jeudi 20 novembre 2014

"Fuck le Grand Marché transatlantique et la bancocratie" (Merci Nuland) : quelques pistes... / "Fuck TTIP and Bancocracy (thank you Nuland) : some runways...


1. CONSOMMATION 
NEO-LIBERALISME

MANGER LOCAL, C'EST RESISTER





2. EPARGNE 


Lettre à mon banquier par Morpheus

11 décembre 2010 14:38
 Source : http://morpheusfd12.orbideo.com/article/lettre-a-mon-banquier
Il y a un peu plus d’un mois, je suis tombé sur la vidéo d'Eric Cantona proposant une alternative aux manifestations traditionnelles dans les rues, celles-ci n’ayant plus le moindre effet sur nos dirigeants autistes. Étant déjà informé de la nature prédatrice des banques grâce au documentaire L’argent dette de Paul Grignon, son raisonnement m’a aussitôt semblé pertinent. Peu de temps après, quel ne fût pas ma surprise de découvrir qu'une initiative franco-belge avait lancé cette idée, et en appelait à une action de "bank run" à la date du 7 décembre 2010, et que cette initiative s'étendait à de nombreux autres pays grâce à l'internet. Hélas, mon compte étant quasiment à sec, je ne voyait pas comment participer concrètement et significativement à cette action. Alors je me suis dit qu’une simple lettre informant mon banquier de ce que j’avais appris sur le fonctionnement du système bancaire pourrait faire office de manifeste - à tout le moins, marquer le coup. Voici cette lettre.
Cher banquier,
Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous informer que, longtemps resté dans l’ignorance des mécanismes financiers, j’ai résolu de combler cette lacune. Je ne saurais dire avec certitude quel fut le déclic qui motiva cette soudaine résolution. Fort probablement le crash de 2008, on en a beaucoup parlé aux infos, vous vous souvenez ? Pourtant, je ne sais pas pourquoi, tout ce que j’ai entendu dans les diverses émissions ou débats, tout ce que j'ai lu dans les colonnes des quotidiens, ne parvenait pas à satisfaire ma quête de compréhension de ce phénomène. Au contraire, il y avait dans ces "explications" un je ne sais quoi qui ne collait pas. Il restait un doute. Comme une écharde dans mon esprit, vous voyez ?Le doute est une incitation à la recherche, et la recherche n’est-elle pas le chemin de la vraie connaissance ?
Alors je me suis décidé à faire quelques recherches sur internet. Assez rapidement, je trouvai une piste intéressante : un film documentaire sous forme d’animation du canadien Paul Grignon et dont le titre est "L’argent dette". André Gunthert, chercheur en histoire visuelle à l’école des hautes études en sciences sociales indique que cette vidéo est une« remarquable et très pédagogique description du système financier ». En somme, la vulgarisation qui était nécessaire à éclairer ma lanterne sur les questions que je me posais. J’ai ainsi appris que ce que je croyais jusqu’alors concernant les banques, leur rôle, leur mode de fonctionnement ainsi que la création et l’origine de la monnaie était largement faux et relevait en réalité d’un mythe trompeur.
 « Un mythe est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens plus subtil – dans un sens religieux – un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple. L’accent n’est pas mis sur le rapport entre l’histoire et la réalité, mais sur la fonction qu’est censé exercer le mythe. Une histoire ne peut fonctionner à moins d’être supposée vraie par la communauté ou la nation. Il n’y a pas de débat possible. Si certaines personnes ont le mauvais goût de mettre en doute l’authenticité de l’histoire sacrée, les gardiens de la foi et de l’orthodoxie refuseront de discuter avec elles. Ils les accuseront de blasphème ou, au mieux, les ignoreront. » David Ray Griffin -professeur de théologie et de philosophie des religions.
La réalité, elle, était monstrueusement plus sinistre. Je croyais par exemple que la création monétaire était une prérogative des états (droit régalien), servant ainsi les citoyens pour leurs échanges. Pas du tout. Cela fait un moment déjà que ce n’est plus le cas. Les euros sont créé et géré par la BCE, qui est une banque centrale dirigée et contrôlée, non par les banques centrales des états membres de la zone euro, mais par une corporation d'organismes bancaires privés(au premier rang desquels on trouve certainement la séculaire dynastie Rothschild).
« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. » Mayer A. Rothschild - fondateur des banques Rothschild.
J’ai donc découvert, à ma grande stupéfaction, que nos dirigeants nous avaient trahis ! Et je pèse mes mots : car lorsque l’on permet à un organisme privé de créer et gérer la monnaie, ensuite que l’on emprunte à cet organisme privé l’argent dont l’état a besoin avec intérêts - alors même que ces intérêts seraient nuls si l’état avait conservé sa légitime prérogative -,j’affirme haut et fort que nous avons été trahis. Jamais je n’ai donné mon autorisation à qui que ce soit pour payer des intérêts faramineux pour rien à des consortium bancaires privés. Jamais je n’ai été consulté ni même informé de cela. Il est à parier que si les citoyens en avaient été informés, ils se seraient virulemment opposé à ce putsch. Moi, en tout cas, je m’y serais opposé.
« Tant que le contrôle de l’émission des devises et des crédits ne sera pas rendu au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus évidente, toutes les paroles au sujet de la souveraineté du Parlement et de la démocratie resteront vaines et futiles. Une fois qu’une nation perd le contrôle de son crédit, peu importe qui fait les lois.L’usure en situation de contrôle détruira n’importe quelle nations. » William Lyon Mackenzie King - ancien Premier Ministre du Canada.
J’ai ensuite également découvert que les monnaies du monde entier étaient tributaires du dollar américain - celui-ci faisant office d'étalon en lieu et place de l'or -, et que ce même dollar était lui aussi entre les mains d’un organisme privé, la FED, depuis 1913. Et de plus, le dollar qui a longtemps été calibré sur la valeur de l’or (billets échangeables en or ou argent), ne l’est plus depuis les années ’70. Et donc, nos euros sont en réalité une monnaie de singe ! Plus grave encore, j’ai appris que la monnaie "réelle" (déjà devenue monnaie de singe, mais ayant encore un aspect palpable) ne représente pas même 5 % de la masse des transactions internationales, le reste étant constitué de ... reconnaissances de dettes. Je commence à mieux comprendre les mécanismes ayant mené à cette crise - et à toutes les autres.
« Le gouvernement devrait créer, émettre et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour couvrir les dépenses du gouvernement et des citoyens. En admettant ces principes, des sommes immenses d’intérêts seraient épargnées aux contribuables. Le privilège de créer et d’émettre de l’argent est non seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité créative. » Abraham Lincoln - seizième Président des USA.
Puis viens la découverte de ce "merveilleux" - ou terrifiant (tout dépend de quel point de vue l’on observe les choses) système de réserve fractionnelle. Qu’est-ce que je vois ? Les banques ont le droit de prêter de l’argent dont elles ne disposent pas ? Et dans quelles proportions : 9 pour 1, 20 pour 1 et quelques fois jusqu’à 33 pour 1, selon le type de compte ! On en reste pantois... Comment une telle forfanterie est-elle possible ? Comment peut-elle être considérée comme légitime ? Ainsi, lorsque moi, simple particulier, je fais une demande de crédit, je dois montrer patte blanche, donner des garanties solides et mettre en gage des biens réels en ma possession (généralement immobiliers), alors que la somme qui m’est prêtée n’existe même pas, n’est pas en possession de la banque ? Mais quels pigeons nous sommes ! Que penseriez-vous, cher banquier, si la prochaine fois que je vous demandais un crédit, je vous fournissais la garantie pour le dixième du capital ? Cela ne vous semblerait-il pas plus équitable ?
« Le procédé par lequel les banques créent l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté.  » John Kenneth Galbraith - conseillé économique de trois Président des USA.
Ainsi, nous mettons nos biens en hypothèque et prenons des risques considérables pouvant nous mener à la rue, et la banque, non seulement ne prend aucun risque, mais fait des bénéfices faramineux sur ce qu’elle prête sans le posséder. Incroyable escroquerie ! Franchement, fallait l’oser. Là, je dois avouer que je sens la colère monter... Et je ne suis pas au bout de mes déconvenues ! Parce que je découvre également que par le fait même de ce système, la masse d’argent pouvant être créée dépend de la masse de dettes dont les banques sont créditrices. En fait, la quantité totale de monnaie pouvant être créée n’a qu’une limite : le niveau total de la dette. Une dette sans cesse croissante, qui ne peut forcément, à terme, qu’exploser et provoquer, de façon ponctuelle et régulière, des effondrements du système.
Effondrements qui ne sont, par ailleurs, nullement dû à de quelconques "dysfonctionnements" ou "excès" du système, comme on cherche à nous le faire croire pour nous tromper : ils sont un mécanisme du système. Mécanisme qui est à chaque fois (comme c’est étrange) très profitables à quelques-uns, souvent les mêmes d’ailleurs : Rothschild, Rockefeller, J.P. Morgan, etc. Une douzaine de dynasties bancaires et quelques autres multinationales échappent systématiquement à toutes les crises, et en profitent à chaque fois pour acquérir à vil prix de nouvelles sociétés, possessions, actions et rachat d’autres banques ou industries diverses, concentrant chaque fois un peu plus de pouvoir et de fortune entre leurs seules mains. A ce stade, ce n’est plus de la colère que j’éprouve, c’est de la rage. On va sûrement me traiter de conspirationniste (très à la mode, ces derniers temps), mais n’y aurait-il pas là à tout le moins un faisceau de présomptions menant à penser que tout cela n’est pas que le fruit du hasard ? Le "hasard" n'est qu'une commodité de langage que même le physicien considère comme source d'ambiguïté (cf. Trinh Xuan Thuan in L'infini dans la paume de la main).
« Il y a deux manières de conquérir une nation ; l’une par l’épée, l’autre par la dette. »John Adams - second Président des USA.
Un étudiant a un jour formulé un concept d’économie perfectionné en matière de mathématiques. En 1979, il a fourni la preuve mathématique que toute économie alimentée par une monnaie soumise à des intérêts finit inévitablement avec une dette impossible à résorber. Un papier, un stylo et 30 secondes suffisent à le démontrer ; P/(P+I) honoreront leur contrat ; I/(P+I) seront saisis. Lorsqu’on lui a demandé quelle est la chose la plus fantastique qu’il ait rencontré au cours de ses travaux, Einstein a répondu « les intérêts composés ». Soumis à une dette perpétuelle, l’argent des intérêts n’existe tout simplement pas. On peut donc parler sans conteste de création ex-nihilo de la monnaie.
« Quiconque croit encore que la croissance exponentielle peut se poursuivre sans fin est soit un fou, soit un économiste » Kenneth Boulding - économiste.
En septembre 2008, nous assistions à un crash boursier et économique sans précédent. Dans une (feinte ?) confusion et un apparent vent de panique, les gouvernements des grandes "puissances" (USA, UE, GB, JAPON, ...) en appelèrent unilatéralement, et dans un grand élan, à la collectivité pour sauver le système, l’économie et les banques. Après des décennies de profits privés, il fallait que les pertes soient collectivisées. Bien entendu, on ne demanda pas aux peuples ce qu’ils en pensaient. La perfidie ultime est que ceux qui possèdent ne fut-ce qu’un petit pécule (les petits épargnants), ont à craindre de tout perdre (et beaucoup ont en effet tout perdu en 2008). Pourquoi ? Simple : ils n’ont jamais rien possédé : leur "argent" n’était constitué que de quelques lignes comptables informatisées, et celles-ci étaient passées au rouge en même temps que celles de leur organisme bancaire. Quand un simple citoyen perd son emploi et ses revenus, et qu’en conséquence il ne peut plus honorer ses dettes, il reste responsable et débiteur à vie ; lorsque les banques jouent en bourse et perdent, elles se tournent vers les particuliers (les états - donc, en démocratie, le peuple) pour combler leurs pertes - et faire au passage de nouveaux profits juteux (cf. Eric Laurent -La face cachée des banques). Cherchez l’erreur...
 « Une des plus grandes faiblesses de l’espèce humaine, c’est son incompréhension de la fonction exponentielle. » Albert A. Barlett - physicien.
Lorsque le Président Bill Clinton a signé en 1999 l’acte d’abrogation du Glass Steagall Actvoté en 1933 en réponse au crash de 1929, il a en même temps signé l’acte fondateur de la crise de 2008. La stricte séparation entre banques de dépôts et banques d’investissementétait une garantie pour éviter que ne se reproduise la tragédie de la Grande Dépression. Cependant, on sait maintenant que Clinton ne faisait qu’entériner ce qui se faisait déjà dans la plus parfaite illégalité depuis les années ’70. Qui a dit "bankster" ?
Dites-moi, cher banquier, est-ce que ma banque mélange elle aussi activités de dépôts et activités de spéculation ? Parce que si c’est le cas, alors je serais fou de continuer à vous confier le peu d’argent dont je dispose. Qui sait, au train où vont les choses aujourd’hui, ce qui nous tombera dessus demain ? Je crains fort que le premier semestre 2011 ne nous soit guère favorable - surtout pour vous, les banques : vous allez encore morfler. Vous n’êtes pas sans savoir que l’économie américaine est agonisante - en train de crever à crédit. Le dollar va se casser la gueule, c’est inéluctable, et rien ni personne ne pourra l’empêcher.
Maintenant que je sais cela, le seul choix que je puisse faire est celui de faire soit partie du problème soit partie de la solution. Lorsque l'on dispose d’informations et que l'on décide de les ignorer pour ne pas s'impliquer, notre choix ne peut avoir aucune influence car ce sont les informations elles-mêmes qui nous impliquent. Il n’est pas possible de rester neutre dans la vie : ne pas agir, tout en étant informé d’une forfaiture, c’est se rendre complice de cette forfaiture. Nous ne pouvons pas être conscients de ce qu’il se passe et rester à ne rien faire. L’ignorant peut toujours justifier son inaction en prétextant qu’il ne disposait pas des informations, mais dès que l’information lui parvient, il n’y a plus de justification, excepté le déni. Ou alors, il peut changer d’avis à la suite de ce qu’il vient d’apprendre. Mais il n’est pas possible de revenir en arrière.
Comme l'expérience de Milgram le démontre, pris dans l'engrenage d'un mécanisme systémique où les responsabilités et les connaissances sont fractionnées, il est difficile de comprendre la portée réelle de nos actes quotidiens. Mais dès que l'on a une vue d'ensemble, alors nous n'avons plus que très peu de choix : la soumission au mécanisme (état dit "agentique") ou la rébellion, lorsque l'autorité ne nous parait plus légitime.
« Je n'ai encore jamais vu personne qui puisse justifier par la raison et la logique que le gouvernement emprunte son propre argent. Je crois que le temps viendra où les gens demanderont que cela change. Je crois que le temps viendra dans ce pays où nous seront blâmés, vous et moi et tous les autres membres du congrès pour n'avoir rien fait et pour avoir laissé se poursuivre ce système idiot. » Wright Patman - membre du Congrès des USA.
Cette autorité bancaire n'ayant objectivement aucune légitimité démocratique, vous comprendrez dès lors que je ferai tout ce qui est possible pour sortir de l’aliénation de ce système inique dont vous n’êtes, j’en ai conscience, qu’un simple rouage, sans grand pouvoir individuel. Vous aussi êtes aliéné. Nécessairement. Vous aussi avez sans doute des dettes et emprunts à rembourser. Vous aussi avez une famille à nourrir et des projets qui vous tiennent à cœur. Néanmoins, vous aussi êtes tenus en laisse par ce système. Nous le sommes tous.
« L'argent est une nouvelle forme d'esclavage, et elle ne se distingue de l'ancienne que par son caractère impersonnel - il n'y a pas de relation humaine entre le maître et l'esclave. » Léon Tolstoï - écrivain majeur de la littérature Russe.
J’ignore, puisque nous ne nous connaissons pas, si vous êtes ou non au fait de tout ceci. Je ne sais pas si vous aviez conscience de l’ampleur de cette forfaiture. Je serais curieux de le savoir. Peut-être devrions-nous nous rencontrer un de ces jours, devant un bon verre - ou même une bonne table, pourquoi pas ? Je suis sûr que nous gagnerions mutuellement à nous connaître. Ne trouvez-vous pas étrange que nous ne nous soyons jamais rencontrés, alors que vous êtes responsable de la succursale qui gère mon compte et mon argent ? Quand les chiffres, les numéros, les bilans et les traites envahissent nos vies, nous oublions l’essentiel : les rapports humains. Derrière chaque numéro de compte, il y a des hommes et des femmes. Pas des vaches à lait. Voici une bonne occasion de faire une pause et de revenir un moment à l’essentiel.
Veuillez recevoir, cher banquier, mes salutations les plus cordiales.

Note : j'ai publié cette lettre sur Agoravox le 30 novembre 2010.
Suite... 

Révolution Cantona : Jorion vs Lubochinsky

Auteur : encore Morpheus...   

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/revolution-cantona-jorion-vs-85493

Ce jeudi 2 décembre, sur France 3, l’un des sujets abordé dans l’émission Ce Soir Ou Jamais de Frédéric Taddéï était intitulé "Cantona et les banques". Il a principalement opposé l’économisteCatherine Lubochinsky et l’anthropologue Paul Jorion. J’ai trouvé ce débat fort intéressant à décrypter, car peut-être sans le vouloir, beaucoup de choses y sont dites. Voici mon décryptage.
Le débat est lancé par la diffusion d’un extrait du 19/20 de France 3. L’accroche du sujet ne fait pas dans la dentelle : "Après les autographes et le cinéma, le casse du siècle du système bancaire, c’est le nouveau créneau d’Eric Cantona."
Le "casse du siècle", vraiment ? Comme vous y allez, chers journalistes de France 3 ! Ainsi, Eric Cantona, ainsi que le collectif qui a repris l’idée qu’il a lancée "à la cantonade" lors d’une interview télévisée, serait un appel à faire un braquage dans une banque ? Voyons voir : si je comprend bien, aller récupérer NOTRE argent dans notre banque, c’est BRAQUER la banque ? Intéressant. On va le voir, ce raisonnement va être confirmé implicitement par Catherine Lubochinsky et explicitement par Paul Jorion dans la suite des propos qui vont être tenus tout au long du débat.
Madame Lubochinsky commence en disant qu’elle n’est pas inquiètemais qu’elle ne trouve pas drôle du tout, cette idée de Cantona. Ah ? Mais donc, si ce n’est "pas drôle du tout", ne serait-ce pas qu’il y a là quelque chose d’un peu inquiétant tout de même ?
Elle enchaîne aussitôt par une énorme contre vérité, en répétant à nouveau ce mythe que "ce sont les dépôts qui font le crédit, donc s’il n’y a plus de dépôts, il n’y aura plus de crédit, donc tous ceux qui ont besoin de crédit à la consommation n’en auront plus". Enfin, je dis "mythe", mais en réalité, cette explication est en partie vraie bien sûr. Comme tout bon mensonge, il faut qu’il repose sur un fonds de vérité, histoire d’être crédible, et d’autre part sur l’ignorance des mécanismes du crédit contemporain - ignorance entretenue par le mythe de la "bonne banque". Elle continue en outre en nous expliquant que 75 % de l’activité économique est financée par les banques. Intéressant également, ça : cela confirme donc implicitement - pour ceux qui ont encore du mal à l’admettre - que ce sont bien les banques qui dirigent réellement notre société. On comprend mieux pourquoi de plus en plus de gens se lèvent en dénonçant l’inqualifiable subordination des représentants politiques aux milieux de la finance et des banques.
Puis, elle poursuit sur la sa lancée en nous disant que "ce n’est pas le moment de foutre la pagaille dans le système bancaire". Mais enfin, Madame Lubochinsky, je croyais que vous n’étiez pas inquiète ? Et là vous sous-entendez que ce serait foutre la pagaille ? ...
La suite devient drôle, lorsqu’elle avoue - non sans une certaine "gêne" (elle a broubelé) - "que certes, les banques ont sûrement commis des erreurs et sont, euh, un ... hum, enfin, une des composantes de la crise financière dans laquelle elles nous ont mis". Alors, faudrait savoir : les banques sont "une" des composantes de la crise ? Ou bien ce sont effectivement elles qui nous y ont mis ? Décidez-vous. Il va falloir "entre guillemets" les punir, dit-elle ensuite, "puisqu’elles ont fauté". Et que nous propose Madame Lubochinsky pour punir les banques (et accessoirement "comprendre ce qui s’est passé") ? Tenez-vous bien : aller voir un film ! Oui, vous lisez bien : en allant tous en cœur au cinéma voir "l’excellent" film Inside Job, nous punissons les banques (sic) ! Punir les banques en allant voir un film, fallait l’oser[1] : elle l’a fait ! Bravo Madame Lubochinsky, vous vous êtes surpassée. Mazette. Je comprend mieux le "punir entre guillemets".
Frédéric Taddéï demande alors si c’est possible d’aller, comme ça, dans les banques retirer son argent, si c’est aussi simple, ce à quoi Paul Jorion répond "non, on ne pourra pas parce que ce n’est pas comme ça que cela fonctionne". Et il explique : "ce que les gens oublient c’est que quand ils déposent leur argent à la banque, et bien ce n’est plus vraiment leur argent".
J’ai bien entendu, là ? Lorsque je dépose mon argent dans une banque, ce n’est plus vraiment mon argent ? Madre de dios ! Ce serait donc encore pire que tout ce que nous craignions, alors ? Mama mia ! Je comprend ce que voulait dire cette accroche du 19/20 de France 3 lorsqu’ils parlaient de "casse du siècle". En effet : si l’argent que nous déposons à la banque n’est plus "vraiment" notre argent, alors le retirer c’est effectivement braquer la banque. Oui, mais euh, non ! Non, non, non !C’est mon pognon, bordel ! Je n’ai fais que le déposer à la banque parce que somme toute, dans le système actuel, ben je n’ai pas le choix : je suis pratiquement obligé d’avoir un compte en banque. Alors quoi ? Les banques nous volent nos sous ? Ben faut croire que oui, mon bon Monsieur. En tout cas, on en déduit au minimum qu’elles en disposent comme bon leur semble, et peuvent le cas échéant refuser de nous le rendre. Je sais pas vous, mais moi, oui, ça a tendance à m’inquiéter !
Jorion nous offre ensuite son interprétation des propos de Cantona : "Mais c’est pas ça, qu’il a dit Cantona, hein, c’est pas vraiment ça : il a dit "il faut faire la révolution". Il a dit "il faut faire la révolution", alors, c’est vrai que c’est un footballeur, c’est pas un technicien de la finance. Il ne va pas vous dire "ça fonctionne comme ça dans les banques, donc il faut faire comme ça". Il lance une idée en l’air. Il lance une idée en l’air pour dire "on en a marre", "on en a assez", "on en a plein le ..."Bon. (...) Il parle de la révolution, il ne parle pas des banques. Bon, alors il y a des gens qui ont pris ça au vol, alors lui, il va peut-être retirer son argent maintenant de la banque, (mais) c’est parce qu’il ne connaît pas de meilleur moyen pour le moment."
Ah ? Il ne parle pas des banques ? Tiens, pourtant, j’aurais cru ... Attendez, revoyons cette vidéo, voulez-vous : qu’est-ce qu’il a dit, Cantona ?
"(...)Tu parlais de la révolution : on (ne) va pas aller prendre les armes, on va pas aller prendre des"machins" (mitraillettes ?), on va pas aller tuer des gens. La révolution, elle est très simple, au contraire, à faire. Le système, c’est quoi ? Le système, il tourne autour des banques. Le système estbâti sur le pouvoir des banques. Donc il peut être détruit par les banques. C’est-à-dire qu’au lieu qu’il y ait trois millions de gens qui aillent dans la rue avec leurs "machins"(calicots)ils vont à labanque, ils retirent leur argent, et les banques s’écroulent. Trois millions... ou dix millions de gens. Et là, il y a une vraie menace, là il y a une vraie révolution. La révolution, elle se fait dans lesbanques. Et là, on commencera à nous entendre autrement."
Dix phrases et le termes "banque" est mentionné six fois. Alors, effectivement, Cantona parle bien de la révolution, nous sommes parfaitement d’accord. Mais lorsqu’il conclu par "la révolution, elle se fait dans les banques", vous ne pouvez plus dire que Cantona "ne parle pas des banques", qu’il "ne dit pas vraiment ça". Désolé de vous contredire, mais c’est ce qu’il dit, il ne tortille pas du cul, il dit : il faut vider nos comptes en banque, point barre. Paul Jorion modère cependant son interprétation en précisant que Cantona dit cela "parce qu’il ne connaît pas de meilleur moyen". C’est vrai, Cantona il est comme la plupart d’entre nous, simples citoyens, pas vraiment initié aux arcanes de la finance et à l’opacité du système bancaire.
On nous dit - comme le fait encore Lubochinsky - que "nos dépôts font le crédit", alors, quand on voit, comme Cantona, que les grèves, les manifestations, les syndicats, tout ce cirque ne sert plus a rien, qu’on se fiche du peuple et de ses revendications, qu’on renfloue les banques en dressant la facture aux peuples qui n’y sont strictement pour rien, ben qu’est-ce qu’on peut encore faire ?
Raisonnement par A + B : je récupère mon pognon à la banque. "Simplissime", nous dit à un moment Madame Lubochinsky. Ben oui, simplissime, précisément. Mais les choses simples s’énoncent clairement, que je sache, non ? Les idées les plus simples sont souvent les meilleures. Même d’Ockham l’affirmait, nous dit-on en cours de sciences.
Mais dites-moi, je pensais à quelque chose, là : que font les escrocs lorsqu’ils montent une arnaque ? D’abord, ils se font passer pour des personnes de confiance, membres d’un organisme au dessus de tout soupçon par exemple - au service du public si possible. Puis ils présentent un produit ou une solution simple, facile et avantageuse à un problème courant. Ils embobinent le pigeon par des propos mielleux, noient les réponses aux éventuelles questions clefs dans un charabia technique, puis lorsque le pigeon est ferré, ils lui font signer un document et l’affaire est faite. Le pigeon est cuit, le mouton tondu et l’alouette plumée. Curieux, ça me rappelle quelque chose. Mais quoi ?
Bon, revenons à notre débat. Jorion nous expose une idée d’action pour punir les banques. Il dit :"Je propose qu’on interdise les paris sur toutes les fluctuations de prix. Là, vous réduisez les moyens de la finance tels qu’ils sont maintenant, vous les réduisez de 80 % d’un coup et vous la cantonnez à faire des choses utiles." Okay. Peut-être. Pourquoi pas ? Moi j’y connais pas grand chose, moi. Lui, il a l’air de s’y connaître, alors oui, moi je veux bien. Mais je fais comment, moi, simple citoyen, pour "interdire les paris sur les fluctuations de prix" ? Je vais à la Bourse avec un grand calicot "INTERDIT DE PARIER SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX !" ? J’aurais pas l’air con, tiens (remarquez, j’ai l’habitude).
Lubochinsky réplique à cela par une mauvaise astuce de dialectique éristique qui tombe à l’eau, parce que Paul Jorion a visiblement l’air rompu à cet exercice. Et celui-ci de lui river son clou par une autre astuce à la Schopenhauer : l’argument technique. "Je dis : interdiction des paris sur les fluctuations de prix. Par exemple les "CDS position nues"[2], puisque vous voulez être technique."J’aime bien quand un débatteur s’y entend en dialectique et ne se fait pas avoir. Elle n’en menait pas large sur le sujet, du coup, la pauvre Madame Lubochinsky. Jorion one point - Lubochinsky zéro point. Elle ne recommencera pas.
Monsieur Taddéï, qui a tout de même dû, comme moi, cogiter depuis tout à l’heure à cette question de retirer son pognon de la banque, revient avec une question plus directe ; il veut savoir si oui ou non les banques sont tenues de nous rendre notre fric. Réponse collégiale : "Oui, mais pas immédiatement, pas instantanément." Madame Lubochinsky précise : "Sur un dépôt - sur un compte à vue - ils sont tenus de vous le rendre. Alors, il y a des limites "techniques" : au delà d’un certain montant, vous devez nous donner deux ou trois jours, ça dépend des montants." ... Des limites "techniques". Ben tiens. Foutredieu, je reste un indécrottable paysan, moi : dès qu’on me cause "technique", je deviens méfiant, c’est plus fort que moi. Et Lubochninsky de conclure : "Mais quel est l’intérêt de faire ça ? Aucun !"
Et là, Frédéric Taddéï va nous sortir un truc énorme ! "L’intérêt, vous le savez bien, c’est qu’il y a environ 1,5 milliards d’argent dans les banques, et sur les comptes courants, il y a 270 milliards, donc vous savez très bien que vous pouvez créer la panique."
Parle-t-il réellement d’argent "en banque" ou veut-il parler d’espèces "en circulation" (dont une partie serait en banque, et l’autre en circulation) ? Si quelqu’un peut déjà trancher ça ? Cantona, lui, parle de trois millions de personnes qui iraient chercher leur argent à la banque. Le collectifbankrun2010 propose, lui, de retirer son argent des comptes d’épargne et comptes courant. Si effectivement 3 millions de Français (soit environ 5 % de la population Française, seulement) allaient retirer leur argent, ils pourraient en moyenne retirer chacun 500 euros. Cinq cents euros par personne, pour vider un compte courant et/ou un compte d’épargne, c’est pas beaucoup, hein. Et vlan ! plus un kopeck en banque ? Si c’est vrai, alors Cantona a indéniablement raison. Par "sécurité", il monte même le nombre de personnes à dix millions, mais même avec trois millions, on y arrive. Il y a environ 4,6 millions de sans emploi en France : si chacun d’eux allait retirer le même jour 325 euros, les banques seraient vidées ... Là, ceux qui croient encore que les simples citoyens n’ont aucun moyen de faire trembler les banques par le simple retrait de leurs fonds, ben je ne sais pas ce qu’il leur faut.
Bon, d’accord, il n’y aura peut-être en réalité qu’entre 50 et 100 fois moins de gens qui iront réellement retirer leur fric le 7 décembre. Le système ne s’écroulera pas. Pas encore. Mais il va se prendre une bonne petite douche froide. Comme quand on se prend un verre à la figure. En fait, ils savent, eux. Ils savent qu’ils sont fragiles, et que si on veut, on les tient par les couilles. Cela va être démontré par la suite dans le débat.
Madame Lubochinsky nous explique alors que l’on appelle cela effectivement un "bank run" (course au guichet en français). Elle nous dit : "En général, ces courses aux guichets se produisent quand il y a une incertitude sur la qualité de la banque." Oui, Madame Lubochinsky, exactement : "une incertitude sur la qualité de la banque", c’est bien de cela qu’il s’agit. Vous ne croyez pas que l’on a largement de quoi avoir des "incertitudes sur la qualité des banques", après le bordel de 2007 qui nous a plongés dans la crise où nous sommes encore en ce moment ? Vous ne croyez pas qu’il y a une incertitude sur la qualité de la banque quand on voit qu’il faut à grands coups de "rigueur budgétaire" des états, voter en force des plans de sauvetage en Grèce, en Irlande, et demain, où ça ? Le Portugal, l’Espagne, la Belgique et pourquoi pas la France, même ? Bon, alors.
En fait, personnellement, j’ai bien l’impression que le pire va effectivement venir. Je pense que le premier semestre, peut-être même le premier trimestre 2011 verra le système s’effondrer, lorsque le dollar dégringolera. Ce que de toute façon, tôt ou tard, il fera ! Alors tant qu’à faire, autant retirer ses billes avant que cela n’arrive, sans quoi, effectivement, on sera doublement baisés.
Sur ce, Paul Jorion ne nous rassure pas, en répondant à Frédéric Taddéï que oui, cela se produit, il l’a même vécu chez IndyMac, en Californie. "C’est possible, et c’est le talon d’Achille du système bancaire", précise-t-il, confirmant ce que je déduisais ci-dessus. Madame Lubochinsky ne dit pas autre chose, en parlant elle d’un autre exemple de bank run, daté de 2007, en Angleterre, avec la banque Northern Rock, "qui avait simplement un problème de liquidités, qui est un problème vieux comme le monde dans les banques", dit-elle. Ah bon ? Un problème vieux comme le monde ? Vous m’en direz tant.
Comprenant que les propos de Paul Jorion concernant le retrait d’argent à la banque sont de nature à faire peur aux citoyens, Madame Lubochinsky revient sur le sujet : "(...) je m’inscris en faux, je suis désolée : les dépôts des ménages, c’est de l’argent qui leur appartient (aux simples citoyens, ndlr) et la banque les leur rend immédiatement" nous dit-elle. Nous voilà rassurés. Quoique : les exemples ne manquent pas - même en dehors de bank run (je n’en ai jamais connu de mon vivant) - où la banque rechigne à rendre l’argent. J’en ai objectivement connus, notamment avec la Caisse d’Epargne Écureuil, en France. Pour des raisons "techniques" a-t-on répondu à ma compagne, après lui avoir simplement dit "on ne peut pas" sans autre explication (agence de Sedan). Alors à choisir qui je vais croire entre les propos rassurants de Lubochinsky et ceux inquiétants de Jorion, je pense que les faits penchent hélas pour le dernier.
Madame Lubochinsky, mise sur la sellette par Jorion, se défend en expliquant : "Je comprend que les inégalités ce sont extrêmement accrues au cours de ces vingt dernières années à cause du développement de la finance. Ceci étant, ceux qui vont aller - et ceux qui seront le plus pénalisés ! - par des problèmes dans les banques, ce ne sera pas les personnes aisées, ce sera la catégorie des gens les moins aisés." Et que propose-t-elle pour punir les banques ? A part aller voir un film didactique qui nous explique comment le monde de la finance nous plume ? "Vous voulez punir les banques, Monsieur Jorion, c’est pas compliqué, vous limitez l’effet de levier GLOBALEMENT." Très bien, Madame Lubochinsky : par un "effet de levier". C’est que je suis un simple paysan, moi, voyez-vous. Quand on me demande quel est ma culture, je répond "la betterave". Un "effet de levier", je sais ce que c’est : pour soulever mon tracteur, par exemple. Mais pour protester contre les banques et les punir, par contre, je vois pas trop. Sauf à utiliser une barre à mine pour défoncer les portes de mon agence. Ce n’est pas ça que vous suggéreriez, par hasard ? Non, pas vous. Vous êtes raisonnable, Madame Lubochinsky, vous nous dites, en sommes, que le gouvernement peut punir les banques par un "effet de levier" (un terme technique des arcanes financière, j’imagine). Puis ensuite, vous nous dites que de telles mesures seront impossibles (ou inefficaces) car elles ne peuvent pas être prises GLOBALEMENT "parce qu’en même temps, chaque pays essaye d’être le plus compétitif, d’avoir la place financière la plus compétitive. Il y a donc un conflit d’intérêts entre les régulateurs eux-mêmes, et les gouvernants ont un conflit d’intérêts eux-mêmes". Donc les mesures que vous préconisez ne seront JAMAIS prises, et vous le savez pertinemment. Donc nous sommes impuissants.
Attention, chère Madame Lubochinsky, attention ! Jeu dangereux ! Vous semblez méconnaître ce proverbe qui dit que "La violence est le dernier recours de l’impuissance". Si vous nous convainquez que nous sommes impuissants face à l’incurie et le dictat inacceptables des banques et de la finance, vous risquez fort de récolter, non plus de la colère... mais de la violence ! Curieusement, j’ai comme dans l’idée que cela ne déplairait pas à certains, que le peuple se déchaîne quelque peu de façon violente : cela justifierait le déploiement de forces de répression et la prise de mesures encore plus liberticides que celles déjà prises jusqu’ici (lois spéciales contre le terrorisme). Tout droit vers un régime ultra répressif, proto dictatorial. Le seul, en sommes, qui soit encore en mesure de sauver les banques, le monde de la finance et les privilégiés qui en tirent profit face à la révolte légitime des peuples. Comme une sensation de déjà vu, non ?
L’écrivain Percy Kemp, qui était également présent sur le plateau, a très peu parlé, mais je ne voudrais pas vous priver de son intervention, qui allait dans le même sens que celle de Paul Jorion. Il dit notamment : "(...) quand Eric Cantona dit "au lieu qu’il y ait trois millions de personnes qui aillent dans la rue, il faut qu’il y en ait trois millions à la banque"il parle symboliquement en ce sens que ce qu’il veut dire, c’est "si vous en avez marre, il faut sortir du système". Madame parle de carte de crédit ou de crédit à la consommation, mais ce que Cantona dit, c’est qu’il ne faut plus vouloir tout ça, finalement." Encore une fois, je ne crois pas que Cantona parle symboliquement. Je sais ce qu’est un symbole, et ce que Cantona dit n’a rien de symbolique. Cela dit, je suis d’accord sur votre interprétation : il faut sortir du système. De ce système. Il ne s’agit pas de le "réformer" : il est in réformable. Il faut donc le faire s’écrouler pour en sortir, parce que nous sommes aliénés à ce système, que nous le voulions ou non. Il agit tel un égrégore sur nos vies, et nous sommes enchaînés à ce système. Comme les humains de la trilogie Matrix sont enchaînés et aliénés à La Matrice. Comme le dit très bien Percy Kemp en conclusion : "l’appauvrissement n’est pas dû à une diminution des richesse, mais uniquement une augmentation de l’avidité". L’avidité, l’égoïsme et l’individualisme forment le cœur de l’idéologie libérale, c’est sur ce moteur que repose la base de son édifice doctrinal. Par essence, ce système porte en germe le fruit de ses excès. Ce n’est pas un bon système, ni un projet de société souhaitable. Il convient donc d’en changer. Non pour une raison idéologique, non pour une raison morale ou éthique (encore qu’il y aurait des choses à en dire tout de même) mais pour une raison pratique et factuelle : cela ne fonctionne pas !
Paul Jorion conclu en évoquant le syndrome Robin des Bois. "C’est un type de personnage que l’on vous apprend à admirer, quand vous êtes petit, et vous avez peut-être envie, un jour, de devenir un Robin des Bois. Alors quand l’occasion vous est donnée, vous l’utilisez."
Catherine Lubochinsky répond que Paul Jorion mélange tout, que c’est un problème de société. Mais oui, Madame, c’est un problème de société, vous avez raison. Dans une société, tous les facteurs interagissent entre eux, ils sont interdépendants, par conséquent, il n’est pas ici question de "tout mélanger" : tout est intriqué. Oui, Madame Lubochinsky, c’est un problème de société.
Et cette société, nous allons la changer, parce que nous n’en pouvons plus de la vôtre.
Conclusions
Ce mardi 7 décembre (jour probable de diffusion du présent article), nous aurons une idée de la mobilisation à ce bankrun2010, et on saura quel impact il aura sur les banques.
Personnellement, j’ai fais le choix d’y participer, et même de poursuivre le mouvement par toute une série de mesures simples, qui visent toutes à me retirer au maximum du système bancaire tel qu’il existe. Totes choses concrète qui demeure à ma portée de simple citoyen.
Premièrement, j’ai demandé l’annulation d’une "facilité de caisse" (crédit déguisé, à près de 12 % d’intérêts), "facilité" à laquelle je n’ai d’ailleurs jamais souscris : elle m’a été "accordée" (gracieusement, j’imagine ?). On peut d’ailleurs s’interroger sur la légalité de cette façon de faire : n’ayant jamais rien signé relatif à cette "facilité de caisse", ne suis-je pas en droit de réclamer tous les intérêts qui m’ont été ponctionnés ? Il y a là une piste à suivre pour un avocat d’affaire désireux d’aider les simples déposants (on est des millions dans le cas). L’appel est lancé.
Deuxièmement, j’irai retirer quelques deux cent euros (ce qui me reste), ne laissant que moins de cent euros, pour les payement d’urgence.
Troisièmement, je vais envoyer une lettre à mon banquier.
Quatrièmement, je continuerai à l’avenir à ne laisser que le strict minimum sur mon compte courant, et je ne souscrirai pas de compte d’épargne (ce serait idiot, ils tournent à plus ou moins 1.5 % alors que l’inflation tourne à plus ou moins 3 %).
Cinquièmement, je ne vis plus à crédit. Finit les emprunts, finit le crédit à la consommation, finit de payer deux fois le prix des choses. Quand j’achète, je paye cash, et en liquide de préférence : là, on sait ce qu’on dépense, on a un vrai rapport - physique - avec l’argent. L’impact sur la prise de conscience de la valeur des choses est tout de suite très nette.
Sixièmement, je cogite à une proposition visant à mettre en place un autre système, une autre façon de construire les échanges dans une société. Et pour l’action immédiate, je réfléchit à ce qu’il convient d’exiger au monde bancaire, et à la meilleure façon d’utiliser notre propre "effet de levier" : la récupération massive de nos billes. Comme le dit Cantona : là on nous entendra autrement !


[1] notez, dans l’extrait que je met en lien, qui voyons-nous interviewée ? Une certaine Christine Lagarde ...
[2] Credit–Default Swaps



3. EN RESUME 





dimanche 16 novembre 2014

Héroïque Ukraine ! 36 invasions russes en 9 mois / Heroic Ukraine! 36 Russian invasions in 9 months

Source : 

http://www.dedefensa.org/article-h_ro_que_ukraine_36_invasions_russes_en_9_mois_15_11_2014.html

Auteur : Philippe Grasset

Le site Red Pill Times a eu, le 13 novembre 2014, la riche et laborieuse idée de recenser le nombre de fois où, à en croire les autorités additionnées Kiev-OTAN-département d’État-bloc BAO-Presse-Système, – et qui oserait ne pas croire à cette masse référentielle ? – la Russie lança une invasion de l’Ukraine. (L'expression de Stealth Invasion [voir le 2 septembre 2014] doit être rappelée à cette occasion pour confirmer le sérieux du propos.) Le résultat est à la fois surréaliste et effrayant : 36 occurrences ont été déterminées. (36 en 9 mois, ce qui fait exactement 4 invasions par mois, ou une invasion par semaines, ou 0,1042 invasion par jour.) Cela laisse à penser sur l’incroyable héroïsme ukrainien, particulièrement de la direction-Kiev, laissé solitaire à son propre sort (car personne dans le bloc BAO, respectueux du droit international malgré son déchirement affectif, ne se crut autorisé à se porter à son secours comme chacun sait, et c’est bien elle qui a réalisé seule et sans aide sa magnifique révolution). Elle seule, donc, la direction-Kiev, repoussant avec un incroyable courage et une exceptionnelle habileté tactique et stratégique, les tentatives insensées, impudentes et lourdaudes de l’ours russe qui prétend reconstituer “the Evil Empire” (Reagan, 10 mars 1983) ; et encore, reconstituer “the Evil Empire”, on le sait de source sûre, pour mieux manger, à-la-Hitler, la civilisation occidentale elle-même héroïquement rassemblée à Evere (quartier-général de l’OTAN), au Berlaimont (cathédrale centrale des institutions de l’UE), à la Maison-Blanche et dans les salons parisiens (et aussi dans les déplacements intraçables du voltigeur BHL, courant d’une capitale à l’autre, sa dernière pièce cornélienne sous le coude, pour éveiller l’ardeur des peuples trompés par la propagande du KGB). Bref, l’héroïque Kiev a sauvé la civilisation occidentale exactement 36 fois en 9 mois, ce qui est sans exemple dans l’Histoire, depuis Archimède sauvant Syracuse de l’invasion romaine à Churchill sauvant le monde de l’invasion nazie.
Le texte commence ainsi, pour expliquer sa méthodologie et situer l’atmosphère de cette démentielle activité belliciste et infernale à la fois (celle des barbares de l’Est, s’entend) : «As we approach the one year anniversary of the “Euromaidan” protests, and eventual coup of President Yanukovych, one meme has dominated the Ukraine headlines ever since, the ‘Russian military invasion of Ukraine.’
»Last week Ukraine’s Military spokesman Col. Andriy Lysenko, accused Russia of sending tanks, troops and lot’s of other stuff across the border into Ukraine, as reported by the NY Times:
»“Speaking in Kiev, the capital, Col. Andriy Lysenko, a Ukrainian military spokesman, said 32 tanks, 16 howitzers and 30 trucks hauling ammunition and fighters had crossed into the Luhansk region from Russia. He presented no clear evidence to support the claim, nor did the wealth of social media outlets in eastern Ukraine display any footage of a tank convoy. The Kiev government frequently made such claims that could not be substantiated during intense fighting between Ukrainian government troops and separatists earlier this year. Neither NATO nor the Organization for Security and Cooperation in Europe, which is monitoring a cease-fire, could confirm the report.”
»Zerohedge’s article on the newest Russian invasion into Ukraine was aptly titled, “The Ukraine Who Cried Wolf: Kiev Reports 32 Russian Tanks Cross Border, Market Completely Ignores.”
»So how many times has Ukraine, NATO, Jen Psaki and the main stream media “cried wolf?” Let’s find out. First off, doing a simple Google search for just the term, “Russian invasion of Ukraine” yields 1,350,000 results. Lots of Russian invasion stories are floating about online. Let’s get into just how many instances of ‘Russian invasions’ or near ‘Russian invasions’ have been reported this past year, starting from early days of the coup until Col. Andriy Lysenko latest ‘invasion’ announcement.
»It’s a long, long list…»
Effectivement, on dénombre 36 occurrences, chacune renvoyant, dans le texte cité, à un lien qui nous fournit toutes les informations nécessaires. On éprouve à lire ce décompte, à mesure qu’on le parcourt, comme une sorte de vertige charmant, à la fois de se trouver devant une sorte de saynète improvisée pour votre plaisir et pour meubler vos temps mort (saynète, ou «petite comédie bouffonne, à mi-chemin entre l’opérette et la chanson comique», selon Wikipédia), à la fois de découvrir la substance, de toucher au cœur cette substance d’une époque alchimiste ayant découvert le pouvoir de transformer la tragédie du monde en une bouffonnerie où plus on est de fous plus l’on s’amuse.
Plus sérieusement dit, – quoique ce qui précède est plus sérieux que cela n’en a l’air, – il est donc vrai que la politique de la crise la plus fondamentale de notre époque qui en compte pourtant beaucoup est faite par des comiques troupiers qui trouvent leurs renseignements dans les caniveaux des improvisations arrosés de whisky (celui de l’Écosse qui refuse de quitter le glorieux Royaume-Uni) ; ces renseignements enjolivés ensuite par les régiments de bardes “tendance”, nourris de la culture postmoderniste de l’art contemporain à l’image séduisante et également héroïque de l’exemplaire “plug anal” qu’on trouvait il y a peu place Vendôme, au cœur de la Ville-Lumière que tous les oligarques nous envient, avant que la chose ait été dégonflée en un fantastique pet gargantuesque et globalisant et que l'artiste-pétomane McCarthy ait pris la tangente, lui plus simplement comme un pet de lapin. Tout cela est de la même tinette, ou fosse d’aisance mobile, du modèle standard de la même époque post-post-transcendantale.
Ce qui est remarquable dans cette époque effectivement post-post-transcendantale, c’est qu’on ne s’embarrasse aucunement de mesurer, ni de constater, ni même du humer les effets des petites matières à peine malodorantes qu’on dépose à la volée, – sort of diarrhée d’intestins idéologiquement conformes, – dans les colonnes des canards de la presse-Système, pour alimenter la chronique de la narrative. La philosophie du genre se résume effectivement à ce mot, qu’on n’écrira pas à cet endroit exactement pour ne pas leur donner l’importance qu’ils n’ont pas, qui caractérise toute cette activité. La merde a, en effet, selon l’observation scientifique du sapiens courant, la consistance de la dissolution, bien au-delà de la déstructuration et qui n’est plus très loin de l’entropisation (formule dd&e) ; philosophie de la non-essence devenue non-substance, devenue matière fécale bien faite et proche de l'entropisation quasiment réalisées. Un vrai “scénar” pour Hollywood.
Quoi qu’il en soit, il nous est interdit de bouder notre plaisir d’enfin avoir trouvé, dans cette crise ukrainienne, l’événement-phare de la crise d’effondrement du Système. La crise ukrainienne est devenue sans aucun doute la référence absolue d’une époque spécifique, qui est la dernière époque des Derniers Temps. C’est la crise même du “rien”, mais ce “rien” de l’«énorme poids du rien», ce qui suggère l’essentiel : le “rien” accouchant de quelque chose d’énorme. La crise ukrainienne elle-même, qui se signale par cette sorte de “rien” (les 36 invasions russes, ou 0,1042 invasion/jour), accouchant de quelque chose d’énorme puisqu’elle est “l’événement-phare de la crise d’effondrement du Système”. La trouvaille la plus fantastique, qui dépasse de cent coudées les aventures du sympathique Philae posé en douceur surTchouri pour retrouver notre identité originelle et la faire enregistrer aux Nations-Unies comme substitut effectif et satisfaisant de toute ces fariboles sur le “divin” et autre “unité originelle“, est bien cette pharamineuse distance entre le “rien” qui s’impose comme “l’événement-phare de la crise d’effondrement du Système”, cet acte absolument dérisoire jusqu’à l’entropisation, et l’effet produit d’une vastitude à la hauteur de l’ébranlement final de notre super-civilisation, de notre “civilisation exceptionnaliste”, de notre Système à tous.
La crise ukrainienne, considérée dans leur narrative, pour ce qu’elle représente pour eux, est complètement archétypique des événements de notre temps, et c’est pourquoi il s’agit d’une crise haute qui est proche de la perfection. Nous ne parlons pas ici, il est temps de le préciser, de la vraie crise ukrainienne, celle où des gens meurent par milliers, principalement ceux du Donbass traités comme des “sous-hommes” par les bataillons des oligarques et figurant dans leurnarrative comme non-êtres, des inexistants, des accidents inexcusables de la nature, tout comme, de même, la masse des Ukrainiens subissant le malheur d’une terre déstructurée par le Système. Pour eux, certes, le cœur se serre... Mais ce n’est pas d’eux qu’il est question ici, puisqu’il s’agit de leur narrative, celle des élites-Système et de la presse-Système, où ils n’ont pas leur place.
Avec cette narrative qui domine et régule la grande civilisation judéo-chrétienne que nous ne cessons de célébrer, la crise ukrainienne doit nous apparaître comme l’aboutissement du processus antagoniste qui caractérise nos temps communicationnels, avec les psychologie et la raison totalement subverties. Le caractère essentiel qu’engendre ce phénomène est bien que des faits les plus futiles et les plus faussaires, des affirmations les plus inconsistantes et les plus absurdes qui constituent la trame essentielle de leur narrative, surgissent tout de même et par surprise les événements les plus extraordinaires et les plus fondamentaux. Cela explique que cette époque nous apparaît si souvent comme indéchiffrable et que les élites-Système soient absolument désarmées face aux événements qui déferlent, parce qu’elles sont complètement attachées à une vision monstrueusement grossie de ces événements les plus ridiculement accessoires et bien entendu nécessairement les plus complètement faussaires qui sont la structure même de leur narrative. Voilà donc pour conclure notre propos, en attendant la 37ème invasion de l’Ukraine par la Russie.

Mis en ligne le 15 novembre 2014 à 12H14

Le massacre des Snipers, place de l'indépendance à Kiev / The “Snipers’ Massacre” on the Maidan in Ukraine

Source : https://www.academia.edu/8776021/The_Snipers_Massacre_on_the_Maidan_in_Ukraine
Auteur : Ivan Katchanovski.
1
My Interview with Onet (Poland) Concerning The SnipersMassacreon the Maidan in
Ukraine Study: Full-Text English-Language Version
(October 22, 2014)
Ivan Katchanovski. Ph.D.
University of Ottawa
(Published interview version in Polish: Taka jest moja wersja, http://wiadomosci.onet.pl
(October 23, 2014))

1) Why did you start the study on the Maidan-massacre? The situation seemed to be clear.
According to Western Europe, Ukraine society, United States, Polish politics etc. - it was simply
a massacre of innocent oppositionists who were fighting against Janukovych-system. Why did
you have doubts?
I started to research the Maidan massacre because it was the crucial event, which led to the
violent overthrow of the government and gave a start to a large-scale violent conflict that now
turned into a civil war in Donbas. This massacre and the associated overthrow of the
Yanukovych government also led to sharp escalation of a conflict between the West and Russia
over Ukraine, and prompted Russian support for separatists, including its direct military
intervention. My previous academic research included similar issues. I also studied the Maidan
from its very start, including all major episodes of violence prior to February 20.
The governments and the media in Ukraine and the West immediately accepted the opposition
version of the massacre. They claimed that this mass killing was perpetrated by the government
forces on Yanukovych order, while such claims were based on inconclusive evidence. Highly
publicized videos of Berkut using live ammunition and SBU Alfa snipers radio recordings were
presented as definite evidence that they massacred protesters, even though they did not contain
direct and certain proof. Various sources, including opposition deputies, reported shortly after
the massacre existence of a video showing a sniper firing first at the special police and then at
protesters, but this video has not been made public. Ordering the mass killing by Yanukovych
appeared irrational and puzzling from a political science perspective. Yanukovych and his
associates lost all their power and much of their wealth and fled from Ukraine, since the
massacre of the protesters undermined his legitimacy even among many deputies of his Party of
Regions, who joined the opposition and voted to remove him from the presidency. Similarly,
repeated attempts of protesters to advance on the very small and relatively unimportant part of
Instytutska Street seemed also irrational and hard to explain because they came there under
constant fire, and were killed and wounded wave after wave.

2) On the 1st October, you demonstrated the results of your research at the University of Ottawa.
You showed a lot of evidences. Today, are you absolutely sure that the massacre was made by
the opposition?
It is not possible for me as a political scientist to claim absolute certainty. For example, the
evidence, such as videos and bullet trajectories, indicate that involvement of the special police
2
units in killing or wounding of some of the protesters, in particular armed ones, cannot be
entirely ruled out.
But all the major sources of evidence that I analyzed independently indicate the involvement of
the elements of the opposition, including its far right wing, in the massacre. This evidence
includes at least 12 locations of suspected shooters in the Maidan-controlled buildings or areas,
such as the Hotel Ukraina, Zhovtnevyi Palace, Music Conservatory, the Trade Union building,
and the Main Post Office, which then was occupied by the Right Sector. My analysis and
synchronization in time of all publicly available videos of the massacre, including those showing
suspected shooters, and a radio intercept of a group of shooters point to the same conclusion.
Some 30 gigabytes of previously unreported intercepts of radio communications of Internal
Troops units, the SBU Alfa unit commanders and snipers, and other government agencies during
the massacre on February 20 and earlier days of the Maidan, indicate the same. Other sources of
evidence include live statements by the Maidan announcers about "snipers" shooting at the
protesters from Maidan-controlled buildings, such as the Hotel Ukraina and Zhovtnevyi Palace.
Ballistic trajectories indicate that shots came from the same directions. Eyewitness reports by
both Maidan protesters and government special units commanders and public statements by
government officials confirm many of these locations. Types and caliber of weapons, such as
Kalashnikov assault rifles and hunting rifles, bullets and pellets used to shot both the protesters
and the police, and types of wounds among both protesters and the police indicate the same.
There is also a similar track record of politically motivated misrepresentations by the Maidan
politicians of other cases of violence during and after the Maidan and in historical conflicts, such
as their denials of the involvement of the OUN and the UPA in mass killings of Jews, Poles, and
Ukrainians.

3) If we agree with your opinion, we have to admit that Ukrainian-society was cheated.
Whatever the intentions of Ukrainian-opposite-politicians were, we have to admit that the
common people in Ukraine wanted a big change. Young Ukrainians in Kiev dream about
European Union, they want to live in a real-democratic system. Your opinion can disappoint
them but it's not possible to change their dreams about democratic Ukraine. Do you agree?
I agree to a large extent. The Maidan started with mass protests against the Yanukovych refusal
to sign an association agreement with the European Union. It turned into mostly anti-government
mass protest after the violent dispersal of the protesters on November 30th by Berkut. But many
Maidan supporters were also misled to believe that at stake was the issue of Ukraine joining the
EU in the near future.

4) In Russia, there's now a big, well developed propaganda. Lots of people will think that your
concept is a part of pro-Russian propaganda-strategy. What can you tell your enemies? In
Ukraine, you can become an enemy number one. On the other hand, in your opinion, there is
opposition-government who falsifies history. Now, you're waiting for counterarguments made by
Ukrainian-authorities? Are you ready to fight a discussion on the causes of the massacre of
Kiev?
3
Such kind of false and baseless charges already started. Such personal attacks are used to divert
attention from the evidence presented and from finding and prosecuting actual organizers and
perpetrators of the mass killing. In retaliation for my academic research on such issues and on
the OUN and the UPA, my house, the land, and all personal possessions in the Volyn Region of
Ukraine were recently de facto seized with help of local courts on orders from the higher-up
authorities. I did this study as a part of my academic research, and I did not receive any outside
funding or requests to do it. I do not expect that any such new evidence would be presented or
discussion initiated by the Ukrainian government and the media in Ukraine.
The findings about the "snipers'" massacre also provide a rational explanation for the Russian
actions in Ukraine after the largely violent overthrow of the pro-Russian government,
specifically, Russia's support for separatists, its illegal annexation of Crimea, and its military
intervention in Crimea and Donbas. Russian propaganda incorrectly represented the ouster of
Yanukovych as a fascist coup, and similar propaganda was used on other important issues, such
as denials of their direct military intervention in Crimea and then in August in Donbas. But Putin
and other Russian government officials also publicly stated that the opposition, and specifically,
the Right Sector, organized the massacre on February 20 as a key part of a violent overthrow of
the pro-Russian government, although they did not present specific evidence. It is now appears
that they had such evidence, likely from intelligence sources and the Yanukovych government
officials who fled to Russia. An international investigation of the massacre could help to reduce a
possibility of a full-scale war between Russia and Ukraine.

5) Maidan-revolution is one of the newest, important part of European history. We have a
complete different perspective on the massacre in Poland, Russia, Ukraine... If you have to
explain to your students: "what happened and why it happened - in Kiev 20 February 2014 -
what would you say?
The massacre of the protesters and the police was organized by an alliance between elements of
the Maidan opposition and the far right in order to seize power. This was a rational action which
achieved its goals with use of such methods. This violent overthrow constituted an undemocratic
change of government, and the mass killing was a major human rights crime.

6) In Poland, we have a distance to conspiracy theories. Four years ago, we experienced the
Smolensk disaster in which our president and 95 other people died. After this tragedy, many
scientists have created all sorts of theories. Why should we believe you? In your theory, what are
the strongest evidences?
I do not believe in conspiracy theories. My study is based on the various sources of evidence,
which independently corroborate each other and can be easily accessed and verified. The
strongest evidence includes a few remaining publicly available recordings of live broadcasts
showing suspected shooters on the roofs of Zhovtnevyi Palace and Muzeinyi Lane buildings
during the height of the massacre. I also found on a radio scanners forum time-stamped radio
intercepts of Security Service of Ukraine Alfa commanders and Internal Troops on February 20.
These previously unreported intercepts contain specific information about “shooters” or
“snipers” from the Maidan side, their use of live ammunition against the government police and
security forces on February 18-20, and about movement of these shooters to the Hotel
4
Ukraina that coincided with the start of the mass killing of the protesters in the morning of
February 20.

7) You suggest that the massacre might have been created by the members of Right Sector. In
Poland, we talk a lot about this organization. We are afraid of RS. What do you think about this
organization? What are theirs objectives?
In Poland, we also talk a lot about the party "Svoboda", which honor the authors of the Volyncrime.
For many Poles, it is incomprehensible that Polish politicians stood shoulder by shoulder
with the policies of Svoboda during the Maidan-revolution. In your opinion, is Svoboda a threat?
The Right Sector is an alliance of radical nationalist and neo-Nazi organizations and football
ultras. These organizations regard themselves to various extent as ideological heirs of the OUN
and the UPA. The Right Sector was formed at the beginning of the Euromaidan mass protests. It
played a key role in other major cases of violence, such as attempts to storm the presidential
administration on December 1 and the parliament in the end of January and on February 18. The
evidence points to the Right Sector involvement in the mass killings of both the protesters and
the police. Such evidence includes a shooting of a female medic from the Main Post Office when
it was occupied by the Right Sector, and its involvement in the creation of a special combat
company based in the Conservatory building. Shooters killed and wounded many Berkut
members in the early morning of February 20 from the Conservatory building, and then moved
to other locations from which many protesters were killed and wounded later in the morning.
The Right Sector achieved its goal of the ouster of the Yanukovych government, but its main
goal is the "national revolution." While they formally are not represented in the Maidan
government, the Right Sector and its constituent organizations, such as the Social National
Assembly, formed their paramilitary units or special police battalions with the new government
support.
Svoboda played an important role in the Maidan protests, and it occupied several important
positions in the Maidan government. Its participation also led to wide use of OUN and UPA
slogans and symbols by relatively more democratic and non-nationalist opposition parties and
protesters during and after the Euromaidan. Svoboda leaders tried to moderate in public their
previous extremist orientation and statements. However, there are important but still unanswered
questions about their involvement in the massacre.

8) In your research, you write about numerous errors/lies of Ukraine's authorities. For example:
one of the commanders of Berkut were accused of shooting protesters using rifles but... few years
earlier he lost his hand so it wasnt possible. What can you say about your biggest surprises
during working on the massacre-research?
I was surprised by the sheer amount of different kinds of evidence that was publicly available,
but was ignored, suppressed, or misrepresented by both the government and the media in
Ukraine. Another surprise was that the Western governments showed a little interest in
independent investigation of the massacre.
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9) In your research, you affirm that snipers in Maidan were aiming for example at foreign
journalists. Assuming your theory, could the death of Polish and other journalists be convenient
for the authors of the massacre?
Rooms occupied by many foreign journalists, for instance, from BBC, the Associated Press,
Polish TVP, American ABC News, the Australian Broadcasting Corporation, German ARD, and
Russia RT, came under fire from Maidan-controlled buildings. Because nobody of them was
killed or wounded, in contrast to the protesters, it is likely that the journalists from the leading
foreign media were targeted to prevent them from filming the actual shooters.

10) To summarize: in your opinion, is all Ukrainian-revolution based on a big lie?
The "snipers'" massacre and its misrepresentation by then opposition politicians and the media in
Ukraine played a key role in the overthrow of the government. The legitimacy of the new
government also rests to a significant extent on such misrepresentation. For this reason, the
investigation of this crucial case of the mass killing has been manipulated and delayed. The
misrepresentation of the Maidan massacre helps to understand similar misrepresentations of the
Odesa massacre and civilian casualties of the civil war in Donbas. The Euromaidan protest
movement and the major political changes and developments that it produced in Ukraine cannot
be reduced to this massacre. That said, this case of mass killing already had a major impact on
the future of Ukraine by giving a start to large-scale violent conflict that turned into the civil war,
helping to prompt the Russian military intervention, and de facto break-up of Ukraine.


vendredi 14 novembre 2014

Reportage de guerre à Donetsk : un point de vue américain sur l'invasion russe / War report on Dontetsk : an american glance about the russian invasion

Plusieurs personnes présentes dans ce film sont considérées comme des terroristes par les autorités ukrainiennes. L'auteur de ce film, le journaliste américain Miguel Francis Santiago, vous laisse juger.





mercredi 12 novembre 2014

La décroissance, un mot-obus par Paul Ariès / The degrowth,a word-shell by Paul Ariès

Source :  http://decroissance.free.fr/Un_mot-obus.pdf

Le mot d’ordre de la décroissance a rencontré en l’espace d’un an un vif succès. Mais dénoncer les errements de notre société ne suffit pas, nous devons défendre les valeurs de partage et de démocratie : la décroissance doit être bien comprise comme une chance pour tous, et non comme un appauvrissement. Nous devons aussi porter cette parole de dissensus dans la sphère politique, que nos adversaires seraient trop heureux de nous voir délaisser.
Nous savons qu’il n’existe pas de développement et de croissance sans fin. Au contraire, nous pensons que notre humanité n’émerge que lorsque nous sommes capables de nous fixer des limites. Mais il ne suffit pas d'être contre la croissance économique et les sociétés développementistes, nous devons dire à partir de quels points de vue, en nous fondant sur quelles valeurs nous voulons construire un autre type de société. La question n'est pas seulement d'être pour la décroissance, mais de savoir quel contenu nous voulons lui donner, car, s’il existe une théorie critique de la croissance, il n'existe pas de théorie toute faite de la décroissance. Ce mot d'ordre est un mot-obus pour pulvériser la pensée économiste dominante, qui ne se limite pas au néo-libéralisme.
Le succès rapide du mot d’ordre de la décroissance est dû à la coexistence de quatre crises majeures du système : une crise environnementale (dérèglement du climat), une crise sociale (montée des inégalités), une crise politique (désaffection et dérive de la démocratie), une crise de la personne humaine (perte de sens). Le système développementiste écrase l'homme comme il écrase les liens sociaux et détruit la nature. Le mot d'ordre de la décroissance est donc une tentative pour amorcer une sortie à cette quadruple crise.
Le terme a des inconvénients : il est négatif, il flirte même parfois avec des figures douteuses : celle de «la terre ne ment pas» du maréchal Pétain ou les déclarations du baron Seillière : «Il faut siffler la fin de la récréation». Nous sommes donc sur une ligne de crête. Mais la décroissance a un avantage considérable sur ses concurrents : il est très difficilement récupérable. Il attaque frontalement le capitalisme et la société de consommation dans leur idéologie mais aussi dans leur imaginaire sans se limiter à leurs conséquences.
Le partage au centre Face au concept de décroissance, des économistes altermondialistes ont développé récemment l’idée d’une «décélération» de la croissance (1). Ce terme a pour handicap de se vouloir à la fois dedans et dehors. La «décélération», ce serait les avantages de la croissance moins ses inconvénients. En voulant ménager la chèvre et choux, il renforce l'illusion que nous voudrions faire «la même chose en moins». La «décélération» nous cantonne dans le domaine du quantitatif, du comptable, de l’économisme. La décroissance, elle, pose la question du contenu des richesses, donc celle l'utilité sociale des biens.
Nous ne devons pas craindre de réaffirmer sans cesse que la décroissance ce n'est pas la décroissance de tout ni pour tous. Elle s’applique aux « surdéveloppés », à l’«ex-croissance», à des sociétés et des classes sociales dont l’obésité et la boulimie sont des conséquences de la captation de richesses des plus faibles, en même temps qu’un processus d’auto-destruction. La question du partage, donc de la démocratie, précède celle de l'économique.
A partir de là, le mouvement en faveur de la décroissance doit travailler à l'articulation de trois niveaux de résistance : le niveau de la résistance individuelle, la simplicité volontaire ; le niveau des alternatives collectives, qui permettent d'inventer d'autres façons de vivre pour les généraliser ; le niveau politique, c'est-à-dire celui des débats et des choix collectifs fondamentaux de société. Nous ne devons pas laisser le champ politique à nos adversaires : nous devons être des empêcheurs de développer en rond. Si nous ne pratiquons pas le dissensus politique, base de la démocratie, personne ne le fera à notre place. Le concept de décroissance sera même dévoyé de son sens et instrumentalisé par des esprits intéressés.
Les conditions sont aujourd'hui mûres pour que notre discours soit entendu et fasse problème.
Il est de notre devoir de citoyen de nous engager et de participer au processus démocratique.
Nous devons expliquer aux exclus et aux déçus de la croissance, à tous les sans-voix que la vraie alternative n'est plus entre croissance et décroissance, mais entre récession et décroissance.
Non au catastrophisme Nous devons pour cela prendre garde à tout discours pessimiste comme celui sur la pétroapocalypse, c’est-à-dire la fin du pétrole vu comme un chaos inéluctable. Non seulement cette posture est dangereuse car elle démobilise et favorise les comportements cyniques, mais, surtout, elle laisse croire que nous choisirions la décroissance... faute de mieux. Même si une croissance illimitée était possible, surtout si elle était possible, nous serions plus encore des objecteurs de croissance pour pouvoir être tout simplement des humains, pour ne pas succomber aux fantasmes de toute-puissance. Nous ne défendons pas la décroissance avec le langage du nécessaire mais avec celui du politique. Le catastrophisme à la Yves Cochet (2), député des Verts et ancien ministre de l’environnement, entretient l'idée que nous serions condamnés à la décroissance. Quelles que soient les bonnes raisons écologiques, nous devons refuser d’abord l'aliénation d'une société qui réduit l’homme à sa seule dimension économique.
Les tenants de la décroissance ne sont pas des écolo-pessimistes, ni des archéo-nostalgiques rêvant à la société d'hier. Il ne s'agit pas de revenir en arrière vers un pseudo paradis perdu, il s'agit collectivement de bifurquer. Nous ne sommes pas davantage de nouveaux puritains jouant à plus-décroissant-que-moi-tu-meurs ! Nous ne voulons pas remplacer le politique par le jugement moral ni réduire la morale au religieux. Nous ne venons pas vers les gens en jetant des anathèmes : la décroissance n'appartient à personne. Nous savons que ce nouveau paradigme bouleversera les filiations politiques, idéologiques, philosophiques pour redistribuer les cartes et les alliances nécessaires pour repenser le monde. Mais nous ne partons pas au combat les mains vides : nous savons par exemple qu'il faudra faire avec la relocalisation de l’économie. Notre décroissance nous la voulons conviviale, immédiate et socialement équitable.
Paul Ariès


1- Le développement a-t-il un avenir ?, ATTAC, Ed. Mille et une nuit, 2004. Le mot décélération est proposé comme « première étape vers une décroissance sélective ».2- Intervention au colloque de Montbrison, organisé par l’institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenalble (IEESDS), les 5 et 6 février 2005.

lundi 10 novembre 2014

Edward Snowden : "Nous avons un droit à la révolution" / Edward Snowden: " we have a right for the revolution

Source de l'article  : 

http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/30/edward-snowden-nous-avons-un-droit-a-la-revolution

Auteur de l'article : Gabriel Hassan
Dans une interview très politique au magazine américain The Nation,l'homme à l'origine des révélations sur la NSA défend le principe de la désobéissance civile.

Image extraite d'une vidéo diffusée par Wikileaks, montrant Edward Snowden lors d'un dîner entre d'ex-agents d'espionnage américains et des activistes à Moscou, le 9 octobre 2013 - AFP/WikileaksImage extraite d'une vidéo diffusée par Wikileaks, montrant Edward Snowden lors d'un dîner entre d'ex-agents d'espionnage américains et des activistes à Moscou, le 9 octobre 2013 - AFP/Wikileaks
"Si nous nous contentons de suivre les règles que l'Etat nous impose, [...] nous ne changerons rien." Dans une longue interview au magazine de gauche The Nation, Edward Snowden défend le droit à la désobéissance civile "lorsque l'Etat agit contre l'intérêt général". Une désobéissance qui ne doit pas être elle-même encadrée par des règles.

"Nous sommes une démocratie représentative. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Par l'action directe. [...] Nous avons un droit à la révolution", soutient le lanceur d'alerte à l'origine des révélations sur l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA), qui vit toujours à Moscou.

Edward Snowden, qui cite en exemple le mouvement Occupy Wall Street, défend ainsi la légitimité de ses divulgations, contre les accusations des responsables américains.

Une culture d'impunité


Il critique ensuite ouvertement le gouvernement des Etats-Unis. "La plus grande déception au sujet du gouvernement Obama, affirme-t-il, c'est que, au lieu de faire machine arrière, il aura poussé encore plus loin les violations de la loi qui avaient cours sous George W. Bush".

Snowden déplore en particulier que James Clapper, l'actuel directeur du renseignement national américain, n'ait pas été puni pour avoir déclaré au Congrès, en mars 2013, que la NSA ne collectait pas les données de millions d'Américains. "Si nous laissons nos responsables enfreindre la loi publiquement sans conséquences, nous instituons une culture de l'impunité", souligne-t-il.

Une Magna Carta des droits numériques

Interrogé sur les conséquences de ses révélations, l'ancien consultant de la NSA distingue "deux voies de réforme : la voie politique et la voie technique". "Je ne pense pas que la voie politique aboutisse, estime-t-il. Le sujet est trop abstrait pour la plupart des gens (...). Et nous ne sommes pas dans une époque révolutionnaire."

En revanche, Snowden place beaucoup d'espoirs dans la réforme "technique". "Depuis les révélations, on a assisté à un changement majeur dans les fondements et le fonctionnement d'Internet", explique-t-il, prenant l'exemple du nouvel iPhone 6 d'Apple, équipé d'une technologie de cryptage. "Les entreprises américaines ont compris que le gouvernement n'avait pas seulement mis à mal des principes américains : il a causé du tort à leurs activités", note le lanceur d'alerte.

Snowden entend d'ailleurs se consacrer désormais à la "réforme technique", "parce que je ne suis pas un politicien [...] ; je parle le langage de la technologie". Il insiste sur la nécessité pour cette génération de créer "une Magna Carta pour Internet" – une référence à la "Grande Charte des libertés d'Angleterre" octroyée en 1215 par le roi Jean sans Terre – et de définir des "droits numériques".