Stratpol
"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
mardi 1 mars 2022
Jour Z+5, la bataille de Mariupol commence
En russe, "sécurité" se dit "bezapasnost" (безопасность) littéralement "sans danger", et cette étymologie révèle au delà de la mentalité slave qu'elle illustre toute la logique de l'histoire dramatique actuelle:
L'Ukraine, cet immense pays à cheval sur les frontières entre Occident et Eurasie doit aux yeux de la Sécurité de la Fédération de Russie être un partenaire, au pire neutre mais EN AUCUN CAS devenir un polygone de tir pour les armes de l'OTAN, et si tel était le cas, elle sera détruite.
Lorsqu'on regarde une carte de la Russie où la majorité de ses grands centres sont concentrées sur son flanc occidental et les capacités opérationnelles des nouvelles armes stratégiques plaçant leurs missiles à moins de 5mn de Moscou, CETTE LOGIQUE RUSSE EST TOUT SIMPLEMENT LÉGITIME.
Il faut bien comprendre que le type de guerre symétrique qui se déroule aujourd'hui en Ukraine n'était pas arrivé depuis la deuxième guerre mondiale (hormis peut-être la longue guerre Irak-Iran mais dans un théâtre d'opérations et une intensité moindres). L'Ukraine est le plus grand pays d'Europe, et dotée d'une armée puissante qui depuis 8 ans est modernisée par l'OTAN pour lui servir d'auxiliaire dans sa stratégie d'encerclement militaire de la Russie.
Les combats sont violents et meurtriers, d'autant plus que l'Etat Major russe a donné la priorité à la vitesse d'exécution de ses opérations au sol, pour désorganiser l'armée ukrainienne assommée par ses frappes de missiles et obtenir la capitulation rapide du pouvoir ukrainien. Cette stratégie est coûteuse aux forces russes et le 27 février, le chef d'Etat Major annonçait la perte d'environ 300 soldats russes et républicains dans les combats en cours.
Une colonne russe détruite à l'entrée de
Kharkov, sur le front Nord des opérations
De son côté la propagande ukrainienne annonce avoir tué 3500 soldats russes sans communiquer depuis 2 jours sur ses propres pertes. Concernant ce sujet des pertes au combat il faudra attendre la fin de la guerre pour connaître leurs nombres exacts, les déclarations actuelles les minimisant ou les exagérant pour servir la guerre psychologique accompagnant les combats.
Côté population, et malgré la volonté des forces russes de procéder à des "frappes chirurgicales" sur les objectifs militaires, les pertes civiles malheureusement inévitables se comptent désormais par centaines, entre les tués et les blessés, victimes des bombardements ou des combats en zone urbaine qui s'intensifient. Des civils ukrainiens meurent sous des tirs russes mais aussi des ripostes ukrainiennes, et je me garderai bien de relayer toute forme de propagande particulière et manichéiste comme celle des médias occidentaux qui pointent du doigt les soldats russes en oubliant la réalité du combat moderne au milieu des populations et les millions de victimes civiles que leurs guerres "droitdelhommistes" ont provoqué depuis 30 en Serbie, Afghanistan, Irak, Syrie, Yemen, Libye etc... Instrumentaliser des pertes civiles pour servir une doxa propagandiste amorale est tout simplement abject !
Au quatrième jour de l'offensive de Moscou, les forces russes au Nord et au Sud, et les forces républicaines dans le Donbass continuent leur progressions malgré les résistances ukrainiennes rencontrées qui se replient soit dans des bastions urbains comme Kharkov et Mariupol et Kiev où ils espèrent qu'une contre offensive viendra briser leur encerclement prochain, soit vers le Dniepr pour y maintenir une ligne de front homogène en appui sur le fleuve.
Situation générale
Hier une première rencontre entre ukrainiens et russes a eu lieu à Gomel, une ville bélarusse proche de la région de Tchernobyl au Nord de Kiev. Au cours de cette réunion les parties ont présenté leurs premières exigences, les plaçant au delà des limites acceptables pour la partie adverse :
- Kiev demande le retrait immédiat des troupes russes d'Ukraine et du Donbass
- Moscou demande la reconnaissance de la Crimée et l'Ukraine démilitarisée et neutre
Il s'agit ici comme dans toute phase initiale de négociations de faire monter les enchères pour pouvoir ensuite négocier en position de force. Cependant je doute fort que les USA acceptent que l'Ukraine renonce à l'OTAN l'Ukraine accepte de reconnaitre la Crimée russe. Kiev va probablement chercher à négocier des trêves pour tenter de réorganiser ses forces de défense. De son côté la Russie, avant de négocier va d'abord chercher dans ses opérations militaires à consolider sa position de force et achever avec leurs milices la libération des territoires des républiques du Donbass occupés par Kiev.
Sur le terrain, les opérations militaires russes poursuivent leur progression, en Ukraine vers le Dniepr, Odessa et Kiev, et dans le Donbass vers des jonctions avec les forces républicaines de Donetsk et Lugansk engagées dans la libération de leurs territoires avec un important appui feu russe. Si des poches de résistance ukrainiennes subsistent à Kherson (au Sud) et Kharkov (au Nord), les unités russes ont déjà pénétré dans ces villes et procèdent à leur sécurisation progressive.
| Sur cette carte les lignes de front en pointillés représentent les opérations en cours |
Les armes antichars de l'OTAN come le NLAW britannique se révèlent très efficaces dans un combat en zone urbaine, surtout face à une armée russe qui refuse d'appliquer des frappes de saturation pour préserver au maximum la vie des civils. Malheureusement, plusieurs véhicules russes ont été détruits lors des approches des villes comme Kharkov ou Tchernigov par exemple.
L'Etat Major russe continue de déployer sur le front ukrainien le 2ème échelon de ses opérations militaires. Une colonne de plus de 60 km de long a été aperçue de déplaçant vers Kiev avec des centaines de véhicules blindés, des unités d'infanterie et d'artillerie.
Parmi ce 2ème échelon figurent les bataillons
de la Garde de Kadyrov, venus de Tchétchénie.
Sur le front Nord
Sur le front Nord, en plus de poursuivre leur avancée vers Kiev (voir § ci après), les forces russes ont engagé des frappes encore plus puissantes sur les défenses ukrainiennes de Kharkov qui offre toujours une résistance à leurs opérations militaires au Nord du Donbass.
Tandis que les combats au sol sont engagés dans les banlieues Nord de la ville, les artilleurs et aviateurs russes poursuivent leur destruction des moyens et infrastructures de défense de la cité devenue bastion:
Une puissante explosion à la base aérienne de
l'armée de l'air ukrainienne près de Chuguev
l'armée de l'air ukrainienne près de Chuguev
Sur les abords de la ville les forces d'appui feu russes
ont engagé de puissantes campagnes de bombardement
des postions défensives ukrainiennes tenant la ville.
Sur le front Sud
Les forces russes sécurisent la tête de pont de Kherson à l'Ouest de la Crimée en direction d'Odessa, enge des opérations offensives vers Zaporodje et surtout mène à l'Est de la péninsule une avancée vers Mariupol qu'elles verrouillent dans l'après midi en réalisant une jonction avec les forces républicaines qui viennent de la région de Novoazovsk et Volnovakha
Tirs de lance roquettes multiples russes
de 122mm "Grad " sur des positions
ukrainiennes dans le secteur de Kherson.
Un Iskander russe frappant l'aérodrome
militaire de Zaporodje à l'Est du Donbass
Sur le front de Kiev
A l'Est du Front Nord, les forces russes foncent vers le Dniepr en laissant assiégées les villes où se sot retranchées les forces ukrainiennes espérant un miracle de l'OTAN.
A l'Ouest, l'encerclement de Kiev se poursuit avec des premiers combats dans ses périphéries Nord et la poursuite des frappes aériennes et de l'artillerie russe détruisant les infrastructures militaires et logistiques.
Bombardement d'un port fluvial près de Kiev
Bombardement de nuit sur les périphéries de Kiev
Chars ukrainiens se dirigeant vers l'aéroport
Les troupes russes s'approchent de Kiev depuis
3 directions à la fois: à l'Ouest par Gostomelskoe,
au Nord par Vyshgorodskoe et à l'Est par Brovarskoe.
Il est nécessaire de bien comprendre que les forces russes, en refusant de pratiquer des frappes préventives meurtrières sur les abords habités des localités, prennent des risques énormes, dans des tissus urbains où il est quasi impossible de détecter un ennemi embusqué avant qu'il ne tire.
A Bucha, une colonne russe en approche tombée dans une embuscade
Sur le front du Donbass
Au milieu de la journée du 28 février l'artillerie
ukrainienne a encore tiré sur le centre de Donetsk:
1 civil tué, et 2 autres grièvement blessés.
Et le lendemain 1er mars, un nouveau bombardement
ukrainien dans le centre de Donetsk tue 2 autres civils
sur le Rond Point du Mineur, loin de toute cible militaire,
Au cours de cette seule journée du 1er mars, sous les tirs de l'artillerie ukrainienne, 16 civils ont été blessés à Gorlovka, et à Donetsk, 2 ont été tués dans des tirs frappantle centre ville de la cité et 1 autre dans le bombardement d'un village
La bataille de Mariupol commence !
Sur le front militaire Sud, les forces ukrainiennes reculent progressivement devant la poussée offensive des milices républicaines appuyées par les forces russes.
Au moment où j'écris cet article, les combats ont commencé dans Volnovakha, cette ville qui est le centre de la ligne de front entre Donetsk et Mariupol et surtout un centre ferroviaire militaire par où transitent logistique et renforts. Sa prise sonnera le glas du front jusqu'à Marinka près de Donetsk.
Plus au Sud, le grand port de Mariupol, 2ème ville industrielle du Donbass vient de voir les forces russes et républicaines faire leur jonction devant ses lignes de défense. La bataille pour cette grande ville où sont toujours des dizaines de milliers de personnes risque d'être une opération très délicate si les bataillons nationalistes qui y sont retranchés décident d'aller jusqu'au bout de leur fanatisme.
En 3 jours, les milices de la République Populaire de Donetsk à l'Est et les forces russes à l'Ouest ont libéré 32 localités et villages ! : Pavlopol, Pishchevik, Viktorovka, Bogdanovka, Novognatovka, Nikolaevka, Rybinsk, Trudovskoye , Vasilyevka, Prokhorovka, Starognatovka, Svobodnoye, Donskoye, Anadol, Andreevka , Granit, Gnutovo, Bugas, Staromaryevka, Mirnoye, Kamenka, Novoselovka, Novoselovka Second, Kremenevka, Fedorovka, Zamozhnoe, Shirokino, Talakovka, Sartana, Berdiansk, Primorskoe, Orlovskoe, forcant les troupes ukrainiennes à se replier soit vers Mariupol, soit vers Zaporodje sur le Dniepr.
Un des derniers drones d'attaque
ukrainien Bayraktar est intercepté
par un missile de la défense antiaérienne
russe en protection des opérations au
sol menées par les milices républicaines.
Alors que les forces républicaines avaient proposé d'organiser un corridor humanitaire pour permettre l'acheminement de médicaments et permettre le départ des civils, les unités nationalistes ont commencé à refouler ces derniers pour les garder en otage dans la ville et les utiliser comme des boucliers humains :
Sur un block post à l'entrée de Mariupol, des
radicaux nationalistes interdisent aux habitants
de quitter la ville avant l'assaut des forces russes
et républicaines qui ne sont plus qu'à quelques km.
Dernière minute :
L'aviation de bombardement russe vient d'être
engagée sur Mariupol quelques heures seulement
après le bouclage de son encerclement par les
forces russes à l'Ouest et républicaines à l'Est.
Erwan Castel
Source :
https://alawata-rebellion.blogspot.com/2022/03/jour-z4.html
Flashback - Le documentaire d'Oliver Stone « Ukraine on Fire », ou comment les États-Unis (et non la Russie) ont détruit l'Ukraine
Le documentaire phare d'Oliver Stone, Ukraine on Fire (l'Ukraine en feu), est enfin disponible en Occident.
L'Ukraine, cette « frontière » entre la Russie et l'Europe dite « civilisée », est à feu et à sang. Depuis des siècles, elle est au cœur d'une lutte acharnée entre certaines puissances qui cherchent à contrôler ce riche territoire et l'accès de la Russie à la Méditerranée.
Le massacre de Maïdan début 2014 a déclenché un soulèvement sanglant qui a débouché sur l'éviction du président Viktor Ianoukovytch, la sécession de la Crimée et sa réintégration au sein de la Russie, et une guerre civile dans l'Est de l'Ukraine.
Les médias occidentaux ont présenté la Russie comme l'instigatrice de ces troubles, et cette dernière a été sanctionnée et unanimement condamnée. Mais la Russie était-elle vraiment responsable de ces événements ?
Ukraine on Fire offre une perspective historique sur les divisions profondes qui affectent la région et qui ont mené à la Révolution orange de 2004, aux soulèvements de 2014 et au renversement brutal du président Ianoukovytch démocratiquement élu.
Présenté par les médias occidentaux comme une « révolution populaire », ce véritable coup d'État a été orchestré et perpétré par des groupes ultranationalistes et par le Département d'État américain.
Le journaliste d'investigation Robert Parry révèle que, dans les années 80, des ONG politiques financées par les États-Unis et des agences de presse ont pris le relais de la CIA, et commencé à promouvoir les desseins géopolitiques des États-Unis à l'étranger.
Oliver Stone, producteur délégué, a eu le privilège de découvrir les dessous de l'affaire en interviewant l'ancien président Ianoukovytch et l'ancien ministre de l'Intérieur Vitaliy Zakharchenko, qui lui ont expliqué que l'ambassadeur des États-Unis et différentes factions à Washington avaient activement conspiré pour provoquer un changement de régime en Ukraine.
En outre, dans son premier entretien avec Vladimir Poutine, Stone a interrogé le président russe sur l'importance de la Crimée, sur l'OTAN et sur la longue tradition d'interférence des États-Unis dans la région, notamment leur ingérence dans les élections et leurs efforts pour instaurer un changement de régime.
Ce documentaire est initialement sorti en 2016, mais comme on pouvait s'y attendre, Stone a rencontré des problèmes pour le faire distribuer aux États-Unis et dans les pays occidentaux. Une version doublée en russe avait rapidement vu le jour et avait été diffusée à la télévision russe, mais jusque-là, les peuples du « monde libre » n'avaient pas eu accès au documentaire dans son intégralité.
C'est désormais chose faite : le film est disponible en intégralité sur YouTube. Évidemment, nous encourageons chacun à soutenir le travail d'Oliver Stone en se procurant le DVD de ce documentaire.
Source Bitchute (en anglais) :
Source Odysee (en anglais) :
L'Ukraine, cette « frontière » entre la Russie et l'Europe dite « civilisée », est à feu et à sang. Depuis des siècles, elle est au cœur d'une lutte acharnée entre certaines puissances qui cherchent à contrôler ce riche territoire et l'accès de la Russie à la Méditerranée.
Le massacre de Maïdan début 2014 a déclenché un soulèvement sanglant qui a débouché sur l'éviction du président Viktor Ianoukovytch, la sécession de la Crimée et sa réintégration au sein de la Russie, et une guerre civile dans l'Est de l'Ukraine.
Les médias occidentaux ont présenté la Russie comme l'instigatrice de ces troubles, et cette dernière a été sanctionnée et unanimement condamnée. Mais la Russie était-elle vraiment responsable de ces événements ?
Ukraine on Fire offre une perspective historique sur les divisions profondes qui affectent la région et qui ont mené à la Révolution orange de 2004, aux soulèvements de 2014 et au renversement brutal du président Ianoukovytch démocratiquement élu.
Présenté par les médias occidentaux comme une « révolution populaire », ce véritable coup d'État a été orchestré et perpétré par des groupes ultranationalistes et par le Département d'État américain.
Le journaliste d'investigation Robert Parry révèle que, dans les années 80, des ONG politiques financées par les États-Unis et des agences de presse ont pris le relais de la CIA, et commencé à promouvoir les desseins géopolitiques des États-Unis à l'étranger.
Oliver Stone, producteur délégué, a eu le privilège de découvrir les dessous de l'affaire en interviewant l'ancien président Ianoukovytch et l'ancien ministre de l'Intérieur Vitaliy Zakharchenko, qui lui ont expliqué que l'ambassadeur des États-Unis et différentes factions à Washington avaient activement conspiré pour provoquer un changement de régime en Ukraine.
En outre, dans son premier entretien avec Vladimir Poutine, Stone a interrogé le président russe sur l'importance de la Crimée, sur l'OTAN et sur la longue tradition d'interférence des États-Unis dans la région, notamment leur ingérence dans les élections et leurs efforts pour instaurer un changement de régime.
Ce documentaire est initialement sorti en 2016, mais comme on pouvait s'y attendre, Stone a rencontré des problèmes pour le faire distribuer aux États-Unis et dans les pays occidentaux. Une version doublée en russe avait rapidement vu le jour et avait été diffusée à la télévision russe, mais jusque-là, les peuples du « monde libre » n'avaient pas eu accès au documentaire dans son intégralité.
C'est désormais chose faite : le film est disponible en intégralité sur YouTube. Évidemment, nous encourageons chacun à soutenir le travail d'Oliver Stone en se procurant le DVD de ce documentaire.
Source Bitchute (en anglais) :
Source Odysee (en anglais) :
Source : https://fr.sott.net/article/31713-Le-documentaire-d-Oliver-Stone-Ukraine-on-Fire-ou-comment-les-Etats-Unis-et-non-la-Russie-ont-detruit-l-Ukraine
La revue de presse du lundi 28 février 2022
Le Monde Moderne
lundi 28 février 2022
Didier Maïsto : «Jamais une chaîne n’a été autant sous surveillance que RT»
"J'ai vu ces journalistes qui sont des grosses feignasses qui sont toujours du côté du manche et qui sont devenus des procureurs"
RT France
Entretien du 28/02/2022 avec Didier Maïsto, journaliste indépendant. Il était invité à revenir sur les sanctions de l’Union européenne qui pèsent sur RT France à la suite de l’opération militaire russe en Ukraine.
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Ukraine : "Nous sommes les petits télégraphistes des Américains" déclare Yves Pozzo di Borgo
Ukraine & ‘Destruction Constructrice’
• Articles du 28 février 2022. • Une appréciation générale et globale sur autour de l’affrontement en Ukraine & ‘Destruction Constructrice’, avec la notion russe de “Destruction constructive”. • Contributions : dde.org et Alastair Crooke.
Alastair Crooke envisage le paroxysme de la guerre déclenchée e n Ukraine par la Russie depuis jeudi dernier dans un contexte général et global. Il place l’événement sous le concept/la doctrine de la ‘Destruction Constructrice’ qu’expliquait le 23 février dans RT.com le professeur Karaganov. On appréciera la proximité de l’expression avec celle de ‘Destruction créatrice’ qu’emploie pour lui-même le capitalisme néo-libéral. Or c’est le second que la ‘Destruction Constructrice’ se propose de détruire.
Dans ce contexte, Alastair Crooke place directement l’actuel conflit en Ukraine, qui en serait la première phase. Crooke explique comment on en est arrivé à ce conflit et les premières observations qu’on en peut faire. Nous tenons l’analyse , une nouvelle fois avec Crooke, comme brillante, structurée et clairement argumentée. Simplement, nous dirons notre divergence avec le dernier paragraphe, que nous jugeons trop optimiste, – simple et amicale, bien qu’importante certes, divergence d’appréciation sur la perspective des années à venir, dont nous jugeons qu’elles seront bouleversées par d’autres facteurs crisiques fondamentaux...
« En fin de compte, – après une lutte douloureuse – l’Europe cherchera la réconciliation. L’Amérique sera plus lente : les faucons tenteront de redoubler d’efforts. Et c'est la situation de l’économie et du marché occidentaux qui déterminera finalement le “quand”. »
Tout cela (cette divergence) est à débattre, certes. L’essentiel du propos est bien que Crooke nous donne à voir les événements d’Ukraine sous une dimension extrêmement importante et différente, quoique complètement complémentaire et remarquablement ajustée, de la seule appréciation stratégique. En ce sens, il faut se rapporter à la dernière rencontre Poutine-XI, passée relativement inaperçue, et placer Chine et Russie décidément sur la même voie.
L’article d’Alastair Crooke est publié dans sa version originale dans ‘Strategic-Culture.org’, le 27 février 2022.
dde.org
_________________________
Le modèle russe de la ‘Destruction constructive’
Poutine pense ce qu'il dit : La Russie est dos au mur, et il n'y a aucun endroit où elle peut se retirer - pour eux, c'est une question existentielle.
L'Occident dans son ensemble était déjà en colère. Il est désormais apoplectique après que le président Poutine ait choqué les dirigeants occidentaux en ordonnant une opération militaire spéciale en Ukraine, qui est largement décrite (et perçue en Occident) comme une déclaration de guerre : "un assaut ‘Schock & Awe’ touchant des villes dans toute l'Ukraine". En fait, l'Occident est tellement en colère que l'espace d'information s'est littéralement scindé en deux : tout est noir ou blanc, sans nuances de gris. Pour l'Occident, Poutine a complètement défié Biden ; il a unilatéralement et illégalement “changé les frontières” de l'Europe et agi comme une ”puissance révisionniste”, tentant de changer non seulement les frontières de l'Ukraine, mais aussi l'ordre mondial actuel. « Trente ans après la fin de la guerre froide, nous sommes confrontés à un effort déterminé pour redéfinir l'ordre multilatéral », a averti le haut représentant de l'UE, Josep Borell. « C'est un acte de défiance. C'est un manifeste révisionniste, le manifeste de la révision de l'ordre mondial ».
Poutine est décrit comme un nouvel Hitler et ses actes sont qualifiés d’“illégaux”. On prétend que c'est lui qui a déchiré l'accord de Minsk-II (pourtant, les Républiques ont déclaré leur indépendance en 2014, ont signé Minsk en 2015, et tandis que la Russie n'a jamais signé l'accord, – et ne peut donc pas le violer). En effet, ce sont les États-Unis qui ont effectivement mis leur veto au processus de Minsk depuis 2014, et la publication par la Russie de la correspondance diplomatique en novembre 2021 a révélé que la France et l'Allemagne n'avaient pas eu non plus l'intention de faire pression sur Kiev pour une mise en œuvre significative. Et donc, ayant conclu qu'un règlement négocié, – comme stipulé dans les accords de Minsk – ne se produirait tout simplement pas, Poutine a déterminé qu'il était inutile d'attendre plus longtemps avant de mettre en œuvre la ligne rouge de la Russie.
Le regretté Stephen Cohen a écrit sur les dangers d'un tel manichéisme sans nuance, – comment le spectre d’un Poutine maléfique avait tellement envahi et rendu toxique l’image que les États-Unis avaient de lui que Washington était incapable de penser rationnellement, – non seulement à propos de Poutine, mais aussi de la Russie en tant que telle. Le point de vue de Cohen est que cette diabolisation totale nuit à la diplomatie. Comment faire la part des choses avec le mal ? Cohen demande comment cela a pu se produire. Il suggère qu'en 2004, le chroniqueur du NY Times, Nicholas Kristof, a expliqué par inadvertance, du moins partiellement, la diabolisation de Poutine. Kristof se plaignait amèrement d'avoir été « dupé par M. Poutine. Il n'est pas une version sobre de Boris Eltsine ».
La plupart des Russes, cependant, soutiennent Poutine pour la reconnaissance des républiques du Donbas, qu'il a ensuite poursuivie en obtenant l'autorisation de la Chambre Haute du Parlement russe pour l'utilisation de forces armées en dehors de la Russie (comme l'exige la Constitution). La résolution du Conseil de la Fédération a été soutenue à l'unanimité par les 153 sénateurs réunis en session extraordinaire mardi.
Dans son discours national, Poutine s'est exprimé avec une amertume qui reflète celle de nombreux Russes. Il considère que l'évolution politique de l'Ukraine après 2014 a été conçue pour créer un régime antirusse à Kiev, alimenté par l'Occident, avec des intentions hostiles envers la Russie. Poutine a illustré ce point en expliquant que « le système de contrôle des troupes ukrainiennes a déjà été intégré à l'OTAN. Cela signifie que le quartier général de l'OTAN peut donner des ordres directs aux forces armées ukrainiennes, même à leurs unités et escadrons séparés ». Poutine a également noté que la Constitution russe stipule que les frontières des régions de Donetsk et de Lougansk doivent être telles qu'elles étaient « à l'époque où elles faisaient partie de l'Ukraine ». Il s'agit d'une formulation prudente,– les frontières des deux républiques ont subi d'importants changements à la suite du coup d'État de Maidan. (La revendication historique de Donetsk sur la côte de Mariupol est en cause).
La déclaration de reconnaissance de Poutine s’est accompagnée d'un ultimatum adressé aux forces de Kiev pour qu'elles cessent leurs bombardements d'artillerie sur la ligne de contrôle, sous peine de subir des conséquences militaires. Cependant, tout au long de la soirée de mercredi, la situation sur la ligne de contact s'est réchauffée, avec des tirs d'artillerie lourde ; tôt jeudi matin, pour la première fois, des tirs de roquettes multiples ont été utilisés par les forces de Kiev de l'autre côté de la ligne de contrôle. (Quelqu'un du côté de Kiev souhaitait manifestement une escalade, – peut-être pour faire pression sur Washington). Poutine a immédiatement ordonné ce qui était manifestement une opération spéciale préparée à l'avance « pour démilitariser et dénazifier l'Ukraine ». L'armée russe a annoncé quelques heures après l'offensive que tous les systèmes de défense aérienne de l'Ukraine avaient été neutralisés. Une présence aérienne russe massive, comprenant des avions de chasse et des hélicoptères, a été confirmée au-dessus d'une grande partie du pays.
Il est possible que cette opération (qui, selon Poutine, ne vise pas à occuper l'Ukraine), suive le modèle de la Géorgie en 2018, où les forces russes se sont retirées après quelques jours. C'était également le cas au Kazakhstan. Nous ne savons tout simplement pas si ce sera le cas en Ukraine, – très probablement pas. Lorsque Poutine a parlé de “dénazification”, il faisait référence à la cooptation par les États-Unis d'une formation néo-nazie dans les forces armées ukrainiennes pour aider à préparer le coup d’État de Maidan en 2014. La soi-disant brigade Azov de néonazis s'était avérée être la force de combat la plus efficace pour repousser la milice DPR-LPR dans la région du Donbass. (L'Ukraine est la seule nation au monde à avoir une formation néo-nazie dans ses forces armées et il y aura des comptes à régler).
Néanmoins, l'ordre spécial de Poutine a, comme il l'avait sans doute prévu, profondément choqué l'Occident par sa réaction militaire décisive. Il a mis le monde, – et ses marchés financiers et énergétiques – en émoi.
C'est d'ailleurs ce dernier aspect qui pourrait devenir le plus marquant. En 1979, les bouleversements au Moyen-Orient ont fait grimper en flèche les prix de l'énergie (comme c'est le cas aujourd'hui), et les économies occidentales se sont effondrées. Quoi qu'il advienne dans les prochains jours, il doit être clair que la brève conférence de presse de Poutine du 22 février agit comme prévu, comme un puissant accélérateur. La “destruction constructive” de l'ancien ordre mondial va se dérouler plus rapidement que beaucoup d'entre nous l'avaient imaginé. Elle marque la fin des illusions, – la fin de l'idée que l'ordre imposé par les États-Unis et fondé sur des règles reste une option.
Comment alors interpréter l'extrême colère de l'Occident ? Simplement ceci : En fin de compte, il y a la réalité. Et cette réalité, – c'est-à-dire ce que l’Occident peut en faire, – est tout ce qui compte, – c'est-à-dire ... peu de choses.
La première prise de conscience brutale qui sous-tend la colère est que l'Occident n'a pas l'intention, – et surtout pas la capacité – de contrer militairement les mouvements de la Russie. Biden a répété le mantra “pas de soldats sur le terrain” à la suite des opérations militaires russes. Et pour l'Europe, l’imposition d'un régime de sanctions à la Russie ne pouvait pas tomber à un pire moment. L'Europe est confrontée à la récession et à une crise énergétique préexistante (qui sera considérablement aggravée par le fait que l'Allemagne offre Nordstream 2 en sacrifice aux dieux affamés de la vengeance). Et la montée en flèche de l'inflation (aggravée par le prix du pétrole à 100 dollars) provoque une crise des taux d'intérêt et des obligations souveraines. Maintenant, la pression sera sur l'Europe pour trouver des sanctions supplémentaires.
Des sanctions, il y en aura, – et elles toucheront directement les Européens dans leur poche. Certains États européens mènent un combat d'arrière-garde pour limiter les sanctions qui pourraient aggraver la récession européenne à venir. Quoi qu’il en soit, dans les faits l'Europe s'auto-sanctionne (c'est elle qui souffrira le plus de ses propres sanctions) et Moscou a promis de riposter à toute sanction d'une manière qui nuira aux États-Unis et à l'Europe. Nous sommes dans une nouvelle ère. Cette perspective et l'impuissance face à elle doivent expliquer une grande partie de la frustration et de la colère des Européens.
Washington affirme disposer d’une “arme absolue” contre Moscou : interdire l’exportation des puces semi-conductrices. « Ce serait l'équivalent moderne d'un embargo pétrolier du XXe siècle, puisque les puces sont le carburant essentiel de l'économie électronique », affirme Ambrose Evans Pritchard dans le ‘Telegraph’ ; « Mais cela aussi est un jeu dangereux. Poutine a les moyens de couper les minerais et les gaz critiques nécessaires pour soutenir la chaîne d'approvisionnement de l'Occident en puces à semi-conducteurs ». En bref, le contrôle exercé par Moscou sur les minéraux stratégiques clés pourrait lui donner un effet de levier, comparable à la mainmise de l’Opep sur l'énergie en 1973.
C'est là que se trouve le deuxième volet de la frustration de l'Europe : la reconnaissance tacite du fait que la politique ukrainienne de Biden, l'échec de la diplomatie de l'Occident (tous les processus et aucun traitement de fond des problèmes sous-jacents), ainsi que la gestion désinvolte de la question du Nordstream 2 par l'Allemagne, ont condamné l'UE à des années de déclin économique et de souffrance.
Le troisième volet est plus complexe et se reflète dans le cri indigné de Josep Borell selon lequel la Russie et la Chine sont deux puissances “révisionnistes” qui tentent de modifier l'ordre mondial actuel. La “crainte” européenne est fondée non seulement sur le contenu de la déclaration commune de Pékin, mais aussi probablement sur le fait que, de toute sa vie, le président Poutine n'a jamais prononcé un discours comme celui de lundi devant le peuple russe. Il n'a jamais non plus désigné les Américains comme l’ennemi national de la Russie en des termes russes aussi clairs : promesses américaines, sans valeur ; intentions américaines, mortelles ; discours américains, mensonges ; actions américaines, intimidation, extorsion et chantage.
Le discours de Poutine laisse présager une grande fracture. Il semble que les Européens (comme M. Borrell) commencent tout juste à comprendre à quel point le discours de Poutine représente un point d'inflexion. Il a été articulé autour de l'Ukraine, mais cette dernière question, – bien qu'importante, – est secondaire par rapport à la décision de la Russie et de la Chine de modifier à jamais l'équilibre géopolitique et l'architecture de sécurité du monde.
La reconnaissance des républiques du Donbass est la manifestation de cette décision géostratégique antérieure. C'est la première concrétisation de cette rupture avec l’Occident (jamais absolue, bien sûr), et le dévoilement de la compilation de mesures “technico-militaires” de la Russie destinées à forcer une séparation du globe en deux sphères distinctes. La première mesure était la reconnaissance des républiques ; la deuxième mesure militaro-technique était le discours de Poutine ; et la troisième, son ordre ultérieur d’“opération spéciale”.
L’axe Russie-Chine veut la séparation. Cela doit se faire soit par le dialogue (ce qui est peu probable, puisque le principe fondamental de la géopolitique actuelle est défini par la non-compréhension délibérée de l’“altérité”), soit par une escalade de la douleur (définie en termes de lignes rouges) jusqu'à ce qu’une partie ou l'autre cède. Bien sûr, Washington ne croit pas que les présidents Xi et Poutine puissent penser ce qu'ils disent, – et ils croient que, de toute façon, l'Occident a une domination de l’escalade dans le domaine de l'imposition de la douleur.
De manière moins diplomatique, la Russie et la Chine ont conclu qu'il n'était plus possible de partager une société mondiale avec une Amérique déterminée à imposer un ordre mondial hégémonique conçu pour « ressembler à l'Arizona ». Poutine pense ce qu'il dit : La Russie est dos au mur, et il n'y a plus aucun endroit où elle peut reculer encore,– pour elle, c'est existentiel.
Le refus de l'Occident d'admettre que Poutine est “sincère” (cela impliquant qu’on croit à l’échec de la diplomatie) suggère que cette crise nous accompagnera au moins pendant les deux prochaines années. C'est le début d’une phase prolongée et à fort enjeu d'un effort mené par la Russie pour modifier l’architecture de sécurité européenne dans une nouvelle forme, que l'Occident rejette actuellement. L'objectif de la Russie sera de maintenir les pressions, – et même l'éventualité d'une guerre – afin de harceler les dirigeants occidentaux peu enclins à la guerre pour qu'ils procèdent au changement nécessaire.
En fin de compte, – après une lutte douloureuse – l’Europe cherchera la réconciliation. L’Amérique sera plus lente : les faucons tenteront de redoubler d’efforts. Et c'est la situation de l’économie et du marché occidentaux qui déterminera finalement le “quand”.
Alastair Crooke
Source : https://www.dedefensa.org/article/ukraine-destruction-constructrice
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