vendredi 24 mai 2019

UPR Revue de presse du 13 au 19 mai 2019 : Brive : des tracts contre les violences policières collés sur des affiches électorales LREM



Patricia Bordas, référente de La République en marche pour la Corrèze, envisage de porter plainte après la détérioration d’affiches électorales LREM à Brive et Malemort. (Mathieu Beaudoin – France 3 Limousin)

Brive : des tracts contre les violences policières collés sur des affiches électorales LREM
À Brive et Malemort en Corrèze, plusieurs affiches électorales de La République en marche pour les élections européennes ont été recouvertes, dans la nuit du 15 au 16 mai 2019, par des tracts et des photos dénonçant les violences policières lors des manifestations des Gilets jaunes.
« Qui peut encore voter Macron ? » C’est une vraie question adressée à tous les Français, alors que le président de la République est responsable de la mutilation à vie de nombreux compatriotes dont le seul tort était d’avoir voulu manifester contre l’injustice sociale flagrante dans notre pays. Dimanche prochain, faites le bon choix : l’UPR a été le seul parti à avoir relevé 14 violations de la Constitution par Macron, en vue de le destituer. 
Avec le recul, la crise des Gilets jaunes n’aurait pas eu lieu si les Français avaient porté François Asselineau à la présidence en 2017, tant son programme répondait aux  aspirations profondes du peuple. Il n’est pas trop tard : avec 5 % des voix, le président de l’UPR pourra dénoncer tous les méfaits de l’UE au sein du Parlement européen. Offrez-vous ce plaisir, cela va déménager !

France – Conséquences de l’appartenance à l’UE

Acheter ses abricots directement au producteur pourrait bientôt devenir impossible
Interfel, l’organisme qui rassemble les métiers de la filière fruits et légumes frais, a voté mardi 14 mai une nouvelle norme sur la vente directe d’abricots. Selon la Confédération paysanne, celle-ci engendre des coûts trop importants pour les paysans et menace donc directement la vente directe d’abricots du producteur au consommateur.
Interfel collabore directement avec les institutions européennes, comme expliqué ici. La transposition de directives délirantes de catégorisation des fruits et légumes pourrait bien mettre à mal les circuits courts et priver les consommateurs du plaisir procuré par des fruits et légumes moins jolis… mais meilleurs !
Depuis la liquidation d’Arjowiggins, il n’y a plus de papier recyclé fabriqué en France
Depuis la fermeture de l’usine Arjowiggins, dans la Sarthe, à la fin de mars 2019, les imprimeurs français ne peuvent plus se fournir en papier recyclé fabriqué en France. Un comble alors que les demandes s’accroissent et que des usines allemandes et autrichiennes veulent développer leur production.
Combien de temps encore va-t-il falloir être les spectateurs de tant de désastres industriels ? Frexit, vite, pour instaurer un franc suffisamment dévalué qui relancera les exportations, et pour permettre à nouveau le contrôle des délocalisations !
Industrie : la Chine dévore le bois français
Depuis 2007, les exportations de bois vers Pékin ont été multipliées par sept, passant de 50 000 à 350 000 tonnes par an. Conséquence : il n’en resterait plus assez pour la filière française, d’autant que le prix de la matière première a bondi de 60 %.
Les européistes ne cessent de nous parler de la « construction européenne » censée nous protéger face aux superpuissances, dont la Chine. Bilan ? Disparition de notre secteur textile à cause de la concurrence chinoise, rachat d’aéroports (Toulouse, dont la privatisation a été heureusement invalidée récemment), rachat de terres dans la Beauce, rachat de vignobles, déforestation qui s’accélère… la France est devenue un grand marché à ciel ouvert pour tous les investisseurs de la planète, dépouillant les Français de leurs ressources et de leur patrimoine. Merci l’UE !
Le coût de l’électricité va augmenter de 5,9 % dès juin pour le tarif réglementé
La hausse du prix mondial de l’électricité et des taxes va avoir pour conséquence une hausse de presque 6 % du prix de l’électricité dès juin. Les 25,3 millions de foyers qui paient le tarif réglementé seront concernés.
Source : BFM TV (14 mai)
Conséquence directe de la libéralisation à marche forcée du marché de l’électricité pour satisfaire aux exigences bruxelloises de la concurrence libre et non faussée. L’UE demande la cession prochaine des barrages d’EDF, très rentables, à des concurrents. Ce n’est donc certainement pas la dernière hausse des tarifs.
Une partie de l’Hôtel-Dieu de Paris cédée pour 80 ans contre 144 millions d’euros, annonce l’AP-HP
La partie de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu donnant sur le parvis de Notre-Dame de Paris, soit un tiers de sa surface, sera cédée au promoteur immobilier Novaxia pour 144 millions d’euros grâce à un bail de quatre-vingts ans, a annoncé vendredi l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Ces recettes exceptionnelles, résultant de la vente régulière de notre patrimoine, sont exigées par les GOPÉ. On voit aussi une nette corrélation avec les plans de remodélisation de l’île de la Cité, évoqués dans la précédente revue de presse.


Hôtel-Dieu. (Reuters)

Gaz : Engie berne ses abonnés et abandonne abusivement les tarifs réglementés
Le fournisseur de gaz Engie a anticipé la promulgation de la loi Pacte, et la fin des tarifs réglementés du gaz, pour commercialiser des contrats au prix de marché. Non seulement son anticipation est illégale, mais en plus mal sentie. Le Conseil constitutionnel demande à réinscrire les tarifs réglementés dans la loi.
Heureusement, des contre-pouvoirs existent encore en France, qui empêchent que ne règne la loi du Far West. Pour combien de temps ?
MISE AU POINT : les mesures phares des Gilets jaunes exigent le Frexit !
Charles-Henri Gallois, responsable national de l’UPR chargé de l’économie, démontre, documents à l’appui, que les principales revendications des Gilets jaunes exigent le Frexit.
Source : UPR TV (14 mai)
Déchets : la France pourrait devoir payer plus d’un milliard d’euros à l’Europe
Pour compenser le Brexit, le budget européen pourrait taxer lourdement les États pour leurs déchets plastiques non recyclés. Pour la France, l’addition serait de 1,3 milliard d’euros dès 2021.
À comparer aux 500 millions d’euros manquant à l’appel pour entretenir les routes nationales aujourd’hui, avec pour conséquence 7 % des ponts menaçant de s’écrouler à tout instant.

France – Histoires de confiance

Le train de primeurs Perpignan-Rungis ne sera pas remplacé par 25 000 camions
« Il n’y aura donc pas d’interruption de cette liaison ferroviaire fin juin, comme c’était initialement envisagé », a indiqué le ministère dans un communiqué de presse, précisant que « le train continuera de circuler au moins jusqu’à la fin de la saison haute en cours ». Au-delà, le ministère assure vouloir trouver « une solution ferroviaire pérenne d’ici à la fin de l’année, permettant de poursuivre dans la durée le transport des fruits et légumes par le rail ».
Cette affaire a défrayé la chronique il y a quelques jours, et le gouvernement tente d’éteindre les braises avec une promesse avant les élections européennes. Mais devons-nous et pouvons-nous lui faire réellement confiance ?
Zamane Ziouane – L’entretien UPR TV
Zamane, numéro 2 de la liste UPR pour les élections européennes du 26 mai, se confie sur son parcours. Comment une fille de la banlieue marseillaise, diplômée en droit à Montpellier, travaillant dans l’immobilier à Paris tout en rêvant d’être journaliste, en vient à une attitude abstentionniste par dégoût et rejet de la politique, puis s’intéresse, par l’intermédiaire d’Internet, aux conférences de François Asselineau, milite avec les Gilets jaunes et finit par rejoindre l’UPR. Un exemple à méditer… et à suivre.
Source : UPR (18 mai)


Les non-indépendantistes conservent de peu le congrès de la Nouvelle-Calédonie
Après les élections provinciales, dimanche, les loyalistes ont conservé de peu la majorité au congrès calédonien. Les nouveaux élus auront la lourde responsabilité d’échafauder avec Paris un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie.
Philippe Martinez appelle les syndicats européens à « lutter contre tout repli nationaliste »
À la veille du 52e congrès de la CGT, mais aussi à l’approche des européennes, Philippe Martinez a mis en garde les syndicats européens contre le « repli nationaliste » et les appelle à ne pas se calquer sur « le rythme des États ».
Martinez se moque des membres de la CGT et des Français. Celle-ci appartient en effet à la Confédération européenne des syndicats. Par l’entremise de l’Union européenne, elle finance les organisations syndicales des différents pays (sauf exception, comme SUD en France). Comment peut-on prétendre défendre les droits des travailleurs quand on accompagne une politique de détricotage des acquis sociaux et de casse des services publics ? Pas étonnant que la CGT perde de son audience et soit complètement dépassée par le mouvement des Gilets jaunes.
Élections européennes : Andréa Kotarac, élu régional « insoumis », appelle à voter pour le Rassemblement national
Cet élu d’Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé qu’il quittait le mouvement populiste de gauche. Sa participation à une réunion avec des membres de l’extrême droite à Yalta avait déjà jeté le trouble.
Nous tenons à rappeler ici que ni La France insoumise ni le Rassemblement national ne sont en mesure d’apporter une solution au désastre que vit actuellement la France. En effet, aucun des deux mouvements ne veut le Frexit, ce qui leur impose d’être soumis aux GOPÉ, générant casse sociale, vente du patrimoine, disparition des services publics, hausse des impôts, ubérisation, etc. Ce n’est pas pour rien que Sylvie Heyvaerts a quitté LFI, et Quentin Bourgeois le RN, pour rejoindre l’UPR !
La Cour des comptes épingle le dispositif censé justifier la privatisation d’ADP
Dans son rapport sur le budget de l’État 2018, l’institution de la rue Cambon épingle le Fonds pour l’innovation et l’industrie, qui repose selon elle sur « une mécanique budgétaire inutilement complexe et injustifiée ». Ce fonds, destiné à financer des projets industriels « de rupture » (intelligence artificielle, technologies de pointe…), devait être alimenté par les intérêts issus du produit des privatisations, et notamment d’ADP, dont l’État détient 50,6 % du capital.
La supercherie de la vente d’Aéroports de Paris est de plus en plus manifeste : la vente de cette société publique bénéficiaire chaque année était déjà injustifiable, mais les partisans de cette vente se réfugiaient derrière l’existence d’un fonds d’innovation financé par le produit de la vente. Il apparaît désormais que ce fonds d’innovation fonctionne mal ; c’est le dernier argument en faveur de la vente qui s’effondre.

France – Tromperie universelle

Armes françaises au Yémen : ce qui gêne tant le gouvernement
Des journalistes de Disclose ont été entendus par la DGSI après avoir révélé l’utilisation dans la guerre au Yémen d’armes vendues par la France à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.
Encore un sujet parmi tant d’autres sur lequel le gouvernement ment. Et les journalistes qui font leur travail sont maintenant menacés en France.


Chars Leclerc.
Limitation à 80 km/h : Édouard Philippe prêt à laisser les présidents de conseil départemental assouplir la mesure
Le Premier ministre n’y voit « aucun inconvénient » à condition que cette capacité soit « systématiquement assortie de mesures » qui garantissent la sécurité des automobilistes.
Le Premier ministre rétropédale sur cette mesure très impopulaire tout en y mettant une exigence de sécurité qui reposera sur les présidents de conseil départemental. Ils pourront décider de relever la vitesse à 90 km/h sur certains tronçons. S’il avait eu un peu de courage, Philippe aurait reconnu qu’il s’est trompé et aurait annulé la mesure au niveau national.
Macron nommé Meilleur Ouvrier de France
C’est la tradition. Chaque président de la République est nommé Meilleur Ouvrier de France honoris causa aux côtés des 9 000 artisans MOF récompensés chaque année pour leur « compétence de très haut niveau dans leur métier ».
Le meilleur ouvrier des européistes qui sait très bien obéir aux ordres de destruction de la nation française. Félicitations !
Le député En Marche Jean-Claude Leclabart mis en examen pour faux en écriture
Le député macroniste de la 4e circonscription de la Somme, Jean-Claude Leclabart, vient d’être mis en examen dans le cadre de l’enquête sur des faux en écriture qu’il aurait commis à la fin de son mandat de président de la communauté de communes du Val-de-Noye.
LREM nous avait promis l’émergence d’un nouveau monde… Cela ressemble pourtant à s’y méprendre aux magouilles de l’ancien monde.

Royaume-Uni – Brexit

La tempête Farage
L’ex-leader europhobe du Ukip a fondé il y a trois semaines The Brexit Party, déjà crédité de 34 % des voix aux européennes, auxquelles le Royaume-Uni participe finalement.
L’Union européenne est une secte qui veut à tout prix empêcher qu’on ne la quitte. Mais les Britanniques (y compris les classes populaires) sont des gens têtus et libres : ils comptent bien faire respecter leur vote du Brexit quitte à pulvériser les deux partis historiques que sont les Tories et le Labour.


Nigel Farage. (Leon Neal – Getty images Europe)

Le taux de chômage britannique au plus bas depuis 1974 malgré le Brexit
Le taux de chômage au Royaume-Uni a atteint son plus bas niveau depuis 1974, à 3,8 % au premier trimestre, signe de la solidité du marché de l’emploi malgré le Brexit, sans occulter le poids des inégalités dans le pays.
Le Brexit est certes toujours en cours de négociation. Mais, alors que le FMI annonçait des lendemains cataclysmiques à la suite du vote du Brexit, le Royaume-Uni continue d’améliorer ses chiffres du chômage, à un niveau de plein emploi !
Theresa May prête au départ après l’échec des discussions avec Jeremy Corbyn
La Première ministre britannique devrait dévoiler son plan de départ courant juin.
Theresa May paie sa mauvaise volonté à mettre en place le Brexit, avec un accord de sortie mal négocié qui conduit le Royaume-Uni à rester sous la tutelle de l’UE dans de nombreux domaines.

États-Unis – Contre le reste du monde

Washington braque l’UE avec une attaque contre ses projets de défense
Les États-Unis ont braqué mardi les Européens avec une attaque contre leurs projets de défense et la menace d’une remise en cause de la coopération transatlantique.
Les États-Unis se plaignent des règles de fonctionnement du Fonds européen de la défense, qui excluent leurs entreprises d’armement. Mais cette posture n’est pas réciproque, comme l’atteste l’affaire de l’appel d’offres des avions ravitailleurs de l’US Air Force, dont Airbus avait été écarté après avoir remporté l’appel d’offres.
La Chine vend 10 milliards de dollars de dette américaine
Sur fond de guerre commerciale entre Washington et Pékin, l’attitude de la Chine est scrutée. Le premier créancier des États-Unis a un stock de 1 120 milliards de dollars d’emprunts américains.
Le chef de l’armée sri-lankaise s’oppose à l’implantation d’une base militaire américaine sur l’île
Le chef de l’armée sri-lankaise a jugé inacceptables les conditions énoncées dans le projet d’accord militaire avec les États-Unis, estimant également que certains pays « cherchaient à profiter de la situation » à la suite des attentats meurtriers qui ont visé l’île à la fin d’avril.
Source : Sputnik (13 mai)
Tout juste après les attentats qui ont ensanglanté le Sri Lanka en avril, la question de la signature d’un accord relatif à l’établissement d’une base militaire états-unienne est évoquée. Pourquoi une telle précipitation ?
Venezuela : peinant à mobiliser, Guaido se rapproche de l’armée américaine
Peinant à mobiliser la rue après le soulèvement manqué, l’opposition vénézuélienne se rapproche de l’armée américaine faute d’avoir brisé le soutien des militaires au président Nicolas Maduro.
Source : Orange (14 mai)
Après leur tentative ratée de changement de régime « par la rue », les néoconservateurs américains jettent le masque.


Le représentant à Washington de l’opposant vénézuélien Juan Guaido, Carlos Vecchio, parle aux journalistes dans la capitale américaine le 30 avril 2019. (AFP – Nicholas Kamm)


Monde

Arabie saoudite : attaques de drones contre des installations pétrolières
Un oléoduc majeur du pays a été affecté par cette attaque survenue mardi. Depuis dimanche, les tensions s’intensifient entre les pays du Golfe.
Source : BFM TV (14 mai)
Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, sont de plus en plus aguerris, et leurs drones couvrent désormais l’intégralité du territoire saoudien. De quoi faire réfléchir ceux qui voudraient aujourd’hui attaquer l’Iran.

Divers

Mercedes veut abandonner d’ici à 2039 les moteurs traditionnels à combustion
Mercedes-Benz vise à vendre uniquement des voitures neuves « neutres en CO2 » d’ici à 2039 et ne proposera alors plus de véhicules équipés de moteurs traditionnels, a annoncé lundi le groupe Daimler.
Source : Orange (13 mai)
L’agroforesterie étend ses racines en France et dans le monde
Les arbres à la rescousse de la biodiversité et des rendements agricoles : les spécialistes mondiaux de l’agroforesterie, pratique ancestrale un temps délaissée au profit de l’agriculture intensive, se réunissent en congrès la semaine prochaine pour plancher sur des solutions écologiques au défi alimentaire.
Source : Orange (18 mai)
Voilà la vraie écologie, loin de la sempiternelle « fiscalité verte »…


Association noyers et blé. (AGROOF)

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Pour changer les choses, nous vous invitons également à partager massivement cette revue de presse ! Vous pouvez recevoir chaque semaine le courriel prêt à diffuser sur simple demande à selection_infos@upr.fr.


Coordination de la revue de presse : David Pauchet
Rédacteurs : Antoine Carthago, Maxime Forner, Thierry Lacour, Gilles Marceau, David Pauchet
Relecture : équipe de relecture
Validation finale : François Asselineau
Débit faible ou difficultés pour visionner sur Youtube ? Vous pouvez télécharger les conférences de l’UPR à partir du site d’un militant sur : http://www.upr.world/Asselineau.html. Quant aux derniers entretiens d’actualité, ils sont téléchargeables à cette adresse : http://www.upr1.pw.

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dimanche 12 mai 2019

Interview d'Antoine Peillon à propos de Christophe Dettinger, de Jérôme Rodrigues et de l'aggravation de la violence et du mensonge d'Etat

Antoine Peillon nous parle de Christophe Dettinger, sanctionné politique... mais aussi de Jérôme Rodrigues qui a été visé car il devenait extrêmement populaire : "J'apporte des témoignages du monde sécuritaire et policier, qui me disent : Jérôme Rodrigues, qui a perdu l'oeil à la Bastille, a été pointé. Il y a au sein de la police, des gens très spécialisés dans le renseignement, qui visent des efficacités comme un commando de services spéciaux."






Informations évoquées dans l'interview :

Maintien de l’ordre : la lettre de Grimaud, le télégramme de Cazeneuve

30 AVR. 2016 PAR EDWY PLENEL BLOG : LES CARNETS LIBRES D'EDWY PLENEL

Indifférent aux nombreux témoignages sur les violences policières, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a transmis aux préfets un télégramme de fermeté face aux manifestations sociales et aux rassemblements des « Nuit Debout ». Le comparer avec la lettre individuelle envoyée, en Mai-68, à tous les policiers par le préfet de police de Paris Maurice Grimaud, c’est prendre la mesure de la déliquescence de l’État sous cette République finissante.

Depuis la mort en 2014 de Rémi Fraisse, tué à Sivens par une grenade offensive alors qu’il s’avançait les bras levés, inoffensif et pacifique, face aux forces de gendarmerie, nous savons que l’actuel tenant du ministère de l’intérieur tombera de préférence du côté d’un ordre injuste plutôt qu’il ne sera sensible aux injustices qui sont cause de désordres. Son trop long silence alors, ses mots manquants ou dérisoires, tardifs et pauvres, ses excuses absentes resteront comme la marque d’un pouvoir qui, sans états d’âme aucun, tourna le dos à la jeunesse dont il avait prétendu faire sa promesse, durant la campagne présidentielle de 2012.

Confronté depuis plus d’un mois à un mouvement social inédit, associant manifestations régulières et rassemblements quotidiens, ce même pouvoir, en son expression policière, confirme son penchant répressif, plus prompt à libérer la force qu’à la retenir. Alors que les témoignages, documentés par de nombreuses vidéos (un dernier exemple ici sur Mediapart), attestent de la disproportion de violence entre les ripostes des forces dites de l’ordre et les comportements des manifestants, dont l’immense majorité est pacifique ; alors qu’un abîme sépare ces manifestants, massivement inexpérimentés et désarmés, d’unités professionnelles aux équipements protecteurs et aux armes dangereuses, potentiellement létales selon leur usage ; alors qu’à Rennes, un jeune étudiant vient de perdre un œil, sans doute sous un tir de LBD (lanceur de balle de défense) ; bref, alors que la question de l’usage disproportionné et illégitime de la force par des policiers et des gendarmes est publiquement posée, le ministre de l’intérieur a adressé, samedi 30 avril, un télégramme à tous les préfets dont « les violences qui se développent en marge des manifestations revendicatives, voire des rassemblements “Nuit Debout” » sont le seul objet.

Chacun-e peut en juger puisque son texte intégral est disponible ici : Le télégramme de Bernard Cazeneuve aux préfets (pdf, 1.1 MB). Tout au plus y trouve-t-on un vague rappel, car sans précisions pratiques, de l’« usage proportionné et légitime de la force », suivi de l’évocation, sans aucun exemple concret, des « règles de déontologie qui s’imposent » aux forces de police et de gendarmerie. Pour le reste, ce ne sont que consignes de fermeté qui font peser sur les organisateurs des manifestations ou des rassemblements toute la responsabilité de leur déroulement pacifique, comme si l’attitude des forces dites de l’ordre, leur positionnement et leur comportement, n’y avait pas aussi sa part.

Le message principal de ce télégramme, qu’entendront parfaitement ces administrations hiérarchisées et verticales, par nécessité autant que par culture, est celui de la répression puisque Bernard Cazeneuve insiste sur les « instructions relatives à l’interpellation des individus violents ou auteurs d’infractions », soulignant, avec fierté, qu’il y en eut 214 pour la seule journée du 28 avril et près de mille – 961 précisément – « depuis le début des manifestations ». Nul doute que la « culture du chiffre » policière et gendarmique sera au rendez-vous de cette consigne, d’autant plus que c’est aussi l’un des héritages sarkozystes que n’aura pas remis en cause le hollandisme vallsien.

Les rassemblements « Nuit Debout » et les manifestations « #LoiTravailNonMerci » étant appelés à durer face à l’entêtement du pouvoir, la question du maintien de l’ordre va devenir un enjeu en soi – d’information, de droit, de justice, de solidarité, de convergence, etc. Et ceci d’autant plus que le pouvoir risque fort de parier sur les violences, leur exacerbation provocatrice, leur exploitation médiatique, voire leur manipulation politicienne, afin de faire diversion pour gagner un peu de survie dans la profonde crise de légitimité qui le mine et le divise.

Dans ce contexte, il n’est pas inutile, il est même instructif de comparer le télégramme de Bernard Cazeneuve en 2012 à la lettre de Maurice Grimaud en 1968. Préfet de police de Paris sous le règne du général de Gaulle, fondateur de la Cinquième République, ce fonctionnaire et intellectuel de gauche avait succédé en 1966, à ce poste, au sinistre Maurice Papon dont le nom reste associé aussi bien à Vichy qu’à la guerre d’Algérie, aux déportations antisémites comme aux répressions coloniales. Responsable du maintien de l’ordre à Paris durant le mois de mai 1968, Maurice Grimaud (1913-2009, sa biographie est ici) sut, par ses consignes écrites aux unités comme par sa présence physique sur le terrain, éviter le pire alors même que les premières manifestations étudiantes étaient autrement déterminées qu’elles ne le sont aujourd’hui, se traduisant par une « nuit des barricades ».

Relire, à quarante-huit ans de distance, la lettre que Maurice Grimaud adressa, le 29 mai 1968 – soit après un petit mois de manifestations –, individuellement, à chaque policier, c’est prendre la mesure de la déliquescence de l’État sous cette Cinquième République aujourd’hui finissante. Quand il y avait, hier, de la hauteur, sinon de la grandeur, cette force de refuser l’usage inutile de la force, il n’y a plus, aujourd’hui, au sommet de l’État, que cette peur des faibles dont l’amour de la force est l’expression la plus triviale et la moins courageuse. Maurice Grimaud ne donne pas des consignes, il parle à des hommes. Il n’est pas au-dessus d’eux, mais dans la même « Maison », de plain-pied. Il leur parle métier, de façon précise, concrète et illustrée, et non pas chiffre ou résultat, de façon abstraite et désincarnée. Surtout, il s’adresse à leur conscience, faisant le pari du citoyen sous l’uniforme, évoquant avec le mot « réputation » l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et, au-delà, du bien commun.

Voici le texte intégral de cette lettre de Maurice Grimaud que les #NuitDeboutPartout feraient bien de reprendre largement et, pourquoi pas, de diffuser sous forme de tracts auprès des forces dites de l’ordre, en ce jour de Fête internationale des travailleurs, 1er mai 2016, devenu 62 mars dans le nouveau calendrier de l’improbable sursaut qui, aujourd’hui, nous réveille. On en retiendra notamment cette injonction : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même. »

« Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

« Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

« Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter. Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

« Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement. Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

« C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

« Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés. Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

« Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

« Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

« Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.

« Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

 « Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation. »

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Source : https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/300416/maintien-de-l-ordre-la-lettre-de-grimaud-le-telegramme-de-cazeneuve


Emmanuel Macron, Narcisse du grand débat

Le Président a assuré "le show" comme si la politique n’était que fiction, se montrant incapable d'être attentif au vécu de ses concitoyens.

Elodie Mielczareck Sémiologue, spécialisée dans le langage et bodylanguage, conseil aux dirigeants, auteure de "La stratégie du caméléon"
Après les analyses journalistiques ”à chaud” de l’allocution présidentielle de jeudi dernier, supposée être une réponse à la crise des Gilets Jaunes, sous la forme d’un “résumé” du Grand débat, prenons le temps de revenir sur la dimension sémiologique -forme et fond réunis- de cette prestation. En effet, la performance d’Emmanuel Macron s’assimile davantage à une cure psychanalytique qu’à un programme présidentiel. De là à répondre à la question que certains se posent “Emmanuel Macron est-il malade?”, il n’y a qu’un pas…

I- Emmanuel Macron moins président qu’athlète de la langue française, réussit une performance parfaitement soignée et contrôlée. Qualifiée de “grand oral” par les chaînes d’informations en continu, la prise de parole du Président est spectaculaire par différents aspects:

- la performance : pendant plus de deux heures, Emmanuel Macron va prendre la parole, sans jamais se perdre dans le fil des ses pensées, en ne butant que deux fois sur les mots, en gardant l’aspect d’un discours rationnel et logique. L’épreuve est réussie avec brio pour tous les aspects qui renvoient à ce que l’on appelle communément “l’art oratoire” (élocution, mémoire, rhétorique, maniement de la langue française, etc.) Emmanuel Macron apparaît moins en président qu’en athlète de la langue, sur-entraîné et de haut niveau.

- la mise en scène: seul derrière un pupitre designé pour l’occasion, d’une blancheur immaculée en résonance avec la netteté des murs et des dorures simplifiées et présentes à l’arrière-plan, Emmanuel Macron focalise toutes les attentions. Rien n’est venu parasiter la mise en scène magistrale et jupitérienne de cette prise de parole: pas un zozotement, pas une seule micro-démangeaison, pas un seul gros plan sur un quelconque défaut. Tout a été parfaitement soigné et contrôlé. A l’extrême. Et c’est ce soin particulièrement porté à l’image et aux mots qui ont attiré notre attention.

Autrement dit, cette perfection n’est-elle pas un “masque”, un ”écran”, voire un “miroir aux alouettes”? Derrière cet idéal d’élégance et de perfectionnisme, n’y a-t-il pas autre chose qui se donne à voir?

II- Emmanuel Macron en psychanalyse: notre Président souffre-t-il d’un narcissisme maladif?
Voici les 5 principales dimensions psychanalytiques que j’aimerais développer: la présence de “mots-fétiches”, la sur-représentation des tournures syntaxiques “je veux”, “je souhaite”, l’absence de tournures empathiques, l’attention extrême portée aux questions journalistiques, l’absence de rationalité derrière la logique apparente.

1- la présence de “mots-fétiches”: ce sont les mots les plus répétés du discours. Le lexique de la “proactivité” est le plus présent: “changement”, “relancer”, “rebâtir”, “solutions”, “ambition”, “plus vite”, “nouvel acte”, “inédit”, “avancer”, sont les items les plus récurrents. Je cite François Noudelmann dans Le Génie du mensonge: “Insister, répéter, marteler sont des gestes langagiers suspects qui révèlent une inquiétude inverse à l’assurance exposée par l’énonciateur. Freud observait que nous répétons ce que nous n’arrivons pas à dire une bonne fois pour toutes.” Une manière d’expliquer sans doute le décorum rétrograde de chaque prise de parole présidentielle dont la dimension hiérarchique est ostentatoire. La marche lente et solitaire vers la pyramide du Louvre, l’incarnation jupitérienne, et la mise en scène spectaculaire en sont quelques expressions visuelles. Une “politique à papa” désuète en même temps que le langage verbal du changement “ensemble, c’est notre projet”. Freud nous rappelle que les Chinois vénèrent le pied féminin pour mieux le mutiler et le rabaisser. Dès lors, ne paraît-il pas illusoire d’espérer le grand renouveau tant promis pendant la campagne présidentielle?

2- La sur-représentation des tournures syntaxiques “je veux”, “je souhaite” qui ponctue le discours plus qu’elle ne propose une réalisation concrète. Le linguiste Alain Rey, disait avec humour à propos de Nicolas Sarkozy, “même le Roi dit Nous voulons”. Peut-être parce qu’il est Sarkozy en mieux, Emmanuel Macron se positionne en maître des tournures de phrases égocentrées. Dès lors ce grand oral n’est pas une réponse mais un monologue, construit autour de la glorification de celui qui l’énonce. Prenons, par exemple, cette phrase illustratrice: “La fierté qui est la mienne de voir nos concitoyens participer aux débats (...) j’ai moi-même beaucoup appris.” Cela n’est pas “nos concitoyens peuvent-être fiers d’avoir participé”, c’est de manière plus subtile et maquillée un “je suis fier que nos concitoyens…”. Le sentiment de fierté n’est donc plus attribué aux concitoyens mais devient le fait de la démarche présidentielle. Ce type d’arrangements syntaxiques est trop important dans l’allocution présidentielle pour être le fruit du hasard. Par ailleurs la gestuelle conquérante est venue appuyer le discours égotique: gestes en hauteur, amples, occupant tout l’espace. La démonstration de force d’un Macron jupitérien est-elle l’indice que le “changement” tant répété dans le discours (et demandé aux “gaulois réfractaires”) est inversement proportionnel à la remise en cause de celui qui prend parole? Une parole qui ne saurait être remise en cause avec des tournures inondées par un présent ”à valeur de vérité générale”: “C’est la fin de l’esprit de division (…). C’est la volonté de vivre ensemble profondément, résolument” sont les derniers mots qui concluent le discours. La tournure C’EST+PRESENT+VALEURS ABSTRAITES empêche cognitivement toute opposition critique.

3- L’absence de tournures empathiques: photographie négative du point 2, l’inflation du discours égotique traduit en creux une incapacité projective et empathique (faire sienne les émotions des autres). Les “nous” sont très peu présents, les “vous” sont absents. Concernant les “remontées” du grand débat collectif, voici les phrases prononcées: “après avoir beaucoup écouté et réfléchi je veux dire où je me situe (…) je ne retiendrai pas cette option... je ne crois pas (…) je le crois (…) quand je regarde (…) je ne la retiendrai pas (cette option) (…) et je sais une chose (…) moi je veux bien (…) Je veux/je souhaite (…) moi je suis persuadé”. L’autre est ainsi nié dans le discours. Par ailleurs nous notons que la phrase “je considère les Gilets Jaunes” est prononcé à 2h17 sur un discours dont la durée est de 2h24. Une autre dimension étonnante est le rejet quasi-systématique de certaines responsabilités sur des causes extérieures. Les déformations de phrases proviennent “du monde dans lequel on vit”, la crise que nous traversons est celle que “nombre de démocraties dans le monde traversent”, les erreurs d’interprétations sont causées par les récepteurs. Concernant la métaphore de la cordée, Emmanuel Macron affirme: “Je suis forcé d’être lucide, je n’ai pas été compris, cette image n’a pas été comprise mais je l’assume (...) c’est ça que j’ai voulu dire, tout le contraire de ce qui a été compris.” Un manque d’empathie structurel que trahissent les phrases suivantes: “On a découvert avec étonnement il faut bien le dire (…) celles et ceux qui (…) ces portraits chinois que je viens d’évoquer... ces cas concrets se sont exprimés à nous (…) Il y a comme des plis de la société qui se sont révélés (…) des angles-morts.” Emmanuel Macron est un Président dans la “découverte” et la “révélation” sur les conditions de vie d’une partie de ses concitoyens. Le projet d’Emmanuel Macron pour y remédier est clairement énoncé: “Redonner une espérance (…) redonner l’art d’être français.” Un projet tout à la fois abstrait et spirituel. Marcel Archard n’a-t-il pas écrit: “L’espérance est un de ces remèdes qui ne guérissent pas mais qui permettent de souffrir plus longtemps”? Les seules inflexions émotionnelles observées (hésitations, voix ralentie, retour émotionnel) concernent l’affaire Benalla… Autrement dit, les émotions apparaissent uniquement et seulement lorsque le Président est concerné.

4- L’attention extrême portée aux journalistes. Le temps des échanges montre une dynamique comportementale différente, bien que complémentaire à la posture narcissique démontrée ci-dessus. Si Emmanuel Macron déclare ne pas être “celui qui cherche à plaire”, son attitude corporelle raconte l’inverse: focalisation extrême du regard sur celui ou celle qui lui pose la question (comme oubliant tout le reste autour de lui), sourires de séduction et de connivence répétés, Emmanuel Macron aime porter attention à celui ou celle qui s’intéresse à lui. S’épanchant parfois, souriant toujours (même lorsque la question est désagréable). Les items corporels de séduction sont nombreux.

5- L’absence de rationalité derrière la logique apparente. Fait étonnant: Emmanuel Macron reconnu pour être brillant, notamment dans sa connaissance des chiffres et de l’économie, nous livre une vision paradoxale de la situation française: “Au fond, aujourd’hui, je pourrais vous dire qu’on est au plein emploi avec beaucoup de chômage”. Sans avoir fait d’économie, il est avéré que les termes “plein emploi” et “beaucoup de chômage” sont antinomiques: est-ce l’une des forces de la rhétorique “en même temps” qui sans trouver de troisième voie, réunit comme par magie des opposés? Si le tour paraît osé, Emmanuel Macron se défend en affirmant que l’économie est subjective: “Le chiffre du plein emploi, c’est les économistes qui le fixent, ce n’est pas un taux. Je pense que le chiffre de 7% est tout à fait atteignable”. Pour plus d’informations, je vous invite à lire cet article d’Atlantico. Par ailleurs, nous notons un usage particulier des “il faut”, souvent symptomatiques d’une incantation qui ne se réalise pas: “il faut lever les ambiguïtés”, “il faut être concret et pragmatique” sont répétés comme pour conjurer un discours qui peine à incarner ces valeurs.

III - Emmanuel Macron est-il malade? La symbolique inconsciente de l’allocution présidentielle
A la question Emmanuel Macron est-il malade? Deux réponses semblent se dessiner. La première se situe au plan physique. Bien que ce soit le premier Président de la République à ne pas donner accès à ses bilans de santé, que le maquillage serve à camoufler des traits tirés, la performance athlétique à laquelle nous avons assisté laisse présager une “forme olympique”, bien que surhumaine: pas une seule inflexion de voix, pas une seule baisse d’attention, pas un seul relâchement. L’intervention présidentielle ne fait pas dans le contraste, tout est haut et impérieux dans la diction d’Emmanuel Macron, du début à la fin.

Le second plan relève davantage du niveau psychique. Emmanuel Macron ne montre-t-il pas des signes de troubles de la personnalité? En mettant de côté les structures sociales et politiques qui favorisent l’émergence et l’élection de personnalités narcissiques, l’accumulation des 5 points précédents devrait sérieusement nous interroger. Si la plastique de notre président, l’esthétique de la mise en scène et la forme performante ont de quoi séduire tout un chacun, la dimension personnelle et l’aspect relationnel posent question. Outre un turn-over impressionnant dans les équipes des cabinets ministériels et chez les ministres eux-mêmes, l’incapacité à fédérer et à créer une certaine confiance n’est-elle pas un frein à l’action présidentielle? Autrement dit, l’absence de qualités disons “managériales” n’entraîne-t-elle pas un coût financier et humain? Kenneth Arrow a eu le Prix Nobel en 1972 justement pour avoir montré l’impact des relations de défiance. L’absence de confiance entre les individus nous coûte plusieurs points de PIB chaque année. Particulièrement en France. Dans leur ouvrage La Société de défiance ou comment le modèle français s’auto-détruit, Cahuc et Algan, tous deux économistes, expliquent le très mauvais classement de la France (le pire des pays de l’OCDE) sur la confiance des individus entre eux, mais également envers les institutions.

Enfin, la faille narcissique d’Emmanuel Macron se lit à travers les images et le décorum choisi. Bien que parfaitement minimaliste, la décoration laisse échapper certains symboles pertinents. Les cercles dorés présents sur les murs de la salle viennent former une auréole autour de la tête présidentielle. Une “aura” qui accentue la dimension narcissique de “l’Elu”. Par ailleurs, cette forme est répétée dans l’ensemble de la pièce (voir photo ci-dessus) comme autant de portraits “vidés” d’une généalogie qui n’existent pas/plus.

Faut-il y voir le fantasme d’une monarchie absente? Ou bien la volonté inconsciente d’apparaître comme le premier d’une lignée instituée symboliquement (Emmanuel Macron n’a pas d’enfants)? Le problème posé ne trouve pas tant ses réponses dans ces interprétations qui peuvent être multipliées à l’infini, que dans la sur-représentation pour le moins étonnante d’un “paraître” travaillé parfaitement et à l’excès, acmé d’une théâtralisation dans laquelle le regard des spectateurs vient se noyer, pour assister passivement à l’incarnation présidentielle. Une incarnation désincarnée pourrait-on dire puisqu’il y manque les marques de la vie réelle: les émotions, l’authenticité, l’échange, une place pour l’autre, pour le dire rapidement.

S’il est un personnage de la littérature dont “l’épaisseur” renvoie au concept psychanalytique de Narcisse, c’est bien celui de Dorian Gray. Tout comme ce personnage de roman, prêt à tout pour garder la jeunesse et la beauté, Emmanuel Macron nous offre son portrait, encerclé d’un ruban doré. Dit autrement, il assure “le show” en oubliant que la politique n’est pas qu’une fiction. Le Grand Débat est ainsi pour Emmanuel Macron une véritable psychanalyse, un “je” qui se répète et se raconte sous la forme d’un monologue narcissique superfétatoire, davantage qu’une attention portée aux vécus de ses concitoyens.

Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/emmanuel-macron-est-il-malade_fr_5cc6ad76e4b0fd8e35be9a4a






L'appel au soutien des gilets jaunes par le monde culturel (Nous ne sommes pas dupes). Deux signataires s'expriment.


lundi 6 mai 2019

« L'humanité en péril » : le cri d'alarme écologiste de Fred Vargas


+ Un texte de 2013:

Nous y sommes !

17 août 2013 Fred Vargas   

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusé.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s’est marré. Franchement on a bien profité. 
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes. 
A la Troisième Révolution. 
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. 
C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. 
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. 
De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : 
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). 
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.
D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, - attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille - récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer. Réfléchir, même. 
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. 
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. 

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. 

Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. 
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. 
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie - une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. 
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. 
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.


Après cette vision encore espérantiste, une vision décliniste, celle d'Anémone, interviewée en 2017...