dimanche 19 janvier 2014

Dieudonné... à l'épicentre d'un malaise profond / Dieudonné, in the epicenter of a deep malaise


Emission "Ce soir ou jamais" présentée par Frédéric Taddeï et diffusée le 8 mars 2010 sur France 3. "Jusqu'où va la liberté de choquer ?" avec Dieudonné, Bruno Gaccio, Thierry Levy




La position de Jonathan-Simon Sellem, 

Dieudonné, et le sol va s’ouvrir sous tes pieds… – Par Jonathan-Simon Sellem
Publié le : 7 janvier 2014
Salut Dieudonné !
Je t’écris ce soir depuis les bureaux du Mossad… Enfin, de JSSNews… Enfin, tu sais ! Tu en parles mieux que moi, de JSSNews, dans tes vidéos. Ou sur scène.
Tu as appris à nous connaître en 2010. A l’époque, JSSNews avait été l’initiateur d’une grande campagne à ton encontre. Après avoir dénoncé la présence du logo du Hezbollah sur les affiches de tes spectacles, nous avions organisé un premier boycott de la FNAC. Il y avait eu plusieurs manifestations dans ce réseau « culturel » pour dénoncer les ventes des billets pour tes apparitions politico-comiques.
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Dieudonné M’Bala M’Bala (G) / Jonathan-Simon Sellem (D)
Touché, mais pas coulé, tu as continué à foncer sur l’autoroute de la haine. Au fil de tes spectacles, de tes interviews, de tes visites en Iran, de tes alliances politiques et de tes amitiés, tu n’as cessé de montrer à ceux qui t’aimaient encore que, dans la réalité factuelle et politique, tu soutenais les mêmes engagements racistes que sur scène. En fait, tes spectacles ne sont que des méthodes pour faire passer ta haine politique avec « humour ».
Car, disons-le, rire des juifs, j’en suis le premier. Et quand Coluche le faisait, ça faisait marrer. Et quand Le Luron le faisait, ça faisait aussi marrer. Mais avec toi, cela ne passe plus.
On aurait pu te pardonner ton fameux « sketch » chez Fogiel. Mais pour cela, il aurait fallu être drôle. Mais comment veux-tu que nous puissions rire de tes spectacles, quand tes déclarations publiques sont toutes aussi puantes ?
Tu fais monter sur scène Faurisson « pour rigoler » d’un côté, et de l’autre, tu parles de « pornographie mémorielle ». Tu prends une posture de clochard pour réclamer de l’argent à tes supporters et de l’autre côté, tu es millionnaire. Tu dénonces ce que tu perçois comme un « shoah business » alors que tes premiers financiers, l’Iran par exemple, ou une grande partie de tes fans, te financent uniquement pour que tu continues à profiter de ton propre « business de la Shoah », celui de la négation et de la conspiration.
Pendant des années, JSSNews, « l’organe de propagande de la communauté juive » selon tes propres mots, était le seul média à te défier. Une des raisons est, je crois, la suivante : un Juif en France ne peut pas aussi bien se défendre qu’un Juif en Israël peut t’attaquer. En d’autres termes, tes fans, parmi lesquelles des racailles puantes de haine, des incultes, des membres de l’extrême droite, des ados perdus pour la République, des fils d’immigrés pour qui l’ascenseur social n’a pas fonctionné et qui voient en les Juifs la raison de leurs problèmes, représentent un vrai danger physique pour les amoureux de la République. Et parmi eux, on compte des terroristes comme Carlos, des assassins comme Fofana, des petites frappes comme celles du GUD… Des gens violents, haineux. Des gens qui ne portent pas en eux les valeurs qui animent les juifs de France, dont l’union Républicaine !
Il y a quelques semaines, nous avons lancé la chasse aux nazillons. Nous avons permis aux pompiers, policiers, gendarmes, militaires, de nettoyer les casernes de certains éléments à l’idéologie dangereuse. Nous avons permis à des parents d’une petite commune de France à ne plus s’inquiéter de l’éducation donnée par un de tes fans à leurs bambins. Des dizaines de personnes ont été sanctionnées pour ton salut nazi déguisé. Au moins 32 « quenelliers » ont été licenciés. Et il y en aura d’autres dans les prochains jours.
Il y a aussi eu l’échange de mails entre ta femme et Alain Soral, un échange que nous étions les premiers à publier. Pour la première fois, certains de tes fans comprenaient qu’en fait, « Dieudo qui dénonce le système, est en fait un système à lui tout seul ». En gros, la quenelle, tu l’enfonces dans l’anus de ceux qui te donnent de l’argent alors que tu en as, que tu ne payes pas tes impôts, que tu ne payes pas tes condamnations, que ton compte SACEM est vidé régulièrement par tes soins et que… régulièrement on peut te croiser vers République, à Paris, dans un bureau de Western Union. Il paraît que ton fils, celui qui gère ta société de lubrifiant au Cameroun, est à la tête de comptes bancaires dont le crédit dépasse le PIB d’un petit Etat d’Afrique.
Puis il y a eu le hacker. Si JSSNews n’a absolument aucun lien avec lui, il n’en demeure pas moins que nous avons été le déclic. Il s’est attaqué à toi car nous lui avons montré que tu n’étais pas invincible. Il a publié les noms et les photos de tes supporters au salut nazi déguisé devant des synagogues et des lieux de recueillement. A son tour, il a été le déclic pour un grand nombre de gens.
Je ne reviendrai pas ici sur les affaires Haziza et Cohen. Mais je me demande encore pourquoi personne n’avait, jusqu’à la semaine dernière, mentionné que dans ton dernier spectacle, tu demandes « pardon » à Hitler. Une rigolade ça aussi ?
Aujourd’hui, alors que le fisc s’intéresse enfin à tes finances, alors que la justice s’intéresse enfin à tes plaidoyers haineux, alors que le gouvernement, les préfets et les maires ne veulent plus te laisser débiter ta haine à l’état brut, JSSNews ne peut que se féliciter d’avoir permis tout cela. Et il en va de même avec les informations concernant le réel propriétaire de ton théâtre. Sais-tu seulement que l’argent de ton loyer sert, en autre, à financer des organisations juives et sionistes ?
Et le sol va s’ouvrir sous tes pieds.
Et le château de haine que tu construisais va s’écrouler, emportant avec lui la masse puante de tes supporters acharnés.  
Ces mêmes supporters qui dénonçaient les caricatures de Charlie Hebdo, ceux-là même qui y ont mis des bombes, parlent aujourd’hui de « liberté d’expression » pour te défendre. Mais cela ne peut plus tenir. La liberté vaut beaucoup trop cher pour qu’elle soit souillée par un saltimbanque raciste.
Si « la quenelle ne t’appartient plus », la lutte contre l’idéologie de Dieudonné ne nous appartient plus non plus. JSSNews balance. Et on va balancer encore des dizaines d’informations que nous avons sur ton compte. Dieudonné, la justice française va te faire payer ta haine et tes dérives antisémites. Tu ne seras jamais un martyr. Tu ne seras pas un héros. Ton nom sera maudit dans l’histoire, par l’histoire. Tu es le mal. La haine. Que Diable tes parents ont-ils fait, eux qui t’aimaient tant, pour accoucher d’un monstre ? 
Dieudo, je ne te salue pas. Mais sache qu’après l’arbre, je continuerai à débroussailler la forêt.
Jonathan-Simon Sellem – JSSNews 
Source : http://jssnews.com/2014/01/07/dieudonne-et-le-sol-va-souvrir-sous-tes-pieds-par-jonathan-simon-sellem/

La position d'Alain Gabon, 

Polémique Dieudonné : Valls a-t-il coulé le PS sans s’en rendre compte ?

Valls se met à la quenellePour faire monter puis éclater « l’affaire Dieudonné », Valls semble avoir été inspiré par la stratégie Sarkozy pour les voiles intégraux, niqabs et burqas. Le discours de Valls le 24 août à La Rochelle, suivi de la fameuse circulaire du lundi 6 janvier est l’équivalent (en accéléré et à son échelle) du discours de Versailles du 22 juin 2009, suivi de la loi du 10 octobre 2010 contre la dissimulation du visage, mieux connue comme « la loi anti-burqa ». On se souvient de ce théâtral discours historique de juin 2009 où Sarkozy fit pour la première fois du voile intégral un problème national alors que, jusque-là, tout le monde s’en contrefichait royalement, au point que pas un Français sur 100 ne connaissait même le mot « burqa », et que toute la presse dut se mettre avec force graphiques à expliquer la différence avec le hijab, le niqab et plus.
Même chose pour Dieudonné avant la campagne de Valls. On peut difficilement dire que l’homme-à-abattre figurait sur la liste des priorités des Français avec le chômage, la précarité, l’absence de croissance, le pouvoir d’achat, l’insécurité, etc. Avant l’hystérie médiatico-politique de début janvier où Valls en fit littéralement l’Ennemi Public Numéro 1, combien de Français se levaient le matin (ou se couchaient le soir) en se prenant la tête sur Dieudonné ??? Sans aucune évidence scientifique, risquons cependant : essentiellement aucun, hors bien sûr le CRIF et la LICRA. Comme Sarkozy avec ses niqabs, c’est Valls (et le lobby juif dont il fut l’agent objectif) qui fit exploser l’affaire nationalement fin 2013-début 2014, comme par hasard au moment des vœux présidentiels et des bilans gouvernementaux, notre petit nerveux aux oreilles décollées pensant peut-être que Dieudonné serait le bouc émissaire idéal, en tous cas une cible facile.
Pas de chance, l’homme, soutenu par des centaines de milliers voire des millions de fans (facteur que Valls, qui connaît si mal la France et les Français, sous-estima radicalement) s’avère coriace à digérer, encore plus à éliminer. La preuve, « Dieudo » fait plus que jamais salle comble à chaque spectacle, alors que le ministre qui déclarait tous les jours vouloir l’enterrer une bonne fois pour toutes, est lui en chute libre dans les sondages.
Présentée dans un manichéisme binaire pour simplets lobotomisés comme la Lutte (qu’il voudrait épique) du Bien (lui) contre le Mal, avec bien évidemment, comme dans le cas précédent des femmes voilées, un basané dans le rôle du Mal, la médiatisation toute entière de l’affaire fit donc du métisse Dieudonné la nouvelle incarnation du Monstre, le « nouvel Hitler ». Voir les discours du CRIF qui, dans sa paranoïa hystérique, ne cesse de comparer l’humoriste au Troisième Reich et d’évoquer les années 30, la Seconde guerre, « les 6 millions », les enfants assassinés et déportés, « nos grands-parents gazés et brûlés dans les camps de la mort »comme le matraqua Roger Cuckierman sur France Info. Bref, l’artillerie lourde de l’habituelle rhétorique d’intimidation — Seconde Guerre, Shoah, camps de la mort, rafles d’enfants, etc. —, les Grosses Bertha auxquelles on doit toujours s’attendre dès que ces groupuscules de pression apparaissent à l’horizon. Quel que soit d’ailleurs le sujet, on sait qu’avec le CRIF ou la LICRA, on aura droit à Hitler et aux camps de la mort, et que ce n’est qu’une question de secondes.
Attention, Cukierman ou Jacubowicz est au micro… 5, 4, 3, 2, 1… « C’EST AUSCHWITZ QUI RECOMMENCE !!!!! LA SHOAH ! LA SHOAH ! » (Et quiconque n’hurle pas la même chose en sautant hystériquement sur son siège est bien évidemment un antisémite, ou suspecté de l’être.)
Dieudonné dénonçait cela, cette instrumentalisation cynique et moralement abjecte, répugnante de l’Holocauste par laquelle on utilise la mort de ses propres ancêtres à des fins rhétoriques d’intimidation intellectuelle ou de coercition, comme de la « pornographie mémorielle », et il fut condamné pour antisémitisme pour avoir utilisé cette expression. Ce qui est proprement aberrant, totalement impensable dans des pays où la liberté de parole et de pensée est une chose sérieuse (comme les États-Unis où je vis), et en dit long sur notre « justice » et les régressions des libertés en France.
Lorsque l’on vit encore en 39-45 quasiment 70 ans après la fin de la guerre et que l’on voudrait que le reste de la nation y vive aussi dans l’obsession permanente des crimes passées, alors que le reste des Français, eux, veulent aller de l’avant et ont bien d’autres chats à souhaiter, pas étonnant que l’on hallucine des Hitlers et des « saluts nazis » partout.
À cet égard, notre lobby ultra-communautariste mais néanmoins micro-minoritaire (1% maximum même dans le cas improbable où il représenterait la totalité des juifs de France) ne déçut pas, nous ressortant du 39-45 en-veux-tu-en-voilà , Auschwitz, Vichy, les chambres à gaz, les rafles, Anne Frank, etc. à longueur d’interviewes, dans une stratégie (prévisible) d’amalgame de type staliniste visant à associer Dieudonné à ces horreurs historiques. Allez savoir comment, vu que l’homme est né en 1966 et métisse camerounais, il a au mieux fort peu à voir avec les crimes de la Seconde Guerre Mondiale !
Pressé lui aussi de rejoindre la meute et venir hurler avec les loups pour cracher sa bile haineuse avec le reste de sa caste, l’ex-journaleux Philippe Tesson déclara en direct sur Radio Classique, et sans peur du ridicule, que « le génocide juif est au cœur de cette affaire » (ben voyons), ajoutant : « La mort de Dieudonné par un peloton d’exécution me réjouirait au plus haut point ! » avant d’appeler carrément au meurtre non sans avoir préalablement déshumanisé l’ennemi à abattre dans la plus parfaite tradition intellectuelle nazie : « C’est une bête immonde, alors on le supprime. »
Est-il besoin de mentionner que rien de tout cela et bien pire ne gêne en quelque manière notre ministre de l’Intérieur, en charge entre autre chose de la sécurité physique des personnes, dont l’humoriste ?

L’Opération Dieudo : intox’ et écran de fumée

Dieudonné devait permettre à Valls et Hollande d’éclipser les débats sur le désastre du PS, qui, les Français le savent, a échoué sur absolument tous les sujets qui préoccupent les Français (et comme dit plus haut, « Dieudonné » n’était certainement pas sur leur liste) : chômage, pouvoir d’achat, croissance, éducation, précarité, sécurité, etc. L’échec est total, rien ne le rachète, et pire, il porte sur les problèmes contre lesquels Hollande s’était engagé comme priorités absolues.
Souvenons-nous ici d’un épisode tout récent, apparemment déjà oublié mais fort révélateur : à savoir, comment l’affaire Dieudonné éclipsa totalement des médias et des débats les dramatiques déclarations du Général Soubelet, numéro 3 de la gendarmerie, et le bilan absolument désastreux et catastrophique qu’il dressait de la politique Valls/Taubira, dont l’apparition de formes nouvelles d’insécurité qui frappent le monde rural et périurbain, c’est-à-dire une bonne partie de la France. Voir un extrait de ses déclarations ici.
Valls ne pouvait pas ignorer que cela aussi se pointait à l’horizon immédiat de ce début d’année. Sans Dieudonné pour occuper les médias, il ne fait aucun doute que cette affaire-là lui aurait méchamment éclaté à la figure, générant de longs débats pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines et démontrant statistiques à l’appui que le ministre de l’Intérieur Valls, certes, aime rouler des mécaniques devant les média (le syndrome Sarkozy, encore) mais est en fait, dans son travail, dans ses responsabilités premières, un raté et un gros nullard.
Cependant, tel un don du ciel (sans jeu de mot), « l’affaire Dieudonné », qu’il fit donc lui-même mousser autant que possible dans la période où justement la France commençait à écouter Soubelet, arriva à point nommé pour chasser cet embarrassant Général des média. Tout comme cet autre fait, également miraculeux, d’avoir le descendant du Capitaine Dreyfus en personne (!) catapulté juge et qui plus est juge unique, dans une affaire d’accusations d’antisémitisme. Valls s’est avéré totalement incapable d’éliminer le grand banditisme(le petit aussi, d’ailleurs), mais il est décidément l’homme des coïncidences inouïes.
Dans ce contexte d’échec gouvernemental tous azimuts, Valls et Hollande (le bilan économique du grand mou à l’Élysée étant encore pire que celui du petit nerveux à l’intérieur) pensaient sans doute que Dieudonné, un homme seul (plus facile que 20 000 Roms, le chômage ou l’insécurité rurale, ça), constituerait un bouc émissaire et  écran de fumée idéal. Et toujours comme par hasard, un homme qui se trouvait déjà depuis 2002 dans la ligne de mire de ses amis du lobby communautariste juif et sioniste dont on le sait maintenant si proche, y compris personnellement à travers sa femme, ainsi qu’ il s’en vanta.
Comme quoi un jour où s’en prend au « communautarisme » (Valls n’a souvent que ce mot-épouvantail à la bouche pour mieux se présenter comme un « Républicain universaliste »), et le lendemain, on l’encourage. De plus — redoublement de l’hypocrisie et du double-discours de ce Ministre-Janus — il semble pour lui y avoir en France une différence entre les « mauvais » communautarismes (bien évidemment, les musulmans, les « islamistes » et autres « salafistes » honnis) et les bons (celui du CRIF et de bobonne avec leur politique de soutien à un état-voyou colonisateur par les armes et la violence pure de terres qui ne lui appartiennent pas).
Grâce à la complicité des médias et à l’atmosphère de terreur que la si peu Sainte Trinité médias/partis politiques/lobbys fait régner sur quiconque ne participe pas au lynchage public et refuse d’hurler avec la meute de chacals ou de bêler comme des veaux « DIEUDONNE ANTISEMITE !!! DIEUDONNE ANTISEMITE !!! » (par trouille de se voir taxer soi-même d’antisémite, voir Stéphane Guillon, Nicolas Bedos et le reste des journaleux, politicards, et « comiques » consensuels), l’ « Opération Dieudo » (opération d’intox’ et de diversion) a apparemment pris pendant quelques semaines. Mais la poudre aux yeux s’est déjà dispersée, sans doute plus rapidement que l’illusionniste Valls ne l’espérait, et les communiqués alarmés des hommes et femmes de lois sur le sujetdont Jack Lang, le montrent.

Illusion médiatique et faux unanimisme de façade

Autre signe, observons avec amusement la spectaculaire volée de bois vert que Valls est en train de se ramasser non-stop sur sa propre page Facebook, y compris de la part des jeunes de la France multiculturaliste black-blanche-beurre verte jaune ou bleue (à savoir une part importante de l’électorat traditionnel de la gauche) qui trouvent absolument insupportable cette entreprise de censure, qu’ils aiment ou pas Dieudonné, d’ailleurs (voir ici et ).
À cette manifestation de colère sacrée, on se dit que sur cette affaire, le chaînon manquant PS-UMP vient en réalité de faire perdre à son parti le vote d’une bonne partie de la jeunesse libertaire de gauche. Et également celui de pas mal de moins jeunes.
La plus grosse de toutes les quenelles sauce Dieudo’ que le gouvernement Hollande risque de recevoir à cause de leur hystérique de ministre (qui a toujours l’air de suer la haine quel que soit le sujet abordé ou la personne à qui il parle), elle leur sera envoyée dans les urnes lors des prochaines élections. Et si l’on en juge les 2, parfois 3 millions de hits des vidéos de la Dieudosphère, ce sera par centaines de milliers.
Personnage arrogant, élitiste, hautain, égocentré, dévoré par son ambition présidentielle personnelle, souvent condescendant avec les « gens du peuple » (voir ici), lui-même suspect de racisme depuis cette vidéo, un mégalomane qui dégage de la hargne en permanence et combine égo surdimensionné, vacuité d’un discours langue de bois, et médiocrité intellectuelle évidente (le verbe haut, le sourcil éternellement froncé et le visage grave servent à masquer l’absence de substance et l’échec de l’action), Valls connaît en fait mal la France et les Français. Car dans ce pays, on n’aime rien de moins que la censure.
Surtout les jeunes générations post-68 nées et élevées dans un environnement social de plus en plus libéral-libertaire voire permissif. Et dans cette atmosphère culturelle, les apprentis-censeurs (on ne dira pas ici les descendants des Joseph Goebbels) ne font pas recette, en tous cas pas longtemps. Ceux qui sous couvert de lutte contre l’antisémitisme s’attaquent à nos libertés fondamentales en profitant des émotions (qu’ils surchauffent eux-mêmes) pour mettre insidieusement en place une Police de la Pensée, un gouvernement des corps et des consciences aux relents de plus en plus nettement totalitaires, ceux-là, les Français les « dégomment » vite, sans regret ni état d’âme, par le bulletin de vote. Comme il se vérifiera bientôt.
« Premier Flic de France », Valls devrait apprendre à mieux lire son terrain. La fausse unanimité de façade, le groupthink orwellien (conformisme de la bien-pensance commune) que la caste médiatico-politique s’était désespérément efforcée de créer s’effrite déjà. De nombreuses voix,surtout parmi nos hommes et femmes de loi, dénoncent vigoureusement son action (celle du Conseil d’État également) et expliquent comment Valls fait sauter les garde-fous et ouvre la voie à une dramatique régression liberticide, à un tournant dangereux pour notre civilisation libérale et notre état de droit.
Au-delà de la profession juridique, il n’a pas été suffisamment dit que malgré une campagne tous azimuts de propagande comme on en avait rarement vue depuis un moment, c’est une faible majorité de Français (52% au mieux, une minorité dans d’autres sondages) qui s’est prononcée pour l’interdiction des spectacles, quasiment la moitié restant contre. Et encore, ces sondages ne portent que sur Dieudonné et uniquement sur le spectacle « Le Mur ».
Cette réponse, déjà faible, est donc en plus hautement circonstanciée et limitée à un artiste et un spectacle sur lequel la désinformation et les mensonges furent grands. De même, il est bien connu que si l’on sonde les gens à chaud, lorsqu’ils sont au summum de l’émotion, après les avoir soi-même chauffés à blanc et soumis à un matraquage hallucinant, diabolisant et même déshumanisant pendant des semaines la personne sur laquelle porte le sondage (vieille tactique propagandiste de construction d’une fausse « opinion publique » déjà bien analysée par Pierre Bourdieu dans un célèbre article de 1972), les réponses ont évidemment toutes les chances d’être négatives. Mais refaisons ce même sondage dans 6 mois, lorsque Dieudonné ne sera plus l’objet d’un acharnement médiatique inégalé, et on verra le résultat. Bien sûr, ce sondage-là n’aura pas lieu. Il n’en reste pas moins que malgré cette campagne aberrante de tous contre un, la caste politico-médiatique qui avait pourtant jeté la totalité de ses forces dans l’affaire, appareils d’État et grands médias inclus, et ce pendant des semaines, n’aura réussi à convaincre qu’une faible majorité dans le meilleur des cas, sur un humoriste et un spectacle particulier, et pour un court moment. Car le vent tourne déjà.
Sur le front gestuel, elle n’a pas du tout réussi à convaincre les Français que les « quenelles » étaient des « saluts nazis », ce qu’elles ne sont aucunement (il suffit d’écouter et de connaître un peu les fans) sauf peut-être pour quelques âmes perdues. Pire pour Valls, les sondages dont on dispose suggèrent que la majorité est restée contre les interdictions de ce geste y compris dans les cas où il est commis sur des « lieux symboliques » (les lieux de mémoire de la Shoah). Même dans ces cas extrêmes où le geste peut être interprétée comme une insulte directe aux morts et survivants du génocide (mais cela resteraient à prouver car affirmation n’est pas démonstration), les Français restent en grande majorité contre l’interdiction.
Avec un peu de recul, on mesure donc l’ampleur qui sépare de la réalité ce faux unanimisme de façade dans les grands médias, où tout le monde semble être pro-Valls et anti-Dieudonné (une autre des multiples tromperies auxquelles on a eu droit). Comme quoi, la France médiatique est très loin d’être le pays réel.

Retour du boomerang

Enfin, les sondages de popularité gouvernementale confirment que depuis l’affaire Dieudonné, Valls est en net décrochage, moins 6 points selon Ifop, moins 7 selon Ipsos, les Français lui reprochant d’en faire trop et de mettre en danger les libertés fondamentales. Il n’est donc pas étonnant de le voir maintenant, lui et les médias-cireurs-de-pompes, dé-médiatiser l’affaire et cesser soudainement d’en parler après en avoir fait son cheval de bataille. Là encore, l’affaire s’avère être pour lui un flop en terme de com’, et la réalité est l’exact contraire de l’illusion unanimiste projetée par les médias qui en ont fait un de leurs chouchous.
Au bout du compte, il ne fait guère de doute que les agissements de Valls, dont le cynisme est si choquant, les supercheries si visibles, et le danger qu’il représente pour la démocratie et la République de plus en plus évident, auront un prix politique.
Tout content de son succès momentané (en fait limité à l’interdiction du spectacle « Le Mur ») et de la gloriette à 2 balles dont les médias à sa botte le gratifient en continu (le courageux Frédéric Taddéï restant l’exception), notre petit matamore ne s’en rend sans doute pas compte (trop autocentré et pas assez intelligent ou connecté au pays réel pour cela), mais tel un benêt qui se tire une balle dans le pied, il vient très probablement de contribuer à la future défaite électorale de son propre parti en révélant ses tendance autocratiques et le danger qu’il représente pour les libertés républicaines fondamentales, et en faisant perdre au PS, au bas mot, des centaines de milliers de voix de la très libertaire jeunesse black-blanche-beurre.
Valls a gagné une petite bataille (à 1 000 contre 1, quel courage), que les médias glorifient et héroïsent dans une propagande insensée assortie d’un culte de la personnalité digne d’un État-Pravda, mais il aura perdu la guerre. Il sera bientôt de retour sur les bancs de l’opposition avec le reste de sa caste énarchique élitiste et hautaine, alors que Dieudonné continuera à jouer devant des salles pleines à craquer.
> Alain Gabon, Professeur des Universités aux États-Unis, dirige le programme de français à Virginia Wesleyan College (université affiliée à l’Église méthodiste de John Wesley et située à Virginia Beach sur la côte est), où il est Maître de Conférences titulaire d’une Chaire en Études Françaises.
Source : http://www.ndf.fr/poing-de-vue/21-01-2014/dieudonne-valls-t-il-coule-le-ps-sans-sen-rendre-compte

La position de Bruno Coppens, en chanson


http://www.rtbf.be/video/detail_on-n-est-pas-rentre-15-1-2014-bruno-coppens-chante-on-t-appelle-quenelle?id=1886255

La position de la ligue des droits de l'homme





La position de Frédéric Taddeï, animateur de l'émission "Ce soir ou jamais"



La position de Jean Bricmont et de Philippe Moureau


La position de Desproges 



La position de Coluche


La position de Bedos Junior




La position de Finkielkraut et Plantu



La position du principal intéressé





Et enfin, la position de Voltaire


« Je ne suis pas d’accord avec votre opinion, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez l’exprimer ».

vendredi 17 janvier 2014

: David Graeber : « La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes » / David Graeber: " the simplest way to break the finance, it is to refuse to pay the debts "


PAR 

La dette ? Une construction sociale, fondatrice d’un pouvoir arbitraire, estime David Graeber, anthropologue et économiste états-unien, considéré par le New York Times comme l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Les pays pauvres et les personnes endettées sont aujourd’hui enchainés aux systèmes de crédit. Piégés dans des relations basées sur la violence, les inégalités et justifiées par la morale, décrit l’auteur, dans un ouvrage qui retrace 5000 ans d’histoire de la dette. « Rembourser ses dettes » est devenu un dogme, impossible à contester. Et si, malgré tout, on décidait d’effacer l’ardoise ? Avec le mouvement Occupy Wall Street, David Graeber lance des actions de désobéissance civile pour démontrer l’absurdité du système capitaliste actuel. Entretien.


Basta ! : A quel moment dans l’histoire le crédit est-il apparu ? Qu’est-ce qu’une dette ?
David Graeber [1] : La dette est une promesse, qui a été pervertie par les mathématiques et la violence. On nous a raconté une histoire : « Il était une fois des gens qui utilisaient le troc. Voyant que cela ne marchait pas très bien, ils ont créé la monnaie. Et l’argent nous a amené le crédit. » Du troc au crédit, une sorte de ligne droite nous amènerait donc à la situation actuelle. Si on regarde plus attentivement l’histoire, cela s’est passé bien différemment ! Le crédit a d’abord été créé. La monnaie physique est apparue quelques milliers d’années plus tard. Cela permet de poser les questions différemment : comment sommes-nous passés d’un système où les gens disaient « je vous dois une vache », à un système où l’on peut mesurer la valeur exacte d’une dette ? Ou l’on peut assurer, formule mathématique à l’appui, que « 340 poulets sont équivalents à cinq vaches » ? Comment une promesse, une obligation de remboursement, est devenue une « dette » ? Comment l’idée que nous devons une faveur a-t-elle été quantifiée ?
En quoi quantifier une dette est-elle un problème ?
Quantifiable, la dette devient froide, impersonnelle et surtout transférable : l’identité du créancier n’a pas vraiment d’importance. Si je promets de vous rencontrer à cinq heures demain, vous ne pouvez pas donner cette promesse à quelqu’un d’autre. Parce que la dette est impersonnelle, parce qu’elle peut être exigible par des mécanismes impersonnels, elle peut être transférée à une autre personne. Sans ces mécanismes, la dette est quelque chose de très différent. C’est une promesse qui repose sur la confiance. Et une promesse, ce n’est pas la négation de la liberté, au contraire, c’est l’essence de la liberté ! Être libre, c’est justement avoir la capacité de faire des promesses. Les esclaves ne peuvent pas en faire, ils ne peuvent pas prendre d’engagements auprès d’autres personnes, car ils ne sont pas sûrs de pouvoir les tenir. Être libre, c’est pouvoir s’engager auprès d’autrui.
Au contraire, le « remboursement de la dette » est devenu un dogme moral...
La dette a été transformée en une question d’arithmétique impersonnelle, en l’essence même de l’obligation morale. C’est ce processus que nous devons défaire. Il est fascinant aussi de voir le lien entre la notion de dette et le vocabulaire religieux, de constater comment les premières religions débutent avec le langage de la dette : votre vie est une dette que vous devez à Dieu. La Bible par exemple commence avec le rachat des péchés... Devenue dogme moral, la dette justifie les dominations les plus terribles. On ne peut comprendre ce qu’elle représente aujourd’hui sans un détour par cette longue histoire de la dette comme justification morale de relations de pouvoir inégales. Le langage de la dette permet de justifier une relation de pouvoir arbitraire. Et il est très difficile d’argumenter face à un pouvoir arbitraire sans adopter le même langage.
Vous citez l’exemple de la mafia...
Parler de dette devient un moyen pour décrire des relations inégales. Les mafieux ont compris cela : ils utilisent souvent le terme de dette, même si ce qu’ils font est en réalité de l’extorsion. Quand ils annulent ou reportent certaines dettes, cela passe pour de la générosité ! C’est comme les armées qui font payer un tribut aux vaincus : une taxe en échange des vies épargnées. Avec le langage de la dette, on dirait que ce sont les victimes qui sont à blâmer. Dans de nombreuses langues, dette, culpabilité et péché sont le même mot ou ont la même racine.
La monnaie, qui permet de quantifier précisément la valeur d’une dette, apparaît d’ailleurs dans les situations de violence potentielle. L’argent est aussi né du besoin de financer les guerres. La monnaie a été inventée pour permettre aux États de payer des armées professionnelles. Dans l’Empire romain, la monnaie apparait exactement là où stationnent les légions. De la même façon, le système bancaire actuel a été créé pour financer la guerre. Violence et quantification sont intimement liés. Cela transforme les rapports humains : un système qui réduit le monde à des chiffres ne peut être maintenu que par les armes.
Il y a aussi une inversion : le créancier semble être devenu la victime. L’austérité et la souffrance sociale sont alors considérées comme un sacrifice nécessaire, dicté par la morale…
Absolument. Cela permet par exemple de comprendre ce qui se joue en Europe aujourd’hui. L’Europe est-elle une communauté de partenaires égaux ? Ou y a-t-il une relation de pouvoir entre entités inégales ? Est-ce que tout peut être renégocié ? Quand une dette est établie entre égaux, elle est toujours traitée comme une promesse. Nous renégocions des promesses tout le temps, car les situations changent : si je vous promets de vous voir demain à cinq heures, si ma mère meurt, je ne suis pas obligé de tenir ma promesse.
Les gens riches peuvent être incroyablement compréhensifs concernant la dette des autres riches : les banques états-uniennes Goldman Sachs et Lehman Brothers peuvent se concurrencer, mais quand quelque chose menace leur position générale de classe, soudain elles peuvent oublier toutes les dettes contractées si elles le veulent. C’est ce qui s’est passé en 2008. Des trillions de dollars de dettes ont disparu, parce que cela arrangeait les puissants. De la même façon des gens pauvres vont être très compréhensifs les uns envers les autres. Les prêts que l’on fait à des proches sont finalement souvent des cadeaux. C’est lorsqu’il y a des structures d’inégalités, que soudain la dette devient une obligation morale absolue. La dette envers les riches est la seule à être vraiment « sacrée ». Comment se fait-il que Madagascar soit en difficulté quand il doit de l’argent aux États-Unis, mais que lorsque ce sont les États-Unis qui doivent de l’argent au Japon, c’est le Japon qui est en difficulté ? Le fait notamment que les États-Unis ont une puissante armée change le rapport de force...
Aujourd’hui, on a l’impression que la dette a remplacé les droits : les droits à la formation ou au logement se sont transformés en droit au crédit ?
Certains utilisent leur maison pour financer leur vie en contractant de plus en plus de prêts hypothécaires. Leurs maisons deviennent des distributeurs de billets. Les micro-crédits pour faire face aux problèmes de la vie se multiplient, en substitution de ce qui était auparavant assuré par l’État-providence, qui donnait des garanties sociales et politiques. Aujourd’hui, le capitalisme ne peut plus offrir un bon « deal » à tout le monde. On sort de l’idée que chacun pourrait posséder un bout du capitalisme : aux États-Unis, chacun était censé pouvoir investir dans les entreprises, qui en fait exploitent chacun. Comme si la liberté consistait à posséder une part de notre propre exploitation.
Puis les banquiers ont transformé la dette en produits bancaires, échangeables comme de la monnaie...
C’est incroyable ! Il y a six ans, même des gens très intelligents disaient : « Que ces gens sont brillants, ils ont créé de l’argent à partir de rien ». Ou plutôt avec des algorithmes tellement complexes, que seuls des astrophysiciens pouvaient les comprendre. Mais cette incroyable sophistication s’est révélée être une escroquerie ! J’ai eu récemment des entretiens avec de nombreux astrophysiciens, qui m’ont affirmé que ces chiffres ne veulent rien dire. Tout ce travail semble très sophistiqué, mais en fait il ne l’est pas. Une classe de personnes a réussi à convaincre tout le monde qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre. Ils ont menti et les gens les ont cru. Soudain, un pan de l’économie a été détruit, et on a vu qu’eux-mêmes ne comprenaient pas leurs instruments financiers.
Pourquoi cette crise n’a-t-elle pas changé notre rapport à la dette ?
A cause d’un profond déficit intellectuel. Leur travail idéologique a été tellement efficace que tout le monde est convaincu que le système économique actuel est le seul possible. Nous ne savons pas quoi faire d’autre. Alors nous posons un morceau de scotch sur le problème, prétendant que rien ne s’est passé. Où cela nous mènera-t-il ? A une nouvelle panne. Nous entrons désormais dans une nouvelle étape : celle du jeu défensif. Comme la plupart des justifications intellectuelles du capitalisme s’effondrent, ses promoteurs attaquent aujourd’hui toutes les alternatives possibles. En Grande-Bretagne, après la crise financière, la première chose qu’ont voulu faire les responsables économiques a été de réformer le système scolaire, pour le rendre plus compétitif. En réalité, le rendre plus semblable au système financier ! Pourquoi ? Sans doute parce que l’enseignement supérieur est un des seuls espaces où d’autres idées, d’autres valeurs, peuvent émerger. D’où la nécessité de couper court à toute alternative avant qu’elle ne puisse émerger. Ce système éducatif fonctionnait pourtant très bien jusqu’à présent, alors que le système financier a failli de manière spectaculaire. Il serait donc plus pertinent de rendre le système financier semblable au système éducatif, et non l’inverse !
Aujourd’hui, aux États-Unis, des gens sont emprisonnés pour incapacité à rembourser leurs dettes. Vous citez l’exemple d’un homme condamné à la prison en 2010 dans l’État de l’Illinois pour une durée illimitée, tant qu’il n’aura pas réussi à rembourser 300 dollars...
Aux États-Unis, des gens sont emprisonnés parce qu’ils n’ont pas réussi à payer les frais de citation en justice. Alors qu’il est presque impossible de poursuivre des banques pour des saisies illégales ! Les banques peuvent toujours aller voir la police pour leur demander de vous arrêter pour défaut de paiement, même si tout le monde sait qu’il s’agit d’une saisie illégale. Pouvoir financier et pouvoir politique sont en train de fusionner. Police, collecteurs d’impôts, les personnes qui vous expulsent de vos maisons, opèrent directement dans l’intérêt des institutions financières. Peu importe votre revenu, un robot signe votre expulsion et la police vous fait sortir de votre maison.
Aux États-Unis, tout le monde croyait faire partie de la classe moyenne. Ce n’est pas vraiment une catégorie économique, plutôt une catégorie sociale et politique : on peut considérer que font partie de la classe moyenne les citoyens qui se sentent plus en sécurité quand ils voient un policier, que l’inverse. Et par extension, avec toutes les autres institutions, banques, écoles... Aujourd’hui, moins de la moitié des Américains considèrent qu’ils font partie de la classe moyenne, contre les trois quarts auparavant. Si vous êtes pauvres, vous supposez que le système est contre vous. Si vous êtes riches, vous avez tendance à croire que le système est avec vous. Jusqu’à présent aucun banquier n’a été mis en prison pour des actes illégaux durant la crise financière. Et des centaines de manifestants ont été arrêtés pour avoir tenté d’attirer l’attention sur ces faits.
La dette provoque toujours contestation et désordre dans les sociétés, écrivez-vous. Et depuis 5000 ans, les insurrections populaires commencent très souvent par la destruction des registres de dette...
La dette semble être le plus puissant des langages moraux jamais créés pour justifier les inégalités et les rendre « morales ». Mais quand tout explose, c’est avec une grande intensité ! L’historien britannique Moisis Finley défendait l’argument que dans le monde antique, il n’y avait qu’une seule demande révolutionnaire : abolir les dettes, et ensuite redistribuer les terres. De la décolonisation de l’Inde à l’Amérique latine, les mouvements d’abolition des dettes semblent partout une priorité. Lors de révolutions paysannes, une des premières actions des insurgés est de trouver les registres de dettes pour les brûler. Puis les registres de propriété des terres. La raison ? La dette, c’est pire que si vous dites à quelqu’un qu’il est inférieur, esclave, intouchable. Car cela signifie : « Nous ne sommes pas fondamentalement différents, vous devriez être mon égal, mais nous avons conclu un contrat d’affaires et vous avez perdu. » C’est un échec moral. Et cela peut engendrer encore plus de colère. Il y a quelque chose de profondément insultant, dégradant avec la dette, qui peut provoquer des réactions très violentes.
Vous réclamez un jubilé, c’est-à-dire un effacement des dettes – dettes souveraines des États mais aussi dettes individuelles. Quel impact économique cela aurait-il aujourd’hui ?
Je laisse les détails techniques aux économistes... Cela supposerait notamment de revenir à un système public pour les pensions de retraite. Les précédentes annulations de dettes n’ont jamais concerné toutes les dettes. Mais certains types de dettes, comme les dettes de consommation ou la dette souveraine des États, pourraient être effacées sans réels effets sociaux. La question n’est pas de savoir si l’annulation de dette va avoir lieu ou pas : les gens qui connaissent bien la situation admettent que cela va évidemment arriver. La Grèce, par exemple, ne pourra jamais rembourser sa dette souveraine, elle sera progressivement effacée. Soit avec de l’inflation – une manière d’effacer la dette qui a des effets délétères – soit par des formes d’annulation directe. Est-ce que cela arrivera « par en bas », sous la pression des mouvements sociaux, ou « par en haut », par une action des dirigeants pour tenter de préserver le système ? Et comment vont-ils habiller cela ? Il est important de le faire de manière explicite, plutôt que de prétendre à un simple « rachat » de la dette. Le plus simple serait de dire qu’une partie de la dette est impayable, que l’État ne garantit plus le paiement, la collecte de cette dette. Car pour une grande part, cette dette existe uniquement parce qu’elle est garantie par l’État.
L’effacement de la dette des États, c’est la banqueroute. Les experts du FMI ou de la Banque mondiale seront-ils un jour d’accord avec cette option ?
Le FMI annule actuellement des dettes en Afrique. Les experts savent que la situation actuelle n’est pas viable. Ils sont conscients que pour préserver le capitalisme financier et la viabilité à long terme du système, quelque chose de radical doit avoir lieu. J’ai été surpris de voir que des rapports du FMI se réfèrent à mon livre. Même au sein de ces institutions, des gens proposent des solutions très radicales.
Est-ce que l’annulation de dettes signifie la chute du capitalisme ?
Pas nécessairement. L’annulation de dettes peut aussi être un moyen de préserver le capitalisme. Mais à long terme, nous allons vers un système post-capitaliste. Cela peut paraître effrayant, puisque le capitalisme a gagné la guerre idéologique, et que les gens sont convaincus que rien d’autre ne peut exister que cette forme précise de capitalisme financier. Il va pourtant falloir inventer autre chose, sinon dans 20 ou 30 ans, la planète sera inhabitable. Je pense que le capitalisme ne sera plus là dans 50 ans, mais je crains que ce qui arrive ensuite soit encore pire. Nous devons construire quelque chose de mieux.
Dans le cadre du mouvement Occupy Wall Street, vous êtes l’un des initiateurs de la campagne Rolling Jubilee. Quels sont ses objectifs et son impact ?
C’est un moyen de montrer à quel point ce système est ridicule. Aux États-Unis, des « collecteurs » achètent de la dette, à 3% ou 5% du montant de la dette initiale, et vont ensuite tenter de recouvrer la totalité de l’argent en faisant payer les personnes endettées. Avec la campagne Rolling Jubilee, nous faisons comme ces collecteurs de dette : nous achetons collectivement nous-mêmes de la dette – ce qui est parfaitement légal – et ensuite, au lieu d’exiger leur remboursement, nous effaçons ces dettes ! Quand nous atteindrons un niveau où cela commence à avoir un effet réel sur l’économie, ils trouveront sans doute un moyen de rendre ça illégal. Mais pour le moment, c’est un bon moyen de mettre en évidence l’absurdité du système (sur cette campagne, lire notre aticle « Strike debt » : un plan de sauvetage du peuple par le peuple). En complément, nous développons le projet « Drom », Debt resistors operation manuel, qui fournit des conseils légaux et pratiques aux personnes endettées.
La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes. Pour lancer un mouvement de désobéissance civile contre le capitalisme, on peut commencer par là. Sauf que les gens le font déjà ! Un Américain sur sept est poursuivi par un collecteur de dettes. 20 % au moins des prêts étudiants sont en situation de défaut. Si vous ajoutez les prêts hypothécaires, sur les 80 % de la population qui sont endettés aux États-Unis, entre un quart et un tiers sont déjà en situation de défaut de paiement ! Des millions d’Américains font déjà de la désobéissance civile par rapport à la dette. Le problème est que personne ne veut en parler. Personne ne sait que tout le monde le fait ! Comment réunir tous ces gens isolés ? Comment organiser un mouvement social si tout le monde a honte de ne pas réussir à rembourser ses dettes ? À chaque fois que vous refusez de payer une dette médicale, une dette « odieuse » créée par la collusion entre gouvernement et financiers – qui piège les gens dans des dettes que vous n’avez d’autre choix que de subir – vous pouvez dépenser votre argent pour quelque chose de socialement important. Nous voulons encourager les « coming-out » sur cette résistance au système. Fédérer cette armée invisible de gens qui font défaut, qui sont déjà sur le terrain de bataille, s’opposant au capitalisme par une résistance passive.
Propos recueillis par Agnès Rousseaux
Photos : CC A. Golden (Une) et CC Gonzalo

David Graeber, Dette, 5000 ans d’histoire, Editions Les liens qui libèrent, 2013, 620 pages.

Notes

[1Docteur en anthropologie, économiste, ancien professeur à l’Université de Yale, David Graeber est actuellement professeur à la London School of Economics. Il est selon le New York Times l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Et est l’un des initiateurs du mouvement Occupy Wall Street.


Source : http://www.bastamag.net/David-Graeber-La-forme-la-plus

mardi 14 janvier 2014

Comment contourner les systèmes de traçabilité ? / How to by-pass the systems of traceability?

Article édifiant de Jean-Marc Manach, journaliste à InternetActu.net et LeMonde.fr, et membre des Big Brother Awards France. 

version originale d'un article publié dans Hermès n°53, 2009 : "Traçabilité et réseaux" 

Résumé : 

Brian Gladman est un ancien directeur des communications électroniques stratégiques du ministère de la Défense britannique et de l'OTAN. Ian Brown, un cryptographe anglais membre de l'ONG Privacy International. En l'an 2000, ils rendaient public un texte 
expliquant comment contourner, en toute légalité, les diverses mesures de "cybersurveillance" adoptées par les législateurs. Ces techniques s'avéreraient en effet "techniquement ineptes et inefficaces à l'encontre des criminels" et risqueraient, a 
contrario, de "saper le droit à la vie privée et à la sécurité des citoyens et du marché". 

Leur démarche est d'autant plus salutaire que les gouvernements se contentent généralement, au mieux, d'expliquer que toute action informatique laisse des traces, et que l'on est de toute façon surveillé (mais sans jamais, étrangement, expliquer comment 
s'en protéger), au pire, de passer des lois sécuritaires renforçant cette cybersurveillance, contribuant d'autant à créer un climat de peur, loin du climat de confiance nécessaire à toute démocratie. 

Mots clefs : internet, vie privée, sécurité, anonymat, pseudonymat, surveillance 

Abstract : 

How to protect ourselves ? (countermeasures, cryptology and anonymisation) 

Brian Gladman has been the Director of Strategic Electronic Communications for the english Minister Of Defense for years. Ian Brown is a cryptographer and a member of the NGO Privacy International. In 2000, they published an article detailing several 
countermeasures in order to evade, legally, the technical measures governments adopt in order to monitor what users do on the internet. Those techniques are accused to be "technically inept: ineffective against criminals while undermining the privacy, safety and security of honest citizens and businesses". 

Their work is precious as governments generally explain how people can be monitored on the internet (without explaining how to protect their privacy, safety and security), and becuse the "oppressive powers introduced by their legislation" creates fear and undermines the confiance which is necessary to maintain the democracy. 

Keywords : internet, privacy, security, anonymity, pseudonymity, surveillance 
Contourner les systèmes de traçabilité – Jean Marc Manach 1 


Introduction 

En l'an 2000, Brian Gladman, ancien directeur des communications électroniques stratégiques du ministère de la Défense britannique et de l'OTAN, et Ian Brown, un ryptographe anglais membre de l'ONG Privacy International, rendaient public un texte expliquant comment contourner, en toute légalité, la RIP Bill britannique (1). Pour eux, cette loi visant à renforcer les moyens de surveillance et de contrôle des internautes s'avérait "techniquement inepte et inefficace à l'encontre des criminels" et risquait, a contrario, de "saper le droit à la vie privée et à la sécurité des citoyens et du marché". 

Partant du constat que les terroristes, et autres criminels, n'ont que faire de respecter la loi, Gladman et Brown avaient ainsi détaillé un certain nombre de moyens visant à aider les citoyens à apprendre à communiquer sur l'internet en toute confidentialité. Leur 
démarche est d'autant plus salutaire que les gouvernements se contentent généralement, au mieux, d'expliquer que toute action informatique laisse des traces et que l'on est de toute façon surveillé, au pire, de passer des lois sécuritaires renforçant cette 
cybersurveillance. Etrangement, ils n'expliquent jamais comment, concrètement, protéger sa vie privée sur l'internet, contribuant d'autant à créer un climat de peur, loin du climat de confiance nécessaire à toute démocratie. 

Huit ans plus tard, l'analyse de Gladman & Brown n'a rien perdu de sa pertinence. On ne compte plus les mesures sécuritaires substituant la suspicion de culpabilité à la présomption d'innocence. La France a elle aussi légiféré, dans la foulée des attentats de 
2001, afin de placer sous surveillance, et "par principe", l'ensemble des internautes. Dans le même temps, de nouveaux outils et logiciels sont également apparus, qui renforcent, et facilitent, les moyens de lutter, en toute légalité, contre ce type d'atteintes à la vie privée. 

Surveillance des internautes : vers la présomption de culpabilité 

Le 15 septembre 2001, un article de Libération (2) avance que les terroristes auraient communiqué via l'internet en cachant leurs messages secrets dans des photos pornos, rendant impossible leur détection. La technique utilisée mêle stéganographie et 
cryptographie. Ces deux techniques n'ont rien de propre à l'internet. La première consiste à cacher l'existence même du message. Alfred de Musset et George Sand avaient ainsi pour masquer leurs propos licencieux dans des poèmes d'apparence romantique, et 
d'innombrables enfants se sont essayés à l'encre invisible. 

La cryptographie, elle, consiste à transformer les caractères du message en un amas indéchiffrable, sauf à disposer de la clef de déchiffrement. Elle a servi à nombre de diplomates et espions, depuis des siècles, et a gagné en popularité depuis qu'un 
mathématicien américain, Phil Zimmermann, a créé Pretty Good Privacy (PGP), un logiciel de cryptographie grand public que les autorités américaines avaient cherché, en vain, au milieu des années 90, à interdire. Dans le monde entier, des internautes s'étaient en effet ligués pour soutenir PGP, car c'est le seul moyen de converser, en tout confidentialité, sur l'internet. Un e-mail y est en effet aussi peu protégé que ne l'est une carte postale. 

Mais revenons-en à cette affaire de "porno-terrorisme", qui fut relayée dans nombre de journaux, radios et télévisions (3). Elle émanait d'un journaliste américain qui, dans USA Today, avançait en février 2001 (4) tenir l'information de "sources officielles". Personne ou presque ne releva alors qu'il était improbable que des fondamentalistes musulmans, qui abhorrent la pornographie, puissent s'en servir pour communiquer, à l'exception des 
Echos, qui avancèrent que "D’aucuns voient dans ces informations une manipulation des autorités américaines visant à accroître le contrôle de l’information circulant sur le Net au dépend de la liberté d’expression" (5). De fait, dans les jours qui suivirent, le Congrès 
adopta un amendement facilitant la surveillance électronique des individus, sans mandat judiciaire, ouvrant la voie à de nombreuses lois visant explicitement à généraliser la cybersurveillance des télécommunications, et des individus. 

Quelques années plus tard, on découvrit que le journaliste à l'origine de cet article avait bidonné un certain nombre de ses articles (6). Aucune preuve n'est par ailleurs parvenu à étayer le fait que les terroristes du 11 septembre aient communiqué via l'internet, et encore moins au moyen d'outils de stéganographie ou de cryptographie. Mais qu'importe, le message était passé, la stéganographie et la cryptographie avait été diabolisée, et 
l'opinion publique préparée à accepter de voir réprimer tout ce qui peut permettre aux terroristes de communiquer en toute confidentialité. Quitte, pour cela, à criminaliser le fait, 
pour tout internaute, de chercher à protéger sa vie privée. 

En novembre 2001, le Parlement adoptait la Loi sur la Sécurité Quotidienne (LSQ). Rédigée bien avant les attentats, elle fut modifiée, en urgence, afin d'y ajouter un certain nombre d'articles présentés comme anti-terroristes. Ses mesures les plus liberticides 
furent qualifiées d'anticonstitutionnelles par plusieurs juristes. Mais le Conseil Constitutionnel n'en fut pas saisi, les parlementaires cherchant surtout rassurer l'opinion publique. Le sénateur socialiste Michel Dreyfus-Schmidt, reconnut d'ailleurs, dans un lapsus lourd de sous-entendus, que la France sortait peu ou prou de l'état de droit : « Il y a des mesures désagréables à prendre en urgence, mais j’espère que nous pourrons revenir à la légalité républicaine avant la fin 2003 » (7). Deux ans plus tard, à l'occasion du vote de la Loi pour la Sécurité Intérieure (LSI), les dispositions les plus critiquées de la LSQ furent prolongées sine die, sans qu'aucun bilan ne soit tiré de leur application, et contrairement à ce que la LSQ précisait pourtant expressément. 

La vidéosurveillance a beau se généraliser et se développer, on n'en est pas encore au stade où la loi obligerait tout un chacun à accepter le port d'une caméra filmant ses activités 24h/24. De même, le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM), 
ou « bracelet électronique » GPS ou GSM, est pour l'instant réservé aux seuls délinquants sexuels et violents, ainsi qu'aux personnes faisant l'objet de mesures d'adaptation de leur peine, et ils doivent être consentants. La généralisation, à l'ensemble de la population, de telles mesures serait bien évidemment indigne de notre démocratie, et, sauf à abolir les Droits de l'homme, très certainement contraire à nos principes républicains et 
constitutionnels. 

Sur l'internet, il n'en est rien. La LSQ a érigé en principe la surveillance, a priori, de tous les internautes. Les fournisseurs d'accès à l'internet (FAI) sont en effet tenus de conserver, 
pendant un an, la trace de leurs activités afin de permettre aux autorités, sur requête judiciaire, de fouiller dans leur passé. Il leur est ainsi possible de savoir ce que les internautes ont fait, quand, pendant combien de temps, à qui ils ont écrit, au sujet de quoi : 
la liste des traces à conservées (appelés "données de connexion" ou "logs") est un véritable inventaire à la Prévert (8), et couvre à peu près tout ce que l'on peut faire sur l'internet, à l'exception du "contenu" de leurs e-mails et des fichiers consultés ou échangés 
-ce qui s'apparenterait à une mise sur écoutes personnalisée, ce que la loi n'est pas, puisqu'elle prévoit de surveiller tout le monde, tout le temps. Evoquant le fichage généralisé de la population par la gendarmerie nationale, Louis-Marie Horeau, journaliste 
du Canard Enchaîné, évoquait ainsi, en 1981, "la recette bien connue de la chasse aux lions dans le désert : on passe tout le sable au tamis et, à la fin, il reste les lions..." 

En somme, et à la manière des bracelets électroniques, il est possible de retracer le parcours des internautes, de savoir où ils sont allés, quels sites ils ont consultés, sur quels serveurs ils se sont connectés et, par triangulation, qui ils y ont rencontrés. A la manière d'une caméra de vidéosurveillance filmant, non pas des lieux comme d'ordinaire, mais les agissements des personnes nomément désignées, il est aussi possible de savoir ce qu'ils 
y ont fait, s'ils se sont contentés de lire, ou s'ils ont échangés ou publiés des fichiers et, partant, quels fichiers ont ainsi été partagés, avec qui. Si l'on poursuit la logique de Michel Dreyfus-Schmidt, nous ne sommes toujours pas revenu à la "légalité républicaine". Mais personne ou presque n'a réagi, ni au moment de l'adoption de la LSQ, ni lorsque ses mesures "exceptionnelles" ont été prolongées sine die avec la LSI, ni vraiment depuis. Elles renversent pourtant la présomption d'innocence en faisant de tout internaute un suspect en puissance. 

La seconde mesure expressément dédiées à l'internet adoptée lors de la LSQ concerne la cryptographie, qui bénéficiait d'une longue tradition législative : jusqu'en 1999, elle était assimilée à une arme de guerre, et son utilisation par le grand public interdit (sauf à utiliser un niveau de protection suffisamment bas pour permettre aux autorités de le "casser"). Las : pour favoriser le développement du commerce électronique, le gouvernement avait été contraint de libéraliser son utilisation. La cryptographie étant le seul moyen de 
protéger, de façon fiable, la circulation d'information sur l'internet, la France ne pouvait décemment pas se mettre au ban du marché mondial. Au grand dam des intérêts militaires et policiers, qui voyaient d'un mauvais oeil cette légalisation d'un moyen permettant à tout un chacun de communiquer sans qu'ils puissent prendre connaissance des contenus échangés. 

La LSQ décida donc que l'utilisation d'outils de cryptographie serait désormais considérée comme une "circonstance aggravante", et que ses utilisateurs seraient passibles de deux ans de prison, et 30 000 euros d'amende, s'ils refusaient de déchiffrer les messages 
chiffrés échangés. La LSI porta la peine à trois ans de prison, et 45 000 euros d'amende. Qu'importe le fait qu'un terroriste, qui risque la prison à vie, serait plutôt enclin à ne pas révéler le contenu de ses messages et se contenter de ces trois ans de prison. 

La loi autorise également les juges à recourir aux "moyens de l'État soumis au secret de la Défense nationale" pour décrypter des informations chiffrées. Les rapports d'expertise sont donc classifiés et ne peuvent faire l'objet d'aucun recours; ce qui avait d'ailleurs été perçu, dans les milieux du renseignement français, comme un excellent moyen de pouvoir fabriquer des preuves sans possibilité, pour l'accuser, de les contester. Une mesure qui, à n'en pas douter, pourrait être dénoncée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, et qui, une fois de plus, s'attaque à la présomption d'innocence. Tout utilisateur d'outils de cryptographie se retrouve en effet, sinon potentiellement suspect, tout du moins placé 
sous une épée de Damoclès dont il ne pourrait s'extirper si les autorités, pour quelque raison que ce soit, décidaient de s'intéresser à lui. Car la charge de la preuve est désormais inversée : ce n'est plus aux forces de l'ordre d'arriver à prouver la culpabilité 
d'un quidam, mais à celui-ci d'amener la ou les preuves de son innocence. 

On aurait pu craindre une vague de "dommages collatéraux". Il n'en est rien : ces articles de loi ne sont quasiment pas utilisés, ou n'ont pas entraîné de jurisprudence ou d'"affaires" particulières, pour l'instant tout du moins. Restent que le risque est inscrit dans les tables de loi, et que les menaces, elles, sont multiples. Employeur soupçonneux, collègue indélicat, conjoint jaloux, parents suspicieux... de nombreuses sociétés, notamment aux USA, font commerce d'outils spécifiquement dédiés à la surveillance, sinon à 
l'espionnage, des internautes. Plusieurs affaires ont révélé que des policiers avaient vendus à des tiers des informations issues des fichiers accessibles aux seuls officiers de police judiciaire. Le secteur de l'intelligence économique, en plein développement, a 
recruté nombre d'anciens policiers ou membres des services de renseignement qui, pour certains, n'hésitent pas à utiliser des méthodes barbouzardes. Un rapport des Renseignements Généraux estime qu'une entreprise sur quatre est ou a été touchée par 
l'espionnage industriel (9). Et la DST, depuis des années, fait le tour des PMI-PME afin de leur expliquer qu'en temps de "guerre économique", il convient d'apprendre à se protéger des puissances étrangères et des concurrents malintentionnés. Rien ne saurait donc 
détourner les citoyens du droit à leur vie privée, et donc des outils et méthodes permettant de se prémunir contre tout type de cybersurveillance. 

Des outils contre la cybersurveillance : les couteaux suisses de la vie privée 

Les LiveCD 

Il est souvent impossible, notamment en entreprise, d'installer de logiciels, au nom d'impératifs de sécurité considérant les utilisateurs comme autant de failles potentielles dans le dispositif de sécurité. En sécurité informatique, l'adage veut en effet que la principale faille de sécurité se trouve entre la chaise et le clavier. De fait, on ne compte plus le nombre de portables "perdus", volés, de virus introduits via l'ordinateur portable d'un employé qui l'avait ramené chez lui et utilisé au mépris des consignes de sécurité. On a aussi vu apparaître, ces dernières années, des logiciels espions spécialement dédiés aux clefs USB : certains, installés sur les PC, permettent de copier furtivement tout ou partie de la clef USB qui vient d'y être insérée, d'autres, a contrario, installés sur des clefs USB, copient certains des fichiers contenus dans le PC dans lequel elles ont été 
enfichées. 

Michel Bouissou fut probablement l'un des tous premiers à proposer "la" solution permettant d'utiliser un ordinateur sans y laisser de trace, et sans risquer d'y être piégé par des logiciels espions ou installés au préalable. Cet informaticien très attaché aux droits 
de l'homme a créé, en 2003, la Knoppix-MIB (10), un "LiveCD" dédié à la protection de la vie privée. Un LiveCD, ou "CD bootable", est un CD-Rom que l'on insère dans son PC et 
qui, lorsqu'on redémarre l'ordinateur, permet d'utiliser le système d'exploitation libre GNU/ Linux qui y a été gravé. Conçu pour permettre aux néophytes de découvrir Linux sans rien avoir à installer, il connaît depuis de nombreuses déclinaisons, dont plusieurs orientées sécurité. Certains experts judiciaires s'en servent ainsi pour "autopsier" un ordinateur sans en manipuler les fichiers. En effet, si les LiveCD reposent sur les ressources matérielles 
des PC sur lesquels ils tournent, ils n'en touchent pas les composantes logicielles, et sont insensibles aux virus informatiques du fait qu'ils tournent sous GNU/Linux, et que l'on ne peut rien installer sur le CD une fois celui-ci gravé. 

La Knoppix-MiB permet aussi de se créer un répertoire personnel persistant chiffré sur une clef USB ou encore sur l'ordinateur utilisé afin d'y stocker ses fichiers. Mieux : selon la règle de la "déniabilité plausible", il est possible à l'utilisateur de nier que s'y trouve quoi 

que ce soit d'autre qu'une suite de nombres aléatoires non significatifs. Apparu depuis, AnonymOS (11) est lui aussi un LiveCD destiné, comme son nom l'indique, à protéger 
l'anonymat de son utilisateur, mais basé sur OpenBSD, l'un des systèmes d'exploitation les plus sécurisés qui soient. AnonymOS dispose d'un autre avantage : car si les LiveCD protègent l'utilisateur de ceux qui chercheraient à espionner l'ordinateur utilisé, ils ne le protègent pas de la cybersurveillance effectué par les FAI... sauf à utiliser TOR (voir plus bas), ce qu'AnonymOS propose par défaut. 

Contourner la censure, le filtrage et la surveillance du web 

C'est probablement la chose la plus facile à faire. Il existe une foultitude d'anonymiseurs permettant d'accéder aux contenus dont l'accès est filtré ou censuré pour les internautes venant de tel ou tel pays, ou de telle ou telle société (12). C'est un sport international aussi bien pratiqué par les étudiants américains dont l'accès internet est filtré que par les internautes chinois ou tunisiens dont le web est censuré. Le principe est de se connecter, de manière sécurisée (le "s" du https) à un anonymiseur et d'y entrer l'URL du site que 
l'on veut visiter. Le FAI saura, certes, que l'on a consulté l'anonymiseur, mais pas quels sites ont ensuite été visités. 

On peut aussi utiliser TOR, un logiciel conçu par l'Electronic Frontier Foundation (13), dont il existe une extension pour le navigateur Firefox. Son principe est similaire, sauf qu'au lieu 
de passer par "un" anonymiseur, l'internaute passe par l'ordinateur d'un autre utilisateur de TOR, sur le modèle du peer-to-peer, rendant encore plus difficile la cybersurveillance. Concrètement, il suffit de télécharger l'extension TOR pour Firefox et de cliquer sur un petit bouton lorsque l'on veut commencer à protéger sa navigation. Seul inconvénient : la navigation peut s'en trouver quelque peu ralentie... 

Sécuriser ses mails, chats et messageries instantanées 

Pour se faire, on privilégiera l'utilisation d'un webmail sécurisé "étranger" au courrier électronique de son FAI "bien français". De préférence, on choisira un service qui propose la connexion par webmail sécurisé entre ses serveurs et son ordinateur (tel que 
hushmail.com, qui propose également de crypter les e-mails), de sorte que les données ne soient pas transmises "en clair", mais chiffrées (reconnaissable au 's' de https ://, ainsi qu'au cadenas fermé dans la barre d'état de votre navigateur) et ne puissent donc être lisibles ni interprétables dans les fichiers logs de son FAI. Plutôt que d'utiliser une messagerie instantanée propriétaire, on utilisera Pidgin, une logiciel « libre » compatible avec ICQ/AIM, Yahoo! et Windows Live Messenger, qui propose un module 
cryptographique permettant de chiffrer la communication. Il est aussi possible d'utiliser Skype, qui propose lui aussi le chiffrement de la conversation, mais avec un algorithme propriétaire et secret ne permettant pas de savoir jusqu'où il est fiable, ou pas. 

Par défaut, on privilégiera les logiciels "libres". En matière de sécurité informatique, et à défaut d'être un informaticien hors pair, on est en effet obligé de faire confiance à l'éditeur de logiciel, et d'être assuré que ce dernier ne contient pas de porte dérobée ("backdoor", en anglais). Or, on ne peut accéder aux codes sources des logiciels propriétaires. Il n'est donc pas possible d'en vérifier l'intégrité, contrairement aux logiciels libres qui, surtout lorsqu'ils traitent de sécurité, font l'objet d'une surveillance constante de la part de la communauté. Le mieux est encore d'installer un système d'exploitation GNU/Linux, une procédure considérablement facilitée ces dernières années, et à la portée de toute personne ayant déjà installé un logiciel et un tant soit peu familiarisé avec l'informatique. 

Crypto, stégano & Co : quand les coffres-forts deviennent virtuels 

GnuPG (ou GPG), dont le développement a été financé par le gouvernement allemand, supplante dorénavant PGP en matière de chiffrement des e-mails. Son principe, dit de cryptographie à clefs publiques, repose sur la création d'une paire de clef : une clef 
publique, que l'on rend accessible à ses correspondants (pour qu'ils puissent vous écrire), et une clef privée, protégée par un mot de passe et que l'on doit précieusement conserver à l'abri de tout regard indiscret (pour que vous puissiez déchiffrer les données cryptées qui vous sont envoyées). En d'autres termes, la clef publique est comme un coffre-fort que l'on laisse ouvert de sorte qu'un tiers puisse y mettre des données, avant que d'en claquer 
la porte. Seul le détenteur de la clef privée peut ouvrir ledit coffre-fort, une fois fermé. 

C'est une évidence qui semble avoir échapper aux législateurs, mais il suffit de changer régulièrement de clef pour pallier, en partie, à l'obligation de déchiffrement. Il est aussi possible de donner une date d'expiration à sa clef : une fois périmée, elle ne pourra plus 
servir. De même, il est possible de "révoquer" sa clef, ou encore se doter de clefs à usage unique. 

Autre évidence, un fichier qui n'existe plus ne peut être déchiffré. Encore faut-il l'effacer définitivement, ce qui n'est pas le cas si l'on se contente de le "jeter à la corbeille". A la manière des destructeurs de documents utilisés en entreprise, il existe des logiciels d'écrasement sécurisé des données, tels qu'Eraser ou Wipe. 

La cryptographie ne permet pas, cela dit, de masquer l'existence des données chiffrées. On peut ainsi opter pour des outils de stéganographie, qui permettront de camoufler les fichiers à protéger dans d'autres fichiers plus anodins (images ou sons, par exemple). On pourra aussi créer un coffre-fort électronique afin d'y entreposer les données que l'on voudrait sécuriser, ou encore chiffrer tout ou partie d'une partition de disque dur à cette intention, ce que propose de faire, très facilement, les principales distributions GNU/Linux. 
Avantage de cette dernière option : elle permet, elle aussi, la "déniabilité plausible". Le chiffrement de tout ou partie d'un disque dur ne peut cela dit se concevoir que dans le cadre d'une politique globale de sécurité. 

Conclusion 

Bruce Schneier, l'une des personnalités les plus respectées des milieux de la sécurité informatique, n'a de cesse de le répéter : la sécurité est avant tout un processus, pas un produit. Aucune solution n'est fiable à 100% et rien ne sert, par exemple, d'installer une porte blindée si on laisse la fenêtre ouverte. Il convient d'autre part de ne jamais oublier qu'en matière informatique en générale, et sur l'internet en particulier, l'anonymat n'existe pas. Il arrive fatalement un moment où l'on se trahit, où l'on commet une erreur, ou, plus simplement, où l'on tombe sur quelqu'un de plus fort que soi. La sécurité informatique est un métier, elle ne s'improvise pas. 

En attendant, on peut raisonnablement espérer garantir un pseudonymat de bon aloi, si tant est que l'on adopte une bonne "hygiène" du mot de passe (14), que l'on mette à jour ses logiciels régulièrement (et son antivirus quotidiennement) et, plus globalement, que l'on se forme aux rudiments de la sécurité informatique. Quelques éléments de bon sens ne nuiront pas : se doter d'un fonds d'écran protégé par un mot de passe (histoire de se 
protéger des pauses pipi ou déjeuner), utiliser le "clavier virtuel" de son PC afin d'éviter le risque posé par les keyloggers (enregistreurs des touches tapées au clavier), effectuer des sauvegardes régulièrement (et les entreposer dans un lieu sécurisé), ne pas hésiter à se créer de multiples identités ou encore... de préférer, au courrier électronique, le courrier papier (qui, lui, n'est pas systématiquement surveillé). 

Comme le rappelle l'article 1er de la LSQ : "La sécurité est un droit fondamental. Elle est une condition de l'exercice des libertés et de la réduction des inégalités." CQFD. 

Notes : 

1. "Ways to Defeat the Snooping Provisions in the Regulation of Investigatory Powers Bill", by Ian Brown and Brian Gladman : http://www.fipr.org/rip/RIPcountermeasures.htm. A noter que cet article est aussi adapté d'une version francisée dudit manuel, "LSQ : sortez couvert ! ou Comment passer outre la cybersurveillance et les mesures anti-crypto de la LSQ..." : http://www.bugbrother.com/archives/sortezcouvert.html

2. "Pornoterrorisme : Messages islamistes cryptés sur des sites impies", par Edouard Launet, le 15/09/2001

3. "Terrorisme : les dessous de la filière porno", par Jean Marc Manach, le 27/09/2001 :
http://www.lsijolie.net/article.php3?id_article=60

4. "Terror groups hide behind Web encryption", by Jack Kelley, USA Today, le 05/02/2001

5. "L'encre sympathique à l'heure d'Internet", par Emmanuel Paquette, le 24/09/2001

6. « Ex-USA TODAY reporter faked major stories », by Blake Morrison, USA Today (3/19/2004)

7. "L’ère du soupçon", par Bb), lundi 8 juillet 2002 : http://www.lsijolie.net/article.php3? id_article=123

8. « Les opérateurs Internet et télécoms devront conserver plus de données », par Charles de Laubier, Les Echos, le 19/02/2008

9. « Espionnage économique : La France pillée », par Jean-Jacques Manceau, l’Expansion.com, le 25/10/2006

10. Knoppix-MiB : http://www.vie-privee.org/comm173 ou http://www.bouissou.net

11. AnonymOS http://kaos.to/cms/projects/releases/anonym.os-livecd.html

12. cf cette longue liste en anglais : http://www.freeproxy.ru/en/free_proxy/cgi-proxy.htm

13. Tor : Un système de connexion anonyme à Internet,
http://www.torproject.org/index.html.fr

14. Hygiène du mot de passe : http://www.bugbrother.com/security.tao.ca/pswdhygn.html

Source : http://bugbrother.blog.lemonde.fr/files/2009/04/hermessortezcouvert.1240345050.pdf