dimanche 11 février 2018

INTERVIEW – Dominique Vidal : confondre antisionisme et antisémitisme est une « erreur majeure » / INTERVIEW - Dominique Vidal: to confuse antiZionism and anti-Semitism is a " major error "

Dans son dernier ouvrage, le journaliste et historien français s’adresse directement à Emmanuel Macron qui, à l’occasion des commémorations de la rafle du Vél d’Hiv en juillet 2017, avait défini l’antisionisme comme « la forme réinventée de l’antisémitisme »
Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou tiennent une conférence de presse conjointe le dimanche 16 juillet 2017 à l'occasion des commémorations du 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, à Paris (AFP)
Roxanne D'Arco's picture
7 février 2018
Dernière mise à jour : 
08 février 2018
C’était un jour de mémoire en France. Le 16 juillet 2017, Emmanuel Macron fait un discours à l’occasion des commémorations de la rafle du Vél d’Hiv, en région parisienne. Au détour d’une phrase, le président de la République lâche soudain : « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».
Il n’en fallait pas plus pour que Dominique Vidal, journaliste et historien, réplique avec un nouvel ouvrage, Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron, qui vient de paraître aux éditions Libertalia.
Pourrait-on condamner l’antisionisme un jour en France ? Que signifie cet amalgame ? Est-il spécifique à la France ? Et quel impact sur la liberté d’expression ? L’auteur répond aux questions de Middle East Eye.
Middle East Eye : On comprend bien que c’est la déclaration d’Emmanuel Macron, qui confond antisionisme et antisémitisme lors des commémorations du 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, d’ailleurs en présence de Benyamin Netanyahou, qui vous a poussé à écrire Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron. Qu’est-ce qui vous a indiqué qu’un livre était justement la meilleure réponse à apporter ?
Dominique Vidal : J’étais déjà surpris, la veille, le 15 juillet 2017, d’apprendre que Benyamin Netanyahou avait été invité. C’est quand même la première fois qu’un Premier ministre israélien est convié à la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. C’était déjà étrange…  J’étais donc d’autant plus attentif et j’ai écouté en direct tous les discours, dont celui d’Emmanuel Macron, que j’ai trouvé excellent. C’était pédagogique et remarquable.
On pourrait le considérer dans le prolongement du discours de Chirac [le premier président français à reconnaître la responsabilité du pays dans la rafle du Vél d’Hiv, en 1995] qui tenait en deux phrases [« (…) ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français »]. Alors que là, Macron expliquait pourquoi la France était responsable de la déportation et du génocide des juifs qui vivaient alors en France. D’ailleurs, on dit souvent des juifs français, mais il y a avait beaucoup d’étrangers. La majorité des 75 000 juifs de France déportés, c’était des juifs étrangers.
On ne peut laisser traîner l’idée que le délit d’opinion pourrait être instauré en France. Ce serait contraire à la Constitution, à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à toutes les lois, y compris européennes
Donc j’étais très content de suivre ce discours. Et à la fin, j’entends cette phrase : « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Je me dis que j’ai mal entendu et me précipite sur les sources officielles. Je vois que la phrase existe, que donc l’antisionisme est une forme réinventée d’antisémitisme !
J’ai donc décidé le soir-même d’écrire un livre. Dans cette phrase de Macron, il y a, d’une part, une erreur historique majeure sur les rapports entre les juifs et le sionisme, et d’autre part, une faute politique, qui consiste à ouvrir la voie à un délit d’opinion, qui n’existe plus en France depuis la guerre d’Algérie [entre 1954 et 1962]. Je me souviens encore des journaux de l’époque avec les espaces blancs, parce que la censure faisait disparaître des articles !
On ne peut laisser traîner l’idée que le délit d’opinion pourrait être instauré en France. Ce serait contraire à la Constitution, à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à toutes les lois, y compris européennes. On est dans quelque chose d’absurde historiquement et politiquement.
Middle East Eye : Le sionisme était-il majoritaire à ses débuts auprès des communautés juives de par le monde ?
DV : Dans différentes périodes, à des degrés divers, le sionisme a été une idéologie marginale parmi les juifs. C’est un point étonnant pour beaucoup de monde. Visiblement, le président de la République ne sait pas qu’entre 1897, date du premier congrès sioniste mondial, et 1939, l’immense majorité des juifs, soit 90 à 95 % des juifs du monde entier, ne veulent pas du projet de Théodore Herzl [journaliste et écrivain austro-hongrois considéré comme « le père du sionisme »].
Dans différentes périodes, à des degrés divers, le sionisme a été une idéologie marginale parmi les juifs
Le projet des communistes juifs, c’est la révolution. On a vu ensuite que c’était plus compliqué… Le projet des bundistes [de l’Union générale des travailleurs juifs, présente dans l’Empire russe], c’est l’autonomie culturelle des juifs là où ils vivent, et c’était surtout à l’est.
À l’ouest, le problème ne se posait quasiment plus dans ces termes. On avait une émancipation qui avançait. Et puis, il y a avait des juifs orthodoxes, donc religieux, pour qui l’établissement d’un État juif, où que ce soit, était un blasphème. Pour eux, il ne pouvait y avoir un État juif que le jour où le messie viendrait.
MEE : Le génocide aurait donc changé la donne pour le sionisme ?
DV : Il y a le génocide, et je dirais surtout l’après-génocide. Des centaines de milliers de survivants se retrouvent dans l’impossibilité de rentrer chez eux. Il y a des pogroms en Pologne. Le retour est très difficile à imaginer.
Des soldats soviétiques sont photographiés près de prisonniers juifs en Pologne après leur libération d'un camp de la mort nazi (Getty Images)
Ils veulent tous aller aux États-Unis mais il n’y a plus de visas depuis la loi Johnson-Reed de 1924 [qui autorise l’entrée aux États-Unis d’un contingent égal à 2 % seulement de la population de chaque groupe ethnique recensé en 1890], donc une bonne partie d’entre eux part en Palestine. D’abord illégalement, puis légalement après la proclamation d’Israël en mai 1948.
Aujourd’hui, la majorité des juifs continue à ne pas vivre en Israël. Faut-il les qualifier d’antisionistes et donc d’antisémites ?
Mais lorsqu’on fait les comptes, la plupart des migrations ne sont pas des choix sionistes, elles sont obligées, par exemple pour les juifs des pays arabes. Aujourd’hui, la majorité des juifs continue à ne pas vivre en Israël. Faut-il les qualifier d’antisionistes et donc d’antisémites ? Des millions de juifs seraient antisémites par refus du projet sioniste ? Ça n’a strictement aucun sens historiquement ! Emmanuel Macron s’est pris les pieds dans le tapis.
MEE : Pourquoi avez-vous tenu à développer ces points dans votre livre ?
DV : Cette partie est importante parce qu’elle montre pourquoi certaines aberrations et certains dérapages idéologiques peuvent amener à nier la réalité de l’Histoire. Le fait que le sionisme est minoritaire ne le condamne pas. C’est un point de vue qui se défend. Je ne le partage pas, d’autant moins que je suis d’origine juive, que mon père était à Auschwitz et que je ne pense pas pour autant – ni lui d’ailleurs – qu’on doive quitter la France pour aller vivre en Israël.
MEE : Vous dénoncez cette phrase d’Emmanuel Macron comme étant inappropriée historiquement mais aussi politiquement. En quoi l’est-elle sur ce second plan ?
DV : Si vous ajoutez les questions politiques elles-mêmes, on est là dans quelque chose de grave. Certains conseillers disent à qui veut l’entendre : « Nous n’avons pas invité Benyamin Netanyahou à la cérémonie ». Il se serait invité comme il l’avait fait à la manifestation du 11 janvier 2015. Mais on lui a donné la parole. Pourquoi, s’il n’était pas invité ?
On lui confère une parole officielle… en plus de tout confondre et de donner l’impression que les juifs victimes de la rafle seraient aujourd’hui représentés par le Premier ministre israélien, l’un des pires de l’Histoire d’Israël ! C’est quand même une drôle de confusion. J’ajoute au passage que lorsque le président Macron s’adresse à Netanyahou, il dit « Cher Bibi », ce qui instaure une certaine intimité. Imagine-t-on que l’autre réponde « cher Manu » ? C’est assez gênant.
Emmanuel Macron reçoit Benyamin Netanyahou à son arrivée à l'Élysée, le 15 juillet 2017 (AFP)
Concernant cette fameuse phrase, des conseillers expliquent qu’elle n’y était pas dans le discours initial et aurait été ajoutée, possiblement par un conseiller. Mais Emmanuel Macron l’a dite, je l’ai entendue ! Je veux bien le croire, mais cela conduit alors à une réflexion sur la fonction de président de la République. Est-ce qu’il s’agit de lire des textes avec lesquels on ne serait pas d’accord ? Rétrospectivement, on sent qu’il y a une certaine gêne autour de cet événement. Donc raison de plus, selon moi, pour enfoncer le clou. L’Histoire, c’est l’Histoire, qu’elle plaise ou non à Benyamin Netanyahou et à l’extrême-droite israélienne.
MEE : En France, sommes-nous dans une période où l’on confond tout pour ne pas justement critiquer la politique d’Israël, qui cherche, par exemple, à tout simplement annexer les territoires colonisés (ce que permettrait la loi du 6 février 2017, actuellement gelée par la Cour suprême) ?
DV : On est, en Israël, dans une évolution législative qui veut dire en clair : jamais deux États. Et surtout, vu qu’on parle d’annexer les Palestiniens avec leurs terres, c’est une forme d’apartheid à l’israélienne, et assumée.
En tant que journaliste depuis 1973, je constate qu’il n’y a plus le même enthousiasme à travailler sur cette question. On sent que les confrères et les consœurs ont peur
On va, ou on veut, créer une espèce d’interdiction de critique de la politique israélienne. Mais à mon avis, ça ne passera jamais.
En France, avec toutes les pressions possibles à l’intérieur comme à l’extérieur, on n’imagine pas que le Conseil constitutionnel valide la création d’un délit d’opinion, qui est anticonstitutionnel. On n’imagine même pas que le gouvernement puisse accepter qu’un tel projet puisse être discuté.
Un sympathisant de la cause palestinienne participe à une manifestation devant l’Opéra de Paris contre la visite du Premier ministre israélien en France le 31 octobre 2012 ( Reuters)
Le projet de loi de Francis Khalifa, le président du CRIF [Conseil représentatif des institutions juives de France], visant à sanctionner l’antisionisme est un projet qui n’est pas dicible pour un ministre. Toutes les pressions n’y feront rien. Il n’y aura pas de loi créant un délit d’opinion. En revanche, toute l’agitation autour de ce projet va faire pression sur les gens. Et, en tant que journaliste depuis 1973, je constate qu’il n’y a plus le même enthousiasme à travailler sur cette question. On sent que les confrères et les consœurs ont peur.
MEE : Le CRIF, justement, estime aussi que le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) est illégal…
DV : Je crois que cette discussion de loi contre l’antisionisme vise, en réalité, à contrer le mouvement BDS. Le CRIF a beau dire que c’est interdit, ce n’est pas vrai. Il n’y a pas de loi qui interdise le boycott en France. Une directive a été signée en ce sens par Michèle Alliot-Marie [ancienne ministre de la Justice entre 2009 et 2010, sous Nicolas Sarkozy], mais ce n’est « qu’une » directive au parquet. En plus, la plupart des parquets n’ont pas suivi. Il y a eu très peu de procès.
Je crois que cette discussion de loi contre l’antisionisme vise, en réalité, à contrer le mouvement BDS
La directive disait que le BDS constituait « une forme d’incitation à la haine raciale [qu’il faut] donc poursuivre ». Christiane Taubira [ancienne ministre de la Justice de 2012 à 2016, sous François Hollande], pour qui j’ai beaucoup d’estime, n’a pas eu le courage de l’abroger, ce qu’elle aurait pu faire sans la moindre difficulté. Je le regrette beaucoup…
Outre cela, il y a un arrêt de la Cour de cassation sur l’affaire de Colmar [2009], mais ça n’a pas de valeur générale. Et les avocats ont porté l’affaire devant la Cour de justice européenne. On n’a pas encore le résultat, mais Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a déclaré à plusieurs reprises que pour l’Union européenne, le BDS entre dans le cadre de la liberté d’expression. Ça ne garantit pas le jugement, mais ça donne une idée.
MEE : Pourquoi la vraie cible serait-elle le mouvement BDS ?
DV : Quand on dit BDS, on pense au bon petit militant qui entre dans son supermarché et va refuser d’acheter des oranges de Jaffa ou des dattes de la vallée du Jourdain. C’est tout à fait légitime et sympathique. Mais ce n’est pas ça, le BDS ! La réalité, c’est que le fond de pension de la Norvège, le plus grand d’Europe, s’est retiré des territoires occupés et d’Israël. Et il y en a d’autres ! C’est quelques-unes des plus grandes entreprises mondiales qui se retirent. La plupart des grandes banques des pays nordiques sont partis.
L’ancien ministre israélien des Finances, Yaïr Lapid, qui n’est pas du tout un révolutionnaire, a estimé en 2015 que le mouvement BDS ferait perdre 44 milliards de dollars en dix ans à Israël. La limite à la spirale de folie des dirigeants de l’extrême-droite israélienne, c’est ça. Et c’est aussi ce qui permet de faire réfléchir les gouvernements.
MEE : Pour revenir à la France, Emmanuel Macron n’est pas le premier à faire l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme, Manuel Valls le fait depuis quelques années… Est-ce une particularité française ?
DV : C’est la particularité de deux pays en Europe, ce sont d’ailleurs les seuls pays au monde, puisqu’aux États-Unis, le débat est ouvert. Là-bas, deux voix se font entendre : l’une qui est pro-israélienne, et une seconde, plutôt critique de la politique d’Israël, exprimée par J Street, par exemple.
Autre point perturbant, c’est qu’Israël devient l’enfant chéri de toute l’extrême droite européenne. Ils sont engagés contre l’islam, contre les migrants… et Israël est au premier rang contre l’islam
En France, ces deux voix existent mais elles n’ont pas le même écho. Le CRIF, c’est quelques milliers de personnes non représentatives de la majorité. En face, il y a l’Union juive française pour la paix, mais c’est une petite association. Il y a aussi des intellectuels, des groupes, mais il est vrai que les deux courants ne s’expriment pas de manière égale.
L’autre pays où l’on rencontre ces difficultés, c’est l’Allemagne, mais pour des questions historiques évidentes. C’est très difficile pour un Allemand de critiquer Israël.
« Autre point perturbant, c’est qu’Israël devient l’enfant chéri de toute l’extrême droite européenne. Ils sont engagés contre l’islam, contre les migrants… et Israël est au premier rang contre l’islam. C’est très effrayant d’entendre les partis d’extrême-droite en Europe, de voir des gens qui sont ou ont été antisémites, être pro-israéliens.

Dominique Vidal, Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron (Libertalia, février 2018)

source : http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/interview-dominique-vidal-confondre-antisionisme-et-antis-mitisme-est-une-erreur-majeure

jeudi 8 février 2018

Jazz improvisation duo : Chick Corea & Hiromi - incredible...no we can't :-)

Ajoutée le 24 oct. 2010

Duet 02 Old Castle, by the River, in the Middle of a Forest

lundi 5 février 2018

Nucléaire : danger immédiat, et ça se passera près de chez vous / Nuclear power: immediate danger, and that will take place near you

Nucléaire : danger immédiat






Nucléaire : danger immédiat

Et ça se passera près de chez vous !


    Pour en finir avec un mensonge d’État !
    Deux Français sur trois vivent à moins de 75 kilomètres d’une centrale nucléaire alors que la menace d’un accident grave n’a jamais été aussi forte.
    Au-delà des discours si rassurants des défenseurs du nucléaire, la situation dans nos 19 centrales est plus que préoccupante. Comme le révèle cette enquête, de nombreux réacteurs ont très mal vieilli (notamment à Gravelines, au Bugey ou à Tricastin) : cuves fissurées, enceintes de « confinement » passoires, équipements essentiels non conformes… Tout est réuni pour que survienne une catastrophe. Sans compter, les risques externes, sans cesse minimisés, qui, à l’image du dangereux barrage de Vouglans dans le Jura, menacent la sûreté de certaines centrales.
    Financièrement exsangue, incapable d’investir dans de nouveaux outils de production, EDF manœuvre pour imposer la prolongation de ses centrales au-delà du raisonnable. Cette impasse financière, technique et humaine intervient à un moment clé : 48 réacteurs (sur 58) vont atteindre d’ici à 2028 le seuil critique, considéré comme maximal, des 40 années de fonctionnement. 
    Parce que le complexe nucléaire tricolore est aujourd’hui en faillite, en raison des gestions hasardeuses des deux principales entreprises publiques (EDF et Areva), parce que la France a lié son avenir à celui du nucléaire en retardant toute vraie transition énergétique, le piège est en train de se refermer. 
    Et ça se passera près de chez vous…
    • Flammarion Enquête
    • À paraître le 07/02/2018
    • Genre : Documents


    "Nucléaire, danger immédiat": les centrales françaises pointées du doigt"


    Les auteurs de l'ouvrage indiquent que des fissures avaient été découvertes sur le réacteur numéro 1 de la centrale du Tricastin (photo) (Drôme, sud-est) dès avant sa mise en service et que, "au cours de la troisième visite décennale, les études ont révélé trois fissures qui n'avaient pas été notées avant". © afp.
    Un livre à paraître mercredi met en cause la sûreté des centrales nucléaires françaises, évoquant notamment des fissures sur les cuves de plusieurs réacteurs, ce que l'opérateur énergétique français EDF a démenti lundi en menaçant les auteurs de poursuites.
    "L'accident grave devient, non plus possible, mais probable", écrivent Thierry Gadault et Hugues Demeude dans leur livre "Nucléaire - Danger immédiat" à paraître mercredi chez l'éditeur Flammarion.

    Les auteurs indiquent que des fissures avaient été découvertes sur le réacteur numéro 1 de la centrale du Tricastin (Drôme, sud-est) dès avant sa mise en service et que, "au cours de la troisième visite décennale, les études ont révélé trois fissures qui n'avaient pas été notées avant".

    France, Belgique: même combat?

    Le Tricastin est ainsi qualifié de "pire centrale du pays" pour un ensemble de problèmes. La centrale avait été mise provisoirement à l'arrêt l'an dernier à la suite d'une demande de l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) pour renforcer une digue jugée trop fragile au nord de l'installation.

    L'ouvrage indique par ailleurs que "les autorités belges ont mis en évidence des milliers de fissures dans des endroits non inspectés en France", en raison de bulles d'hydrogène prisonnières du métal. En France, des analyses ont ensuite permis d'établir que "six cuves sont fragilisées par des fissures de même type que les défauts belges", écrivent les auteurs.

    EDF dément

    EDF a aussitôt démenti en affirmant qu'aucun nouveau problème n'avait été détecté sur le parc nucléaire français, composé de 58 réacteurs. "Un certain nombre de choses sont vraies et connues depuis longtemps", a indiqué Dominique Minière, directeur du parc nucléaire et thermique d'EDF, lors d'une conférence téléphonique. "Après il y a un certain nombre de faits qui sont présentés comme nouveaux et ceux-là (...) sont faux", a-t-il affirmé.

    Concernant le Tricastin 1, "rien de nouveau" n'y a ainsi été mis en évidence lors de la troisième visite décennale, selon lui. "Il n'y a pas de défaut dû à l'hydrogène dans nos cuves", a-t-il encore indiqué.

    Des poursuites en diffamation?

    EDF a par ailleurs publié un communiqué pour affirmer que "la sûreté nucléaire est sa priorité absolue". L'opérateur énergétique indique qu'il se réserve le droit "d'entamer des poursuites... y compris en diffamation".

    Contactée par l'AFP, l'ASN n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat. "L'ASN souhaite prendre connaissance du contenu de l'ouvrage avant toute prise de parole", indique le gendarme du nucléaire.

    source : 
    http://www.7sur7.be/7s7/fr/2765/Environnement/article/detail/3362446/2018/02/05/Nucleaire-danger-immediat-les-centrales-francaises-pointees-du-doigt.dhtml

    lundi 29 janvier 2018

    Interview de Stéphanie Gibaud, auteure courageuse du livre "La traque des lanceurs d'alerte" / Interview of Stéphanie Gibaud, brave author of the book "The tracking of the throwers of alert"


    Ajoutée le 26 janv. 2018

    Dans LA GRANDE INTERVIEW, Stéphanie de Muru reçoit Stéphanie Gibaud auteur du livre «La traque des lanceurs d’alerte». En dénonçant les malversations orchestrées par la banque UBS qui l’employait, cette lanceuse d’alerte a permis à la France de récupérer 12 milliards d’euros et de mettre la main sur 38 000 comptes offshore. Aujourd’hui Stéphanie Gibaud n’a plus d’emploi et vit avec le RSA. Abonnez-vous à la chaîne YouTube de RT France : https://www.youtube.com/user/rtenfran... RT en français : http://francais.rt.com/ Facebook : https://www.facebook.com/RTFrance Twitter : https://twitter.com/rtenfrancais Google+ : https://plus.google.com/1043966433679...






    vendredi 5 janvier 2018

    Gregory Mutombo : l'éveil des consciences / Gregory Mutombo: the awakening of the consciousnesses

    Avis aux militants politiques de tous bords 

    bon, il y a ce fameux concept de réincarnation qui revient à plusieurs reprises dans le discours de Gregory Mutombo... ça risque d'en énerver plus d'un :-).  Je ne sais pas trop ce qu'il faut penser de cette hypothèse mais à ce stade, elle ne m'obsède pas, elle suscite plutôt de la curiosité. Pour le reste, comme lui, je suis convaincu que nous contribuons, par nos pensées, nos croyances, à ce monde de m... que nous observons. Un monde qui nous revient en miroir en pleine tronche. 

    Sans déflorer le sujet, voici comment je résume l'essentiel de son discours : il n'adhère pas à cette fameuse citation de Gandhi  : "sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde" et ne sépare pas, non plus, l'individuel du collectif. Tout le vivant est un. Selon Gregory, notre job sur terre n'est pas de changer le monde... depuis le temps qu'on essaye, en gros, cela ne fonctionne pas. Notre job, c'est de co-créer du neuf. Pour tenter de comprendre la nuance, eh bien, voyez cette conférence (et bien d'autres sur youtube) :  





    Alors, réforme, transition ou révolution institutionnelle... ou spirituelle ? Ivan Illich prônait la dernière solution dans la dernière partie de son oeuvre (il évoquait d'ailleurs l'idée d'un droit au chômage créateur). Quant à certains anarchistes, ils avaient eux aussi choisi leur camp : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/retours-a-la-nature-34-les-clairieres-libertaires-une-vie-communautaire-danarchiste-en-1900.

    Ce dont je suis sûr, c'est du caractère contre-productif de la violence. Certes, celle-ci peut résoudre certains problèmes à court terme - exemple : se libérer d'un joug impérialiste, se défendre contre une agression - mais elle ne prend pas en compte, ou pas suffisamment, les causes de son avènement. La violence appelant la violence, elle s'auto-entretient ainsi ad vitam aeternam. 

    En outre, le discours de Grégory me fait immanquablement penser à celui de Gregg Braden. A son propos, je vous recommande, une fois de plus sur ce blog et ce ne sera pas la dernière, cette passionnante conférence-fleuve de 4h :




    jeudi 4 janvier 2018

    Ce belge a tout quitté pour créer un Monde Nouveau : « là où tout est possible » / This Belgian left everything to create a New World: "where everything is possible"

    https://mrmondialisation.org/ce-belge-a-tout-quitte-pour-creer-un-monde-nouveau/


    (Activer les sous-titres pour l'intervention en espagnol à la fin de la vidéo.)



    1 janvier 2018

    Et il l’a vraiment fait ! C’est l’histoire pas si ordinaire d’un utopiste assumé, un jeune Belge qui n’a pas froid aux yeux et son idée folle : créer un nouveau monde ! un petit lopin de terre où l’Humain et la nature vivent en équilibre, avec le rêve de devenir auto-suffisant mais connecté. Plusieurs années après, il est fier de nous présenter son Monde Nouveau en Colombie. Rencontre avec Philippe Bekaert.


    Philippe Bekaert vient juste d’avoir 30 ans. Malgré “la folie de la jeunesse”, comme il dit, il prouve surtout qu’il a de l’aplomb et une solide maturité pour avoir créé ce petit paradis unique au monde ! Ex-jardinier indépendant à Bruxelles, Philippe était fatigué de « bosser » 14h par jour sans autre but que de travailler. Papa flamand, maman française, il a grandi à Courtrai et a fait ses études d’économie à Lille en français. C’est là qu’a germé l’envie d’un autre modèle plus respectueux de la nature et des communautés locales. Alors, pour donner plus de sens à sa vie, il est parti à l’âge de 27 ans et il ne savait absolument pas où il allait s’installer. Un choix audacieux… Aujourd’hui, après des années de travail pour tout reconstruire, il peut nous dire “Bienvenue à Mundo Nuevo, là où tout est possible”.

    Situé dans la Sierra Nevada de Santa Marta (au nord de la Colombie), juste au-dessus de Minca, Mundo Nuevo (du nom de cette vallée) est une ferme biologique et une auberge, dédiées à la durabilité et à l’éducation à travers la préservation des ressources naturelles de la terre. Projets de permaculture, de reforestation, de réserve naturelle, préservation de l’eau des montagnes, apiculture, recyclage très poussé, tout ce petit monde est animé par la nécessité d’une vie durable et la volonté d’avoir un impact positif sur son environnement. Le rêve ? Atteindre l’auto-suffisance tout en assurant l’emploi à long terme d’ici peu. Un rêve qui tient largement la route.

    Philippe nous accueille les pieds nus, connecté à la terre, avec sa longue barbe. Il a d’ailleurs fait le pari de se raser la barbe uniquement le jour où Mundo Nuevo serait auto-suffisant. En attendant, il vit dans sa petite cabane en bois construite il y a deux ans avec des matériaux de récupération et du bois offert par la forêt, tel Robinson Crusoé : “Le changement vient de soi-même. Tout le monde doit participer au changement. On n’a plus le temps d’attendre. Il est urgent de bouger. L’économie, comme on l’envisage, ne prend pas en compte le bien-être de la communauté et le respect de la nature. Ici, on essaie d’avoir un équilibre au niveau du respect de la communauté et de la nature. Notre système ne peut pas perdurer comme cela, comme le modèle économique actuel.” nous confie-t-il.

    En accueillant des voyageurs dans son “hostel” ultra-minimaliste, Mundo Nuevo se donne les moyens de concrétiser ses idées ainsi que l’emploi de 18 locaux à temps plein. C’est le noyau de son activité permettant de structurer l’ensemble de son monde. Le reste des bonnes énergies vient des nombreux volontaires qui décident de venir passer un peu de temps et de s’inspirer de cette expérimentation singulière. Tous les jours, 25 personnes s’activent dans la propriété et vivent en communauté : “nous voulons faire de Mundo Nuevo un think-tank, un incubateur, un lieu d’exposition de la vie durable!”. La ferme accueille et encadre de jeunes porteurs de projets à caractère « positifs » comme Katrina, américaine et son projet de savon naturel “sierra sana” ! Mundo Nuevo est devenu un petit laboratoire pour un monde nouveau et auto-suffisant.

    Les 4 grands principes de Mundo Nuevo sont l’eau, l’alimentation, la stabilité économique et l’énergie. Le tout animé par l’éducation, la sensibilisation et la communauté. “Sans eau, il n’y a pas de vie. Mundo Nevo a la chance d’avoir une source d’eau. La stabilité économique nous vient grâce aux voyageurs qui résident ici. L’indépendance énergétique, c’est juste un investissement. Il reste donc l’alimentation et c’est le gros morceau. Notre but final pour une alimentation durable est de cultiver et produire tout ce que l’on consomme, excepté le sel ! Avec un modèle de permaculture pour la production de tous les fruits, légumes, herbes aromatiques et épices, graines, huile d’avocat, plantes médicinales, noix, champignons, oeufs, etc…” Côté cuisine, c’est nourriture végétarienne pour tout le monde !

    L’objectif est titanesque mais pas impossible sur ce flanc de montagne de 49 hectares, étendu entre 550m et 1150m d’altitude et traversé par 2 petits cours d’eau. Une situation qui offre une large période de récolte sur 3 espaces de potager et plusieurs microclimats. Sans pour autant transformer la montagne en zone de culture, Mundo Nuevo travaille aussi pour préserver les parties sauvages de son environnement, protéger les pentes dégradées par l’érosion et améliorer le rendement de la plantation de café et du magnifique verger donnant des avocats, des papayes, des citrons, des mangues, des fruits de la passion, des goyaves, des mandarines, de la canne à sucre,…

    La Culebrera, un des 3 jardins de la zone est méticuleusement entretenu par Léandro, Belge de 27 ans qui a étudié l’agronomie à Gembloux. Il travaille aussi selon les principes de la permaculture et l’aide des abeilles de ses ruches. Il vit là en solitaire, à quelque centaines de mètres en aval de la ferme principale. Mais aussi, avec l’aide régulière de l’équipe et des volontaires. « On vit vraiment avec les cycles du soleil et de la lune ici, je n’ai pas besoin d’électricité. C’est agréable de vivre avec peu, tu te rends compte au final que tu peux trouver ton bonheur dans des choses vraiment très simples. Quand tu le vis, tu l’intègres profondément, c’est un rêve que j’ai depuis tout petit, je suis heureux de le réaliser ! J’ai terminé mes études d’ingénieur pour me retrouver en plein milieu de la jungle avec tout ce dont j’ai besoin. On est dans un moment du développement humain qui est clé, on prend de plus en plus de vitesse dans notre société, c’est maintenant qu’il faut faire des choix judicieux car on a déjà été un peu trop loin dans le processus de dégradation de l’environnement. »

    Mundo Nuevo est une communauté dynamique et inspirante où se côtoient des individus plein d’optimisme et de réalisme dans l’avenir. Il a aujourd’hui une organisation sociocratique dans laquelle chaque membre a voix au chapitre et a des responsabilités différentes mais une valeur et une rémunération égalitaire. Chaque semaine, après le repas du soir, ils se rassemblent pour débattre des grands projets et prendre des décisions ensemble. Philippe, même s’il restera toujours à la base de ce projet, a arrêté d’être le “chef” pour devenir un membre de la communauté à part entière.

    Et cette belle équation ne serait pas parfaite si elle n’intégrait pas les gardiens de cette montagne : la communauté des indiens Wiwas. Ils ont bâti ensemble le projet du village indigène, Awindua. Un petit village traditionnel, à côté de la ferme, dans lequel la communauté vit et tente de promouvoir sa culture menacée et les traditions de ces familles : la production artisanale et organique de panela et de sacs traditionnels. Ici, la présence des différentes communautés ne pose de problème à personne. Nous sommes accueillis sur place par deux indiens tout habillés de blanc : Luntana Gil Alberto, 21 ans, devenu un ami de Philippe Bekaert, et son grand oncle, Jacinto Gil Daza, 64 ans et Mamo (guide spirituel, sage de la communauté). “On fait partie d’un même monde. On est sur la même planète, donc, collaborons ensemble”, explique Luntana. “J’ai énormément appris au contact des Occidentaux.”

    Le sage prend alors la parole en Damana, la langue indigène des Wiwas. “Il faut prendre soin de la terre, de la Pachamama, de la terre mère, de la mère nature. Arrêter de gaspiller les minerais, de polluer le fleuve,… Être plus respectueux de la terre. Arrêter de détruire les éléments naturels.” On comprend rapidement pourquoi le projet de Philippe Bekaert a parfaitement trouvé sa place dans la région.

    Quand on rayonne, forcément on inspire son entourage. Valérie, la mère de Philippe, la cinquantaine, va également venir s’installer bientôt dans ce petit coin de paradis. Dernier élément symbolique, et pas des moindres, l’endroit était utilisé dans le passé par les guérilleros et les paramilitaires pour leurs activités. Un lieu de guerre donc, que Philippe a transformé en un endroit de paix, de partage et de communion. On souhaitera également au reste du monde à renaître de ses cendres pour trouver un chemin beaucoup plus équilibré et sage.