"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
vendredi 18 décembre 2015
jeudi 17 décembre 2015
Russie versus Front National : Patriotisme, nationalisme et chauvinisme / Russia versus National Front : patriotism, nationalism, chauvinism
source : http://lesakerfrancophone.net/patriotisme-nationalisme-et-chauvinisme/
Les apparentements terribles,de Vladimir Poutine à Marine Le Pen
Appréciez la différence
Les apparentements terribles,de Vladimir Poutine à Marine Le Pen
Appréciez la différence
Florilège
Par Sayed Hasan – Le 11 décembre 2015 – Source sayed7asan

Marine Le Pen et Vladimir Poutine sont souvent rapprochés, hâtivement et à tort. Car pour quiconque connait quelque peu la Russie et Poutine, il est évident que si leurs discours peuvent sembler se rejoindre sur des points de politique extérieure, ils diffèrent radicalement quant à la politique intérieure, et notamment au rapport à l’autre, qu’il s’agisse des immigrés, des musulmans ou de l’islam, honnis par le FN et honorés en Russie.
Dans ces extraits, Vladimir Poutine dénonce explicitement la transformation pernicieuse du nationalisme et du patriotisme en chauvinisme et en xénophobie et/ou islamophobie, idéologies dangereuses dont le Front national français s’est fait le champion. Tout en s’affirmant lui-même le premier nationaliste authentique de son pays, le président russe revendique hautement son attachement à une Russie multi-ethnique et multi-confessionnelle, en rappelant que quoique séculaire, l’État russe reconnait légalement quatre religions traditionnelles (christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme). Et bien que la proportion de musulmans soit moindre en Russie qu’en France, l’islam y est reconnu par la loi comme la deuxième religion nationale, ce qui contraste avec la situation française et le discours du Front national en particulier, qui stigmatise en permanence les populations immigrées, les musulmans et l’islam alors que la Russie les considère comme des composantes à part entière de l’identité russe et une véritable richesse, remparts des saines valeurs traditionnelles contre une certaine forme denihilisme. Les fausses questions du voile, du halal ou de la lutte contre l’islamisme seraient absolument grotesques et indécentes en Russie. Pour Vladimir Poutine, de telles politiques sont irresponsables car elles mènent au délitement et à l’autodestruction des sociétés et des Nations et ne peuvent en aucun cas servir les intérêts du peuple même qu’elles prétendent défendre.
Par sa stratégie ignoble et manipulatoire du bouc émissaire, le Front national se révèle comme un danger pour la France et le peuple français dans son ensemble. L’abstention semble la seule forme de contestation possible.
Salah Lamrani (Sayed Hasan)
Adresse de Poutine à l’Assemblée Fédérale, le 12 décembre 2012.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Transcription
Vladimir Poutine : […] Nous traitons et continuerons à traiter avec beaucoup de soin et de respect tous les groupes ethniques, tous les peuples de la Fédération de Russie. Notre diversité a toujours été et reste la source de notre beauté et de notre force.
C’est pourquoi les propositions de solutions simples et définitives avancées par les différents groupes nationalistes et extrémistes de toutes sortes constituent un grand danger pour la Russie. Quels que soient leurs slogans, tout ce qu’ils font est de tirer le pays vers le déclin social et la désintégration. Nous devons considérer toute tentative de provoquer des tensions interethniques ou de l’intolérance religieuse comme un danger pour l’unité de l’État russe et une menace pour nous tous. […]
Échanges entre Vladimir Poutine et des journalistes après son intervention au Forum de Valdaï, le 24 octobre 2014.
Par Sayed Hasan – Le 11 décembre 2015 – Source sayed7asan

Marine Le Pen et Vladimir Poutine sont souvent rapprochés, hâtivement et à tort. Car pour quiconque connait quelque peu la Russie et Poutine, il est évident que si leurs discours peuvent sembler se rejoindre sur des points de politique extérieure, ils diffèrent radicalement quant à la politique intérieure, et notamment au rapport à l’autre, qu’il s’agisse des immigrés, des musulmans ou de l’islam, honnis par le FN et honorés en Russie.
Dans ces extraits, Vladimir Poutine dénonce explicitement la transformation pernicieuse du nationalisme et du patriotisme en chauvinisme et en xénophobie et/ou islamophobie, idéologies dangereuses dont le Front national français s’est fait le champion. Tout en s’affirmant lui-même le premier nationaliste authentique de son pays, le président russe revendique hautement son attachement à une Russie multi-ethnique et multi-confessionnelle, en rappelant que quoique séculaire, l’État russe reconnait légalement quatre religions traditionnelles (christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme). Et bien que la proportion de musulmans soit moindre en Russie qu’en France, l’islam y est reconnu par la loi comme la deuxième religion nationale, ce qui contraste avec la situation française et le discours du Front national en particulier, qui stigmatise en permanence les populations immigrées, les musulmans et l’islam alors que la Russie les considère comme des composantes à part entière de l’identité russe et une véritable richesse, remparts des saines valeurs traditionnelles contre une certaine forme denihilisme. Les fausses questions du voile, du halal ou de la lutte contre l’islamisme seraient absolument grotesques et indécentes en Russie. Pour Vladimir Poutine, de telles politiques sont irresponsables car elles mènent au délitement et à l’autodestruction des sociétés et des Nations et ne peuvent en aucun cas servir les intérêts du peuple même qu’elles prétendent défendre.
Par sa stratégie ignoble et manipulatoire du bouc émissaire, le Front national se révèle comme un danger pour la France et le peuple français dans son ensemble. L’abstention semble la seule forme de contestation possible.
Salah Lamrani (Sayed Hasan)
Adresse de Poutine à l’Assemblée Fédérale, le 12 décembre 2012.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Transcription
Vladimir Poutine : […] Nous traitons et continuerons à traiter avec beaucoup de soin et de respect tous les groupes ethniques, tous les peuples de la Fédération de Russie. Notre diversité a toujours été et reste la source de notre beauté et de notre force.
Mais nous ne devons pas oublier que toute manifestation de nationalisme ou de chauvinisme cause un préjudice direct et énorme, surtout à l’encontre des composantes du peuple et du groupe ethnique dont les nationalistes prétendent défendre les intérêts.
C’est pourquoi les propositions de solutions simples et définitives avancées par les différents groupes nationalistes et extrémistes de toutes sortes constituent un grand danger pour la Russie. Quels que soient leurs slogans, tout ce qu’ils font est de tirer le pays vers le déclin social et la désintégration. Nous devons considérer toute tentative de provoquer des tensions interethniques ou de l’intolérance religieuse comme un danger pour l’unité de l’État russe et une menace pour nous tous. […]
Article original publié par l’administration présidentielle russe
Échanges entre Vladimir Poutine et des journalistes après son intervention au Forum de Valdaï, le 24 octobre 2014.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Article original publié par l’administration présidentielle russe
Adresse à l’Assemblée Fédérale, 4 décembre 2014.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Journaliste : Monsieur le Président, [je suis] Feng Shaolei, de l’Université de Shanghai. Ma question porte sur le processus de modernisation de la Russie. Vous avez souligné à plusieurs reprises l’importance de la notion de conservatisme. Je pense que c’est là une notion très importante, un concept clé de la Russie et de la modernisation de la Russie.
Vladimir Poutine : Tout d’abord, le concept de conservatisme n’est pas notre création. Et le concept de conservatisme dont je parle n’est pas très différent de l’interprétation traditionnelle de ce concept ou de cette approche. Cela ne signifie pas que le conservatisme consiste en une sorte d’auto-isolement et en une réticence à l’évolution et au développement. Le conservatisme sain consiste à utiliser le meilleur de tout ce qui est novateur et prometteur en vue d’un développement progressif.
Journaliste : [Question] Et pour ce qui est du nationalisme ?
Vladimir Poutine : Le nationalisme ? Le patriotisme peut devenir du nationalisme. C’est une tendance dangereuse, je suis d’accord avec vous sur ce point. Nous devons bien garder ce principe à l’esprit et faire tout notre possible pour empêcher que cela se produise. C’est dangereux pour le pays. Le plus grand nationaliste en Russie, c’est moi. Mais le nationalisme le plus noble et le plus juste consiste en la mise en œuvre d’actions et de politiques qui bénéficient au peuple.
Article original publié par l’administration présidentielle russe
Adresse à l’Assemblée Fédérale, 4 décembre 2014.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Transcription
Modérateur : […] Veuillez m’excuser, [donnez la parole à] notre ami venu de Chine.
Journaliste : Monsieur le Président, [je suis] Feng Shaolei, de l’Université de Shanghai. Ma question porte sur le processus de modernisation de la Russie. Vous avez souligné à plusieurs reprises l’importance de la notion de conservatisme. Je pense que c’est là une notion très importante, un concept clé de la Russie et de la modernisation de la Russie.
Vous n’êtes pas sans savoir que l’Europe, les États-Unis et l’Asie de l’Est ont eux aussi leur conception du conservatisme. Pourriez-vous nous expliquer la spécificité de votre conception du conservatisme ? En quoi est-elle différente d’autres conceptions du conservatisme ? Sera-t-elle un concept prédominant dans la modernisation de la Russie, ou jouera-t-elle plutôt un rôle temporaire, seulement pour une période déterminée ?
Merci beaucoup.
Vladimir Poutine : Tout d’abord, le concept de conservatisme n’est pas notre création. Et le concept de conservatisme dont je parle n’est pas très différent de l’interprétation traditionnelle de ce concept ou de cette approche. Cela ne signifie pas que le conservatisme consiste en une sorte d’auto-isolement et en une réticence à l’évolution et au développement. Le conservatisme sain consiste à utiliser le meilleur de tout ce qui est novateur et prometteur en vue d’un développement progressif.
Cependant, avant de détruire ce qui est ancien, les fondations même qui nous ont amenés à atteindre notre niveau actuel de développement, il est nécessaire de commencer par comprendre comment les nouveaux mécanismes vont fonctionner. C’est une chose extrêmement importante.
Cela signifie que si nous voulons survivre, nous devons soutenir les piliers fondamentaux sur lesquels nous avons construit nos sociétés tout au long des siècles. Ces piliers fondamentaux incluent le respect et la protection des mères et des enfants, l’attachement et la préservation pour notre propre histoire et nos accomplissements, et le respect de nos traditions et de nos religions traditionnelles. La Russie a quatre religions traditionnelles qui sont reconnues par la loi [dans l’ordre : christianisme, islam, bouddhisme et judaïsme], et c’est un pays très diversifié.
Nous devons donc créer une base solide avec tout ce qui nous aide à façonner notre identité en tant que nation russe multiethnique, en tant que communauté russe multinationale, et en consolider les fondements, tout en restant ouverts à tout ce qui est nouveau et efficace dans le monde, tout ce qui peut contribuer à la croissance et au développement. Nous utiliserons très certainement tout cela.
Je vous invite donc tous instamment à ne pas déformer nos propos et à ne pas considérer que si nous parlons de conservatisme, cela signifie que nous comptons fermer les portes et nous confiner au passé. Cela ne correspond aucunement à la réalité de nos plans. […]
Journaliste : [Question] Et pour ce qui est du nationalisme ?
Vladimir Poutine : Le nationalisme ? Le patriotisme peut devenir du nationalisme. C’est une tendance dangereuse, je suis d’accord avec vous sur ce point. Nous devons bien garder ce principe à l’esprit et faire tout notre possible pour empêcher que cela se produise. C’est dangereux pour le pays. Le plus grand nationaliste en Russie, c’est moi. Mais le nationalisme le plus noble et le plus juste consiste en la mise en œuvre d’actions et de politiques qui bénéficient au peuple.
Cependant, si le nationalisme signifie l’intolérance vis-à-vis d’autres personnes, le chauvinisme, cela détruirait notre pays, qui a été initialement constitué comme un État multiethnique et multiconfessionnel. Ce n’est pas seulement une voie sans issue, mais le chemin de l’autodestruction. La Russie fera tout ce qu’elle peut pour s’assurer que cela ne se produise pas. […]
Article original publié par l’administration présidentielle russe
Adresse à l’Assemblée Fédérale, 4 décembre 2014.
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Transcription
Vladimir Poutine : […] Nous allons protéger la diversité du monde. Nous dirons la vérité aux peuples à l’étranger, de sorte que tout le monde puisse voir l’image réelle et non déformée et fausse de la Russie. Nous allons promouvoir activement les affaires et les échanges humanitaires, ainsi que les relations scientifiques, éducatives et culturelles. Nous le ferons même si certains gouvernements tentent de créer un nouveau rideau de fer autour de la Russie.
Nous n’entrerons jamais dans la voie de l’auto-isolement, de la xénophobie, de la suspicion et de la recherche d’ennemis. Ce sont là des manifestations de faiblesse, alors que nous sommes forts et confiants.
Notre objectif est d’avoir autant de partenaires égaux que possible, à la fois à l’Ouest et à l’Est. Nous allons étendre notre présence dans ces régions où l’intégration est à la hausse, où la politique n’est pas mélangée avec l’économie, et où les obstacles au commerce, aux échanges de technologies et d’investissements et à la libre circulation des personnes sont levés.
En aucun cas, nous n’allons limiter nos relations avec l’Europe ou l’Amérique. Dans le même temps, nous allons restaurer et étendre nos liens traditionnels avec l’Amérique du Sud. Nous allons poursuivre notre coopération avec l’Afrique et le Moyen-Orient.
Nous voyons à quelle vitesse l’Asie-Pacifique s’est développé au cours des dernières décennies. En tant que puissance du Pacifique, la Russie tirera pleinement parti de ce potentiel énorme.
Tout le monde connaît les dirigeants et les locomotives du développement économique mondial. Beaucoup d’entre eux sont nos amis sincères et des partenaires stratégiques.
L’Union économique eurasienne va commencer à être pleinement opérationnelle le 1erjanvier 2015. J’aimerais vous rappeler ses principes fondamentaux. Les principes majeurs sont l’égalité, le pragmatisme et le respect mutuel, ainsi que la préservation de l’identité nationale et de la souveraineté de l’État de tous les pays membres. Je suis convaincu qu’une coopération étroite sera une puissante source de développement pour tous les membres de l’Union économique eurasienne.
Pour conclure cette partie de mon discours, j’aimerais dire encore une fois que nos priorités sont d’avoir des familles saines et une nation saine, ce sont les valeurs traditionnelles que nous avons héritées de nos ancêtres, combinées avec un accent sur l’avenir, la stabilité comme une condition essentielle du développement et du progrès, le respect des autres nations et États, et la sécurité garantie de la Russie et la protection de ses intérêts légitimes. Telles sont nos priorités. […]
Article original publié par l’administration présidentielle russe
Vladimir Poutine inaugure la plus grande mosquée d’Europe à Moscou, 23 septembre 2015
Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani
Vladimir Poutine, le Président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev, le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan ont assisté à l’inauguration de la mosquée-cathédrale de Moscou suite à sa reconstruction.
La mosquée a rouvert après des travaux de reconstruction majeurs conçus pour augmenter sensiblement sa capacité d’accueil. Le nouveau bâtiment peut accueillir jusqu’à 10 000 fidèles à la fois.
Transcription
Vladimir Poutine : Cher Monsieur Erdogan, cher Monsieur Abbas, chers dignitaires religieux, chers invités étrangers, chers amis,
Permettez-moi de vous féliciter de tout mon cœur en cette inauguration de la mosquée-cathédrale reconstruite de Moscou. C’est un grand événement pour tous les musulmans de Russie.
Une des plus anciennes mosquées de Moscou se trouvait sur ce site historique et a subi une reconstruction qui en fait maintenant la plus grande en Europe. Elle a été réalisée avec une magnifique architecture moderne et novatrice digne de la capitale de notre pays uni, multiethnique et multiconfessionnel. Cette nouvelle mosquée est digne de la Russie, dans laquelle, je tiens à le souligner, l’islam, en vertu de la loi de notre pays, est l’une des religions traditionnelles de la Russie, avec des millions de nos citoyens qui se comptent parmi ses adeptes.
Je tiens à remercier tous ceux qui ont participé aux travaux sur ce magnifique édifice et tous les musulmans en Russie et à l’étranger qui ont fait un don pour cet effort. Nous sommes reconnaissants envers les gouvernements de la Turquie et du Kazakhstan pour leur contribution à la reconstruction de la mosquée.
Je suis sûr que la mosquée deviendra un centre spirituel majeur pour les musulmans à Moscou et dans toute la Russie, prodiguant de l’éducation et diffusant des idées humanistes et les valeurs véritables et authentiques de l’islam. Elle diffusera la connaissance et la spiritualité et contribuera à unir les efforts des musulmans et également des personnes d’autres confessions dans de nobles causes communes. Le Coran nous enjoint d0essayer de nous surpasser les uns les autres dans le bien.
Dès sa création, la Russie a toujours été un pays multiethnique et multiconfessionnel. Cet enrichissement mutuel des différentes cultures, traditions et religions a toujours constitué la spécificité et la force distinctives de notre pays.
La communauté musulmane de Moscou, par exemple, a émergé à l’époque médiévale, et cela se reflète dans les racines tatares de beaucoup de noms de rues de la capitale.
Les traditions de l’islam éclairé se sont développées au cours des siècles en Russie. Le fait que différents peuples et religions vivent paisiblement ensemble en Russie est en grande partie dû à la communauté musulmane, qui a apporté une contribution remarquable à la préservation de l’harmonie dans notre société et s’est toujours efforcée de construire des relations, au sein des religions et entre elles, fondées sur la tolérance pour les croyances des uns et des autres.
Aujourd’hui, l’Islam traditionnel est une partie intégrante de la vie spirituelle de la Russie. Les valeurs humanistes de l’Islam, comme les valeurs de nos autres religions traditionnelles, enseignent aux gens la compassion, la justice et l’affection et les soins pour nos proches. Nous accordons une grande importance à ces valeurs.
Le nombre de mosquées et de centres culturels islamiques a considérablement augmenté en Russie au cours des 20 dernières années. De superbes mosquées ont été construites dans le Tatarstan, le Bachkortostan, la Tchétchénie et d’autres régions russes. En 2003, notre pays est devenu un observateur permanent à l’Organisation de la conférence islamique. Des milliers de pèlerins en provenance de Russie font le Hajj, et le nombre demadrasas et d’écoles rattachées aux mosquées a également augmenté de manière considérable.
Il est important d’éduquer les jeunes musulmans dans les valeurs islamiques traditionnelles et de prévenir les tentatives de nous imposer des conceptions du monde qui nous sont étrangères et qui n’ont rien à voir avec l’islam authentique. Permettez-moi de déclarer que les autorités continueront d’aider à la relance du système russe d’écoles théologiques islamiques et d’éducation religieuse.
Comme vous le savez, j’ai soutenu les autorités du Tatarstan et les principaux organes spirituels musulmans sur la question de la création de l’Académie islamique bulgare, relançant ainsi cet ancien centre musulman russe de religion et d’apprentissage.
Bien sûr, nous devons continuer à développer le réseau des centres culturels et éducatifs musulmans. Leur but est de réunir les musulmans, de leur communiquer le code spirituel, culturel et moral inhérent à l’islam traditionnel en Russie, d’aider à résoudre les problèmes communs et de participer à l’éducation des jeunes.
Je relève le rôle important que les musulmans et surtout leurs chefs spirituels jouent dans le renforcement de l’harmonie interethnique et interreligieuse. Leur rejet et leur condamnation de toutes les formes de fondamentalisme et de radicalisme ont apporté une contribution majeure à la lutte contre le nationalisme et l’extrémisme religieux.
Le travail dans ce domaine est d’autant plus important aujourd’hui, alors que nous voyons des tentatives d’exploitation cyniques des sentiments religieux à des fins politiques.
Nous voyons ce qui se passe au Moyen-Orient (cela a déjà été mentionné ici aujourd’hui), où les terroristes du soi-disant État islamique pervertissent une grande religion mondiale, compromettant l’islam, semant la haine, tuant des gens, y compris des religieux, et détruisant avec barbarie des monuments de la culture mondiale. Leur idéologie est construite sur des mensonges et des distorsions flagrantes de l’islam.
Ils essaient également de recruter des adeptes ici, en Russie. Les dirigeants musulmans de la Russie utilisent courageusement et sans crainte leur influence pour résister à cette propagande extrémiste. Je tiens à exprimer mon immense respect pour ces personnes qui effectuent leur travail héroïquement et ont subi des pertes. Je ne doute pas qu’ils vont continuer d’éduquer les fidèles dans l’esprit de l’humanisme, de la compassion et de la justice.
Chers amis, cette nouvelle mosquée est inaugurée alors que la communauté musulmane est sur le point de célébrer la grande fête de l’Aïd al-Adha. Permettez-moi de féliciter tous les musulmans de Russie en cette fête joyeuse et de vous souhaiter à tous les bienfaits, le bonheur et la prospérité.
Je vous félicite pour cette inauguration de la mosquée.
Article original publié par l’administration présidentielle russe
[Brisons la terreur d’état!] Ce que l’état d’urgence dit de nous et de nos capacités de résistance / [ Let us break the terror of state!] what the state of emergency says of us and our capacities of resistance

Un texte fort, juste et indispensable en ces temps de peur généralisée et d’atteinte à nos libertés fondamentales. Un appel à la résistance face à la terreur d’état et à s’organiser pour reprendre en main nos existences.
Un témoignage d’un militant assigné à résidence à diffuser très largement ! :
Ce que l’état d’urgence dit de nous et de nos capacités de résistance
Quelques états d’âme livrés sans considération de ce qu’ils pourraient produire, parce qu’on devrait pouvoir se dire les choses comme elles nous viennent, surtout en des temps si obscurs. Ressenti, persiflage ou analyse, chacun-e choisira la description de ce texte qui lui conviendra.
Des ami-e-s activistes sont venu-e-s de Russie pour protester contre la COP21, comme il/elles sont venues régulièrement par le passé pour participer en Europe à des actions contre le capitalisme et ses symptômes. C’est d’ailleurs comme ça qu’on s’est rencontré-e-s. Je les ai donc tout naturellement invité-e-s à venir dans la maison où j’habite, le temps de la COP.
Dans les rues de Russie, il n’y a pas de manifestations. Il n’y a pas de manifestations, car la peur et la soumission ont depuis longtemps emporté les cœurs. Et je ne parle même pas de la Biélorussie où mes ami-e-s ont abandonné la lutte et se sont définitivement tus, dans ce pays, placé au coeur de l’Europe, où l’État exécute encore des prisonnier-e-s d’une balle dans la nuque et où la police arrêtait encore il y a quelques temps des passant-e-s parce qu’ils protestaient contre le pouvoir en applaudissant à l’arrêt de bus…
Arrivé-e-s à Paris, mes ami-e-s russes ont découvert combien la situation ressemblait à celle qu’ils connaissent. Des agents du renseignement qui veulent savoir pourquoi il/elles sont là et combien il/elles sont, ce qu’il/elles ont prévu de faire. Des agents de forces spéciales qui arrachent la porte d’entrée et entrent avec des fusils pour perquisitionner nos domiciles. Des convocations sans motif réel, des assignations à résidence. Des avocats qui n’ont pas accès aux informations concernant les personnes arrêtées… La liste est longue.
Un rude constat pour tou-te-s celles et ceux qui se croyaient libres.
Je suis amer, car je me rends compte que beaucoup de celles et ceux qui m’entourent, et qui se reconnaissent pourtant dans les mêmes valeurs que moi, semblent avoir conservé une certaine confiance dans les institutions et dans la démocratie. Une confiance inconsciente. Malgré les discours, les attitudes et réactions à l’état d’urgence en disent long sur la manière dont mes ami-e-s conçoivent le rapport de force avec les autorités.

La manifestation reste, par exemple, le plus grand simulacre de liberté. On a appris à croire, tant la démocratie nous y a habitué, que la manifestation était une forme de résistance. Elle n’en est pas. Elle n’est qu’un faire valoir démocratique, consentis par les autorités. Crier, tu peux. Joindre la parole au geste, non. Marche, mais reste en vue. Bouge les bras, mais de préférence au dessus de la tête. Ne fais pas trop de bruit, ne fais pas trop de remous. La manifestation est un acte réformiste et non révolutionnaire. En ce sens, elle ne gêne pas les autorités, qui savent comment organiser leur propre réforme, pour surtout ne jamais prendre le risque que leurs fondements totalitaires soient remis en question.
Les assemblées ouvertes quant à elles reproduisent inconsciemment les modes de décisions parlementaires. On s’y retrouve, on s’écoute parler, mais celles et ceux qui organisent les choses le font en dehors de l’assemblée, tant chacun-e sait combien la transparence ne peut garantir aucune confidentialité, ni aucune sécurité. On n’organise pas la résistance en échangeant publiquement sur ses modalités d’organisation. Et celles et ceux qui, sincèrement, s’y réunissent, le font par soucis d’ouverture. Parce qu’il/elles ne veulent pas se couper des personnes qui n’ont pas les contacts, les réseaux, les habitudes et les « réflexes militants ». Même si en réalité, les modes de langage et d’organisation de l’assemblée elle-même demeurent excluants, et cela malgré tous les efforts d’ouverture déployés.
De fait, il y a dans les assemblées beaucoup de « touristes » et de curieux, de personnes qui se taisent et regardent, ou de personnes qui acceptent de participer à certaines tâches, avant de ne plus revenir. Il y a aussi des flics et des journalistes, qui viennent là comme au spectacle ou parce que ça leur permet d’identifier ceux et celles qui tentent de donner une consistance politique à un cadre qui n’en a pas. Mais les autres ne les identifient pas, et croient qu’ils viennent participer. Le nombre est trompeur. On se croit nombreux-ses, mais on n’est que quelque un-e-s.
La désertion des autres, qui ont déjà fait le deuil des assemblées, met en danger ceux et celles qui s’accrochent à cette forme d’organisation collective ouverte et qui, de fait, sont plus visibles que celles et ceux qui restent en retrait.
Si seulement les absent-e-s s’organisaient en parallèle pour proposer des initiatives ou pour poser des cadres logistiques, alors l’assemblée pourrait a minima servir à transmettre au plus grand nombre les informations qui doivent être partagées. Mais ce n’est pas le cas. Personne ne propose rien. Tout le monde est schizophrène : on attend rien de l’assemblée, mais on attend tout d’elle quand même.
Qu’est-ce que vous avez prévu pour la COP ? Rien, on vous attendait pour en discuter.
Et quand l’État montre les dents, tout s’éparpille. On se cache, on échange des ressentis qui aboutissent à un renoncement collectif, plutôt qu’à une gestion collective de la peur. Soudainement, on n’est plus prêts à faire ce qu’on avait prévu et on ne se pose pas trop la question de savoir s’il vaut mieux modifier un peu les plans en tenant compte des données nouvelles, plutôt que d’abandonner tout.
Certain-e-s se rendent aux convocations de police. Pourquoi ? Par peur sans doute. Mais qui n’a pas peur ? La question n’est pas là. Il ne s’agit pas ici de montrer du doigt celles et ceux qui « ont peur », mais plutôt de se demander pourquoi il/elles ont plus peur d’ignorer la convocation que d’y répondre. Qu’est-ce qui peut ressortir de positif de ces « invitations à se dénoncer » ? Est-ce qu’on a quand même un peu confiance dans la police pour croire qu’on va s’en sortir mieux en allant lui parler ? Est-ce que chacun-e se dit qu’il/elle est assez innocent-e pour s’en tirer mieux que celles et ceux qui ne se présenteront pas. Est-ce qu’on y va pour montrer patte blanche ? Je ne comprends plus. Ce n’est pas une critique, c’est une interrogation.
Dans la réunion collective du mardi 24 (au CICP à Paris) qui faisait suite à la réception des convocations suite à la manifestation interdite de dimanche à Bastille, il a été proposé de refuser collectivement de répondre aux convocations, de la même manière que chacun-e sait qu’il vaut mieux refuser les comparutions immédiates. Mais on a préféré laisser à chacun-e la liberté de répondre ou non. C’est tout à notre honneur, mais cette manière d’individualiser nos réactions est dangereuse, non seulement pour celles et ceux qui vont aux convocations, mais aussi celles et ceux qui ne s’y rendent pas.
Pourtant, on parlait de « rapport de force », on disait qu’on était « prêts à prendre les risques », qu’on « ne lâcherait rien ». Le vent a soufflé trop fort, et notre détermination s’est envolée si vite. On ne dit pas le mot « peur », mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. Elle est déjà en train de conquérir nos cœurs et nos esprits.

Mes ami-e-s russes me disent que si nous ne prenons pas notre courage en main aujourd’hui, nos vies ressembleront aux leurs, que nos rues ressembleront aux leurs, que nos libertés sous condition s’évanouiront plus vite qu’on ne le croyait. Il/elles me demandent : « de quoi avez-vous peur ? » Je ne sais pas quoi répondre.
Dans ma tête, une réponse s’esquisse, douloureuse à accepter : je crois finalement que beaucoup confondent confort et liberté, et acceptent inconsciemment de perdre leur liberté pour ne pas perdre leur confort. Ou tout au moins ce qui nous rassure et nous endort, toutes ces choses qui font qu’on n’est pas autant dans la merde que tou-te-s celles et ceux, pauvres, migrant-e-s, prisonnier-e-s ou colonisé-e-s, qu’on prétend soutenir.
Oui, c’est ça. On a peur de perdre les misérables privilèges qui font qu’on se croit moins en dictature en France qu’en Russie.
Ce qu’on acceptera aujourd’hui produira les conditions de notre silence demain.
L’État d’urgence, c’est juste l’outil qui permet à la démocratie d’assumer publiquement le fait qu’elle est, et a toujours été, une dictature.
En dépit de tous ces constats négatifs, j’ai beaucoup d’espoir en moi. Parce que je sais que tou-te-s celles et ceux que je qualifie d’ami-e-s dans ce texte sont de belles personnes, sincères et justes, qui sauront réagir sereinement aux critiques qui leur sont adressées.
Tous mes voeux de courage à celles et ceux qui persistent.
C. (depuis son canapé sur lequel il est assigné)

Pour rappel, voici comment s’exprime la terreur d’état :
Montage de différentes vidéos de dimanche 29 novembre, à l’occasion des manifs contre la COP21 et l’état d’urgence.
Diffusé par Loïc Citation sur FB : « Parce que les médias désinforment et stigmatisent, après 8h de travail, de recherches sur internet pour réaliser cette vidéo, et des larmes d’émotions face à ces souvenirs, voici des images de ce dimanche 29 novembre, « oubliées » des JT. »
mercredi 16 décembre 2015
L’APRÈS 13 NOVEMBRE « Il faut être clair : un monde a pris fin, il n’y aura pas de retour en arrière » / AFTER NOVEMBER 13TH " It is necessary to be clear: a world came to an end, there will not be a step backward "
source : http://www.bastamag.net/Il-faut-etre-clair-un-monde-a-pris-fin-il-n-y-aura-pas-de-retour-en-arriere
PAR IVAN DU ROY
Pour combattre efficacement l’Etat islamique et son offre politique de mort et de désespoir, « nous devons réfléchir à la révolte qui est à la racine de ces crimes », suggère l’anthropologue Alain Bertho, qui prépare un livre sur « les enfants du chaos ». A la racine du mal, la fin des utopies, enterrées avec l’effondrement de tous les courants politiques progressistes. Le XXIe siècle aurait oublié l’avenir au profit de la gestion du risque et de la peur, indifférent à la colère des jeunes générations. Entre un quotidien militarisé et le jugement dernier à la sauce djihadiste, seule « la montée d’une autre radicalité » pourrait raviver l’espérance collective.
Basta ! : Le profil de ces jeunes Européens qui se radicalisent, qui partent en Syrie rejoindre le « califat » de l’État islamique ou aspirent à le faire, et qui sont prêts à mourir en « martyrs », continue de susciter soit l’incompréhension totale, soit la simplification extrême, et en tout cas un sentiment d’impuissance. Comment, de votre côté, les analysez-vous ?
Alain Bertho [1] : Même si les chiffres varient d’une estimation à l’autre, on peut affirmer que la France est le pays européen qui a le plus gros contingent sur place. Je rappelle que les volontaires étrangers de Daech viennent de 82 pays dans le monde. Mais notre pays entretient un rapport particulier avec l’épicentre géopolitique du chaos. Historiquement, ce rapport est notamment lié au passé colonial. Mais il est aussi le produit de nos fractures nationales contemporaines.
Il n’y a pas de profil type pour ceux qui partent en Syrie, hormis leur jeunesse. Un tiers environ sont des convertis à l’islam ; il y a des jeunes issus des cités, qui ressentent la stigmatisation depuis des années ; d’autres ont un métier et une famille ; certains ne fréquentaient pas les mosquées mais leurs ordinateurs. Le travail de David Thomson [2], journaliste et spécialiste du djihadisme, est éclairant. Il a suivi et interviewé plusieurs djihadistes français. Tous connaissent un déclic commun : une conversion, une rupture et la découverte d’une autre discipline de soi pour redonner un sens à leurs vies.
La réussite d’une telle offre politique, celle de l’État islamique, tient au fait que, pour des gens déstabilisés, elle donne du sens au monde et à la vie qu’ils peuvent y mener. Elle leur donne même une mission. Dans cette diversité, il semble que ceux qui viennent tuer et mourir non en Syrie mais dans le pays qui les a vus naître et grandir, ont un compte particulier à régler avec leur pays. Ce contentieux est lourd et il vient de loin.
Mais comment expliquez-vous cet attrait exercé par l’État islamique et ses avatars dans d’autres pays, alors que son projet politique se résume à mettre en oeuvre l’islam le plus réactionnaire et intransigeant en Syrie et en Irak, à affronter l’apocalypse et à mourir en martyr ?
Nous devons bien prendre la mesure que si c’est une offre politique de mort et de désespoir, c’est aussi cela qui fait son attrait. Telle est bien la gravité de la situation. Comme dit Slavoj Zizek : « Visiblement, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. » Pour les djihadistes, cette fin est proche dans un monde de chaos politique, moral, économique ou climatique. Le projet politique de Daech donne du sens à leur chemin vers la mort. Il leur propose un destin. À l’espoir de la libération individuelle et collective qui portait les mobilisations passées, ils ont substitué une problématique de fin du monde et de jugement dernier. Leur libération, c’est de mourir en martyr ! Du coup, ce sont des gens d’une grande détermination.« Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte et, croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel », prophétisait Jacques Lacan en 1959. Nous y sommes. Il nous faut donc réfléchir d’urgence sur ce qui produit un tel désespoir si nous voulons tarir la source de recrutement.
Quelle est la différence entre la radicalisation djihadiste actuelle et la radicalisation politique incarnée par la lutte armée ou l’action terroriste des années 70 ?
Il y a une différence essentielle d’objectif. Après 68, on voit le passage à l’action armée avec la bande à Baader – ou Fraction armée rouge – en Allemagne, les Brigades rouges en Italie ou le groupe d’extrême gauche Kakurokyo au Japon. Ce sont des gens qui, de leur point de vue, sacrifient leur vie pour l’avenir des autres. C’est un passage à l’acte criminel voué à l’échec, mais qui s’inscrit dans un combat pour un avenir révolutionnaire qu’ils veulent meilleur. Avec l’État islamique, il n’y a rien de cet ordre-là : on sacrifie sa vie pour la mort de l’autre. On veut juste embarquer tout le monde dans le désespoir, avec une consolation : les apostats, les mécréants, les chrétiens et les juifs n’iront pas au paradis.
L’horreur fait partie de la stratégie, c’est ce qu’explique le traité « Gestion de la barbarie » [3], écrit en Irak par le théoricien djihadiste – sûrement un collectif – Abu Bakr Naji avant l’émergence de l’État islamique. Ils ne font pas la guerre pour créer un État, comme lors d’une lutte pour l’indépendance : ils créent un « État » pour faire la guerre. L’État islamique n’a aucune vision de la paix sinon le triomphe final du califat contre des ennemis de plus en plus nombreux. Mais depuis 2001, l’idée de « paix comme but de guerre » (vieille conception clausewitzienne) n’a déjà plus cours chez les grandes puissances embarquées dans une « guerre sans fin » contre le terrorisme. Quels sont les buts de guerre ou les objectifs de paix de la coalition en Syrie ou en Irak ? On n’en sait rien. Le djihadisme nous a entraînés sur son propre terrain.
Dans votre essai en préparation sur « les enfants du chaos » [4], vous expliquez que le djihad, donc une motivation religieuse, n’est pas le seul moteur de la radicalisation. Quels seraient les autres ?
Nous avons un problème avec la clôture du XXe siècle et l’effondrement du communisme. La fin du communisme, ce n’est pas seulement la fin de régimes et d’institutions en Europe de l’Est et en Russie, c’est un ensemble de références culturelles qui s’écroule, communes à tous les courants politiques progressistes. Malgré la réalité policière et répressive des régimes communistes « réels », un changement de société était, à l’époque, encore perçu comme possible et s’inscrivait dans une démarche historique, une idée du progrès. L’avenir se préparait aujourd’hui. L’hypothèse révolutionnaire qui a ouvert la modernité (la Révolution française) a été une référence politique commune à ceux qui voulaient la révolution comme à ceux qui lui préféraient des transitions pacifiques et « légales » Avec l’effondrement du communisme et la clôture de toute perspective révolutionnaire, c’est l’avenir qu’on a perdu en route. C’est l’idée du possible qui s’est effondrée. Nous ne sommes plus dans une démarche historique. On ne parle plus d’avenir mais de gestion du risque et de probabilité [5]. On gère le quotidien avec des responsables politiques qui manipulent le risque et la peur comme moyens de gouvernement, le risque sécuritaire comme le risque monétaire (la dette), qui parlent beaucoup du réchauffement climatique mais sont incapables d’anticiper la catastrophe annoncée.
Les jeunes, ceux qui incarnent biologiquement, culturellement et socialement cet avenir de l’humanité, font les frais de cette impasse collective et sont particulièrement maltraités. Les sociétés n’investissent plus dans leur futur, l’éducation ou les universités. La jeunesse est stigmatisée et réprimée. Des pays du monde entier, du Royaume-Uni au Chili en passant par le Kenya, sont ainsi marqués depuis des années par des mobilisations étudiantes parfois violentes contre l’augmentation des frais d’inscription dans les universités. Partout, des morts de jeunes impliquant des policiers génèrent des émeutes : regardez les émeutes de Ferguson ou de Baltimore, aux Etats-Unis ; les trois semaines d’émeutes en Grèce, en décembre 2008, après le meurtre par deux policiers du jeune Alexander Grigoropoulos ; ou les cinq jours d’émeutes en Angleterre après la mort de Mark Duggan en 2011. Pour ces quelques émeutes médiatiquement visibles, il y en a des dizaines d’autres (lire notre article « L’augmentation des émeutes : un phénomène mondial »). Une société qui n’arrive plus à s’inventer pousse les gens vers des mobilisations de désespoir et de rage.
Avec la mondialisation financière, les écarts de revenu et de patrimoine se creusent à une vitesse rare. Les États sont aux mains des marchés et des financiers. Les victoires électorales des plus progressistes peuvent être transformées en déroute par la seule volonté de l’Eurogroupe, dans le mépris des peuples, comme les Grecs en ont récemment fait l’expérience. A-t-on bien réfléchi à ce que pouvait être la figure d’une révolte sans espoir ? Ces rages radicales sont aujourd’hui devant de telles impasses qu’elles ouvrent la porte à des offres politiques de mort, comme celle de l’État islamique.
Faut-il vraiment considérer la radicalisation « djihadiste » comme une forme parmi d’autres de révolte ? Ou plutôt la voir comme une nouvelle idéologie totalitaire et meurtrière à combattre par tous les moyens ?
Les deux. Au vu des dégâts considérables et des crimes qu’ils commettent, ici ou ailleurs, nous devons les combattre. Mais si nous voulons être efficaces, nous devons réfléchir à la révolte qui est à la racine de ces crimes. Il faut se demander ce qui peut pousser un jeune de vingt ans à se faire exploser à côté d’un restaurant McDonald’s à Saint-Denis. Qu’est-ce qui le conduit là ? Que peut-on faire pour éviter que cela ne se généralise ? La répression, ce sont les pompiers, mais il faut trouver la source de l’incendie ! Sinon, le recrutement va continuer, notamment en France. La crise de la politique est particulièrement profonde dans notre pays. La classe politique est complètement investie dans l’espace du pouvoir et de l’État et coupée du reste de la société, en décalage total, quel que soit le parti. La politique n’est plus une puissance subjective capable de rassembler et d’ouvrir des possibles.
Le poids et la force du mouvement ouvrier reposaient sur sa capacité à agréger des populations variées, notamment immigrées, dans un espoir commun. La fin des collectifs, de la notion de classes sociales, de l’idée qu’il existe un « nous » a presque fait disparaître la conscience commune d’une action encore possible. Le « Peuple » cher à Michelet s’est disloqué dans la fin du fordisme et la politique de la ville. L’émergence des thématiques sur l’immigration et la montée du Front national sont contemporaines de la disparition d’une subjectivité de classe rassembleuse. Cette dislocation, nous la payons au prix fort. Quand des jeunes sont tués avec l’implication de policiers dans les quartiers populaires, on constate une indifférence d’une grande partie de la France. C’est ce qui s’est passé en 2005. L’isolement et la stigmatisation des jeunes des quartiers populaires les a conduits à l’émeute dans la France entière. Cet isolement et cette stigmatisation n’ont, depuis, fait que se renforcer.
S’il s’agit d’offrir des possibilités d’action, voire de révolte contre les inégalités, les discriminations ou la brutalité du néolibéralisme économique, pourquoi les nouveaux mouvements sociaux et formes pacifiques de contestation ne séduisent-ils pas davantage ?
Il faut être clair : un monde a pris fin, il n’y aura pas de retour en arrière. La nostalgie n’est pas de mise. Il nous faut regarder devant nous et faire le bilan des expériences du présent. Après le mouvement altermondialiste au début des années 2000, l’année 2011 a représenté une fenêtre d’espoir. Les printemps arabes débutent en janvier, avec la mort de Mohammed Bouazizi, jeune diplômé au chômage à Sidi Bouzid (Tunisie), puis en février en Égypte. Ensuite, le mouvement des Indignés espagnols occupe la Puerto del Sol à Madrid à partir du 15 mai. Les Grecs, contre l’austérité, font de même sur la place Syntagma à Athènes. De fortes contestations éclatent aussi au Chili et au Sénégal. En septembre, c’est le mouvement Occupy Wall Street contre la finance et l’accaparement des richesses aux États-Unis, et les villages de tentes jusqu’à Tel-Aviv. Toutes ces mobilisations de la première génération postcommuniste ont ouvert un espace, mais cela n’a pas débouché, à ce jour, sur un véritable mouvement de transformation politique.
Que reste-t-il, aujourd’hui, des printemps arabes ? Les contestataires syriens ont été massacrés par le régime, les Libyens s’entretuent, l’Égypte est pratiquement revenue au point de départ, et la Tunisie n’arrive pas à répondre aux besoins sociaux de sa population. La Tunisie est d’ailleurs le premier pays, devant l’Arabie saoudite, qui compte le contingent étranger le plus important, estimé à 3 000, parmi les combattants de l’État islamique. Cette désillusion des printemps arabes est sensible quand on observe la courbe des attentats. On y constate une montée des attentats au Proche et au Moyen-Orient, à partir de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003. La montée devient exponentielle à partir de 2012 avec la fin des printemps arabes et le début du chaos géopolitique en Irak et en Syrie.
Pourquoi aucune perspective et alternative politique n’a-t-elle émergé ? Et comment la gauche, ou ce qu’il en reste, peut-elle combattre efficacement la montée en puissance de cette nouvelle idéologie totalitaire ?
Ce que nous avons longtemps appelé la traduction politique d’une lutte pour le changement a été balayée par l’expérience – et les échecs – du XXe siècle. Le pouvoir d’État n’apparaît plus comme un levier de transformation qu’il faut prendre d’une façon ou d’une autre. En 2011, les manifestants qui font tomber Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte laissent à d’autres le soin d’assurer la transition et de gouverner. Nous assistons à des mobilisations admirables, mais qui ne se transforment pas en moyen de prendre le pouvoir. Qui ne veulent pas le prendre. Elles n’ont pas de « stratégie ». Pour l’instant, seule l’expérience de Podemos en Espagne tente de faire entrer la mobilisation des Indignés dans une stratégie de pouvoir. Ailleurs, les périodes électorales suscitent de plus en plus d’émeutes. Les élections ne sont plus des moments de règlements pacifiques des conflits sociaux, et pas seulement en Afrique. Et quand il n’y a pas d’émeutes, on constate une baisse de la participation, dans le monde entier.
C’est la politique comme mobilisation populaire et construction du commun que nous avons perdue et qu’il nous faut retrouver. Quitte à provoquer un peu, je dirai que l’urgence, aujourd’hui, c’est moins la « déradicalisation » et l’hégémonie des marches militaires sur le débat politique que la montée d’une autre radicalité, une radicalité d’espérance collective qui tarisse à la source le recrutement djihadiste. Il nous faut retrouver le sens du futur et du possible, et résister au piège de la mobilisation guerrière que nous tendent les terroristes.
Propos recueillis par Ivan du Roy
Photo : DR
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