jeudi 16 avril 2020

En mars, le gouvernement a lancé l’achat de gaz lacrymogènes plutôt que des tests du coronavirus


Durée de lecture : 2 minutes
13 avril 2020

     
L’usage des drones pour surveiller les citoyens se généralise par ailleurs. Le ministère de l’Intérieur lance un autre appel d’offres pour ces engins volants.
Etrange choix du gouvernement français, en mars.
Le 3 mars, il a publié l’appel d’offre de gaz lacrymogènes pour plus de 3,6 millions d’euros, « au profit de la police nationale et de la gendarmerie nationale » , précisément des « Aérosols CS à diffusion dispersive petite capacité (40 à 50 ml) », des « Aérosols CS à diffusion dispersive moyenne capacité (300 ml) » et des « Aérosols CS à difffusion dispersive grande capacité (500ml) ».
- Télécharger l’avis d’achat :
Avis d’achat d’aérosols lacrymogènes 3 mars 2020.
En revanche, ce n’est que le 28 mars que le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que le gouvernement avait commandé 5 millions de tests rapides du coronavirus.

L’usage des drones pour surveiller les citoyens se généralise

Le 12 avril, par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a lancé un autre appel d’offre pour des drones de surveillance, pour un montant total de 3,8 millions d’euros : des « microdrones du quotidien » et des « drones de capacité nationale ».
Drone testé devant le préfet de police Didier Lallement le 21 mars 2020.
"Check News", de Libération, a fait un point précis sur cette commande de drones : L’appel d’offres du ministère fixe un accord-cadre sur quatre ans, et se décompose en quatre lots :
. les 565 « micro-drones du quotidien » doivent faire moins d’un kilo, pouvoir voler pendant vingt-cinq minutes minimum, et à une hauteur de 100 mètres en étant discret. Ils doivent filmer en 4K ou UHD, et avoir une caméra thermique tout en transmettant à 3 kilomètres au moins.
. les 66 drones « de capacité nationale » sont plus massifs (8 kilos maximum) mais également discrets à 120 mètres. Ils doivent embarquer un objectif filmant à 500 mètres (avec un zoom x30 de jour), voler vingt minutes sans recharge et transmettre au moins à 5 kilomètres.
. la vingtaine de « nano-drones spécialisés » doivent peser moins de 50 grammes, avoir vingt-cinq minutes minimum d’autonomie et transmettre leurs images à 2 kilomètres minimum.
Dans le contexte de crise sanitaire, l’utilisation de drones se généralise pour vérifier le respect des mesures de confinement. La Quadrature du Net a recensé plusieurs villes où les forces de l’ordre ont recours à ce dispositif. Une expérience de ce type, commencée à Nice, a par exemple été étendue à tout le département des Alpes-Maritimes où une entreprise privée de drone épaule policiers et gendarmes, selon l’agence spécialisée AEF. Dans d’autre cas, d’après l’agence, ce sont les drones de la gendarmerie qui sont utilisés, notamment sur les littoraux de Charente-Maritime, des Côtes-d’Armor, de Corse, du Pas-de-Calais, de Loire-Atlantique, du Var, ou encore « sur les berges du Doubs, en Haute-Garonne, ainsi qu’aux abords du lac du Bourget (Savoie) ».
- Source : Reporterre
- Photo : Gaz à Chambéry le 15 février 2020 (Extinction Rebellion Chambéry)
. drone de la préfecture de police : AFP TV

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Yuval Harari : le monde après le coronavirus


La tempête passera, mais les choix que nous faisons aujourd’hui pourraient changer nos vies pour les années à venir.
L’humanité fait actuellement face à une crise mondiale. Sans doute la crise la plus importante de notre génération. Les décisions que les peuples et les gouvernements vont prendre dans les prochaines semaines dessineront probablement le monde des années à venir. Elles ne façonneront pas seulement nos systèmes de santé mais aussi nos économies, nos comportements politiques et culturels. Nous devons passer à l’action rapidement et sans hésitation. Mais nous devons également prendre en compte les conséquences à long terme de nos actions. Au moment de choisir entre différentes options nous devons nous poser la question non seulement de savoir comment surmonter la menace immédiate mais aussi du type de monde que nous voulons habiter après le passage de la tempête. Alors, oui cette tempête passera, l’humanité survivra, la plupart d’entre nous survivrons, mais nous vivrons dans un monde différent.
De nombreuses mesures d’urgence à court terme seront des mesures de survie. C’est là, la nature même des urgences. Elles accélèrent les prises de décisions. Elles permettent des prises de décisions en quelques heures alors que normalement cela prendrait des années de délibérations. Des technologies encore embryonnaires ou même dangereuses sont mises en application sous la contrainte car le risque de ne rien faire est encore plus grand. Des pays entiers servent de cobaye pour des expérimentations sociales à grande échelle. Qu’est-ce qui se produit quand tout le monde travaille de chez soi et communique uniquement à distance ? Qu’est ce qui se produit quand des écoles, des universités entières se mettent à travailler en ligne ? En temps normal les gouvernements, le monde des affaires et les institutions scolaires n’auraient jamais accepté de mener de telles expériences. Mais nous ne sommes pas en temps normal.
En cette période de crise nous faisons face à deux choix particulièrement importants : le premier consiste à choisir entre surveillance totalitaire et responsabilisation citoyenne. Le second est celui entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale.
Une surveillance implantée sous la peau
Afin d’arrêter l’épidémie, des populations entières doivent se soumettre à certaines directives. Il y a deux principaux moyens pour y parvenir. Une des méthodes revient pour un gouvernement à gérer sa population en punissant ceux qui contreviennent aux règles. Aujourd’hui pour la première fois dans l’histoire de l’humanité il existe une technologie qui permet de surveiller chacun en permanence. Il y a 50 ans le KGB ne pouvait suivre 240 millions de citoyens soviétiques 24 heures sur 24 et encore moins espérer gérer toutes les informations recueillies. Le KGB s’appuyait sur des agents humains et des analystes, mais ne pouvait tout simplement pas mettre un agent derrière chaque citoyen. Mais aujourd’hui au lieu de mouchards en chair et en os, les gouvernements peuvent compter sur des détecteurs omniprésents et de puissants algorithmes.
Le Colisée à Rome
Dans le cadre de leur lutte contre l’épidémie de coronavirus, plusieurs gouvernements ont déjà mis en place de nouveaux outils de surveillance. Le plus représentatif en ce domaine est la Chine. En contrôlant rigoureusement les smartphones, en utilisant des centaines de millions de caméras à reconnaissance faciale, et en obligeant les personnes à contrôler leur température corporelle et à signaler leur état médical, les autorités chinoises peuvent non seulement identifier rapidement les individus susceptibles d’être porteurs de coronavirus mais aussi tracer leurs déplacements et identifier tous ceux qui auront été en contact avec eux. Une série d’applications permettent d’avertir les citoyens de la proximité d’un sujet contaminé.
Au sujet de la photo
Les images accompagnant cet article proviennent de caméras de surveillance connectées surveillant les rues désertes en Italie. Elles ont été trouvées et exploitées par Graziano Panfili, un photographe actuellement confiné.
Ce type de technologie ne se limite pas à l’est asiatique. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, vient récemment d’autoriser les services de sécurité israéliens à utiliser des technologies de surveillance normalement réservées aux terroristes afin de tracer les patients infectés par le coronavirus. Lorsque la sous-commission parlementaire en charge de cette affaire a refusé d’autoriser cette mesure, Netanyahou l’a court-circuitée par l’intermédiaire d’un décret d' »urgence ».
Vous pouvez bien-sûr dire qu’il n’y a rien de bien nouveau là-dedans. Ces dernières années, autant de gouvernements que de groupes divers ont utilisés des technologies encore plus sophistiquées pour tracer, surveiller et contrôler les gens. Pourtant si nous n’y sommes pas attentifs, cette épidémie pourrait néanmoins marquer un grand tournant décisif dans l’histoire de la surveillance. Non seulement parce qu’elle pourrait banaliser le déploiement d’outils de surveillance de masse dans des pays qui ont jusqu’à maintenant rejeté ce choix, mais plus encore parce que cela serait le signe d’une transition spectaculaire pour passer d’une surveillance « sur la peau » à une surveillance « sous la peau ».
Jusqu’à maintenant quand votre doigt touchait l’écran de votre smartphone et cliquait sur un lien, le gouvernement voulait savoir sur quoi exactement votre doigt avait appuyé. Mais avec le coronavirus le niveau d’intérêt évolue. Maintenant, le gouvernement veut connaître la température de votre doigt et la pression sanguine sous votre peau.
Le pudding de l’urgence
Un des problèmes auquel nous devons faire face pour déterminer notre position en ce qui concerne cette surveillance n’est qu’aucun d’entre nous ne sait exactement comment nous sommes surveillés et ce que les années à venir apporteront. Les technologies de surveillance se développent à une vitesse fulgurante et ce qui ressemblait à de la science-fiction il y a 10 ans n’est déjà plus d’actualité. Comme exercice de réflexion, prenons l’exemple d’un gouvernement hypothétique qui exigerait que chaque citoyen porte un bracelet biométrique qui contrôle sa température corporelle et son rythme cardiaque 24 heures sur 24. Les données qui en résultent sont stockées et analysées par les algorithmes du gouvernement. Ces derniers sauront que vous êtes malades avant même que vous ne le sachiez, et ils sauront également où vous êtes allés, et qui vous avez rencontré. Les chaînes d’infection pourraient en être considérablement raccourcies, voire complètement interrompues. On peut admettre qu’un tel système pourrait arrêter une épidémie en quelques jours. Cela semble merveilleux, n’est-ce pas ?
Le revers de la médaille bien sûr, est que ceci donnerait toute légitimité à un nouveau système de surveillance terrifiant. Si vous savez par exemple que j’ai cliqué sur un lien Fox News plutôt que sur un lien CNN cela vous apprend quelque chose sur mes opinions politiques et peut-être même ma personnalité. Mais si vous pouvez surveiller l’évolution de ma température corporelle, ma pression sanguine et mon rythme cardiaque lorsque je regarde un clip vidéo, alors vous pouvez savoir ce qui me fait rire, ce qui me fait pleurer et ce qui me met vraiment, mais vraiment en colère.
Il est vital de se souvenir que la colère, la joie, l’ennui et l’amour sont des phénomènes biologiques au même titre que la fièvre ou la toux. Cette même technologie qui est capable d’identifier la toux peut aussi identifier le rire. Et si des entreprises et des gouvernements commencent à recueillir en masse nos données biométriques, ils peuvent finir par nous connaître mieux que nous même, et ils peuvent non seulement prévoir nos sentiments mais aussi les manipuler et nous vendre tout ce qu’ils veulent — qu’il s’agisse d’une marchandise ou d’une personnalité politique. La surveillance biométrique pourrait faire passer les techniques de hacking des données de Cambridge Analytica pour quelque chose appartenant à l’âge de pierre. Imaginez la Corée du Nord en 2030, chaque citoyen doit porter un bracelet biométriques 24 heures sur 24. Si vous écoutez un discours du grand leader et que le bracelet détecte des informations de signes de colère, vous êtes coincés.
Vue de la Maison Universitaire à Lodi
On peut évidemment considérer la surveillance biométrique comme une mesure temporaire prise dans une situation d’urgence. Elle devrait disparaître une fois l’urgence terminée. Mais les mesures temporaires ont la sale habitude de survivre aux urgences, surtout parce qu’il y a toujours une nouvelle urgence émergeant à l’horizon. Israël, par exemple, mon pays d’origine, a déclaré l’état d’urgence pendant la Guerre d’indépendance de 1948, ce qui a justifié toute une panoplie de mesures temporaires allant de la censure de la presse et la confiscation des terres jusqu’à un protocole spécial pour faire les puddings (je ne plaisante pas). La Guerre d’indépendance a depuis longtemps été gagnée, mais Israël n’a jamais déclaré la fin de l’état d’urgence et n’a jamais abrogé les mesures « temporaires » de 1948 (seul le décret concernant les puddings a heureusement été aboli en 2011).
Même quand le nombre des infections à coronavirus sera proche de zéro, certains gouvernements avides de données pourraient prendre prétexte du fait qu’ils ont besoin de maintenir en place le système de surveillance biométrique parce qu’ils craignent une seconde vague d’infection à coronavirus ou parce qu’une nouvelle souche d’Ebola est en train de naître au centre de l’Afrique, ou parce que… les idées ne manquent pas ! La bataille fait rage, ces dernières années au sujet de vos données personnelles. La crise du coronavirus pourrait être le point de basculement de cette bataille, parce que si les gens ont le choix entre vie privée et santé, ils choisissent généralement la santé.
La police du savon
Demander aux gens de choisir entre vie privée et santé est effectivement la racine même du problème. Parce que les termes du choix sont mal posés. On peut et on doit pouvoir garantir vie privée et santé tout à la fois. On peut choisir de protéger sa santé et arrêter l’épidémie de coronavirus non pas en mettant en place des systèmes de surveillance de type totalitaire mais plutôt en responsabilisant les citoyens. Ces dernières semaines les efforts les plus réussis pour endiguer l’épidémie à coronavirus ont été orchestrés par la Corée du Sud, Taiwan et Singapour. Alors que ces pays avaient certes utilisé des applications de traçage de la population, ils ont bien plus fait confiance à une généralisation des tests, des comptes-rendus sincères, et la coopération volontaire d’une population bien informée.
Une surveillance généralisée et de sévères punitions ne sont pas les seuls moyens pour faire adhérer une population à des mesures bénéfiques. Lorsqu’on explique aux gens les faits scientifiques et lorsque la population a confiance dans les autorités publiques qui les lui divulguent, alors les citoyens peuvent faire ce qu’il faut, même sans avoir un Big Brother qui surveille par-dessus leur épaule. Une population bien informée qui tire d’elle-même sa motivation a souvent bien plus de force et d’efficacité qu’une population ignorante et sous contrainte.
Prenons l’exemple du lavage des mains avec du savon. Voilà qui a été une des plus grandes avancées des hommes en matière d’hygiène. Ce simple geste sauve des millions de vies chaque année. Nous considérons cela comme acquis, mais ce n’est qu’au dix-neuvième siècle que les scientifiques ont découvert la raison de l’importance de ce geste. Avant cela, les médecins et les infirmières passaient d’une intervention chirurgicale à l’autre sans se laver les mains. Aujourd’hui des milliards de personnes se lavent les mains chaque jour, pas parce qu’elles ont peur de la police des savons, mais plutôt parce qu’elles ont compris les faits. Je lave mes mains avec du savon parce que j’ai entendu parler de virus et de bactéries, j’ai compris que ces minuscules organismes peuvent provoquer des maladies et je sais que le savon les élimine.
Le Palais Royal à Caserta
Pour arriver à un tel niveau d’adhésion et de coopération, vous devez passer par la confiance. Les gens ont besoin de faire confiance à la science, d’avoir confiance dans les autorités publiques et de faire confiance aux médias. Ces dernières années, des politiciens irresponsables ont délibérément miné la confiance dans la science, les autorités publiques et les médias. Maintenant ces mêmes politiciens irresponsables pourraient bien être tentés d’emprunter l’autoroute de l’autoritarisme, prenant pour prétexte qu’on ne peut tout simplement pas faire confiance aux gens pour faire ce qu’il faut.
Évidemment la confiance érodée par les années ne peut pas être reconstruite en une nuit. Mais nous ne vivons pas des temps normaux. En période de crise, les esprits aussi évoluent rapidement. Vous pouvez avoir des différends amers avec vos proches pendant des années, mais lorsque survient une urgence, vous vous découvrez soudain des ressources cachées de confiance et d’amitié, et vous vous précipitez pour vous porter réciproquement assistance. Au lieu de mettre en place un régime de surveillance, il n’est pas trop tard pour restaurer la confiance de la population dans la science, l’autorité publique et les médias. Vous devrez bien sûr utiliser aussi les nouvelles technologies, mais celles-ci doivent laisser le pouvoir aux citoyens. Je suis entièrement d’accord pour que ma température corporelle et ma pression sanguine soient surveillées, mais ces données ne doivent pas être utilisées pour créer un gouvernement tout-puissant. Bien au contraire ces données doivent me permettre de mieux orienter mes choix personnels et de tenir le gouvernement pour comptable de ses décisions.
Si je pouvais tracer mon état de santé 24 heures par jour, je saurais non seulement si je suis devenu un danger pour la santé des autres, mais aussi quelles pratiques influent sur ma santé. Et si je pouvais accéder et analyser des statistiques fiables sur la diffusion du coronavirus, je serais à même de savoir si le gouvernement me dit la vérité et s’il adopte les mesures qu’il faut pour combattre l’épidémie. Il faut savoir qu’à chaque fois que les gens parlent de surveillance, celle-ci peut être utilisée non seulement par les gouvernements pour surveiller les individus mais aussi par les individus pour contrôler les gouvernements.
L’épidémie de coronavirus est donc un test majeur en ce qui concerne la citoyenneté. Dans les jours à venir, chacun de nous devra choisir entre faire confiance aux faits scientifiques et aux experts médicaux, ou bien croire en des théories complotistes infondées et les intérêts personnels de politiciens. Si nous échouons à faire le bon choix, nous pourrions être amenés à abandonner nos libertés les plus précieuses en pensant que c’est la seule manière de sauvegarder notre santé.
Nous avons besoin d’un plan mondial
Le second choix important auquel nous sommes confrontés c’est celui qui concerne l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale. Tant l’épidémie elle-même que la crise économique qui en découle sont des problèmes mondiaux. Elles ne peuvent être réglées de façon efficace qu’au travers d’une coopération mondiale.
Avant toute chose et plus important que tout, pour vaincre le virus nous avons besoin d’un partage mondial de l’information. C’est l’avantage principal des humains sur le virus. Un coronavirus en Chine et un coronavirus aux USA ne peuvent pas échanger de conseils sur la façon de contaminer les humains. Mais la Chine peut enseigner aux États-Unis bien des leçons précieuses sur le coronavirus, sur la manière de l’affronter. Ce qu’un médecin italien découvre à Milan tôt un matin peut fort bien sauver des vies le soir à Téhéran. Quand le gouvernement du Royaume Uni hésite entre plusieurs politiques, il peut prendre conseil auprès des Coréens qui ont déjà fait face au même dilemme un mois plus tôt. Mais pour que cela se produise, il nous faut entrer dans un état d’esprit de coopération mondiale et de confiance.
Dans les jours à venir chacun de nous devra choisir entre avoir confiance dans les faits scientifiques et les experts médicaux, ou bien croire les théories complotistes infondées ou les intérêts personnels de politiciens.
Les États devraient accepter de partager ouvertement les données en leur possession et avoir l’humilité de demander des conseils, ils devraient aussi être capables d’accorder leur confiance aux données et prévisions qu’ils reçoivent. Nous avons également besoin d’un effort mondial pour fabriquer et répartir des équipements médicaux, plus particulièrement les kits de tests et les respirateurs. Au lieu que chaque pays se débrouille au niveau local et accumule tout l’équipement qu’il peut, un effort mondial de coordination pourrait considérablement en accélérer la production afin de permettre d’être sûr que ce matériel destiné à sauver des vies humaines est distribué plus équitablement. Tout comme les pays nationalisent leurs industries clés en temps de guerre, la guerre que les humains mène contre le coronavirus peut nécessiter une « humanisation » des lignes de productions cruciales. Un pays riche, rencontrant peu de cas de coronavirus devrait accepter d’envoyer ces précieux équipements à un pays plus pauvre dépassé par les cas de contamination, confiant dans le fait que si et lorsqu’il en aura besoin, d’autres pays lui porteront assistance.
On peut envisager un effort mondial du même type pour mettre en commun le personnel de santé. Des pays actuellement moins touchés pourraient envoyer des équipes médicales vers les régions les plus frappées dans le monde, dans le double but de les aider au moment où ils en ont besoin, et afin d’en tirer une expérience utile. Plus tard, dans l’hypothèse d’un déplacement de l’épidémie, l’aide pourrait circuler dans la direction opposée.
Un autre besoin vital est la mise en place d’une coopération mondiale sur le front économique aussi. Étant donné le caractère mondial de l’économie et des circuits de distribution, si chaque gouvernement s’occupe de ses propres affaires en ne se préoccupant absolument pas des autres, on ira vers le chaos et l’aggravation de la crise. Nous avons besoin d’un plan d’action au niveau mondial et nous en avons besoin rapidement.
Il y a un autre besoin urgent, celui d’arriver à un accord mondial concernant les voyages. Suspendre pendant des mois les voyages internationaux est source d’immenses difficultés et entrave la lutte contre le coronavirus. Les pays ont besoin de coopérer pour permettre à un mince filet de voyageurs au rôle essentiel de continuer à traverser les frontières : scientifiques, médecins, journalistes, politiciens, hommes d’affaires. Ceci peut être fait en concluant un accord global sur le contrôle préalable des voyageurs par leur pays d’origine. Si vous savez que seuls les voyageurs ayant fait l’objet d’un filtrage seront admis à bord d’un avion, vous serez plus enclins à accepter de les recevoir dans votre pays.
Le Dôme de Florence
Malheureusement, actuellement, les pays s’orientent bien peu dans cette direction. Une paralysie collective s’est emparée de la communauté internationale. On a l’impression qu’il n’y a plus un seul adulte dans la pièce. On se serait attendu à ce qu’il y ait, il y a déjà plusieurs semaines, une réunion d’urgence des leaders mondiaux pour mettre en place un plan d’action commun. Les dirigeants du G7 n’ont réussi à organiser une vidéo conférence que cette semaine mais il n’en est sorti aucun plan de la sorte.
Lors des crises mondiales précédentes – comme la crise financière de 2008 et l’épidémie d’Ebola de 2014 – les États-Unis avaient assumé leur rôle de leader mondial. Mais l’administration actuelle a abdiqué de son rôle de leader. Elle a montré clairement qu’elle se souciait bien plus de la grandeur de l’Amérique que du futur de l’humanité.
Cette administration a même abandonné ses plus proches alliés. Lorsqu’elle a interdit tout voyage en provenance de l’Europe, elle ne s’est même pas souciée d’en avertir l’Union Européenne – sans parler de la consulter au sujet d’une mesure aussi drastique. Elle a scandalisé l’Allemagne en offrant, prétendument, 1 milliard de dollars à une firme pharmaceutique allemande pour acheter le monopole sur un vaccin pour le Covid-19. Même si l’administration actuelle change de braquet et en vient à proposer un plan d’actions mondial, bien peu nombreux seraient ceux qui suivraient un leader qui n’a jamais pris ses responsabilités, qui n’a jamais admis ses erreurs, et qui s’attribue en permanence tout le mérite, laissant les autres porter le chapeau.
Si le vide laissé par les États-Unis n’est pas rempli par d’autres pays, non seulement il sera bien plus difficile de stopper l’épidémie actuelle, mais son legs continuera d’empoisonner les relations internationales dans les années à venir. Néanmoins chaque crise offre aussi une chance. Nous devons garder l’espoir que l’épidémie actuelle aidera l’humanité à prendre conscience de l’extrême danger que représente une désunion mondiale.
L’humanité doit faire son choix. Descendrons-nous le long de la voie de la désunion ou prendrons-nous le chemin de la solidarité mondiale ? Si c’est la désunion que nous choisissons, non seulement la crise se prolongera mais il en résultera des catastrophes encore pires à l’avenir. Si nous faisons le choix de la solidarité mondiale, alors cela sera une victoire non seulement contre le coronavirus, mais également contre toute épidémie future et les crises qui pourraient frapper l’humanité au cours du XXIème siècle.
Yuval Harari est l’auteur de ‘Sapiens’, ‘Homo Deus’ et ‘21 Lessons for the 21st Century’
Copyright © Yuval Noah Harari 2020


Des zoonoses à l’antibiorésistance : bienvenue dans la fabrique des « bombes sanitaires »

Lettre d'info L214



60 % DES MALADIES INFECTIEUSES HUMAINES SONT D'ORIGINE ANIMALE

La crise sanitaire que nous traversons est grave et impacte le monde entier. Si tous les efforts doivent être faits pour endiguer cette pandémie, soigner les malades et soutenir les personnes touchées, il est également primordial de tirer les leçons de la situation afin de prévenir l'émergence de nouvelles épidémies. Espérons que le message des scientifiques qui alertent sur les risques sanitaires depuis des décennies soit enfin entendu.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale et représentent chaque année 2,5 milliards de cas dans le monde. Ces dernières années, la tendance semble s'être accrue : 75 % des maladies animales émergentes peuvent contaminer les humains.

NOUS NOUS EXPOSONS AUX PATHOGÈNES DES ANIMAUX SAUVAGES

La majorité des zoonoses (les maladies qui se transmettent entre humains et autres animaux) trouvent leur origine chez les animaux sauvages. Les chauves-souris sont souvent des « espèces-réservoir » : c’est le cas pour les virus Ebola et Nipah ou encore pour les coronavirus par exemple.
Cependant, les animaux sauvages ne sont pas à blâmer. Comme l’a déclaré Ibrahim Thiaw, le secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification : « Les animaux qui nous ont infectés ne sont pas venus à nous ; nous sommes allés les chercher. » En détruisant leur habitat, en empiétant sur leurs territoires, en les chassant, en les capturant, en les entassant sur des marchés, en les consommant, nous nous exposons à des pathogènes auxquels nous ne sommes pas préparés.
En France, nous avons déjà fait disparaître la plupart des zones sauvages. Nous sommes également coresponsables de la déforestation dans d’autres régions du monde, notamment pour l’alimentation des animaux détenus dans des élevages intensifs.
Pour ce qui est du COVID-19, son origine doit encore être établie : la proximité de chauves-souris et de pangolins sur un marché de Wuhan est pour l’instant une des pistes. Igualdad Animal a mené l’enquête sur les marchés humides en Asie, les images sont cauchemardesques (attention, images d’animaux en souffrance). D’autres pistes soupçonnent par ailleurs des liens forts avec l'élevage intensif.
Un pangolin en cage

ÉLEVAGE INTENSIF : UN CHAUDRON À PATHOGÈNES

Si nombre de zoonoses portent des noms abstraits ou des acronymes compliqués qui peuvent nous faire oublier leur origine, de nombreuses épidémies proviennent de l'élevage, à l'instar de la grippe porcine (virus H1N1) et des différents épisodes de grippes aviaires (virus H5N1 ou H7N9). Selon Jean-Baptiste Fressoz, historien et chercheur au CNRS, ces nomenclatures « politiquement correctes », définies par l'OMS sous la pression des lobbies, visent à effacer le lien entre ces nouvelles souches virales et l'élevage industriel pour protéger des intérêts économiques.
Ces manœuvres camouflent une réalité catastrophique : l'élevage intensif, qui induit une promiscuité élevée et une faible diversité génétique des animaux, est un terreau idéal pour l'émergence de nouveaux pathogènes. L'intensité des flux de personnes, d'animaux et de produits carnés au niveau planétaire favorise quant à elle la dispersion de ces agents infectieux. Pour Serge Morand, chercheur au CNRS, écologue de la santé et parasitologiste, l'élevage intensif crée donc de véritables « bombes » sanitaires et nous expose à de nouvelles « flambées épidémiques ».

L'ANTIBIORÉSISTANCE : UN RISQUE MAJEUR

L'élevage intensif ne favorise pas seulement les zoonoses, il joue aussi un rôle important dans le développement de l'antibiorésistance.
En effet, pour soigner les animaux ou pour éviter qu'ils tombent malades dans cet environnement confiné, mais aussi pour stimuler leur croissance, de nombreux antibiotiques leur sont administrés : à l'échelle mondiale, on estime que 73 % des produits antimicrobiens sont destinés aux animaux d’élevage. En France, 38 % des antibiotiques sont utilisés dans les élevages. Certains d'entre eux sont classés « critiques » ou dits « de dernière ligne » (parce qu'ils représentent le dernier traitement efficace contre certaines pathologies affectant les humains).
Ce recours massif et systématique aux antibiotiques favorise le développement de bactéries multirésistantes. Cette résistance des bactéries aux médicaments cause la mort de 12 500 personnes chaque année en France. Si rien n'est fait, l'OMS estime que l’antibiorésistance pourrait tuer 10 millions d’humains tous les ans d’ici 2050.

ATTENDRE PASSIVEMENT OU AGIR DÈS MAINTENANT ?

Nous ne pourrons pas éviter de nouvelles crises sanitaires sans remettre fondamentalement en question notre rapport aux animaux.
Des porcelets en élevage intensif
Les gouvernements sont restés sourds aux urgences climatique et éthique. Cette crise sanitaire d’ampleur mondiale doit être le déclic entraînant un changement profond.
Exigeons de nos responsables politiques un moratoire immédiat sur les constructions d’élevages intensifs, un plan concret de sortie de ce mode d’élevage et une végétalisation d’ampleur de l’alimentation.
Si ce n'est pas déjà fait, nous vous invitons à signer l'Appel contre l'élevage intensif !

Si un engagement politique fort est indispensable, chacun peut déjà agir à son échelle en réduisant sa consommation de produits animaux ou, mieux, en adoptant une alimentation végétale. Chaque pas compte ! Pour découvrir la cuisine vegan ou pour enrichir votre panoplie de recettes, rendez-vous sur notre site Vegan Pratique !
Prenez soin de vous et de votre entourage.
À bientôt,
L'équipe de L214

RÉVOLUTION : Si vous voulez un avenir meilleur pour vous et vos enfants. Pour un nouveau paradigme.


Questions au gouvernement belge sur le coronavirus, le confinement et les futurs vaccins

Source : http://initiativecitoyenne.be/

13 avril 2020

Questions au gouvernement belge sur le coronavirus, le confinement et les futurs vaccins  


Chers lecteurs et visiteurs de ce site, chers citoyens, chers professionnels de la santé, nous portons à votre connaissance le courrier de questions que notre avocat, Me Georges Henri Beauthier, vient de faire parvenir ce jour à notre Première Ministre, Sophie Wilmès, ainsi qu'aux autres Ministres de la Santé en Belgique.

Ce courrier de questions nous paraît extrêmement important en ces temps de crise sans précédent pour nos libertés, notre démocratie et notre santé. Comme vous pourrez le constater, les 6 co-signataires de ce texte, trois médecins et trois non médecins ont tous tenu à axer leur questionnement sur base de sources rigoureuses et aisément vérifiables.

Nous avons fait part à la presse de cette démarche et nous vous invitons tous, très largement, à nous rejoindre sur ces grands enjeux absolument fondamentaux pour l'avenir de nos sociétés. N'hésitez donc pas à nous écrire et à nous soutenir, ce courrier ayant vocation à élargir bien sûr son nombre de signataires car nous sommes immensément plus que 6, bien entendu, à attendre ces réponses claires.

Il est bien évident que nous autres, mais aussi bien d'autres citoyens et collectifs qui travaillent sur tous ces dossiers en ce moment nous réservons la possibilité de futures actions en fonction de l'attitude à venir de nos pouvoirs publics et la teneur des réponses qui seront les leurs.

Bonne lecture et merci à tous de votre large soutien!


Nous vous recommandons aussi vivement la lecture des articles suivants rédigés par deux co-signataires médecins de ce courrier.



Cf. aussi cet article du Dr Gérard Delépine, chirurgien orthopédiste, oncologue et statisticien, sur le confinement: « Confinement, cette mesure d’enfermement collectif est-elle efficace ? Chiffres OMS de mortalité comparés »

message anonyme laissé sur la toile, qui illustre bien les préoccupations grandissantes de nombreux citoyens...
message anonyme laissé sur la toile, qui illustre bien les préoccupations grandissantes de nombreux citoyens...









mercredi 15 avril 2020

Pourquoi le ministère français de l'Intérieur a-t-il commandé des centaines de drones pendant le confinement?

Le ministère français de l’Intérieur a récemment lancé un appel d’offres pour l’achat de 651 drones pour quelque quatre millions d’euros. Selon BFM TV, l’Intérieur dément tout lien avec le confinement en vigueur en France dans le cadre de la pandémie de coronavirus.
Un appel d’offres pour l’acquisition de 651 drones dont 565 «micro-drones du quotidien», 66 «drones de capacité nationale» et 20 «nano-drones spécialisés» a été lancé par le ministère français de l’Intérieur à la mi-avril, alors que le pays a prolongé le confinement lié à l’épidémie de Covid-19 jusqu’au 11 mai.
L’appel d’offres pour l’achat de trois lots de drones et de passerelles de réception des trames wifi des drones collaboratifs est évalué à 3,795 millions d’euros.

Quels sont ces drones?

Les micro-drones du quotidien, que le ministère veut acheter pour 1,8 million d’euros, sont des appareils de moins d’un kilogramme, d’une autonomie de 25 minutes minimum, capables de voler à 100 mètres d’altitude et de transporter des caméras thermiques. Ils peuvent transmettre des images en 4K et en UHD à au moins trois kilomètres, précise BFM TV.
Les drones «de capacité nationale» sont plus grands et lourds, ils pèsent jusqu’à huit kilogrammes et peuvent voler à 120 mètres d’altitude en filmant des objets à une distance de 500 mètres avec un zoom. Ces appareils, commandés pour 1,58 million d’euros, peuvent transmettre les images à cinq kilomètres de distance et ont une autonomie de vol de 20 minutes.
Les nano-drones, qui constituent le troisième lot de 175.000 euros, ne pèsent que 50 grammes et peuvent rester en vol pendant 25 minutes, d’après BFM TV.

Aucun lien avec le confinement?

L’annonce sur cette commande a été largement partagée sur Internet.
«650 drones et pas un seul masque, cherchez l'erreur», «les drones arriveront avant les masques et les respirateurs. On voit que le gouvernement a fait son choix», écrivent notamment des personnes qui commentent dans l’un des groupes de Gilets jaunes sur Facebook.
Le ministère de l’Intérieur a toutefois noté que ces engins sans pilote devaient accomplir des missions pour la gendarmerie nationale, la police et la sécurité civile, tout en insistant sur le fait que cette commande n’a aucun lien avec le confinement actuel.
«Cet appel d'offres est sans lien avec la situation sanitaire actuelle, l’expression de besoins et les spécifications techniques ayant été consolidées au cours du second semestre 2019», a affirmé le ministère de l'Intérieur cité par BFM TV.


Source :  https://fr.sputniknews.com/france/202004151043567692-pourquoi-le-ministere-francais-de-linterieur-a-t-il-commande-des-centaines-de-drones-pendant-le/

CDL34 - Coronavirus - Le devoir de désobéir - Conversation du lundi #34

A propos de la crise du coronavirus, l'intervention qui suit est aux antipodes du discours officiel et même de la plupart des discours critiques du discours officiel... elle est donc susceptible de revêtir des accents complotistes ou farfelus. D'une manière générale, il n'y a aucune obligation à adhérer à toutes les infos que l'on obtient ici et là mais si celles-ci suscitent notre curiosité et nous permettent de faire fonctionner notre esprit critique, ce n'est déjà pas mal. Des faits, des chiffres et des débats contradictoires, c'est tout ce dont nous avons besoin. Notamment à propos de la vaccination, un des sujets d'avenir les plus clivants... 
   


Coronavirus - Bouli Lanners met les pieds dans le plat : sublime.


Déconfinement le 11 mai en France... Le peuple dispose désormais d'un puissant levier de changement.

Ce matin, sur France Inter, j'entendais le témoignage d'une mère refusant de remettre sa fille à l'école le 11 mai. Ses arguments : l'année scolaire est de toute façon foutue et la santé doit prévaloir sur le reste. 

Cette forme de "désobéissance civile", si elle s'opère de façon massive, peut constituer un puissant levier de changement. C'est le moment ou jamais d'essayer de faire redémarrer une autre forme d'économie. Une économie qui redémarrerait progressivement, aux conditions du peuple (santé, démocratie, social, écologie, etc.)... des conditions qui seraient posées au sein même des entreprises ou des services publics (voir les propositions de Bernard Friot).  

Malgré la présence de moins en moins furtive des drones, il est encore permis de rêver :-). 

Stay at home.

Christophe