dimanche 11 mars 2018

Gilles Lartigot à propos des abattoirs : des Hommes, des Bêtes & des caméras de surveillance.../ Gilles Lartigot about slaughterhouses: Men, Animals and security cameras ...


La cadence imposée aux ouvriers dans les abattoirs peut expliquer - sans excuser - les atrocités commises à l'égard des animaux - pas d'images gore dans cette vidéo, juste une présentation du livre "Steak Machine".



vendredi 9 mars 2018

[Catastrophe nucléaire -Belgique - Comprimés d'iode] Menace de catastrophe nucléaire en Belgique? Des pastilles d’iode distribuées & Les comprimés d’iode : des tranquillisants contre l’angoisse nucléaire / [Nuclear Disaster - Belgium - Tablets of iodine] Threatens with nuclear disaster in Belgium? Distributed pastilles of iodine & The tablets of iodine: tranquillizers against the nuclear anxiety

ECOUTEZ RADIO SPUTNIK

    centrale nucléaire belge à Tihange

    Menace de catastrophe nucléaire en Belgique? Des pastilles d’iode distribuées

    © AFP 2018 ERIC LALMAND
    INTERNATIONAL
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    Désormais, le rayon d’action d’une catastrophe nucléaire en Belgique est étendu à 100 kilomètres autour des centrales nucléaires, ce qui revient à couvrir l'ensemble du territoire. La situation incite les autorités à prendre des mesures de précaution et à rendre les pastilles d'iode disponibles gratuitement dès ce mardi.
    Dès ce mardi, les pharmacies belges sont autorisées à distribuer gratuitement des pilules d'iode à tout client qui en demande, conformément au nouveau plan de sécurité nucléaire du ministre de l'Intérieur Jan Jambon. L'information, diffusée lundi par divers médias, a été confirmée par le cabinet du ministre.
    Les pilules d'iode visent à limiter le risque de développement d'un cancer de la thyroïde après une catastrophe nucléaire.
    Tous les Belges sont concernés, et plus seulement ceux qui vivent dans un rayon de 20 km autour des centrales, car, selon le nouveau plan de sécurité, le rayon d'action est étendu à 100 kilomètres autour des centrales nucléaires, ce qui revient à couvrir l'ensemble du territoire.
    Il y a sept réacteurs nucléaires sur le territoire du pays, 25 autres sont situés dans les pays voisins, dans un rayon de 200 kilomètres.
    Bien que les autorités belges qualifient comme «extrêmement faibles» les risques d'incidents nucléaires, dans le pays, elles n'excluent pas l'éventualité d'une catastrophe de grande ampleur. Jusqu'à présent, l'accident nucléaire le plus grave en Belgique s'est produit dans l'Institut des éléments radioélectriques en 2008, dans la ville de Fleurus. De l'iode radioactif avait été rejeté dans l'atmosphère.
    source : https://fr.sputniknews.com/international/201803061035399636-belgique-catastrophe-nucleaire-iode/

    Les comprimés d’iode

    des tranquillisants contre l’angoisse nucléaire

    La décision de distribuer des comprimés d’iode stable au voisinage des
    centrales nucléaires françaises a donné lieu à des commentaires d’experts
    médicaux très proches du lobby nucléaire, pour qui seuls les iodes radioac-
    tifs auraient des effets néfastes sur la santé (du moins, c’est ce qu’ils pré-
    tendent dans les médias). Ainsi, en prenant ces comprimés d’iode stable,
    en cas d’accident grave, la population serait totalement protégée. Tout se
    passe donc comme si le cocktail de radionucléides qui seraient rejetés en
    même temps que les iodes (césium, ruthénium, argent, strontium, plutonium
    et autres transuraniens), une fois inhalés et ingérés, n’avaient aucun effet
    sur la santé. Il est vrai que, contrairement aux iodes radioactifs, qui ont pour
    cible la thyroïde sur laquelle ils se fixent, ces radioéléments ne donneraient
    pas d’effets spécifiques facilement identifiables sur des organes particu-
    liers. Il serait donc difficile pour les personnes contaminées de les discerner
    parmi les maladies « normales » et les experts pourraient facilement camou-
    fler leurs effets.

    S’il n’est pas possible pour les individus d’identifier les cancers radio-
    induits non spécifiques, alors il n’est pas nécessaire pour les gestionnaires
    et leurs conseillers scientifiques d’en tenir compte, d’autant plus que ces
    cancers n’apparaîtraient que plus tardivement. Les iodes radioactifs ayant
    un effet spécifique sur la thyroïde, et cela à relativement court terme (on
    l’a vu après Tchernobyl avec l’apparition des cancers chez les enfants bié-
    lorusses), il n’est donc pas possible de les négliger dans les gestions post-
    accidentelles. Ainsi, le comprimé d’iode stable devient miraculeusement
    l’antidote absolu contre les effets des rejets radioactifs en cas d’accident
    nucléaire grave.

    Quelques précisions sur les prises d’iode stable

    L’iode stable est administré préventivement pour saturer la thyroïde et
    empêcher qu’elle n’absorbe ensuite les iodes radioactifs rejetés dans les
    accidents nucléaires. Dans cette situation, la thyroïde serait protégée des
    effets du rayonnement causés par ces iodes radioactifs ingérés ou inhalés.
    (Nous ne discuterons pas ici des contre-indications médicales qui ne sont
    peut-être pas aussi anodines qu’on nous l’assure.)

    Les experts de la Commission internationale de protection radiologique
    (CIPR) dans la publication 63 de 1992 (Principes pour l’intervention pour
    la protection du public en cas d’urgence radiologique) donnent quelques in-
    dications sur les procédures à respecter pour que la prise d’iode stable soit
    efficace. Remarquons que ces experts ont attendu pour nous livrer leurs
    réflexions que Tchernobyl ait montré indiscutablement le développement
    de problèmes thyroïdiens, entre autres des cancers, chez les enfants des
    régions contaminées en Biélorussie, Ukraine et Russie. L’effet désastreux
    sur la population prenant directement conscience qu’elle avait été contami-
    née, malgré les dénégations officielles, n’est certainement pas étranger au
    souci soudain porté aux iodes radioactifs chez les experts internationaux et
    les gestionnaires nationaux.

    La rapidité de la prise d’iode est le point important

    La CIPR précise : « L’absorption d’iode radioactif est généralement
    stoppée cinq minutes après l’administration de cent milligrammes d’iode
    stable (pour les adultes). » (art. 70) Encore faut-il que cette ingestion d’iode
    stable soit faite avant que l’iode radioactif ait agi notablement en saturant la
    thyroïde, ce qu’indique l’article 71 : « Le bénéfice maximum est clairement
    obtenu en prenant les tablettes d’iode stable avant l’exposition aux iodes
    radioactifs ou le plus tôt possible après. L’administration quelques heures
    après l’exposition à une incorporation unique d’iode radioactif peut réduire
    l’activité de la thyroïde d’un facteur pouvant aller jusqu’à 2. Une petite ré-
    duction de la dose à la thyroïde pourrait être obtenue si l’administration d’io-
    de stable est retardée au-delà de six heures et l’action protectrice est nulle
    au-delà de douze heures après que l’ingestion/inhalation d’iode radioactif a
    cessé. » Ainsi, la CIPR indique que l’efficacité d’une prise d’iode stable pour
    réduire les effets des iodes radioactifs est très petite après un délai de six
    heures pour les personnes sous un panache d’iodes radioactifs.

    Prenons ces six heures comme référence. Pour les habitants proches
    du réacteur à problèmes, il faudrait que le directeur de la centrale donne
    l’alerte suffisamment longtemps avant le début des rejets pour que tous les
    gens concernés soient correctement informés (par exemple, qu’ils aient le
    temps de rentrer chez eux chercher leur comprimé) sinon leur protection
    serait réduite, voire illusoire, du moins pour le réacteur de leur voisinage,
    mais pas forcément pour un désastre sur les autres sites. Un vent normal
    de 20 à 30 km/h transporterait l’iode radioactif à une distance comprise
    entre 120 et 180 km en six heures. C’est la distance au-delà de laquelle il
    serait éventuellement possible de se protéger. Un vent plus violent de 40
    km/h porte la distance à 240 km. Enfin, dans la vallée du Rhône particu-
    lièrement nucléarisée, si le mistral ou la tramontane soufflent à une vitesse
    d’environ 60 km/h, la distance que l’on pourrait protéger se situe au-delà
    de 360 km. On voit, compte tenu de l’implantation des centrales nucléaires
    dans notre pays, que c’est l’ensemble du territoire qu’il faudrait protéger et
    non pas la population des quelques kilomètres au voisinage des réacteurs.

    Le Pr Schlumberger de l’Institut Gustave-Roussy concluait de la façon
    suivante son article intitulé « Les cancers de la thyroïde après Tchernobyl »
    publié dans la très officielle revue de la Société française de radioprotec-
    tion, Radioprotection (1994, vol. 29, n° 3, p. 397-404) : « L’accident de
    Tchernobyl a montré que les populations vivant à plusieurs centaines de
    kilomètres de la centrale (région de Brest notamment) (il s’agit de la région
    de Brest-Litovsk en Biélorussie, à la frontière polonaise) peuvent être for-
    tement contaminées et développer dans les années qui suivent un cancer
    de la thyroïde.

    Ceci montre que les plans d’intervention doivent être établis au niveau
    d’un pays, voire d’un continent. » On voit que la distribution d’iode dans un
    périmètre de 5 km autour des centrales françaises est un signe de panique
    irrationnelle et d’incompétence notoire des autorités qui seraient chargées
    de gérer une « urgence radiologique » (terme pudiquement utilisé officielle-
    ment pour catastrophe nucléaire). Irrationalité non pas par rapport à l’éven-
    tualité d’un désastre nucléaire mais par rapport à l’efficacité de ces autori-
    tés pour gérer de tels événements. À moins bien sûr que ces distributions
    de comprimés d’iode stable ne soient pas envisagées pour protéger les
    thyroïdes de la population mais pour réduire ce que les experts en catas-
    trophes industrielles nomment maintenant le « risque psychologique » qui
    pourrait conduire les habitants près des centrales nucléaires à exiger rapi-
    dement leur mise à l’arrêt. En cas d’accident grave, ce « risque psychologi-
    que » pourrait amener des « turbulences sociales » particulièrement redou-
    tées des gestionnaires. Ils espèrent qu’une population qui se croit protégée
    demeure plus calme. En somme, ces comprimés d’iode stable n’auraient
    qu’un rôle de tranquillisant. De plus, on essaie par cette procédure de res-
    ponsabiliser les gens. En somme, s’il leur arrive des ennuis de santé après
    un accident nucléaire, ce sera parce qu’ils n’ont pas pris correctement leur
    iode stable. C’est la victime qui devient responsable. Une trouvaille !

    Quelques problèmes

     Faut-il donner les comprimés aux enfants quand ils vont à l’école ? Faut-il
    les confier aux enseignants ?
     Faut-il que les gens qui quittent leur habitation emportent les comprimés
    avec eux ?
     Faut-il que les étrangers aux communes concernées se déclarent à la
    mairie pour obtenir leurs comprimés ?
     Comment procéder pour les gens qui habitent hors de la zone concernée
    par les comprimés et vont travailler dans cette zone ? Devront-ils se décla-
    rer dans les mairies, faudrait-il les ficher ?
     Faut-il avertir les touristes qui ont l’intention de se rendre dans des zones
    à haut risque qu’ils devront avoir leur comprimé ? Où pourront-ils l’obtenir ?
    Dans les agences de tourisme ? Dans les syndicats d’initiative ? Dans les
    mairies ? Ces organismes distributeurs devront-ils être ouverts en perma-
    nence 24 h/24 ?
     Si l’information pour la prise d’iode est faite par radio, ne faudrait-il pas
    fournir à la population des récepteurs à piles pour le cas où l’accident nu-
    cléaire s’accompagnerait d’une panne de courant ?
    Finalement le système soviétique qui interdisait à la population de se dé-
    placer hors du lieu de résidence sans une autorisation, simplifierait notable-
    ment la gestion de ces comprimés d’iode stable. L’organisation autoritaire
    de la société est probablement la meilleure solution pour gérer l’énergie
    nucléaire ! 

    Roger Belbéoch’h

    Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine, n° 77
    Septembre 1997

    lundi 5 mars 2018

    [Propagande de guerre] Couverture médiatique de la Ghouta : ou comment faire le jeu des djihadistes (1) / [War propaganda] Media coverage of Ghouta: or how play in the hands jihadists ( 1 )

    source : https://www.les-crises.fr/couverture-mediatique-de-la-ghouta-ou-comment-faire-le-jeu-des-djihadistes/

    Comme à chaque fois que les djihadistes (hors Daech) perdent du terrain en Syrie (interventions aériennes russes en 2015, libération d’Alep en 2016…), nous subissons une intense propagande médiatique visant à influencer l’opinion publique pour lui faire prendre parti dans la complexe guerre civile syrienne. Ce parti étant évidemment celui du Quai d’Orsay (administration noyautée par la pensée néoconservatrice) qui abonde quasi systématiquement dans le sens de la politique extérieure des États-Unis. Rien de bien nouveau, je vous renvoie à l’ouvrage central de Noam Chomsky : La fabrication du consentement.
    J’en profite également pour rappeler les principes de la propagande de guerre que l’historienne Anne Morelli a énoncés à partir des écrits durant la guerre de 1914 du député travailliste Arthur Ponsonby :
    1. Nous ne voulons pas la guerre.
    2. Le camp adverse est le seul responsable de la guerre.
    3. Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l’affreux de service »).
    4. C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers.
    5. L’ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c’est involontairement.
    6. L’ennemi utilise des armes non autorisées.
    7. Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes.
    8. Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.
    9. Notre cause a un caractère sacré.
    10. Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.
    On voit très facilement que la plupart de ces principes s’appliquent parfaitement à la guerre de communication livrée actuellement dans nos médias contre le gouvernement syrien (quoi qu’on pense de lui – et ici nous n’en pensons pas du bien) à propos de la bataille de la Ghouta. Mais nous reviendrons tout d’abord brièvement sur la bataille d’Alep.
    Sommaire :
    1. Des nouvelles d’Alep
    2. La propagande de guerre autour du drame de la Ghouta
    3. Éléments de langage de cette propagande de guerre
    4. Illustrations de propagande cartographique – Le Monde est à l’honneur
    5. Épilogue
    P.S. si vous manquez de temps, je vous recommande de lire au moins la partie 4/

    1/ Des nouvelles d’Alep

    Le climat actuel rappelle la fine subtilité, la grande probité et le sens de la nuance qui s’est fait ressentir durant la couverture médiatique de la reprise d’Alep fin 2016, comme ici :
    lib-36
    Le lecteur notera avec tristesse que, hélas, nous n’avons pas été submergés de témoignages d’Alep, un an après ; on signalera néanmoins cet article du grand quotidien libanais L’Orient-Le Jour qui a fait preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle en décembre dernier (source) :
    En effet, désormais dans tour Alep, les chrétiens peuvent fêter Noël – ce qui n’était évidemment pas le cas dans le djihadistan qui s’était créé dans la partie orientale de la ville… Bien évidemment, cela donné lieu à des images utilisées par la propagande progouvernementale, mais qui restent intéressantes :

    2/ La propagande de guerre autour du drame de la Ghouta

    Les années passant et se ressemblant, nous retrouvons donc tous les ressorts de la propagande de guerre dans nos médias :
    On a aussi vu des images très violentes, qui posent question quant à la décence de leur utilisation, et à la propagande qu’elles servent (source) :
    Bien entendu, il n’est pas question ici de minorer les atroces souffrances du peuple syrien et des civils de la Ghouta en particulier (cela fait des années que nous dénonçons sur ce site les ingérences étrangères qui alimentent la guerre, et donc augmente le nombre de morts). Notre peine est immense, et notre solidarité avec le peuple syrien est totale.
    Nous développerons dans le prochain billet notre vision sur ce point. Nous nous concentrerons aujourd’hui seulement sur une certaine manière de traiter l’information, qui en voulant afficher les images terrifiantes d’innocentes victimes, alimente en réalité bien souvent le jeu des groupes djihadistes en Syrie.

    3/ Éléments de langage de cette propagande de guerre

    Classiquement, nous constatons que la masse des médias présente d’une manière univoque un élément particulier de l’immense tragédie syrienne, à savoir le drame de la Ghouta :
    Nous avons ici plusieurs importants éléments de langage de la propagande de guerre en Syrie.
    Le premier est de délégitimer le gouvernement syrien. Il n’a plus droit au titre de “gouvernement”, mais à celui de “régime”. Cela s’applique à la plupart des gouvernements que nos dirigeants n’apprécient pas. Chose amusante, vous noterez que plus ils en détestent un, moins le mot “gouvernement” est employé dans le traitement de l’information.
    Pourtant, si on peut imaginer la difficulté pour beaucoup d’utiliser le bon terme en raison de la charge émotionnelle évidente que cela implique, le gouvernement syrien reste toujours l’autorité reconnue internationalement, il a conservé son siège à l’ONU, et ses ambassadeurs dans beaucoup de pays.
    Dépêche de l’agence de presse officielle chinoise
    Article d’un des principaux quotidiens indiens
    Le phénomène se passe évidemment à l’identique avec le Venezuela, la Corée du Nord, et, dans une moindre mesure, la Russie :
    A contrario, il y a toujours bien, généralement, un “gouvernement” en Chine, au Qatar ou en Arabie Saoudite :
    Ainsi, ne pas employer le mot “gouvernement” uniquement pour la Syrie, et continuer à l’employer pour la Chine ou l’Arabie, c’est donc déjà prendre parti, ce qui n’est pas le rôle de la presse.
    Le deuxième élément de langage est de légitimer au maximum les groupes armés combattant le gouvernement syrien. Et quand ce n’est pas possible, il s’agit alors, à tout le moins, de ne surtout pas les délégitimer. C’est pourquoi la presse utilisera le terme “rebelles”, quand ce ne sera pas “résistants” ; ils se garderont donc bien de citer de manière trop apparente ou trop fréquente les mots “djihadistes”, “salafistes”, “islamistes”, “Frères Musulmans” ou “al-Qaïda”. Nous y reviendrons ci-après.
    Le troisième élément va consister à parler essentiellement de “populations assiégées” par l’armée. Il s’agit ici de masquer au maximum les faits suivants :
    1/ il y a des soldats (islamistes) dans la Ghouta. Il s’agira pour les grands médias de ne presque jamais les montrer. L’accent est mis sur les morts civiles (chaque mort est bien évidemment profondément tragique), mais les médias éviteront en général de diffuser des images des combattants islamistes de la Ghouta. Bien entendu, il le feront de temps en temps, pour échapper à l’accusation de cacher la réalité, et de disposer de “preuves de leur bonne foi”. Mais l’important est que ceci n’aura nullement marqué l’esprit des lecteurs.
    Bien entendu, ils le feront de temps en temps, pour échapper à toute accusation de dissimulation la réalité, en disposant ainsi de “preuves de bonne foi”. Mais l’important est que ceci n’aura nullement marqué l’esprit des lecteurs, car comme on le sait, c’est par l’intensité d’une couverture médiatique, par la répétition, et l’omniprésence d’une information que le lecteur sera imprégné des données rapportées. Ainsi, faire un article ici et là, noyé dans un flot continu d’informations qui présentent une ligne bien différente, ne suffit pas pour affirmer que l’information à bel et bien été couverte.
    Il suffit de comparer la couverture médiatique des civils de la Ghouta avec ceux de Raqqa ou de Mossoul, dont les médias ont aussi parlé :
    Mais, en réalité, les médias en ont parlé beaucoup moins, avec moins d’intensité, et sans militantisme (qui a proposé de poursuivre le gouvernement irakien pour crimes de guerre ?).
    2/ ces soldats tirent régulièrement sur Damas, tuant de nombreux civils. Le fait que ces attaques aient lieu aussi fréquemment, tuant beaucoup de civils, sera au maximum caché. Pour illustrer la situation, voici quelques exemples du seul mois de novembre 2017 (attention, la source est l’édition française de l’agence de presse officielle syrienne Sana, d’où le terme de propagande “martyrs” – on prendra donc ceci avec une grande prudence, mais les tirs de roquettes répétés sont avérés – source) :
    Tous ces morts dans la zone gouvernementale de Damas (tout comme ceux dans la partie occidentale d’Alep) n’ont évidemment guère intéressé ni les médias ni nos belles âmes du Quartier latin.
    Je ne parle évidemment même pas de ce genre d’information :
    3/ il y a plus de deux ans, c’est en fait Damas qui était assiégée, en partie par les combattants de la Ghouta orientale. Ceci n’est resté dans l’esprit de personne, car cela ne faisait l’objet que de rares informations à l’époque. Bref, la situation sur le terrain s’est désormais totalement inversée ; la comparaison des deux traitements médiatiques doit donc être au maximum évitée… Je vous renvoie cependant sur ce témoignage poignant de 2015 (Source) :
    4/ dans sa propagande, le gouvernement syrien déclare qu’il réagit (et on peut évidemment critiquer la réaction) à des tirs de roquettes ciblant sa population civile, tirées depuis des zones tenues par des islamistes. On évitera donc soigneusement de voir fleurir dans les médias, là encore, toute comparaison avec les réactions de même nature d’autres gouvernements de la région… (Source)
    Évidemment, on n’imagine pas un journaliste parler du “Boucher de Tel-Aviv à la tête d’un régime d’extrême droite”. Il subirait dès lors, à raison, toutes les foudres médiatiques pour son manque de rigueur…

    4/ Illustrations de propagande cartographique – Le Monde est à l’honneur

    Illustrons donc cette problématique du siège, avec ces cartes d’origine AFP ; ici en janvier 2018 :
    et ici mi-février :
    Mais c’est Le Monde qui va, évidemment, le mieux illustrer le problème. Le 21 février, il a publié cette carte, dans la lignée de l’AFP :

    Mais, les évènements devenant encore plus graves, Le Monde a tenté de mieux expliquer la réalité.
    Ceci nous amène à Delphine Papin, Responsable du service Infographie-cartographie au Journal Le Monde. Elle s’était déjà illustrée sur Alep en 2016 (source) :

    Madame Papin a publié sur Twitter le 1er mars une carte, vraiment très bien faite, qui montre les différentes factions des groupes armés tenant la Ghouta (source) :
    Nous constatons que la présentation est très honnête : faites votre choix à la Ghouta entre les salafistes, les islamistes et les djihadistes d’al-Qaïda !
    Bien entendu, dire ceci pose un vrai problème, car on comprend que dans ces conditions les quelques démocrates défendant les Droits de l’Homme (et de la Femme) sont manifestement minoritaires et doivent se terrer pour ne pas avoir de lourds ennuis… Dès lors, on est moins tenté de “soutenir” inconditionnellement les rebelles face au gouvernement syrien. Voici d’ailleurs une autre partie du témoignage de 2015 (Source) :
    Bref, un moment de vie à la Ghouta…
    Mais revenons au Monde. Que fait alors un média mainstream quand les faits viennent contrarier sa propagande de guerre ? Eh bien il tord les faits dérangeants, ou plutôt, il les passe sous silence (un média professionnel de la propagande évitera toujours le pur mensonge, qui peut être assez risqué).
    Illustration : dans la carte précédente, la zone microscopique en bleu est tenue par Ahrar Al-Cham, et il est indiqué que son affiliation est… Ahrar Al-Cham, ce qui ne veut rien dire. C’est une petite erreur, signalée par @Kimyongur, qui a été corrigée, et publiée cette fois sur le compte Twitter du Service infographie et cartographie du Monde le 2 mars (source) :
    Ahrar Al-Cham est donc bien classé “salafiste”, ce qui boucle la boucle…
    Mais avez-vous noté comme le Monde ne s’est pas contenté de modifier l’affiliation de ce groupe ; il a également modifié autre chose qui a toute son importance :
    Eh oui, il en a profité au passage pour “dés-islamiser” Faylaq Al-Rahman, qui est devenu “neutre” ; et donc une bonne partie de la Ghouta semble désormais préservée des islamistes…
    Et donc le Monde a pu publier la seconde version carte dans l’édition papier datée du 3 mars :
    Le changement est assez logique, car le texte indique ceci :
    Ainsi, le groupe armé qui s’appelle “La légion du Tout-Miséricordieux”, et abrite des “éléments proches des Frères Musulmans” (qui font passer Tariq Ramadan pour un joyeux drille) appartiendrait à “la branche modérée de la rébellion” et n’a “pas d’idéologie très marquée” (peut-être même qu’ils sont féministes, qui sait ?).
    L’opération de nettoyage de la légende est donc logique. Reste à savoir si ce groupe Faylaq Al-Rahman est vraiment islamiste ou pas.
    On peut demander son avis à l’Institut Tony Blair pour le changement global (source) :
    “Faylaq al-Rahman, une faction armée islamiste qui adopte l’idéologie des Frères Musulmans
    On peut aussi demander à l’Institut pour l’étude de la guerre de Kimberly Kagan (source – notez que nous faisons vraiment dans les think-tanks mainstream et néocons…) :
    Je ne traduis pas “Political Islamist”…
    Mais enfin, bon, quand j’ai un doute, je consulte Le Monde – et particulièrement cet article du 22 mars 2017 :
    “Faylaq al-Rahman, une coalition de brigades à dominante islamiste
    Ainsi on constate ceci :
    Faylaq al-Rahmane : à raison, “Islamiste” le 1er mars, mais devenu “modéré” “sans idéologie” dans l’édition du 2 mars : la magie de la propagande du Monde…
    Enfin, petit bonus que ne verra pas le lecteur du Monde : cette dénonciation par ce site d’information de la torture l’été dernier de cet homme par des membres (modérés ?) de Faylaq al-Rahman, dont un a gravé son nom avec un couteau dans le dos du jeune homme (témoignage à prendre évidemment avec prudence dans ce contexte) :
    Mais ceci n’étonnera finalement que les personnes croyant en la fable des “rebelles modérés” que Le Monde tente une nouvelle fois de nous vendre, comme on l’a vu.
    Sur cet important sujet, nous laisserons donc la parole à Robert Baer, ancien chef de région de la CIA pour le Moyen-Orient (c’est lui qui a inspiré le film Syriana). Il déclarait ceci en septembre 2014 :
    “Il n’y a pas de [rebelles] modérés en Syrie !” [Robert Baer, CNN, 09/2014]

    Épilogue

    Après ce grand moment de déontologie, d’honnêteté de l’information et de lutte contre la propagande islamiste, je ne résiste pas pour conclure à vous montrer le tweet de Delphine Papin qui suivait sa carte :
    Il est vrai que l’urgence au Monde, c’est de se moquer du Média, petit média citoyen.
    Qui a une énorme différence avec le Monde : il n’a pas de gros moyens (d’où cette petite erreur d’un point quelques centimètres trop bas) ; mais il est à noter que ces moyens ont été apportés par les lecteurs.
    Car si Le Monde était privé des subventions de l’État, des subventions des actionnaires milliardaires, et des subventions de Facebook et compagnie, il y a belle lurette que ce journal aurait rejoint ses prédécesseurs tels l’Aurore, le Matin ou le Temps, et madame Papin devrait prendre ses crayons de couleur et aller faire des piges ailleurs…
    À suivre…
    Olivier Berruyer
    Edit : coup de chapeau à ce monument de propagande sorti peu après ce billet, et qui, donne, oui, envie de hurler…
    On notera au passage le pas discret cirage des pompes du Président par le chien de garde du quai d’Orsay, c’est toujours bon pour garder son emploi…

    90 réponses à Couverture médiatique de la Ghouta : ou comment faire le jeu des djihadistes (1)

    Commentaires recommandés

    DUGUESCLINLe 05 mars 2018 à 07h09
    Qui empêche les couloirs humanitaires mis en place par les russes et l’armée syrienne??
    Les syriens et les russes bombarderaient-ils leurs propres couloirs???
    Dans ce contexte qui tient les civils en otage??
    Les médias pourraient, au moins, avoir un minimum de logique dans leur propagande et cesser de nous prendre pour des bornes..