jeudi 5 janvier 2017

[propagande de l'Otan] : Goebbels peut aller se coucher / [ Propaganda of the NATO]: Goebbels can go to bed

source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/01/goebbels-peut-aller-se-coucher.html


5 Janvier 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticusPublié dans #Etats-Unis#Europe#Moyen-Orient#Histoire
Le boiteux d'Hitler doit se retourner dans sa tombe en voyant le degré de perversion propagandiste de nos bonnes démocraties occidentales depuis 25 ans. L'élève a dépassé - que dis-je ! - écrasé le maître. Certes, cela avait déjà commencé auparavant ("incident" du Golfe du Tonkin etc.) mais le niveau atteint depuis dépasse l'imagination.
Le mot "démocratie" n'est pas anodin ici, car le mensonge en est malheureusement constitutif, du moins en politique étrangère. Lorsqu'un gouvernement démocratique souhaite déclencher une guerre, il doit "travailler" son opinion publique afin de la convaincre du bien-fondé de la chose. Un dictateur n'a pas de ces délicates attentions : il n'a pas d'opinion publique ! Deux-trois petits mensonges pour la forme et c'est emballé. La démocratie, elle, n'a pas cette chance, la pauvre ; ce n'est qu'après une patiente campagne de lobotomisation des esprits et une surenchère dans l'émotion et l'horreur (fabriquées de toute pièce tant qu'à faire) que le public finira par plier. Aussi ne doit-on pas être surpris de l'intoxication orwelienne à laquelle nous assistons depuis un quart de siècle.
Au commencement était le Verbe... et le Koweït. La légendaire affaire des bébés-couveuse reste dans toutes les mémoires :
Les faux bébés koweïtiens
Montage. Pour faire accepter la guerre du Golfe, on invente un massacre de nouveau-nés.
"Je m'appelle Nayirah et je suis une jeune Koweïtienne. J'ai vu les soldats irakiens entrer avec leurs armes dans la maternité de l'hôpital de Koweit City. Ils ont arraché les bébés des couveuses, les ont emportés et les ont laissés mourir sur le sol froid." Les représentants du Comité des droits de l'homme du Congrès américain écoutent ce témoignage terrible dans un silence religieux. L'assistance est médusée devant cette barbarie gratuite de la soldatesque irakienne qui a envahi le Koweït le 2 août 1990. Nul ne demande, ce 10 octobre, à enquêter sur l'identité du témoin. Elle semble si sincère et si bouleversée, et on leur a expliqué qu'il était nécessaire de protéger sa famille restée au Koweït.
Les représentants américains ignorent donc que sous le pseudonyme de Nayirah se cache la propre fille de l'ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis et qu'elle participe à la machination montée par le Koweït et les Etats-Unis pour faire accepter à l'opinion publique américaine et mondiale une future intervention militaire. Elle aura lieu en janvier 1991. Pour Washington, il ne suffit pas d'obliger le dictateur irakien à retirer ses troupes du Koweït, il faut casser l'Irak, ce pays trop peuplé, trop riche de ses hydrocarbures, à l'armée nombreuse et qui, dix ans auparavant, a eu des velléités de se doter de l'arme nucléaire. Inadmissible.
Le Koweït, soutenu par le Pentagone et la CIA, a fait appel à une agence de relations publiques, Hill and Knowlton, pour préparer les esprits à l'indispensable guerre. Coût du contrat : 10 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, le très respecté quotidien The New York Times, le premier, rapportera des informations en provenance de l'ambassade américaine au Koweït. Un article explique que, dans un télégramme envoyé au Département d'Etat, l'ambassadeur américain a cité les noms de deux médecins et d'une infirmière qui ont vu des soldats irakiens tuer des prématurés dans un hôpital de Koweit City.
Mal absolu. D'autres témoignages suivront jusqu'à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, le 29 novembre 1990. Les membres permanents du Conseil doivent voter une résolution autorisant un éventuel recours à la force militaire en Irak. Ils entendent eux aussi des témoins d'exactions irakiennes, dont un chirurgien qui affirme avoir enterré lui-même une dizaine de nouveau-nés jetés hors de leur couveuse par les soldats. Son témoignage de première main n'est pas mis en doute. D'ailleurs, le président George Bush lui-même n'a-t-il pas fait état, à deux reprises, lors de ses interventions télévisées, de l'affaire des bébés koweïtiens ?
Lorsque Amnesty International et l'Observatoire des droits de l'homme au Moyen-Orient mettront ces affirmations en doute, faute d'avoir trouvé des témoins fiables pour les corroborer, nul ne les écoutera. Les opinions publiques sont convaincues que Saddam Hussein est le mal absolu et que son armée est coupable de toutes les barbaries. L'opération de désinformation a pleinement réussi.
Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. Outre le déjà affligeant New York Times, notons que nous retrouvons dans cette invraisemblable intox des thèmes bien familiers et actuels : témoignages de "docteurs", érection de l'ennemi en monstre absolu (le "boucher de Damas")...
Passent quelques années au cours desquelles les propagandistes de l'empire reprennent sans doute leur souffle pour repartir de plus belle avec le génocide inventé du Kosovo :
« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.
Dans la plupart des grands médias, chacun - à de rares exceptions près - allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie... » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »
A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).
Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes(…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées »(20 avril, journal de 19 heures)...
Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revueEsprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes - le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».
Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».
(...)
Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »
Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »
Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »
Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque - au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations - meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts - n’ont pas été confirmées(…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »
Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »
Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.
La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’"indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo "Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci.» Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »
(...)
Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication(...) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »
Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (...) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font - pour les deux camps - la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »
Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).
« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)
Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).
A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)
On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?
Grotesque lyrisme droit-de-l'hommiste ("l'humanité s'est effondrée à Alep") , mensonges éhontés, auto-congratulation de la presse, dénigrement inquisitorial des voix discordantes etc. Toute ressemblance avec des faits existants serait purement fortuite, n'est-ce pas...
Ce blog a suffisamment documenté la crasse désinformation de la journaloperie sur l'Ukraine ou la Syrie pour y revenir en détail. La dernière en date ne manque toutefois pas de sel : il s'agit pour les médias d'ignorer purement et simplement le blocage et l'empoisonnement de l'eau potable par les rebelles "modérés", mettant en danger les cinq millions d'habitants de Damas. Ce qui frise la tentative de crime contre l'humanité est tout simplement passé sous silence. L'ONU n'est pourtant pas amusée...
Sur une note plus légère quoique tout aussi imbécile, le Washington Post, torchon propagandiste s'il en est, est revenu sur ses accusations contre des hackers russes qui auraient piraté une compagnie électrique américaine (!) Ah non, finalement, c'était pas eux, sorry. Mais si, entre-temps, cette absurdité a pu convaincre quelques lecteurs de l'inénarrable "danger russe", c'est toujours bon à prendre...
Les cons osant tout comme dirait Audiard, ce sont ces mêmes médias qui hurlent au complotisme des "fake news", à la "propagande russe" et s'étonnent de ce que la confiance du public atteigne un plus bas historique. Comprennent-ils au moins ce qui se passe ? Pas sûr...
Si les retournements de veste de Time à propos de Trump sont pathétiquement amusants,
le système en décapilotade avancée semble vouloir doubler la mise dans un ultime effort. En Allemagne, le dernier journal indépendant est dans l'oeil du cyclone et Merkel commence à montrer certaines tendances führerines... En France, la médiatitude est trop saoudisée/américanisée/bruxellisée/les-trois-en-même-temps pour espérer une quelconque remise en question et, il y a quelques billets de cela, un fidèle lecteur avait d'ailleurs retranscrit l'hallucinée profession de foi auto-satisfaite d'un journaliste radio quasiment persuadé d'être en mission pour le Bien. Indécrottable...
Plus inquiétantes sont les nouvelles provenant d'outre-Atlantique. En digne successeur de Bush Jr, Obama a signé fin décembre le National Defense Authorization Act (NDAA) qui, comme son nom ne l'indique pas, concerne également la guerre de l'information. A été subrepticement inclus dans le NDAA le Countering Disinformation and Propaganda Act. Quand on connaît la fidélité toute relative du système impérial pour la vérité et l'information - on en a vu quelques exemples plus haut -, il y a de quoi s'inquiéter.
Naissance du Ministère de la Vérité ou, sous son petit nom orwellien, Miniver ? Après tout, Goebbels avait bien son Propagandaministerium...

mercredi 4 janvier 2017

Quelle « drôle de gauche », cette fausse gauche sociale-démocrate ! / What " funny left ", this false social-democratic left !

source : http://www.investigaction.net/quelle-drole-de-gauche-cette-fausse-gauche-sociale-democrate/


Quand la « drôle-de-gauche » gouverne à droite et fait son retour à gauche dans l’opposition…
 Les droites ont pour qualité de savoir ce qu’elles veulent : protéger et promouvoir au maximum les intérêts qu’elles représentent, c’est-à-dire avant tout les milieux d’affaires, la propriété privée des moyens de production et tous les conservatismes sociétaux, sauf si ceux-ci risquent d’affaiblir, par les réactions qu’ils suscitent les pouvoirs de l’argent. Elles font alors assaut de « modernité » et « changent tout pour que rien ne change » ! Car leur cohérence et leur constance sont absolues dans leur détermination à ne jamais céder au social si le profit est mis en cause.
Les droites revêtent, selon les circonstances, des formes variées : elles ont été souvent, en France, « républicaines », « parlementaires » et « modérées » ; elles peuvent être « décomplexées », « arrogantes » à l’américaine et autoritaires ; en période de crise aiguë, elles ne rechignent pas à la répression forte et à la totale concentration des pouvoirs dans le cadre d’une droite extrême, qualifiée hier de fasciste et aujourd’hui de « populiste ». Derrière leurs masques variés, l’essentiel demeure.
Ces différentes droites peuvent s’articuler de manière complexe afin de mieux faire croire qu’elles incarnent « l’intérêt général ». Elles sont, en tout état de cause, largement financées par les pouvoirs privés et la classe la plus aisée et disposent des moyens les plus vastes pour s’imposer à l’occasion des élections légitimant le plus souvent cette forme de « démocratie » particulière bien faite pour « la race des seigneurs », celle de l’argent, de la haute administration et du « tout-Paris », celle qui pratique le déni absolu des antagonismes sociaux et des inégalités insupportables.
Ainsi, en France et à travers le monde, sans user de violence frontale grâce au cirque électoral, animé par l’argent et le tam-tam médiatique, prolifèrent des dynasties plus ou moins médiocres, non pas seulement au Pakistan, en Inde, ou au Liban, mais aussi aux États-Unis, en Grèce ou en France, alors que le « suffrage universel n’est que l’index qui permet de mesurer la maturité des classes populaires et qu’il ne peut être rien de plus… dans l’état actuel », comme le notait Engels.
Or, précisément, force est de constater l’immaturité du plus grand nombre, objet de toutes les manipulations et de toutes les domestications créant l’illusion du choix et la croyance que chacun est authentiquement « libre »1.
Si, par accident, les droites perdent les élections, elles les déclarent « illégitimes » ou illégales, la « preuve » essentielle de ces défauts étant leur propre défaite !
Si la droite échoue, c’est qu’un « populisme » vulgaire et démagogique a décérébré les citoyens : conclusion, il faut voter à nouveau (cf les résultats des référendums européens de 2005 non respectés). Si l’échec se perpétue, alors toutes les violences « démocratiques » sont fondées, style Pinochet ou autre !! Toutes les formes de coup d’État sont jugées légitimes !! Il en est de même si les élections n’ont pas été « régulières » puisqu’elles ont été perdues (cf la victoire de 2011 de L. Gbagbo en Côte d’Ivoire) : alors, le recours à la force s’impose « au nom de la démocratie et de la protection des populations » ! La « dictature démocratique » reçoit alors la bénédiction des grandes puissances occidentales et des institutions économiques et financières internationales.
== Les « gauches » ou prétendues telles, ont d’autres pathologies. Elles ont pour défaut fréquent d’avoir peur d’elles-mêmes en se risquant à faire l’Histoire au lieu de s’adonner aux jeux politiciens.
La gauche « social-démocrate » en est l’illustration la plus « exemplaire » … Avec Jean Salem, on peut la qualifier de « drôle-de-gauche », tant elle est animée d’un esprit de compromission produisant une politique faite nécessairement de contradictions. La place importante que cette « D.D.G » occupe dans les sociétés européennes est elle-même source d’une contradiction majeure : les autres gauches semblent ne rien pouvoir faire sans elle (ce qui reste à prouver), mais elles ne peuvent rien non plus avec elle (ce qui est d’ores et déjà démontré) !
Au nom de la « Liberté », cette « drôle-de-gauche » se caractérise par un anticommunisme profond, indissociable de sa nature antisociale (sous couverture de « réalisme » économique). Les partis se réclamant de la social-démocratie sont des forces « ramasse-tout », facteur de blocages paralysants.
Les partis « socialistes » européens en ont fait la démonstration lorsqu’ils dominaient la plupart des gouvernements des États membres de l’Union Européenne qu’elle a pourtant géré comme les droites. En France, le parti socialiste a connu une période où il dirigeait à la fois le Parlement et les Régions, sans rien bouleverser pour autant. Les citoyens français les plus défavorisés n’ont pas vu leur situation se modifier.
La priorité absolue est en effet donnée au sociétal, au détriment des besoins sociaux les plus fondamentaux qui s’expriment dans les mouvements revendicatifs. Cette pratique résulte du fait qu’elle est plus facile à mener, car elle ne remet pas en cause les fondements du système socio-économique. Pour cette « drôle-de-gauche », cette place du sociétal présente il est vrai l’avantage de permettre des rebonds aux lendemains de ses échecs inévitables. Elle ne peut à la fois satisfaire sa base sociale « naturelle » et les pouvoirs privés économiques et financiers qu’elle essaie de se concilier. « J’aime l’entreprise », déclarait solennellement le Premier ministre Valls ! A tout prix, y compris à celui de la défaite, la social-démocratie se refuse à courir le risque de rupture avec les dominants ! C’est pourquoi, ceux qui, en France par exemple, « enterrent » le parti socialiste en raison du désastre « hollandais », ont toutes les chances de se tromper : la défaite magistrale de G. Defferre (avec 5% des voix) aux présidentielles de 1969 a pu faire croire à la même disparition. Le rebond n’a pas tardé ! Les « gênes » des pseudo-socialistes sont trop proches des citoyens craintifs ou sans conviction claire pour ne pas favoriser des renaissances périodiques.
De plus, la « drôle-de-gauche » – qui n’engage à rien – est très présente dans la société civile d’un pays comme la France, particulièrement dans les médias et le monde intellectuel. Elle est l’expression de la médiocrité ambiante.
Ce petit monde, fervent adepte de la « démocratie du bavardage », admirateur de l’American Way of Life, pétri du « rêve américain », promoteur d’une pseudo « modernité » et d’un soi-disant dynamisme « innovateur » contre tous les « archaïsmes » (comme a pu y croire Max Gallo, par exemple, avec le Mitterrandisme), prétend vouloir la révolution (permanente si possible) sans la vouloir vraiment, promeut « l’engagement » citoyen mais sans prendre de risques, défend la radicalité dans tous les domaines sauf en matière économique et sociale  !
La « drôle-de-gauche » de la société civile nourrit la social-démocratie politicienne, en lui transfusant un « air-mode » attractif et consensuel, tout au moins dans les couches sociales dominantes. Les « branchés » socio-démocrates revitalisent en effet les milieux politiciens dont les « recettes », faites de compromis constants, sont les plus vieilles du monde, dont seuls les « emballages » changent au fil du temps.
C’est que les partis de gauche « de gouvernement » en ont bien besoin après leur périodique passage dans les sommets de l’État !
Dans l’histoire des républiques françaises, les expériences gouvernementales de la social-démocratie ont été de nature analogue. La « drôle-de-gauche » s’appuie sur les classes populaires et sur les gauches plus radicales pour l’emporter, puis elle gouverne avec une telle « prudence » conservatrice qu’elle se discrédite et disparaît.
Cependant, durant ses longues cures d’opposition, elle se repositionne à gauche, en faisant le procès du « Mur de l’argent », du « Grand capital » ou du « Monde de la Finance », se refaisant à bon compte une nouvelle jeunesse.
Le Cartel des Gauches (1924-1926) est ainsi une victoire contre le Bloc National qui augmente les impôts, accepte le chômage, etc. Il l’emporte « contre les puissances d’argent », en s’affichant « pour la laïcité » et « pour les petits » (sic) ! Mais il se limitera avec le gouvernement Herriot au transfert des cendres de Jaurès au Panthéon, à l’amnistie des cheminots révoqués, sans perdre la « confiance » des milieux d’affaires, par peur de la « fuite des capitaux » et de la chute du franc ! Il est renversé au bout de deux ans.
Le Front Populaire (1936) du gouvernement Blum considère que « tout n’est pas possible » à la différence des « frondeurs » de l’époque dirigés par M. Pivert. Les hésitations de Blum face à la hausse des prix, au chômage, à la fuite des capitaux, motifs de la « pause » sociale, font qu’il va rapidement s’opposer à la fois à l’hostilité des salariés déçus et des milieux d’affaires. Une manifestation communiste sera même réprimée violemment faisant 6 morts et de nombreux blessés, sans susciter la moindre critique officielle de la police. Par contre, rien ne sera fait pour la République Espagnole !
Dès la Libération, la SFIO, pactisant avec la Démocratie chrétienne, prend ses distances avec l’esprit de la Résistance et devient l’instrument le plus efficace (assisté par les Américains) contre les communistes.
Il en sera de même avec le gouvernement SFIO de Guy Mollet, constitué pour faire la paix en Algérie et qui devient le champion de la guerre à outrance, malgré un petit PSU de gauche issu des rangs socialistes.
Il en sera ainsi avec F. Mitterrand dès 1982 et le « nouveau » parti socialiste, très rapidement distant avec les communistes et le mouvement social qu’ils réussissent à affaiblir plus efficacement que ne l’avait fait de Gaulle !
Le décennat « hollandais », fait de reniements cumulés, est sans doute le pire, axé sur une politique prétendument « réformiste », c’est-à-dire jouant le jeu du capitalisme financier et de la Commission européenne à son service, dénonçant la CGT et instrumentalisant le sécuritarisme. La très modeste « fronde » de quelques socialistes des années 2000 n’ira pas plus loin que celle de M. Pivert en 1936.
Cette succession d’échecs programmés permettant à chaque fois un retour fracassant de la droite, entraîne des « stages de récupération ». Tombant pour leur politique droitière, la social-démocratie, comme il a été dit précédemment, se relève par des positions réellement à gauche… dans l’opposition.
N’ayant jamais rompu réellement avec les milieux exerçant leur hégémonie sur l’appareil d’État, sur l’économie et la société, la social-démocratie a la capacité de se « récupérer » dans un délai relativement bref. Chaque bataille perdue, parce que non menée véritablement, prépare une nouvelle victoire… inutile ou presque !
Le Parti socialiste français, enterrant le « Hollandisme », est déjà en train de chercher du sang neuf, en ravalant se façade avec quelques personnalités, déjà vieux routiers de la politique, mais rafraîchies par leur discours renouvelé, complaisamment assistées par les médias dominants.
La « drôle-de-gauche » passe ainsi d’une pratique de droite à une réinsertion dans le moule d’une gauche de gauche ! Sans complexe, le Premier ministre du Président déchu se présente comme un homme neuf (voir sa critique paradoxale de l’art. 49-3 de la Constitution française), de même qu’un cortège de ministres hier « hollandais », dont l’une révèle même subitement ses sentiments « castristes ». Il s’agit de se dissocier (en attendant de nouveaux compromis s’il le faut avec la droite sous prétexte de combattre l’extrême-droite, comme en Allemagne) des adversaires principaux du moment.
La mascarade est complète avec cette droite « républicaine » où le Premier ministre, d’un autre Président déchu, s’affiche lui aussi comme l’homme-lige d’une « vraie » droite. Il apparaît que les partis de gouvernement de gauche et de droite font leur la devise de Pétain : « les Français ont la mémoire courte » !
Les « vérités » sacralisées du marché, comme la « libre » concurrence, ne s’appliquent pas au monde politique où seule la « concentration » des pouvoirs (comme celle du capital) s’affirme en continu au détriment des intérêts populaires.
Cette réalité de la social-démocratie française ne se distingue guère de celle qui sévit en Allemagne, en Grèce, en Espagne, au Portugal et dans les pays de l’Europe de l’Est. Leur volonté d’impuissance, comme leur soif de pouvoir, en font un obstacle à toute transformation sociale significative et leurs pathologies sont sans remède.

1 Voir Jean Salem. Élections, piège à cons ? Que reste-t-il de la démocratie ? Flammarion, 2012.

Source: Investig’Action

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lundi 2 janvier 2017

Obama ou l’élégance du Diable / Obama or the elegance of the Devil

http://www.dedefensa.org/article/obama-ou-lelegance-du-diable

02 janvier 2017 – Ce qui me décide à écrire cette chronique, finalement, c’est la déclaration que je retrouve de trois jours d’un commentateur célèbre aux USA, dont il a été parfois question, qui est d’une tendance neocon très affirmée sans être complètement enrégimenté dans le groupe de base de cette tendance (laquelle est aujourd’hui en plein désordre de dissolution en tant que structure). Il s’agit de Charles Krauthammer, parlant à Fox.News, à propos de la décision du président Obama de prendre des sanctions antirusses spectaculaire. La déclaration de Krauthammer ne concerne pas le fond de l’affaire (la validité de la mesure décidée) mais le comportement du président-sortant à cette occasion (et après d’autres, ajouterais-je) :
« This is about as anti-democratic as you can get. You were in office for eight years — you got your mandates — and on all of these issues… he is doing all these things that have been explicitly rejected by his own party. Then he doesn’t have the courage of his own convictions, getting them done to lock in his successor.
 » It’s very anti-democratic.”
» I don’t know about the merits of the case. I would imagine that allowing mixed use and some exploration would be a good thing for the country, but Obama sees himself as God hovering over the country dispensing goodies to the extent that he’s got control.
» He figures, “I’ve got control here. No one can stop me, and it may be somewhat irreversible.” »
Bien entendu, cette citation renvoie à plusieurs textes très récents, qui contiennent notamment commentaires et appréciations sur le comportement du président Obama dans cette fin de mandat (celui du 29 décembre 2016, celui du 30 décembre 2016, celui d’hier, pour aller au plus récents). Il y a notamment ce passage du texte du 1er janvier, dont je crois qu’il annonçait déjà cette chronique, où l’on trouve un jugement sur Obama lui-même, un peu en-dehors des considérations politiques rationnelles habituellement sollicitées.
« Obama élu, personne ne pouvait dire ce qu’il serait en fonction de ce qu’il ferait, c’était une énigme ; Obama sur le départ, personne ne peut dire ce qu’il a été en fonction du flou considérable qui entoure ce qu’on croit qu’il a fait, et il est donc toujours une énigme. La seule certitude finalement, c’est qu’il fut, du point de vue de la politique générale [de sécurité nationale] rationnellement appréciée, réellement catastrophique, certainement pire que GW Bush selon notre point de vue.  [...] Qu’il soit à la fois certainement une énigme et certainement une catastrophe nous invite à penser qu’il est un personnage influencé par des forces qu’on qualifierait de maléfiques, que nous jugeons complètement étrangères à toute manipulation et construction complotiste humaines et bien agencées. Son action n’a satisfait entièrement aucune des forces humaines d’influence, en général d'une dissimulation transparente, auxquelles on l’acoquine généralement. On doit donc dire qu’il a favorisé le Système en général mais en n’étant l’exclusivité d’aucune de ces forces principalement, alors que les intérêts et les préférences de ces forces sont aujourd’hui fortement divergentes dans le cadre de la crise générale de la globalisation. Cela est d’ailleurs un signe essentiel du désordre général généré par le “Système en général” et dont le Système lui-même est le prisonnier en mode d’autodestruction ; et, par conséquent, ayant favorisé “le Système en général”, Obama a accéléré partout où c’était possible le désordre, y compris et bien souvent contre les intérêts des USA, comme au Moyen-Orient, si possible en en accusant la Russie selon un antirussisme qui est un événement né du Système lui-même, sans nécessité de racines historiques puisque d’ampleur métahistorique. »
On notera qu’il n’y a nulle part dans cet extrait, comme dans le reste d’ailleurs, une indication quelconque suggérant qu’Obama ait agi en connaissance de cause, poussant volontairement et en conscience du but poursuivi dans le sens qui est décrit. Effectivement, je ne crois pas une seconde dans ce cas, – comme dans tant dans d’autres cas aujourd’hui, d’ailleurs, – que le personnage ait eu conscience, et encore moins la volonté consciente par conséquent, de la signification de l’action qu’il conduisit un peu comme en pilotage automatique, par enseignement pavlovien, dans le sens où il a été ; bon élève, Obama, même s’il ignore pour quoi et pour qui, énigme et catastrophe pour lui-même finalement...
Obama est effectivement une énigme et une catastrophe, et c’est une chose qu’il faut bien préciser ; c’est-à-dire qu’on ne peut pas écrire, selon cette idée qu’il est une “énigme catastrophique”, mais bien qu’il est ceci (énigme) et cela (catastrophe) à la fois et considérés séparément, même si certains voudraient nuancer ironiquement en disant que l’énigme est “catastrophique” et que la catastrophe est “énigmatique”, – ce qui ne serait d’ailleurs pas faux. L’important à bien apprécier est qu’il y a bien deux choses, qu’on qualifie comme on veut : une “énigme” et une “catastrophe”, et même en précisant, j’y tiens sans aucun doute, que les deux termes doivent être pris dans un sens eschatologique et métahistorique... Cela est extrêmement important à préciser, ici sous la forme d’un exemple : ce n’est pas simplement sa politique qui est “une catastrophe” à partir d’un jugement catastrophique du départ de la conception de la chose, ce sont l’agencement, la façon de faire (ce qui lui tint lieu de politique), les hésitations et les manœuvres qui sont la production de son caractère, son caractère lui-même fait à la fois de brio et facticité, tout cela aboutissant à son tour à la production d’une politique dont on ne sait rien (et lui-même dans ce cas) quand elle se développe et dont on constate au terme que c’est “une catastrophe” dont l’ampleur échappe à la manufacture humaine, aux complots les plus vils et les plus habiles, aux manœuvres secrètes les plus infâmes et le plus influentes... Pour compléter, on notera que tout cela a de quoi alimenter le jugement de l’énigme, et qu’alors il se justifie effectivement de parler de lui également comme d’une énigme
Par conséquent, je tiens ce personnage comme absolument hors du commun, quelles que soient les futilités et les bassesses qu’on trouve dans ses défauts, où dominent la vanité, l’arrogance, et l’hybris transformée en une appréciation extraordinaire sinon quasi-démente de lui-même (“Dieu”, selon Krauthammer). Il est hors du commun, ou plus précisément hors du commun caractérisant le fait politique parce qu’il ne sort aucunement du moule habituel, et l’on peut alors se permettre l’hypothèse, qui est la mienne sans aucun doute, qu’il a ainsi été investi avec d’autant plus de facilité d’influences qui dépassent la seule raison et le seul jugement de la perception rationnelle. (On ferait bien de se rappeler ici qu’Obama, durant sa campagne de 2008, eut souvent, devant les foules, des accents de passion et d’irrationalité faisant appel à l’instinct pur, qui le firent parfois comparer à une sorte de candidat jouant au prédicateur ou peut-être bien après tout, à un Messie de fortune. Et l’on ajouterait, sans se forcer, que le soutien dont il bénéficia et bénéficie toujours de nombre de groupes de ses partisans relève plus du culte jusqu’à l’hystérie et la transe que d’une quelconque appréciation rationnelle.)
Voilà en quoi je juge ce personnage d’une importance considérable, et qui explique directement le fantastique “travail” qu’il a accompli pendant huit ans, – bien plus efficacement et profondément que le pauvre GW Bush, – d’extension du désordre nihiliste de néantisation, de destruction des principes, d’installation au-dessus de tout de l’affectivisme comme moteur de la vision du monde ; de là également, malgré les affirmations qu’on lui prêta d’être un “centriste” quasi-modéré recherchant des arrangements et freinant tous les instincts de déstructuration, – et Prix Nobel de la Paix en décembre 2009, meilleure de farce troisième millénaire à ce jour, – sa tendance constante à s’entourer de créatures essentiellement féminines (ça, c’est son truc, convenant à son tempérament), les Harpies diverses, Nuland, Rice, Flournoy, Clinton, Power, les personnages les plus extrémistes de toutes les administrations depuis des décennies, sinon les plus extrémistes de toute l’histoire de la diplomatie US, placées à des postes-clef. (*)
(Même les Russes s’y sont trompés, même un Lavrov pourtant rue et roublard et à qui on ne la fait pas, félicitant Kerry en mars 2013 pour avoir balancé Victoria Nuland, porte-parole du département d’État sous Clinton, et s’entendant répondre qu’au contraire elle avait reçu une promotion considérable en devenant secrétaire d’État adjointe pour les affaires européennes et caucasiennes [toute l’Europe sauf la Russie], – les Russes s’en apercevraient en 2013-2014 en Ukraine.)
Après huit ans d’Obama et suivant la crise financière de 2008-2009 qu’on jugeait être la chute au bout du tunnel avant la remontée, la situation du monde s’est enfoncée à un rythme remarquable dans un désordre globalisée, un tourbillon crisique touchant toutes les structures. Il réussit même, Obama, à faire éclore de toutes pièces dans son pays une guerre civile de communication en donnant une place importante, à côté du racisme courant qu’il était censé réduire et qui se poursuit, à une nouvelle sorte de “racisme anti-blanc”, l’ensemble divisant les communautés les unes contre les autres et aussi bien chacune à l’intérieur d’elles-mêmes ; son allure souple et gracieuse, élégante et presque dansante, ses talents exceptionnels d’orateur (et de joueur de golf) en firent un parfait agitateur que personne ne vit venir, réussissant à allumer partout des incendies, hors des USA mais surtout à l’intérieur des USA, qui ont dépassé les crises développées jusqu’ici pour créer des crises hautes et un tourbillon crisique embrasant la globalisation et le monde lui-même. Autour de tout cela, il a contribué à la création d’un univers magique, une addition de narrative entraînant le déterminisme-narrativisteune sorte de “caverne de Platon” à l’échelle de l’univers, remplaçant la réalité désintégrée. (« ...[L]a caverne de Platon n’est plus dans la caverne, elle est l’univers tout entier, le monde où nous vivons, dans la mesure où l’univers/le monde est sous l’empire du Système/de la Matière selon cette appréciation spécifique de cette sorte de matière devenue Matière majusculée dont nous faisons une création du Mal. »)
Tout cela n’a été nullement planifié ni même ambitionné en tant que tel, car jamais une telle réussite n’aurait pu être accomplie en si peu de temps et d’une façon aussi totalitaire par une machination humaine. Obama fut la parfaite créature d’autre chose que lui, la créature des forces infra- et suprahumaines qui sont aujourd’hui les moteurs grondants de la grande crise Générale dont nous espérons et attendons grandement et avec ferveur qu’elle se réalise dans l’effondrement du Système ; car, et cela sans le moindre étonnement du commentateur, il fut tellement l’excellente créature du Système qu’il a bien entendu accéléré l’équation surpuissance-autodestruction sur le rythme de La Java du Diable...
Son comportement sur la fin est insensé si l’on n’accepte pas l’hypothèse de l’influence diabolique qui pousse, au travers des défauts de celui qui la subit, à la volonté de destruction, – de déstructuration, de dissolution et d’entropisation des conditions où opérera son successeur. Par contre, si on accepte l’hypothèse sans avoir trop peur de se compromettre dans les salons où l’on croise BHL, alors la mécanique fonctionne à la perfection, comme une véritable Java, et l’on a la réponse à la question figurant dans la présentation hebdomadaire, en tête de page d’accueil de ce site, pour le récapitulatif de la dernière semaine de 2016 :
« Son comportement [d’Obama] ne peut se comparer à aucun autre, d’un autre président-sortant, dans aucune période de transition des États-Unis, y compris les deux plus fameuses et tragiques, celle de 1860-1861 menant à l’installation de Lincoln et au déclenchement de la Guerre de Sécession, et celle de 1932-1933 menant à l’installation de Roosevelt en plein cœur de la Grande Dépression. [...] Justement, alors que le comportement d’Obama est infiniment plus étrange et agressif que ceux de Buchanan et de Hoover (les deux présidents-sortants dans les cas signalés), aucun événement en apparence ne semble avoir la gravité et la pression de la Guerre de Sécession sur le point d’éclater et de la Grande Dépression, – à moins que nous voyions pas distinctement l’importance de l’événement servant de cadre à cette transition, qu’il soit encore dissimulé à nos yeux ? »
On voudra bien croire enfin et pour conclure, à la lumière des nombreux textes qui lui ont été consacrés ces dernières semaines que je ne fais certainement pas une fixation sur Obama, – bien que ce soit le moment ou jamais, – mais que je lui rends un hommage justifié par la manière et de la façon qu’il mérite. Il apparut dans une ambiguïté extrême, suscitant même chez certains, dont dedefensa.org et par conséquent moi-même sans le moindre doute ni le moindre remord car il faut toujours tout essayer, la possibilité qu’il pourrait être l’“American Gorbatchev”, – possibilité vite enterrée il est vrai, avant même qu’il ne prêtât serment... J’en oublie même qu’il fut le premier président Africain-Américain de l’histoire des USA parce que ce fait-là, présenté comme révolutionnaire sur l’instant et qui relèvait de l’écume des jours, s’est avéré n’avoir aucune importance sérieuse sinon pour l’art du camouflage. Le fait qui compte est que la politique qu’il produisit est la première véritable politique-Système conçue en tant que telle, aussi bien dans la brutalité que dans a subtilité, sans nécessité d’un 9/11 pour l’amorçage, et dispensant son efficacité au-delà de ce que nul, avant lui, ne s’était avéré capable de faire ; et par conséquent le fait qui compte est qu’il fut ainsi conçu et développé pour être la créature-sapiens la plus vulnérable à ce qu’on pourrait désigner comme “l’influence du Diable”, – non pas tant “la beauté du diable” dans son cas, mais “l’élégance du Diable”, – tant était grande sa vulnérabilité à cet égard...
Son “legs” est tout tracé, et nul ne peut vraiment lui en faire reproche. De toutes les façons, il lui reste les dix-huit trous.

Note

(*) Les Harpies occupèrent divers postes au département d’État, comme Secrétaire, adjointe au Secrétaire, ambassadeur à l’ONU, porte-parole, et pour Susan Rice en deuxième affectation, directrice du NSC et conseillère du président pour les affaires de sécurité nationale (même poste que le général Flynn pour Trump).

Obama est-il un agent russe ? / Is Obama a russian agent ?

source : http://lesakerfrancophone.fr/obama-est-il-un-agent-russe

Orlov
Orlov
Par Dmitry Orlov – Le 20 décembre 2016 – Source Club Orlov
Parfois, les charges semblent faible, car il n’y a pas d’« arme du crime » – pas de preuves évidentes, directes, de conspiration, de malfaisance ou de mauvaise intention – mais une fois que vous replacez ensemble toutes les preuves, cela forme une image cohérente et accablante. Et c’est ainsi avec l’administration Obama vis-à-vis de la Russie : en feignant l’intention hostile, il a fait tout son possible pour faire avancer l’agenda de la Russie. Et bien qu’il soit toujours possible de prétendre que tous les échecs d’Obama proviennent de sa simple incompétence, à un certain moment cette affirmation commence à sonner creux. Comment peut-il être si compétent… à être incompétent ? Peut-être a-t-il utilisé l’incompétence comme un voile pour couvrir sa véritable intention, qui était toujours de soutenir la Russie tout en rendant les États-Unis inutiles au maximum dans les affaires mondiales. Examinons les grandes initiatives de politique étrangère d’Obama sous cet angle.

Peut-être que la plus grande réalisation de ses huit années a été la destruction de la Libye. Sous le faux prétexte d’une intervention humanitaire, ce qui était autrefois le pays le plus prospère et le plus stable de toute l’Afrique du Nord a été réduit à un havre de terreur pour les terroristes islamiques et un point de transit pour les migrants économiques entrant dans l’Union européenne. Cela a eu pour effet de pousser la Russie et la Chine dans les bras l’une de l’autre, les incitant à commencer à voter contre les États-Unis ensemble comme un seul homme au Conseil de sécurité de l’ONU. En un seul coup, Obama a assuré un élément important de son héritage en tant qu’agent russe : les États-Unis ne seront plus en mesure de faire avancer leur programme par le biais de ce très important organe international.
Ensuite, Obama a présidé au renversement violent du gouvernement constitutionnel en Ukraine et à l’installation d’un régime de marionnettes américain. Quand la Crimée a alors voté pour rejoindre la Russie, Obama a imposé des sanctions à la Fédération de Russie. Ces mouvements peuvent sembler avoir été conçus pour nuire à la Russie, mais regardons les résultats au lieu des intentions. Premièrement, la Russie a repris le contrôle d’une région stratégique importante. Deuxièmement, les sanctions et les contre-autorisations ont permis à la Russie de se concentrer sur le remplacement des importations par la construction d’une économie nationale. C’était particulièrement impressionnant dans l’agriculture, et la Russie gagne maintenant plus de recettes par ses exportations de produits alimentaires que par ses armes. Troisièmement, la rupture des liens économiques avec l’Ukraine a permis à la Russie d’éliminer un concurrent économique majeur. Quatrièmement, plus d’un million d’Ukrainiens ont décidé de s’installer en Russie, de façon temporaire ou permanente, ce qui a donné à la Russie un important élan démographique et lui a donné accès à un bassin de travailleurs qualifiés russophones. Cinquièmement, alors qu’auparavant l’Ukraine était en mesure d’extorquer les concessions de la Russie en jouant avec les gazoducs qui conduisent de la Russie à l’Union européenne, maintenant les mains de la Russie ont été déliées, ce qui a débouché sur de nouveaux accords de pipelines avec la Turquie et l’Allemagne. En effet, la Russie a récolté tous les avantages de l’impasse ukrainienne, tandis que les États-Unis ont gagné une dépendance désagréable, embarrassante.
L’« accomplissement » suivant d’Obama consistait à mettre soigneusement le conflit syrien dans un cul de sac. (Certains insistent pour l’appeler une guerre civile, bien que pratiquement tous les combats qui s’y déroulent opposent la nation syrienne tout entière à des mercenaires extérieurs financés par l’étranger.. À cette fin, Obama a déployé un éventail de tactiques. Il a soutenu, armé, entraîné et combattu différents groupes terroristes, rendant ridicule la technique habituelle des États-Unis d’utiliser le « terrorisme par procuration ». Il a ridiculement affirmé que le gouvernement syrien avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, une allégation creuse semblable à celle utilisée contre Saddam et ses armes de destruction massive, tout en offrant à la Russie un rôle légitime à jouer dans la résolution du conflit syrien. Il a fait des promesses sans fin pour séparer « l’opposition modérée » des terroristes pur jus, mais a échoué à plusieurs reprises à le faire, donnant ainsi aux Russes une large occasion de s’occuper de la situation comme ils l’entendent. Il a négocié plusieurs cessez-le-feu qu’il a ensuite violés.
Il y a eu d’autres réalisations aussi. En parlant sans cesse de la « menace russe »inexistante, en alarmant sur « l’agression russe » et « l’invasion russe » (dont aucune preuve n’existait) et en pratiquant des exercices militaires futiles et géopolitiquement non pertinents en Europe de l’Est et surtout dans les pays baltes, Obama a privé l’OTAN de toute la légitimité résiduelle qu’elle aurait pu avoir, transformant cette organisation en une triste plaisanterie.
Mais peut-être que le service le plus important d’Obama au nom de la nation russe a été de s’immiscer dans l’élection de Donald Trump. C’est ce qu’il a fait en jetant son dévolu sur la ridiculement inepte et corrompue Hillary Clinton. Elle a dépensé le double de Trump, mais apparemment aucune somme d’argent ne pouvait lui permettre d’acheter la présidence. En raison des efforts constants d’Obama, les États-Unis auront maintenant un président russo-amical qui est impatient de conclure des accords avec la Russie, mais devra le faire à partir d’une position de négociation considérablement affaiblie.
Comme je l’ai fait valoir depuis une dizaine d’années, on s’attend à ce que les États-Unis se retirent de leur position de domination mondiale. Mais il était certainement utile d’avoir un Obama graissant les patins, et maintenant c’est à Donald Trump de terminer le travail. Et puisque la contribution d’Obama a été particulièrement utile à la Russie, je propose qu’il lui soit décerné l’Ordre de l’Amitié de la Fédération de Russie, pour aller avec son Prix Nobel de la Paix.
Dmitry Orlov