jeudi 29 mai 2025

Comment fonctionne une grande puissance ?


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Démocratie

 

Qu’est-ce que le missile Orechnik ? (rappel)

 Source : https://www.lejdd.fr/international/quest-ce-que-le-missile-orechnik-152267

L’ANTISÈCHE. Le 21 novembre 2024, la Russie a utilisé en Ukraine un nouveau missile nommé Orechnik. Une arme terrifiante pour un tir au retentissement historique. Chaque jour, le JDD éclaire une question en apparence simple pour mieux comprendre les enjeux de l’actualité.

Baudoin Moucadel
Test d'un missile intercontinental russe.
Test d'un missile intercontinental russe. © /AP/SIPA

Orechnik, le « noisetier » en russe… Tel est le nom du nouveau missile à capacité nucléaire dévoilé par la Russie, utilisé pour la première fois le 21 novembre en Ukraine. Une arme terrifiante, dont l’emploi marque un tournant dans l’histoire militaire : jamais un tel engin n’avait été testé en conditions réelles.

Un missile à capacité nucléaire

Orechnik est un missile à portée intermédiaire, capable de frapper des cibles à une distance de 5 000 kilomètres. Sa particularité ? Il peut être équipé de six ogives nucléaires, chacune dotée de sous-munitions. Tiré dans sa version conventionnelle lors de son premier déploiement, le missile a atteint une vitesse de Mach 10 (environ 12 350 km/h). Une performance qui en fait une arme redoutable, conçue pour semer la terreur tout en défiant les systèmes de défense modernes.

Le missile a parcouru 1000 kilomètres avant de pulvériser l’usine de satellite Pivdenmach

La première frappe d’Orechnik s’est déroulée dans la nuit du 21 novembre. Lancé depuis la région russe d’Astrakhan, le missile a parcouru 1 000 kilomètres en seulement 15 minutes avant de pulvériser l’usine de satellites Pivdenmach, située à Dnipro, au cœur de l’Ukraine. Si cette frappe spectaculaire, filmée par des habitants, n’a causé aucune victime, son impact psychologique est immense. Le Kremlin a expliqué qu’il s’agissait d’un « avertissement à l’Occident », témoignant de la puissance de ses nouvelles capacités militaires.

Poutine et la production de masse

Le 28 novembre, Vladimir Poutine a salué l’efficacité d’Orechnik, tout en laissant entendre qu’il pourrait être utilisé à nouveau. « Nos usines produisent désormais ces missiles en série », a-t-il annoncé, en insistant sur l’incapacité des systèmes de défense actuels, notamment américains, à intercepter cette arme. « Les systèmes de défense antimissile en Europe et dans le monde ne peuvent rien contre Orechnik. »

Un missile impossible à intercepter ?

Les affirmations de Poutine semblent fondées : le système américain THAAD, réputé pour être l’un des plus performants au monde, ne pourrait vraisemblablement pas intercepter Orechnik. Ses missiles intercepteurs, volant à une vitesse de Mach 8.2 (environ 10 000 km/h), sont tout simplement dépassés par la rapidité et la manœuvrabilité de cette nouvelle arme russe.

Concernant la France, Orechnik mettrait environ 15 minutes pour arriver à Paris

Orechnik redéfinit également les perceptions du temps de réaction. Depuis le site de Kapustin Yar, un tir vers l’Europe centrale serait fulgurant : 12 minutes pour Berlin, 13 pour Rome et seulement 15 pour Paris. Une menace qui place la Russie à l’avant-garde d’une nouvelle génération d’armement stratégique.


Le Führer et l’Article 5

 Source : https://www.dedefensa.org/article/le-fuehrer-et-larticle-5

• Terrible perspective, n’est-il pas ? • L’Allemagne tirant quelques missiles sur la Russie et recevant par retour de courrier une riposte salée, si possible avec le très-précis et horriblement destructeur ‘Orechnik’ qui réduirait en poussière, de nuit pour éviter les travailleurs, une usine fabriquant ces mêmes missiles. • Que se passerait-il ensuite ? Une guerre en Europe ? Non, dit Alastair Crooke. • Nous dirions plutôt : le désordre et la totale désunion, – – de l'Europe bien entendu. • L’Europe aurait au moins senti « le souffle brûlant et terrible de la guerre ».

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Depuis son entrée officielle en fonction, le chancelier Friedrich Merz fait feu des quatre fers. Il ne cache pas ses intentions d’attaquer la Russie pour qu’enfin la Vérité apparaisse dans toute sa nudité, et que Zelenski puisse se promener sur la Place Rouge. Son zèle enthousiaste inquiète même un tantinet ses propres voisins et alliés et, dans l’esprit de la chose, certains Français retrouvent des souvenirs qu’ils croyaient enfuis à jamais grâce aux vertus pacificatrices de l’UE telle qu’on en parlait dans les années 1950-1990.

La fièvre du chancelier tourne notamment autour du missile ‘Taurus’, censé terroriser et pulvériser la Russie selon les plans de Merz. Le chancelier parle de ces plans comme ils feraient d’un acte d’une audace complètement inattendue et imprévue, même si l’on parle de ce missile pour l’Ukraine depuis bien plus d’un an. Quant à ses capacités qui sont ce qu’on sait, – assez bonnes, sans plus, et de toutes les façons insuffisantes et une bonne proie pour les S-400, – Merz en parle comme Hitler parlait de ses “armes secrètes” en 1944-1945, pour redresser brutalement à son avantage le cours de la guerre.

Mais laissons l’emphase de côté. Venu de Blackrock, Merz est un Führer à la petite semaine et au gros salaire. L’élément singulier est qu’il a l’air de s’y croire. Les Russes, quant à eux, ne veulent rien laisser au hasard, et ils examinent froidement la situation. L’“unanimité russe”, devrait-on dire, qui pour suivre le parcours de Merz et envisager le cours de cette guerre, estime il faut la conduire jusqu’à son terme victorieux disent-ils, – y compris les libéraux occidentalistes, désormais patriotes exacerbés. (On laisse pour l’instant de côté les zig-zags de Trump, autre numéro de cirque.)

Voyez ce que dit Crooke, suite à son très récent séjour à Saint-Petersbourg, – des paroles venues d’un entretien avec “Judge Napolitano”, telles que reprises en partie par Mark Wauck sur ‘Meaning in Historydu 27 mai :

« Crooke commence par décrire l'atmosphère qu'il a ressentie lors de son récent séjour à Saint-Pétersbourg, la fenêtre libérale de la Russie sur l'Occident. Selon Crooke, l'atmosphère a radicalement changé depuis seulement un an. Les Russes libéraux sont désormais aussi en colère contre l'Occident que les Russes plus nationalistes. Ils sont profondément offensés par la diabolisation occidentale de la Russie, des Russes et de leur culture, qualifiée de barbare. La multiplication des sanctions et les mensonges constants sur la prétendue barbarie des Russes ont eu un effet cumulatif sur la psychologie russe... »

C’est un facteur important et, contrairement aux vitupérations de Merz et aux zig-zags de Trump, un facteur très sérieux. Peu après avoir repris ces considérations de Crooke, Wauck remarque : « Et Poutine est bien conscient de tout cela ». Cela signifie que les Russes, leur président en premier, envisagent bel et bien une attaque, – ou disons “une frappe”, – d’origine allemande sur le territoire de la Sainte Russie, – qui serait nécessairement suivie d’une “brutale” riposte russe sur le territoire allemand. La chose est clairement dite par un expert russe que nous connaissons depuis longtemps, lui aussi à l’origine bien connu comme libéral et occidentaliste, – Dimitri Trenine :

« La Russie a clairement indiqué qu'une frappe sur notre territoire avec des armes à longue portée, que le chancelier allemand Friedrich Merz a autorisées à utiliser sans restriction par les forces armées, impliquerait Berlin dans le conflit et légitimerait les cibles allemandes pour des attaques de représailles de l'armée russe. Dimitri Trenine, directeur de l'Institut d'économie et de stratégie militaires mondiales de l'École supérieure d'économie et membre du FNI, s'est dit confiant lors de l'émission de Tsargrad. L'essentiel est que le Kremlin ne bluffe pas : la réaction en cas d'agression sera brutale. »

Coucou, le revoilà, l’Article 5 !

Aussitôt qu’une telle hypothèse, latente depuis trois ans, acquiert un certain crédit, sinon une réelle crédibilité, surgit la question : une guerre avec l’Allemagne ou une guerre avec l’Europe et l’OTAN ? Et pour ceux qui sont bien informés et qui peuvent jouer aux spécialistes bien informés, l’argument de l’Article 5 s’impose puisqu’il implique, dit-on encore de-ci de-là, l’engagement automatique des pays de l’OTAN au secours d’un des membres de l’Organisation. Trenine le balaie en quelques phrases.

« Une telle riposte contre l'Europe ne mènera pas à une guerre avec l'OTAN dans son ensemble. Selon l'expert, les États-Unis l'accepteront. Ainsi, la vérité sur l'article 5 de la charte de l'Alliance atlantique, qui présuppose une assistance mutuelle en cas d'attaque contre l'un des pays du bloc, a été révélée, et [Trenine] a souligné que cet article est fortement mythifié.

» Cette disposition de la charte n'implique pas l'entrée en guerre automatique des autres membres de l'alliance, du moins des États-Unis. Elle prévoit des consultations et l'application de certaines mesures sur lesquelles les membres de l'OTAN se mettront d'accord ultérieurement. »

Lumières sur un mythe éclatant

Que n’a-t-on cité l’Article 5 ! C’est, pour un ensemble de pays qui forment la matrice de la civilisation, la seule poutre légaliste à laquelle ils s’accrochent pour se lancer dans les aventures les plus absurdes en croyant assuré le soutien de leurs coreligionnaires. En quelque sorte, on dirait que l’Article 5 est ce qui donne à leur comportement de pirates et d’agresseurs un vernis de respectabilité sous le couvert d’une garantie légale.

Mais tout cela n’est qu’un bla-bla sans consistance, bien que la communicationSystème y revienne à chaque occasion comme s’il y avait du vrai là-dedans : que l’un d’entre eux se lance dans une aventure et tous les autres, membres de l’OTAN ou d’un état d’esprit de cette sorte, se conformeront à l’obligation légale d’être à ses côtés sans plus s’interroger. Tout cela, grâce à l’Article 5 !

C’est une singulière aventure que celle de l’Article 5 à défaut que cet Article 5 puisse garantir les aventures diverses des membres divers. La question a commencé à se poser très sérieusement, pour notre période de temps, il y a près de 16 ans, lors de la guerre entre la Russie et la Géorgie. On parla à cette époque, pour bloquer les tentatives de certains pour bidouiller une intervention antirusse lors de cette guerre, – de “réinterprétation” de l’Article 5. Cette “réinterprétation” consistait à démentir ceux qui affirmaient que l’Article 5 obligeait à un engagement militaire complet auprès d’un pays de l’Alliance qui se trouvait engagé dans des hostilités (l’affaire géorgienne ayant amené certains pays européens de l’OTAN à envisager eux-mêmes, en pure théorie d’ailleurs et sur la pointe des pieds, une intervention qui devait, dans leur “interprétation” de l’Article 5, entraîner les autres).

dedefensa.org intervint, à cette époque également, à plusieurs reprises à propos de cet Article 5, voulant notamment montrer la désorganisation complète que créait les diverses “interprétations”, notamment le 20 août 2008 et le 19 septembre 2008. Dans ce dernier texte, nous montrions notamment que l’“ambiguïté” dont tout le monde parlait (et continue à parler) à propos de l’Article 5, – au contraire extrêmement clair comme on le constate dans l’extrait ci-dessous, – se trouvait chez ceux qui en parlaient pour se couvrir ou se donner de bons arguments de solidarité, bien plus que dans l’article lui-même. Cette clarté de non-engagement automatique avait été voulue par le Sénat US en 1949, lors de la rédaction et la ratification du traité, pour éviter un automatisme visant à lier nécessairement les USA à une guerre européenne ; c’était une des dernières cartouches des isolationnistes.

C’est nous-mêmes qui soulignions de gras l’expression essentielle de l’article, suivi de la remarque que « l'emploi de la force armée » y est mentionnée comme une mesure extrême éventuelle (“y compris”) et nullement comme la mensure centrale envisagée. Enfin, l’Article 5 précisait que n’est concernée par sa recommandation que « la région de l'Atlantique Nord ».

« En fait de “réinterprétation”, il s’agit simplement d’une interprétation évidente de l’Article 5, dont on sait qu’il ne fait aucune obligation de la forme d’aide à apporter dans ce cas puisqu’il laisse à chaque membre le soin d’apprécier quelle aide il voudra apporter. Jusqu’alors, “jusqu’à il y a un an ou deux”, on se contentait d’accepter l’ambiguïté qui se faisait croire à soi-même que l’Article 5 était contraignant. Il est caractéristique de cette ambiguïté que Shanker [journaliste du NYT], en expliquant rapidement ce qu'est l'Article 5, laisse entendre que l'intitulé de cet article rend compte effectivement d'une ambiguïté. Mais non, l'ambiguïté n'est pas dans l'énoncé du texte, il est dans l'attitude officielle qu'on a entretenue vis-à-vis de lui; l'attitude est (était?) ambiguë, pas le texte...

Pour rappel, toujours, ce fameux article, avec notre propre souligné en gras: Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord”. »

Perspectives du désordre européen

Ces précisions sur l’Article 5 sont données pour montrer l’imbroglio juridique et psychologique dans lequel seraient plongés l’OTAN et les pays européens en cas de riposte russe sur le territoire allemand. Il est intéressant de noter une autre remarque d’Alastair Crooke sur cette question d’un conflit touchant directement l’Europe otanienne

« Je ne pense pas que cela mènera à une guerre plus vaste en Europe, car les Européens n'en sont pas capables. … Mais leur objectif est de pousser Trump à une escalade croissante contre la Russie. Ils veulent ainsi affaiblir Trump et son programme, car ils le détestent, et ensuite, ils craignent les conséquences de son programme économique. Ce programme économique peut détruire l'Europe, et ils le comprennent, donc ils ne veulent pas que cela arrive. »

L’affirmation sur la possibilité, assez négative selon Crooke, d’une guerre en Europe est très fondée. Dès que les Occidentaux commenceront à comprendre en réalité et de visu les capacités russes, l’on assistera nécessairement à des divergences diverses, des échappatoires, des faux-fuyants et autres dérobades-cabrioles des uns et des autres. En effet, bien plus que l’extension d’une guerre dont on aura senti le souffle brûlant et terrible, il est plutôt concevable qu’on assistera à un éclatement des pseudo-solidarités, selon les intérêts des uns et des autres, avec des remous intérieurs pouvant prendre des proportions révolutionnaires. Nous laissons de côté le facteur américain et américaniste tant lui-même sera soumis à des tensions extrêmes, moins avec ses “alliés” européens qu’en son propre sein, entre ses partis et ses factions qui se détestent... Comme le dit Crooke dans sa conférence de Saint-Pétersbourg, et en prenant “culturel” dans son sens idéologique le plus aigu :

« Le conservatisme américain semble donc se reconstruire sous une forme plus brutale, plus cruelle et beaucoup moins sentimentale. [...] La guerre culturelle quittera alors l'arène publique pour se dérouler sur le champ de bataille de la rue. »

Cela est triste sinon horrible à dire, – mais où est le fautif sinon dans ce travers humain de se croire maître du monde alors qu’on est en train de le détruire sans nécessité de ‘Taurus’ ? Cela est triste à dire, donc, mais nous avons besoin de ce “souffle brûlant et terrible” de la guerre pour revenir dans la dureté impitoyable mais aussi sans faux-semblant de la réalité. Nous avons besoin de quelques vérités-de-situation catastrophiques pour songer à nouveau à la Vérité qui doit nous sortir de notre simulacre satanique.


Mis en ligne le 30 mai 2025 à 19H30.

Les soleils du ‘Goulag’

 Source : https://www.dedefensa.org/article/les-soleils-du-goulag

23 mai 2025 (13H00) – Le professeur norvégien Glenn Diesen, activiste et professeur à l’université du Sud-Est de Norvège, produit et présente un site d’un très grand intérêt, dans sa version ‘Glenn Diesen French’ très intéressante pour nous avec une traduction parlée instantanée en français. Nous nous arrêtons à une excellente intervention qu’il a faite en interviewant interviewe le 17 mai 2025 Marlène Laruelle pour son dernier livreIdéologie et fabrication du sens sous Poutine’.

Marlène Laruelle, de nationalité française, est une universitaire très originale, occupant une fonction de la plus haute importance à la fameuse université Georges Washington de Washington D.C. Elle y est professeure de recherche en affaires internationales et en science politique, ainsi que directrice du programme d’études sur l’illibéralisme, – sujet particulièrement nouveau et également original, et d’une importance chaque jour grandissante, – et qu’il est si étonnant de voir déjà établi en programme à George Washington University.

Nous nous attachons ici à un sujet également du plus grand intérêt, qui est l’influence de Soljenitsyne dans cette “idéologie” et cette “fabrication du sens” qui est en train de s’installer dans la Russie de Poutine, dans le flux d’un courant qui est de plus en plus au cœur de l’affrontement entre la modernité progressiste globaliste d’une part et d’autre part l’espèce d’“archéo-futurisme” qui se développe en s’appuyant sur un puissant retour des grandes tendances de la Tradition en adversaire féroce de la modernité globaliste. Par conséquent, le sujet débattu par Diesen-Laruelle, s’il est typiquement russe, est également, et de façon beaucoup plus vaste, transnational et au cœur du déclin accéléré de la civilisation moderniste occidentale. On peut ici rappeler la proximité, – que nous nommions le 26 février 2025 “complicité”, – de la pensée du vice-président des États-Unis JD Vance avec celle de Soljenitsyne.

La présentation du livre de Laruelle (actuellement dans sa seule version anglaise) sur le site de vente résume aussi bien la démarche de la chercheuse explorant l’idéologie russe comme une des expressions les plus fortes de l’“illibéralisme” :

« De nombreux écrits tentent de comprendre les caractéristiques idéologiques du gouvernement russe actuel, ainsi que ce qui se trame dans l'esprit de Vladimir Poutine. Rejetant les clichés des experts qui dépeignent le régime russe soit comme une kleptocratie cynique, soit comme le produit des grands desseins machiavéliques de Poutine, ‘Ideology and Meaning-Making under the Putin Regime’ propose une généalogie critique de l'idéologie dans la Russie d'aujourd'hui. Marlene Laruelle propose une analyse innovante et multiméthodes du processus de production idéologique du régime russe et de ses modalités d'opérationnalisation en politique intérieure et extérieure. »

Soljenitsyne aujourd’hui

Mais il s’agit de Soljenitsyne, comme nous l’exposons plus haut. Nous avons donc sélectionné dans l’interview un passage où les deux interlocuteurs débattent de l’influence de Soljenitsyne sur les conceptions qui se développent actuellement, comme sur l’évolution de la Russie depuis l’arrivée de Poutine. Ce sont des précisions bienvenues tant il est vrai que cette influence de Soljenitsyne est souvent ignorée et oubliée. Pourtant, l’émotion soulevée par le discours de Harvard, pour ceux qui ont vécu cette période, fut absolument considérable, – et notamment la “stupéfaction lente” pour ceux qui, dans un Occident (re)devenue férocement antisoviétique après la période de détente sans avoir acquis quelque bon sens que ce soit, découvrirent peu à peu le sens profond et prophétique du discours.

Voici donc l’extrait de l’interview du 17 mai 2025 :

Glenn Diesen : ... Je pense souvent que nous avons tendance à voir l'influence russe partout mais en réalité la Russie produit des visions du monde qui circulent ensuite d'elle-même et acquièrent une certaine résonance.

Ceux qui essaient de définir l'idéologie russe font beaucoup de référence évidemment aux opinions de Dostoïevski mais aussi à Soljenitsyne. Chaque fois que j'entends les conservateurs russes je pense toujours au discours de Soljenitsyne à Harvard en 1978 où il affirmait que les communistes comme les capitalistes s'étaient condamnés eux-mêmes en poursuivant le moderne et le matériel au détriment du spirituel et qu'ils allaient malgré toute leur hostilité réciproque souffrir et mourir tous deux de la même maladie. Ce n'était pas forcément le message que les personnalités US assistant au discours voulaient entendre de sa part mais il me semble que c'est en fin de compte l'essence de beaucoup de ce que vous entendez et constatez aujourd’hui

Marlène Laruelle : Oui absolument Et je pense que nous avons encore du mal à saisir à quel point Soljenitsyne est devenu si important selon moi dans la construction de cette vision russe car ce n'est pas nécessairement celui qu'on cite le plus. Si vous regardez qui est cité vous trouverez Dostoïevski,  Danilevski,  Léontiev et d’autres classiques mais Soljenitsyne ne l’est pas souvent. En réalité si l'on considère la manière dont les idées sont formulées, je pense qu'il a vraiment eu une influence très forte dans la structuration de ce modèle de prise de distance avec la modernité qui s'inscrit dans une longue tradition de la pensée philosophique russe car on y trouve une la spiritualité sous la forme d’un mysticisme eschatologique

Tout cela même si cela a largement disparu de la société russe contemporaine, il reste bien sûr présent d'une certaine manière dans l'air. Cela dégage l’impression que cette idée semblent familière même si la tradition intellectuelle s'est perdue. Je pense qu'à cet égard Soljenitsyne a aussi été un précurseur avec cette forme d'anti-consumérisme anticapitaliste qui rejette l'abondance matérielle pour revenir à quelque chose de beaucoup plus centré sur la spiritualité

Cela raisonne fortement dans de nombreux débats actuels dans ce que l'on appelle la sphère postlibérale n'est-ce pas y compris en Occident. Je pense aussi que sur ce point la Russie compte un certain nombre d'auteurs qui ont en un sens été les précurseurs de beaucoup de ces tendances et cela parle à des publics qui se trouvent aussi en dehors de la Russie.

« Le déclin du courage »

Cela étant dit comme il se devait d’être, nous complétons avec un extrait de ce discours qui porte sur l’idée centrale de Soljenitsyne quant à la société occidentale et la civilisation qu’elle prétend porter. « Le déclin du courage », cette expression est devenue l’emblème superbe et désolante du grand message que nous adressa cet homme qui avait vécu le calvaire du ‘Goulag’ et qu’on aurait cru entièrement absorbé dans la critique de cette seule atrocité, parfaitement et idéologiquement identifiée.

« Si je m'adressais aujourd'hui à un public dans mon pays, mon analyse globale des fractures mondiales se concentrerait sur les calamités de l'Orient. Mais comme mon exil forcé en Occident dure maintenant depuis quatre ans et que mon public est occidental, je pense qu'il serait plus intéressant de me concentrer sur certains aspects de l'Occident contemporain, tels que je les perçois.

» Le déclin du courage est peut-être le trait le plus frappant qu'un observateur extérieur remarque en Occident aujourd'hui. Le monde occidental a perdu son courage civique, tant globalement qu’individuellement, dans chaque pays, chaque gouvernement, chaque parti politique et, bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin est particulièrement perceptible parmi les élites dirigeantes et intellectuelles, donnant l'impression d'une perte de courage de la société tout entière. Nombreux sont les individus courageux, mais ils n'ont pas d'influence déterminante sur la vie publique.

» Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent cette dépression, cette passivité et cette perplexité dans leurs actes et leurs déclarations, et plus encore dans leurs raisonnements égoïstes quant au caractère réaliste, raisonnable et intellectuellement, voire moralement justifié, de fonder les politiques de l'État sur la faiblesse et la lâcheté. Et ce déclin du courage, atteignant parfois ce que l'on pourrait appeler un manque de virilité, est ironiquement accentué par les accès de colère et l'inflexibilité occasionnels de ces mêmes fonctionnaires face à des gouvernements faibles et à des pays en manque de soutien, ou à des courants condamnés qui ne peuvent manifestement offrir de résistance. Mais ils deviennent muets et paralysés face à des gouvernements puissants et à des forces menaçantes, à des agresseurs et à des terroristes internationaux.

» Faut-il rappeler que, depuis l'Antiquité, le déclin du courage a été considéré comme le premier symptôme de la fin ? »

Le choc de Harvard

... Cette dernière phrase, surtout l’expression « symptôme de la fin », “nous” parut finalement absurde et blasphématoire. Je faisais partie physiquement et pseudo-socialement de ce “nous” mais je ne ressentis rien, intellectuellement et spirituellement, de ces caractères d’absurdité et de blasphème.  Pourtant, je le répète à mon tour, tout ce que disait et faisait Soljenitsyne à notre époque tenait presque du sacré. Cet homme, sorte de prophète à la longue barbe, sorti du néant de l’horreur, nous avait révélé une esquisse de ce néant avec ‘Une journée d’Ivan Denissovitch’, – un roman court d’une journée d’un ‘Zek’ dans un camp du ‘Goulag’. Ce livre, paru en 1962, en URSS, sur intervention de Nikita Krouchtchev alors dans sa période de libéralisme, eut un destin chaotique, avec plusieurs tirages allégés de diverses interventions de la censure ; puis publié en France sous la surveillance du PCF, avec censures diverses, et enfin en édition complète en 1973.

L’esprit avait retenu son souffle. Justement, en 1973 il put respirer à nouveau car cette même année parut le premier tome du monumental ‘Archipel du Goulag’. Enfin, le grand écrivain de l’horreur stalinienne accomplissait son œuvre. A partir de là, avec le Prix Nobel 1974, commença une épopée à la fois baroque, rocambolesque, bureaucratique, avec un KGB en ébullition et des empoignades au Politburo. Soljenitsyne fut finalement interdit d’aller recevoir son Prix, à l’indignation générale d’un concert de nations, puis finalement (bis) autorisé à la condition de ne plus revenir en URSS et déchu de sa nationalité soviétique.

Il s’installa aux USA, dans le Maine, dans une propriété isolée, et sa puissance, son rayonnement purent enfin régner sur la Guerre froide qui entamait sa seconde et dernière période. Pour symboliser le tout, j’ai le souvenir ainsi d’un événement politique majeur qui s’était déroulé à ciel ouvert, à Harvard en juin 1978, mais encore sans la conscience d’un quiproquo du même poids. Soljenitsyne était consacré comme le géant de l’anticommunisme, la référence de la justesse de notre combat, et par conséquent comme une sorte de nouvelle statue de la liberté protégeant la vertu du monde libre au cœur du système américaniste-capitaliste.

C’est à l’aune de cette perception qui ne cessa de peser sur nous pendant ces années qu’il faut comprendre le choc incroyable que constitua le discours de Harvard. C’est pourquoi la signification de ce choc ne fut pas immédiatement réalisée, ni sa portée métahistorique ; un choc vous assomme d’abord, vous stupéfie, vous statufie, et vous empêche pendant un certain temps de bien comprendre ce qu’il représente exactement.

Mais non ! Il nous disait bien ceci : “Je vous ai montré l’horreur du monde communiste, mais sachez que, d’une autre manière, le vôtre ne vaut guère mieux, – sinon pire peut-être...”

Mais l’Occident n’avait pas le courage (« Le déclin du courage ») d’accepter immédiatement le sens de sa pensée. Au fond, ce fut peut-être préférable... Je crois que ce sont ces circonstances complexes, à la fois énormes et écrasantes, mais aussi lentes à se faire comprendre à des âmes sans courage, qui permirent à la pensée de Soljenitsyne de faire exactement, – peut-être inconsciemment, qu’importe puisque le prophète  a toujours raison, – le chemin qu’il voulait qu’elle fit, chemin souterrain et prophétique.

Il est vrai qu’à considérer cette perspective et tous ces événements tels que je m’en souviens, autour de Soljenitsyne, l’extraordinaire notoriété dont il fut l’objet et l’extraordinaire quiproquo qui l’accompagna, on se dit qu’il y eut certainement une sorte d’influence inconsciente qui pénétra nombre de psychologie pour mieux nous plonger dans la puissance prophétique de sa vision. Ainsi en viens-je à penser que, s’il nous fit réaliser l’horreur du XXème siècle avec cet aspect du ‘Goulag’ il contribua avec sa force immense à faire naître au fond de nous-mêmes la réalisation que cette horreur du XXème siècle se manifestait également et tout aussi puissamment dans notre système.

...En passant et comme leçon pour aujourd’hui, il nous rappelle que les premières victimes du communisme venu de l’Ouest furent les Russes eux-mêmes, ceux-là que nous conchions aujourd’hui en souhaitant leur anéantissement pour cause de communisme déguisé en fascisme. Quelle dignité habite nos âmes sans courage !


Dette des principaux Etats européens

 mytraininguide

Un petit graphique pour illustrer la dette réelle des principaux Etats européens. Près de 400 500 % de dettes sur PIB avec les retraites à servir ! Celui qui verrait une corrélation entre ce graphique et tout ce qui se passe en ce moment serait évidemment complotiste.. -loi sur l'euthanasie -guerre -monnaie numérique de banque centrale.
 
 

Tintin & les musulmans et merci Brigitte - La semaine de Naïm


 

Discours de l’ombre – Quand Netanyahu parle, l’Enfer applaudit

 


Pas un geste, pas un refus, pas une indignation. Rien. Le néant. Un silence plus assourdissant que mille bombes.

Hier, devant une salle comble de jeunes religieux et de rabbins, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prononcé ces mots :

« C’est une guerre du Bien contre le Mal… Une guerre contre des animaux humains, des monstres… Et nous les vaincrons ! Nous les effacerons ! Ils ne resteront pas. »

C’était le Jour de Jérusalem.

Un jour censé célébrer la lumière. La paix. L’unité.

Et voilà ce qui a été dit. Ce qui a été acclamé.

Ce qui n’a soulevé ni protestation, ni départ, ni silence gêné.

Aucun sursaut moral.

Pas un seul de ces rabbins — censés transmettre la Loi et la justice — ne s’est levé.

Tous ont applaudi.

Un appel à l’extermination. Formel, froid, assumé.

Un discours génocidaire, tenu en public, dans une école religieuse.

Et le monde entier se tait.

Pas une ligne dans Le Monde.

Pas une condamnation de l’Élysée.

Pas un mot dans les églises.

Pas une émission spéciale à France Culture.

Pas un communiqué du nouveau pape Léon XIV.

Pas un geste, pas un refus, pas une indignation.

Rien.

Le néant.

Un silence plus assourdissant que mille bombes.

Et pourtant, le message était clair.

Ils veulent effacer un peuple.

Le faire disparaître.

L’effacer de la Terre.

Et ils le disent maintenant à visage découvert.

Mais je ne suis pas surpris.

Car le diable a deux visages aujourd’hui.

L’un parle hébreu, l’autre parle français.

L’un lance les bombes, l’autre signe les traités.

L’un est soldat, l’autre est stratège.

L’un rase Gaza, l’autre enferme la France dans une cage numérique.

Mais c’est la même voix. La même énergie. Le même souffle de mort.

Benjamin Netanyahu et Emmanuel Macron.

Deux faces d’un même projet.

Un projet de domination, de contrôle, de destruction de l’âme humaine. Et pendant que l’un proclame « Ils ne resteront pas », l’autre prépare ses villes de 15 minutes, ses QR codes de santé, son armée cognitive, ses lois pour faire taire.

Et toujours : Aucune protestation. Aucune fuite. Aucun refus.

Les hommes de foi se taisent.

Les intellectuels se cachent.

Les journalistes mentent.

Les artistes se vendent.

Les peuples s’habituent.

Et ceux qui osent encore parler sont traités de fous, de haineux, d’antisémites, de complotistes. Mais ce n’est pas un délire. Ce n’est pas une exagération. C’est un dévoilement. C’est une Apocalypse.

Le mal ne se cache plus. Il parle. Il parade.

Il se proclame juste, sacré, indiscutable.

Ce n’est plus de la politique.

C’est un choix d’âme.

Et il est tard. Très tard.

Et 

Quand la gifle devient diversion...

Il faut le dire avec calme et lucidité : toute cette affaire de gifle, remise en scène, ressassée, commentée jusqu’à la nausée, n’a qu’un seul but — détourner. Détourner les regards, détourner les esprits, détourner les cœurs. Détourner de quoi ? De Gaza. De l’euthanasie. Du chaos du monde. De ce qui compte vraiment.

Parce que pendant qu’on commente la main qui a claqué une joue, d’autres mains étranglent un peuple sous les bombes. Pendant qu’on ironise sur le théâtre politique, des décisions sont prises en silence, pour légaliser la mise à mort des anciens, des fragiles, des inutiles économiques. Et pendant qu’on s’amuse ou s’indigne, le réel s’effondre.

Cette mise en scène n’est pas innocente. Elle est brillante dans son cynisme. MACRON, dont le masque tombe chaque jour un peu plus, sait qu’il devient une figure de rejet. Une figure non plus seulement critiquée, mais analysée, déchiffrée, démasquée. Une figure qui fait peur à force de vouloir contrôler, à force de manipuler, à force d’effacer.

Alors il fallait renverser le regard. Il fallait casser cette montée de lucidité dans l’opinion. Il fallait dégrader le personnage. Le faire descendre de son piédestal — mais pas pour révéler la vérité. Non. Pour le faire redevenir risible. Un clown. Une cible. Une marionnette.

Et ça marche.

Car la population, blessée, déboussolée, affamée de sens, se saisit de cette scène comme d’un exutoire. On se moque. On fait des montages. On partage. On oublie. On croit s’émanciper en riant, alors qu’on retombe dans le piège. C’est l’inverse d’un réveil. C’est une sédation collective.

La gifle n’est pas un acte de courage. Ce n’est pas un symbole de révolte. C’est un outil de scénario. Une réinitialisation contrôlée de l’image présidentielle. Une manipulation de plus, pour recycler le rejet en dérision, et la colère en caricature.

Et pendant ce temps, Gaza s’enfonce dans la mort. Les hôpitaux ferment. Les enfants meurent de faim. Et personne n’en parle.

Pendant ce temps, la loi sur la fin de vie avance. Dans l’indifférence. Sous anesthésie médiatique.

Pendant ce temps, la France s’habitue à tout. À l’horreur. À l’oubli. À l’humiliation.

Ne vous y trompez pas : ce n’est pas une gifle qu’il a reçue. C’est une diversion qu’il a offerte.

 Bertrand Scholler

Le bombardement ATOMIQUE d'Hiroshima - Décomposition détaillée du modèle 3D


 

 Infos sur la puissance des armes nucléaires :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Puissance_des_armes_nucl%C3%A9aires

Brigitte Macron et la "gifle" : on tombe dans leur piège !


 

L'aide à mourir

Solidarité et Progrès
Solidarité et Progrès il y a 1 jour
Hier, le projet de loi sur le "droit à l'aide à mourir" est passé en 1ère lecture à l'Assemblée Nationale. Bien-sûr, il est assorti d'un ensemble de dispositions censées nous rassurer 😇 : ça ne remplacera pas les soins palliatifs, ce devra être une décision "libre et éclairée", on pourra choisir le lieu et l'heure (mais quand même, on ne pourra pas faire piquer mamie dans un lieu public ! Ils ont pensé à tout ces chers députés 👏), les substances létales seront homologuées, tamponnées, contrôlées (elles auront peut-être même droit à leur petit nutri-score 🥹 ). Bref ça va bien se passer vous verrez... Enfin, sur le papier, car dans la réalité, la priorité de ceux qui nous "dirigent" c'est de payer la dette 🤑. 📢 Sinon, pour tous ceux qui avant de "mourir dans la dignité", veulent "VIVRE dans la DIGNITÉ" c'est par ici 👇 https://solidariteetprogres.fr/spip.p... Sur l'euthanasie, voir cet article d'Agnès Farkas : https://solidariteetprogres.fr/spip.p...
 
 
 

Aide à mourir ou business juteux et nauséabond de l'élimination des plus faibles ?


 


 

Tout change.


 

mercredi 28 mai 2025

Atteinte d'un cancer incurable à 30 ans : l'hymne à la vie de Clémence Pasquier

Pas besoin d'être catholique pour apprécier la valeur de ce témoignage émouvant et nuancé.  
 

 

Billet du jour : l'union Trump / Poutine remise à des jours ... ultérieurs ?

Source : 

https://russiepolitics.blogspot.com/2025/05/billet-du-jour-lunion-trump-poutine.html

 

Alors que l'on nous vendait le mariage du siècle, un mariage de raison certes mais un mariage quand même, il semblerait que la fiancée soit prête à renoncer et fait de plus en plus de déclarations émotives en ce sens. Rubio nous annonce bien que Trump n'est pas "déçu" par Poutine, mais un petit vent sibérien prend la route de Washington. Le motif en est simple : la Russie refuse de se laisser bombarder sans réagir. Quelle idée, en effet !

Comme nous l'avons écrit, ces derniers jours, la Russie a été victime d'une attaque croissante de drones et missiles, notamment américains, dont les cibles sont principalement civiles (écoles, centres commerciaux, véhicules privés, immeubles d'habitation, administrations, personnels administratifs dans les régions limitrophes, etc.). En réponse, l'armée russe a intensifié le bombardement des stocks militaires, des usines militaires, des navires de transport de "l'aide militaire" atlantiste au front ukrainien. 

Ce qui a bien sûr provoqué l'ire des Atlantistes et quelques réactions inadéquats de Trump.

Tout d'abord, notre cher Donald s'est indigné du fait que la Russie ne se laisse pas passivement attaquer, ne laisse pas impunément l'armée atlantico-ukrainienne bombarder des civils, mais qu'elle réponde. Fortement et efficacement. Alors qu'elle devait se taire et négocier sagement sa capitulation.

Ainsi, Poutine devient "fou", il tire "sans raison" sur les "civils" :
J'ai toujours eu de très bonnes relations avec Vladimir Poutine, mais il lui est arrivé quelque chose. Il est devenu complètement FOU ! Il tue inutilement beaucoup de gens, et je ne parle pas seulement de soldats. Des missiles et des drones sont tirés sur des villes ukrainiennes, sans aucune raison.

Une certaine vision des choses, qui s'inscrit parfaitement dans le discours des élites atlantistes, contre lesquelles Trump est soi-disant en guerre ... Et d'ailleurs, Poutine devient aussi le méchant, qui veut toute l'Ukraine. Et la menace est ici directe :

J'ai toujours dit qu'il voulait TOUTE l'Ukraine, pas seulement une partie, et peut-être que c'est le cas, mais s'il le fait, cela mènera à la chute de la Russie !

Passons sur la fin, "Trump le pacifiste", qui parle de lui à la troisième personne, quand des HIMARS et autres missiles européens avec des composantes américaines (donc avec l'accord des Etats-Unis) sont tirés sur la Russie. Quand Trump a relancé l'aide militaire au front, que les Européens mettent les bouchés doubles.

Difficile de prendre cette logorrhée au sérieux et le Kremlin ne semble plus décidé d'en faire l'effort. La réponse de Peskov est cinglante : Donald est surmené, il n'a pas l'habitude, il fait sa petite crise d'hystérie. Poutine est là pour défendre la Russie et c'est ce qu'il fait. 

"Le président Poutine fait ce qu'il faut pour assurer la sécurité de la Russie", a commenté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, au cours de son briefing quotidien, notant les "efforts" de l'administration Trump qui ont poussé les belligérants à se rencontrer à Istanbul à la mi-mai.

"C'est un moment important, qui s'accompagne d'une surcharge émotionnelle pour tout le monde et de réactions émotionnelles", a estimé M. Peskov.

Et la Russie continue à cibler les sites militaires, pendant que l'armée atlantico-ukrainienne continue à tirer également et spécialement les cibles civiles. Donc Trump n'est pas content : Poutine ne l'a pas entendu une première fois, il insiste. Exaspéré, rien ne semble se passer comme les Atlantistes l'attendaient, malgré les compliments appuyés de Dmitriev à son maître.


L'attaque continue à être personnalisée contre Poutine :

«Ce que Vladimir Poutine ne réalise pas c'est que sans moi, la Russie subirait beaucoup de très mauvaises choses, et je veux dire, TRES MAUVAISES. Il joue avec le feu.»

La réaction russe officielle ne s'est pas faite attendre.

Dmitri Medvedev a remis les points sur les i :

« Quant aux propos de Trump selon lesquels Poutine « jouerait avec le feu » et concernant les « très mauvaises choses » avec la Russie, je ne connais qu'une seule chose vraiment mauvaise : une Troisième Guerre mondiale. »

Trump se demande alors, s'il va ou non imposer des sanctions à la Russie, car il a peur ainsi de faire définitivement sortir la Russie du processus de négociations. Les Atlantistes plus que les Russes en ont besoin, ça force en effet à réfléchir.

Les mariages de raison, lorsqu'ils sont contre-nature, ne peuvent apporter la paix dans le ménage ... L'histoire reprend ses droits.

Merz et les frappes en profondeur en Russie : nouvelle escalade du conflit ou opération de comm ?

Source :  https://russiepolitics.blogspot.com/2025/05/merz-et-les-frappes-en-profondeur-en.html


Le Chancelier allemand a annoncé, ou plutôt rappelé, la décision prise par l'Axe atlantiste (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Allemagne) de levée des restrictions de distance de tir pour les armes livrées, par ces pays sur le front ukrainien. "Rappelé", car cette décision a été prise il y a plusieurs mois de cela. Le Kremlin souligne de son côté les conséquences dangereuses d'une telle escalade, qui entraînerait la fin du fameux processus de négociation (unilatéral), mort avant même d'avoir apporté de véritables fruits - pour la paix. Pour autant, dire n'est pas encore faire. Voyons ce qu'il en sera en réalité, la doctrine nucléaire russe n'a pas été annulée.

Dans une déclaration faite à Berlin, le Chancelier allemand Merz a déclaré, que l'armée atlantico-ukrainienne pouvait désormais frapper en profondeur en Russie :

"Il n’y a plus de limites de portée pour les armes qui ont été livrées à l’Ukraine. Ni par les Britanniques, ni par les Français, ni par nous. Ni par les Américains », a déclaré Friedrich Merz, lors d’un entretien à la télévision publique WDR à Berlin. (...) Cela signifie que l’Ukraine peut désormais se défendre, par exemple en attaquant des positions militaires en Russie (…) ce qu’elle ne faisait pas il y a quelque temps, à quelques exceptions près. Elle peut le faire maintenant"

Immédiatement, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné la dangerosité d'une telle décision qui, par ailleurs, n'est pas conforme à la ligne portée par la Russie (unilatéralement) d'une sortie de guerre fondée ... sur des négociations ... de paix. Je cite :

"Si de ces décisions sont effectivement prises, elles sont absolument contraires à nos aspirations à un règlement politique et aux efforts actuellement déployés dans le cadre de ce règlement. C'est donc une décision plutôt dangereuse."

Quand les élites russes pourront ouvertement reconnaître, qu'elles sont bien les seules à vouloir et les négociations et la paix, quand en face d'elles, les élites atlantistes ne veulent que la victoire et ce sur le champ de bataille, nous commencerons à avoir de véritables chances pour une paix durable, car la dissuasion sera effective. 

Merz a précisé lors de sa conférence de presse en Finlande, en réponse aux réactions russes, que cette décision n'est pas nouvelle :

À ma connaissance, et comme je l'ai expliqué hier, les pays qui limitaient la portée des frappes ont depuis longtemps levé ces exigences. J'ai donc décrit hier, à Berlin, ce qui se passe depuis plusieurs mois : l'Ukraine a le droit d'utiliser les armes qui lui sont fournies hors de son territoire contre des installations militaires situées sur le territoire russe.

Il n'est donc pas nécessaire de jouer les jeunes vierges effarouchées. 

En revanche, c'est une chose d'en avoir la possibilité, c'est autre chose que de vouloir réaliser cette possibilité. Si l'on regarde le danger potentiel pour la Russie de la mise en oeuvre de ces décisions par l'armée atlantico-ukrainienne, il n'est pas négligeable, sans même parler des Taurus que l'Allemagne semble se préparer à envoyer finalement sur le front :

L’Ukraine possède et utilise déjà d’autres missiles à longue portée occidentaux, comme l’ATACMS américain et le Storm Shadow britannique. Leur rayon d'action est d'environ 300 kilomètres. Dans le même temps, les versions « à part entière » de Storm Shadow, ainsi que SCALP-EG, peuvent atteindre une cible à une distance allant jusqu'à 560 kilomètres. Cependant, l’Ukraine n’a jamais reçu de telles versions auparavant.

Autrement dit, la zone de cibles potentielles va très en profondeur en Russie :

Comme le note Ura.Ru, une fois les restrictions levées, ces armes pourraient atteindre les régions de la Russie centrale - Smolensk, Kalouga, Briansk, Orel. Les missiles Taurus peuvent étendre leur portée de frappe jusqu'à Moscou, s'ils sont lancés depuis les régions ukrainiennes limitrophes de la Russie. Il est également à noter, que l'Ukraine pourrait également utiliser le drone Tekever AR3, capable de voler jusqu'à mille kilomètres.

Quelques remarques conclusives :

1) Le processus de négociation et la volonté de paix affichée par la Russie sont entendus comme un signe de faiblesse, qui pousse les pays de l'Axe atlantiste à aller toujours plus loin. Continuer dans cette voie semble dangereux pour la Russie, si le but est bien de renforcer sa sécurité et rétablir une certaine stabilité mondiale. Quand une stratégie ne marche pas, il faut savoir en changer à temps.

2)  Les frappes en profondeur, pas plus que les autres, ne se limiteront à des cibles militaires, comme nous le voyons déjà aujourd'hui, avec les attaques volontaires de sites civiles sur le territoire russe. De ce fait, les pays fournissant, contrôlant et déterminant les cibles de leurs missiles sont formellement responsables de crimes de guerre, puisque les conventions de Genève sont violées. Sont-ils prêts à cela, face à leurs populations et face à la communauté internationale "pro-paix" ?

3) Si des frappes sont réalisées en profondeur sur le territoire russe, il y a peu de chances pour que la Russie continue à retenir l'armée sur le front. Politiquement, Lavrov commence déjà à intégrer dans le discours politico-médiatique russe le fait que ces pays atlantistes sont parties au conflit, il y a des chances pour que cette ligne se renforce alors. La Russie pourrait par ailleurs, elle aussi, prendre des mesures de rétorsion, nécessaires pour protéger sa population et son territoire. Les pays atlantistes, sont-ils réellement prêts à entrer directement en guerre contre la Russie ? Nous pouvons largement douter du soutien que les élites dirigeantes obtiendraient, tant de leur armée, que de la population.

4) Enfin, les pays de l'Axe atlantistes sont dans une impasse avec cette décision. Car soit ils frappent peu, pour ne pas "aller trop loin", ce qui ne servira qu'à exaspérer la Russie et à la faire sortir de la ligne "conciliante", qui est encore la sienne et dont les Atlantistes ont grand besoin, sans aucun intérêt sur le plan militaire. Soit, ils prennent le risque de frappes massives (en ont-ils seulement les moyens pour longtemps ?) et la Russie est légitime à mettre en oeuvre sa doctrine nucléaire, qui prévoit désormais une possible réaction nucléaire contre les pays de cette coalition ennemis, en cas d'attaque massive conventionnelle, quand elle présente un danger existentiel pour la souveraineté du pays. Ce qui n'est pas non plus dans l'intérêt des Atlantistes. 

Dans les faits, il y a peu de chances que la déclaration de Merz ait beaucoup d'impact réel militaire sur le front. Peut-être, l'armée atlantico-ukrainienne va-t-elle démonstrativement tirer un ou deux missiles, mais il y a de fortes chances que l'escalade soit surtout communicationnelle. Le seul véritable espoir pour les Atlantistes était d'arrêter l'armée russe par les négociations pour ensuite écraser les élites dirigeantes. Cet espoir s'éloigne lentement mais sûrement et ils ne savent pas encore très bien comment y faire face. Surtout que pendant ce temps, l'armée russe avance et frappe les infrastructures militaires ennemies, ce qui rend notre ami Trump furieux, affirmant que "Poutine est devenu fou". Il reste simplement raisonnable et n'est pas tombé dans le piège.

En recyclant de vieilles infos les médias poussent à continuer la guerre en Ukraine

 Source : https://lesakerfrancophone.fr/en-recyclant-de-vieilles-infos-les-medias-poussent-a-continuer-la-guerre-en-ukraine 

Publié le par  

Par Moon of Alabama – Le 27 mai 2025

Hier, au cours d’une longue interview, le chancelier allemand Friedrich Merz a mentionné la levée des restrictions sur les armes occidentales utilisées par l’Ukraine.

Les médias ont pris cela comme une nouvelle révélation :

Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé lundi que l’Allemagne, ainsi que la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, avaient levé les restrictions sur la gamme d’armes qu’ils envoient à l’Ukraine pour l’aider dans sa lutte contre la Russie.

« Il n’y a plus de restrictions sur la portée des armes livrées à l’Ukraine – ni par les Britanniques, ni par les Français, ni par nous, ni par les Américains« , a-t-il déclaré lors du WDR Europaforum 2025 à la conférence numérique re:publica à Berlin.

Certains médias ont même affirmé que M. Merz avait ouvert la voie à la livraison de missiles de croisière allemands Taurus à l’Ukraine :

L’Allemagne et ses principaux alliés ont levé les restrictions de portée sur les armes envoyées à l’Ukraine, ce qui permettra à Kiev de frapper des cibles à l’intérieur de la Russie sans limites géographiques, a déclaré lundi le chancelier Friedrich Merz.

Cette annonce du dirigeant allemand pourrait permettre à Berlin de livrer enfin ses puissants missiles de croisière Taurus à Kiev, ce que le précédent gouvernement avait refusé de faire pour ne pas provoquer la Russie, dotée de l’arme nucléaire.

J’ai été étonné de voir cela. Il n’y a rien de nouveau dans l’annonce de Merz.

Le président Joe Biden avait levé toutes les restrictions sur les armes livrées par les États-Unis il y a plusieurs mois :

La Grande-Bretagne avait même été plus précoce :

La France, également il y a plusieurs mois, s’était montrée ouverte à cette idée.

De plus, l’Ukraine n’a plus d’armes de longue portée données par l’Occident depuis longtemps :

Le feu vert pour tirer des missiles à longue portée sur la Russie ne signifie pas grand-chose si « notre armoire est totalement vide« , a ajouté Ivan Stupak, un ancien officier du service de sécurité ukrainien SBU.

La dernière frappe ATACMS sur des cibles russes remonte à plusieurs mois. La dernière interception d’une frappe ATMCMS par la Russie a été signalée le 17 janvier. Les frappes avec les missiles britanniques Storm Shadow ou français Scalp ont également arrêté.

Il n’y a donc rien de nouveau dans les propos de Merz. Il n’a même pas mentionné les missiles Taurus qui ne seront PAS livrés à l’Ukraine pour plusieurs bonnes raisons :

  • Le Taurus contient des composants qui font l’objet de restrictions à l’exportation de la part des États-Unis. Les États-Unis devront donner leur feu vert à la livraison de ces composants.
  • Le Taurus est lancé par voie aérienne. L’Ukraine ne dispose pas des moyens, c’est-à-dire des avions adéquats, pour lancer le Taurus à haute altitude.
  • Le Taurus a besoin d’autres systèmes allemands et, surtout, de spécialistes allemands pour cibler et être utilisé.

Merz a été manifestement surpris que sa mention de la levée des restrictions, qui remonte à plusieurs mois, soit soudainement présentée comme un nouveau développement ou un changement de politique. Aujourd’hui, le chancelier a été poussé à clarifier la situation :

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que la décision de lever les restrictions sur la gamme d’armes fournies à Kiev avait été prise il y a plusieurs mois, a rapporté RIA Novosti.

« Pour autant que je sache, et je l’ai répété hier, les pays qui ont imposé des restrictions de portée ont depuis longtemps abandonné ces conditions. C’est pourquoi j’ai décrit hier à Berlin ce qui s’est passé il y a plusieurs mois, à savoir que l’Ukraine a le droit d’utiliser les armes qu’elle reçoit, y compris en dehors de ses frontières, contre des cibles militaires sur le territoire russe« , a déclaré Merz lors d’une conférence de presse conjointe avec le premier ministre finlandais, Petteri Orpo.

Les médias qui ont publié le titre sensationnel d’hier n’ont pas encore pris conscience de cette réalité. Je doute même qu’ils veuillent le faire. Il est fort probable qu’ils ne tiendront pas compte des précisions apportées par Merz.

Les médias sont pris d’une frénésie guerrière incontestable. La moindre remarque de Trump, de Merz ou de quelqu’un d’autre est immédiatement interprétée comme une escalade de la guerre.

Les journalistes qui écrivent ces titres, et les blogueurs qui les reprennent, semblent désireux de pousser à la guerre.

Qui leur dit de procéder ainsi ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Toupie à la folie

 Source : https://www.dedefensa.org/article/toupie-a-la-folie

• On ne peut dire que les événements eux-mêmes accélèrent, mais la description et les intentions, – le simulacre lorsqu’il se transforme en vérité-de-situation, – ont pris un rythme homérique. • C’est l’Ukraine, avec un Trump stupéfait que les Russes, martelés pendant plusieurs jours par les drones ukrainiens que personne n’a dénoncés, ripostent par des attaques dévastatrices sur Kiev, comme une préparation à une offensive. • C’est la Chine qui change radicalement et parle d’une “Opération Militaire spéciale” à la russe tandis que flottent des rumeurs d’une alliance militaire Chine-Russie.

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Effectivement, les événements s’en donnent à cœur joie. Ne parlons pas d’une “accélération” parce qu’il y a longtemps que nous avons le pied au plancher. Il s’agit de l’augmentation de la poussée sur ces événements, d’une main de fer venue d’au-delà de nous et bien décidé à nous confronter aux effets de la destinée que nous prétendons avoir forgée nous-mêmes... “Destinée” ? Nul ne l’ignore, nous te nommons “modernité”.

Le Maître de l’Incertitude

Dans une conférence qu’il a donnée il y a quelques semaines à Moscou, peu avant l’anniversaire du 9 mai, Emmanuel Todd désigne très précisément et justement selon une impeccable formule, le Grand Ordonnateur, – particulièrement inconscient, jusqu’à être un “plus-léger-que-l’air” d’inconscience, – qui s’est installé comme le détonateur à multiples détentes de cette toupie devenue folle qu’est notre époque : « Le comportement de Trump est une mise en scène de l'incertitude ». Cela est dit comme ceci :

« Je me souviens très bien du contexte dans lequel j'ai écrit ‘La Défaite de l'Occident’. J’étais dans ma petite maison bretonne à l'été 2023. Les journalistes de France et d’ailleurs s’excitaient les uns les autres en commentant les “succès” (fantasmés) de la contre-offensive ukrainienne. Je me vois très bien, écrivant calmement : “la défaite de l'Occident est certaine”. Ça ne me posait absolument aucun problème. Par contre, quand je parle aujourd’hui de la dislocation, j’adopte une posture d'humilité devant les événements. Le comportement de Trump est une mise en scène de l'incertitude. Le bellicisme de ces Européens qui ont perdu la guerre aux côtés des Américains et qui parlent maintenant de la gagner sans les Américains est quelque chose de très surprenant. »

Donc nous allons examiner quelques éléments absolument incertains, qui doivent nécessairement jouer un rôle (incertain) dans la « mise en scène de l'incertitude ».

A drone, drone et demi

Examinons les conditions de base qui ont préparé le premier éclat dont nous allons examiner les circonstances et les caractères, tous deux incertains. Nous sommes donc en train de préparer les derniers actes d’une nouvelle rencontre russo-ukrainiennes, les Russes terminant le mémorandum promis et dont Trump se montrait si satisfait et couvrant de louangés son ami Vladimir. Il était tacitement entendu que dans cette période, même si la guerre se poursuivait, elle prendrait un aspect, disons plus aimable.

Que nenni ! Les Ukrainiens firent pleuvoir ces derniers jours des nuées de drones le plus loin possible en Russie, si possible sur des cibles civiles pour éviter les pertes collatérales, tentant ainsi de donner corps à l’argument né dans les ‘think tanks’ US, là où l’on pense, selon lequel les drones, que les Ukrainiens développent en quantité industrielle, leur donneraient à eux seuls la victoire. Bien entendu, tout l’Occident-coopératif, dans un élan d’élégance et d’humanitarisme globaliste, s’abstint de tout commentaire sur ces attaques ukrainiennes, et surtout du moindre reproche ; après tout, les drones tirés, qui avaient été démoli à bien plus de 80% et pour le reste fait l’une ou l’autre chiquenaude aux objectifs, avaient tout de même, par débris interposés, tué quelques civils... Mais enfin, ce sont des Russes et l’on ne va pas chipoter !

Et puis soudain, voilà que l’“armée de Poutine” riposte ; et durement, très-très durement, deux nuits de suite (24 et 25 mai), avec drones en masse (Tiens, ‘The Economist’ nous dit que les Russes vont bientôt parvenir à en fabriquer 500 à 1 000 par jour) et missiles divers, dont les balistiques hypersoniques ‘Iskander’. Peu de victimes civiles, mais dégâts considérables des cibles, notamment les énormes usines Antonov transformées souterrainement en productrice de drones, – ce qui promet l’incertitude pour la  “victoire par le drone” de l’Ukraine sur la Russie. Accessoirement, l’un ou l’autre ‘Iskander’ liquida l’une et l’autre ensemble-batterie de ‘Patriot’. L’incertitude conduisit à passer de la simple hypothèse d’un prêté pour un sacrément-rendu à celle de la préparation d’une prochaine offensive massive de la Russie, malgré la défaite cinglante qu’elle a essuyée du fait des drones ukrainiens.

Poutine est devenu complètement “FOU !”

Il faut le comprendre : le Prince de l’Incertitude ne pouvait laisser passer cela sans nous hurler sa réaction scandalisée. Sans prendre naturellement aucune garde à tout ce qui avait précédé des attaques des drones ukrainiens contre le territoire russes, Trump ne manqua pas de s’adresser aux journalistes qui l’attendaient à la descente d’un avion qui le transportait d’ici à là...

« S'adressant aux journalistes dimanche, Trump a affirmé que la réponse de la Russie était injustifiée et s'est dit “surpris” par ce qui s’était passé.

» “Je ne suis pas satisfait de ce que fait Poutine”, a-t-il déclaré. “Nous sommes en pleine discussion et il tire des missiles sur Kiev et d'autres villes. Je n'aime pas ça du tout… On verra bien ce que je vais faire”.

» “J'ai toujours eu de très bonnes relations avec Vladimir Poutine, mais il lui est arrivé quelque chose. Il est devenu complètement FOU !” a ajouté Trump dans un message sur son compte ‘Truth Social’ d’Instagram, affirmant que “des missiles et des drones sont tirés sur des villes d'Ukraine sans aucune raison”. »

Puis, rentré à la Maison-Blanche, notre 47ème POTUS de la Grande République s’est souvenu qu’il était médiateur d’une guerre qui n’était pas la sienne, mais celle d’un certain Joe Biden. Il s’agissait alors de rétablir la balance, de remettre un peu d’incertitude bien mesurée dans cette atmosphère si violemment incertaine. Il s’en prit donc à Mister Z.

Tout cela se trouvait dans le même ‘Truth Social’ où Trump se demandait si Poutine n’était pas devenu “FOU !” et concernait notamment la déclaration de Zelenski critiquant les USA pour ne pas avoir réagit après les attaques US contre Kiev. Comme on voit tout cela se trouve complètement mélangé, ligoté, saucissonné dans un nœud-gordien de la plus ardente logique caractérisant ce conflit.

« Les déclarations publiques de Vladimir Zelenski ne font qu'aggraver la situation de son pays, a déclaré le président américain Donald Trump. Ces propos font suite aux accusations du dirigeant ukrainien de manque de soutien des États-Unis, qui, selon lui, profite à la Russie.

» Dimanche, Trump s'est exprimé sur Truth Social pour critiquer Zelenski, qui complique les efforts diplomatiques visant à régler le conflit ukrainien. Le dirigeant ukrainien, a-t-il déclaré, « ne rend pas service à son pays en parlant comme il le fait. Tout ce qu'il dit crée des problèmes. Je n'aime pas ça, et il vaut mieux que ça cesse. »

» Le président américain a ajouté que le conflit « n'aurait jamais éclaté » s'il avait été au pouvoir. « C'est la guerre de Zelenski, Poutine et Biden, pas celle de Trump. Je ne fais qu'aider à éteindre les incendies, grands et horribles, qui ont été allumés par une incompétence et une haine flagrantes », a-t-il déclaré.

» Les commentaires de Trump interviennent après que Zelenski a critiqué ses soutiens occidentaux, dont les États-Unis, pour ce qu'il a décrit comme une réaction terne à la dernière frappe aérienne de grande envergure de la Russie. « Le silence de l'Amérique, le silence des autres pays du monde, ne fait qu'encourager Poutine », a déclaré Zelenski, appelant à une pression accrue et à des sanctions contre Moscou. »

L’incident et ces divers échanges augurent bien de la prochaine rencontre de “négociation” entre Russes et Ukrainiens. Les Russes remettront aux Ukrainiens leur mémorandum que les Ukrainiens repousseront sans même le lire, de crainte d’être pris d’une nausée épouvantable. Ils exigeront aussitôt un cessez-le-feu immédiat de 30 jours suivi d’un cessez-le-feu sans limitation comme seule matière, et  non-négociable, de la négociation. Les Russes apprécieront l’humour ukrainien comme proche de l’humour russe et l’on se séparera.

Peut-être le Maître de l’Incertitude, pris d’une inspiration, écrira-t-il sur son ‘Truth Social’ qu’avec de tels lascars, il est inutile de continuer, et annoncera-t-il qu’il se retire du rôle très utile de Grand Médiateur qu’il a tenu jusqu’ici. Il y en a pas mal, du côté des commentateurs-samizdat qui voudraient que Trump se sorte de ce piège sans issue, que ce serait pour lui la meilleure chose à faire... Mais comme cet homme est l’Incertitude même, qui peut dire quoi que ce soit de certain à son propos ?

A l’Est, que du nouveau

A ce volet ukrainien, il nous faut rajouter un volet sino-taïwanais à notre toupie qui tourne folle. Nous faisons notamment référence au site ‘Borzzikman’, que nous avons déjà cité à l’une ou l’autre occasion, et entendu citer par quelques commentateurs, notamment Mercouris. C’est un site absolument pro-russe, sinon réalisé en sous-main par le ministère de la défense russe. Il dispose d’un matériel documentaire (vidéos) d’excellente et exclusive facture et diffuse un commentaire souvent très précis et sortant des chemins balisés de nos contrés. Quant à sa validité, c’est là aussi la Grande Incertitude, mais nous avons la plus grande habitude de cette situation qui est générale et à laquelle personne n’échappe, surtout les vieilles gloires du siècle passée encore plus pourries que les plus belles pourritures novatrices du XXIème siècle. Pour cette raison, et sans aucune raison sérieuse à lui opposer, il n’y a pas de raison de ne pas s’arrêter de temps en temps à ‘Borzzikman’.

Cette fois il est question d’une grande nouvelle, dont nous n’avons pas entendu l’écho, – mais nos lecteurs le savent bien, nous nous tenons éloignés des grands réseaux de communication, sous contrôle des autorités à 96%/98% (cela varie), – grande nouvelle assortie d’autres nouvelles correspondant manifestement à une réalité. La “grande nouvelle”, c’est l’accueil plutôt positif fait par Poutine à une question d’un journaliste parlant de la possibilité d’une véritable alliance militaire entre Moscou et Pékin... (‘Borzzikman’ du 26 mai 2025) :

« Des journalistes ont interrogé le dirigeant russe sur une éventuelle alliance militaire entre Moscou et Pékin. Moscou et Pékin. Vladimir Poutine a donné une réponse positive à cette question. Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est à un niveau si élevé que ce partenariat peut se transformer à tout moment en une alliance militaire officielle. L’évolution rapide de la situation mondiale indique que la Russie et la Chine pourraient former une alliance militaire prochainement : “Je n'exclus donc pas qu'un tel pacte militaire puisse être signé à tout moment entre les deux pays”.

» Vladimir Poutine a déclaré [ensuite] qu'il était remarquable que Pékin ait réagi très favorablement à ses propos sur la possibilité d'établir une alliance militaire entre la Chine et la Russie. En particulier, le ministère chinois des Affaires étrangères a officiellement confirmé que l'établissement d'une alliance militaire entre les deux pays est tout à fait possible, du niveau des relations sino-russes.

» L’Alliance Atlantique et le Pentagone ont commenté avec inquiétude les propos de Vladimir Poutine concernant la création d'une alliance militaire entre la Chine et la Russie. Selon des responsables de l'OTAN et du Pentagone, l'alliance militaire entre Moscou et Pékin représente une grave menace pour la sécurité nationale de tous les pays de l'OTAN y compris les Etats-Unis. »

Le même ‘Borzzikman’ observe que dans le même temps, un décret a été  publié selon lequel les forces armées chinoises peuvent entreprendre des actions de guerre sans être officiellement en guerre. En langage russe, cela s’appelle une “Opération Militaire Spéciale”, et de même que la Russie a songé à l’Ukraine, la Chine songe à Taïwan. En même temps là encore, il est remarquable de noter un changement de ton, sinon de fond sur la position de la Chine vis-à-vis de la guerre en Ukraine. Jusqu’ici, la Chine se tenait sur la réserve, sans jamais critiquer la Russie certes, mais en s’abstenant de la soutenir. Il semble que ce soit désormais différent, avec l’affirmation par la Chine d’un soutien de la Russie au niveau de la sécurité nationale et des opérations militaires qui en découlent.

Que ce passe-t-il alors qu’en mars encore, la Chine conseillait de ne confondre en aucune façon la position chinoise et la position russe sur la guerre en Ukraine ? Il s’agit bel et bien d’un effet de ce qui est désigné par ‘Borzzikman’ comme « L’évolution rapide de la situation mondiale ». Quelques éléments ?

• L’absence complète, bien sûr, de certitude de la politique US : le jugement de Todd vaut pour la Chine comme pour la Russie puisqu’il concerne les USA.

• L’importance toujours très active du “parti de la guerre” à Washington, même si Trump veut, sincèrement sans doute, faire reculer et apaiser les conflits. L’incertitude se renforce d’une fatalité catastrophique.

• La mise en évidence du déclin de la puissance US, reconnue par les dirigeants US eux-mêmes (JD Vance, il y a deux jours encore) et la démonstration des faibles capacités des armements occidentaux dans une situation de guerre (Ukraine). Tout cela se lit sur un fond d’une extrême fragilité structurelle d’un pays (les USA, certes) irrémédiablement déchiré, dont l’issue ne peut être qu’un effondrement sous une forme ou l’autre.

• L’armée chinoise a suivi de très près, avec présence de généraux intégrés aux forces russes comme observateurs, les opérations en Ukraine et les enseignements essentiels que l’armée russe y a amassé. La disposition de l’armement russe par la Chine, de cet armement qui a permis de dominer le champ de bataille, renforce encore plus cette mise à jour des forces chinoises.

Même pour un Chinois flegmatique et énigmatique, pétris à des siècles et des millénaires de sagesse,, cela fait beaucoup d’arguments pour se dire : “Plutôt qu’attendre qu’ils y viennent, ce qu’ils finiront par faire plutôt que s’effondrer définitivement, autant y aller nous-mêmes quand la situation est favorable, pour hâter l’effondrement définitif”.


Mis en ligne le 26 mai 2025 à 19H10