mercredi 18 février 2015

Obama : "nous devons parfois tordre un peu le bras de certains pays qui ne veulent pas faire ce qu’on leur demande" / Obama: " we sometimes have to twist little the arm of certain countries which do not want to make for what we ask them

L'arme de l'information made in usa contre les dirigeants européens 

Source : http://ilfattoquotidiano.fr/larme-de-linformation-made-in-usa-contre-les-dirigeants-europeens/
Date : 18/02/15
Auteur : Georgy Voskresensky




Anonymous est apparu pour la première fois sur la toile d’Internet en 2003 comme un groupe de hackers activistes défendant la liberté d’expression et opérant comme un «  cerveau digital global anarchiste. » Il s’agit d’un instrument, ou plutôt d’une arme destinée à être utilisée dans la guerre de l’information. Et cette arme a un avantage considérable : il s’est bien souvent avéré difficile de savoir qui l’utilisait vraiment. Pourtant, le problème ne se posait pas lorsqu’Anonymous publiait en 1993 une photo d’Angela Merkel rendant visite au Club Elbterrassen pour y rencontrer quelquesskinheads et quelques autres personnages dont l’un exécutait un salut nazi
Berlin s’était alors fendu d’explications circonstanciées, mais ce n’est pas là le problème. Une photo vieille de plus de 12 ans vient d’être publiée le 9 février dernier, juste avant la visite d’Angela Merkel à Washington, et après sa rencontre avec le président français François Hollande et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, une réunion qui a duré plusieurs heures.
En publiant cette photo, Anonymous demandait si, pour diriger l’Allemagne, on pouvait vraiment faire confiance à une femme politique qui fut membre de l’Organisation de la Jeunesse socialiste en Allemagne de l’Est, qui était une espionne de Berlin Est, et qui fricotait avec les nazis.
L’attaque médiatique a été précédée par un événement notable : la chancelière s’est opposée à l’idée de fournir des armes léthales à l’Ukraine. Angela Merkel a pris la parole lors d’une conférence sur la Sécurité à Munich le 7 février pour dire que « la situation de l’Ukraine ne s’améliorera pas en fournissant plus d’armes. » Et elle a réitéré cette affirmation un certain nombre de fois lors de ses récents voyages aux États-Unis et au Canada. Aux USA, ce sont le sénateur John McCain et la secrétaire d’État adjointe aux affaires européennes et asiatiques, Victoria Nuland, qui ont répondu en premier. Le Sénateur a comparé les tractations entre Merkel, Hollande et Poutine à la réunion d’apaisement entre Neville Chamberlin et Adolf Hitler. Mme Nuland a, comme à son habitude, utilisé un langage particulièrement obscène pour qualifier la dirigeante du principal État européen.
Il faut se rappeler aussi que depuis un certain temps, les services secrets américains ont abondamment collecté toute sorte d’informations, par différents moyens, dans le but de pouvoir les utiliser contre la chancelière allemande. On a appris par exemple en octobre 2013 que la NSA (National Security Agency) avait mis sur écoute le téléphone personnel de Mme Merkel, et l’information selon laquelle l’Agence américaine maintenait depuis plus de 10 ans la Chancelière sous surveillance a provoqué un énorme scandale. Mme Merkel a expliqué qu’elle n’attendait ni n’exigeait aucune excuse particulière, mais cette affaire a ouvert une importante brèche dans la confiance mutuelle et il a fallu des efforts importants pour tenter de la restaurer. Les promesses n’ont pas suffi, et la situation imposait des changements. Dans ces circonstances, la Chancelière pouvait difficilement calmer l’indignation générale, mais Washington a fait la sourde oreille sur ce qu’elle disait. L’histoire des enregistrements a finalement été étouffée et il n’y a eu aucun réel changement.
Angela Merkel n’est pas la seule dirigeante européenne à avoir fait l’expérience des pratiques de Washington concernant toute « liberté de pensée »  des leaders européens, en particulier quand il  s’agit de la Russie. Les exemples ne manquent pas.
La Hongrie, emmenée par son premier ministre Victor Orban, a signé avec la Russie un contrat pour achever la construction de deux centrales nucléaires situées à 100 km de Budapest. Les États-Unis ont [immédiatement] imposé des sanctions contre la Hongrie. Le Sénateur McCain, toujours aussi prompt à dégainer, a qualifié le premier ministre hongrois de « dictateur fasciste ». [Dans le même temps], le président Poutine était attendu à Budapest le 17 février.
L’administration US est aussi insatisfaite de la position de Milos Zeman, le président de la République tchèque, qui a osé demander des preuves que les troupes russes ont bien envahi l’Ukraine, et a appelé les États-Unis et l’Union européenne à mettre fin aux sanctions. Les USA ont alors utilisé leurs réseaux dans le pays pour lancer une vaste campagne discréditant le Président.
Alors qu’il était premier ministre de l’Italie, Silvio Berlusconi n’hésita pas à affirmer que la compréhension mutuelle entre la Russie et les États-Unis était une exigence pour la stabilité en Europe. Il a déclaré que les USA avaient agi de façon irresponsable en déployant des missiles de défense en Pologne et en République tchèque, en reconnaissant l’indépendance du Kosovo, et en poussant la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN.
Dominique Strauss-Kahn, ex-directeur du fonds monétaire international, a été victime d’une provocation planifiée longtemps à l’avance et organisée contre lui aux États-Unis où il a été accusé d’avoir violé une femme de chambre noire lors de son séjour à New York. Il a dû faire faire à un procès aux États-Unis. On a su par la suite que la femme de chambre avait menti, mais cela est passé totalement inaperçu. Strauss-Kahn a perdu son poste au FMI et n’a pas pu se présenter aux élections présidentielles en France.(*)
Orban, Zeman, Berlusconi, Strauss-Kahn, et maintenant Merkel : tous sont devenus des cibles pour les frappes chirurgicales des armes de l’information US contre les politiciens européens montrant de bien trop grandes velléités d’indépendance en matière de politique étrangère, au goût de Washington.
L’establishment américain pense que l’Europe doit rester sur sa ligne et suivre la politique étrangère US sans aucune variante possible. Selon eux, c’est comme cela que s’obtient la quintessence de la coopération transatlantique. Juste après sa rencontre avec Angela Merkel, le président américain a expliqué lors d’une interview à Vox.com, que les États-Unis étaient  obligés d’avoir « la plus puissante armée du monde. » Et il a ajouté « nous devons parfois tordre un peu le bras de certains pays qui ne veulent pas faire ce qu’on leur demande. » La brutalité de cette déclaration ne laisse aucun doute sur le fait que les États-Unis sont prêts à « tordre le bras » de n’importe quel allié qui n’aurait pas les mêmes vues qu’eux sur les différents problèmes dans le monde.
Les alliés (vassaux ?) européens, ou asiatiques peuvent être certain de cela. Le président turc Erdogan est très certainement le prochain sur la liste. On ne lui pardonne pas d’avoir signé avec Poutine l’accord sur le gazoduc «Turkish Stream ». Et on entend clairement le tic-tac de l’horloge.
Georgy Voskresensky
Source Strategic-Culture Foundation, le 13 fv. 2015
Traduction : Christophe pour ilfattoquotidiano.fr




mardi 17 février 2015

Témoignage de Zakhar Prilepine, écrivain russe, sur la guerre dans le Donbass - brèves analyses du rôle de Poutine / Testimony of Zakhar Prilepine, Russian writer, on the war in Donbass - brief analysis of the Putin's role



Ajoutée le 30 janv. 2015

L'écrivain russe donne un témoignage exclusif sur la guerre dans le Donbass au cours du Salon du livre russe le 30 janvier 2015 : interview réalisé par Frédéric Saillot et Dimitri de Kochko pour Eurasie Express.






Source : https://www.youtube.com/watch?v=ywsPXhIUWjs

TRANSCRIPTION PARTIELLE

Stream

 
Zakhar Prilepine est un écrivain russe se présentant comme un homme de gauche et aussi un opposant de Poutine. Il vient de passer trois mois au Donbass et raconte : 8:40 " Une catastrophe humanitaire, on peut réellement parler d'une catastrophe humanitaire : des pauvres gens sont morts de faim dans leurs appartements, il y en a des centaines et même des milliers, des retraités, des malades, des handicapés. Dans les petites villes et campagnes, ils meurent dans leurs appartements !  "

9:27 " Tout parait normal, les magasins sont ouverts, les voitures circulent, les gens marchent, mais il y a des dizaines de villages et de petites villes où personne n'aide. " Comprenez bien la situation : elles ne peuvent pas sortir de chez elles et n'ont plus de moyens d'acheter de la nourriture, parce que :

9:40 " Elles ne perçoivent plus leurs retraites payées par l'Ukraine - En comparaison, lors de la guerre de Tchétchénie, la Russie continuait à payer les pensions, tout en sachant qu'elles profitaient essentiellement aux combattants tchétchènes ".

" Tandis que l'Ukraine ne paye plus les retraites, n'envoie pas de ravitaillement, ne s'occupe absolument plus des équipements ni de la scolarité, ni des hôpitaux, ni de rien ! "

Ainsi, ces gens meurent dans l'indifférence dans les villes et villages bombardés par Kiev, les autres habitants ayant fui et les services sociaux ayant disparu ne s'occupant plus d'eux...

Voilà le résultat de notre politique de l'OTAN qui soutient activement ces gens pro-US et néo-nazis qui ont fait ce coup d'état de Maïdan voici un an ! Messieurs Hollande et Porochenko roucoulent à Paris et, pendant ce temps là, les bataillons kiéviens Aïdar et Azov sont à l'œuvre, bombardant les hôpitaux, les abris de bus, les immeubles et les maisons du Donbass, sous notre regard presque indifférent...

5:20 " Si je dis que tout cela est influencé par l'idéologie nazie, ça va effrayer les occidentaux qui, du coup, ne vont plus vouloir m'écouter ; ils vont penser que je suis de parti pris et donc, j'évite et j'essaie d'être le plus modéré possible dans mon témoignage, en disant les choses le plus doucement possible. "

5:50 " On peut dire que, évidemment, beaucoup de gens de la direction de Kiev devraient aujourd'hui être jugés à La Haye pour avoir commis des crimes de guerre. "

24:15 Journaliste : " Kiev ayant repris l'initiative des combats dans le Donbass, comment voyez-vous l'évolution sur le plan militaire ? Et comment voyez-vous l'avenir de la révolution dans la Novorossia ? "

24:45 " Les actions militaires de Kiev contre la Novorossia sont sans perspective, ils n'arriveront pas à leurs fins.

25:00 " Le pouvoir ukrainien ne fait qu'obéir aux intérêts des Etats-Unis "

25:40 " Mais il y a un espoir : bientôt, dans 3/4 mois, l'armée de Kiev n'aura plus de munitions et ils ne pourront même plus bombarder ! "

25:50 " C'est pourquoi les combats très cruels qui ont lieu en ce moment sont dus au fait qu'il ne leur reste que très peu de temps pour faire cette guerre... "

25:20 " Et on ne voit pas comment les Etats-Unis pourraient leur fournir les forces militaires et armements qui leur seraient indispensables pour vaincre la Novorossia... "

6:15 " Que demandaient les gens du Donbass ? Juste la fédéralisation, l'utilisation de la langue russe (qui est leur langue maternelle) et une certaine autonomie.

6:45 " Depuis, il y a eu de nombreux morts, 100 000 personnes sont entrées en résistance et le Donbass n'est pas prêt à pardonner "...

22:30 Journaliste : " Zakhar Prilepine, vous avez été un opposant à Poutine. Est-ce que le coup d'état de Kiev et le rattachement de la Crimée à la Fédération de la Russie, puis la guerre dans le Donbass vous ont fait changer d'avis ?

" En partie oui, quand-même. D'abord, il n'y a pas de révolutionnaire russe frère des révolutionnaires ukrainiens. Parce que je suis quelqu'un de gauche et que le Maïdan est une révolution libérale de droite ! Et ça, pour moi, ça ne me plait pas trop. Mais surtout, les ultra libéraux avec des tendances nazies, ce sont vraiment mes adversaires ! Donc, je n'ai évidemment pas de sympathie pour eux. Et oui, en ce moment, mes actions coïncident avec certaines actions du gouvernement russe. "

10:40 Journaliste " Vous avez été observateur trois mois au Donbass : Avez-vous vu des détachements de l'armée russe dans le Donbass ?

" Il y a des spécialistes pour les secours, par exemple des pompiers, des gens qui s'occupent des immeubles. Mais comparons tout de suite avec les ukrainiens, parce que chez eux, il y a beaucoup d'américains qui interviennent dans toutes les sphères.. Mais, pour le Donbass, il faut bien dire ceci : A certains moments, les russes ont rappelé tous ces spécialistes humanitaires et, en quelque sorte, ils les rappelaient exprès pour faire pression sur les autorités de Novorossia, pour les obliger d'arrêter de combattre ! "

" Et je le redis : Poutine était incapable de contrôler cette situation. Les indépendantistes se sont choisis eux-mêmes leurs formes de gouvernement. S'il avait pu, Poutine aurait fait arrêter les combats mais il a été otage de cette situation ! Et l'ennui, c'est qu'on ne lui pardonnera cela, ni en Russie, ni en Novorussie ! "

13:00 Journaliste " Et les volontaires russes ? "

" Il y en a de différentes nationalités, surtout des caucasiens mais aussi des tchétchènes, très nombreux, et ça m'a beaucoup étonné d'ailleurs, puisque Ramzan Kadyrov leur avait interdit d'y aller ! Mais en fait, la majorité des résistants sont des jeunes locaux.

14:00 Journaliste " Comment est née la résistance dans le Donbass et pourquoi ? "

" Ce sont les locaux qui ont pris l'initiative un peu partout. Des gens se sont affichés, mais s'ils n'avaient pas déjà eu l'implantation locale, ils n'auraient rien pu faire. Igor Strelkov, avec 50 personnes dans un bus, est entré de nuit à Donetsk. Personne n'était au courant, il n'y avait aucun lien au Kremlin. Il sont devenus l'un des centres de la résistance, mais il y en avait d'autres.

16:15 Journaliste " Selon vous, cette résistance au coup d'état de Kiev est-elle le début d'une révolution qui pourrait s'étendre ? "

17:15 " La Novorossia, c'est un mélange assez bizarre d'idéologies de droite et de gauche. Les gens veulent conserver leur langue, leur histoire. ils ne veulent pas parler ukrainien et apprendre une histoire qui n'est pas la leur. Les ukrainiens ont fermé les écoles russes, et leur nouvelle histoire d'Ukraine est totalement russophobe, déformée, mythologisée "

18:15 " Ce ne sont pas des russes qui sont venus en Ukraine, tout d'un coup comme des invités ! Non, ce sont des gens qui ont toujours vécu là ! On ne peut pas leur interdire de parler leur langue ! Il y ont autant droit que les ukrainiens. "

18:35 " Une autre dimension de la révolte du Donbass, c'est qu'elle est anti-oligarchique. Et on parle beaucoup du rôle de l'oligarque Ihor Kolomoïsky, qui n'est pas loin du Donbass. Cet homme ne fait que défendre ses intérêts financiers, qui sont très nombreux. Il a des relations directes avec beaucoup de cercles financiers mondiaux, et notamment aux Etats-Unis. Il joue son propre jeu et pourrait devenir l'ennemi de Porochenko du jour au lendemain. Et d'ailleurs, bien qu'il n'ait pas le sens de l'Etat, peut-être prendra-t-il la direction du pays ? " Il a en effet tout pour plaire aux gouvernants des Etats-Unis et de l'Union Européenne...


Voici maintenant  le commentaire de Sarah Markus publié le 31 janvier :

ECOUTEZ BIEN ce que dit l'écrivain russe Zakhar Prilepine sur la situation dans le Donbass. Pour commencer, il dit qu'il n'y a jamais eu de cessez-le-feu et que l'armée ukrainienne bombardait tous les jours, depuis le début. "Neuf fois sur dix, ceux qui violaient les accords de Minsk, c'était le côté Ukrainien." Ensuite, il dit que les Novorusses ont refusé le cessez-le-feu, et que "les fonctionnaires moscovites" ont tout fait pour arrêter les combats, usant même de CHANTAGE et menaçant de ne plus livrer de convois humanitaires. Il dit également que l'Occident croit que ces opérations sont commandées par Poutine, mais c'est COMPLÈTEMENT FAUX. Il ne maîtrise pas la situation. C'est exactement ce que plusieurs "sources" nous ont dit. Voilà ses propos :

"Cela fait une semaine ou deux, maintenant, les Novorusses, les partisans du Donbass disent QU'ILS ONT REFUSE LE CESSEZ-LE-FEU. CA ÉTONNERA BEAUCOUP A L'OUEST, MAIS CEUX QUI ONT LE PLUS FAIT POUR ESSAYER D'OBTENIR UN CESSEZ-LE-FEU et QUI VOULAIENT QU'IL N'Y AIT PLUS DE COMBATS, ce sont en fait, LES FONCTIONNAIRES MOSCOVITES. ILS FAISAIENT SANS ARRÊT DU CHANTAGE CONTRE LES GENS DU DONBASS, ils leur disaient "SI VOUS N'ARRÊTEZ PAS LES ACTIONS MILITAIRES, on ne VOUS DONNERA MÊME PLUS DE CONVOIS HUMANITAIRES. ON DIT QUE LA SITUATION EST COMMANDÉE PAR POUTINE MAIS C'EST COMPLÈTEMENT FAUX. IL N'ARRIVE PAS DU TOUT A SE TIRER DE LA SITUATION.
Dans le Donbass, il y a UNE CENTAINE DE MILLIERS DE PERSONNES QUI SONT COMPLÈTEMENT IMPLIQUEES DANS LES ACTIONS et QUI NE VEULENT PAS QUITTER L'UKRAINE."

DESCRIPTION DE LA VIDEO PAR L'AUTEUR : L'écrivain russe donne un témoignage exclusif sur la guerre dans le Donbass au cours du Salon du livre russe le 30 janvier 2015 : interview réalisé par Frédéric Saillot et Dimitri de Kochko pour Eurasie Express.


Notes personnelles d'Yves d'Osia : à la lecture de ces propos, et après  avoir attentivement écouté cette vidéo, je pense que vous aurez bien compris que Poutine est un homme qui a une vision d'ensemble, avec la responsabilité de porter non seulement le peuple russe mais une bonne partie du monde " libre ", il a tout essayé au Donbass, même aux dépends de sa bonne réputation, pour qu'advienne enfin l'arrêt des hostilités et des bombardements par l'Ukraine au Donbass, et l'arrêt des opérations de vengeance de la résistance vis-à-vis des soldats ukrainiens pris au piège des chaudrons, en imposant leur libération ainsi que l'échange des prisonniers et la reprise du dialogue pour déboucher sur des accords de paix.

Nous, européens, gavés de désinformations continuelles par nos médias, sommes aveugles de ne pas le comprendre... De même que nous ne parvenons pas à saisir qu'aucune personne ne gagne quelque chose dans une guerre pareille, à l'exception des trafiquants d'armes qui ont des enjeux financiers considérables !

Il faut bien comprendre que les assaillants de l'Ukraine et du Donbass interviennent de l'extérieur, et ce sont ces financiers, agissant par le biais de gouvernants corrompus, qui ont comme objectif de vendre des dizaines et des dizaines de milliards de dollars d'armes, comme ils le font déjà au Moyen-Orient, et je le redis, ils ont corrompu des responsables hauts placés en Ukraine et un peu partout en Europe pour qu'ils prennent le pouvoir, et ils aussi payé des mercenaires dans le but d'agresser la Russie.

Et ce n'est pas seulement la Russie qu'ils agressent, mais aussi toute l'Europe ; malheureusement, les européens ne l'ont toujours pas compris, ils vont finir par se rendre compte qu'en terme de puissance destructrice, il y a l'équivalent, dans bien des pays de l'Europe occidentale, de Porochenko et de son gouvernement...

Alors, qu'importe les dégâts humains et matériels, le gouvernement mondial est en place, n'est-ce pas ? Et même si cela doit déboucher sur un génocide du peuple ukrainien, auquel j'associe la Novorussia, Kiev obéit scrupuleusement aux ordres des Etats-Unis...

Cette vidéo expose clairement que Poutine n'est pas le responsable de cette folie, de cette tragédie qui débouche sur une véritable catastrophe humanitaire au Donbass.

N'oublions pas non plus le malheur des familles ukrainiennes, où la majorité des enfants conscrits sont pris en otage avec leur famille ; il est du même ordre que celles du Donbass qui enterrent leurs enfants, mais eux pour une juste cause. C'est ensemble que ces familles sont agressées par les mêmes néo-nazis manipulés par l'US-OTAN, dont nous sommes bien malheureusement complices en tant qu'occidentaux !!

Je crois que, pour finir, nous avons à remercier toutes les personnes s'étant rendues sur le terrain dans le but de transmettre la vérité, comme Zakhar Prilepine vient de le faire? Il a été un véritable opposant De Poutine, mais il apparaît finalement proche de lui, parce qu'ils sont tous deux mus par les mêmes convictions de respect de l'homme.

dimanche 15 février 2015

Affaire Charlie. Nous sommes tous des hypocrites / Charlie fusses. We are all hypocrites

Source : http://www.les-crises.fr/nous-sommes-tous-des-hypocrites/
Auteur : Pacôme Thiellement
Date : 15/02/2014


Par Pacôme Thiellement, essayiste et réalisateur français
Bienvenue dans un monde de plomb
Nous sommes tous des hypocrites. C’est peut-être ça, ce que veut dire « Je suis Charlie ». Ça veut dire : nous sommes tous des hypocrites. Nous avons trouvé un événement qui nous permet d’expier plus de quarante ans d’écrasement politique, social, affectif, intellectuel des minorités pauvres d’origine étrangère, habitant en banlieue.
Marche citoyenne et républicaine
Nous sommes des hypocrites parce que nous prétendons que les terroristes se sont attaqués à la liberté d’expression, en tirant à la kalachnikov sur l’équipe deCharlie Hebdo, alors qu’en réalité, ils se sont attaqués à des bourgeois donneurs de leçon pleins de bonne conscience, c’est-à-dire des hypocrites, c’est-à-dire nous. Et à chaque fois qu’une explosion terroriste aura lieu, quand bien même la victime serait votre mari, votre épouse, votre fils, votre mère, et quelque soit le degré de votre chagrin et de votre révolte, pensez que ces attentats ne sont pas aveugles. La personne qui est visée, pas de doute, c’est bien nous. C’est-à-dire le type qui a cautionné la merde dans laquelle on tient une immense partie du globe depuis quarante ans. Et qui continue à la cautionner. Le diable rit de nous voir déplorer les phénomènes dont nous avons produits les causes.
À partir du moment où nous avons cru héroïque de cautionner les caricatures de Mahomet, nous avons signé notre arrêt de mort. Nous avons refusé d’admettre qu’en se foutant de la gueule du prophète, on humiliait les mecs d’ici qui y croyaient – c’est-à-dire essentiellement des pauvres, issus de l’immigration, sans débouchés, habitant dans des taudis de misère. Ce n’était pas leur croyance qu’il fallait attaquer, mais leurs conditions de vie. À partir de ce moment-là, seulement, nous aurions pu être, sinon crédibles, du moins audibles.
Pendant des années, nous avons, d’un côté, tenus la population maghrébine issue de l’immigration dans la misère crasse, pendant que, de l’autre, avec l’excuse d’exporter la démocratie, nous avons attaqué l’Irak, la Libye, la Syrie dans l’espoir de récupérer leurs richesses, permettant à des bandes organisées d’y prospérer, de créer ces groupes armés dans le style de Al Quaïda ou de Daesch, et, in fine, de financer les exécutions terroristes que nous déplorons aujourd’hui. Et au milieu de ça, pour se détendre, qu’est-ce qu’on faisait ? On se foutait de la gueule de Mahomet.
Il n’y avait pas besoin d’être bien malin pour se douter que, plus on allait continuer dans cette voie, plus on risquait de se faire tuer par un ou deux mecs qui s’organiseraient. Sur les millions qui, à tort ou à raison, se sentaient visés, il y en aurait forcément un ou deux qui craqueraient. Ils ont craqué. Ils sont allés « venger le prophète ». Mais en réalité, en « vengeant le prophète », ils nous ont surtout fait savoir que le monde qu’on leur proposait leur semblait bien pourri.
Nous ne sommes pas tués par des vieux, des chefs, des gouvernements ou des états. Nous sommes tués par nos enfants. Nous sommes tués par la dernière génération d’enfants que produit le capitalisme occidental. Et certains de ces enfants ne se contentent pas, comme ceux des générations précédentes, de choisir entre nettoyer nos chiottes ou dealer notre coke. Certains de ces enfants ont décidé de nous rayer de la carte, nous : les connards qui chient à la gueule de leur pauvreté et de leurs croyances.
Nous sommes morts, mais ce n’est rien par rapport à ceux qui viennent. C’est pour ceux qui viennent qu’il faut être tristes, surtout. Eux, nous les avons mis dans la prison du Temps : une époque qui sera de plus en plus étroitement surveillée et attaquée, un monde qui se partagera, comme l’Amérique de Bush, et pire que l’Amérique de Bush, entre terrorisme et opérations de police, entre des gosses qui se font tuer, et des flics qui déboulent après pour regarder le résultat.
Alors oui, nous sommes tous Charlie, c’est-à-dire les victimes d’un storytelling dégueulasse, destiné à diviser les pauvres entre eux sous l’œil des ordures qui nous gouvernent. Nous sommes tous des somnambules dans le cauchemar néo-conservateur destiné à préserver les privilèges des plus riches et accroître la misère et la domesticité des pauvres. Nous sommes tous Charlie, c’est-à-dire les auteurs de cette parade sordide. Bienvenue dans un monde de plomb.
Source : Les Mots Sont Importants, 13/01/2015

vendredi 13 février 2015

La Grèce il y a 40 ans : musique et rassemblements populaires / Greece 40 years ago: music and popular gatherings


Il y a 40 ans, l'époque des Colonels s'achève. Séquences "émotion".


Farantouri/Theodorakis, Chants de Matthausen link to youtube.com .




Farantouri/Theodorakis, To yelasto pedi link to youtube.com .



Théodorakis, O protoi nekroi, link to youtube.com .

Affaire Charlie. La prise en otage des enseignants ou l’instrumentalisation de l’école publique / Charlie fusses. The taken hostage of the teachers or the instrumentalization of the public school


Auteur : Saïd Bouamama
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Date : 30 janvier 2015

Source : http://michelcollon.info/La-prise-en-otage-des-enseignants.html

Il est fréquent d’imputer à l’école publique la réparation des dégâts que les politiques économiques libérales produisent. Plus de trois décennies de paupérisation, de précarisation, de destruction des services publics, ont eu des effets catastrophiques sur la vie quotidienne des classes populaires (et plus récemment sur celui des couches moyennes). Et l’on voudrait dans ce contexte que l’école puisse être un « sanctuaire » protégé des bruits et nuisances d’un environnement social en crise multiforme.

Les orientations que le gouvernement vient d’adopter comme conclusion de son analyse sur les attentats meurtriers qui ont endeuillé notre pays ajoutent de nouvelles responsabilités et tâches aux enseignants. Ils ne sont plus seulement responsables de l’échec, du décrochage scolaire et du chômage par la préparation insuffisante au marché de l’emploi, mais également d’une citoyenneté et d’un civisme « insuffisant » des élèves, d’un apprentissage défaillant de la « laïcité », de la méconnaissance des « principes républicains » et de l’irrespect des symboles nationaux, notamment.

Minute de silence ou l’injonction à s’émouvoir sur commande

Le jeudi 8 janvier, tous les établissements scolaires étaient appelés à organiser une minute de silence. Le jeudi 15 janvier, j’animais une journée de réflexion avec un groupe de mères de familles de la ville de Blancs Mesnil. L’affluence était plus importante que d’habitude et la minute de silence fut bien sûr abordée. Ce sont d’abord les mères ayant des enfants en maternelle qui ont exprimé leur incompréhension, leur sidération et leur colère. L’organisation d’une minute de silence était facultative pour les maternelles et obligatoire pour les collèges et les lycées. Le contexte national, l’instrumentalisation politique de l’émotion, la surabondance d’images médiatiques, les discours sur la responsabilité de l’école, ont poussé de nombreuses sections maternelles à mettre en place ce moment de « recueillement ». « Mon petit est rentré en disant qu’il a dû rester longtemps sans parler », « Le mien m’a demandé si les fous allaient encore tirer sur des innocents », « Il m’a dit avec une mine triste que Charlie était mort », « A moi elle a dit que des messieurs tuent les enfants et que c’est pour ça qu’on est triste », etc. Heureusement, de nombreux enseignants de maternelle ont eu des réactions plus appropriées à l’âge de leurs élèves :

« Mais quand les enfants ont entre 2 ans et demi et 6 ans, que faire ? Que dire ? Quelle attitude adopter ? Sont-ils trop jeunes pour entendre ce qu’il s’est passé ? C’est ce que pensent six des huit directeurs et directrices d’école maternelle que Le HuffPost a contactés ce jour à Paris, Marseille, Reims et Lyon. Tous sont touchés par les événements de la veille et prennent très à cœur cette demande du Président de la République, même s’ils ne vont pas pouvoir y répondre. "Ils sont trop petits vous savez", confirme la directrice d’une école maternelle du 13e arrondissement de Paris. "La minute de silence, nous allons l’organiser mais entre adultes, nous nous réunirons dans la salle des maîtres dans la journée." Même avis à Reims, où l’enseignante de petite section que nous interrogeons assure, "en tant qu’adulte, on diffère cette minute de silence à ce soir pendant notre réunion pédagogique, mais avec les enfants, ce n’est pas possible, ils sont trop petits ». (1)

Il ne s’agit pas, bien entendu, de considérer nos petits enfants comme coupés de la société et des drames de la vie sociale. Les bruits du monde leur parviennent, surtout avec la place qu’a pris la télévision dans le quotidien de nombreuses familles. Ils sont percutés par les images aussi nombreuses qu’inutiles quand survient une catastrophe ou un attentat. Ils sentent et absorbent la peur, l’angoisse, l’indignation des adultes qui les entourent. Le besoin de l’enfant est dans ce contexte d’avoir des adultes disponibles pour répondre aux inquiétudes, au besoin éventuel de parler, aux interrogations parfois difficiles à formuler. Exactement l’inverse d’une minute de silence. Voici ce qu’en pense l’association nantaise de psychologues et psychomotriciens des « Pâtes au Beurre » :

« L’enfant n’est pas un adulte en miniature mais un adulte en devenir et ses capacités d’assimilation sont différentes des adultes". Pour exemple un enfant de classe maternelle n’est pas en mesure de rendre hommage par une minute de silence : le silence c’est l’immobilité, l’absence de liens verbaux et c’est très anxiogène pour un jeune enfant ; de même de nombreux enfants d’âge primaire témoignent à la TV « que des gens ont été tués parce qu’ils dessinaient ». Il est important de se rappeler que l’expression privilégiée des enfants c’est le dessin, un langage à part entière qui soutient leur pensée et accompagne l’expression de leur vie intime. Qu’ils puissent penser que dessiner tue n’est pas constructif . » (2)

A partir des classes de primaire la minute de silence est obligatoire et prend donc la signification d’une injonction à s’émouvoir sur commande. La réaction de nombreux élèves était prévisible. Il faut vraiment être coupé des milieux populaires pour être surpris des centaines d’insubordinations qui ont eu lieu. Ce que les médias et les hommes politiques ont rapidement qualifié de « dérapages » est en fait l’agglomérat de plusieurs éléments : des provocations liées à l’âge des élèves, des réactions à une injonction, le refus d’une soumission, des élèves qui « ne se sentent pas Charlie », d’autres qui estiment que l’indignation est à géométrie variable, notamment. La seule réponse pédagogique possible à ces points de vue divergents est le débat contradictoire, l’argumentation, la réponse aux méconnaissances qui se révèlent... En lieu et place de quoi, la ministre de l’éducation nationale déclare :

« Même là où il n’y a pas eu d’incidents, il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves. Et nous avons tous entendu les "Oui je soutiens Charlie, mais", les "deux poids, deux mesures", les "pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ?" Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école, qui est chargée de transmettre des valeurs . » (3)

L’obligation de se taire, de ne pas se questionner, de ne pas dire ce que l’on pense, etc., comme méthode pour défendre la liberté d’expression, telle est l’orientation pédagogique de notre ministre. Cela ressemble beaucoup plus à une discipline militaire qu’à une démarche pédagogique. Une telle approche est une véritable prise en otage des enseignants surtout quand elle s’accompagne de mesures de répression contre les élèves qui ont exprimé une autre opinion que celle décrétée par la ministre. L’encouragement à la délation de la ministre suivi de poursuites en justice d’enfants et d’adolescents pour « apologie du terrorisme » renforce le décalage entre les enseignants et les élèves, déjà trop important du fait de nombreux facteurs.

La relation de confiance entre l’école et les classes populaires n’est pas une donnée acquise une fois pour toute. Elle a été ces dernières années fragilisée par l’inégalité sociale et les discriminations que reproduit notre système scolaire. Elle a été ébranlée par le culturalisme de nombreuses explications sur l’échec scolaire des enfants (du débat sur la soi-disant démission des parents (4) à celui sur les facteurs culturels de l’échec ) (5) qui sonne pour les parents comme une insulte et une mise en indignité. La loi sur le foulard de 2004 et les débats qui l’ont accompagnée a creusé encore plus fortement le fossé. Le simple fait que de nombreux parents aient pu prêter l’oreille aux délires de la soralienne Farida Belghoul lors de la journée de retrait scolaire en janvier 2014 est un analyseur de la distance grandissante entre enseignants et une partie des classes populaires. Voici ce qu’en disait la sociologue Nacira Guénif Souilamas :

« Depuis des années, il existe de la part de certains parents migrants une méfiance envers l’école. Cette institution ne leur semble faite ni pour eux, ni pour leurs enfants. Beaucoup ont un parcours scolaire fait d’échecs : mauvaises notes, incompréhension de ce qu’on attend d’eux. Stéréotypes sur leurs enfants forcément différents, orientation précoce vers des filières sans avenir,... Les malentendus peuvent être multiples. C’est une défiance qui s’est jouée dans le temps : ces histoires scolaires à répétition qui s’échangent entre familles ont largement affaibli l’image de l’école dans les familles migrantes . » (6)

La répression actuelle des « dérapages » suscite d’ores et déjà un nouveau sentiment d’injustice, y compris auprès des élèves qui ont accepté la minute de silence ou qui « ont été Charlie » mais qui ne comprennent pas ce qui arrive à leurs petits camarades. Un enfant de 8 ans a ainsi été convoqué par les services de police pour « apologie du terrorisme » sur dénonciation et plainte du directeur d’une école de Nice . (7) La ministre de l’éducation ne trouve rien de mieux que de féliciter le directeur et l’équipe enseignante à l’origine de la délation : "Je le dis avec force, non seulement cette équipe a bien fait de se comporter ainsi, mais son travail de suivi, et pédagogique et social, est une œuvre utile et je l’en remercie ". (8) Si le record d’âge est ici battu, les cas se comptent par dizaines pour les adolescents. Le gouvernement a beaucoup parlé de guerre ces dernières semaines, il s’agissait en fait d’une guerre contre nos enfants, dans laquelle on veut transformer les enseignants en supplétifs.

En mettant les enseignants en porte à faux vis-à-vis de leurs élèves, en encourageant la délation, la ministre et le gouvernement qu’elle représente, brisent la relation de confiance nécessaire à la relation pédagogique. Comment être légitime demain dans la prétention à éduquer à l’esprit critique ? Comment susciter une parole avec une telle expérience de négation de la subjectivité des élèves ? Comment parler de citoyenneté et prétendre l’enseigner avec un tel déni ? Discipline militaire ou relation pédagogique : il faut choisir.

L’instrumentalisation des enseignants

De même qu’il y a eu instrumentalisation de l’émotion suscitée par les attentats, il y a aujourd’hui instrumentalisation des « dérapages » lors de la minute de silence, pour imposer un contrôle social et idéologique des élèves. Les mesures rendues publiques le 22 janvier 2015 dans le cadre de la « Grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République » sont significatives de ce contrôle souhaité. On y retrouve pêle-mêle : « renforcer la transmission des valeurs de la République » (mesure 1) ; « rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains » (mesure 2) ; « un nouvel enseignement moral et civique » servant de base à un « parcours citoyen » (mesure 3) ; etc. (9)

Au-delà de chacune des mesures, l’implicite de l’ensemble du document est idéaliste. Il ne s’agit pas de s’attaquer aux causes matérielles de l’échec scolaire et du désespoir d’une partie de notre jeunesse, mais d’inculquer les visions dominantes de la laïcité, de la citoyenneté, de la discipline, entre autres. Nous sommes en plein comportementalisme, cette approche pédagogique basée sur le couple « stimulus-réponse », impliquant une forme de conditionnement et de dressage, où la place de l’élève peut se résumer comme suit :

« L’apprenant, quant à lui, reste encore passif, mais en s’efforçant tout de même de déduire quels comportements sont attendus et souhaitables, ou pas, de sa part… En pareil cas, il s’agit surtout pour lui de démontrer « qu’il a bien compris les consignes » . » (10)

Il s’agit donc de « transmettre les valeurs de la république » comme si elles n’étaient pas polysémiques. Transmettre la valeur « liberté » ? : celle de la classe dominante ne reconnaissant pas de limites à la liberté d’entreprendre et d’exploiter comme nous le rappelle une nouvelle fois la loi Macron ou celle des classes populaires luttant pour que la liberté se traduise en droits concrets pour tous ?

Transmettre la valeur « égalité » : celle de la classe dominante la limitant à l’égalité devant le vote ou celle des classes populaires étendant l’égalité à toutes les sphères de la vie sociale ? L’égalité des chances des dominants ou l’égalité des conditions des classes populaires ?

Transmettre la valeur « fraternité » : celle de la classe dominante appelant à la fraternité entre l’exploiteur et l’exploité ou celle des classes populaires appelant à une fraternité s’incarnant dans l’organisation sociale (retraite par répartition, assurance maladie universelle, etc.) ?

Quant à la laïcité, on peut s’attendre au pire lorsque l’on a en tête la sur-idéologisation dont elle a été l’objet depuis au moins la loi d’interdiction du foulard à l’école en 2004. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la nécessité de débattre des valeurs politiques au sein de notre école, mais bien de distinguer le débat de l’inculcation, l’approche contradictoire du dressage, l’incitation à la réflexion de l’endoctrinement.

Les enseignants n’ont décidemment rien à gagner aux nouveaux rôles que l’on veut leur faire jouer. L’absence de réactions des grandes organisations syndicales à cette mobilisation ministérielle est plus qu’inquiétante. Il est urgent qu’elles se démarquent de l’image de l’enseignant garde-chiourme que le gouvernement veut imposer.

L’explicite répressif

La grande mobilisation ministérielle ne se contente pas de poser des objectifs. Elle impose également des éléments de méthode : « compréhension et célébration des rites républicains et des symboles de la république (hymne national, drapeau, devise) » (mesure 2), « règles de civilité et de politesse, mais aussi la Charte de la Laïcité seront expliquées aux élèves et à leurs parents » (mesure 2), etc. Nous ne sommes pas loin d’une nouvelle mission civilisatrice des élèves et de leurs parents confiée aux enseignants. Vis-à-vis des récalcitrants, il est prévu de généraliser le fichage et la répression, expérimentés à propos de la minute de silence :

« Tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité du maître fera l’objet d’un signalement systématique au directeur d’école ou au chef d’établissement, d’un dialogue éducatif associant les parents d’élèves et, le cas échéant, d’une sanction. Aucun incident ne sera laissé sans suite . » (11)

Le résultat poursuivi par une telle conception de l’enseignement et de l’enseignant, utilisant comme méthode la moralisation, la délation et la répression, est la production d’un citoyen obéissant, soumis, acceptant son sort et se mettant au service de son Etat. Le programme de Najat Vallaud-Belkacem n’est pas sans rappeler celui d’un des pères de l’école publique François Guizot qui décrivait les instituteurs comme suit en 1883 : « La foi dans la Providence, la sainteté du devoir, la soumission à l’autorité paternelle, le respect dû aux lois, au prince, aux droits de tous, tels sont les sentiments que l’instituteur s’attachera à développer ». Bien sûr pour mener à bien une telle mission, l’instituteur doit lui-même être obéissant : « Les devoirs de l’instituteur envers l’autorité sont plus clairs encore et non moins importants. Il est lui-même une autorité dans la commune ; comment donc donnerait-il l’exemple de l’insubordination ? Comment ne respecterait-il pas les magistrats municipaux, l’autorité religieuse, les pouvoirs légaux qui maintiennent la sécurité publique ?  ». (12) Simplifions : un bon élève comme un bon enseignant obéit et respecte la hiérarchie sociale.

La troisième république, une fois sortie de la frayeur que lui a causée la commune de Paris, ne fera que « laïciser » l’exigence de soumission en la complétant par un nationalisme belliqueux contre « l’ennemi allemand » et un colonialisme « civilisateur ». Il est vrai qu’aujourd’hui encore les guerres dans lesquelles est engagée la France appellent une société d’ordre, une restriction des libertés et une discipline de caserne. Il n’est pas étonnant dans ce cadre que le programme du gouvernement rappelle la troisième république : chauvine, colonialiste et moraliste.

Notes :
1. Sandra Lorenzo, Minute de silence : dans les maternelles, la consigne embarrasse de nombreux directeurs d’école, HuffPost, 8 janvier 2015.
2. Charlie Hebdo. Après le choc, trois soirées pour en parler avec des psys, http://lespatesaubeurre.blogspot.fr/, consulté le 28 Janvier 2015 à 21 h 58.
3.Najat Vallaud-Belkacem, questions au gouvernement du 14 Janvier 2015, http://www.dailymotion.com/video/x2..., consulté le 28 Janvier à 22 h 56.
4. Benoît Falaize, Elsa Bouteville, L’essentiel du prof d’école, L’Etudiant et éditions Didier, Paris, 2011.
5. Hugues Lagrange, Le déni des cultures, Paris, Éditions du Seuil, 2010.
6. Nacira Guénif Souilamas, Le monde du 30 janvier 2014. 7. Libération du 28 Janvier 2015.
8. Libération du 29 janvier 2015.
9. Grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République, http://cache.media.education.gouv.f..., consulté le 29 janvier 2015 à 19 h 34.
10. Bernard Lamailloux, Construire et animer une session de formation, Dunod, Paris, 2014.
11. Grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République (mesure 2).
12. François Guizot, Lettre aux instituteurs primaires, 28 juin 1883, http://www.lalettredesparents.com/s..., consulté le 29 janvier à 23 h 22.
Source : Investig’Action

mardi 10 février 2015

Qu’est-ce qu’une théorie du complot? / What a plot theory?

Par le Prof. Michel Chossudovsky – Le 5 février 2015 – Source Saker allemand http://lesakerfrancophone.net/quest-ce-quune-theorie-du-complot/

Si la vérité est cachée, c’est parce qu’elle complote, forcément!
– Le Saker Francophone



L’ignorance c’est la force, la liberté c’est l’esclavage, la guerre c’est la paix! G. Orwell, 1984

Obama veut la guerre chaude. La civilisation occidentale est menacée par l’ État islamique. La guerre mondiale contre le terrorisme est glorifiée comme une mesure humanitaire. Nous avons une responsabilité en matière de protection.


LA SOLUTION: LA GUERRE HUMANITAIRE.

Les méchants sont à l’affût. Éliminez-les, a décrété George W. Bush. Les médias occidentaux battent le tambour de la guerre. L’agenda de guerre d’Obama est soutenu par un gigantesque appareil de propagande.

L’un des objectifs principaux de la propagande de guerre est de fabriquer un ennemi. Comme la légitimité de l’administration Obama vacille, il faut dissiper les doutes sur l’existence de cet ennemi extérieur, notamment al-Qaida et son réseau de filiales (soutenues par la CIA).

Le but est, au moyen d’articles répétés ad nauseam dans les médias, d’instiller dans l’esprit des gens que les musulmans constituent une menace pour la sécurité du monde occidental. La guerre humanitaire est conduite sur plusieurs fronts : la Russie, la Chine et le Proche-Orient sont actuellement les objectifs principaux.

LA XÉNOPHOBIE ET L’AGENDA MILITAIRE

La vague de xénophobie antimusulmane qui a balayé l’Europe est liée à la géopolitique. Elle fait partie de l’agenda militaire. Elle consiste à diaboliser l’ennemi.

Les pays musulmans détiennent plus des 60% de toutes les réserves pétrolières. En revanche, les Etats-Unis en ont à peine 2%. L’Irak possède cinq fois plus de pétrole que les Etats-Unis (voir Michel Michel Chossudovsky La diabolisation des musulmans et la bataille pour le pétrole, Global Research, 4 janvier 2007).

Une grande partie des réserves pétrolières mondiales se trouve dans les pays musulmans. Le but de la guerre conduite par les Etats-Unis est de voler ces réserves de pétrole et de se les approprier. Pour atteindre cet objectif, ces pays sont attaqués: par la guerre, les opérations secrètes, la déstabilisation économique, le changement de régime politique.

L’INQUISITION AMÉRICAINE

La formation du consensus autour de la guerre est similaire à l’Inquisition espagnole. Elle nécessite l’assujettissement social et le consensus politique ne doit pas être remis en question. Dans sa version actuelle, l’Inquisition appelle et exige la soumission, au nom du principe selon lequel la guerre est un moyen de diffuser les valeurs occidentales et la démocratie.

C’est la dichotomie entre le Bien et le Mal. Nous devons poursuivre les mauvais garçons.

LA GUERRE C’EST LA PAIX.

Le grand mensonge est devenu aujourd’hui la vérité… et la vérité est devenue théorie du complot.

Ceux qui s’en tiennent à la vérité sont classés comme terroristes. Selon Paul Craig Roberts (2011), le concept de théorie du complot a été redéfini d’une manière orwellienne.

Une théorie du complot ne signifie plus qu’un événement est expliqué par une conspiration mais elle concerne maintenant toute explication, ou même un fait, qui ne concorde pas avec l’explication du gouvernement ou celle des proxénètes des médias…

En d’autres termes, la vérité met le gouvernement et son ministère de la Propagande mal à l’aise; la vérité est redéfinie comme théorie conspiratrice, c’est à dire une explication absurde et ridicule, que nous devrions ignorer.

UN CONTE DE FÉE À LA PLACE DES FAITS

Le journalisme d’investigation a été mis au rancart. Les analyses, basées sur des faits, des questions sociales, politiques et économiques sont des théories du complot parce qu’elles défient le consensus fondé sur des mensonges.

QU’EST-CE-QUE LA VÉRITÉ?

La véritable menace à la sécurité mondiale provient de l’alliance Amérique-OTAN-Israël, mais les réalités ont été mises cul par dessus tête dans l’environnement de l’Inquisition: les fauteurs de guerre sont attachés à la paix, les victimes des guerres sont présentées comme les protagonistes de la guerre.

LA PATRIE EST MENACÉE

Les médias, les intellectuels, les scientifiques et les politiciens obscurcissent en chœur la vérité tacite, notamment que la guerre menée par l’alliance US-OTAN-Israël détruit l’humanité.

LORSQUE LE MENSONGE DEVIENT LA VÉRITÉ, IL N’Y A PLUS DE RETOUR EN ARRIÈRE POSSIBLE.

Lorsque la guerre est présentée comme un effort humanitaire, que la justice et tout le système du droit international est mis la tête en bas, que le pacifisme et le mouvement antiguerre sont criminalisés, être opposé à la guerre devient un acte criminel. Entre-temps, les criminels de guerre les plus hauts placés ont ordonné une chasse aux sorcières contre ceux qui contestent leur autorité.

Le Grand Mensonge doit être démasqué pour ce qu’il est et ce qu’il produit.
Il sanctionne la mise à mort arbitraire d’hommes, de femmes et d’enfants. Il détruit des familles et des êtres humains. Il détruit le devoir des humains envers leurs semblables.

Il détourne les humains d’exprimer leur solidarité pour ceux qui souffrent. Il fait de la guerre et de l’état policier la seule voie à suivre.

Il détruit aussi bien le nationalisme que l’internationalisme. Briser le mensonge signifie démolir un projet criminel de destruction, dans lequel la recherche du profit est le moteur dominant.

Cet agenda militaire guidé par la recherche du profit détruit les valeurs humaines et transforme les êtres humains en zombies inconscients.

INVERSONS LE FLUX

Défiez les criminels de guerre des hautes sphères du pouvoir et les puissants lobbies qui les soutiennent. Détruisez l’inquisition américaine.

Sapez la croisade militaire de l’alliance US-OTAN-Israël. Fermez les usines d’armement et les bases militaires.

Ramenez les troupes à la maison.

Les membres des forces armées doivent désobéir aux ordres et refuser de participer à une guerre criminelle.

Prof. Michel Chossudovsky

Traduit de l’allemand par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

lundi 9 février 2015

La crise touche le bloc BAO de plein fouet / The crisis affects the block BAO quite hard

Auteur : Philippe Grasset 
Date  : 9/2/2015
Source :   http://www.dedefensa.org/article-la_crise_touche_le_bloc_bao_de_plein_fouet_09_02_2015.html
Moment historique” certes, mais peut-être bien “événement historique”, – dans tous les cas, rien n’est venu jusqu’ici écarter cette possibilité, et divers éléments vont dans ce sens... Ce qui nous intéresse par-dessus tout dans ce jugement d’un éventuel “événement historique”, c’est-à-dire dans la façon dont nous l’interprétons, c’est l’éventuelle formation de cet événement prodigieux que serait la fracturation interne du bloc BAO, non pour sauver l’Europe, non pour rapprocher l’Europe de la Russie, non pour réduire l’influence des USA, non pour déterminer un nouveau leader mondial, etc., mais pour accélérer peut-être de façon décisive le rythme de l’autodestruction (l’effondrement) du Système. C’est le seul but qui peut être recherché, le reste n’étant qu’anecdotique dans le sens de n’être que les moyens, auxquels on ne peut ni ne doit s’arrêter, du but nécessaire qui est absolument impératif. (Bref, Delenda Est Systema.)
• D’abord un événement qui nous a paru intéressant à relever, tel que l’interprète Alexander Mercouris (dans le Saker-US le 7 février 2015 et Russia Insider le 7 février 2015)... Les circonstances décrites par Mercouris sont particulièrement intéressantes, à la lumière des hypothèses qu’il propose. Il observe que Merkel et Hollande sont venus à Moscou, non pas avec un plan pour l’Ukraine, – et nous dirions avec l’idée implicite qu’un plan pour l’Ukraine était une matière secondaire, – mais pour avoir un entretien “franc et complet” avec Poutine, – et nous dirions dans l’intention de connaître un point de vue sur la vérité de la situation qui soit complètement dégagé de ce qu’ils entendent jusqu’ici, qui soit aussi “protégé” de toute incursion et observation extérieures...
«One of the most interesting things about the Moscow talks is that they mainly happened without the presence of aides and officials i.e. Putin, Hollande and Merkel were by themselves save for interpreters and stenographers. Putin and Merkel are known to be masters of detail and given his background as an enarque I presume Hollande also is. However the German and French officials will be very unhappy about this. The Russians less so because since the meeting is taking place in the Kremlin they are listening in to the discussions via hidden microphones.
»One wonders why this is happening? Even if the Russian officials are not listening in Merkel and Hollande will assume they are. The fact that Russian officials were not present is therefore less significant than that German and French officials have been barred from the meeting by their respective chiefs, suggesting that Merkel and Hollande do not entirely trust them.
»There has been an extraordinary degree of secrecy about this whole episode and it rather looks as if Merkel and Hollande were anxious to stop leaks and to prevent information about the talks from getting out. Presumably this is why their officials were barred from the meeting. From whom one wonders do Merkel and Hollande want to keep details of the meeting secret? From the media? From other members of their own governments? From the Americans? What do they need to keep so secret? The frustration and worry on the part of all these groups must be intense... [...]
»I am coming increasingly round to the view of Alastair Newman that Merkel and Hollande came with no plan to Moscow but with the purpose of having what diplomats call “a full and frank discussion” in private with Putin looking at all the issues in the one place in Europe – the Kremlin – where they can be confident the Americans are not spying on them. That must be why they sent their officials away.»
• Les Russes ont retiré de la conférence de la Wehrkunde de Munich et des divers événements de ce week-end extrêmement chargé l’impression d’une évolution marquante des choses... «Quoi qu’il en soi, écrit RT le 8 février 2015,malgré la rhétorique antirusse dominante venue de l’Ouest, il y a un nombre croissant de politiciens [occidentaux] qui adoucissent notablement leur ton [antirusse.]» Nous dirions que la qualité dans ce mouvement d’“adoucissement” commence à l’emporter sur la quantité de vocifération antirusse venues de divers seconds couteaux ou habitués de cette activité ... (L’abaissement accéléré de la qualité des vociférations est caractéristique et exactement inversement proportionnel au poids quantitatif. On l’a vu à Munich avec l’intervention de Edward Lucas, de The Economist. Se conduisant en sous-fifre d’une sorte de Propagandastaffel, Lucas a prôné le boycott et le lynch professionnel des journalistes de Sputnik.News et de RT. Il a ainsi montré à quel niveau de bassesse, de mccarthysme de caniveau s’abaissait la vitupération-Système, particulièrement dans l’anglosphère. Il s’agit bien, dans le chef de The Economist, dans le chef de ce petit tas de déchets orduriers d’intellect, de l’inspirateur de la pensée-Système du bloc BAO. On mesure le niveau.)
... Et, pour cette fois, notre observation est que la France est clairement sur le devant de la scène dans ce processus d’“adoucissement”, de changement de ton qui indique plus que ce qu’il montre à première audition. Le sommet de Moscou du 6 février a été suivi, dans le chef de Hollande, de déclarations qui indiquent plus qu’un changement de ton, qui indique disons un “changement de flottement”, – pour rester dans le style de ce président-là, dont la pensée semble évoluer en “flottant”. (Même s'améliorant, Hollande garde le style du président-poire.) Selon qu’on lit la presse française ou les médias russes, on a l’impression d’un Hollande qui “domestique” mieux Poutine ou d’un Hollande qui “coopère” mieux avec Poutine, – et l’on choisira l’interprétation qui convient. La vérité de la situation est que le président français appuie divers points qui vont dans le sens des séparatistes ukrainiens, c’est-à-dire dans le sens des Russes, c’est-à-dire dans le sens d’une situation où, selon des paroles dites en a-parte, “il ne faut pas pousser à l’isolement de la Russie” ni envisager une seconde de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN. La vérité de la situation est que Hollande, comme Merkel d’une certaine façon, prend conscience de la possibilité d’un très grave conflit en Europe à un moment où les USA se sont mis à découvert à cet égard avec la question des livraisons d’armes ... Bref, l’Ukraine n’est pas la Syrie, question de géographie et question de hauteur de l’affrontement.
L’événement français est que la question extérieure de la crise ukrainienne et des relations avec la Russie a pris une place sur la scène intérieure. Largement mis en difficulté ces dernières semaines par divers événements où il a sa responsabilité, ou bien dont il n’a pas su profiter, Sarkozy se trouve en difficultés dans son entreprise de réinstallation sur la scène politique à la tête de l’UMP. C’est dans ces conditions qu’il choisit de faire une intervention sur la politique extérieure où il se place largement “en avant”, ou bien largement “à l’Est” de Hollande. Son discours de samedi devant le Conseil National de l’UMP exprime une position soudain radicale sur la crise ukrainienne, une position fondamentalement prorusse (voirFranceTVInfo du 7 février 2015)...
«“Nous avons une civilisation en commun avec la Russie. Les intérêts des Américains avec les Russes, ce ne sont pas les intérêts de l'Europe avec la Russie”, a argué le président de l'UMP. “Nous ne voulons pas de la résurgence d'une guerre froide entre l'Europe et la Russie”, a-t-il martelé, sous les applaudissements de plusieurs centaines de conseillers nationaux. Nicolas Sarkozy a également affirmé que “la Crimée a choisi la Russie, on ne peut pas le lui reprocher”. Et il a estimé qu’“il faut trouver les moyens d'une force d'interposition pour protéger les Russophones d'Ukraine”. Enfin il a jugé que “l’Ukraine doit garder sa vocation de pont entre l'Europe et la Russie” et “n’a pas vocation à entrer dans l'Union européenne”.»
... L’intérêt étant de savoir si ces diverses agitations vont finir par provoquer en France un véritable débat sur l’Ukraine et sur les relations avec la Russie, c’est-à-dire autre chose que ce chœur contraint ou halluciné c’est selon de la rengaine-Système organisé jusqu’ici par le monde français officiel de la communication. C’est sans aucun doute un débat tellement, infiniment plus intéressant que “Je suis Charlie”, et qui peut réserver des surprises, et selon des “clivages” également pleins de surprises ; plus encore, les circonstances sont favorables, parce que la crise a suffisamment évolué pour que se décantent ses véritables enjeux, notamment la spécificité de la position US, autant anti-européenne qu’antirusse, à un moment où (voir plus haut), “les USA se sont mis à découvert à cet égard avec la question des livraisons d’armes”.
• Mercouris pense que l’“interlocuteur-clef” de Poutine est Merkel, et non Hollande. C’est peut-être juste au départ, mais les limitations de Merkel sont connues et elles subsistent ; tandis que la France, même si elle a totalement sacrifié sa politique d’indépendance nationale, conserve les structures mentales et certains moyens principiels pour la réactiver au moins en partie. La France a plus de champ que l’Allemagne à cet égard, et Poutine, parce qu’il est désormais dans un raisonnement politique et stratégique extrêmement large sinon globalisé, se fiche de savoir qui est son “interlocuteur-clef” pourvu qu’il puisse pousser aux feux de la division interne du bloc BAO, – on comprend qu’on parle de sa “division transatlantique”. Cette division est d’autant plus possible qu’un événement discret a eu lieu ces derniers jours, qui est le naufrage corps et bien de l’influence britannique. Mercouris note justement que “c’est la première fois depuis la guerre de 1870 que le Royaume-Uni n’est pas impliqué dans une négociation pour la résolution d’une crise majeure en Europe” («The fact that the British are excluded from the talks is going down very badly with many people here in London. It has not escaped people’s notice that this is the first major negotiation to settle a big crisis in Europe in which Britain is not involved since the one that ended the Franco-Prussian War in 1870»). La politique nihiliste du Royaume-Uni d’alignement sur les USA est arrivé à son terme parfait : “politique nihiliste” (alignement sur les USA) s’alignant sur une politique nihiliste (celle des USA) ... La boucle est bouclée.
• Ce qui est en jeu, c’est donc bien la cohésion interne du bloc BAO, alors que plus personne n’exerce une domination absolue dans ce conglomérat qui n’a rien à voir avec la situation d’influence directe impeccable des USA durant la Guerre froide... Notre définition du bloc BAO comporte ce point évidemment fondamental (et nous mettons en caractère gras le jugement circonstanciel qui importe pour notre propos) : «Le deuxième aspect de cette politique est l’égalitarisation, le nivellement de la politique qu’est la politique du bloc BAO, avec notamment l’effacement, d’ailleurs naturel et comme allant de soi, de la prépondérance US. En fait, plus personne n’a vraiment besoin d’imposer une “politique commune” qui semble couler de source et naître d’elle-même… Il existe désormais, depuis 2008-2010, une remarquable unité de pensée, de réflexe, d’attitude, entre tous les pays du bloc.»
... Effectivement, c’est cette “remarquable unité de pensée, de réflexe, d’attitude” qui est désormais menacée dans son cœur. La menace est née avec la crise ukrainienne, parce que crise ukrainienne menace l’Europe directement, par le fer et par le feu éventuellement, et qu’elle ne menace pas les USA aussi précisément. L’“égalitarisation” dont nous parlons, essentielle pour tenir le bloc BAO bien soudé, est donc en train de voler en éclat parce que la menace directe contre l’Europe se précise, et qu’en plus elle est perçue comme, éventuellement, directement activée par les USA (les livraisons d’armes). Il sera extrêmement difficile d’empêcher la tendance que nous observons de se concrétiser, maintenant qu’elle est apparue, – notamment et précisément, parce que les USA agissent comme des fous à cause d’une psychologie malade (voir Loren B. Thompson), sans le moindre souci ni de diplomatie, ni d’habileté, ni de sagesse, pour ce cas par rapport à leurs alliés et associés du bloc BAO, – et qu'ils continueront à moins que BHO ne soit touché par la grâce, et encore ne serait-il pas du tout assuré que cela suffise. (Mais il faut bien le comprendre : les USA agissent de cette façon parce qu’eux-mêmes ne peuvent faire autrement, prisonniers de la paralysie et de l’impuissance de leur propre pouvoir, lui-même complètement soumis au Système. C’est bien pour cette raison qu’il faut rester absolument concentré sur le but ultime, leDelenda Est Systema.)
• Il ne faut pas déduire de tout cela que l'hypothèse, si elle se confirmait, ferait chanter aussitôt les lendemains. Ce n’est absolument pas notre propos. Ce qui est peut-être en voie d’être brisé, c’est-à-dire de s’autodétruire, doit l’être jusqu’à son terme ... Nous ne faisons pas ici l’hypothèse du renversement d’alliance mais l’hypothèse de la dislocation du bloc BAO, donc du désordre en plus, – encore du désordre, toujours du désordre ! Et la dislocation du bloc BAO, c’est la dislocation d’une structure qui s’était formée sous l’impulsion du Système, une structure-Système, ce qui signifierait que la dynamique de surpuissance du Système, évidemment déstructurante-dissolvante, serait en train de se retourner contre les propres structures du Système, confirmant l’évolution de la surpuissance vers l’autodestruction par l’inversion vertueuse du processus de déstructuration-dissolution. (Et le désordre supplémentaire devenant certes “hyper-désordre” à capacités antiSystème.)
Si l’hypothèse est bonne, si elle évolue dans ce sens, alors il y a effectivement de plus en plus de possibilités que le processus d’effondrement du Système accélère et passe décisivement devant la menace suprême de l’affrontement nucléaire entre les USA et la Russie. (Rappel déjà fait de notre hypothèse de type “pari pascalien”, présentée le 3 mars 2014 : «La crise ukrainienne, et la réalisation que les pressions du Système (du bloc BAO, son factotum) peuvent conduire à l’extrême catastrophique des affaires du monde, peuvent aussi bien, grâce au “formidable choc psychologique” dont nous parlons et à l’immense crainte qu’il recèle, déclencher une autre dynamique d’une puissance inouïe. Notre hypothèse à cet égard [...] est que cette dynamique est celle de l’effondrement du Système...»)
En effet, et c’est peut-être la nouvelle perception essentielle de ce week-end, il faut effectivement comprendre tout le sens de ce que la stupide presse-Système parisienne répète dans l’extase, parce que cela lui permet de “démoniser” encore un peu plus Poutine par logique antagoniste, qui est cette citation de Hollande : «Je pense que c'est l'une des dernières chances. Si nous ne parvenons pas à trouver – non pas un compromis –, mais un accord durable de paix, eh bien, nous connaissons parfaitement le scénario : il a un nom, il s'appelle la guerre...» Il faut savoir ce que cette déclaration veutréellement dire, vu les enjeux, les positions des uns et des autres, l’incontrôlabilité des USA, – c’est-à-dire qu’elle veut elle-même dire, quels que soient les commentaires-narrative, – la guerre nucléaire.
Une course de vitesse terrifiante est engagée, entre cette issue complètement folle et l’accélération irrésistible de l’effondrement du Système. La panique devrait parvenir à activer le second terme de l’alternative (alternative du diable ou alternative de destruction du diable, c’est selon), – quand les esprits infiniment lents et extrêmement creux de nos contemporains zélateurs du Système commenceront à comprendre, précisément, de quoi l’on parle, – de la guerre nucléaire...

Mis en ligne le 9 février 2015 à 04H22