vendredi 25 novembre 2016

Chanson censurée sous Mitterand : Pendant que les champs brûlent (Niagara) / Song censored under Mitterand: while fields burn (Niagara)


De trop belles jambes probablement








Des arbres se penchent :
C'est plus fort, plus fort que tout.
Accrochée aux branches,
L'air me semble encore trop doux.
Dans l'herbe écrasée, à compter mes regrets.
Allumette craquée et tout part en fumée.
Pendant que les champs brûlent
J'attends que mes larmes viennent,
Et quand la plaine ondule
Que jamais rien ne m'atteigne...
Ce soir-là on s'est embrassés sans se parler.
Autour de nous, le monde aurait pu s'écrouler.
Les yeux cernés, des poussières dans les cheveux.
Au long de mes jambes, la caresse du feu.
Pendant que les champs brûlent
J'attends que mes larmes viennent,
Et quand la plaine ondule
Que jamais rien ne m'atteigne...



Censure

Avant la libération des ondes en 1981, un comité d'écoute siègait.. Voici quelques chansons victimes de cette commission. Après 1981 la censure s'est effectuée pendant la première guerre du Golfe.

Sous Le Général De Gaulle

Extrait de la chanson ‘L’amour à la papa' par Juliette Gréco (1959).
Extrait de ‘Mon cher Albert’ interprétée par Jean Yanne (1964).
Extrait de la chanson ‘Miss Guéguerre’ interprétée par Léo Ferré (1961).
Pochettes de disques
Pochettes de disques © radio-france /

Sous Pompidou

Extrait de ‘La chanson de Craonne’ chantée par Marc Ogeret. Cette chanson est dédiée aux morts de la première guerre mondiale.
Extrait de la chanson ‘Jésus Christ’ interprétée par Johnny Hallyday (1970).
Pochettes de disques
Pochettes de disques © Radio France /
Extrait de la chanson ’Gaby oh Gaby’ interprétée par Alain Bashung en 1980. Les paroles en cause sont : 1980 paroles : "Gaby, oh Gaby, tu veux qu'j'te chante la mer le long, le long, le long des golfespas très clairs "
Extrait de ‘Heureusement en France on ne se drogue pas’ par Alain Kan en 1976.
Extrait de la chanson ‘C’est mon dernier bal’ interprétée par Renaud en 1979. Les paroles sont jugées comme une incitation à la violence.
Pochettes de disques
Pochettes de disques © Radio France /

Sous Mitterrand

Extrait de la chanson ’J’ai vu / Pendant que les champs brûlent’ interprétée par Niagara en 1990.
Extrait de la chanson ’Sidi h ‘bibi’ par la Mano Negra en 1991.
Extrait de ‘Allah’ par Véronique Sanson 1988.
Pochettes de disques
Pochettes de disques © radio-france /

dimanche 20 novembre 2016

Trump menacé d’une révolution orange / Trump threatened with an orange revolution

source : http://lesakerfrancophone.fr/trump-menace-dune-revolution-orange

«Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple.» Bertolt Brecht

2016-07-19_11h15_59Le 14 novembre 2016 – Source entrefilets

C’est une missive édifiante. Elle est signée des présidents de l’UE et se veut une lettre de félicitations au POTUS nouvellement élu, Donald Trump. Or ce courrier, banal en apparence, contient entre les lignes un véritable ultimatum au trublion anti-Système, à qui il est dit en substance: «Ok, vous nous avez bien eus, mais maintenant voici la Règle : ou vous vous soumettez, ou nous vous détruisons.»


Bien sûr, les opérateurs-bouffons de la succursale européenne que sont les signataires Tusk et Juncker, ne sont dans cette affaire que les messagers transparents de l’oligarchie du Système néolibéral atlantiste. Mais en cette période de flottement à la tête de l’Empire US, il fallait bien rappeler officiellement Donald Trump à l’ordre, en lui précisant les règles du jeu dans la cour des grands où il vient de pénétrer par effraction. De l’autre côté de la tenaille, c’est l’inépuisable Soros qui s’occupe de faire monter la pression aux États-Unis, en organisant l’agitation des habituels bobos de service, pour bien faire comprendre au presque 45e président US qu’il n’est pas à l’abri d’une révolution orange, s’il ne rentre pas dans le rang. Le Système sort donc l’artillerie lourde, mais son effondrement reste pourtant inéluctable et il a lieu sous nos yeux.

Globalisation néolibérale et messianisme militarisé

La lettre du duo de comiques européens est une pathétique tentative d’intimidation déguisée, et l’on imagine fort bien dans quelle ambiance d’hystérie feutrée elle a dû être pondue par une brochette de spin-doctors-system triés sur le volet.

Ainsi, après une phrase glaciale de félicitations, la missive va directement à l’essentiel, pour réaffirmer le catéchisme officiel du Système au travers des «valeurs communes que sont la liberté, les droits de l’homme, la démocratie et une croyance en l’économie de marché.»

La pompeuse évocation de la Sainte-Trinité des vertus-vernis du Système n’est là que pour promouvoir le cœur de la machinerie : la globalisation néolibérale, c’est-à-dire le Marché. La connotation religieuse du mot croyance (est-ce un acte manqué ?) confirme d’ailleurs que pour le Système, il n’y a pas d’autre Dieu que le Marché (et que l’élite néolibérale atlantiste est son prophète).

Vient ensuite un verset d’auto-adoration, avec l’affirmation que l’UE et les USA «se sont employés à garantir la paix et la prospérité du monde» (ne riez pas…), puis c’est le rappel à l’ordre sur l’importance de «renforcer les relations transatlantiques», notamment pour faire face aux «menaces pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine».

Le Système rappelle ici très clairement à M. Donald Trump, qu’il n’est pas question de réchauffer les relations avec Moscou et que les Russes sont et doivent rester les méchants de l’histoire, pour l’instant. Et s’il devait subsister un doute dans son esprit, une piqûre de rappel arrive au paragraphe suivant, déjà où l’on évoque le «partenariat stratégique UE-États-Unis» pour faire face aux «menaces sur la sécurité des voisins orientaux (suivez mon regard) et méridionaux de l’Europe».

Enfin, avant de promettre d’adouber le bon Trump s’il se couche, le Système rappelle la marche à suivre au plan économique, en insistant sur l’importance des «négociations relatives au partenariat transatlantique de commerce et d’investissement». On voit bien ici que, malgré le rejet du TAFTA par les peuples européens, le Système exige donc que l’on poursuive dans cette voie et le fait savoir – les peuples ? Combien de divisions ?

Puis le Système psalmodie un peu, non sans cet humour involontaire 1 et impayable, dont le passage suivant est un morceau d’anthologie : «Les Européens ne doutent pas que l’Amérique, dont les idéaux démocratiques ont toujours représenté une lueur d’espoir dans le monde entier, continuera à investir dans ses partenariats avec ses amis et ses alliés, afin de contribuer à offrir à nos citoyens et aux populations du monde, davantage de sécurité et de prospérité.»Sic On se pince…

Enfin, la lettre-ultimatum se termine comme il se doit, par une invitation «dès que possible» à un sommet UE-États-Unis, avec la promesse implicite d’adouber le trublion pour les «quatre prochaines années» au moins si la Règle est respectée.

En résumé, via ses opérateurs-bouffons européens, le Système rappelle donc à M. Trump qu’au-delà d’enfantillages antisystèmes qu’on pourra bien lui pardonner, il ne peut y avoir d’alternative sérieuse ni à la globalisation néolibérale, ni au messianisme militarisé d’un Bloc atlantiste uni, car porteur de la vrai foi pour une humanité enfin soumise et nivelée, pardon, éclairée.

Pression maximum

Et pendant ce temps-là, les manifs anti-Trump font la une de tous les journaux et JT alignés, le tout sous l’aiguillon bien intentionné des acteurs habituels de l’oligarchie globalisée genre Soros et ses clones. Et Wikileaks de révéler que c’est précisément le spécialiste ès révolutions oranges de l’Empire, qui est aujourd’hui à la manœuvre aux États-Unis. On en rirait presque.

Et bien sûr, toute la caste médiatique occidentale est derrière lui, avec sa finesse et son impartialité coutumières.

Ainsi, en quelques jours, nous avons eu droit à un appel à l’assassinat lancé par une collaboratrice du Guardian, appel d’ailleurs relayé ensuite par un humoriste français subventionné.

De son côté, CNN s’appliquait à faire monter la mayonnaise avec la neutralité qu’on lui connaît, son reporter faisant même témoigner un copain à lui, pour illustrer la colère de la rue contre Trump.

Sur le site Change.org, une pétition ayant déjà réuni plus de 4 millions de signatures invérifiables, demande désormais aux Grands électeurs de désigner Clinton plutôt que Trump, le 19 décembre prochain. D’ailleurs, des manifestations sont d’ores et déjà en préparation pour l’investiture du 20 janvier à Washington, avec une marche d’un million de femmes prévue pour le lendemain…

Quant à l’ambiance bon-enfant et démocratique des manifestations, les bobos de service se sont surpassés. A l’agression d’une étudiante pro-Trump sur un campus faisait écho, en version Pussy Riot, la performance d’une possédée déféquant en pleine rue sur un portrait de Trump, avant de le badigeonner à pleines mains. Ambiance, ambiance.

Les bobos enrôlés à l’insu de leur plein gré par l’oligarchie sont donc prêts, chauffés à blanc et inondés de dollars comme il se doit, avec à la clé la menace d’une révolution orange ou d’un Printemps américain, comme on voudra.
On n’en attendait pas moins.

La pression est donc à son maximum, sur un Trump qui apparaît dès lors plus que jamais comme un président authentiquement anti-Système.

Un effondrement irréversible

Reste que le bonhomme est ce qu’il est et, pour l’heure, il n’est de loin pas assuré qu’il se couche.
L’apaisement des relations avec Moscou, le désengagement partiel d’avec l’OTAN, de même qu’un coup de frein aux guerres extérieures type Libye ou Syrie restent au programme, avec pour conséquence la fin de l’Empire en tant que gendarme et bourreau du monde. Et quand bien même Soros et sa bande d’hallucinés iraient jusqu’au bout de leur délire en provocant la chute de Donald Trump, celle-ci aurait de fortes chances d’entraîner une guerre civile, avec éventuellement dislocation du pays. On aboutirait donc au même résultat d’une chute de l’Empire, par d’autres moyens, éventuellement plus rapides.

Dans les états-majors de la politique-système européenne, la caste néolibérale dirigeante commence ainsi à comprendre que le phénomène Trump n’est pas un accident de l’Histoire, mais bien une étape de plus, certes décisive, dans un processus d’effondrement du Système néolibéral globalisé, qui finira tôt ou tard par emporter l’UE à son tour.

source : entrefilets.com

Note du Saker Francophone

Nous assistons là, à quelque chose de totalement inouï, quand, où et dans quel pays démocratique, a-t'on vu la presse et les perdants d'une élection remettre aussi violemment et rapidement en cause un résultat obtenu à une large majorité ? Ce comportement est insurrectionnel.

Un délai de latence, du genre deuil assumé démocratiquement, pour permettre au vainqueur de faire ses preuves, a toujours prévalu chez les vaincus.

Si ces manœuvres devaient finalement réussir, ce serait la preuve absolue de l'inanité des élections. Le seul recours restant serait une disparition symbolique du peuple par auto-dissolution, dans une désertion massive des urnes afin de ne pas se rendre complice de ce genre de mascarade, achevant ainsi la fulgurante prophétie de Bertolt Brecht "Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple."

Dès lors, sans l’archaïsme des élections, les dirigeants - forcément progressistes -, qui seront, eux, toujours là d'une manière ou d'une autre, choisiront eux-mêmes les catégories qu'ils ont envie d'avantager, après eux bien sûr : les bobos, les paysans, les ouvriers, les réfugiés, les noirs, les femmes,les commerçants, les banquiers, les fonctionnaires, etc., en fonction de leurs propres intérêts, et sans comptes à rendre, cela va de soi !

Comme aujourd'hui, en somme, mais sans le peuple, désormais vraiment innocent, l'hypocrisie sera levée...

Rêvant un peu beaucoup, on pourrait même imaginer que la culpabilité change de camp et qu'une certaine forme de moralité renaisse.

Notes

On dit même que le diable, quand il veut, est fort bon théologien ; il est vrai, pourtant, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise. René Guénon  ↩

Le secret de la fleur d'or : techniques naturelles de libération mentale pratiquées en Chine pendant des siècles / The secret of the golden flower: natural techniques of mental liberation practised in China during centuries


Le secret de la fleur d'or



Le naturel s'appelle la Voie.
La Voie n'a ni nom ni forme :
C'est simplement l'essence,
Simplement l'esprit primordial.


Le Secret de la Fleur d'or est un manuel de méthodes de clarification de l'esprit à l'usage du profane, fondées sur des enseignements bouddhique et taoïste. Florilège des techniques « psycho-activatrices » présentées dans les anciens classiques de la spiritualité orientale, ce livre décrit un moyen naturel de libération mentale pratiqué en Chine pendant des siècles.

La méthode de la « fleur d'or » incorpore la quintessence du bouddhisme et du taoïsme. L'or signifie la lumière, la lumière de l'esprit ; la fleur symbolise l'épanouissement, le jaillissement de la lumière de l'esprit. Ainsi, le nom même de cette technique désigne l'éveil fondamental du vrai soi et de son potentiel caché.

Exprimé en termes taoïstes, le but essentiel de « la Voie » consiste à retrouver l'esprit originel et divin pour se réaliser en tant qu'être humain. Dans l'optique bouddhique, un être pleinement réalisé est conscient de l'esprit originel, ou vrai soi, tel qu'il se manifeste spontanément à l'état naturel, vierge de tout conditionnement.

Cet esprit originel s'appelle aussi « esprit céleste » ou esprit naturel. Mode de conscience plus subtil et plus direct que celui de la pensée ou de l'imagination, il est essentiel à l'épanouissement de l'esprit. Le Secret de la Fleur d'or vise donc à recouvrer et à raffiner l'esprit originel.

Si ce livre contient une série de techniques de méditation fort utiles, sa méthode clé est bien autre chose qu'un simple procédé méditatif. Il s'agit en effet d'un processus qui permet de parvenir à la source même du principe conscient, sans recourir à des idées ou à des images. L'exercice a pour but de libérer l'esprit des limitations arbitraires et inutiles que lui imposent ses réflexes habituels de fixation sur son propre contenu. Une fois libéré de cet auto-conditionnement, disent les taoïstes, l'homme pleinement conscient cesse d'être prisonnier de sa condition et devient un « partenaire de la création ».

L'expérience de l'épanouissement de la fleur d'or est comparé à la lumière qui emplit le ciel, le ciel de la conscience inconditionnée, autrement plus vaste que le domaine restreint des images, des pensées et des sentiments : un espace sans obstacle, qui contient tout sans jamais être rempli. On accède ainsi à une intarissable source d'intuition, de créativité et d'inspiration : une fois que l'on a appris à mobiliser ce pouvoir d'éveil mental, on peut constamment y faire appel et l'approfondir à l'infini.

La pratique essentielle de la fleur d'or ne requiert aucun équipement, aucune adhésion à un dogme philosophique ou religieux, aucun accessoire ou rituel particulier : elle se pratique au cœur même du quotidien. Elle est donc accessible à tout moment puisqu'elle dépend de l'esprit même, bien que n'impliquant pas la mise en œuvre de pensées ou d'images mentales. Sa seule difficulté réside dans le fait qu'elle utilise l'attention d'une manière inhabituelle pour un esprit qui a coutume de fonctionner selon le mode discursif de la pensée ou de l'imagination.

La singularité du Secret de la Fleur d'or vient de ce que ce livre offre une méthode directe de réalisation de soi, accessible à tout un chacun. L'ouvrage fut écrit il y a plus de deux cents ans au cours d'une période de crise suscitant une grande renaissance de cet ancien enseignement qui, depuis lors, est périodiquement revenu au goût du jour dans les moments difficiles, du fait de la rapidité avec laquelle cette méthode permet d'accéder aux ressources cachées de l'esprit. [...]

Ayant consacré un bon nombre d'années à l'étude du bouddhisme chan, précurseur chinois du zen, j'ai apprécié le chan classique parce qu'il s'intéressait directement à l'essence de l'esprit, sans s'embarrasser de dogmes ou d'additions culturelles.

Cette simplicité de la démarche des classiques chan repose sur un procédé particulièrement intéressant, à savoir qu'ils condensent les enseignements des diverses écritures et écoles bouddhiques sous forme d'histoires symboliques, illustrant l'état naturel de l'esprit. Nombre de ces histoires ont directement trait au retournement de la lumière et, étant donné mon cheminement personnel, ce sont surtout celles-là qui ont retenu mon attention. Cependant, certaines sont complexes et difficiles puisqu'elles traitent de l'intégration créatrice de l'esprit de la fleur d'or à la vie du monde ordinaire. Elles nécessitent donc un travail mental au quotidien, et il m'a fallu bien plus longtemps pour commencer à en pénétrer le sens. J'ai finalement appris à pratiquer le retournement de la lumière selon les méthodes de toutes les grandes écoles du bouddhisme. Initialement, les moyens d'éveil de la conscience qu'enseignent le chan et le bouddhisme des Terres Pures eurent un très profond effet sur moi, mais j'ai eu par la suite l'occasion de constater que les techniques des différentes écoles avaient chacune leurs avantages propres. J'ai donc continué à pratiquer en appliquant chaque fois la méthode qui me semblait la plus appropriée à mes besoins du moment, ou la plus susceptible de raviver une inspiration fléchissante.

J'ai parallèlement étudié les divers systèmes mis au point par les écoles bouddhiques pour aider les pratiquants à expérimenter la conscience de la fleur d'or de manière fructueuse. Ce qui a contribué à éclaircir aussi bien les aspects pratiques que théoriques de la question, à savoir mon vécu quotidien et les résultats de mes recherches sur l'esprit, tel qu'il est conçu par la littérature orientale ancienne. C'est au cours de ces études que les circonstances m'ont mis en contact avec le taoïsme. Dans les années suivant ma première rencontre avec le bouddhisme, je m'étais également penché sur d'autres grandes traditions de l'Asie, telles que l'hindouisme, le confucianisme, le taoïsme et le soufisme. J'avais aussi lu la Bible, le Coran et les écrits des traditions mystiques du judaïsme et du christianisme. À la faveur de toutes ces recherches, j'en vins à constater que la méthode du retournement de la lumière m'avait ouvert les yeux sur l'existence d'une dimension insoupçonnée dans la littérature des autres religions. Grâce à l'apprentissage de cette technique, une appréciation neuve de la dynamique mentale du fait religieux s'imposait à moi spontanément, au-delà de toute distinction culturelle ou dogmatique. [...]

Si l'on écarte les déviations cultistes, scolastiques et culturelles, j'estime que le chan dans sa forme essentielle est sans doute un des éléments de l'enseignement de la fleur d'or — voire du bouddhisme en général — qui peut être le plus utile au monde occidental contemporain. Outre les techniques « psycho-activatrices » qu'il utilise, le chan propose en effet des structures psychologiques et intellectuelles qui forment d'excellents outils d'analyse, permettant à l'esprit de distinguer la logique interne des choses. Naturellement, la valeur pratique de ces méthodes dépend de l'efficacité avec laquelle elles sont mises en œuvre — telle la pratique selon Le Secret de la Fleur d'or, par exemple.

La théorie et la pratique de la méthode de la fleur d'or ont leur équivalent dans les traditions grecque et chrétienne, mais je pense qu'on peut plus facilement les analyser en termes de psychologie profane si l'on ne s'encombre pas d'une abondance de concepts philosophiques et religieux et que l'on se base sur les procédés chan, parfaitement compréhensibles et utilisables sans aucune connaissance préalable de la culture chinoise.

Le Secret de la Fleur d'or représente une façon d'arriver à la plénitude de l'énergie à travers la plénitude de l'esprit. L'enseignement se qualifie du reste lui-même de « transmission spéciale en dehors de la doctrine », fondée sur la perception directe de l'essence de l'esprit et la réappropriation de son potentiel inhérent. C'est en fait le signe distinctif du chan qu'on appelle parfois l'école de l'esprit éveillé.

À des fins pratiques, l'enseignement de la fleur d'or établit une distinction entre « l'esprit originel » et « l'esprit conscient ». L'esprit originel représente l'essence même de l'esprit, sans forme particulière, inconditionnée, transcendant la culture et l'histoire. L'esprit conscient correspond à l'ensemble des données mentales, des sentiments, pensées et attitudes conditionnés par l'histoire personnelle et culturelle de chacun, et emprisonnés dans des formes spécifiques imposées par l'habitude. Ces termes s'emploient aussi bien dans la tradition chan que taoïste.

L'intuition appartient à l'esprit originel, l'intellect à l'esprit conscient. L'essence du taoïsme consiste à raffiner l'esprit conscient pour le « réunir » à l'esprit originel. Le bouddhisme chan appelle aussi l'esprit originel primordial « l'hôte » ou « le maître », l'esprit conscient conditionné étant « l'invité » ou « le serviteur ». L'ignorance causée par soi-même apparaît quand le serviteur prend la place du maître, l'éveil par soi-même se produisant lorsque le maître retrouve son autonomie, au « centre ».

Cette notion de deux esprits ou de deux aspects de l'esprit se trouve déjà dans le vieux classique taoïste, le Tao Té Ching : « Usant du brillant rayonnement, vous retournez à la lumière, sans rien laisser qui puisse vous nuire. C'est ce qu'on appelle "entrer dans l'éternel". » On a là l'image du rapport idéal entre l'esprit originel, source du pouvoir, et l'esprit conscient, fonctionnaire subalterne. Une fois devenu clair, l'esprit conscient fonctionne de manière appropriée à la situation considérée, sans usurper l'autorité de l'esprit originel. Ce dernier demeure accessible, réserve d'intelligence lucide et vigilante à laquelle l'esprit conscient retourne, sans fixation nuisible sur lui-même ou sur ses objets.

Ainsi, l'intellect peut fonctionner efficacement dans le monde sans que cette activité de la conscience entrave l'accès à une connaissance spontanée et plus profonde, grâce à l'intuition directe d'une faculté plus subtile.

On appelle « renversement » ou « retournement de la lumière » l'opération qui consiste à passer de l'esprit limité, qui est celui de la conscience conditionnée, à l'esprit libéré, qui est celui de l'esprit primordial. Dans Le Secret de la Fleur d'or, ces termes correspondent au rétablissement d'un contact direct avec l'essence et la source de l'esprit. Ce contact direct permet d'accéder à la connaissance spontanée et de se libérer du joug des pensées et des sentiments conditionnés, alors même qu'ils surgissent. Pour citer le Tao Té Ching : on peut être « créatif sans possessivité ».

Dans le taoïsme comme dans le bouddhisme, le « retournement de la lumière » signifie détourner l'attention de la fascination que lui inspirent les objets pour la diriger sur l'essence ou source de l'esprit. Cet exercice sert à clarifier la conscience et à libérer l'attention. De nombreux taoïstes qui avaient de fortes affinités avec le bouddhisme chan firent un grand usage de cet exercice du retournement de la lumière qui, bien que commun à toutes les écoles bouddhistes, est particulièrement important dans le chan. Le Secret de la Fleur d'or représente l'une des méthodes les plus radicales pour atteindre l'éveil par des moyens spirituels, et le texte est pratiquement entièrement consacré à la présentation des subtils détails de cette simple pratique du retournement de la lumière.

On trouve dans de nombreuses sources chan, zen ou taoïstes, la description des différentes techniques et « trucs » qui permettent d'induire, de développer et d'intégrer l'expérience menant à l'épanouissement de la fleur d'or. Le principe fondamental et la base même de la pratique sont exposés en termes simples dans les enseignements de Dahui (Ta-hui), célèbre maître chan du XIIe siècle : « Le bien et le mal viennent de votre propre esprit. Mais, qu'appelez-vous votre esprit, en dehors de vos actes et de vos pensées ? Et d'où vient votre esprit ? Si vraiment vous savez d'où vient votre esprit, une infinité d'obstacles créés par vos propres actes disparaîtront aussitôt. Ensuite, toutes sortes de possibilités extraordinaires s'offriront à vous, sans même que vous les cherchiez. »

Il y a quantité d'histoires chan qui parlent des différentes façons d'accéder à l'exercice de la fleur d'or. Certaines sont très simples et peuvent resservir indéfiniment.

Un disciple interrogea un maître : « Qu'est-ce que le Bouddha ?
Le maître répondit : « Cet esprit est bouddha. »

Un disciple interrogea un maître : « Que doit-on faire quand sans cesse apparaissent et disparaissent [les pensées] ? »
Le maître répondit : « Tttt ! À qui appartient ce qui apparaît et disparaît ainsi ? »

Un maître demanda un jour à un disciple « D'où viens-tu ? »
Le disciple répondit qu'il venait de tel et tel endroit. Le maître s'enquit alors : « Y penses-tu ? »
Le disciple répondit que oui, souvent.
Le maître dit alors : « Celui qui pense est l'esprit ; l'environnement est ce à quoi il pense. Cet environnement comprend des montagnes, des rivières, des terres, des maisons, des gens, des animaux et ainsi de suite. Maintenant, retourne ta pensée pour penser à l'esprit qui pense : s'y trouve-t-il autant de choses ? »

Ces procédés chan illustrent quelques-unes des manières de gérer l'attention dans le but d'induire l'expérience de la fleur d'or. Cette technique mentale serait peut-être applicable à la théorie et à la pratique de la pychothérapie, du fait qu'elle représente une compréhension transcendante de soi, une méthode d'expérience du soi au-delà des distorsions de la personnalité, et une concentration sur la source vive de l'autonomie et de la maîtrise de soi.

L'enseignement de la fleur d'or offre au thérapeute des techniques de développement d'une plus profonde perception intérieure et d'une meilleure prise de conscience du potentiel humain, ainsi qu'un moyen d'entrer en contact avec le patient à un niveau mental qui ne soit pas pollué par les afflictions psychiques. Le patient, quant à lui, peut y trouver un moyen autonome de connaissance de soi, au-delà du domaine conditionné de la personnalité, des jugements et des opinions.

Correctement utilisée dans le contexte de la vie contemporaine, et non comme une sorte de culte exotique mal digéré, la pratique de la méditation de la fleur d'or a le pouvoir de dissiper l'influence des compulsions névrotiques. Pourvu qu'elle soit bien comprise et pratiquée...

Thomas Cleary, Le secret de la fleur d'or.


Mise en garde :

Le secret de la fleur d’or est connu de cerains new-agers qui souhaitent créer l'embryon de lumière. Seulement, c’est la déplorable traduction de Wilhelm qui s’est répandue parce que Carl Gustav Jung lui consacra une étude intitulée : " Commentaire sur le mystère de la Fleur d’or ". Jung disposait de la piètre traduction du traité chinois réalisée par le missionnaire protestant Richard Wilhelm.

Les erreurs de Wilhelm et de Jung inversent le sens du traité. L’inversion caractérise le nouvel âge et la contre-initiation.

Le jésuite, Etienne PERROT, professeur à la faculté des sciences sociales et économiques de l'institut catholique de Paris, a fait connaître au public francophone les textes tronqués de Wilhelm et de Jung, accélérant ainsi la confusion.

L’orientaliste Thomas Cleary s’efforce de corriger les égarements de Wilhelm, "décidément enclin à voir dans ce texte toutes sortes d’idées bizarres et de superstitions qui ne s’y trouvent pas ", écrit Cleary".

http://bouddhanar-8.blogspot.fr/2008/05/corps-de-gloire-merkabah-embryon-de.html





Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre.

L'édition française du livre, Le secret de la fleur d'or, est épuisée.

jeudi 17 novembre 2016

Le projet de mondialisation de Wall Street rejeté: Ding Dong, the Witch is Dead ! / The Rejection of Wall Street’s Globalization Project: Ding Dong, the Witch is Dead!

source : http://www.investigaction.net/le-projet-de-mondialisation-de-wall-street-rejete-ding-dong-the-witch-is-dead/

19644280779_c25dd53a44_z



  •  
  •  
Le racisme et le sexisme sont-ils les ingrédients-clés de la réussite de Donald Trump ? Pas pour Diana Johnstone. L’auteure de Hillary Cinton, la reine du chaos revient sur la campagne désastreuse de la candidate démocrate et analyse les enjeux de cette élection.

« On n’est jamais aussi bien que chez soi »

C’est la leçon. Même si chez soi, c’est le Kansas.

Contrairement à ce que maintiennent toujours les partisans amèrement déçus d’Hillary, des larmes dans les yeux et la peur dans la gorge, le véritable sens de cette élection n’est pas une victoire du racisme et du sexisme.

Le véritable sens de ce bouleversement, c’est que le projet de mondialisation de Wall Street a été rejeté par les citoyens de sa patrie.

Cela a des implications majeures pour les nations européennes qui ont été traînées dans ce désastreux projet.

Hillary Clinton était la candidate du complexe militaro-industriel et du capital financier international. Elle s’est autodésignée pour être la figure de proue de ces forces, en tant que reine du regime change. Elle espérait être celle qui refaçonnerait le monde à l’image des diktats de Wall Street. C’était un projet soutenu avec enthousiasme et de manière onéreuse par les 1 % qui profitent des contrats d’armement et des accords commerciaux qu’ils écrivent eux-mêmes pour leurs propres intérêts.

Pour détourner l’attention du véritable sens de sa candidature, la campagne de Clinton a fait appel au désir de respectabilité des citadins instruits, dépeignant les partisans de Trump comme des voyous racistes motivés par un désir haineux de faire des minorités leur bouc émissaire, comme dans un acte de vengeance de leurs propres insuffisances. Ils étaient « déplorables », et vous ne voudriez pas être l’un d’entre eux, n’est-ce pas ?

Trump était sexiste, parce qu’il a qualifié certaines femmes de « bimbos ». Elizabeth Warren l’a critiqué pour cela, sur une estrade où Hillary était assise, un grand sourire aux lèvres — elle qui avait parlé des amies de Bill comme d’une « éruption de bimbos ». La sottise et l’hypocrisie ont étouffé les discussions politiques. La pire chose que la campagne de Clinton aura pu dénicher, c’est une affaire de vestiaires vieille de onze ans — juste des mots, à peine comparables aux actions chroniques de Bill.

Pourtant, des millions de personnes embarquées dans la campagne de Clinton sont dévastées, terrifiées, convaincues que les seules raisons qui ont mené Trump à la victoire étaient le « racisme » et le « sexisme » de cette caste inférieure de la société mondialisée : les hommes hétérosexuels de la classe ouvrière.

Mais non, Virginia, il y avait d’autres raisons de voter pour Trump. Le racisme et le sexisme sont sûrement tout en bas de la liste.

Les électeurs de Trump ont été scandalisés par les mensonges et la corruption d’Hillary. Beaucoup d’entre eux auraient voté pour Bernie Sanders s’ils en avaient eu le choix. Mais ce choix leur a été enlevé par des manipulateurs du Parti démocrate qui ont été vendus par leur propre campagne publicitaire pour élire « la première femme présidente ». Un tout nouveau produit sur le marché des élections présidentielles ! Soyez le premier à voter pour une femme Présidente ! C’est nouveau, c’est performant !

Le succès de Bernie avait déjà montré que des millions de personnes ne voulaient pas de cette femme. Mais les manipulateurs du Parti démocrate et leurs sponsors d’oligarques ont pris les devants avec leurs plans pour imposer Hillary Clinton à une nation peu disposée. Si bien qu’ils ont même apporté cette défaite.

Contrairement à ce que vous pourriez croire en lisant le New York Times, il y a même eu des intellectuels qui ont voté pour Trump, ou du moins qui ont refusé de voter pour Hillary, pour la simple raison que Trump parait moins susceptible de conduire le monde vers une Troisième et dernière Grande guerre. Il a dit plusieurs choses dans ce sens-là, mais de telles déclarations ont été ignorées par les médias traditionnels tandis qu’ils enchaînaient les heures sup’ pour gonfler l’image de l’ogre. Pas de guerre avec la Russie ? Vous devez être une marionnette de Poutine !

Les électeurs Trump avaient plusieurs raisons de voter pour Trump, des raisons autres que le « racisme ». Par-dessus tout, ils veulent retrouver leur emploi, des emplois qui ont disparu grâce à la politique néolibérale consistant à transférer les jobs de la manufacture vers des endroits où les salaires sont bas.

Pourtant, le racisme est le seul motif que l’élite mondialisée reconnait dans le rejet de la mondialisation. Les citoyens britanniques qui ont voté la sortie de l’Union européenne pour récupérer leur démocratie traditionnelle ont également été stigmatisés comme des « racistes » et des « xénophobes ». L’opposition au racisme et à la xénophobie est la défense morale naturelle d’un projet de gouvernance mondiale qui prive les citoyens ordinaires de tout pouvoir de décision important.

Cette campagne extraordinairement vicieuse a mis en évidence et aggravé des divisions aiguës au sein des États-Unis. La répartition entre ville et campagne est plus évidente sur les cartes électorales. Mais ces divisions réelles sont exacerbées par une campagne qui a dépeint Donald Trump comme un fou raciste, un nouvel Hitler sur le point d’apporter le fascisme en Amérique. L’antiracisme de cette campagne, dénonçant la « haine », a effectivement engendré de la haine.

Non, Virginia, Trump n’est pas Hitler. Il est le magicien d’Oz. C’est un showman qui a réalisé un tour étonnant grâce au drastique déclin moral et intellectuel du système politique américain. Il n’est ni aussi dangereux que ses adversaires le craignent, ni aussi capable de « rendre l’Amérique grande à nouveau » comme ses partisans l’espèrent. Il est le Moindre Mal. Que deviendra-t-il à Washington ? C’est ce que tout le monde se demande.

Source: Counterpunch
Traduit de l’anglais par Investig’Action
Photo: Donkey Hotey

mardi 15 novembre 2016

Trump : les raisons de la victoire / Trump: the reasons of the victory

Ou n'oublions pas que Trump est un capitaliste pur souche  

http://www.investigaction.net/trump-les-raisons-de-la-victoire/

  •  
  •  
La veille du scrutin, un grand journal américain écrivait : « Trump est dans son bunker comme Hitler la veille de sa mort ». Quel brillant pronostic ! Il résume l’aveuglement impressionnant de ces élites bien-pensantes qui croient que leur monde est le monde tout court. Provoquant un véritable séisme politique, le businessman new-yorkais vient de conquérir la Maison blanche à la hussarde. Il a transformé le camp adverse en champ de ruines. Il a ridiculisé les médias qui n’ont eu de cesse de le vilipender.
Enfin, et ce n’est pas rien, il frappe de stupeur une classe politique européenne qui s’était amourachée d’Hillary Clinton parce qu’elle lui ressemblait. A l’image d’un président Hollande qui bredouille des platitudes faute d’avoir quelque chose d’intelligent à dire sur la déculottée qu’il vient de recevoir, cette classe politique ne sait plus à quel saint se vouer. Elle croyait au mythe de l’Amérique « leader du monde libre », et ce mythe ridicule s’évanouit sous les vivats qui saluent le discours de victoire de ce nouvel élu qu’elle abhorrait. Il va falloir qu’elle s’en accommode.
Pourquoi Donald Trump a-t-il gagné ?
On peut formuler trois hypothèses.
Premièrement, de larges couches de la population ont vu dans le candidat républicain un recours contre des politiques libre-échangistes qui les ont appauvries. Les mêmes analystes qui fulminent contre Donald Trump oublient généralement de rappeler qu’aux USA il y a 20 à 25% de pauvres. Les classes moyennes ont encaissé le choc en retour de la crise de 2008 et les travailleurs ont fait les frais de la mondialisation libérale encensée par les démocrates. Après huit années de présidence Obama, ce délabrement de la société américaine peut difficilement être porté au crédit du président sortant. Première leçon de cette élection : quand ceux qui se disent progressistes ne le sont qu’en paroles, le peuple essaie autre chose.
Deuxièmement, Donald Trump a gagné parce qu’il est apparu à tort ou à raison comme un électron libre, sans allégeance particulière, voire étranger au système politique traditionnel. Le milliardaire qui pavoise les gratte-ciel de son nom en lettres géantes, bien sûr, est un pur produit du système capitaliste. Il aime se présenter comme un self-made man qui s’est taillé un empire immobilier dans la jungle new-yorkaise. Evidemment ce n’est qu’une belle histoire enjolivée pour les besoins de la cause, mais peu importe puisque les Américains qui votent pour lui ont follement envie d’y croire.
Représentatif d’une couche de managers chevillée au marché intérieur, il a fait fortune dans l’immobilier, la télé-réalité et les élections de miss. Trump, c’est l’homme qui vend du rêve aux Américains, de préférence « blancs, masculins et peu éduqués », comme disent aimablement les sociologues. Il a choisi son cœur de cible et il s’y est tenu, quitte à caresser dans le sens du poil les tendances xénophobes et islamophobes de l’Amérique profonde, avivées par le climat international et les problèmes liés à l’immigration clandestine.
Du coup, il a pu tenir un discours contre le système oligarchique tout en étant lui-même un parfait oligarque. Contrairement à Hillary Clinton, il n’a pas sollicité le soutien des lobbies qui font et défont les carrières politiques aux USA. Les magnats de l’armement, les financiers de Wall Street et les prête-nom d’Israël lui ont préféré son adversaire. N’étant pas leur débiteur, rien ne le retenait de faire le procès de « l’establishment » comme s’il n’en faisait pas partie. Capitaliste sans complexe, mais franc-tireur, il a su détourner à son profit la vindicte populaire contre les vautours de la finance qui se sont enrichis pendant la crise sur le dos des classes moyennes. Deuxième leçon de cette élection : quand le peuple en veut à l’oligarchie, il vaut mieux montrer qu’on ne dépend pas d’elle, même si on en fait partie.
Troisièmement, Donald Trump doit aussi son succès massif, bien sûr, au climat pestilentiel qui régnait autour de la candidate démocrate. Experte en double langage, Hillary Clinton s’est pris les pieds dans le tapis à force de multiplier les mensonges. Elle s’est mouillée jusqu’au cou avec Wall Street, allant jusqu’à confesser qu’elle se sentait « plus proche des financiers que de la classe moyenne depuis qu’elle et Bill avaient gagné des dizaines de millions de dollars ». Le trucage éhonté des primaires démocrates et l’affaire rocambolesque des emails ont fait le reste. Les ploucs qui se lèvent tôt le matin pour aller nourrir leur famille ou payer les études de leurs enfants viennent de renvoyer l’ascenseur à celle dont ils ne supportaient plus la duplicité. Direction le sous-sol.
On va beaucoup dire, à gauche, que la victoire de Trump est surtout la défaite de Clinton parce que c’était une mauvaise candidate. Mais peu d’observateurs iront jusqu’à admettre que c’était une mauvaise candidate parce que le parti démocrate lui-même est une véritable planche pourrie. C’est pourtant vrai. Et si ce parti est en putréfaction, c’est parce qu’il s’est livré au clan Clinton, cheval de Troie des intérêts capitalistes les plus rapaces au sein du système politique américain.
Pourtant, pour la première fois, le parti démocrate avait un candidat honorable. Bernie Sanders n’était ni menteur, ni corrompu. Il avait des idées sur la société américaine qui séduisaient cette partie de la jeunesse qui ne voulait pas passer sa vie à se prosterner aux pieds du dieu-dollar. Mais il n’avait aucune chance parce que le système n’en voulait pas. Avides de pouvoir, les Clinton l’ont cyniquement descendu en plein vol pour le compte d’une oligarchie cupide. Le symbole des Clinton, c’est la fondation du même nom. Cette pompe à fric financée par les Saoudiens fut l’instrument d’une effroyable corruption et d’une compromission éhontée avec les sponsors du terrorisme. Vaincue, Hillary Clinton ira donc rejoindre le club des conférenciers à 300 000 dollars. Bon débarras.
Bruno Guigue | 9 novembre 2016
Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.
 
Source: Arrêt sur Info
Photo:  Gage Skidmore

dimanche 13 novembre 2016

L'élection de Trump est un avertissement, mais pas pour les raisons qu'on pense / The election of Trump is a warning, but not for the reasons of which we think

Un article jubilatoire à propos de l'oligarchie bien-pensante... Merci à Joe Quinn. 

Christophe


L'Empire, c'est bon pour les 1%
Ce qui nous intéresse, ce n'est pas le fait que Donald Trump a été élu président des États-Unis, mais les conditions qui lui ont permis d'accéder à la présidence.

Alors, qu'est-ce qui a poussé les Américains à voter pour Trump ou pour Hillary à cette élection ? Si vous demandez aux médias mainstream, ou à n'importe quel partisan d'Hillary, ils vous parleront probablement de valeurs libérales ou de justice sociale. Ils vont diront aussi que les électeurs de Trump étaient principalement animés par le racisme, le sexisme et la haine. En réalité, les électeurs de Trump se préoccupaient tout autant d'injustice sociale. En fait, c'est LA question qui a sous-tendu la plupart des votes populaires à travers le monde ces dernières années. Et de façon ironique, les électeurs de Trump se préoccupaient probablement plus de justice sociale que les libéraux qui ont voté pour Hillary, parce que la justice sociale qui a poussé des millions d'électeurs à voter pour Trump est très différente de la « justice sociale » dont se préoccupent les partisans d'Hillary.

Il faut noter ici la nette distinction entre les « ploucs » de la classe ouvrière américaine et les catégories dont la position financière avantageuse leur permet de gravir l'échelle sociale. La plupart des gens qui ont voté Trump font partie des « ploucs », et s'ils ont voté Trump, c'est parce qu'ils ressentent les effets négatifs des 8 années de politiques économiques et étrangères « libérales » du gouvernement Obama, politiques dans la droite ligne des politiques « conservatrices » des années Bush (on pourrait se demander pourquoi, et comment une telle chose est possible. Indice : le président n'est pas celui qui « décide », loin s'en faut). Ces politiques coïncident avec les « cracks » de 2008 et le « renflouement » des banques, à la suite desquels des milliers d'Américains ont été expropriés et de nombreux emplois du secteur industriel traditionnel ont été détruits. Ceux qui ont souffert le plus de cette situation sont évidemment les pauvres et les classes populaires.

C'est précisément cette marginalisation des couches les plus vulnérables de la société qui a catalysé les votes en faveur du Brexit en Grande-Bretagne, il y a quelques mois. Le choix du peuple britannique de quitter l'UE, tout comme le choix du peuple américain de voter pour Trump, n'étaient pas en priorité des votes en faveur du racisme ou de la xénophobie, mais des votes contre le statu quo néolibéral au sein duquel les pauvres ont vu leur niveau de vie baisser encore davantage. Quant à la population dans son ensemble, elle a vu la guerre et la destruction augmenter à l'étranger.

Soulignons la nature bipartisane de ces votes-sanction : aux États-Unis, c'est le candidat du gouvernement - le candidat de la « gauche » officielle - qui a été rejeté, tandis qu'en Grande-Bretagne, le vote contestataire s'est déroulé sous un gouvernement de « droite », dit conservateur. Ce qu'il faut comprendre ici, c'est que le prétendu paradigme politique « gauche / droite » des démocraties occidentales n'existe plus. Il a été remplacé par une mixture faite de néolibéralisme et de néoconservatisme, deux mots sophistiqués qui décrivent des idéologies qui, à elles deux, forment le projet « élitiste » de mondialisation et de domination des ressources mondiales par les multinationales et leurs potes politiciens, tout cela en « projetant » la puissance militaire américaine à travers le monde.


« Votez pour sortir »

Alors les médias mainstream, qui soutenaient largement Hillary - la candidate de l'establishment - ont eu beau passer les 12 derniers mois à répandre le couplet selon lequel les partisans de Trump étaient « pitoyables » et que Trump lui-même était un raciste, sexiste, xénophobe, menteur, tricheur et narcissique invétéré, c'était un grossier mensonge qui masquait la vérité, à savoir que la motivation de la plupart des partisans de Trump était : de meilleurs emplois, de meilleurs salaires, de meilleurs soins de santé (ou des soins de santé tout court), etc. Autrement dit, le besoin désespéré d'une véritable justice sociale.

Lorsqu'on leur a proposé Trump comme unique alternative à Hillary, ces gens marginalisés et fatigués ont accepté l'offre sans y réfléchir à deux fois. En outre, d'après les sondages à la sortie des urnes, il semble que ce ne soit pas seulement les pauvres qui ont rejeté Hillary et tout ce qu'elle représente. En effet, 54% des diplômés universitaires de race blanche et de sexe masculin ont voté pour Trump. Au niveau des catégories de revenus, tandis que 52% des électeurs gagnant moins de 50 000$ par an ont voté Clinton, contre 41% pour Trump, sur les 64% d'électeurs gagnant plus de 50 000$ par an, 49% ont voté pour Trump, et 47% pour Clinton. Donc, la motivation principale des électeurs, loin du « tout sauf Trump », était plutôt « Tout sauf Hillary ».

Le fait que la quasi-totalité des partisans d'Hillary, dont un grand nombre d'observateurs intéressés à travers le monde (en particulier en Europe) ont réagi avec horreur et consternation à la victoire de Trump prouve l'efficacité de ce mensonge colporté par les médias occidentaux alignés. Ces individus ont exprimé leur « choc » en voyant un si grand nombre d'Américains sombrer soudainement dans le « racisme », ou se sont demandé comment ils ont pu passer à côté de cette barbarie tapie au cœur de la « plus grande démocratie du monde ». Ces mêmes individus sont également forcés d'utiliser ce même argument inepte pour expliquer le fait qu'une majorité d'électrices se sont ralliées à Trump. Au vu des propos de Trump concernant les femmes, toutes ces électrices ne peuvent être que des ploucs mentalement attardées, non ?

Il faut avoir la vue bien courte pour tirer une telle conclusion. N'importe quelle femme obligée de prendre 3 emplois à la fois et qui, malgré tout, n'arrive pas à nourrir correctement ses enfants ou à disposer de suffisamment de « pouvoir d'achat » pour avoir un semblant de vie n'aura guère de problème à passer outre les remarques sexistes et les hyperboles racistes d'un candidat présidentiel, dès lors qu'il promet de s'attaquer aux graves problèmes qui la concernent, elle, et d'en finir avec les politiques kleptocratiques d'Obama (et, avant lui, de Clinton et de l'administration Bush).

Évidemment, la plupart de ces sous-prolétaires américains ne sont probablement pas des champions de l'analyse politique doués d'une compréhension profonde de la nature des objectifs cupides néo-libéraux/néoconservateurs. Ce qu'ils ont bien compris, en revanche, c'est que si leur niveau de vie n'a cessé de se dégrader sous un gouvernement, alors ce gouvernement est responsable, et un changement est à l'ordre du jour. La question de savoir si Obama et Hillary, et la pathocratie qu'ils représentent, sont ou non véritablement responsables de la pauvreté aux États-Unis (c'est le cas) est sans objet, par rapport à ce que j'essaie de vous faire comprendre : les sous-prolétaires et les fatigués de la guerre qui ont voté pour Trump ne l'ont PAS fait parce que ce sont des « ploucs racistes et débiles », mais parce que ce sont les couches les plus marginalisées socialement, et les plus pauvres, de la société américaine, et Trump (sincèrement ou non) leur a offert son aide. Leur perspective, bien que simpliste, est bien plus perspicace que celle des partisans « progressistes néolibéraux » d'Hillary, dont beaucoup ont voté pour elle simplement parce qu'elle n'était pas Trump et que, en tant que figure sophistiquée de l'Establishment (une femme, par-dessus le marché !), on pouvait compter sur elle pour conforter ces enfants gâtés dans leur vision du monde fantasque et détachée des réalités.

Les néo-libéraux d'Hillary

La plupart des partisans d'Hillary étaient des personnes de race blanche appartenant à la bourgeoisie et à la classe moyenne supérieure, parmi lesquels nombre de jeunes de la « génération Y », ou des personnes de moins de 35 ans. Certains d'entre eux, mais pas tous, ont grandi dans l'atmosphère étouffante et illusoire du multiculturalisme, au sein d'une « société ouverte » où les valeurs socio-culturelles « progressistes » rejettent toute notion de valeurs traditionnelles, et par là j'entends le fait de se soucier d'autre chose que de soi-même et de son « groupe ». Quelle ironie de voir que tous ces libéraux qui parlent constamment d'« acceptation de l'autre et de tolérance » et qui fustigent les « microagressions » sont ceux-là mêmes qui manifestent violemment dans les rues en ce moment même, qui vomissent des insultes haineuses et commettent de véritables « microagressions » contre les partisans de Trump.

De par leur relative sécurité socio-économique, ainsi que leur ignorance du niveau de pauvreté aux États-Unis et de la brutalité commise par l'armée US (sous Obama et Bush) sur des peuples étrangers, ces individus croient encore au Rêve américain et ont encore le loisir de se préoccuper de problèmes « culturels » et sociétaux plus abstraits, comme les droits des homosexuels, les droits des femmes (mais pas ceux des « péquenaudes » américaines, iraquiennes, syriennes ou libyennes) et les « valeurs libérales », où chacun est libre de se regarder le nombril et d'ignorer la réalité à loisir.

La plus grosse manifestation de soutien à Hillary a eu lieu à Washington DC. Regardez juste les images ci-dessous, vous verrez une représentation criante de la rupture radicale entre l'élite de Washington et les 75% du reste du pays, qui ont soit voté pour Trump, soit n'ont pas voté du tout. Là encore, il semble que le véritable message envoyé par la population américaine par le biais de cette élection soit : « Tout sauf la va-t-en-guerre élitiste Hillary ».

Pour les partisans d'Hillary, une femme président à la Maison-Blanche, c'était la garantie de la progression des « valeurs » libérales, la construction de davantage de toilettes publiques transgenre, l'augmentation de l'immigration, et encore plus de guerres génératrices d'immigrés. Bien sûr, les partisans d'Hillary ne connaissent guère la vérité (et s'en fichent pas mal) concernant l'idéologie néo-trotskyste qui prône le contrôle hégémonique américain de toutes les ressources naturelles grâce aux guerres et aux changements de régimes perpétuels soutenus par Hillary et Obama. Tout ce qu'ils savent, ils le tiennent des « médias libéraux » de l'Establishment : à savoir que l'unique but de la politique étrangère américaine est de « libérer les peuples opprimés par des régimes brutaux » et d'exporter l'idéologie transgenre et la « société ouverte » multiculturelle sur toute la planète.

Alors il faut vraiment s'interroger sur le niveau d'intelligence de ces soi-disant enfants du millénaire progressiste et, plus généralement, de ces Hyllaryophiles. Le fait d'avoir grandi dans la culture populaire narcissique semble les avoir dépourvus d'un détecteur de foutaises, comme l'illustre cet exemple : ces deux derniers jours, les gosses du millénaire ont versé des torrents de larmes à cause de Trump et de ses partisans « racistes ». Et pourtant, il y a 20 ans, le président Bill Clinton, un libéral « de gauche » et sexiste (voire violeur, selon certains) avéré, tenait plus ou moins les mêmes propos que Trump concernant l'immigration illégale. Alors, pourquoi tous ces gens flippent-ils autant aujourd'hui ? Parce que Trump affiche ouvertement sa vulgarité et son racisme, au lieu de les dissimuler sous un vernis « démocratique » bien lisse, comme Hillary et sa clique ? Ou parce que la plupart des jeunes de la génération Y n'avaient qu'une dizaine d'années à l'époque, et se fichent complètement de l'Histoire ? Si c'est le cas, alors l'élection de Trump pourrait s'avérer une très bonne chose pour l'Amérique.


Obama reçoit Trump à la Maison Blanche devant une brochette de « jeunes du millénaire ». Si vous écoutez attentivement, vous entendrez le son ténu d'un minuscule violon.
Le message à retenir - d'une importance capitale - du résultat de cette élection est qu'il s'agit d'un avertissement que chacun d'entre nous se doit d'entendre : « Vous êtes gouvernés par une cabale dont la plupart des membres n'ont pas besoin des élections pour gouverner. Ses membres sont des va-t-en-guerre corrompus et capitalistes qui copinent tous entre eux, et qui ne cessent de vous embobiner et de vous diviser en modifiant les tendances politiques aussi souvent que vous changez de slip. » Dans leur vie privée, ces individus font montre d'une attitude envers le peuple américain (et les gens du commun partout dans le monde) qui ferait passer Donald Trump pour le Pape Francis. Et tandis que l'Establishment vous encourage à vous focaliser ad nauseam sur les « problèmes » de racisme, de sexisme et de « transgenrisme », ces intendants de l'empire américain massacrent des centaines de milliers de personnes outre-mer et soutiennent des régimes qui arrêtent, torturent et tuent des homosexuels, des femmes et des dissidents politiques.

Alors à tous ceux qui ont voté pour Hillary parce qu'ils craignent l'arrivée du fascisme en Amérique, j'ai une nouvelle à vous annoncer : le fascisme, ce n'est pas Donald Trump. Lorsque le fascisme arrivera en Amérique, ce ne sera pas sous l'apparence d'un démagogue outrancier adepte de politiques régressives. Non, lorsqu'il arrivera, le fascisme sera drapé dans l'étendard des idéaux « libéraux » et « progressistes » du XXIe siècle, idéaux épousés par un gouvernement qui massacre des millions d'étrangers au nom de la liberté et de la démocratie tout en se délectant de l'adulation servile d'un troupeau de bons samaritains et d'humanitaires en herbe égocentriques et suffisants. Alors, arrêtez de vous faire des films, le fascisme américain n'est pas en marche à cause du président Trump ; le fascisme est votre quotidien depuis des décennies.
Avatar
Joe Quinn (Profile)
Joe Quinn est le coauteur de 11 septembre, l’ultime vérité (avec Laura Knight-Jadczyk, 2006) et de Manufactured Terror: The Boston Marathon Bombings, Sandy Hook, Aurora Shooting and Other False Flag Terror Attacks (avec Niall Bradley, 2014) et présentateur des Communiqués vidéos Sottet coanimateur de l’émission de radio « Behind the Headlines » sur le réseau Sott Talk Radio.
Auteur d’ouvrages et cyber-essayiste reconnu, Quinn écrit des éditoriaux percutants pour Sott.net depuis plus de 10 ans. Ses articles sont publiés sur de nombreux sites d’actualité alternatifs et il a participé en tant qu’invité à plusieurs émissions de Webradios et est également apparu sur Iranian Press TV. Vous pouvez également trouver ses articles sur son blogue personnel JoeQuinn.net.