lundi 8 décembre 2014

Les États-Unis sont un État terroriste de premier plan, par Noam Chomsky / The US is a Leading Terrorist State

Source : http://www.les-crises.fr/les-etats-unis-sont-un-etat-terroriste-de-premier-plan/

Par Noam Chomsky - 21 octobre 2014 

« ICH » – « TeleSur » – Un sondage international a révélé que les États-Unis arrivaient largement en tête de « la plus grande menace actuelle pour la paix dans le monde », loin devant le Pakistan classé second, aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Imaginez que la une de la Pravda fasse état d’une étude du KGB passant en revue les principales opérations terroristes conduites par le Kremlin à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. Supposez que l’article se poursuive par une citation où Poutine déclare qu’il a demandé au KGB de mener ces recherches afin de trouver des exemples de « financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il soit devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Si, scénario presque inimaginable, un tel article devait paraître, les cris scandalisés et les hurlements d’indignation s’élèveraient jusqu’au ciel, et la Russie serait sévèrement condamnée – ou pire – non seulement pour ce violent dossier terroriste ouvertement reconnu, mais aussi pour les réactions de ses dirigeants et de sa classe politique : parfaite indifférence, sauf pour la question de l’efficacité du terrorisme d’État russe et des possibilités d’amélioration de ses méthodes.

Il est en effet bien difficile d’imaginer qu’un tel article puisse voir le jour, sauf que c’est ce qui vient d’arriver – ou presque.

Le 14 octobre, le principal article du New York Times faisait état d’une étude de la CIA passant en revue les principales opérations terroristes conduites par la Maison Blanche à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. L’article continuait par une citation où Obama déclare qu’il a demandé à la CIA de mener ces recherches afin de trouver des exemples de « financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il est devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Il n’y eut pas de cris scandalisés, pas d’indignation, rien.

La conclusion semble tout à fait claire. Dans la culture politique occidentale, il est admis comme étant entièrement naturel et approprié que le chef de file du Monde Libre soit un état terroriste scélérat et proclame ouvertement sa position éminente dans de tels crimes ; et il n’est rien que de naturel et d’approprié dans le fait que le lauréat du prix Nobel de la paix et spécialiste libéral du droit constitutionnel [NdT : Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'université de Chicago] détenteur des rênes du pouvoir soit seulement préoccupé de savoir comment conduire de telles actions plus efficacement.

Un examen attentif établit ces conclusions de manière très solide.

Cet article débute en citant des opérations américaines « de l’Angola au Nicaragua à Cuba ». Complétons donc un peu les omissions.

En Angola, les États-Unis se joignirent à l’Afrique du Sud pour apporter un soutien décisif à l’armée terroriste de l’UNITA de Jonas Savimbi et continuèrent à le faire après que Savimbi eut été franchement battu dans une élection libre surveillée avec soin, et même après que l’Afrique du Sud eut retiré son soutien à ce « monstre dont le désir de pouvoir avait conduit son peuple à une misère épouvantable », selon les mots de l’ambassadeur britannique en Angola Marrack Goulding, appuyé par le chef de la station de la CIA du tout proche Kinshassa qui avertissait que « ce n’était pas une bonne idée » de soutenir le monstre « à cause de l’ampleur des crimes de Savimbi. Il était terriblement brutal. »

Malgré des opérations terroristes étendues et meurtrières soutenues par les États-Unis en Angola, l’armée cubaine repoussa les agresseurs sud-africains hors du pays, les contraignit à quitter la Namibie occupée illégalement, et ouvrit la voie à des élections angolaises suite auxquelles Savimbi, malgré sa défaite, « rejeta en bloc l’avis partagé par 800 observateurs étrangers selon lequel le scrutin… était pour l’essentiel libre et juste » (New York Times), et continua sa guerre terroriste avec le soutien des États-Unis.

Les réussites cubaines dans la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid furent saluées par Nelson Mandela quand il fut finalement libéré de prison. Un de ses premiers actes fut de déclarer : « Pendant toutes mes années en prison, Cuba a été une inspiration et Fidel Castro un puissant soutien … [les victoires cubaines] ont détruit le mythe de l’invincibilité de l’oppresseur blanc [et] ont inspiré les masses combattantes de l’Afrique du Sud … un tournant pour la libération de notre continent – et de mon peuple – du fléau de l’apartheid. … Quel autre pays peut faire état d’un désintéressement plus grand que celui que Cuba a montré dans ses relations avec l’Afrique ? »

Le chef terroriste Henry Kissinger, au contraire, était « hors de lui » face à l’insubordination de la « demi-portion » Castro qui devrait être « fracassé, » comme rapporté par William Leogrande et Peter Kornbluh dans leur livre Back Channel to Cuba (le Canal de communication officieux vers Cuba), s’appuyant sur des documents récemment déclassifiés.

En ce qui concerne le Nicaragua, inutile de nous étendre sur la guerre terroriste de Reagan, qui se poursuivit bien après que la Cour internationale de justice eut ordonné à Washington de cesser « l’usage illégal de la force » – ce qui est, de fait, du terrorisme international – et de payer des indemnités substantielles, et qu’une résolution du conseil de sécurité des Nations Unies qui appelait tous les pays (signifiant : les États-Unis) à respecter les lois internationales – ne fut bloquée par le droit de véto de Washington.

Il faut savoir, cependant, que la guerre terroriste de Reagan contre le Nicaragua – poursuivie par Bush 1er, Bush « l’homme d’État » – ne fut pas aussi destructrice que le terrorisme d’État qu’il a soutenu avec enthousiasme au Salvador et au Guatemala. Le Nicaragua avait l’avantage d’avoir une armée pour affronter les forces terroristes dirigées par les États-Unis, alors que dans les États voisins, les terroristes agressant les populations étaient les forces de sécurité armées et entraînées par Washington.

Dans quelques semaines nous commémorerons l’apogée des guerres terroristes de Washington en Amérique latine : le meurtre de six intellectuels latino-américains de premier plan, des prêtres jésuites, par une unité terroriste d’élite de l’armée salvadorienne, le bataillon Atlacatl, armé et entraîné par Washington, agissant sous les ordres explicites du Haut Commandement, avec un long palmarès de massacres des victimes habituelles.

Ce crime choquant du 16 novembre 1989 à l’université jésuite de San Salvador fut le point d’orgue de l’immense épidémie de terreur qui s’étendit à tout le continent après que John F. Kennedy eut fait passer la mission des militaires d’Amérique latine de « défense de l’hémisphère » – un vestige périmé de la seconde guerre mondiale – à « sécurité intérieure », ce qui signifiait guerre contre leur propre population. Les conséquences sont décrites succinctement par Charles Maechling, qui dirigea le programme de contre-insurrection et de défense intérieure des États-Unis de 1961 à 1966. Il décrivit la décision de Kennedy en 1962 comme une transition de « la tolérance face à la rapacité et à la cruauté des militaires latino-américains » à « une complicité directe » de leurs crimes, et à un soutien par les États-Unis des « méthodes des escadrons d’extermination d’Heinrich Himmler ».

Tout cela a été oublié, ce n’est pas la « bonne catégorie de faits ».

À Cuba, les opérations terroristes de Washington furent lancées dans toute leur rage par le président Kennedy afin de punir les Cubains d’avoir repoussé l’invasion américaine de la Baie des Cochons. Comme décrit par l’historien Piero Gleijeses, JFK « demanda à son frère, le procureur général Robert Kennedy, de diriger le groupe inter-agence qui supervisa l’opération Mongoose (Mangouste), un programme d’opérations paramilitaires, de guerre économique et de sabotage qu’il lança à la fin de l’année 1961 pour faire connaître à Fidel Castro les “terreurs de la Terre” et, plus prosaïquement, pour le renverser. »

L’expression « terreurs de la Terre » est tirée d’une citation de l’associé de Kennedy et historien Arthur Schlesinger dans sa biographie quasi officielle de Robert Kennedy, qui était en charge de mener la guerre terroriste. RFK informa la CIA que le problème cubain était « la priorité principale du gouvernement des États-Unis – tout le reste [était] secondaire – et qu’il ne fallait épargner ni le temps, ni les efforts, ni les effectifs » pour renverser le régime de Castro et jeter les « terreurs de la Terre » sur Cuba.

La guerre terroriste lancée par les frères Kennedy n’était pas une mince affaire. Elle impliqua 400 Américains, 2000 Cubains, une flotte privée de hors-bord et un budget annuel de 50 millions de dollars géré par une filiale de la CIA à Miami, fonctionnant en violation du Neutrality Act et, probablement, de la loi interdisant les opérations de la CIA sur le sol américain. Les opérations incluaient la pose de bombes dans des hôtels et des installations industrielles, l’envoi par le fond de bateaux de pêche, l’empoisonnement de récoltes et du bétail, la contamination du sucre exporté, etc. Certaines de ces opérations n’étaient pas explicitement autorisées par la CIA mais menées par les forces terroristes qu’elle finançait et soutenait, une distinction sans aucune différence dans le cas d’ennemis officiels.

Les opérations terroristes Mangouste furent menées par le Général Edward Lansdale, qui avait une expérience amplement suffisante de la conduite d’opérations de terrorisme américaines aux Philippines et au Viêt-Nam. Son programme pour l’Opération Mangouste militait pour « la révolte ouverte et le renversement du régime communiste » en octobre 1962, ce qui, pour « le succès final, nécessiterait une intervention militaire US décisive » après le travail de sape du terrorisme et de la subversion.

Octobre 1962 est, bien sûr, un moment très important de l’histoire moderne. Ce fut au cours de ce mois que Nikita Khrouchtchev fit parvenir des missiles à Cuba, déclenchant la crise des missiles qui est passée sinistrement près de la guerre nucléaire terminale. Les études académiques reconnaissent maintenant que la position de Khrouchtchev était en partie motivée par la prépondérance énorme des forces américaines après que Kennedy eut répondu à ses appels de réduction d’armes offensives en augmentant radicalement l’avantage des États-Unis, et en partie par la préoccupation concernant une possible invasion américaine de Cuba. Des années plus tard, le ministre de la Défense Nationale de Kennedy, Robert McNamara, a reconnu que les craintes de Cuba et de la Russie concernant une attaque avaient été justifiées. « Si j’avais été à la place des Cubains ou des Soviétiques, j’aurais également pensé ainsi », a observé McNamara lors d’une conférence internationale majeure sur le 40e anniversaire de la crise des missiles.

L’analyste politique Raymond Garthoff, hautement considéré, qui a de nombreuses années d’expérience directe des services de renseignement américains, rapporte que dans les semaines ayant précédé l’éclatement de la crise d’octobre, un groupe terroriste cubain opérant depuis la Floride avec l’accord du gouvernement américain avait mené « une audacieuse attaque par vedette rapide en mitraillant un hôtel cubain au bord de la mer près de La Havane où on savait que des techniciens militaires soviétiques se rassemblaient, tuant des Russes et des Cubains ». Et peu de temps après, continue-t-il, les forces terroristes attaquèrent des cargos britanniques et cubains et menèrent un nouveau raid sur Cuba, parmi d’autres, suite à l’intensification des actions décidée début octobre. À un moment tendu de la crise des missiles toujours non résolue, le 8 novembre, une équipe terroriste envoyée depuis les États-Unis fit sauter une installation industrielle cubaine après que les opérations Mangouste eurent été officiellement suspendues. Fidel Castro allégua que 400 travailleurs avaient été tués dans cette opération, guidée par « des photographies prises par des avions espions. » Les tentatives d’assassinat sur Castro et d’autres attaques terroristes continuèrent immédiatement après la fin de la crise, et s’intensifièrent de nouveau dans les années suivantes.

Il y a eu quelques mentions d’une partie plutôt mineure de la guerre de la terreur, les nombreuses tentatives d’assassinat de Castro, généralement écartées comme des manigances puériles de la CIA. En dehors de cela, rien de ce qui s’est passé n’a suscité beaucoup d’intérêt ou de commentaires. La première enquête sérieuse en langue anglaise de l’impact sur les Cubains a été publiée en 2010 par le chercheur canadien Keith Bolender, dans son Voices From The Other Side: An Oral History Of Terrorism Against Cuba (Voix de l’Autre Côté : une histoire orale du Terrorisme contre Cuba), une étude de grande valeur en grande partie ignorée.

Les trois exemples mis en évidence dans le rapport du New York Times sur le terrorisme américain sont uniquement la partie visible de l’iceberg. Néanmoins, il est utile d’avoir cet aveu important de la consécration de Washington aux opérations terroristes meurtrières et destructrices et de l’insignifiance de tout ceci pour la classe politique, qui accepte comme normal et approprié que les États-Unis soient une superpuissance terroriste, non soumise à la loi et aux règles de la civilisation.

Curieusement, le monde pourrait ne pas être d’accord. Un sondage international publié il y a un an par le Réseau Indépendant Mondial/Association Internationale Gallup (WIN/GIA) a fait le constat que les États-Unis sont classés loin en tête en tant que « plus grande menace à la paix mondiale aujourd’hui », loin devant le second, le Pakistan (sans aucun doute gonflé par le vote indien), aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Heureusement, ces informations insignifiantes ont été épargnées aux Américains.

Noam Chomsky est professeur (émérite) de l’Institut de Linguistique du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Source : Information Clearing House, le 21/10/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.



jeudi 4 décembre 2014

L’UE survivra-t-elle à la mèche qui allume la bombe ? / Will the EU survive the drill which lights the bomb ?

Source  : http://www.dedefensa.org/article-l_ue_survivra-t-elle_la_m_che_qui_allume_la_bombe__02_12_2014.html

Auteur : Philippe Grasset

02/12/2014 - Bloc-Notes

L’UE survivra-t-elle à la mèche qui allume la bombe ?

Le 24 novembre 2014, dissertant sur “notre guerre” qui fait rage, – entre la Russie et le bloc BAO, – nous mentionnions ces déclarations de madame Dalia Grybauskaité à la radio lithuanienne LRT, selon lesquelles “la Russie conduit une agression contre l’Ukraine”, “le président Poutine a l’intention d’occuper d’autres pays et régions et de bouleverser radicalement le système de sécurité mondial”, – pour conclure : «Nous sommes dans une situation où nos voisins sont en train de devenir un État terroriste» ... Nous traduisons en l’adaptant à l’esprit manifeste de la chose la phrase dont la traduction anglaise à partir du lithuanien est maladroite ou maladroitement ambiguë, ou volontairement ambiguë c’est selon («We’re facing a situation in which some of our neighbors are becoming a terrorist country»). C’est bien ainsi (“Russie, État terroriste”), que Nicolai Kolomeitsev, adjoint au chef du groupe parlementaire communiste à la Douma, a compris l’intervention de la présidente lithuanien, lorsqu’il a déposé une motion demandant au moins des sanctions économiques contre la Lithuanie, et peut-être même une rupture des relations diplomatiques entre la Russie et la Lithuanie. Par chance, ce n'est pas la Lithuanie mais bien la Lettonie qui, le 1er janvier 2015, assure, jusqu’au 1er juillet, la présidence du Conseil de l’Union Européenne, – mais on peut être assuré que c'est presque la même chose, et que le même esprit de ces pays baltes antirusses animera les relations entre cette présidence de l'UE et la Fédération de Russie
Les dieux font bien les choses. Vous auriez voulu approcher une allumette enflammée de la mèche d’une bombe qui ne demande qu’à exploser que vous ne vous seriez pas pris différemment... Nous parlons bien en mode familier (vous avons nos accointances) “des dieux”, suggérant quelque force puissante hors de notre compréhension et bien entendu de notre contrôle, car lorsque la calendrier des rotations des présidences du Conseil de l’UE fut poursuivi, avec la Lettonie pour la présidence de la première moitié de 2015, nul, parmi nos terrestres experts et devins, n’eût pu imaginer que la situation entre la Russie et l’UE fût à ce degré de tension, d’incompréhension, de fureur aveugle et de déchaînement pathologique. (On choisira de quel côté surtout, sinon essentiellement, tous ces diagnostics s’appliquent précisément.) Il semble bien que les dieux, eux, en étaient informés comme s’ils avaient eux-mêmes influencé les faiseurs de calendrier, car l’on sait bien que leur but est de tout faire pour que la cohésion du bloc BAO vole en éclat et accélère la crise finale, – et c’est bien l’issue la plus probable parmi les issues possibles que cette situation d’un si proche avenir pourrait alimenter, voire accélérer, voire provoquer jusqu'à son terme qui sait...
Quoi qu’il en soit, le fait est que la très prochaine présidence de la Lettonie est aujourd’hui le sujet principal, et de plus en plus préoccupé jusqu’à une inquiétude qui ressemble presque à de la panique, des conversations de couloir dans les divers bâtiments et labyrinthes des institutions européennes ... Que va-t-il se passer entre l’UE et la Russie avec une présidence lettonne ? Des trois pays baltes, la Lettonie est, avec la Lituanie, le pays le plus en flèche, le plus viscéralement antirusse, l’Estonie restant un peu en retrait. (Qui plus est, la Lettonie compte près de 30% de sa population composée de Russes, dont une partie ayant le curieux statut de non-citoyen [epsiloni], puisque non-naturalisé Lettons et n’étant pas Russes puisqu’installés directement ou par filiation en Lettonie depuis les années 1940, – bref, un sujet de plus de discorde et d’hostilité avec la Russie.) On peut dire que le trio Lettonie-Lituanie-Pologne, avec une mention particulière pour le tintamarre de communication hystérique pour les deux pays baltes, est le relais direct, nous ne dirions même pas de Washington D.C., mais directement du cœur de la fraction purement neocon de Washington D.C. (La Pologne a cette position antirusse en flèche mais, semble-t-il, avec des projets plus concrets, ce qui peut parfois tempérer la communication hystérique antirusse par tactique. Dimitri Panine, dans Strategic-Culture.org, développe le 1er décembre 2014, l’idée que la Pologne a comme projet géopolitique de faciliter la partition de l’Ukraine pour pouvoir récupérer une partie de ce pays pour faire avancer son rêve de Grande Pologne. La “fuite” très vite mise en échec de l’ancien ministre des affaires étrangères Sikorski sur l’idée de la partition, mais dans ce cas mise au débit des Russes [voir le 29 octobre 2014], est pour Panine une démarche dans ce but.) Bref, la Lettonie est cette allumette-là déjà enflammée qui sera plus qu’aucune autre, plus furieuse et plus proche de la mèche de la bombe en attente d’explosion entre la Russie et l’UE, parce que ce pays n’est conduit que par cette hystérie de communication qui engendre aujourd’hui les grands événements et précipite les situations instables vers le pire possible.
L’UE est une drôle de machine. Comme d’autres machines décervèlent, l’UE, elle, a comme principal effet d’éradiquer systématiquement les souverainetés et de massacrer les principes structurants. A côté de cela, les pays continuent à avoir leur mot à dire, – souverainement mais pas nécessairement pour leurs intérêts nationaux, pour les plus responsables d’entre eux, qui se paient le luxe de penser “en Européens” plutôt qu’“en nationaux”, – tout cela, temporairement, durant leur présidence du Conseil pendant six mois. L’effet sur les grandes orientations de l’UE, et sur son “fédéralisme rampant”, prédateur des souverainetés et des principes, courant négatif et déstructurant au service de la globalisation, cet effet est quasi-nul ; par contre, l’effet conjoncturel, essentiellement au niveau de la communication à partir des mesures bureaucratiques (calendrier des réunions et des rencontres, thèmes imposés, légitimité très-temporaire et très-fragile de parler directement au nom de l’Europe, etc.), est très loin d’être négligeable. On comprend, après ce qu’on a dit précédemment, que c’est un terrain idéal pour un pays comme la Lettonie, qui va se trouver investi du vertige de jouer comme si elle était du point de vue de la communication l’Europe à elle seule, qui est complètement irresponsable par les pesanteurs de la géopolitique et sa tradition diplomatique, qui a une histoire récente chargée d’antagonisme avec l’URSS avec des atrocités diverses où elle trouve sa part pour la justifier de son attitude présente, qui a enfin un os formidable à ronger avec le soutien actif du monstre américaniste qui est en Lettonie comme s’il était chez lui. Ainsi le monstrueux dinosaure qu’est l’UE va-t-il se trouver mené par une “souris qui rugissait” et qui va continuer à rugir de plus belle avec une idée fixe qui occupe la totalité de son cerveau. Ainsi en est-il, – exemple proche de la perfection, – de cette magnifique construction européenne qui assure la postmodernité éternelle et constitue l’achèvement de notre civilisation, – et combien les Pères Fondateurs doivent s’agiter de contentement et de gloussements satisfaits dans leurs tombes, – “et comme je les ai bien eus, les sapiens postmodernistes”, dit le diable qui en rit déjà... Devant ce spectacle du monstre-diplodocus européen conduit par “la souris qui rugissait”, on se demanderait, comme Montesquieu faisait à propos des Persans, – mais comment diable peut-on être eurosceptique, – lorsque l’Europe se montre si bien faite ?
Or, cette situation en théorie la pire qu’on puisse imaginer pour les rapports UE-Russie dans la situation explosive où l’on se trouve, va s’installer alors que l’UE se trouve de plus en plus dans cette situation d’incertitude, de soupçon, d’interrogation, définie par nous comme “l’énorme poids du rien” (voir le 13 novembre 2014). A cela, il faut ajouter des situations nationales qui reproduisent ce trouble à leur échelle, dans des sens divers (on doit avoir à l’esprit le cas allemand [voir le 1er décembre 2014] et le cas hongrois [voir également le 1er décembre 2014]). On pourrait ajouter à cela, pour ne pas oublier nos “cousins” américanistes, la cerise sur le gâteau du nouveau Congrès boutefeu et va-t’en-n’importe-quelle-guerre (voir le 10 novembre 2014), opérationnel dès le 1er janvier 2015, en parallèle quasiment parfait et pratiquement surnaturel (ah, les dieux !) avec la petite Lettonie.
Voilà le décor planté pour ce qui a tout pour devenir la présidence de l’UE la plus provocatrice dans un contexte de crise mondiale, et éventuellement la présidence de l’UE la plus catastrophique pour l’UE elle-même. En effet, il nous semble que la Russie, malgré toute la prudence et le désir de calmer le jeu de Poutine, a moins à craindre de la présidence lettone de l’UE que l’UE elle-même. Avant que “la souris qui rugissait” ait atteint son but secret d’assurer enfin sa sécurité en suscitant une hostilité déclarée, affirmée et opérationnelle du bloc BAO contre la Russie qui débouche sur une défaite totale de l’empire-des-tsars-reconstitué de Poutine, – la fleur de rhétorique la plus sexy de la fantasy-narrative du bloc BAO, – il nous semble que cette présidence pourrait avoir semé une zizanie telle au sein de l’UE qu’elle y aurait installé une crise ouverte. En ce sens, le risque de la présidence lettone n’est pas tant une aggravation de la crise ukrainienne et de la crise Russie-bloc BAO, qui sont déjà bien assurées, qu’une crise interne majeure au sein de l’UE, avec de multiples conséquences déstabilisantes, sinon déstructurantes, pour le lien transatlantique qui nous tient si fort attachés à nos “cousins”... Si c’était le cas, eh bien l’on pourrait avancer que la Lettonie a rencontré un véritable destin historique, et que l’étrange machinerie de l’UE des Pères Fondateurs a fait son office surréaliste, mettant un ensemble de 507,4 millions d’habitants, avec en son sein les plus vieilles puissances de l’histoire de la civilisation occidentale, à la merci d’un pays de 2 023 825 habitants (au 1er janvier 2013), dévoré d’obsessions historiques, dont on peut admettre qu’elles sont à la fois, et fort curieusement, justifiées en partie par ce qu’il a subi, et extraordinairement inverties en une recette pour une extraordinaire catastrophe de notre temps présent. Cette opportunité de voir le Système ainsi frappé au cœur de lui-même n’est pas à dédaigner ... Les dieux savent ce qu’ils veulent.

Mis en ligne le 2 décembre 2014 à 11H21

mercredi 3 décembre 2014

No to War, Hot or Cold, With Russia


Source  : http://www.truthdig.com/report/item/no_to_war_hot_or_cold_with_russia_20141201/
Posted on Dec 1, 2014
By Dennis Kucinich

plavevski / Shutterstock.com
Editor’s note: The following was adapted from an email by former Rep. Dennis Kucinich to his subscribers.
U.S.-Russia relations have deteriorated severely in the past decade and they are about to get worse, if the House passes H. Res. 758.

NATO encirclement, the U.S.-backed coup in Ukraine, an attempt to use an agreement with the European Union to bring NATO into Ukraine at the Russian border, a U.S. nuclear first-strike policy, are all policies which attempt to substitute force for diplomacy.

Russia’s response to the terror unleashed by western-backed neo-nazis in Crimea and Odessa came after the local population appealed to Russia to protect them from the violence. Russia then agreed to Crimea joining the Russian Federation, a reaffirmation of an historic relationship.

The Western press begins its narrative on the Crimea situation with the annexation, but completely ignores the provocations by the West and other causal factors which resulted in the annexation. This distortion of reality is artificially creating an hysteria about Russian aggressiveness, another distortion which could pose an exceptionally dangerous situation for the world, if acted upon by other nations. The U.S. Congress is responding to the distortions, not to the reality.

Similar distortions are developing now in the coverage of events in the eastern part of Ukraine, in Donetsk and Luhansk.

Tensions between Russia and the U.S. are being fueled every day by players who would benefit financially from a resumption of the Cold War which, from 1948 to 1991 cost U.S. taxpayers $20 TRILLION dollars (in 2014 dollars), an amount exceeding our $18 trillion National Debt.

With wars re-igniting in Afghanistan and Iraq, and Syria being a staging ground for an ongoing proxy war between the great powers, the U.S. treasury is being drained for military adventures, our national debt is piling up, and we are demonstrably less safe.

Tomorrow the U.S. House will debate and vote on H. Res. 758 which is tantamount to a ‘Declaration of Cold War’ against Russia, reciting a host of grievances, old and new, against Russia which represent complaints that Russia could well make against the U.S., given our nation’s most recent military actions: Violating territorial integrity, violations of international law, violations of nuclear arms agreements.

Congress’ solution? Restart the Cold War!

The resolution demands Russia to be isolated and for “the President, in consultation with Congress, to conduct a review of the force posture, readiness and responsibilities of United States Armed Forces and the forces of other members of NATO to determine if the contributions and actions of each are sufficient to meet the obligations of collective self-defense [my emphasis] under Article 5 of the North Atlantic Treaty, and to specify the measures needed to remedy any deficiencies…” In other words, ‘let’s get ready for war with Russia.’

This is exactly the type of sabre rattling which led to the initiation and escalation of the Cold War. It is time we demanded that the U.S. employ diplomacy, not more military expenditures, in the quest for international order.

It is time the U.S. stepped out of this expensive dialectic of conflict and seek to rebuild diplomatic relations with Russia and set aside the risky adventurism in the name of NATO.

If you agree, please contact your congressperson today, 202-224-3121, and ask them to vote against H. Res. 758.


H. RES. 758 

113TH CONGRESS
(Document certified by Superintendent of Documents <pkisupport@gpo.gov>) Signed by Superintendent of Documents <pkisupport@gpo.gov> Time: 2014.11.19 09:09:14 Z Reason: GPO attests that this document has not been altered since it was disseminated by GPO Location: US GPO, Washington, DC 20401
2D SESSION
H. RES. 758
Strongly condemning the actions of the Russian Federation, under President
Vladimir Putin, which has carried out a policy of aggression against
neighboring countries aimed at political and economic domination.
IN THE HOUSE OF REPRESENTATIVES
NOVEMBER 18, 2014
Mr. KINZINGER of Illinois submitted the following resolution; which was
referred to the Committee on Foreign Affairs
RESOLUTION
Strongly condemning the actions of the Russian Federation,
under President Vladimir Putin, which has carried out
a policy of aggression against neighboring countries
aimed at political and economic domination.
Whereas upon entering office in 2009, President Barack
Obama announced his intention to ‘‘reset’’ relations with
the Russian Federation, which was described by former
United States Ambassador to Russia Michael McFaul as
a policy to ‘‘engage with Russia to seek agreement on
common interests’’, which included the negotiation of the
Strategic Arms Reduction Treaty (New START) in
which the United States agreed to major reductions in its
nuclear forces;
Whereas the Russian Federation has responded to this policy
with openly anti-American rhetoric and actions and with
armed aggression against United States allies and partner
countries, including Ukraine and the Republic of
Georgia;
Whereas the Russian Federation has subjected Ukraine to a
campaign of political, economic, and military aggression
for the purpose of establishing its domination over the
country and progressively erasing its independence;
Whereas the Russian Federation’s invasion of, and military
operations on, Ukrainian territory represent gross violations
of Ukraine’s sovereignty, independence, and territorial
integrity and a violation of international law, including
the Russian Federation’s obligations under the
United Nations Charter;
Whereas the Russian Federation’s forcible occupation and illegal
annexation of Crimea and its continuing support for
separatist and paramilitary forces in eastern Ukraine are
violations of its obligations under the 1994 Budapest
Memorandum on Security Assurances, in which it
pledged to respect the independence and sovereignty and
the existing borders of Ukraine and to refrain from the
threat or use of force against the territorial integrity or
political independence of Ukraine;
Whereas the Russian Federation has provided military equipment,
training, and other assistance to separatist and
paramilitary forces in eastern Ukraine that has resulted
in over 4,000 civilian deaths, hundreds of thousands of
civilian refugees, and widespread destruction;
Whereas the Ukrainian military remains at a significant disadvantage
compared to the armed forces of the Russian
•HRES 758 IH

Federation in terms of size and technological sophistication;
Whereas the United States strongly supports efforts to assist
Ukraine to defend its territory and sovereignty against
military aggression by the Russian Federation and by
separatist forces;
Whereas the terms of the ceasefire specified in the Minsk
Protocol that was signed on September 5, 2014, by representatives
of the Government of Ukraine, the Russian
Federation, and the Russian-backed separatists in the
eastern area of the Ukraine have been repeatedly violated
by the Russian Federation and the separatist forces it
supports;
Whereas separatist forces in areas they controlled in eastern
Ukraine prevented the holding of elections on May 25,
2014, for a new President of Ukraine and on October 26,
2014, for a new Rada, thereby preventing the people of
eastern Ukraine from exercising their democratic right to
select their candidates for office in free and fair elections;
Whereas, on November 2, 2014, separatist forces in eastern
Ukraine held fraudulent and illegal elections in areas
they controlled for the supposed purpose of choosing
leaders of the illegitimate local political entities they have
declared;
Whereas the Russian Federation has recognized the results of
the illegal elections and continues to provide the military,
political, and economic support without which the separatist
forces could not continue to maintain their areas
of control;
Whereas the reestablishment of peace and security in
Ukraine requires the full withdrawal of Russian forces
•HRES 758 IH

from Ukrainian territory, the resumption of the government’s
control over all of the country’s international borders,
the disarming of the separatist and paramilitary
forces in the east, an end to Russia’s use of its energy
exports and trade barriers to apply economic and political
pressure, and an end to Russian interference in
Ukraine’s internal affairs;
Whereas Malaysia Airlines Flight 17, a civilian airliner, was
destroyed by a Russian-made missile provided by the
Russian Federation to separatist forces in eastern
Ukraine, resulting in the loss of 298 innocent lives;
Whereas the Russian Federation has used and is continuing
to use coercive economic measures, including the manipulation
of energy prices and supplies, as well as trade restrictions,
to place political and economic pressure on
Ukraine;
Whereas military forces of the Russian Federation and of the
separatists it controls have repeatedly violated the terms
of the ceasefire agreement announced on September 5,
2014;
Whereas the Russian Federation invaded the Republic of
Georgia in August 2008, continues to station military
forces in the regions of Abkhazia and South Ossetia, and
is implementing measures intended to progressively integrate
these regions into the Russian Federation;
Whereas the Russian Federation continues to subject the Republic
of Georgia to political and military intimidation,
economic coercion, and other forms of aggression in an
effort to establish its control of the country and to prevent
Georgia from establishing closer relations with the
European Union and the United States;
•HRES 758 IH

Whereas the Russian Federation continues to station military
forces in the Transniestria region of Moldova;
Whereas the Russian Federation continues to provide support
to the illegal separatist regime in the Transniestria region
of Moldova;
Whereas the Russian Federation continues to subject
Moldova to political and military intimidation, economic
coercion, and other forms of aggression in an effort to establish
its control of the countries and to prevent efforts
by Moldova to establish closer relations with the European
Union and the United States;
Whereas under the terms of the Intermediate-Range Nuclear
Forces Treaty (INF), a flight-test or deployment of any
INF-banned weapon delivery vehicle by the Russian Federation
constitutes a violation of the INF Treaty;
Whereas, on July 29, 2014, the United States Department
of State released its report on the Adherence to and
Compliance with Arms Control, Nonproliferation, and
Disarmament Agreements and Commitments, as required
by Section 403 of the Arms Control and Disarmament
Act, for calendar year 2013, which found that, ‘‘[t]he
United States has determined that the Russian Federation
is in violation of its obligations under the INF Treaty
not to possess, produce, or flight-test a ground-
launched cruise missile (GLCM) with a range capability
of 500 km to 5,500 km, or to possess or produce launchers
of such missiles’’;
Whereas according to reports, the Government of the Russian
Federation has repeatedly engaged in the infiltration of,
and attacks on, computer networks of the United States
Government, as well as individuals and private entities,
•HRES 758 IH

for the purpose of illicitly acquiring information and disrupting
operations, including by supporting Russian individuals
and entities engaged in these actions;
Whereas the political, military, and economic aggression
against Ukraine and other countries by the Russian Federation
underscores the enduring importance of the
North Atlantic Treaty Organization (NATO) as the cornerstone
of collective Euro-Atlantic defense;
Whereas the United States reaffirms its obligations under the
North Atlantic Treaty, especially Article 5 which states
that ‘‘an armed attack against one or more’’ of the treaty
signatories ‘‘shall be considered an attack against them
all’’;
Whereas the Russian Federation is continuing to use its supply
of energy as a means of political and economic coercion
against Ukraine, Georgia, Moldova, and other European
countries;
Whereas the United States strongly supports energy diversification
initiatives in Ukraine, Georgia, Moldova, and
other European countries to reduce the ability of the
Russian Federation to use its supply of energy for political
and economic coercion, including the development of
domestic sources of energy, increased efficiency, and substituting
Russian energy resources with imports from
other countries;
Whereas the Russian Federation continues to conduct an aggressive
propaganda effort in Ukraine in which false information
is used to subvert the authority of the legitimate
national government, undermine stability, promote
ethnic dissension, and incite violence;
•HRES 758 IH

Whereas the Russian Federation has expanded the presence
of its state-sponsored media in national languages across
central and western Europe with the intent of using news
and information to distort public opinion and obscure
Russian political and economic influence in Europe;
Whereas expanded efforts by United States international
broadcasting across all media in the Russian and Ukrainian
languages are needed to counter Russian propaganda
and to provide the people of Ukraine and the surrounding
regions with access to credible and balanced information;
Whereas the Voice of America and Radio Free Europe/Radio
Liberty (RFE/RL), Incorporated continue to represent a
minority market share in Ukraine and other regional
states with significant ethno-linguistic Russian populations
who increasingly obtain their local and international
news from Russian state-sponsored media outlets;
Whereas the United States International Programming to
Ukraine and Neighboring Regions Act of 2014 (Public
Law 113–96) requires the Voice of America and RFE/
RL, Incorporated to provide programming content to target
populations in Ukraine and Moldova 24 hours a day,
7 days a week, including at least 8 weekly hours of total
original video and television content and 14 weekly hours
of total audio content while expanding cooperation with
local media outlets and deploying greater content through
multimedia platforms and mobile devices; and
Whereas Vladimir Putin has established an increasingly authoritarian
regime in the Russian Federation through
fraudulent elections, the persecution and jailing of political
opponents, the elimination of independent media, the
seizure of key sectors of the economy and enabling sup
•HRES 758 IH



mardi 2 décembre 2014

Austérité imposée et sobriété volontaire / Imposed austerity and voluntary sobriety

SIMON CHARBONNEAU

vendredi 26 octobre 2012

Source : http://www.reporterre.net/spip.php?article3352
« On peut estimer opportune l’austérité imposée par l’implosion de la croissance dans la mesure où sa contrainte encouragera nécessairement les démarches de sobriété volontaire au niveau individuel comme collectif. »

Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social.
Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent.
Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et d’une manière générale celle de l’idéologie du progrès.
Il faut rappeler les positions des uns et des autres sur la question et en particulier celle de la gauche non gouvernementale représentée par le Front de Gauche, les syndicats ouvriers et une partie des Verts.
Pour cette dernière, c’est le refus des politiques actuelles d’austérité pratiquées partout en Europe au nom de la justice sociale, autrement dit un prêt à penser traditionnel de la gauche. Imposer l’austérité aux catégories sociales les plus modestes alors qu’une minorité de privilégiés n’a pas arrêté de s’enrichir grâce au capitalisme débridé de ces vingt dernières années, a quelque chose de provoquant, il faut bien en convenir.
Mais cette position compréhensible repose sur un non dit qui est celui du déni de la dette. L’endettement affecte en effet aujourd’hui toutes les catégories sociales même les plus modestes, aliénées par une consommation boulimique. Malgré cette situation qui d’ailleurs a fait le miel du capitalisme jusqu’à aujourd’hui, cette gauche continue à raisonner en fonction de ses prérequis idéologiques habituels, à savoir que la justice sociale exige la relance économique par la consommation populaire. Le corollaire implicite de ce raisonnement est alors celui de la nécessité de la croissance sans considération de son impact écologique et financier depuis longtemps négatif.
Malgré son ancrage à gauche et revendiqué comme tel, le courant favorable à la décroissance au sein du mouvement écolo se réclame d’une sobriété et d’une simplicité volontaire qui n’aurait rien à voir avec l’austérité imposée. Cette position ne nie pas le fait de l’endettement généralisé lié à la logique d’une croissance reposant sur des investissements dont on attend des retours rentables.
Et sont cités à ce sujet, le cas il est vrai exemplaire des grands chantiers d’infrastructure de transport (LGV, canal Rhin/Rhône, aéroport de ND des Landes) ou projets d’aménagements pharaoniques dont l’Espagne est devenue le cas de figure classique, boostés par les fonds structurels européens. Ici le lien est alors fait entre l’endettement et l’impact écologique comme social dans la mesure où la logique de la croissance ne peut servir que le capitalisme. L’austérité imposée, outre son aspect antidémocratique, ne saurait être assimilée à la sobriété volontaire qui repose sur une démarche de liberté.
Pourtant, on peut se demander si cette opposition n’est pas trop idéologique dans la mesure où les deux positions ne sont pas sans relations, ni complètement contradictoires. On peut en effet estimer opportune l’austérité imposée par l’implosion de la croissance dans la mesure où sa contrainte encouragera nécessairement les démarches de sobriété volontaire au niveau individuel comme collectif.
Celles visant à la décroissance reposent au contraire sur l’idée qu’elles peuvent être partagées par le plus grand nombre alors qu’il s’agit du choix d’une minorité éclairée et convaincue. Cette idée, aussi généreuse soit-elle, ignore l’addiction de notre société à la croissance, qu’il s’agisse des citoyens ordinaires avec la consommation ou de l’oligarchie politique et économique avec le culte de l’investissement pour des grands travaux.
Il suffit de voir encore aujourd’hui malgré la crise les parkings de supermarché encore bien pleins ou les projets de création de nouvelles zones d’activité économique dans de nombreuses communes pour prendre conscience de l’énorme fossé qui existe entre les convictions des décroissants et l’opinion courante à ce sujet. La vérité est que l’on ne se libère pas de suite de cinquante années de cette addiction sans y être obligé par le contexte économique justifiant des mesures d’austérité. Cela est vrai non seulement du citoyen ordinaire mais aussi des militants écologistes !
La lutte contre les dérives de l’endettement des collectivités publiques, des entreprises et des ménages ne peut donc prendre qu’une forme contraignante, en premier lieu vis à vis des catégories sociales privilégiées. C’est certainement ici que les politiques d’austérité imposées sans distinction des catégories sociales concernées, ni de la nature des activités affectées par ces mesures se distinguent de celles axées sur la sobriété volontaire.
Ce dernier point me semble particulièrement important dans la mesure où les activités économiques contribuant à la crise écologique sont importantes et particulièrement nocives comme celles liées aux grands projets d’aménagement ou encore celles de la recherche visant à développer desOGM, des nanotechnologies ou à augmenter les capacités cérébrales humaines par les neurotechnologies, des activités qui seront certainement moins affectées que le budget quotidien du citoyen lambda !
Une telle politique d’austérité devrait s’attaquer également aux dérives financières et aux choix énergétiques tels que ceux du nucléaire ou encore au budget militaire consacré à la force de frappe. Certes, comme cela a été dit et répété, une telle politique a aussi l’inconvénient de porter atteinte aux investissements nécessaires à la résolution de la crise écologique (énergies renouvelables, isolation thermique, technologies propres, etc.) mais il faut rappeler une évidence rarement affirmée sur l’espace public, à savoir qu’aujourd’hui les moyens financiers alimentant la crise écologique sont autrement importants que ceux destinées à la résoudre.
De ce point de vue, on peut donc dire que la politique suivie est plutôt à géométrie variable en fonction du poids des intérêts concernés et des idées reçues de l’oligarchie. La question de la justice sociale dans les choix actuels destinés à apurer la dette pour faire redémarrer la machine économique est donc effectivement essentielle car ce n’est pas aux exclus de la croissance à faire à nouveau les frais de choix politiques découlant de la fin de cette dernière.
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où à tous points de vue nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier par tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie.
D’où la montée actuelle de diverses formes de chaos social et politique se manifestant dans de nombreux pays qui peuvent être source d’affrontements. Cette situation périlleuse pourrait même déboucher un jour sur une conflagration mondiale à coups d’armes nucléaires. Toutes les sociétés qui n’arrivent pas à résoudre leurs problèmes qu’elles ont laissés s’accumuler peuvent être tentées d’avoir recours à la guerre. C’est ainsi que l’humanité pourrait être emportée par un tsunami technologique meurtrier si elle s’avère incapable de faire face à un tel enjeu.

lundi 1 décembre 2014

Journal d’un député PTB en Palestine (1) / Newspaper of deputy PTB in Palestine ( 1 )


Source : http://ptb.be/articles/journal-d-un-depute-ptb-en-palestine-1

Journal d’un député PTB en Palestine #1
2 Novembre 2014
auteur:
Marco Van Hees


Marco Van Hees, député fédéral PTB, participe à une mission de 5 jours en Palestine organisée par le CNCD. Voici la première partie de son journal de bord.

Vendredi 31 octobre 2014.

Jusqu’ici, à part l’aéroport de Tel Aviv et notre hôtel de Jérusalem, il faut bien admettre que je n’ai rien vu de ce pays dans lequel je mets les pieds pour la première fois, notre avion n’ayant atterri qu’au soir. Mais ce que j’ai tout de même vu, c’est une troupe de policier arrêtant un des passagers de mon vol à la sortie même de l’appareil. Et au contrôle des passeports, toute personne ayant ne fut-ce que des origines arabes doit se rendre dans un local pour y subir un contrôle spécifique. La veille, un membre d’une autre mission belge n’a pu entrer sur le territoire israélien et s’est retrouvé, sans la moindre explication, dans un vol retour.

Je suis en Palestine pour cinq jours dans le cadre d’une mission organisée par le CNCD, Centre national de coopération au développement. Seize personnes en font partie. Onze députés fédéraux, européens, flamands, bruxellois et wallons, du PS, sp.a, Ecolo, cdH et moi-même pour le PTB – les libéraux ne semblaient pas trop tentés. Et cinq responsables de l’associatif, du MOC (Mouvement ouvrier chrétien) , de l’asbl Vrede, de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et, bien sûr, du CNCD.

La mission s’inscrit dans le cadre de la campagne « Made in Illegality » (www.madeinillegality.org/). Elle consiste en un programme de visites et rencontres sur la question des colonies israéliennes illégales : 250 colonies israéliennes sont installées en violation du droit international dans ce que l’on appelle les territoires palestiniens occupés (depuis 1967), 530 000 colons sont installés en Cisjordanie, dont 200 000 à Jérusalem-Est. Dès lors, les signataires de la campagne exigent du gouvernement belge qu’il interdise l’importation des produits des colonies, qu’il exclue les colonies des accords bilatéraux et de coopération avec Israël et qu’il dissuade les entreprises belges d’investir et d’entretenir des relations commerciales avec les colonies israéliennes.

À propos de colonisation, notons tout de même que toute l’histoire d’Israël n’est qu’un long processus continu de colonisation, lui-même lié au colonialisme de la Grande-Bretagne (qui se retire de Palestine en 1948), puis au néo-colonialisme des Etats-Unis.

Le sionisme, ce mouvement politique qui conçoit de s’approprier la Palestine pour en faire « l’Etat des Juifs » apparaît à la fin du 19e siècle. En 1922, les Juifs représentent à peine 11 % de la population vivant dans cette Palestine. En 1947, la population juive possède moins de 10 % du territoire et compte 650.000 habitants sur un total de 1,8 million. Pourtant, cette année-là, l’Assemblée générale de l’Onu vote un plan qui accorde 55,5 % du territoire à l’Etat juif. Lequel s’empare l’année suivante de 78 % de ce qui était la Palestine. Avant d’occuper les 22 % restants en 1967.

Depuis les accords d’Oslo, ces derniers territoires sont divisés en zone A (sous contrôle de l’Autorité palestinienne), zone B (contrôle partagé entre l’Autorité palestinienne) et zone C (sous contrôle d’Israël). De facto, Israël garde le contrôle sur la plus grande partie de ces territoires (l’essentiel de la Cisjordanie) et, de plus, continue sa politique d’implantation de colonies. C’est donc cette situation que notre mission va scruter.

mercredi 26 novembre 2014

Des hackers publient des documents confidentiels démontrant le financement du conflit ukrainien par les américains / Hackers publishes confidential documents demonstrating the financing of the Ukrainian conflict by the Americans

Source : http://metatv.org/des-hackers-publient-des-documents-confidentiels-demontrant-le-financement-du-conflit-ukrainien-par

Soumis par zitouni MetaTV le mer, 26/11/2014 - 07:33











Dès qu'il s'agit de faire la guerre, l'oncle Sam est bien généreux... surtout si c'est dans son intérêt. Cette information révélée par le groupe de hackers ukrainiens Cyber Berkut et relayée par RT montre à quel point les américains financent le gouvernement ukrainien, particulièrement dans leurs opérations militaires dans l'Est mais cela va jusqu'à couvrir des dépenses plus ordinaires comme les exercices en commun avec l'armée américaine "Rapid Trident" (cette demande demeure modeste mais inclus environ 36 000$ de frais de repas et de transports) mais les financements vont bien au delà de cela.

 
On trouve notamment près d'un million de dollars affecté à la création d'un «laboratoires de langues» et à l'achat de manuels scolaires (à confirmer pour la nature des dépenses
). 
 
Au niveau militaire, les sommes sont nettement plus conséquentes. On trouve 3 Radars de contre-batterie pour un total de 353 904$ (avec une mention: coût pour l'Ukraine: 0$) mais surtout 5 millions de dollars pour des articles du département de la défense ainsi que la formation et entraînement du personnel militaire et carrément 20 millions en "commodités et services provenant de l'inventaire et des ressources de n'importe quel agence du gouvernement américain". 
Ces sommes allouées dans le cadre de la Foreign assistance Act par John Kerry viseraient, d'après le document, à fournir une assistance "importante pour les intérêts nationaux des États-Unis". 


En plus des articles de défense et de la formation, les documents font état de nombreuses armes offensives comme par exemple 400 fusils de sniper, 720 lance-grenades, 40 mortiers ML120 avec près de 160 000 munitions, 145 mortiers M252 avec 43 500 munitions, 150 Stingers, 420 missiles antichars, 2000 fusilles d’assaut et environ 500 000 munitions de calibres divers etc, etc...la liste est longue, il y a une soixantaine de fournitures militaires différentes.
Un document soulève des interrogations car il évoque une assistance aux forces navales de l'Ukraine avec notamment 150 équipements de plongée. On voit mal l'utilité de ce type d'équipement dans la conflit qui oppose le gouvernement ukrainien aux indépendantistes à moins qu'ils n'anticipent des opérations de sabotages.  

Ces documents mettent en lumière l'hypocrisie sans borne de la maison blanche car certains d'entre eux date du 24 Septembre 2014, en pleine négociation de cessez le Feu à Minsk. Un article du 19 indique: " Entre temps, l'Union européenne et les États-Unis, qui accusent la Russie de "porter atteinte à la souveraineté de l'Ukraine" en aidant la rébellion avec des armes et des troupes, ont appliqué de nouvelles sanctions à l'économie russe, au bord de la récession. Et Barack Obama a une nouvelle fois fustigé jeudi "l'agression" russe lors de la première visite symbolique de Petro Porochenko à Washington depuis son arrivée au pouvoir en mai." 
Comme quoi l'objectif n'a jamais été la paix mais bien au contraire de permettre au gouvernement Kiev en déroute et sur la paille de se refaire une santé avant de reprendre les hostilités.


mardi 25 novembre 2014

Why We Need Professional Revolutionists / Pourquoi avons-nous besoin de révolutionnaires professionnels ?

Source 

: http://www.truthdig.com/report/page2/why_we_need_professional_revolutionists_20141123


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Posted on Nov 24, 2014
by Chris Hedges


The Real News screen shot

No revolt can succeed without professional revolutionists. These revolutionists live outside the formal structures of society. They are financially insecure—Vladimir Lenin spent considerable time in exile appealing for money from disenchanted aristocrats he would later dispossess. They dedicate their lives to fomenting radical change. They do not invest energy in appealing to power to reform. They are prepared to break the law. They, more than others, recognize the fragility of the structures of authority. They are embraced by a vision that makes compromise impossible. Revolution is their full-time occupation. And no revolution is possible without them.

There are environmental, economic and political grass-roots movements, largely unseen by the wider society, that have severed themselves from the formal structures of power. They have formed collectives and nascent organizations dedicated to overthrowing the corporate state. They eschew the rigid hierarchical structures of past revolutionary movements—although this may change—for more amorphous collectives. Plato referred to professional revolutionists as his philosophers. John Calvin called them his saints. Machiavelli called them his Republican Conspirators. Lenin labeled them his Vanguard. All revolutionary upheavals are built by these entities. [See a list of some of these groups, with links to their websites, at the end of this article.]

The revolutionists call on us to ignore the political charades and spectacles orchestrated by our oligarchic masters around electoral politics. They tell us to dismiss the liberals who look to a political system that is dead. They expose the press as an echo chamber for the elites.
The revolutionist is a curious hybrid of the practical and the impractical. He or she is aware of facing nearly impossible odds. The revolutionist has at once a lucid understanding of power, along with the vagaries of human nature, and a commitment to overthrowing power.

Revolutions can be crushed by force—history has amply demonstrated that—or hijacked by movements or individuals, such as Lenin, Trotsky and later Stalin, that betray the populace. Through the careful manipulation of counterrevolutionary forces, faux revolutions can demand not reform but the restoration of retrograde power elites. The Central Intelligence Agency mastered this technique in Iran when it organized street demonstrations and protests in 1953 to successfully overthrow Prime Minister Mohammad Mosaddegh and his Cabinet and again in 1973 when it ousted Chile’s President Salvador Allende. We see the same tactic at work today in Venezuela.

Movements within the revolutionary body compete for power, fight over arcane bits of doctrine, dispute tactics, form counterproductive schisms, misread power, overreach and collapse or fall victim to the insidious black propaganda that despotic authority excels in producing. They are infiltrated, monitored and harassed, and their leaders—and all uprisings, even supposedly leaderless ones, have leaders—are targeted for surveillance, arrest or even death. But, in times of decay such as the one we live in now, these movements express a fundamental truth about societies in downfall. This is their real power. They offer new possibilities to those who are being abused by failed systems of governance. And their ideals live beyond the confines of any particular revolt or uprising. Once this truth is unleashed, once the ideas that sustain a bankrupt system are exposed as a fraud, these movements are very hard to silence.

There is nothing rational about rebellion. To rebel against insurmountable odds is an act of faith. And without this faith the rebel is doomed. This faith is intrinsic to the rebel the way caution and prudence are intrinsic to those who seek to fit into existing power structures. The rebel, possessed by inner demons and angels, is driven by visions familiar to religious mystics. And it is the rebel alone who can save us from corporate tyranny. I do not know if these rebels will succeed. But I do know that a world without them is hopeless.
In the last section of my recent eight-part interview on the website The Real News with professor Sheldon Wolin, the author of “Politics and Vision” and “Democracy Incorporated,” I asked him whether it was time to begin to consider revolution.

“I think it is, but I think the proper emphasis should be on discussing it carefully ... I mean by ‘carefully’ not timidly, but carefully in the sense that we would really have to be breaking new ground,” he said. “And I think it’s because of the nature of the forces we’ve been talking about that constitute a challenge, I think, the like of which hasn’t happened before, and that we’ve got to be very sure, because of the interlocked character of modern society, that we don’t act prematurely and don’t do more damage than [is] really justifiable.”

Wolin said that because the systems of indoctrination and propaganda within the corporate state are so sophisticated and pervasive, much of our initial revolutionary activity must be focused on political education.

“[The] really difficult challenge is to accompany the attempt to gain power with an equally strong emphasis on public education that makes it, so to speak, a potentially responsible repository of that power,” he said.

The effort to provide political education to the “lower echelons of power and get them to think differently about their role” is “a very touchy subject, because it leaves you open to accusations of promoting disloyalty among the police or among the army or what have you,” Wolin said. “And in a sense that’s true. But I think that nonetheless, without trying to, so to speak, baldly subvert the role of those powers in society, it is possible to reach them and to create a climate where they themselves have to come to grips with it. And I think that’s a task that’s arduous. It’s difficult. It’s even a little dangerous in our present age.”

“Given the way that ordinary people become exhausted by the simple task of living, working and trying to sustain families and neighborhoods in a way that just takes all of their energy,” he went on, “I do think it calls for some kind of group, or class, you could even call them, who would undertake the kind of continuous political work of educating, criticizing, trying to bring pressure to bear, and working towards a revamping of political institutions. I don’t mean to imply that there should be a disconnect between that group and ordinary people. I do think it requires that you recognize that such a group is necessary, in that the second task is to make sure that there are open lines of communication, of contact, of meetings between leaders and the people, such that there’s never a sense of estrangement or alienation, such that leading groups feel they’re free to pursue the good as they see it and for the good of the masses who do not.”

Wolin said that “there are openings in our system of governance and of public discourse” to “get dissident voices out into the public realm.” He said that the level of repression by the corporate state was not severe enough to justify violence.

“I think that we’re obligated to play by those rules, because they do allow us to disseminate the kind of message we want to disseminate, and that the need to sort of circumvent them or in some sense subvert them, it seems to me, is self-defeating,” he said.

“[T]here are enlightened publics in this country, but there’s no concerted general movement which can profess to represent a large body of opinion that’s opposed to these kind of developments,” he said.

The task of the revolutionist is to create organizations whereby “ordinary people and their power can be brought to bear in ways that will deter and dissuade those who are in a position to influence these decisions, because time, as we all know, is running out,” he said. “If we continue along the same course, I’m afraid the result is not simply going to be environmental disaster; it’s also going to, I think, feed … an outcry for really forceful government, and not in a necessarily democratic way.”

“I think that for [Max] Weber, the truly important civic virtues were just exactly the ones that would assert themselves at a time when basic institutional values were at stake and human values were at stake, and that you don’t win, or you win rarely, and if you win, it’s often for a very short time, and that that’s why politics is a vocation for Weber,” he said. “It’s not an occasional undertaking that we assume every two years or every four years when there’s an election. It’s a constant occupation and preoccupation. And the problem, as Weber saw it, was to understand it not as a partisan kind of education in the politicians or political party sense, but as in the broad understanding of what political life should be and what is required to make it sustainable. He’s calling for a certain kind of understanding that’s very different from what we think about when we associate political understanding with how do you vote or what party do you support or what cause do you support. Weber’s asking us to step back and say what kind of political order and the values associated with it that it promotes are we willing to really give a lot for, including sacrifice. And I think that it’s that distinction between the temporary and the transient and what’s truly of more enduring significance that sets Weber off against the group he hated, the relativists.”

———

Here are a few of the revolutionist groups working in the United States, along with links to their websites.

Popular Resistance, https://www.popularresistance.org/
Fight for the Future, https://www.fightforthefuture.org/
Backbone Campaign, http://www.backbonecampaign.org/
Rising Tide North America, http://risingtidenorthamerica.org/
United Workers, http://unitedworkers.org/
Vermont Workers’ Center, http://www.workerscenter.org/
Veterans for Peace, http://www.veteransforpeace.org/