lundi 14 janvier 2019

Les blessés éborgnés par les forces de l'ordre ne le sont pas par accident... une situation que le RIC pourrait rapidement modifier...


Le LBD 40 doit être retiré de la liste des armes de maintien de l'ordre

Selon le décompte partiel du collectif Désarmons-les, douze personnes ont perdu un œil dans la répression du mouvement des gilets jaunes. Quatre ont perdu une main. Les tirs de balles en caoutchouc avec les LBD 40 ne sont pas, contrairement à ce qu'affirme la police, imprécis. Enquête.
Franck, 20 ans, victime d'un tir de LBD 40. Il a perdu son oeil. - © Reflets
Derrière les chiffres froids des blessés, il y a des êtres humains, des souffrances, des séquelles qui resteront à vie. Franck, par exemple, a vingt ans. Le premier décembre 2018, il parlait avec sa mère au téléphone pour la rassurer alors que les manifestants étaient nassés autour de la place de l’Étoile. Il est soudain frappé au visage par un projectile tiré par un LBD 40 (lanceur de balles de calibre 40 mm), la nouvelle arme à la mode pour le maintien de l’ordre. Au cours des manifestations parisiennes couvertes par Reflets, nous avons pu constater la présence massive de cette arme dans les mains des forces de l'ordre engagées. Comme s'il était désormais impossible de contenir une manifestation sans cette arme. Qu'il s'agisse de policiers en civil ou de policiers en tenue, tous les groupes croisés disposent de ces lanceurs de balles en caoutchouc. Le LBD 40 a remplacé le "Flash Ball". Il est plus puissant (il porte plus loin) et il est plus précis.
Comparatif des différents lanceurs de balles en caoutchouc réalisé par la police - Document Taranis.
Comparatif des différents lanceurs de balles en caoutchouc réalisé par la police - Document Taranis.
« On voulait marcher symboliquement mais les lacrymogènes tombaient en pluie. On ne pouvait pas fuir, nous étions encerclés », explique Franck d'une voix posée. A terre, après avoir été percuté par un tir de LBD 40, un CRS lui appose une couverture de survie et, contrairement aux devoirs du fonctionnaire de police, celui-ci s’éloigne. Ce sont deux gilets jaunes qui vont le prendre en charge, appeler sa mère et les pompiers. Franck est l’une des douze personnes éborgnées depuis le mois de novembre, selon le décompte partiel du site Desarmons.net. Quatre personnes ont perdu une main dans l'explosion de grenades.
Descriptif du LDB 40 par la police dans un document interne - D.R.
Descriptif du LDB 40 par la police dans un document interne - D.R.
Rarement un mouvement social aura été réprimé aussi violemment. "Le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd'hui, tout simplement ridicule", expliquait le chercheur Fabien Jobard dans un entretien au Monde le 20 décembre dernier.

Comment peut-on intellectuellement justifier des mutilations à vie ?

Dans le même temps, le donneur d'ordre des forces de l'ordre, c'est à dire le pouvoir exécutif, multiplie les appels au calme de la part des manifestants et martèlent que le président Emmanuel Macron a répondu très largement à leurs demandes. Dans les faits, c'est faux, mais cela conforte l'idée selon laquelle les manifestants qui continueraient de manifester n'auraient pas de raison valable de le faire. A tel point que des membres du gouvernement ont employé le terme "factieux" pour les désigner. Difficile pourtant de voir dans les cohortes de parents, de mamies et de papys qui défilent dans les rues de Paris, de dangereux factieux... Est-ce à dire qu'une fois qualifiés de "factieux", le gouvernement trouve intellectuellement acceptable de mutiler à vie des citoyens ?
Steven, blessé le 8 décembre - D.R.
Steven, blessé le 8 décembre - D.R.
Steven, vingt ans comme Franck, était à la manifestation parisienne le 8 décembre. Il en est revenu avec une fracture ouverte à la main, une autre au tibia.
Steven a été blessé à la main - D.R.
Steven a été blessé à la main - D.R.
« On était encerclés. Je m’étais pris la tête avec des casseurs. Au début, j’ai cru que c’était eux. Mais non. J’ai pris une balle de LBD 40 dans le tibia et des coups de matraque sur la main. J’ai perdu connaissance et je me suis réveillé à l’hôpital », confie-t-il.
Le tir de LBD a provoqué une fracture ouverte du tibia - D.R.
Le tir de LBD a provoqué une fracture ouverte du tibia - D.R.
Là, sa porte est gardée par deux policiers qui ne lui adressent pas la parole. Il comprend qu’il est en garde à vue. Comme Franck, il venait de Haute-Marne. A l’hôpital, sa demande de voir un avocat reste sans réponse. Il ne sera jamais interrogé et, soudainement, les policiers quittent le pas de sa porte. Il ne les reverra pas, pas plus que son téléphone. Aucun document ne lui sera remis. Il ne sait pas si des charges ont été retenues contre lui. Il garde toutefois de l'aventure un souvenir cuisant : deux mois en fauteuil et 45 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT).

Créer un sentiment de peur et de sidération ?

L’effet recherché par la répression violente qui s’est abattue sur les gilets jaunes est sans doute de les épouvanter pour que le nombre de manifestants baisse. Le résultat est toutefois inverse. Tous les blessés interrogés par Reflets affirment que leur détermination est renforcée.
Jim venait pour sa par de l’île d’Oléron, avec sa femme, pour participer à la manifestation du 8 décembre à Bordeaux. « On ne connaissait pas la ville. On a essayé de partir par les petites rues mais les policiers en civil bloquaient et nous tiraient dessus. J’ai voulu protéger ma femme, indique-t-il. Après… Je ne me souviens plus de rien ». Il a été victime d’un tir de LBD 40 au visage et a perdu un œil tandis que l’autre a perdu en acuité. « On m’a fait une piqûre d’adrénaline. Je me rends compte que j’ai failli y passer. Je me suis réveillé le dimanche. J’ai 15 fractures au visage et désormais, j’ai une plaque en titane sur le côté droit ». Tout comme Franck, qui a eu le crâne ouvert d’une oreille à l’autre pour passer sa plaque en titane.
Jim, blessé à Bordeaux a perdu un oeil. L'autre a perdu en acuité. - D.R.
Jim, blessé à Bordeaux a perdu un oeil. L'autre a perdu en acuité. - D.R.
« J’ai la rage, explique Jim. Je suis un ancien para. Si l’on vise la tête, c’est que l’on a des ordres ! 220 joules en pleine tête, ce n’est pas anodin. C’est pour faire peur aux autres. Qui radicalise l’autre ? Vous savez, tous les proches des victimes sont très en colère. Il faut changer la politique de maintien de l’ordre ». En effet...
Armement des forces de l'ordre en France et en Europe. Source : Acat France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - D.R.
Armement des forces de l'ordre en France et en Europe. Source : Acat France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - D.R.
Au cours de chacune des manifestation que nous avons suivies depuis le 8 décembre, le processus se répète : les manifestants marchent dans le calme. Soudain, les forces de l'ordre organisent une nasse. Enferment les manifestants dans un périmètre restreint pendant une demi-heure ou une heure. La tension monte, les forces de l'ordre tirent des gaz lacrymogènes, la tension monte encore d'un cran, les affrontements deviennent plus violents, la police riposte avec des grenades de désencerclement et des tirs de LBD 40. Il ne s'agit pas de prendre parti dans un match qui opposerait les gilets jaunes aux forces de l'ordre, mais de dresser un constat objectif, basé sur une observation in situ. A chaque fois que la police a nassé sans raison apparente les manifestants, cela a dégénéré. Ce fut le cas par exemple lors de l'Acte VIII quand la police a soudain stoppé la manifestation au niveau du musée d'Orsay et de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor. Jusque là, il n'y avait pas eu d'affrontements. A de très nombreuses reprises, l'usage des grenades de désencerclement ou les tirs de LBD étaient inutiles, la sécurité des forces de l'ordre n'étant pas mise en cause. Rien en tout cas qui ne pouvait se régler avec du gaz lacrymogène.
Plusieurs policiers interrogés par Reflets plaident l’erreur lorsque les tirs de LBD atteignent les visages. « Vous savez, en manif, vous faites des tirs réflexe, ça peut très bien atteindre le visage par erreur. Il y a de la fumée partout… Et puis on trimbale les armes dans des sacs, dans des coffres de voiture, les viseurs peuvent être déréglés », explique l’un d’eux. Mais cette théorie ne tient pas.
En effet, comme l'a relevé un internaute, les LBD 40 sont tous équipés d’un viseur électronique (holographique) de la société EOTech, réglés et scellés.
Le viseur holographique EOTech et les scellés. - © Reflets
Le viseur holographique EOTech et les scellés. - © Reflets
Selon un document de formation à l'usage des LBD mis en ligne par Taranis, « le viseur électronique permet des tirs réflexe précis et rapides ou des tirs ajustés par mauvaises conditions de visibilité ».
Document de formation au tir avec LBD de la police - Taranis
Document de formation au tir avec LBD de la police - Taranis
Selon les tests du bureau de l’armement de la police nationale effectués avec un LBD 40 muni de ce viseur, le cercle de dispersion, l’écart constaté entre deux tirs à 25 mètres est de 14 centimètres. On peut en conclure que pour être parfaitement précis, il faudrait utiliser cette arme à moins de 10 mètres, distance minimale retenue par la police pour un tir sur une personne si l'on veut éviter des lésions graves. Quoi qu'il en soit, la doctrine impose un tir dans les membres inférieurs, le thorax ou les membres supérieurs. C'est à dire des parties du corps qui sont à plus de 14 centimètres de la tête et plus particulièrement des yeux.
Test de précision du LBD par la police nationale (document Taranis) - Taranis
Test de précision du LBD par la police nationale (document Taranis) - Taranis
Au cours des dernières manifestations, nous avons pu constater que les tirs de LBD ne se font pas dans les jambes ou le torse, mais toujours à hauteur de visage ou au mieux, de plexus.
"Tant que la décision de tirer n’est pas prise, le LBD de 40 mm est maintenu en « position de contact » – pointée en direction de la menace, l’axe du canon sous l’horizontale, l’index le long du pontet, sans contact avec la détente." indique la doctrine. Un oubli ? - © Reflets
"Tant que la décision de tirer n’est pas prise, le LBD de 40 mm est maintenu en « position de contact » – pointée en direction de la menace, l’axe du canon sous l’horizontale, l’index le long du pontet, sans contact avec la détente." indique la doctrine. Un oubli ? - © Reflets
Le 15 octobre 2014, le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur, exposait les conditions d’utilisation du fameux LBD. Ce dernier « peut constituer, dans le respect des lois et des règlements, une réponse graduée et proportionnée à une situation de danger lorsque l’emploi légitime de la force s’avère nécessaire pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse ».
Pendant la manifestation du 5 janvier - © Reflets
Pendant la manifestation du 5 janvier - © Reflets
Le ministère précise que l’arme n’est pas létale (contrairement à certains fabricants qui qualifient ce type d'équipements de moins-létal) mais qu’elle peut occasionner des lésions graves à moins de 7 mètres. Il ne doit être utilisé « que pour protéger une valeur supérieure à celle sacrifiée par son usage » ou lors « d’un attroupement mentionné à l’article 431-3 du code pénal, en cas de violences ou voies de fait commises à l’encontre des forces de l’ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu’elles occupent ». Par ailleurs, le ministère précise que cette arme ne doit pas être employée pour viser la tête : « Il appartient au porteur de l’arme d’éviter de recourir au tir de Flash-Ball quand la personne en cause présente un état de vulnérabilité manifeste (blessure visible, état de grossesse apparent, situation de handicap évidente, âge de la personne visée, etc.). Les zones préférentielles de visée sont le torse et les membres supérieurs et inférieurs. La tête n’est pas visée ». Enfin, le ministère précise que la personne touchée doit rester « sous surveillance constante » des agents de police, ces derniers devant faire appel aux services de secours. En outre, un décompte précis des tirs doit être réalisé et donner lieu à des rapports circonstanciés. Aucun des blessés interrogés par Reflets ne mentionne la présence auprès d’eux de policiers après les tirs.
Le ministère est très précis sur les actions à mener après un tir au moyen d'un LBD 40 :
Après un tir, il convient de vérifier sans délai si la personne atteinte par un projectile et qui a été interpellée ne présente aucune lésion. Dans tous les cas, l’individu touché reste sous la surveillance constante des agents de la police ou de la gendarmerie nationales. Quelle que soit la zone corporelle atteinte, un examen médical doit être pratiqué dans les meilleurs délais et un certificat médical descriptif doit être délivré par le praticien. Dans tous les cas d’usage de l’arme, que celui-ci soit suivi ou non d’une interpellation, les circonstances l’ayant justifié, les différentes diligences éventuellement accomplies et l’ensemble des actes subséquents devront systématiquement faire l’objet d’un compte-rendu précis (procédure judiciaire, rapport administratif, message, etc.). Le cadre légal et les modalités d’utilisation (nombre de tirs, distance estimée, etc.) seront notamment mentionnés. Afin d’évaluer l’impact de l’emploi de ce matériel sur les conditions générales d’intervention face à des situations de violences et bénéficier ainsi d’un retour d’expériences significatif des difficultés rencontrées sur le terrain, à chaque usage opérationnel du LDB de 40 mm: – les militaires de la gendarmerie rendent compte à leur hiérarchie selon la procédure «EVENGRAVE»; – les fonctionnaires de police remplissent une déclaration individuelle, à titre de compte-rendu, via le traitement relatif au suivi de l’usage des armes (TSUA).
Les munitions doivent être comptées avant et après usage. Une piste pour les enquêteurs de l'IGPN qui se heurteront au défaut de numéro d'identification des policiers en civil, ceux-là même qui font un usage immodéré des LBD 40 depuis deux mois ?
Marie a eu plus de chance. Elle n’a pas été blessée. Mais elle fait partie des nombreuses personnes arrêtées « préventivement », avant même d’avoir vu le début d’une manifestation. « On débarquait du Jura. Nous étions environ 50 dans un bus. A peine sortis, on a été interpellés par la BAC. Nous avons fait 15 heures de garde à vue, nous avons été pris en photo sous toutes les coutures » explique-t-elle. « Je ne sais pas ce que vous foutez ici » lui aurait dit un officier de police judiciaire au commissariat. « Les femmes étaient entassées dans une cellule de dégrisement. Quand vous n’avez jamais eu affaire à la police, ça fait drôle de se retrouver dans une cellule couverte d’excréments. Je suis asthmatique et cardiaque. Je n’ai pas pu voir de médecin. Mais vous savez, ça renforce la détermination des 50. On ne se connaissait pas et maintenant, on se parle tous les jours ». Marie écope d'un rappel à la loi pour avoir "participé à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens". Elle pourra être poursuivie si elle commet une nouvelle "infraction" de ce type dans les six ans à venir. Un bon moyen de réduire le nombre de manifestants à l'avenir...
Les interpellations "préventives" sur la base d'un texte un peu flou voté sous Nicolas Sarkozy, ont été l'une des méthodes utilisées pour faire baisser le nombre de manifestants lors des différentes manifestations.

Quelles responsabilités ?

« Vous savez, ces blessures laissent des séquelles à vie. Nous sommes une sorte d’association des gueules cassées par armes de la police », explique un membre du collectif [Désarmons-les](www.desarmons.net). « Avant 2018 on avait 2 ou 3 personnes mutilées par ans. En 2018, avant les gilets jaunes, on était plutôt autour de 5. Depuis novembre, les chiffres explosent », poursuit-il.
L’usage des LBD est autorisé par le responsable hiérarchique, qui tient ses directives du préfet, qui les tient lui même du ministère, indique un policier. « C’est la plupart du temps oral et nous savons très bien que celui qui sera poursuivi, c’est le policier auteur des tirs, pas l’Etat », conclue-t-il.
Mais comme la plupart des policiers auteurs des tirs sont en civil, sans signe distinctif permettant de les identifier, les procédures ont peu de chances d’aboutir... Pratique.

Flagrant délit de censure dans la Libre Belgique... A propos des inégalités sociales

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En mars 2018, la collaboration entre le magazine Financité et La Libre prenait subitement fin, après 12 années pendant lesquelles le premier fut trimestriellement encarté dans le second.
Retour sur un cas de censure avéré, typique d’un contrôle de la  pensée, généralement plus insidieux, propre à nos sociétés « modernes ».
Kairos : Décris-nous en quelques mots ce qu’est le magazine Financité ? 
Julien Collinet : Financité magazine naît il y a 12 ans. À la base, Financité était une association qui informait uniquement le public sur tout ce qui a trait à l’investissement solidaire. Elle est ensuite devenue une association d’éducation permanente avec une mission d’information et de sensibilisation par rapport à la finance en général. Ensuite, il y a eu une évolution vers des thématiques beaucoup plus larges et un intérêt pour davantage de choses. Du coup, ce magazine qui au départ était consacré uniquement à l’investissement solidaire s’est transformé en quelque chose de plus critique autour de la finance, de sujets économiques globaux et leurs implications sur les gens, en travaillant par exemple sur la spéculation alimentaire. Il faut savoir que dès le deuxième numéro, le magazine était encarté dans La Libre Belgique mais nous le distribuions aussi dans 400/500 lieux de dépôt en Wallonie et à Bruxelles : des cafés, des CPAS, des Maisons médicales, etc., plus nos abonnés qui le reçoivent par la Poste. 
Quelles ont été vos relations avec La Libre au départ et par la suite ? 
C’était vraiment très bien. On avait nos rendez-vous annuels, j’échangeais toujours avec eux. Il faut savoir qu’ils avaient en charge l’impression du magazine, ils étaient très contents, avaient de très bons retours de leurs lecteurs. Les gens pensaient même souvent que c’était un supplément de La Libre Belgique. On m’a toujours dit que ça les arrangeait, leur faisant un contenu rédactionnel de qualité en plus. Il n’y a donc jamais eu aucun reproche, jusqu’à un numéro de septembre 2017.
Donc aucun rappel, même quand vous traitiez des sujets un peu « délicats » ? 
Jusque-là ils ne nous ont jamais rien dit. Il n’y a jamais eu un petit reproche ou une simple discussion sur le contenu. On se sentait vraiment libre de publier ce qu’on voulait. 
La collaboration s’arrête brusquement il y a quelques semaines, explique-nous comment cela s’est passé ?
Comme je disais, jusqu’en septembre 2017, il n’y a pas eu de problèmes, ça allait chaque fois de mieux en mieux. Ils nous offraient plus d’opportunités, étaient dans une démarche pour qu’on continue et qu’on renforce le partenariat. Puis il y a ce numéro en 2017 qui portait sur les inégalités, avec une photo d’Albert Frère en couverture. Mon choix alors était de traiter les inégalités et de les incarner, pas de dire « les inégalités dans le monde », mais montrer qui sont ses représentants. Ainsi, en ouverture du dossier il y a notamment les 8 hommes les plus riches du monde, ce qui ne posait pas de problème du tout à La Libre. Mais c’est une semaine après la parution qu’on reçoit un mail qui nous indique que ça a fait beaucoup de remous au sein de La Libre
Petite précision ici, ils ne contrôlent donc pas ce qui va sortir, c’est après qu’ils réagissent en fonction des retours qu’ils ont eus.
Il faut savoir qu’on envoyait le magazine pour impression le mardi et en général il était imprimé le mardi après-midi. Mais vu qu’ils nous faisaient totalement confiance, il n’y avait pas de relectures. Bref, on reçoit un mail de la personne qui s’occupe du partenariat, qui nous dit que ça fait beaucoup de remous et qui veut qu’on se rencontre, notamment avec le directeur général d’IPM, Denis Pierrard, ancien directeur général de Libération en France.
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Donc, vous allez à cette réunion…
On va à cette réunion qui a lieu deux ou trois semaines après. Je m’y rends avec le directeur de Financité, pour retrouver la personne qui gère le partenariat ainsi que Denis Pierrard. En gros, ils nous expliquent qu’ils ont eu des coups de fil, que son conseil d’administration s’est levé contre cette Une, qu’on aurait dit un tract du PTB, que c’est vraiment démagogique, que nos infos n’étaient pas solides, qu’on mettait des gens en cause qui sont proches de La Libre, que ça, ce n’est pas acceptable, etc. Nous citions notamment dans le dossier des grandes familles au patrimoine important en Belgique, la famille Emsens par exemple, qui s’enrichit grâce au commerce de l’amiante. À ce sujet, ils nous disent que ce n’est pas solide(1).
« La famille Emsens
(3,3 milliards € de patrimoine) s’est enrichie grâce au commerce de l’amiante, via sa société Eternit. Ces gens ont tué des milliers de personnes à cause de leurs produits nocifs et on laisse leur fortune prospérer »

(Financité, septembre 2017)
Qu’est-ce que vous leur répondez ?
Sur le fait, on l’a laissé parler, j’ai vraiment trouvé ça ubuesque, assez violent qu’on remette notre travail en cause comme ça. Ils ajoutent aussi que c’est malhonnête de pointer du doigt Albert Frère comme ça, alors que c’est quelqu’un de très généreux.
C’est un mécène.
Oui, un philanthrope… Ils ajoutent que même s’il avait fait de l’évasion fiscale (sic), ce n’est pas illégal. C’est peut-être immoral mais, bon, on n’a pas le droit d’en parler. Déjà avant, dans le mail, ils nous demandaient, évoquant le logo de La Libre inscrit sur le site de Financité et sur le magazine, de retirer tout cela immédiatement, ne voulant plus y être associés de près ou de loin.
À ce moment, ils nous posent plusieurs conditions. Outre de retirer le logo, ils veulent qu’à l’avenir, si on continue le partenariat, on indique que nos propos n’engagent nullement la rédaction de La Libre. On n’avait pas de soucis par rapport à cela, ça nous paraissait même honnête. Mais ils nous obligèrent aussi à ce que le journal soit relu avant publication et qu’ils puissent exiger des modifications. Cela nous engageait donc à fournir le matériel une semaine avant. Qu’il y ait un délai, pas de soucis, on pouvait s’arranger, le journal paraît tous les trois mois.
Malgré que vous indiquiez que les propos du magazine Financité n’engageaient nullement La Libre, ils demandent un droit de regard et de modification ?
Oui, et nous avons à ce moment réfléchi à cela, car premièrement, ça nous poserait un problème s’ils devaient un jour nous demander d’enlever une information et, deuxièmement, il y a quand même implicitement dans ce cas une forme d’autocensure qui apparaît car on sait qu’on peut se faire retoquer si on écrit quelque chose qui ne leur plaît pas. Mais on va finalement accepter car cela nous permettait quand même d’avoir une distribution énorme pour un petit journal comme ça.
60.000...
Oui, le samedi ils en impriment 60.000. Cela nous permet d’avoir une audience qu’on ne pourrait avoir nous-mêmes par nos petits moyens. On a donc continué, tout en réfléchissant à ce qui pourrait se passer.
Puis, le numéro de décembre arrive.
Oui, le numéro de décembre arrive, qui ne porte pas du tout sur un sujet polémique, puisqu’il traite des coopératives comme réponse à l’uberisation, pour laquelle je prends l’exemple des livreurs à vélo, Delivero, etc. Mais en fait, il y a un autre article, qui se trouve dans les « pages zoom » que publie Financité [L’association] et que moi je vulgarise un peu. Là, j’essaie quand même de les tester et je remets une petite référence à Albert Frère, dans un article qui porte sur la façon dont les riches sont, forcément, ceux qui utilisent le plus les paradis fiscaux. Donc, rappelant les inégalités, je fais une petite phrase sur Albert Frère pour rappeler comment celles-ci sont fortes et j’indique combien pèse son patrimoine par rapport à celui des Belges. Et là, ça ne rate pas, ils me demandent de l’enlever, directement.0?ui=2&ik=56dbc62415&attid=0.1.2&permmsg

Mais le papier montre également que les riches belges font plus d’évasion fiscale que la moyenne européenne, justifiant que je titre « Les riches belges aiment les paradis fiscaux ». Et là, pareil, on me demande d’enlever « belge ». C’est pas grand-chose, mais…
C’est pas grand-chose, mais ça veut dire beaucoup de choses. 
Ça veut dire qu’on peut taper sur les riches globalement mais pas sur les familles belges (et ça on va l’apprendre après, le comprenant clairement quand ils annuleront le numéro de mars 2018) parce que les conseils d’administration des groupes de presse sont composés de personnes défendant les intérêts de ces familles. Dans ce cas, ils nous préviennent deux heures avant le bouclage, on avait bossé deux mois dessus, on n’allait pas dire : « On annule tout ».
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Donc à contre cœur…
… on l’enlève au final. 
C’est violent. Et donc après ? 
Le numéro de mars aborde la question du service public. À nouveau, le sujet est relu. Dans le premier mail qu’on m’envoie, on me dit : « Dorian [Dorian de Meeûs] a relu ».
Le rédacteur en chef de La Libre Belgique
Oui. Ce qui est intéressant, c’est que quand nous avons par après décidé de rendre publique cette affaire en publiant un communiqué de presse, Belga interviewe Denis Pierrard, directeur d’IPM, qui dit : « La rédaction n’avait aucun lien avec ça, elle n’est jamais intervenue dans le contenu », alors que c’est le directeur de la rédaction de La Libre qui a vérifié et ensuite demandé des modifications dans ce numéro-là.
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Tu penses donc que le directeur de rédaction vérifie et ne demande pas l’avis de quelqu’un d’autre. Il sait lui-même ce qu’il faut censurer, ce qui ne va pas plaire aux actionnaires ?
Oui, tout à fait. La personne qui gère les partenariats, écrit dans son mail : « Dorian a relu, il a trouvé le dossier super », etc.  Elle brosse un peu dans le sens du poil, ajoutant toutefois : « Mais il y a deux choses qu’on ne peut pas accepter, notamment dans le courrier des lecteurs où on parle des inégalités et quelqu’un qui se dit écœuré de voir l’écart entre les revenus des patrons et ceux des travailleurs », ce qui en soi, même si on peut trouver ça démagogique et tout ce qu’on veut, est vrai.
Mais surtout, il y a une brève qui pose problème, qui porte sur un rapport publié par une ONG islandaise montrant que certaines banques belges ont des investissements dans l’armement nucléaire. J’y cite des banques, dont Degroof Petercam, ce qui se révélera important plus tard. Je sais que Degroof est au CA de La Libre… En gros, il m’explique que c’est vraiment trop simple, qu’on ne peut pas résumer un sujet aussi compliqué en une brève, que ça demanderait beaucoup d’explications. 
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C’est de Meeûs qui dit cela ? 
Non, c’est l’intermédiaire mais j’imagine que les ordres viennent d’en haut. Bref, il y a des échanges de coup de fil. Moi je me défends, dis que c’est factuel, etc. Je sais donc que c’est cela qui pose problème. Après plusieurs échanges de mails, on m’envoie un message : « Ok, on a discuté avec Denis Pierrard et avec Dorian [de Meeûs] »,  m’indiquant par après au téléphone : « Ce n’est pas possible, on vous fait une proposition ». Et là il m’envoie par mail une proposition : « Enlevons Degroof Petercam qui fait partie de notre conseil d’administration, ça pose problème ».

Parce qu’il y a le fameux Alain Siaens qui est au CA ?
C’est ça. Ils disent « Siaens fait partie de notre conseil d’administration ».
À ce moment-là, que leur dis-tu ? 
Je dis que ce n’est pas acceptable et je refuse leur demande. À ce moment, je sais qu’on ne va pas être publié. Le lendemain, normalement jour de la publication, ils m’appellent et là je suis obligé de les pousser pour qu’ils me disent eux-mêmes : « En l’état, on refuse de publier ça », et là on me dit « C’est Patrice le Hodey, patron d’IPM (voir l’article dans ce dossier : « La galaxie le Hodey »), qui a tranché ». C’est carrément le patron d’IPM qui a tranché pour une petite publication et une histoire de brève ! Donc là on a refusé. Ils ont quand même accepté d’imprimer le journal mais pas de l’encarter. 
La Libre voulait donc que vous réécriviez le journal ? 
Ils ont accepté en fait qu’on publie cette brève, après négociation, mais à condition d’enlever la Banque Degroof, qui est proche de La Libre Belgique, parce qu’un des administrateurs de Degroof est administrateur d’IPM.
Ce qui est fantastique, c’est que par un effet un peu de miroir,  ça donne une idée de ce qu’ils peuvent dire et ne pas dire dans La Libre. Nous, avec Kairos, ça fait des années qu’on fait une critique des médias, et donc de La Libre, ils nous ont toujours dit qu’ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, cette fameuse « liberté de la presse » qu’on sait totalement fausse. Cela montre que le plus important pour les Belges, pour les lecteurs, n’est pas dit : les écarts de richesse, la manière dont l’argent part dans les paradis fiscaux…
Je n’irais pas jusque-là parce que La Libre publie des articles sur l’évasion fiscale, fait peut-être le minimum, mais…
Alors c’est tout à fait schizophrène ? 
Disons que le coup de fil de l’actionnaire dans une rédaction, ça n’existe pas. La censure est implicite. J’ai bossé 5 ans avant à Canal+ à Paris. Jamais, avant Bolloré, Vivendi n’a appelé pour dire « Ne faites pas ça », mais la censure est implicite, j’ai plein d’exemples.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a eu aucune censure avant septembre 2017.
Au fait, c’est simple : je pense qu’ils ne le lisaient pas. Mais un jour, les gens qui sont importants à La Libre reçoivent le journal du samedi et voient la tête d’Albert Frère, avec un article et un titre un peu provocateur. Alors ils regardent ce qu’il y a dedans. Et c’est ce qu’il s’est passé : ils m’ont dit au rendez-vous que j’avais eu avec Pierrard, qu’ils ont reçu des coups de fil, qu’il y a des gens importants qui se sont plaints. Par après, il y a eu un excès de zèle par rapport à notre publication qu’ils ont relue à trois fois afin d’éviter tous problèmes. Car des brèves comme ça, on a pu en faire 10 avant et ça passait à travers les mailles du filet. L’excès de zèle s’explique aussi parce que les gens qui sont très haut placés dans un journal sont payés pour ça : leur employeur ce sont les actionnaires et, à un moment, ils veulent sauver leur place.
Sans doute donc que ces gens importants ne lisaient pas Financité et s’y sont intéressés en voyant la couverture, mais en attendant ils lisent sans doute La Libre ?
Oui, effectivement (rire).  
Est-ce que cet événement a changé ta perception des médias dominants, même si tu étais sans doute lucide là-dessus ? Est-ce que tu t’es dit : « Là, je ne pensais quand même pas qu’ils pouvaient aller aussi loin » ?
J’ai un certain parcours: j’ai fait une école de journalisme en France, j’ai travaillé dans des rédactions où la critique des médias n’était pas présente et où j’ai compris, parce qu’il y avait des problèmes, à quel point cette critique était pourtant importante. J’avais trouvé une certaine liberté ici chez Financité. Je trouvais que c’était le bon compromis : ça me permettait d’être embauché par une asbl, bien sûr ce n’est pas totalement indépendant mais au moins je n’ai pas d’actionnaires importants derrière moi, je trouvais que tout passait à l’époque. Ça n’a pas changé fondamentalement ma perception parce que c’est quelque chose que je savais.
Mais quand ça te tombe dessus…
Par contre oui, c’est violent. J’avoue que ça a été 6 mois assez durs au fait, personnellement.
On peut imaginer ce qu’il se passe dans ces rédactions-là quand on croit encore à la presse libre. Des gens comme de Meeûs et tous, ce sont des gestionnaires plus que des rédac-chefs, ce sont des tampons entre les groupes de presse et le journal, ils savent ce qu’on peut dire, ne pas dire, ce que tu ne connaissais pas à Financité.
Effectivement. On ne va pas dans le bon sens aujourd’hui, quand tu vois le statut des journalistes. Il n’y a pratiquement que des indépendants, mais ce sont des faux indépendants, des gens qui sont sur des sièges éjectables. Donc ils n’ont pas intérêt à aller contre leur direction. 
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LES – ABSENCES DE – RÉACTIONS DES AUTRES MÉDIAS

Ce qui est intéressant aussi, c’est la manière dont les autres médias ont réagi. À part la RTBF, quels autres médias ont réagi ? Est-ce que Le Soir, qui est tout à fait dans la même situation par rapport à ces actionnaires, la famille Hurbain, a dit quelque chose là-dessus ?
Dans un premier temps, il faut savoir qu’on a hésité avant de sortir l’information. Moi, j’avais vraiment envie de le faire.
Vous avez eu des menaces pour ne pas le sortir ?
Non. Ils m’ont appelé. Ils voulaient qu’on prenne un rendez-vous, un peu qu’on se rabiboche. J’ai un peu fait traîner et on les a eus par surprise… Je pense qu’ils ne croyaient pas qu’on le sortirait. Je voulais le sortir parce que c’est important, ça en dit beaucoup sur ce qu’est l’indépendance de la presse en Belgique. Après, on avait peur de se tirer une balle dans le pied, d’être boycottés. Ça pouvait être dangereux : l’association a besoin de relais de presse quand on sort certaines infos. On savait en le sortant que ce ne serait pas repris dans la presse. On était bien lucide là-dessus.
Donc, à part la RTBF, personne n’a parlé ?
On a contacté Medor qui a sorti [une partie de] l’info, le lendemain de notre communiqué de presse ; Belga a fait une dépêche également. Ce qu’il faut savoir, c’est que normalement quand Belga sort une de nos infos, elle est reprise sur tous les sites, qui ont leur compte, que ce soit 7 sur 7Le SoirLa Libre… et là, juste la RTBF. Pour ma part, j’étais même surpris que la RTBF le passe. Je ne pensais pas qu’il le relaierait. Pourtant, c’est évident qu’énormément de journalistes ont lu le communiqué et qu’il a beaucoup tourné dans les rédactions, parce que c’est un sujet qui touche les journalistes. Je crois qu’on a jamais eu un communiqué de presse qui a autant circulé mais qui n’a pas été relayé sur les autres sites web des médias.
Est-ce que vous connaissiez la composition du Conseil d’administration de La Libre (voir p.12) ?
Non, pas du tout. Je me suis rendu compte que la Banque Degroof était au CA, parce que j’ai reçu un mail sur ma boîte, juste après l’histoire d’Albert Frère où l’on m’avait appelé pour me dire que le contenu n’était pas bien passé auprès de La Libre, d’un certain Alain Siaens, qui ne se présente pas, qui ne dit pas qui il est et qui demande « Telle info, j’aimerais bien avoir votre source, ça me paraît bizarre ».
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Manque de chance, la source s’était le SPF économie. Donc, bref, pas de nouvelles mais je googlise ce type et je me rends compte qu’il est au CA de La Libre. Donc c’est là que je l’ai découvert. Par contre, il y a une chose un peu insidieuse que je découvre sur la presse en Belgique : je pensais que ça allait un peu mieux ici qu’en France où les médias appartiennent à de gros industriels alors qu’en Belgique on a plutôt des groupes de presse : Rossel, IPM, etc. Mais au fait, quand tu creuses un peu, tu découvres la composition du CA, tu vois que tous les groupes de presse appartiennent à des grandes fortunes belges mais, qu’en plus, tu retrouves dans les conseils d’administration toute l’oligarchie belge financière et industrielle. Ils sont liés comme ça.
Mais en France il y a une forte critique de la presse. Le Monde diplomatique a fait un gros travail là-dessus, Acrimed, des types comme Halimi, Accardo, Ruffin, alors qu’ici, excepté Geoffrey Geuens qui avait un peu travaillé là-dessus, il n’y a quasiment personne, ce qui fait qu’il y a encore cette ignorance. Quand vous avez sorti l’info, un internaute réagissait : « Moi qui pensais que La Libre était un des derniers bastions d’une presse encore respectable ».
Sur la question d’une presse respectable, je n’irais pas jusque-là. La majorité des journalistes sont des gens qui font bien leur boulot. La LibreLe Soir, sur les questions d’évasion fiscale par exemple.
Mais plus on est dérangeant, moins on parlera de nous. Est-ce que maintenant dans Financité, vous vous dites que vous allez laisser une place, ou bien vous pensez que ce n’est pas votre rôle, à une critique de la presse de masse et aussi du lien entre la finance et la presse.
Oui, la question se posera et on fera un dossier là-dessus, c’est important. C’était au fait prévu dans ce numéro. Je devais interviewer Aude Lancelin, auteure de Le Monde Libremais ça n’a pas pu se faire niveau timing. J’aurais bien aimé voir leur réaction, c’est dommage.
Comment tu vois l’avenir d’un magazine qui avait la chance, entre guillemets, de pouvoir toucher 60.000 personnes. Ça change tout maintenant ?
Ça change tout, il faut vraiment repenser le truc. On vient de boucler le numéro précédent mais tout s’est fait dans l’urgence. On savait qu’en sortant l’info, ça ne serait pas relayé par la presse, par contre, on comptait sur la société civile et on a eu pas mal de soutiens de citoyens, d’associations et on va compter sur ces relais-là pour diffuser le journal maintenant.
Propos recueillis par Alexandre Penasse, le 21 juin 2018


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  1. http://www.dhnet.be/actu/faits/le-baron-cartier-industriel-belge-discret-rattrape-par-l-amiante-51b7666ae4b0de6db97b80

  2. source : http://www.kairospresse.be/article/flagrant-delit-de-censure-la-libre