"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
“28 jours de neuro-sagesse”: le nouveau livre de Jean-Dominique Michel
Anthropologue de la santé, auteur
de plusieurs livres, mais aussi enseignant et formateur, Jean-Dominique
Michel publie un nouvel ouvrage intitulé “28 jours de neuro-sagesse,
réveillez votre sagesse intérieure grâce aux neurosciences”
Pourquoi les meilleures idées surgissent au réveil, sous la douche ou en marchant?
Dans
ce livre, il propose un parcours de transformation, des propositions
concrètes pour sortir des automatismes qui nous épuisent. Il emmène
aussi le lecteur dans le domaine de la créativité, “qui s’exerce comme
un muscle”, explore comment nous pouvons améliorer nos relations aux
autres et s’ouvre aux pratiques spirituelles, comme éléments
fondamentaux d’une existence pleinement vécue.
Un entretien riche et fascinant, à ne pas manquer!
La
lettre de Senta est une publication soutenue par les lecteurs. Pour
recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail, envisagez de devenir
un abonné gratuit ou payant.
À l’aube du vendredi 19 juin, les avions de combat survolaient déjà le sud du Liban. Au lever du soleil, le ministère libanais de la Santé dénombrait près de cinquante morts et près d’une centaine de blessés à
Tyr, Nabatieh et Kfar Tebnit, des villages dont les noms ne viendront
jamais perturber la prononciation des présentateurs américains. L’armée
israélienne a annoncé une campagne de grande envergure contre ce qu’elle
a qualifié d’“infrastructures du Hezbollah”, visant plus de cent cinquante cibles en une seule nuit, présentée comme une riposte à de prétendues violations du cessez-le-feu.
Ben-Gvir, ce voyou condamné qui ordonne à ses soldats de diffuser en
direct sur son ordinateur personnel la torture et les agressions
infligées à des victimes palestiniennes et dirige la police du pays en
la transformant en une dystopie fasciste de dépravation, a publié un
message affirmant que le Liban doit être entièrement réduit en cendres.
Smotrich, qui a passé deux ans à se présenter comme ministre des
Finances de la famine, a exigé que les portes de l’enfer soient ouvertes.
C’est le matin du jour où on nous a demandé, une fois encore, de nous émerveiller devant la prétendue “rupture” entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu.
YouTube, Bing et même DuckDuckGo ont
effacé les informations indiquant que des soldats israéliens ont reçu
l’ordre de diffuser en direct les horribles actes de torture et
d’agression infligés à des victimes palestiniennes pour satisfaire les
désirs personnels de Ben-Gvir.
La presse américaine, que j’appelle les “médias d’État d’entreprise”, ces
sténographes dociles qui ont depuis longtemps renoncé aux prérogatives
du journalisme au profit du confort d’un traitement de faveur, nous a
proposé le dernier épisode du feuilleton. Trump était perturbé. Trump
était furieux. Trump a hurlé au téléphone. Dans un podcast, le président lui-même a raconté un appel houleux au
cours duquel il aurait demandé à Netanyahu s’il a perdu la tête en
prolongeant la guerre au Liban, rappelé au Premier ministre que sans la
protection américaine, Israël n’existerait tout simplement pas, et
laissé la fuite suivre son cours habituel, vers une presse avide de
transformer un différend commercial en drame moral. Le vice-président,
J. D. Vance, a fait le tour des émissions dominicales pour afficher sa
déception chorégraphiée, son inquiétude aux sourcils froncés pour un
allié en difficulté qui a besoin, selon ses propres termes, “de se réveiller !”
Puis, après avoir formulé ces répliques, ce même Vance s’est présenté
au pupitre de la salle de presse James Brady et, dans un élan de
franchise involontaire, a démoli toute la mise en scène.
En clôturant sa conférence de presse sur le nouveau protocole d’accord
avec l’Iran, il a averti les détracteurs israéliens de l’accord que
Trump reste le seul dirigeant étranger encore favorable à leur cause,
que les États-Unis sont le dernier puissant protecteur dont dispose
Israël, et que, soit dit en passant
“les deux tiers des armes défensives qui ont protégé
votre patrie [Israël] ont été fabriquées par la maind’œuvre américaine
et financées par l’argent des contribuables américains”.
Voilà, en une phrase, le show dans toute son essence. Les bombes qui sont tombées sur Tyr à quatre heures du matin étaient américaines. Les bombes non guidées d’une tonne qui ont pulvérisé des immeubles entiers à Dahiyeh étaient américaines. Les bombes anti-bunker qui ont transpercé les dalles de béton dans la banlieue sud de Beyrouth étaient américaines.
Les F-35 qui les ont larguées, les kits de guidage qui les ont
orientées, les données de ciblage qui les ont sélectionnées, tout cela
était américain. Et les morts, bien entendu, sont libanais.
Il n’y a pas de divergence entre un roi et son intendant.
On nous demande de croire que l’État le plus dépendant militairement
de la planète, un pays dont l’armée de l’air vole sur des avions
américains et dont le Trésor public repose sur les subventions
américaines, mène une campagne de destruction régionale au mépris des
souhaits explicites de son unique protecteur.
Les comptes
Voyons ce que les comptables impériaux ont accompli pendant que les
courtisans jouaient leur pantomime des consciences. En janvier, avant
même que la guerre contre l’Iran n’ait commencé, l’administration Trump a donné son feu vert à environ sept milliards de dollars de nouveaux transferts d’armes vers Israël,
auxquels s’ajoutaient, pour faire bonne mesure, neuf milliards
supplémentaires en missiles Patriot destinés aux Saoudiens. Fin avril,
au cours d’une opération logistique menée en 24 heures, le Pentagone a livré quelque 6 500 tonnes de munitions et d’équipements à Israël par
voie maritime et aérienne, une procession de camions, de bombes et
d’encore de camions pour transporter ces bombes. Le 2 mai, tandis que
les caméras suivaient les appels téléphoniques rageurs et les crises
d’hystérie sur Truth Social, l’administration Trump a discrètement levé la procédure habituelle d’examen par le Congrès afin
d’accélérer la livraison de près de neuf milliards de dollars de
missiles de défense aérienne et de systèmes de guidage laser à Israël et
aux monarchies du Golfe. Les chèques n’ont jamais cessé d’être signés
pendant la guerre. Au contraire, leur rythme s’est accéléré.
Ce n’est pas une relation en crise. Elle est à son apogée. Le flux de
munitions s’est amplifié sous Trump, et non réduit. Les fictions
humanitaires de convenance que l’administration Biden feignait parfois
de faire respecter ont été officiellement abandonnées. Les bulldozers
qui rasent les maisons palestiniennes à Tulkarm arrivent désormais avec
la bénédiction officielle d’une Maison Blanche qui a décidé de ne plus
faire semblant.
Lorsque les responsables américains se tordent les mains en public
face à un Netanyahu hors de contrôle, ils nous disent, dans un rare
moment d’honnêteté théâtrale, qu’ils ont choisi de financer le massacre
tout en niant en être les auteurs. Le doigt pointé sert d’alibi.
L’accord scellé est la politique.
Pourquoi ce numéro ?
Le mélodrame Trump vsNetanyahu n’a pas pour objectif de freiner
Israël. Il ne sert qu’à gérer l’opinion occidentale. Les spectateurs
qui, sinon, pourraient être scandalisés à la vue de mères déterrant
leurs enfants sous des décombres de béton pulvérisé sont ainsi apaisés
par l’idée que quelqu’un, quelque part à Washington, est en colère en
leur nom. Les propos grossiers divulgués et les briefings officieux font
croire à un conflit entre un souverain impérial sceptique et son client
désobéissant, et ces apparences portent leurs fruits. Les bombes
continuent de tomber. Les cadavres s’accumulent. Mais la conscience de
l’empire a été soulagée, tandis que les valeurs morales de la classe
consommatrice ont été préservées.
Le plus ancien rituel du pouvoir revient à mettre en scène le remords
sans l’éprouver. Le Sénat romain pouvait pleurer la destruction de
Carthage alors même que l’on versait du sel sur ses champs. Le Parlement
britannique pouvait adopter des résolutions humanitaires pendant la
famine du Bengale tandis que les navires chargés de céréales mettaient
le cap sur l’Europe. Ces mêmes pratiques sont aujourd’hui mises en œuvre
par une classe de “professionnels du regret” qui envahissent nos chaînes d’information en continu et les postes de sous-secrétaires adjoints à Foggy Bottom [quartier de Washington]. Ils sont profondément désolés de ne pouvoir, en toute bonne conscience, cesser de poursuivre leur œuvre.
On nous demande donc de croire à l’incroyable. On nous demande de
penser que l’État le plus dépendant militairement de la planète, un pays
dont l’armée de l’air pilote des avions de chasse américains et dont le
Trésor public repose sur les subventions américaines, mène une campagne
de destruction régionale au mépris des exigences explicites de son
unique protecteur. On nous demande de croire que les volontés de
l’empire restent lettre morte parce que Bibi (comme je déteste ce nom de nounours)refuse
de décrocher le téléphone. On nous demande de constater le flux
manifeste de neuf milliards de dollars de livraisons supplémentaires de
munitions et d’en conclure que la rupture est consommée.
La crédulité requise pour gober ce tour de passe-passe est
stupéfiante. Et pourtant, il fonctionne, semaine après semaine, sur ceux
qui s’estiment bien informés. Il fonctionne parce que l’alternative est
insupportable. Reconnaître que ce carnage n’est pas un
dysfonctionnement de la politique américaine, mais bien sa mise en œuvre
réussie, revient à reconnaître ce que nos propres impôts ont financé.
“L’Iran a gagné la guerre”
Dans ces recoins d’internet qui se targuent de dissidence, une
fiction différente s’est imposée. Les porte-parole de la frange
anti-impérialiste ont déclaré que l’Iran a gagné, que Netanyahu a été
mis sur la touche, que le protocole d’accord signé cette semaine
représente une humiliation du projet sioniste et l’aube d’une ère
multipolaire.
La naïveté des milieux de gauche anti-impérialistes laisse pantois.
Même si j’aurais tant aimé que ce soit vrai, mais nous sommes là aussi en pleine mise en scène, destinée à un public différent.
Le protocole d’accord qui a “mis fin” à la guerre reporte
toutes les questions de fond, tout en offrant, dans l’immédiat, la seule
chose qui importe réellement au capital mondial : la réouverture du
détroit d’Ormuz. Israël a annoncé que, quoi qu’aient signé les
Américains, ses troupes resteront au Sud-Liban et
qu’il ne se considère pas lié par une quelconque cessation des
hostilités impliquant le Hezbollah. L’armée israélienne occupe le
territoire libanais en ce moment même. Les bombes tombent en ce moment
même. Les ministres d’extrême droite appellent à mettre le feu à tout un
pays en ce moment même.
Si c’est à cela que ressemble la victoire, on frémit rien qu’à l’idée de la défaite.
La thèse selon laquelle “l’Iran l’a emporté” est la jumelle dialectique de celle de la “rupture entre Trump et Netanyahu” .
Toutes deux servent à occulter la même réalité brute, à savoir que la
machine impérialiste a étendu sa guerre, tué un chef d’État, dévasté une
région et obtenu une trêve de soixante jours qu’elle peut rompre quand
bon lui semble. Les médias indépendants qui colportent le récit de la
victoire offrent à leurs lecteurs un analgésique réconfortant, celui-là
même qu’ils dispensent pour évoquer le monde multipolaire
anti-impérialiste que la Russie et la Chine seraient en train de bâtir,
un monde qui n’existe pas. Les médias mainstream offrent à leurs
spectateurs une formule différente de la même drogue : l’analgésique du
coup de fil courroucé, des propos grossiers divulgués, les sourcils
froncés du vice-président. Ces deux narcotiques s’adressent à la même
pathologie : l’incapacité à affronter ce qui est fait en notre nom et
avec notre argent.
Les politiciens et les journalistes nous raconteront bien des
histoires sur les événements, mais la seule qui compte est de savoir qui
détient les armes et qui en fait les frais. Le reste n’est que du
cinéma.
Le silence du Sud
Alors que l’on compte les corps au Liban, le monde politique du
soi-disant Sud global a choisi de se livrer à sa propre mise en scène
élaborée faite d’absence. Le président et le ministre des Affaires
étrangères iraniens ont lancé, à plusieurs reprises et publiquement, un
appel au bloc des BRICS, dont l’Iran est membre depuis 2024, pour qu’il rompe son silence sur la guerre menée contre lui.
Le bloc, composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de
l’Afrique du Sud et des nouveaux membres issus du Golfe, n’a pas
bronché.
Un regroupement d’États qui se présente comme l’alternative à
l’hégémonie américaine est incapable, alors qu’un de ses membres
permanents est bombardé et que son chef d’État est assassiné, de publier
un communiqué de presse. Deux réunions consécutives des BRICS en Inde ce printemps n’ont pas permis de dégager un consensus sur
la formulation permettant de désigner les agresseurs. L’Iran a exigé
une condamnation. Les Émirats, dont les bases aériennes sont utilisées
par les avions ravitailleurs américains, l’ont rejetée. L’Inde, qui
assure la présidence, a préféré garder le silence.
La raison de cette paralysie n’est un mystère pour personne. L’Inde, en
la personne du Premier ministre Modi a récemment élevé les relations de
son pays avec Israël au rang de ce que New Delhi appelle un “partenariat stratégique spécial”,
s’est rendue à Jérusalem quelques jours avant le début de la guerre, a
embrassé Netanyahu à la Knesset, puis a livré l’Iran aux griffes de
l’ennemi avec toute la chaleur d’un César livrant un chef vaincu. Les
Émirats ont refusé de laisser le bloc dénoncer ce qui venait d’être
infligé à son tout nouveau membre. L’ordre multipolaire tant vanté s’est
révélé, au seul moment critique, n’être qu’un forum courtois destiné à
gérer certaines contradictions, et non un contrepoids à la violence
américaine.
Le rôle de médiateur est finalement revenu au Pakistan. Les BRICS ont brillé par leur absence.
Telle est la vérité que les romantiques de la multipolarité ne
supportent pas d’examiner. Le capital ne respecte pas les discours des
présidents. Les flux commerciaux, d’armes et d’énergie lient les grands
États du Sud au centre impérial bien plus étroitement que la rhétorique
de solidarité ne les lie les uns aux autres. Lula peut prononcer de
beaux discours sur Gaza. Poutine peut qualifier la guerre d’illégale.
Aucun d’entre eux n’a imposé de sanction ni interrompu une livraison à
l’État qui occupe la Palestine et le Liban. Le bloc censé inaugurer un
nouvel ordre mondial n’a pas su trouver la cohésion nécessaire pour
défendre l’un de ses propres membres contre l’anéantissement, et cette
réalité, plus que n’importe quel communiqué, sonne le glas du projet tel
qu’actuellement constitué.
Ce qui compte
Les politiciens et les journalistes nous raconteront bien des
histoires sur les événements, mais la seule qui compte est de savoir qui
détient les armes et qui en fait les frais. Le reste n’est que du
cinéma.
Telle est la rigueur qu’exige un bilan honnête du moment présent. La
mise en scène est impressionnante. Elle est omniprésente. Elle comprend
des enregistrements téléphoniques divulgués, des photos de sommets, des
communiqués ministériels, des confessions dans des podcasts, des
sondages d’opinion évaluant si les Israéliens estiment avoir gagné la
guerre, des tribunes débattant de la question de savoir si Trump se
retourne enfin contre Bibi, et des fils de discussion
d’analystes capables de réciter par cœur toutes les formations
politiques de la Knesset mais incapables de se résoudre à compter les
morts à Nabatieh.
L’artillerie, c’est l’artillerie. Elle est américaine. Elle est
expédiée depuis Douvres et Norfolk, et depuis le stock stratégique situé
en Israël même, celui que Washington conserve sur le sol israélien
depuis les années 1980 précisément dans ce but. Elle arrive dans les
cales de cargos à Ashdod et Haïfa, six mille tonnes par jour, cent
quinze mille tonnes par mois, puis est chargée dans des camions et à
bord d’avions qui les larguent sur les villages du sud du Liban, les
camps de Cisjordanie et les champs de ruines de Gaza, où elle tue des
enfants dont les noms ne seront jamais prononcés sur CNN.
Le
ministère libanais de la Santé estime le nombre de morts causés par les
frappes israéliennes depuis le mois de mars à bien plus de trois mille
cinq cents, et à plus de onze mille blessés. C’est un chiffre que
vous n’entendrez pas sur les chaînes d’information en continu, obsédées
par la dernière crise de folie de Trump. Ajoutez-y les morts de Gaza,
qui ont depuis longtemps basculé dans une réalité statistique où
l’arithmétique des valeurs morales ne tient plus la route. Ajoutez-y les
Palestiniens abattus à Jénine, Naplouse et Tulkarm par des soldats
armés de fusils américains chargés de munitions américaines. Ajoutez-y
les Yéménites. Les Syriens. Les Iraniens. L’architecture du massacre est
bipartite, multipolaire, généreusement financée et remarquablement
efficace.
Le public
C’est le public qui constitue le véritable scandale. Ce public qui
regarde le spectacle et pleure devant les lamentations simulées du
prince tandis que son armée massacre dans la vallée voisine. Ce public
conditionné par des décennies de show impérial à confondre l’apparence
de la dissidence avec l’opposition au pouvoir. Ce public qui préfère une
fiction apaisante faite de retenue à une prise de conscience
authentique de sa complicité.
Nous sommes ce public. Les billets ont été payés avec le sang d’autrui. Les applaudissements ne nous ont encore rien coûté.
Hannah Arendt avait averti que les grands maux du XXe siècle n’ont
pas été commis par des monstres, mais par des individus qui ont renoncé à
leur esprit critique, qui ont soumis leur jugement à l’autorité et leur
conscience à la procédure. Les Eichmann de notre époque portent de
beaux costumes et s’expriment sur le ton des podcasts publics. Ils
expliquent que la situation est complexe. Ils font remarquer que le
Premier ministre est “difficile”. Ils observent que le président “fait ce qu’il peut”. Et ils sont “vraiment désolés pour ces enfants”.
Les bombes tombent. Les usines tournent en continu pour reconstituer
les stocks. Le président prend un autre appel téléphonique. Les BRICS
publient un nouveau communiqué faisant état de divergences de vues. Les
médias indépendants célèbrent une nouvelle victoire de la résistance.
Les médias mainstream rapportent une nouvelle fracture au sein de
l’alliance.
Et dans les morgues de Tyr et de Nabatieh, les morts sont alignés en
longues rangées, et ils se moquent bien de toute cette mise en scène,
car les bombes qui les ont tués étaient bien réelles.
• L’accord entre l’Iran et les USA promet beaucoup, sauf la certitude de tenir ces promesses. • Que nous importe, à nous “the kings of the road” ? • L’essentiel : les USA ont signé un document actant leur déclin.
_________________________
20 juin 2026 (16H40) – La question du MoU (‘Memorendum of Understanding’)
Iran-USA, signé vendredi par les deux parties, chacune chez elle, est
qu’elle en soulève beaucoup d’autres irrésolues pour l’instant présent
et peut-êtreréponses véritables. La seule chose qui nous apparait
nettement est que cette signature, vendredi à Washington, par le
vice-président JD Vance (Trump étant en déplacement), a permis à
celui-ci d’affirmer avec une netteté brutale une
distance presque antagoniste avec Israël, passant par des mots
extrêmement durs pour les Israéliens, notamment sur leur prétention
(jusqu’ici justifiée) de jouer un rôle prépondérant et complètement
usurpé dans la politique et la décision des États-Unis. Une intervention
de Joe Kent, le brave jeune homme qui avait démissionné de son poste
d’adjoint pour le renseignement contre-terroriste de Tulsi Gabbard
(elle-même démissionnaire ayant quitté son poste vendredi, avec une petite surprise)
pour protester contre l’engagement de Trump contre l’Iran, est marquée
de cette proclamation, se référeant au Trump d’avant l’Iran : « Trump, is back ! ».
Tout cela, qui se dit et s’écrit dans les anathèmes désormais lancées
contre Israël dans une tempête jamais vue aux USA, fait s’interroger :
le MoU est-il destiné à sanctionner un accord avec l’Iran, ou bien plus
précisément quoiqu’indirectement, un désaccord tonitruant avec Israël
lui-même ? C’est une question fascinante, qui doit suffire à vous donner
la mesure des événements en cours aux USA. La rupture populaire et
politique (Congrès mis à part, dans l’attente des chèques de l’AIPAC)
avec ce petit pays incroyablement agressif qui estimait avoir tout à
dire à Washington D.C. est plus qu’une toile de fond de l’affaire
Iran-USA ; c’est une véritable projection en cinémascope, avec musique
stéréo et emploi intensif de l’IA pour les personnages décoratifs, de
la mesure de l’importance de ces événements, confrontés les uns aux
autres, puis mélangés dans un amalgame explosif.
En attendant de pousser un peu plus loin le commentaire, selon
l’évolution des événements, on observe sur le fait lui-même du MoU une
sorte de répugnance à en accepter la réalité dans la durée. Certes, un
MoU signé, mais pour combien de temps ? Beaucoup s’appuient sur ce
scepticisme pour dénier son importance à l’événement, pour ne pas
sembler se laisser emporter par un enthousiasme bien imprudent. Les cris
de victoire des partisans de l’Iran, voire de l’Iran lui-même (avec des
réserves là aussi du côté des dirigeants), ont du mal à franchir le mur
du scepticisme, — non, c’est simple d’ailleurs : ils ne le franchissent
pas.
Ont-ils raison ou tort, ici d’être sceptiques, là d’être
enthousiastes ? C’est une question bien improbable parce que, au fond,
de bien peu d’importance. S’il y a “victoire“ de l’Iran, cela
constituera certes un événement important. Dans le cas contraire, nous
reprendrons la “Java du Diable”. Mais non, tout cela n’importe pas, selon notre point de vue.
Ce qui importe, certes, c’est qu’aujourd’hui la narrative a
effectué un virage impressionnant d’amplitude et de force,
impressionnant du passage de l’historique au métahistorique. Toutes les
conditions d’attention, de représentation, de simulacre, d’intérêts
latéraux et de stupidité politique, de corruptions vénales et de haines
exposée à l’air libre, se sont trouvées en cet instant réunies pour
cette sorte de ‘big-bang’ tant attendu. Par conséquent, quelle
que soit la réalité et la force des divers simulacres qui s’affrontent,
il a été acté qu’en tout état de cause les esprits américanistes et
iraniens se sont accordés pour signer un document qui constitue un
communiqué de victoire pour l’Iran. Une nouvelle Vérité nous est née.
Effectivement, la narrative ayant l’immense importance que
l’on sait, les esprits ont admis que les USA ont été défaits dans cette
occurrence. Tous les chemins du commentaire mènent, sans le vouloir ni
peut-être s’en rendre compte, à la même conclusion qui tient à la
psychologie “impériale” et pathologique des USA, exposée notamment dans
sa plénitude métahistorique par le professeur Wolff, et exposée dans sa seule vérité tactique par Constantin von Hoffmeister (texte ci-dessous) :
« Mais si l’on veut envisager l’avenir, on tombe aussitôt sur les
élections de novembre aux USA, et nul ne peut affirmer en connaître la
clef, dans un pays qui appuie sa psychologie sur l’impossibilité d’être
vaincue (indéfectibilité)
puisque représentative du Bien sur terre, et qui pour cette raison fait
sienne l’argument de Lincoln (“Nous sommes immortels ou bien nous
mourrons en nous suicidant”)... »
Par conséquent,
• l’Amérique n’est plus immortelle et l’“Empire” n’exerce plus son empire sur le Bien, ou bien,
• l’“Empire” n’exerce plus son empire sur le Bien et l’Amérique n’est plus immortelle.
Quoi qu’il en soit, y compris pour le MoU Iran-USA, — la messe est
dite et le reste suit... L’enterrement aura lieu dans la discrétion de
la plus stricte intimité et les lamentations des espérances égarées et
perdues.
dde.org
_________________________
La fin de l’unipolarité ?
La rhétorique du président Trump à l’égard de l’Iran a évolué avec
une rapidité surprenante, passant d’un langage évoquant la destruction
complète à celui vantant la réconciliation. À un moment, il s’exprimait
en des termes laissant présager la ruine totale de la République
islamique. À un autre, il dessinait une vision de paix s’étendant dans
le futur, assortie de promesses de prospérité à grande échelle.
Désormais, Washington et Téhéran ont l’intention de signer un mémorandum
d’entente ce vendredi. De tels documents possèdent une valeur
symbolique et une signification diplomatique, tout en étant dépourvus de
force juridique contraignante. Cet accord particulier semble
exceptionnellement concis. Le ministre iranien des Affaires étrangères,
Abbas Araghchi, a déclaré lors d’un entretien avec l’agence Mehr samedi
que le texte lui-même ne dépassait pas deux pages. Le destin des nations
peut parfois dépendre de documents plus courts qu’un simple article de
journal.
La brièveté du texte suggère que de nombreux points clés demeurent
non résolus. Les responsables évoquent des mesures urgentes à prendre
immédiatement, parmi lesquelles la restauration de la libre navigation
dans le détroit d’Ormuz. Pourtant, les informations disponibles laissent
planer un flou persistant. Les médias iraniens présentent une version
où les restrictions américaines sur les ports iraniens du golfe Persique
disparaîtraient tandis que l’Iran, en coopération avec Oman,
continuerait d’exercer une surveillance sur la zone et d’en tirer des
revenus substantiels via des taxes maritimes. Trump, lui, semble décrire
un résultat très différent. Dans des propos rapportés par le New York Times dimanche,
il a affirmé que l’une des réalisations centrales de l’accord serait
l’établissement d’un détroit d’Ormuz gratuit de tout péage, de façon
permanente. Un accord décrit de manière incompatible par ses signataires
ressemble à un texte ancien traduit en langues rivales, chaque version
servant un destin différent. La diplomatie vit dans ce domaine de
symboles mouvants et de silences stratégiques, où les États mènent des
batailles par le langage.
Le concept de multipolarité darwinienne offre un cadre pour
comprendre de tels événements. L’ordre mondial émergent ressemble à un
écosystème civilisationnel dans lequel les grandes puissances s’adaptent
aux circonstances changeantes, préservent leur identité propre et
rivalisent pour leur influence à travers régions et continents. La fin
de la domination unipolaire n’annonce pas une ère de coopération
universelle. Elle marque le retour de l’histoire dans sa forme la plus
ancienne : une compétition entre civilisations dotées de traditions, de
valeurs et d’intérêts stratégiques différents. De même que les espèces
survivent en s’adaptant à des environnements changeants, les
civilisations perdurent par la résilience, l’innovation, la vitalité
démographique et la cohésion culturelle. La multipolarité, en ce sens,
obéit à des pressions évolutives. Les États émergent, déclinent, se
transforment et se réaffirment. La paix demeure possible, mais elle naît
d’un équilibre entre les puissances, et non du rêve d’un modèle
universel imposé à l’humanité.
Le contenu réel de l’accord envisagé demeure largement caché au
public. Araghchi a annoncé que le texte serait rendu public après la
signature prévue vendredi. Même cette assurance invite à la prudence.
Des rapports de l’agence Mehr évoquent ce qui serait quatorze points
clefs du mémorandum. Ces points divergent fortement des déclarations du
président américain et de ses proches collaborateurs. Plusieurs
revendications attribuées à l’accord défient la crédibilité. Le point
cinq prévoit, dit-on, un retrait américain de la région entourant
l’Iran. Le point six appellerait à la levée de toutes les sanctions sans
concessions réciproques. Le point sept propose un effort de
reconstruction américain en Iran d’une valeur d’au moins 300 milliards
de dollars. De telles dispositions constitueraient une transformation
géopolitique d’ampleur historique.
L’explication la plus vraisemblable semble simple: les quatorze
points représentent une proposition iranienne transmise aux négociateurs
américains le 2 mai par des médiateurs pakistanais. Croire que les
États-Unis ont accepté l’ensemble du package iranien, c’est confondre
désir et réalité, propagande et diplomatie. Les empires avancent à
travers l’histoire comme de vieilles bêtes: ils négocient, menacent,
reculent et progressent, mais ils renoncent rarement à un avantage
stratégique en échange de mots couchés sur de fragiles feuilles de
papier. Pourtant, les récits officiels façonnent souvent la perception
du public. En Iran, une partie de la population entend depuis des
semaines des récits présentant le récent conflit comme une victoire sur
le champ de bataille, un triomphe, la preuve du statut de superpuissance
de la nation. Dans ce contexte, croire à un accord exceptionnellement
favorable devient plus compréhensible. Quelques manifestations opposées
au rapprochement avec les États-Unis ont également eu lieu.
La question centrale demeure : cet accord peut-il produire une paix
durable ? L’histoire regorge d’exemples d’accords qui ont offert une
stabilité temporaire tout en laissant intactes des rivalités plus
profondes. Les grandes puissances abandonnent rarement leurs intérêts
stratégiques suite à une seule signature. Elles font une pause, se
repositionnent, négocient et se préparent à la phase suivante de la
compétition. Dans le cadre de la multipolarité darwinienne, la paix naît
de l’équilibre entre des civilisations capables de défendre leurs
intérêts tout en reconnaissant la force des autres. Un tel ordre
pourrait s’avérer plus durable que l’universalisme idéologique, car il
reflète la pluralité du monde réel plutôt que des visions abstraites
d’un destin politique unique.
Pour Trump, le calcul immédiat est peut-être plus simple. Préserver
la stabilité jusqu’aux élections de mi-mandat américaines du 3 novembre
serait déjà un succès politique d’envergure. Les hommes d’État
poursuivent la paix pour des raisons à la fois grandioses et pratiques.
Certains cherchent des règlements durables. D’autres achètent du temps.
Le système international récompense souvent ceux qui savent faire la
différence.
Il n'y a pas de commentaires associés a cet article.
Vous pouvez réagir.
J’interromps notre programmation habituelle pour vous annoncer une
bonne nouvelle : lors du Forum économique international de
Saint-Pétersbourg, qui s’est achevé hier, Vladimir Poutine a fait une
annonce importante — aussi importante que celle qu’il avait faite lors
de la Conférence sur la sécurité de Munich il y a près de deux
décennies, en 2007.
Lors de cette conférence à Munich, Poutine avait essentiellement déclaré ce qui suit :
1. Le système de sécurité internationale alors en vigueur avait fait son temps ;
2. Le droit international était en train d’être remplacé par un recours à la force de moins en moins efficace ;
3. Le modèle unipolaire, où toutes les décisions sont dictées par
un seul pays (les États-Unis), est dangereux, injuste et voué à l’échec.
L’un des participants avait répondu par une question sarcastique : « Qui est M. Poutine ? »L’auditoire,
majoritairement occidental, avait réagi par quelques rires satisfaits.
En effet, qui était-il pour leur dicter des conditions, à eux, les
maîtres incontestés du monde ? À leurs yeux, la Russie n’était qu’un
vestige de l’URSS, démembrée avec succès, elle-même vouée à être
démembrée au profit des entreprises occidentales pour enrichir leurs
actionnaires. Poutine n’était qu’un simple figurant bureaucratique, là
pour montrer à quel point la Russie avait été domptée et neutralisée par
l’Occident tout-puissant. « De quel droit osait-il pointer du doigt l’ordre mondial tout entier ? », se disaient-ils.
Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que Poutine ne s’exprimait pas
en tant qu’homme politique. Il faisait une prophétie. Il était et reste
un homme d’État dont la vision aura façonné une bonne partie du XXIe
siècle, tandis que les personnes présentes dans l’auditoire à Munich
n’étaient que des mannequins pour banc d’essai en costumes chic,
incapables de réaliser — comme les mannequins — qu’ils se dirigeaient
vers un crash. Mais aujourd’hui, le crash est en train de se produire —
au ralenti, pour l’instant, mais à un rythme qui s’accélère — et Poutine
a souligné ses prophéties de Munich 2007, car elles se sont réalisées.
Pour faire valoir ce point, Poutine n’avait pas besoin de donner d’estimations ou d’opinions ; les faits bruts suffisaient :
• Il n’y a plus de hiérarchie mondiale avec les États-Unis au
sommet. Les BRICS représentent environ 40 % du PIB mondial en parité de
pouvoir d’achat ; le G7 en représente moins de 29 %. Ainsi, « le paradigme même du développement mondial est en train de changer ».
• La croissance économique n’est plus l’apanage de l’Occident ;
elle s’est déplacée vers de nouveaux pôles de développement dans le Sud,
qui sont les nouveaux centres du commerce mondial.
• Le commerce mondial n’est plus centré sur l’Occident. Les
règlements s’effectuent en monnaies nationales. De nouveaux corridors de
transport contournent les gardiens occidentaux.
Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en
anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit
de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes
ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses
articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles
conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de
l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov