées qui devraient rester dans "l'Ukraine démilitarisée". J'avoue que je ne sais peut-être pas tout, mais je vais m'exprimer !

Si j'étais à la place des Ukrainiens, j'accepterais toutes les conditions, je signerais tous les papiers. En échange d'un cessez-le-feu et du retrait des troupes russes. Et c'est fini ! Tout notre succès est annulé ! Alors ils gagneront du temps et s'essuyeront avec ce papier. Une armée arrêtée n'ira pas mourir pas une nouvelle fois pour un tel bout de papier ! Il ne faut jamais enlever la victoire à l'armée, car une victoire volontairement abandonnée est pire qu'une défaite, car elle brise le code du vainqueur ! 

Nous devons accepter toutes les promesses ! Mais leur mise en œuvre ne devrait commencer qu'après la reddition militaire complète.

Sinon, il n'y aura ni victoire ni démilitarisation." 

Les élites, qui négocient ce genre de "compromis", ont-elles sérieusement une idée des conséquences à en attendre à l'intérieur du pays ? Pour présenter rapidement un scénario, peut-être catastrophe mais réaliste au regard de l'histoire russe, l'on peut noter :

  • la perte de confiance des populations en Russie et pro-russes à l'étranger dans les élites dirigeantes russes, qui se lancent dans une opération engageant l'existence du pays, sans avoir le courage politique de mener le combat jusqu'au bout, sans accompagner l'opération militaire d'une stratégie politique;
  • la révolte de la population est à attendre, les sanctions restant sans aucun doute et pouvant même encore être aggravée - mais si un peuple peut se lever et s'unifier dans un combat pour la victoire, il ne voit en général (et il a raison) aucune raison de se sacrifier pour une capitulation;
  • l'affaiblissement intérieur de la Russie entraîne sa disparition sur la scène internationale comme acteur, les "tuteurs" anglo-américains pourront reprendre le Donbass et certainement la Crimée pourra aller vers la Turquie, sachant qu'il y a peu de chances pour que la Russie reste en ses frontières actuelles;
  • les élites russes globalistes, toujours en poste, pourront assurer "la transition" globaliste de la Russie et son dépeçage - elles ont l'expérience.
Il faut toutefois comprendre, que l'onde de choc dépassera largement la Russie et l'Ukraine. Cette euphorie de la victoire globaliste et la chute du seul pays pouvant proposer une alternative civilisationnelle va impacter l'Europe, déjà sous domination, qui n'aura plus la force de lever la tête. Nous pouvons entrer dès lors de plein pied dans le monde unipolaire, dans la dictature globale. Et ce pour une longue période d'hibernation ...

Le seul espoir reste en ces élites russes souverainistes, qui ont levé la tête avec la tentative d'instauration de la globalisation covidienne. Mais auront-elles la force de leur volonté ? A suivre.

PS : Alors que ce texte vient d'être publié, à 14h heure de Moscou, Peskov a opéré un revirement stratégique, expliquant cette fois-ci que le texte du FT est un fake, qu'il s'agit d'une compilation de propositions anciennes, qui ont été faites par les deux parties. A suivre ...

Bechet-Golovko Karine

Source : https://russiepolitics.blogspot.com/2022/03/la-russie-negocie-t-elle-un-protectorat.html#more

Un Tochka U de l'armée ukrainienne tue une vingtaine de civils à Donetsk - 14 mars 2022

 


Vidéo ici 


Donbass Insider

@donbassinsider

Le 14 mars 2022, à 11 h 30, l'armée ukrainienne a tiré un missile Tochka U sur le centre-ville de Donetsk. Bien que la défense anti-aérienne de la RPD ait réussi à abattre le missile, une des boîtes de sous-munitions a explosé, tuant une vingtaine de civils et faisant une trentaine de blessés.

Blocages des raffineries et dépôts pétroliers. Oliv Oliv : Macron tu vas l'avoir dans le fion


 

Bulletin N°73. Macron fauteur de guerre, chaudrons dans le Donbass. 17.03.2022.


 Stratpol

Pour acheter le "livre noir de la gauche française": https://www.thebookedition.com/fr/le-... https://paypal.me / CentreSTRATPOL https://www.patreon.com/stratpol https://fr.tipeee.com/stratpol Chaîne télégramme : https://t.me/stratpol Chaîne Odysee : https:// odysee.com/@STRATPOL: 0 00:42 Macron le fauteur de guerre 00:12 Stratèges en chambre et art opératif soviétique 13:20 Contre-sanctions et défaut russes 17:28 Théatre des opérations 29:25 Vaines négociations ? 31:02 Divers : canal telegram sur la guerre, manif anti-OTAN Ouest Est : https://ouest-est.org/ Conflit Russie/Ukraine https://t.me/conflitrussie_ukraine

IFQ91 - Émission du 10 mars 2022

 


Vidéo ici


Dans cette 91e édition de votre émission hebdomadaire, nous aurons le plaisir de nous retrouver en petit comité pour vous présenter nos chroniques et répondre à quelques-unes de vos questions...

L’émission hebdomadaire « l'info en QuestionS » est une émission née d'une demande grandissante d'informations libres et échappant à la censure. Les conflits d'intérêts étant désormais légion dans le monde médiatique, une équipe de lanceurs d'alerte s'est mobilisée pour partager ses dernières informations et les questions qu'elles suscitent.
Le but de l'émission « l'info en QuestionS » est également d'inviter des experts, des scientifiques et professionnels dans différents domaines afin qu'ils répondent aux questions des citoyens. Notre équipe est à géométrie variable, en fonction des disponibilités de chacun-e.

Pour retrouver les références utilisées pour réaliser nos chroniques, cliquez sur ce lien : https://formations.emergences.net/IFQ-reference
(Nous nous efforçons de vous faire parvenir l'information libre le plus rapidement possible après la fin de la rencontre hebdomadaire.)

Les coordonnées de l’équipe :
👉 JEAN-JACQUES CRÈVECŒUR :
Chaîne privée : https://formations.emergences.net/iln0002-chaineprivee
Chaîne publique : https://fulllifechannel.com/channel/JeanJacquesCrevecoeur
Site officiel : https://jeanjacquescrevecoeur.com
Solidarita : https://solidarita.net
Odysee : https://odysee.com/@Jean-Jacques-Crevecoeur:f
Twitch : https://www.twitch.tv/jeanjacquescrevecoeur
DLive : https://dlive.tv/J-Jacques.Crevecoeur
Crowdbunker : https://crowdbunker.com/@jean-jacques-crevecoeur

👉 SALIM LAÏBI :
Facebook : https://www.facebook.com/lelibre.penseur.1/
Facebook : https://www.facebook.com/LeLibrePenseur.org/
Blog Le libre Penseur : https://www.lelibrepenseur.org/
Odysee : https://odysee.com/@LeLibrePenseur.org:2
Telegram : https://t.me/Salim_Laibi_LLP
Crowdbunker : https://crowdbunker.com/@leLibrePenseurOrg
Twitch : https://www.twitch.tv/salim_laibi_llp

👉 TAL SCHALLER :
Blog de Tal : https://www.santeglobale.world/le-blog-de-tal/

👉 SOPHIE MEULEMANS :
YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCW0CYuhmuLtcMS8FrtUZPDg
Site officiel : Initiative Citoyenne : http://initiativecitoyenne.be/

👉 CHLOÉ FRAMMERY :
Odysee : https://odysee.com/@Chloe_F:b
Rumble : https://rumble.com/user/ChloeFra
Crowdbunker : https://crowdbunker.com/@ChloeFrammery
Twitter : https://twitter.com/FrammeryChloe?s=09
Instagram : https://www.instagram.com/chloe_frammery/
Facebook : https://www.facebook.com/chloe.fra.9
VK : https://m.vk.com/id665557322
Telegram - Fil d’info : https://t.me/chloefinfosofficiel

👉 MURIEL HUBIN :
Facebook Muriel : https://www.facebook.com/hubmu2
Facebook Essentiel : https://www.facebook.com/Muriel-Hubin-Essentiel-110284841350947
Youtube : https://youtube.com/user/hubmu2
Site officiel : https://www.murielhubinessentiel.be/

Le Monde Moderne - La revue de presse du mercredi 16 mars 2022


 


Broadcasted live on Twitch -- Watch live at https://www.twitch.tv/lemondemoderne

mardi 15 mars 2022

Qui va dénazifier l’Ukraine ?

 Publié le mars 15, 2022 par 


Réponse courte : les Ukrainiens.


Par Dmitry Orlov – Le 10 mars 2022 – Source Club Orlov

OrlovRéponse longue : permettez-moi de vous emmener sur un très court chemin de mémoire, de 16 jours seulement, à partir du 22 février 2022. Ce jour-là, la majorité des forces ukrainiennes étaient massées au cœur des territoires des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk – deux îlots peuplés de Russes, dont de nombreux détenteurs de passeports russes. Les forces ukrainiennes étaient à portée de frappe de leurs capitales et (comme le prouvent des documents officiels récemment obtenus) planifiaient une attaque générale contre elles. Cela aurait été un acte de génocide que la Russie n’aurait eu d’autre choix que d’essayer d’arrêter.

Comme le régime ukrainien n’ose rien faire d’important sans avoir reçu au préalable le signal « tout est clair » de Washington, cette attaque aurait été conforme à la stratégie de Washington, dont les objectifs, parfaitement clairs, étaient d’embourber la Russie dans une guerre civile ukrainienne. Cette guerre fournirait à son tour la justification d’un isolement international qui écraserait l’économie de la Russie et la forcerait à fournir une fois de plus ses ressources naturelles à l’Occident pour presque rien. Si ce plan échouait, l’Occident s’effondrerait.

Au vu de la situation actuelle, ce plan est en train d’échouer. Je reviendrai sur ce sujet dans quelque temps ; d’ici là, la situation sera devenue plus claire pour un peu plus de personnes. Lorsque les gens passent par l’inévitable séquence déni – colère – négociation, il est préférable de rester en retrait jusqu’à ce que la partie négociation soit atteinte ; ce n’est qu’alors qu’une discussion raisonnée devient possible.

Alors que le régime ukrainien a été contrarié dans ses efforts pour rejoindre l’OTAN par le fait qu’il ne contrôle pas son propre territoire, il a en fait livré l’Ukraine aux forces de l’OTAN, permettant à l’OTAN de donner des ordres à ses militaires et se livrant à l’utilisation de l’OTAN, mettant ainsi l’OTAN à portée de frappe de Moscou et poussant l’expansion de l’OTAN vers l’est le long de la même route que celle utilisée par les précédents envahisseurs occidentaux – Napoléon et Hitler. Ainsi, le régime ukrainien a allègrement franchi une ligne rouge russe très bien établie qui était garantie de déclencher une réponse militaire. Compte tenu de l’énorme disproportion des forces militaires, il s’agissait d’une manœuvre délirante et suicidaire.

Pour couronner le tout, lors de la conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue en février, l'(ancien ?) président ukrainien Zelensky a professé son désir de développer des armes nucléaires pour attaquer la Russie. Il convient de noter que l’Ukraine dispose de suffisamment de matériaux, de technologies et de savoir-faire nucléaires, hérités de l’URSS, pour mener à bien un tel programme de développement, surtout avec l’aide des États-Unis. Bien que cela constitue une violation directe du traité de non-prolifération nucléaire (« les États non dotés d’armes nucléaires s’engagent à ne jamais acquérir d’armes nucléaires »), il n’a obtenu aucune réaction de la part des sommités occidentales réunies sur place. Le régime ukrainien a donc fait tout ce qui était nécessaire pour se transformer en une menace existentielle immédiate pour la Russie, scellant ainsi son destin.

La réponse russe, surnommée « Opération Z » en raison de la lettre « Z » peinte sur les blindés russes qui y participent, a deux objectifs : la démilitarisation et la dénazification. La partie démilitarisation est simple : détruire complètement la capacité militaire de l’Ukraine (dont une grande partie a été héritée de l’URSS) et la refaçonner en une confédération militairement neutre de petits États semi-souverains, dont la sécurité est assurée par la Russie. Comme tout le monde aurait dû s’y attendre, l’armée ukrainienne basée sur la conscription, armée de matériel soviétique usé, avec un moral au plus bas, n’a pas fait le poids face à l’armée russe entièrement modernisée et réarmée et est systématiquement détruite, les soldats qui se rendent étant nourris, pansés et renvoyés chez eux.

Ainsi, la démilitarisation se déroule à merveille et, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ce qui reste du régime ukrainien ne constitue plus une menace militaire pour quiconque, à l’exception de sa propre population, qui est toujours terrorisée par les nazis ukrainiens. Et cela nous amène à la deuxième partie : la dénazification, qui est beaucoup plus compliquée et nécessite une explication plus approfondie. De nombreuses personnes se grattent actuellement la tête, essayant d’imaginer ce que cela pourrait être, et je suis heureux de pouvoir offrir une explication.

Un jour, lorsque les braises auront refroidi, je proposerai peut-être une analyse ethnographique plus approfondie du phénomène nazi ukrainien. Pour l’instant, en voici une brève description. Une partie de la population russe est restée coincée derrière diverses lignes ennemies pendant trois longs siècles dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine occidentale. Déconnectée et à la dérive, maltraitée par ses nouveaux maîtres coloniaux, cette population n’a cessé de dégénérer. Elle n’était pas aidée par une idiotie généralisée due à une carence en iode : les sols de la région manquent de l’iode nécessaire au développement humain normal. Elle était en grande partie analphabète et sa langue s’éloignait du russe traditionnel pour former un ensemble distinct de dialectes villageois souvent incompréhensibles entre eux. Puis, en 1818, Alexei Sosnovsky a formalisé son dialecte natal de la région de Sumy dans un livre qu’il a publié à Saint-Pétersbourg, intitulé « Une grammaire d’un petit dialecte russe ». Il s’agissait autant d’une description que d’une concoction (je pourrais écrire « Une grammaire d’un dialecte de la Virginie occidentale » si quelqu’un me payait suffisamment), mais elle a ensuite été utilisée pour faire des revendications largement fallacieuses sur une identité nationale ukrainienne distincte. Et si cette identité nationale a pris forme, c’est uniquement en raison des efforts incessants des puissances occidentales pour séparer cette région de la Russie pour des raisons géopolitiques.

Nous avions donc une population néophyte habituée à être discriminée, méprisée et exclue par toutes les puissances occupantes avec lesquelles elle entrait en contact, en colère permanente contre le monde et déterminée à se venger, mais perpétuellement trop faible et désorganisée pour le faire. Puis vint leur heure de gloire lorsque les légions d’Hitler arrivèrent. Les nationalistes ukrainiens se sont rapidement transformés en petits auxiliaires d’Hitler et ont commis une série d’atrocités contre leurs voisins – les Polonais et les Juifs en particulier – qui ont choqué même les nazis allemands. Ils coupaient les seins des femmes et salaient les blessures ; ils ouvraient les ventres des gens et les remplissaient d’aliments pour porcs, puis laissaient des porcs affamés se régaler de leurs entrailles ; ils clouaient les langues des enfants sur les tables et les laissaient pendre – tout cela sous les huées de joie de leurs compatriotes villageois dont les rêves misérables et tordus de vengeance sanglante étaient enfin devenus réalité.

Et puis l’Armée rouge est arrivée et leur orgie de haine s’est terminée de façon ignominieuse. Mais ça ne s’est pas terminé complètement. Au sein de l’URSS, le nationalisme ukrainien a été poussé dans la clandestinité mais n’a jamais été complètement éteint. Pendant ce temps, les États-Unis et les Canadiens ont accueilli, choyé et nourri certains des pires criminels de guerre nazis, élevant plusieurs générations de nationalistes ukrainiens qui ont été conditionnés et soumis à un lavage de cerveau pour glorifier le meurtre et le chaos, fétichiser les symboles nazis et s’unifier autour de leur haine de tout ce qui est russe. Après l’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de l’URSS, il y a trente ans, ces cadres nazis formés ont été réintroduits dans la société ukrainienne, encouragés à l’aide de généreuses subventions, ont reçu un soutien politique indéfectible et forment aujourd’hui le cœur de l'(ancien ?) régime ukrainien. Leur pouvoir a considérablement augmenté après le violent coup d’État de 2014 et, au cours des huit dernières années, ils ont pu terroriser et laver le cerveau de l’ensemble de la population ukrainienne, dont la plupart peut être qualifiés de presque, mais pas exactement, russe.

Ce point nécessite également quelques explications. Selon la conviction tenace de Poutine, les Russes et les Ukrainiens ne forment qu’un seul peuple. Il existe de nombreuses preuves à l’appui de cette affirmation. La barrière linguistique est inexistante : la grande majorité des Ukrainiens parlent mieux le russe que l’ukrainien (que la plupart d’entre eux ont appris à simuler par opportunisme politique) et en une seule génération, ils ne se distingueraient plus des autres Russes. Culturellement, il y a une grande unité, avec toutes les mêmes pop stars russes et/ou ukrainiennes en tournée en Russie et en Ukraine, et les éléments culturels spécifiquement ukrainiens se limitent à des tenues ethniques, des éléments de cuisine et quelques poèmes et chansons folkloriques. Mais lorsqu’il s’agit de ce que les Russes appellent le « code culturel », il y a quelque chose de vital qui manque aux Ukrainiens : l’élément clé du « tous pour un et un pour tous » qui est un élément essentiel de la psyché russe.

Ce manque s’explique facilement : alors que pour les Russes, l’unité leur a ouvert la voie de la grandeur, pour les Ukrainiens, l’unité n’a eu aucun avantage – sauf, bien sûr, l’unité avec la Russie. Alors qu’elle était unifiée avec la Russie, l’Ukraine est devenue le pays le plus prospère et le plus industrialisé d’Europe, produisant des articles de haute technologie tels que des avions à réaction, des moteurs de fusée, de gros diesels marins, des moteurs d’hélicoptère et bien d’autres choses encore. Alors qu’elle était unifiée avec elle-même, l’Ukraine a progressivement dégénéré en une ombre désindustrialisée, se dépeuplant rapidement, décrépite, violente et criminalisée. Ce manque d’unité interne est pernicieux et fonctionne de manière fractale dans toute la société : Les régions ukrainiennes répugnent à travailler ensemble dans un but commun ; même Donetsk et Lugansk, confrontés à un ennemi unifié, ont refusé de s’unifier politiquement. Les voisins ukrainiens ne se font pas particulièrement confiance et ne s’entraident pas. Il n’existe aucune méthode connue pour inverser cette tendance à la désunion et à la dissolution sociales. Les Ukrainiens peuvent facilement être absorbés par la Russie, mais seulement en tant qu’individus et familles !

Et cela nous amène à la situation actuelle. En ce moment, des flux de réfugiés ukrainiens affluent à la fois vers la Russie et vers l’Union européenne. L’armée ukrainienne a déjà été largement détruite et le reste devrait l’être d’ici quelques jours. Les conscrits ukrainiens qui se rendent sont nourris et renvoyés chez eux. Mais il y a aussi les nazis. Un certain nombre de ce que Donald Rumsfeld aurait appelé les « morts » sont massés à la frontière du Donbass, continuant à bombarder sporadiquement les quartiers résidentiels comme ils le font depuis 8 ans (les vieilles habitudes ont la vie dure) tout en se vidant de leur sang sous le feu russe. Quand il s’agit des nazis, les Russes ne font pas de prisonniers, et donc ils ripostent jusqu’à ce que les munitions soient épuisées, puis ils lâchent leurs armes et tentent de s’enfuir. D’autres morts se terrent dans les villes et les villages, que les troupes russes encerclent mais laissent le plus souvent tranquilles pour éviter de blesser les civils. Les troupes russes tentent d’organiser des évacuations, que les « dead-enders » font de leur mieux pour contrecarrer. Pour maintenir l’intérêt de la situation, les nazis organisent des provocations sporadiques, qu’ils imputent ensuite aux Russes, et la presse occidentale s’en sert avec grand plaisir pour détourner l’attention de ses propres nouvelles désastreuses. Cette situation peut persister pendant un certain temps, mais elle ne peut pas durer éternellement. Au fil du temps, de plus en plus de civils esquiveront les balles nazies pour passer du côté russe, tandis que les nazis se videront de leur sang, s’enfuiront ou se cacheront. Et alors, il y aura la paix.

Ce qui nous amène à la dénazification : comment cela va-t-il se passer ? Il y a trois phases ; deux d’entre elles ont lieu en ce moment même, et la dernière aura lieu une fois que la paix sera établie sur l’ensemble du territoire de l’ancienne Ukraine. La phase 1 consiste à tuer physiquement les nazis ; l’armée russe s’en charge, et des centaines de nazis morts s’accumulent chaque jour. La phase 2 consiste à faire fuir les nazis vers l’Union européenne : s’ils aiment leurs nazis, ils peuvent avoir leurs nazis. Ce serait une ironie suprême si l’Allemagne était obligée d’organiser des camps de concentration pour les nazis et d’y parquer tous ces criminels de guerre ukrainiens en liberté.

Et puis il y a la phase 3 : s’occuper de ces nazis, quasi-nazis, sympathisants nazis et autres criminels qui restent et se cachent, en essayant de se fondre dans la population civile. La population civile se souviendra certainement de ceux qui l’ont prise en otage et torturée pendant que les Russes essayaient d’organiser des couloirs humanitaires pour lui permettre de s’échapper ou de lui fournir de l’aide humanitaire pour la nourrir ! Il suffira d’offrir une récompense financière à toute personne qui les dénonce. Dans de nombreux cas, ce ne sera même pas nécessaire : nous vivons à l’ère du Big Data et les Russes enregistrent chaque appel téléphonique et chaque message texte. Tous les nazis ont été localisés, leur voix a été enregistrée et leurs photos ont été intégrées dans un logiciel de reconnaissance faciale. Pour citer George W. Bush, « ils peuvent courir, mais ils ne peuvent pas se cacher ».

Pour l’instant, je vais laisser le sujet de l’ancienne Ukraine reposer dans le four russe jusqu’à ce qu’il soit complètement cuit. Ensuite, il devra rester sur le rebord de la fenêtre jusqu’à ce qu’il refroidisse et soit prêt à être découpé et servi. D’ici là, je passerai à des sujets que je trouve plus intéressants et plus vitaux, tels que l’inflation structurelle (non monétaire), les raisons pour lesquelles la moitié du monde est unifiée avec la Russie et les nouvelles et incroyables raisons pour la Russie d’être très reconnaissante envers l’Occident. Je m’y attellerai à partir de la semaine prochaine.

Dmitry Orlov

Soutenez mes efforts sur https://patreon.com/orlov ou https://subscribestar.com/orlov.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

 

Source : https://lesakerfrancophone.fr/qui-va-denazifier-lukraine