"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" BOUDDHA; Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." MARTIN LUTHER-KING; "Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir." CONFUCIUS ; « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir ». SOLJENITSYNE
L’affaire Veviba met en évidence les carences de l’AFSCA vis-à-vis des grandes entités, alors que les petits producteurs sont directement sanctionnés pour des motifs futiles ; dernièrement, ce fut encore le cas de la boulangerie de Visé fermée un certain temps pour des raisons administratives.
Ce « deux poids, deux mesures » de l’AFSCA concerne aussi les GAA que l’agence trouve urgent de mettre sous sa coupe. Ces petites structures de circuits courts, non commerciales, reliant une vingtaine de familles et des petits producteurs de qualité, souvent bio, pour des achats groupés ont toujours fonctionné sans problèmes et se multiplient depuis quelques années.
En octobre 2016, 54 GAA ont exprimé clairement et publiquement leur volonté de ne pas être contrôlés par l’AFSCA :
« [Les] GAA ne veulent en aucune façon relever des compétences de l’AFSCA et défendent, comme certains producteurs, des normes d’hygiène qui ne dénaturent pas les aliments sains. »
Manifestation le 16 novembre 2016 devant le siège de l'AFSCA-Liège
Malgré notre résistance, l’AFSCA a maintenu son projet d’intégrer les GAA comme des « opérateurs » de la chaîne alimentaire, au même titre que les grandes entités agro-alimentaires, avec des facilités (ne pas s’enregistrer). Un arrêté royal aurait dû consacrer ce choix.
Près d’un an et demi plus tard, toujours rien. L’AFSCA a subi deux crises importantes, le fipronil et Veviba, et doit se remettre en question. Rappelons qu’en 2012, les inspecteurs de la Commission européenne avaient accusé l’AFSCA de laxisme suite à l’introduction en Russie de 16 tonnes de poudre de lait infantile contaminé.
Même les autorités wallonnes reconnaissent que les critères pour les grandes chaînes agro-alimentaires doivent être différents de ceux pour les circuits courts.
Nous réaffirmons que les GAA, les petits producteurs et les petits artisans n’ont pas besoin de l’AFSCA. Les consommateurs des circuits courts sont à même de juger la valeur de ce qu’ils achètent.
Luce et Michel Minet-Nejszaten (Asbl Vivre… S)
Initiateurs de la Déclaration des 54 Groupes d’achats alimentaires
Je
reviens vers vous pour vous tenir au courant des actions que l’on
entend mener contre le déploiement de ces compteurs communicants en
Belgique.
Un
courrier recommandé a été envoyé ce jour à la RTBF l’invitant
à organiser un débat public sur les dangers que comportent ces
compteurs communicants tant au niveau de la santé que sur les
atteintes aux libertés et droit fondamentaux.
Suite
à une distribution massive de tracts sur la pétition à Bruxelles
par plusieurs d’entre vous, un journaliste de la DH s’est engagé
à suivre de près le dossier et d’y consacrer un espace dans le
journal.
Par
ailleurs, nous avons totalisé actuellement plus de 4200 signatures
sur plus de 500 communes en Belgique dont
133 dans votre commune.
Je
rappelle que notre pétition touche les 3 régions en Belgique
: Bruxelles, Wallonieet
la Flandre. Une
traduction de la pétition en néerlandais est disponible également.
Pour
rappel, j’entends défendre notre position auprès du Parlement
Bruxellois, du Parlement Wallon, et du Parlement Flamand et ce, par
l’exercice du droit de pétition en vertu de l’article 28 de la
constitution.
Toutefois,
pour que nous soyons entendus automatiquement devant les députés
régionaux , il nous faut totaliser :
Pour le
Parlement Bruxellois: 5
000 signatures de personnes domiciliées sur Bruxelles (870
récoltées actuellement)
Pour le
Parlement Wallons: 15
000 signatures de personnes domiciliées en Wallonie (2983
récoltées actuellement)
Pour le
Parlement Flamand: 15
000 signatures de personnes domiciliées en Flandre (219
récoltées actuellement)
Pour
ce faire, nous avons besoin de votre soutien pour les impressions,
les frais postaux, le conditionnement pour la poste ainsi que la
publicité sur les réseaux sociaux.
Dès
lors, je lance un appel à tous les signataires de la pétition de
participer aux frais de publicité de ladite pétition et ce, par le
versement d’un don dont le montant dépendra des possibilités de
chacun, même un montant symbolique suffit.
Le sujet de l’immigration cristallise depuis des décennies des oppositions stériles, tant les discours véhiculés sont biaisés et occultent la complexité des enjeux. Friands d’exagérations sémantiques, les pseudo-universitaires et politiques qui écument les plateaux de télévision se livrent une bataille de mots, les uns à travers un prisme sécuritaire étriqué et les autres sous couvert d’humanisme, bien que les preuves soient peu visibles dans ce domaine concernant l’intégration des migrants africains sur le long terme. Un point commun les rassemble : le primat du dogme libéral, qui contribue à déstabiliser la majorité des pays d’Afrique, impuissants face aux armes économiques des pays dits “développés”, tout en divisant de l’intérieur les sociétés occidentales, à commencer par l’Hexagone.
L’Union européenne est actuellement confrontée à une crise migratoire majeure, avec comme enjeu la diversification des flux migratoires, entre les migrants dits “économiques” et les demandeurs d’asile politique, dont le nombre a augmenté depuis 2017, – l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant enregistré 100 412 demandes en 2017. Ce fait, largement amplifié depuis la crise syrienne en 2014 ainsi que la déstabilisation de la Libye, qui est depuis devenue la terre promise des trafiquants d’humains et de passeurs peu scrupuleux vis-à-vis de milliers de personnes qui cherchent un avenir meilleur au péril de leur vie. Si les migrations intra-africaines demeurent beaucoup plus importantes que celles hors du continent, les tentatives de rejoindre l’Europe par la Méditerranée ont sensiblement augmenté, notamment depuis l’Afrique de l’Est, région fortement instable politiquement et économiquement, comme en témoignent les exemples soudanais et érythréen. Par ailleurs, la politique anti-immigration du gouvernement israélien, suivie de celle de l’Arabie saoudite, a entraîné une fermeture de la route migratoire vers l’Est passant par le désert du Sinaï, empruntée autrefois par des milliers d’individus originaires de la corne de l’Afrique, et où se trouvent désormais de véritables centres de détention destinés à ceux qui osent s’y aventurer. Face à ce défi, le gouvernement Macron, partagé entre des considérations humanistes sur le papier et le recours à des méthodes de dissuasion plus musclées, a adopté une forme de tri, comme le prouvent les mesures récemment adoptées au sein du ministère de l’Intérieur permettant aux forces de police de se rendre dans les centres d’accueil pour migrants et de vérifier si ces derniers appartiennent à la catégorie des migrants économiques illégaux ou bien des demandeurs d’asile.
En réaction à ce durcissement de la politique migratoire, une conférence ayant pour thème l’Atlas des migrations s’est tenue vendredi 26 janvier 2018 à l’École normale supérieure, et à laquelle étaient invités les représentants de l’association Migreurop ainsi qu’Edwy Plenel, président du site web d’information Mediapart. Les différents intervenants ont fustigé les propos de Manuel Valls et de Laurent Wauquiez, qui ont récemment déclaré dans les médias vouloir mettre fin à l’immigration économique. La vision défendue était pour tous d’essence libérale et cosmopolite, citant tour à tour Étienne Tassin (« le monde est une transgression des frontières ») ou encore Jean-Pierre Vernant, contre une société ethnocentrée (« demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre »). Edwy Plenel, mêlant avec brio hédonisme et humanitaire, a rappelé à notre connaissance le sacro-saint droit de se déplacer, synonyme de liberté pour l’individu d’échapper à l’injustice du hasard et de poursuivre son propre bonheur en émigrant là où l’herbe semble plus verte. À défaut d’avoir une vision cohérente sur les mobilités, les interventions ont eu le mérite de dénoncer la vision européo-centrée des dirigeants européens sur la question migratoire ainsi que les politiques mises en place à l’échelle communautaire. Cependant, la démarche militante des intervenants a eu tendance à enfermer la discussion dans un discours qui sert, au fond, l’orientation néolibérale de l’Union européenne depuis les années 1960, au nom de laquelle les pays européens de l’Ouest ont fait appel à l’immigration nord-africaine et subsaharienne sous la pression des grands groupes en quête d’une main-d’œuvre docile et bon marché.
Des politiques migratoires à l’échelle européenne
Pour aller dans le sens de Plenel et consorts, il va sans dire que l’Union européenne cultive à bien des égards une hypocrisie néolibérale depuis la ratification des accords de Schengen en 1995. Tout en favorisant les mobilités internes au sein des pays membres de la zone Schengen, les dirigeants européens ont compensé par une militarisation croissante des frontières extérieures, assortie d’un arsenal législatif visant à dissuader les migrations en provenance des pays tiers. De la Convention de Dublin en 2005 obligeant les demandeurs d’asile à établir leur demande dans le premier pays européen d’arrivée aux accords multilatéraux de soi-disant “dialogue” et de “coopération” avec les pays africains, à l’instar du processus de Rabat en 2006 et celui de Khartoum en 2014, la politique migratoire européenne s’est équipée d’innovations technocratiques au fil des ans.
L’Union européenne a d’ailleurs franchi un cap depuis le processus de Khartoum avec l’externalisation de la demande d’asile, qui consiste pour le candidat à se rendre dans un consulat dans son pays d’origine ou dans un pays de transit afin de demander un permis de séjour. Or le consulat en question n’est en réalité qu’un prête-nom puisque l’Union européenne commence désormais à sous-traiter les demandes d’asile et de séjour à des firmes privées, libres d’accepter ou de refuser les dossiers de candidature. Il s’agit purement et simplement d’une délocalisation des compétences d’institutions publiques, brouillant la frontière entre les secteurs public et privé.
Enfin, les accords intercontinentaux incluent pour l’Union européenne l’allocation de subventions à des régimes autoritaires comme celui en Érythrée afin d’endiguer le nombre d’arrivants sur les rives européennes de la Méditerranée. Or, ce phénomène est tout simplement impossible à enrayer alors que les canaux d’immigration légale sont quasi inexistants dans ces accords, favorisant ainsi les voies illégales entretenues par les passeurs.
Blocages politiques et dérives néolibérales
À bien des égards, la fragilité des institutions politiques dans de nombreux pays africains est en lien avec la situation actuelle. Le système clientéliste entretenu par myriade de dirigeants africains, à coups de fraude électorale et de mandats soi-disant démocratiques, maintient au pouvoir des groupes communautaires et des dynasties familiales vivant dans l’opulence et la corruption tout en méprisant leurs populations et en gardant leur pays sous perfusion économique étrangère. Les pays recouvrent des populations loin d’être homogènes, aux appartenances ethniques diverses et dont les coutumes, toujours vivaces malgré les pressions extérieures, prennent pour les groupes les plus puissants un caractère féodal lorsqu’ils se trouvent à la tête de territoires devenus États-nations, sans le sentiment d’appartenance commune. Cette réalité, qui a engendré instabilité politique et situations de guerre civile comme récemment au Soudan du Sud incite une minorité d’Africains, outre les déplacés internes, à fuir les tensions politiques, voire à s’émanciper des tutelles communautaires, cherchant à satisfaire un dessein plus personnel.
Outre l’instabilité politique, les facteurs économiques issus de la conjoncture mondiale actuelle constituent une cause déterminante d’émigration. À la source du mal se trouve l’hypocrisie occidentale, affublée d’un discours bienfaiteur sous l’égide du paradigme néolibéral. Le marché est profondément juste et doit pour cela s’autoréguler, martèlent ses apôtres, comme s’ils prophétisaient l’avènement d’un paradis terrestre. Ainsi de nombreux pays africains ont été forcés, avec la complicité d’institutions internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale qui prétendaient aider les pays en développement, à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés, alors que, dans le même temps, ces derniers continuaient à protéger les leurs. Dans le même esprit, les Accords de partenariat économique, sur l’initiative de l’Union européenne, forcent les pays d’Afrique de l’Ouest à ouvrir leurs marchés aux produits européens largement subventionnés, visant à atomiser la concurrence avec les producteurs locaux. Cette situation inégalitaire, en plus d’accentuer à l’échelle mondiale l’écart de richesses entre pays “développés” et ceux “en développement”, engendre à l’échelle locale une absence de perspectives pour la jeunesse africaine, d’autant plus que les modes de vie traditionnels, à base d’agriculture, d’élevage et de pêche sont toujours plus menacés. Confrontées à un exode rural exponentiel, les grandes villes africaines se développent à l’image d’une souris accouchant d’un mammouth : la demande d’emploi excèdant l’offre, des milliers d’habitants se retrouvent désœuvrés malgré leurs espoirs d’antan et finissent par s’entasser dans des bidonvilles, où règnent pauvreté et délinquance.
En outre, en réaction à l’hypocrisie des pays occidentaux, jouant un jeu aux dés pipés derrière le vernis de discours de défense des droits de l’Homme et de plans d’actions humanitaires, une multitude de dirigeants africains se sont tournés vers les Chinois pour se développer économiquement. Loin des motifs que revêtent les étoffes de l’idéologie dominante en Europe et aux États-Unis, aux formes et couleurs chatoyantes de l’Empire du Bien, les représentants de l’Empire du Milieu ont joué au contraire le jeu de la transparence, assorti d’un discours anti-impérialiste laissant croire que ces derniers et leurs homologues africains traitaient d’égal à égal. Or, malgré l’absence d’ingérence politique en apparence, la stabilité des sociétés africaines pourrait être compromise dans les décennies à venir si elles demeurent sous la mainmise des multinationales chinoises. En plus d’être polluantes, peu pourvoyeuses d’emplois et d’offrir des conditions de travail délétères, leur influence croissante accentue le régime de concurrence déloyale instauré plus tôt par les Européens, avec notamment l’ouverture des marchés africains aux produits chinois. Ainsi, des millions d’Africains risquent de grossir les rangs d’un prolétariat sans frontières, qu’ils restent dans leur pays d’origine ou qu’ils émigrent à l’étranger. En Europe, ils seront considérés par ceux de droite ou bien comme une main d’œuvre bon marché ou alors comme une menace sur le plan identitaire, et par la gauche comme un vivier électoral pour mieux creuser l’écart entre dominants et exclus.
Quand la liberté de se déplacer creuse les écarts sociaux et culturels
La liberté de se déplacer relève d’un droit intouchable pour les libéraux, quelles qu’en soient ses répercussions. Or, la mobilité est un concept qui recouvre des réalités multiformes : pour les uns, elle requiert le sacrifice de leur vie antérieure, avec un lot d’évènements tragiques dans certaines circonstances et une finalité incertaine ; tandis qu’elle va parfaitement de soi pour les autres. Dans son roman Le ventre de l’Atlantique publié en 2003, Fatou Diome nous donne une sublime illustration de l’écart qui sépare les fantasmes des jeunes Sénégalais rêvant d’émigrer en Europe de la réalité, à travers le personnage du marchand de Barbès. Ce dernier, parti émigrer à Paris, est obligé d’inventer sa propre gloire une fois revenu au village alors qu’en France, il a dû dormir dans la rue et occuper des emplois rémunérés au noir, tout en étant maltraité par des employeurs sans scrupule et par les communautés d’immigrés sur place. Les nouveaux venus, en-dehors des structures d’accueil sont par la suite livrés à eux-mêmes, et n’ont souvent d’autre alternative que de vivre reclus dans des réseaux communautaires.
À l’inverse, pour l’Européen qui vit en ville, bénéficiant d’un cadre de vie aisé, la mobilité est une réalité qui va de soi, synonyme du droit à se rendre un peu partout n’importe quand. À l’heure de la mondialisation, de l’uniformisation culturelle véhiculée par la société marchande, où le droit de se déplacer à l’étranger est devenu banal depuis la révolution du low cost, il n’est guère surprenant que règne une conception du bonheur individualiste et hédoniste. Durant les siècles précédant la révolution des transports, voyager était synonyme d’exploration d’horizons inconnus. Aujourd’hui, il y a un conformisme à se dire citoyen du monde et à énumérer ses destinations de voyage comme ses paires de baskets, souvent en ayant fréquenté les mêmes chaînes d’hôtels ou lieux, qu’ils soient situés en Tunisie ou en Thaïlande. La plupart d’entre nous ne fait que se déplacer d’un bout de la planète à l’autre en ne changeant rien à ses habitudes et en évitant le contact avec les populations locales. Ce prolongement du mode de consommation à l’occidentale est de toute évidence une incitation à l’entre-soi et à l’indifférence entre cultures. C’est d’ailleurs la même tendance qui se produit en Europe, et surtout dans les grandes capitales comme Londres ou Paris, où l’on encourage les individus à consommer même si ces derniers vivent séparés dans des communautés aux codes culturels parfois antagonistes. À Paris, les jeunes diplômés issus de classes aisées et dénonçant les injustices raciales ont une curiosité qui s’arrête bien souvent à la fréquentation occasionnelle du kebab ou du restaurant chinois du coin.
À travers son apologie de la liberté de déplacement, la gauche libérale recycle depuis des décennies un double discours consistant à la fois à dénoncer le sort des migrants et à les réduire, une fois leur situation régularisée, à un groupe à part de consommateurs, devant défendre leurs intérêts propres avant de tisser des liens durables et solidaires au sein de leur pays d’accueil. Au pouvoir, la gauche depuis François Mitterrand n’a eu de cesse de diviser les classes populaires et les minorités, faisant le panégyrique de la diversité pour s’arroger les voix de ces dernières, tout en érigeant la société de consommation comme seul horizon. En outre, à l’exception d’Harlem Désir et de Malek Boutih à la présidence de SOS Racisme et de quelques élus politiques, les élites du Parti socialiste ainsi que les personnalités médiatiques ont jusque-là pratiqué l’entre-soi dans les cercles parisiens de la rive gauche, bien loin des réalités quotidiennes de certains quartiers par-delà le périphérique. Aussi, pour lutter contre le racisme et l’exclusion des nouveaux venus, encore faut-il disposer d’un solide tissu social favorisant l’entraide et l’intégration. À cet égard, les politiques impulsées jusque-là ont favorisé une forme de ghettoïsation, en nous faisant croire que les fractures sociales se réglaient à coups de plans de rénovations urbanistiques et de subventions locales.
La mobilité, à travers les réalités vécues et les évènements provoqués tout le long de l’Histoire ne se réduit pas à un concept dans des manuels universitaires vendant le libéralisme sans frontières des capitaux et des personnes. L’idée n’est bien sûr pas de vouloir rester cloisonné derrière des murs dans un ethnocentrisme ridicule, ou de privilégier le cheval pour chaque déplacement. De tout temps, les hommes ont eu le désir et la nécessité d’échanger des idées nouvelles, des savoir-faire et des chef d’œuvres littéraires et artistiques issus de leur propre lieu d’appartenance, et parfois forcés ou non, à émigrer vers de nouveaux horizons. Mais il s’agit de voir à qui cette mobilité profite le plus à l’heure actuelle, et si elle ne creuse pas l’écart des inégalités et discriminations à long terme plutôt qu’elle ne permet cette fameuse poursuite du bonheur. À l’heure où tout est mouvement, liquide, et sous le prisme de l’individualisme roi, peut-être faudrait-il penser à recréer un lien durable entre communautés à travers un idéal social commun.
Si 2016 fut l'année du détricotage du système impérial, la cuvée 2018 voit ce qu'il en reste - le noyau dur : Deep State et ses affidés - se compresser afin de résister au vent inévitable de la multipolarité. Sans surprise, c'est contre la Russie, Heartland eurasien, que se portent tous les efforts.
Depuis plusieurs jours, la presstituée européenne noyautée par la CIA - comme le rappelait le regretté Udo Ulfkotte - se lâche comme à ses plus grands jours sur l'affaire Skripal. Le méchant Poutine égorge empoisonne nos femmes et nos enfants jusque dans nos sillons... Péril russe... Aux armes...
Sur l'affaire elle-même, il est beaucoup trop tôt pour en parler. Un agent double liquidé (chose courante dans le milieu du renseignement) ou une provocation d'une tierce partie afin de faire porter le chapeau aux Russes (pratique également courante ces dernières années). Il n'y a guère que les dirigeants occidentaux pour accuser d'abord, enquêter ensuite. A ce titre, la givrée du 10 Downing Street est dans la droite ligne des toutous européens de Barack à frites - Cameron, Flamby & Co -, ce qui n'a pas eu l'heur de plaire au chef de l'opposition britannique qui a appelé à un peu plus de responsabilité.
Pourquoi cette sortie aussi soudaine que brusque de Londres ? Elle est sans doute à mettre en parallèle avec certaines frayeurs bien actuelles de l'empire. Notons d'abord, ô douce coïncidence, que cette affaire amplifiée par le tam tam médiatique éclate au moment même où une enquête du Congrès US, à dominante républicaine il est vrai et dont la conclusion a été réfutée par les Démocrates, conclut à l'absence d'ingérence russe dans les élections de 2016. De cela, notre presse éminemment libre n'en a évidemment pipé mot...
Autre coïncidence troublante, le présent psychodrame sort opportunément alors que l'hystérie des officines grimpe à mesure que la Ghouta "rebelle" se noie. Un prochain false flag chimique ne serait d'ailleurs pas impossible. Dans ces conditions, préparer le terrain et travailler l'opinion publique avec la rocambolesque affaire Skripal peut avoir son utilité. Une antienne du genre : Regardez, les Russes sont un danger chimique ambulant, à Londres comme en Syrie...
Mais il s'agit peut-être et surtout de gaz. Alors que Gazprom vient de battre dix jours de suite son record d'exportation quotidienne vers l'Europe, l'affaire tombe à point nommé afin de barrer la route au Nord Stream II. Est-ce bien un hasard si mère Theresa de Londres a, immédiatement et pour le plus grand bonheur de Washington DC, embrayé sur le "danger du gaz russe" (lol) et la "nécessité de trouver des sources d'approvisionnement alternatives" ?
Le message n'est pas tant à destination domestique - même si le Royaume-Uni manque cruellement de gaz et que le GNL russe commence à arriver sur le marché britannique, les importations d'or bleu en provenance de Russie restent minimes - qu'extérieure. Les atlantistes de Bruxelles, Varsovie ou Vilnius pourront éventuellement se sentir encouragés dans leur opposition au gazoduc baltique face à Berlin et aux réalités économiques lourdes. Il sera en tout cas intéressant de voir le prochain round de discussions des euronouilles à propos du Nord Stream II...
De l'autre côté de l'Atlantique, la névrose du système impérial atteint des sommets. Comme nous l'avons expliqué plusieurs fois, ayant perdu la Maison Blanche avec l'élection du Donald, c'est au Sénat que le Deep State s'est réfugié.
Or c'est de l'auguste assemblée que vient de nous parvenir une information qui laisse rêveur. Un groupe de sénateurs a, sous des prétextes spécieux, menacé la Russie de sanctions supplémentaires si celle-ci s'entête à vendre... ses S-400 ! Et pour bien faire, les éventuels acheteurs également. Vous avez bien lu : cela doit être la première fois dans l'histoire qu'un pays serait sanctionné pour avoir vendu ou acheté des armes défensives...
Si ces sénateurs n'ont pas reçu leurs ordres directement du Pentagone, ça y ressemble comme deux gouttes d'eau. Car derrière cette invraisemblable tentative d'intimidation, qui fera évidemment rire de Moscou à Vladivostok, c'est toute la panique de l'appareil militaire américain qui ressort.
Tout amateur de rugby sait que le noble sport marche par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d'autres, c'est l'inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l'éternelle course-poursuite de l'armement entre l'attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.
Les années 90 ont marqué l'apogée de l'attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l'histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette "dictature du ciel" a provoqué, plus qu'une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.
Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400 :
"En Syrie, ce système, doté de 48 missiles et capable de poursuivre jusqu’à 80 cibles, interdisait toute approche inférieure à 400 km de sa position."
Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, les labos russes mettent la dernière touche aux S500, capables d'intercepter simultanément jusqu'à 10 missiles balistiques ou hypersoniques volant à Mach 5, et dont le temps de réaction sera de 4 secondes (contre 10 pour le S-400 et... 90 secondes pour l'antique Patriot américain !) On comprend dans ces conditions que l'OTAN soit "préoccupée"... Car, avec les S300 et S400, le bras armé US fait déjà face à ce que les analystes appellent des "bulles de déni" :
Face à la réalité des systèmes défensifs (S-300 et S-400) et offensifs (sous-marins, missiles balistiques et de croisière) d’origine russe, la question du déni d’accès est désormais l’objet de toutes les attentions, en France, aux Etats-Unis comme à l’Otan. Elle a récemment fait l’objet d’une conférence au Collège de défense de l’Otan et devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine ministérielle de l’Alliance des 15 et 16 juin.
Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (...) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.
«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome. (...)
Pire : les Russes travaillent à la mise en réseau de leurs dispositifs, afin de mettre en place un système de systèmes intégrés qui leur permettra de gérer plusieurs bulles d’A2/AD en même temps à partir d’un QG unique, voire d’établir des communications entre les différentes bulles pour en créer de plus grosses couvrant de vastes territoires.
Ce sont ces bulles de déni qui horripilent l'état-major US, incapable désormais de s'assurer la maîtrise du ciel. On l'a vu en Syrie comme nous le montrions déjà fin 2015 :
La zone d'exclusion aérienne manigancée par la bande turco-américaine s'est du jour au lendemain transformée en no fly zone russe, au grand dam de l'OTAN qui couine sur la véritable "bulle russe" qui se met en place au-dessus de la Syrie. Le système anti-aérien air-terre-mer n'est d'ailleurs qu'une partie de ce dispositif d'un genre nouveau et qui désespère le Pentagone. Les Russes ont débarqué avec de très sophistiqués systèmes électroniques de brouillage ou de détection qui analysent et paralysent tout, rendant ses avions invisibles ou les communications otaniennes ineffectives. C'est par exemple ce qui a permis aux bombardiers russes d'arriver incognito en Syrie ou à Assad d'aller tranquillement trinquer au Kremlin. Les généraux US en sont muets de stupeur.
Désormais, une mouche qui vole à Alep ou Palmyre sera repérée à Lattaquié. Et dire qu'il y a quelques mois encore, le couple américano-turc mettait au point un projet de domination des airs au-dessus de la Syrie... Erdogan en a avalé son loukoum de travers. Les Sukhois sont maîtres absolus du ciel syrien et continuent leurs bombardements des terroristes modérés chers à l'Occident (...)
C'est évidemment sous ce jour qu'il convient de replacer la saugrenue menace du Sénat US, dernier bastion de l'ordre impérial.
De la Ghouta à Londres: le club Atlantiste a déclaré la guerre à la Russie
Près de 12 000 civils ont pu fuir la barbarie des islamistes dans la Ghouta Orientale grâce aux corridors humanitaires mis en place et protégés par les armées syrienne et russe, contre les menaces occidentales. La réaction du bloc atlantiste ne se fait pas attendre, presses et institutions main dans la main: il est urgent de faire tomber Assad et la Russie doit se retirer "et la fermer", pour citer les paroles du ministre britannique de la Défense. Pourquoi cette hystérie? Et s'il s'agissait d'un projet beaucoup plus profond: remettre en cause l'ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale et garantir l'avènement de l'Atlantisme, support politique du globalisme. De la Ghouta à Londres, le but final semble être le Conseil de sécurité, qui entérinerait l'Atlantisme triomphant.
De la Ghouta Orientale
Après de longues et difficiles négociations, la Russie et le Gouvernement syrien légitime ont réussi à convaincre les terroristes de la Ghouta Orientale de laisser passer des civils. Hier, un flot continu de personnes harassées a pu s'enfuir de cet enfer et venir se réfugier dans les zones contrôlées par l'armée régulière. Bref, ils ne fuient pas "le régime d'Assad', ils viennent trouver sa protection.
11 700 personnes. Qui détaillaient devant les caméras les traitements qu'ils avaient dû subir par les "opposants modérés" de l'Occident, la violence quotidienne, les menaces, le régime de terreur. Plusieurs ont même déclaré que sans être spécialistes en armes chimiques, il n'y a eu aucune attaque chimique de la part de l'armée syrienne dans la Ghouta Orientale, aucune brûlure, aucun étouffement. Tout cela, selon leurs dires, n'est que de la propagande anti-Assad.
Il faut dire que l'armée syrienne continue à avancer, et fait des découvertes intéressantes. Par exemple, un atelier clandestin de production de substances chimiques a été retrouvé dans le village de Cheïfounia, dans la Ghouta Orientale.
Cela explique peut-être la réaction tant de la presse, que des Etats-Unis, qui voient leurs plans dévoilés.
Ainsi, la presse française semble particulièrement désespérée de voir ces citoyens quitter les terroristes pro-occidentaux pour venir se réfugier "chez le tyran sanguinaire soutenu par un Etat-terroriste". A la Une sur Google:
Une "fin tragique". Pour qui? Le "régime" avance, les civils fuient ... vers les terres contrôlées par Assad. Passons. La presse ne fait que soutenir la position officielle de la France, qui n'a plus de politique étrangère et suit bêtement et aveuglément les Anglo-saxons. Les déclarations plus radicales les unes que les autres de la porte-parole du Département d'Etat américain expliquent la position des médias "indépendants":
La position américaine est totalement décalée de la réalité. Comme un scénario qui a déjà été écrit et qu'il faut mener à son but. Par ce discours, ils veulent réécrire la "réalité", une réalité augmentée à laquelle la dimension idéologique a été ajoutée. Dans cette réalité, la Russie est le mal, donc elle ne peut faire que le mal comme ceux qu'elle soutient, donc les civils les fuient, donc elle utilise des moyens inhumains - est-elle encore "humaine"?
Au scandale de Skripal
Ce décalage est aussi parfaitement visible au sujet du scandale, qui ne fait que monter en puissance, de l'empoisonnement de l'ancien espion retourné Skripal et de sa fille à Londres, on ne sait par qui, et finalement on ne sait comment - tous les jours de nouvelles versions plus fantaisistes les unes que les autres sont diffusées (dans la valise de la fille, par la future belle-mère non contente du mariage, etc). La séance au Conseil de sécurité a été très significative. Le représentant russe, Nebenzia, a un discours parfaitement logique:
1) Si la Grande-Bretagne accuse d'avoir utilisé le produit chimique Novichok, cela signifie qu'elle en possède la formule, ce qui a permis son identification; 2) L'usine soviétique de production des substances chimiques se trouvait dans la république soviétique d'Ouzbékistan et a été démontée par les Etats-Unis dans les années 90, qui donc sont en mesure de produire cette substance toxique.
La Grande-Bretagne refuse de transmettre un échantillon à Moscou, comme l'y oblige la Convention internationale sur les armes chimiques, mais a directement saisi l'organe de contrôle des armes chimiques, en contournant Moscou, cet organe qui refuse de se déplacer en Syrie et suit les conclusions des Casques blancs. Les résultats promettent d'être sans surprise.
La réaction des Etats-Unis, elle, montre le degré de conflit qui a été atteint.
Et Nikki Haley de déclarer en plein Conseil de sécurité de l'ONU, comme si le représentant russe n'avait pas expliqué que tant les Etats-Unis que l'Angleterre elle-même pouvaient produire cette substance, comme s'il était prouvé qu'Assad, aidé par la Russie, utilisait les armes chimiques contre son peuple:
"If we don't take immediate concrete measures to address this now, Salisbury will not be the last place we see chemical weapons used," said Haley. "They could be used here in New York or in cities of any country that sits on this council."
Les hostilités sont ouvertes contre la Russie
La Russie est l'ennemi, la Russie est le mal. Tant que l'affaire restait au niveau de Londres, il était possible de penser que les buts poursuivis étaient plus ciblés. De nouvelles sanctions, pour protéger l'hégémonie politico-économique atlantiste et attaquer l'unité du pouvoir en Russie. Conduire à boycotter le Mondial, afin que les citoyens ne puissent saisir la différence entre la propagande médiatique et la vie réelle en Russie. Réduire les relations diplomatiques, pour limiter les espaces de frictions et libérer l'espace de propagande, mais tout en gardant le lien - un lien de pression.
L'attaque prend une tout autre dimension, le but final ne peut être aussi précis.
Nous avons tendance à penser le droit international comme un élément stable. Celui que nous connaissons n'est que le résultat de la Seconde Guerre mondiale, qui a posé un rapport de forces stabilisées entre les Etats-Unis (avec le boc occidental) et l'URSS (avec le bloc socialiste). Le second n'existe plus, les Etats-Unis ne voient plus pour quelles raisons ils doivent partager le pouvoir. Tant que la Russie faisait profil bas, il n'y avait pas de problème. Maintenant, elle n'est plus tolérable.
La Russie se trouve dans une situation délicate, comme nous l'avons plusieurs fois écrit, elle refuse de reconnaître le conflit, hésite à réagir et se confine dans une position légaliste accompagnée de réactions mesurées et asymétriques. Oui, les Etats-Unis violent le droit international et ils ne vont pas arrêter de le faire parce qu'on leur dit. Ils sont en position de force, ils utilisent cette force à leurs fins.
Inviter les enfants des diplomates américains à l'arbre de Noel, s'excuser pour le dopage, continuer à rester dans le Conseil de l'Europe et justifier l'application des décisions de la CEDH, participer aux JO sous drapeau neutre, et je dois en oublier, est certes une preuve de grandeur d'âme. Mais qui est interprétée comme de la faiblesse par le clan Atlantiste. Insister à chaque fois sur la violation des règles est juste, cetes: il faut montrer la différence entre ce qui devrait être et ce qui est. Mais ce n'est pas suffisant. Et chaque nouvelle portion va plus loin. Frappe plus fort. cette position légaliste est un piège.
Le droit, surtout international, ne fonctionne que lorsque le rapport des forces est stabilisé. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut reconquérir le terrain et ce ne sont pas les appels récurrents au droit qui sauvera la situation. Une réponse systématique, symétrique et plus forte est le seul moyen de mettre un terme à cette escalade. Seule la force arrête la force.
Il serait naïf de penser que les guerres ne se mènent qu'avec des chars, entre deux armées étatiques. La guerre est déjà déclarée contre la Russie: soit elle se plie aux exigences atlantistes et pourra continuer à profiter de la globalisation, des nouvelles technologies et de tous les fantasmes du monde post-moderne, soit elle résiste mais ramasse le gant et cesse de le regarder avec un étonnement toujours renouvelé.
Si dès le départ la Russie était sortie, par exemple, du Conseil de l'Europe, ils seraient venus à plas ventre implorer son retour. La Russie est un Etat fort, elle a existé et elle existera sans cette structure. L'on ne plie pas genoux devant plus faible que soi. Le Conseil de l'Europe ne peut exister sans les Etats, c'est sa faiblesse. Nier son importance, c'est le conduire à sa perte. De même pour le reste, tous les pions de ce système, qu'il s'agisse du CIO ou les pions étatiques de l'Atlantisme ont besoin que la Russie reste dans le jeu, sinon ils vont se transformer en club privé. Et ne pourront plus être globaux. C'est la faiblesse fondamentale de ce nouvel ordre totalitaire.
C'est en acceptant le conflit, ce conflit qui de toute manière existe en dehors de sa volonté, que la Russie pourra éviter le pire. Et le pire est à venir.
Ce qui s'est passé avec le Conseil de l'Europe ressemble à s'y méprendre à une répétition pour le Conseil de sécurité de l'ONU. L'URSS a payé sa place de 25 millions de morts. La position de la Russie est contestée, car objectivement plus faible que ne l'était l'URSS. Elle n'a pas de "clan" comme l'avait l'URSS et ses alliances sont conjoncturelles, plus qu'idéologiques puisqu'en tant que tel, elle ne remet pas en cause l'économie globalisée, elle y participe.
Selon les règles actuelles, il est impossible de retirer à la Russie son droit de véto, son siège permanent au Conseil de sécurité. Si la Russie devient l'incarnation du mal absolu, ne deviendrait-il pas légitime de modifier les règles du jeu? Et ainsi de réécrire le droit international. Il existerait toujours, mais serait autre. Résultat de la nouvelle situation des rapports de forces, entériné par le Conseil de sécurité. Ce n'est pas pour rien que cette coalition autour de l'affaire Skripal concerne essentiellement les membres du Conseil de sécurité.
Cette décision conduirait à une nouvelle période de déstabilisation majeure de l'équilibre mondial, déjà très mal en point, la Russie étant l'un des rares pays à éviter l'interventionnisme à tout crin des pays de la coalition atlantiste. Et c'est justement pourquoi la guerre est ouverte. Contre la Russie. Sur tous les fronts. Seul l'affrontement militaire direct fait encore peur.
Les grands moments des "débats" de la campagne présidentielle en Russie : beaucoup d'inconsistance et autant de questions
La campagne électorale en Russie tire sur sa fin, et l'on a envie de s'écrier "Enfin!", vu le niveau particulièrement déplorable de ce qu'il est difficile d'appeler des débats. Une opposition qui réclamait du temps d'antenne, qui l'a obtenu et qui se trouve face à son incompétence politique. Si cet état de fait laisse une impression plus désagréable que de danger, l'inconséquence de l'opposition russe pose de sérieuses questions pour les prochaines élections présidentielles - la carte Poutine ne sauvera pas le jeu.
Cette campagne électorale a démontré l'absence objective d'alternative à la candidature de V. Poutine, ce qui finalement, sans être une surprise, est dangereux pour le système politique russe, qui s'en trouve affaibli, malgré les 8 candidatures officielles.
Jirinovsky, tendance populiste, a fait de la provocation tout au long des débats, en intercalant des sorties provocatrices tout à fait dans l'air du temps conduisant, notamment à la déstructuration de l'enseignement, ou totalement décalées en géopolitique. Babourine, tendance nationaliste, a produit un discours conservateur fade, dont rien d'essentiel n'est ressorti. Iavlinsky, tendance libérale globaliste, n'a toujours pas changé son discours depuis sa brève heure de gloire dans les années 90. Titov, l'Ombudsman des entrepreneurs, tendance libérale, a fait évoluer son discours d'une défense de l'économie réelle vers le culte de l'économie virtuelle. Ce qui, sur le fond, réuni ces candidats, à l'exception du communiste Souraïkine défendant les acquis sociaux de l'Union soviétique et le développement alors de l'industrie nationale, contre l'aveuglement pour les nouvelles technologies qui s'empare à une vitesse vertigineuse de la Russie. En géopolitique, l'on retrouve la barrière classique entre les libéraux et les conservateurs, qui existait déjà aux législatives: Crimée ukrainienne et désengagement de la scène internationale pour entrer dans la marche atlantiste vs. Crimée russe et défense des intérêts stratégiques de la Russie à l'international, quitte à en payer le prix. Les "libéraux" n'ont manifestement pas tiré les conclusions de leur échec cuisant.
Si l'on ne compte pas V. Poutine, qui n'a pas participé aux débats et ne s'y est pas fait représenter, le show a été assuré principalement par deux candidats: Groudinine et Sobchak, chacun à sa manière. Comme sur le fond, rien de nouveau ou de surprenant ne pouvait être dit, tout a été misé sur la forme. La politique remplacée par le spectacle pour tenter de cacher pudiquement son vide.
Assez rapidement, Groudinine a quitté les plateaux de télé, démonstrativement, justement lorsque les scandales concernant et ses comptes à l'étranger et ses biens ont commencé à être dévoilés (à ce sujet, voir notre texte ici). Il est vrai que Groudinine est le candidat, hors parti jusque-là, choisi par le PC pour le représenter aux élections. Un choix suicidaire, qui montre le virage politique entrepris, même contre la base, vue la division interne provoquée par ce choix inattendu. Mais mettre en avant un candidat communiste - milliardaire, ça ne passe pas. Une première fois, Gourdinine quitte le plateau en accusant les journalistes de ne pas permettre de véritables débats et de falsifier les données socio-économiques, qui sont trop positives à son avis. Il part démonstrativement.
Il vient refaire son show pour offrir des fleurs à Ksénia Sobchak et tout son discours électoral consiste à féliciter les femmes pour le 8 mars et à s'excuser devant Sobchak pour l'attitude des hommes sur le plateau. Ensuite, il repart. Drapé dans cette dignité qu'il revendique haut et fort.
Il faut dire que K. Sobchak n'a pas été en reste. Dès le départ, elle se met en scène. Jirinovsky attaque Babourine, proie facile, mais la jet-setteuse a besoin de reprendre la main médiatique. Quand Jirinovsky s'énerve trop, elle passe, d'elle-même, à l'attaque privée et lui lance au visage "à votre âge, c'est mauvais pour la santé de n'énerver comme ça". Ce à quoi il lui répond dans le feu de l'action "tais-toi idiote". Elle est heureuse, elle a obtenu ce qu'elle cherchait, reprend l'attention et fait monter la pression: mais comment peut-on me parler ainsi,Jirinovsky entre dans le jeu "Dégages" et dis à Soloviev "Ce n'est pas la peine de les ramasser dans la rue". Cet échange d'amabilités hautement intellectuel se termine par un verre d'eau que K. Sobchak lance au visage de Jirinovsky.
Le ton de la campagne est lancé. Et le niveau de l'intervention de Sobchak ne montera pas d'un yotta. A chaque rencontre, c'est un jeu de provocations personnelles entre quelques déclarations atlantistes: la Russie viole le droit international, la Russie est un pays agresseur, la Crimée est ukrainienne, il faut "enlever les troupes russes d'Ukraine", etc. Au minimum, lorsque l'on fait de la politique, l'on cherche un électorat national (non à l'étranger): ces déclarations en Russie où la population soutient massivement la politique internationale menée est un suicide politique. Enfin, si l'on fait de la politique.
Hier encore, le show est monté d'un cran. Il est vrai qu'après le verre d'eau, l'on commençait à s'ennuyer ferme de cet échange stérile de propos déplacés. Donc Ksénia Sobchak entre directement à l'attaque:regardez tous ces hommes qui ne font pas campagne contre Poutine, mais contre moi, moi je suis la seule à faire campagne contre Poutine et eux s'acharnent sur moi. A ce moment, Jirinovsky lui rappelle qu'elle est la seule candidate à être aller voir Poutine avant de déclarer sa candidature, comme pour avoir une bénédiction (voir notre article sur l'entrée en jeu de Ksénia Sobchak). Elle dit que non, elle gigote, prend le présentateur à parti - mais ils sont tous contre moi, c'est inacceptable et en excellente actrice qu'elle est, lorsque le moment est arrivé à maturité, que le pathos est à son comble, gros plan sur les yeux rougis qu'elle tourne à la caméra et elle part du plateau avec la voix de Jirinovsky qui lui dit de pleurer et d'appeler sa maman.
Ce spectacle est pitoyable. Entre celle qui joue sur la pitié faute d'arguments, provoque le conflit pour se mettre en situation de victime. En passant par celui qui quitte les plateaux démonstrativement, et se fait représenter dans les débats, cette fois-ci par de véritables communistes, pour éviter d'avoir à répondre de ses comptes à l'étranger, de ses kilos d'or non déclarés. Sans oublier ceux qui répètent le même discours depuis 20 ans et ceux qui se lancent à corps perdu sur toutes les vagues de la mode post-moderne, faute d'avoir une véritable réponse aux véritables problèmes. Avec cette inconsistance politique, comment prétendre réellement à pouvoir gouverner un pays qui se veut souverain? Imaginez-vous ces candidats sur la scène internationale, quittant les plateaux lorsque les questions dérangent, lançant des verres au visage de leur interlocuteur, fondant en larmes si on leur parle mal? Comment vont-ils répondre aux habitants de ce grand pays cherchant des médecins compétents: plus besoin de médecins, vous aurez les nouvelles technologies? Plus besoin d'enseignants, asseyez les enfants devant les ordinateurs? Pitoyable!
Aujourd'hui c'est pathétique, demain ce peut être dangereux. La situation géopolitique ne va pas s'améliorer, les derniers évènements nous le rappellent avec violence et un pays ne peut reposer sur un homme, il doit reposer sur un système. Et un système qui a plus de consistance que de slogans.