samedi 2 novembre 2013

Décroître ou être décru ? / To degrowth or to be degrowthed ?

Un pamphlet sur les décroissants. Instructif, quelques excès, et une conclusion pas nécessairement réjouissante.   


Christophe

Source : http://www.contrepoints.org/author/christian-laurut
Publié le dans Environnement


Les décroissants prosélytes sont certains d’atteindre le nirvana en détricotant tranquillement jour après jour l’écheveau du développement industriel. Ont-ils raison ?

Par Christian Laurut.

Christian Laurut

Le site de l'auteur

Christian Laurut, 66 ans, ESSEC, après avoir été chef d’entreprise dans des domaines aussi variés que l’agriculture biologique, l’économie sociale innovante, l’informatique et la formation passe de l’action à la réflexion à partir de 2009, en se consacrant à la rédaction d'essais d'économie prospective. Sa pensée relie la décroissance à la responsabilité individuelle et se fonde sur l’idée que l’opportunité historique de faire triompher le concept d’une société responsable va survenir lorsque le déclin inéluctable de la civilisation industrielle actuelle s’installera. Cette position est fondamentalement contradictoire avec toutes celles développées par les autres prospectivistes plus ou moins écologistes de la planète, qui ne voient de méthode acceptable de survie que dans une étatisation drastique et renforcée de la société, appuyée par une réglementation et une coercition implacable sur l’individu agissant. Ainsi, la croyance indéfectible en la vertu d’un État Tout Puissant, seul détenteur possible de la voie à suivre vers le Bien Commun est fermement contestée, et plus particulièrement le système capitaliste étatique qui est en train de livrer au regard des populations mondiales le triste spectacle de sa faillite historique, tant dans la bonne gestion de la dot terrestre, que dans celle de la liberté humaine. Ses ouvrages : "L'imposture écologiste", "Le déclin de la civilisation industrielle" , "Vers la société minarchiste", "À quoi sert l’État ?", "Vivement la décroissance ! (subie)", "Fondements de la doctrine et Projet de constitution minarchiste".




Les fidèles de la religion croissante jouissent d’une sérénité morale plus grande que les agnostiques des lendemains durables et plus grande encore que les zélateurs convaincus de la réduction de la voilure économique.  Pour ces derniers, les paradoxes se mêlent aux confusions et les incertitudes s’additionnent aux contradictions, si l’on excepte bien entendu les plus cyniques qui ont fait de ce thème devenu tendance un véritable fonds de commerce capitaliste.

La décroissance est un terme qui, pourtant, présente l’avantage d’être facilement compréhensible par tout un chacun, dans le sens où il signifie l’antithèse d’un concept archi-rabâché, rebattu, ressassé, seriné et présenté comme la condition « sine qua non » de l’accès au mode de vie idéal de la civilisation post-industrielle. Bref, la décroissance, tout le monde comprend grosso modo ce que cela veut dire, à savoir, la diminution globale du nombre de biens mis en circulation dans le circuit marchand, assorti d’une réduction plus importante, voire une disparition, des biens jugés inutiles, futiles, et superflus. Sur le fond, les gens ne sont pas hostiles à cette vision prospectiviste du devenir de leurs choses, mais dans la réalité immédiate (qui, se renouvelant chaque jour à l’identique, devient en fait une réalité durable), montrent qu’ils ont d’autres chats à fouetter ainsi que l’indique un récent sondage dans lequel 80% des personnes se disent convaincues qu’il faudra bientôt changer de mode de vie, mais seulement 20% se disent prêtes à en changer ! On ne peut donc pas dire qu’en ce qui concerne la configuration de l’avenir, la confiance règne… Mais de là à anticiper quoi que ce soit, il y a un précipice que la pratique du quotidien se charge de combler jour après jour. 

Reste tout de même 20% des sondés qui affichent une tranquillité paisible en l’avenir et qui croient dur comme le fer (qui va pourtant être épuisé aux environs de 2087) que le progrès technique va perdurer indéfiniment et venir pallier tous les assèchements. Ces derniers ont, en tous cas, le mérite de la cohérence intellectuelle et doivent être considérés avec respect car ils ont su mettre leur comportement en adéquation avec leurs convictions, ce qui est loin d’être le cas pour la plupart de ceux qui pataugent dans le marécage de l’idéologie décroissante.

À cette catégorie remarquable, il convient d’ajouter les « décroissants technocrates » (MM. Jancovici, Grandjean, Hulot & consorts) qui, bien que développant un discours situé aux antipodes de celui des croissants militants, alignent toutefois leur pensée sur leur activité professionnelle en dégageant une source de revenu substantiel d’un concept de résilience qui, habilement conçu et lancé d’un point de vue marketing, trouve un écho favorable auprès du marché, d’autant plus qu’il est adoubé par l’État complice.
Pour ces gens-là, la vie est un long fleuve générateur d’actions renouvelables, peu importe la couleur du business, qu’il soit bleu, blanc, rouge ou vert, pourvu qu’ils en retirent l’ivresse de la partie gauche du compte de résultat. Il nous faut donc les laisser en paix car il est désobligeant de déranger des gens qui travaillent, même si le socle de leur labeur nous disconvient. La tolérance est la première vertu de l’homme libre et responsable, la seconde étant de s’occuper de ses affaires sans se soucier de la cuisine d’autrui.

En réalité, le débat sur la Décroissance peut varier en fonction d’un certain nombre de paramètres qui, s’ils sont changés, retournent les questions en sens inverse. Prenons par exemple le paramètre « pourquoi » : ceux qui pensent que la décroissance doit s’installer parce que la croissance est néfaste à l’homme préconiseront nécessairement des actions inverses de ceux qui pensent qu’elle est inéluctable pour des raisons géologiques. Prenons ensuite le paramètre «  » : ceux qui pensent que la décroissance doit s’installer dans tous les secteurs d’activité préconiseront nécessairement des actions inverses de ceux qui pensent qu’elle ne doit s’appliquer que dans certains domaines. Prenons encore le paramètre « quand » : ceux qui pensent que la décroissance doit s’installer maintenant et tout de suite préconiseront nécessairement des actions inverses de ceux qui pensent qu’il faut profiter du bon temps avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, etc., etc.

Cette intéressante inversion du raisonnement imprègne même, et sans doute à leur corps défendant, certains idéologues parmi les plus sympathiques de la cause réductionniste. C’est ainsi que le journal La Décroissance, bréviaire mensuel des bobos en mal de déplétion, s’auto-intitule « le journal de la joie de vivre » et serine à longueur d’articles le slogan fédérateur « moins de biens plus de liens », sans se rendre compte qu’il enfonce des portes ouvertes d’un demi-siècle, car tout le monde sait bien depuis mai 68 qu’aller décroître dans une ferme du Larzac, c’est gagner le droit à la joie de vivre et que remplacer les soirées  TVfilms par des castagnades au feu de bois avec les paysans du coin, c’est « diminuer les biens et augmenter les liens ». Ce journal, ainsi que toute la mouvance déterministe qui l’entoure redécouvre donc l’eau chaude bucolique et le fil à couper le beurre artisanal que bien d’autres utilisent déjà depuis belle lurette. Leurs ritournelles réchauffées sur les méfaits de la société de consommation semblent issues d’une redécouverte tardive de Jean Baudrillard et témoignent du grand nombre d’omnibus précédents qu’ils n’ont pas dû prendre. Car nous n’avons pas attendu M. Ariès qui avait tout juste neuf ans quand les pavés volaient rue Gay Lussac, ni M. Cheynet qui en avait deux, pour nous expliquer comment vivre en marge de la société spectaculaire-marchande, bien que nous leur sachions gré d’y souscrire à retardement. Car notre civilisation industrielle n’est pas si tyrannique que cela avec les âmes bien nées et n’empêche aucun quidam de vivre sans gaspiller ni outre-consommer. De plus, et contrairement à l’axiome de cette catégorie de décroissants, il est manifeste que nombre de citoyens croissants cultivent une savoureuse joie de vivre et qu’ils tissent une multitude de liens, via notamment les réseaux sociaux, malgré leur sale manie de collectionner une foultitude de biens.

Tout comme les écologistes, ces décroissants flirtent dangereusement avec le péché de certitude dans un monde connu pourtant pour être fait du contraire, et gagneraient en vertu à s’appliquer leurs principes en priorité à eux-même (en prouvant notamment leur mode de vie frugal) plutôt que de vouloir l’imposer par force, ou même par un harcèlement persuasif, à des individus qui, non inversement, ne les obligent nullement à croître de concert avec eux.  En un mot ces gens-là aussi, tout comme leurs faux ennemis écologistes, sont tout près de croire qu’ils détiennent la Vérité-Sur-La-Terre et que ce sont les autres qui, comme dirait Sartre, les font vivre dans un enfer.

Les décroissants militants, idéologues, économistes, philosophes ou charlatans mercantiles toutes chapelles et sectes confondues s’accordent toutefois sur un point au moins, celui de conseiller à leur prochain d’économiser les ressources fossiles et minérales, ce qui tend à prouver qu’ils ont des notions à peu près acceptables en géologie, mais une vision particulièrement absconse de la géopolitique. Car pour ce qui concerne l’économie énergétique et métallique, tout dépend selon que vous soyez riche ou misérable, c’est-à-dire, pour le cas qui nous intéresse, selon que vous soyez membre de l’OPEP ou pas. Paradoxalement les pauvres, c’est-à-dire nous les Européens, n’ont pas de raison logique de rationner des denrées qu’ils ne possèdent pas mais peuvent acheter, dans le même temps où ceux qui les possèdent auraient intérêt à les faire durer pour assurer le devenir de leurs petits enfants. En termes clairs, pourquoi un Français économiserait-il le pétrole (pour d’autres raisons que purement budgétaire, comme toute autre denrée par ailleurs) alors que cette attitude ne ferait que libérer des quantités plus grandes pour ses co-terriens ? Un saoudien, par contre aurait tout intérêt à le faire soit afin d’assurer son avenir énergétique pour des centaines d’années, soit pour augmenter sa rente tout en diminuant ses quantités vendues, soit pour les deux raisons cumulées.

Nous voyons donc que, en tenant compte des contingences mondiales, la démarche de « frugalité dans un seul pays » n’est que l’expression actuelle d’une cécité régionaliste, tout comme le « socialisme dans  un seul pays », fut en son temps, une vision déformée de la cause communiste. Il est évident qu’hormis une entente mondiale sur le sujet (par ailleurs complètement inimaginable) toute  démarche partielle de décroissance volontaire ne ferait que libérer de la croissance pour le reste du monde, illustrant ainsi une application planétaire du bon vieux principe des vases communicants.

Ces envahissants appels à l’abstinence, diffèrent largement des innocentes trajectoires hippies en ce sens qu’ils portent en eux le germe détestable de la culpabilisation de l’autre et le ferment redoutable de l’ostracisme du comportement. Ces deux quêtes se situent également aux antipodes anthropologiques l’une de l’autre parce que celle soixante-huitarde ne prenait pas en compte la raréfaction prochaine des ressources terrestres alors que l’actuelle ne pense qu’à ça avec effroi. D’un côté il y avait un mouvement insouciant, tout entier tourné vers un plaisir qui naissait naturellement du rejet du mode de vie consumériste, de l’autre, il y a une mouvance schizophrénique qui s’agite la peur au ventre et tente de se persuader que d’éventuels efforts ingrats lui vaudront la Joie de Vivre, version païenne du Paradis sur Terre, sans en être toutefois totalement convaincu et éprouve donc le besoin de convertir un maximum d’ouailles pour ne pas avoir à faire ce délicat chemin tout seul.

Tout comme les scientifiques bâtisseurs de la croissance durable, les idéologues militants de la décroissance sont obsédés par la maîtrise de leur processus, et tout comme les scientifiques, il se trompent. Jamais dans l’histoire, l’homme n’est parvenu à maîtriser quelque processus que ce soit et n’a jamais réussi qu’à s’adapter à l’évolution des choses, et la plupart  du temps d’ailleurs avec talent, il faut bien le reconnaître. De même que les scientifiques illuminés sont certains de contrôler l’énergie atomique, de dompter l’hydrogène, de venir à bout de la fusion nucléaire, et, pourquoi pas de finir par gérer au quotidien le mouvement perpétuel, les décroissants prosélytes sont certains d’atteindre le nirvana en détricotant tranquillement jour après jour l’écheveau du développement industriel.

Outre que leurs préconisations sont pour la plupart dérisoires : promouvoir le covoiturage, faire durer son électroménager, réduire son forfait de téléphone portable, partir en vacances près de chez soi, manger un peu bio, etc. ce bridage ne semble pas susceptible d’enrayer la machine capitaliste marchande, tant il suscite peu d’écho au sein des populations majoritairement (et naturellement !) tournées vers le « toujours plus ». Cette idéologie de la contrainte sur soi, même pseudo-justifiée par une vision prémonitoire, n’est pas dans la nature humaine qui, inexorablement, est poussée vers  la croissance, telle le brin d’herbe qui jaillit vers le ciel, la fleur qui ouvre son pistil, ou l’oisillon qui s’élance dans les airs.

Ces douces utopies n’ont aucune chance de recueillir la moindre adhésion populaire, alors qu’un simple retard de 24 heures dans l’approvisionnement des stations services d’un pays développé serait de nature, lui, à créer un début de panique générale et un terrain révolutionnaire. Il est évident qu’il faudra attendre la « véritable » crise, c’est-à-dire celle de la déplétion fossile et minérale, et non pas la fausse crise spectaculaire-médiatique dont on nous rebat les oreilles, pour que l’individu de base soit confronté à l’obligation de décroître et, par conséquent de s’adapter à des données externes, ainsi qu’il l’a toujours fait et continuera à le faire. Aussi je m’associe à Jean Laherrère, ingénieur pétrolier membre fondateur de l’ASPO (Association for the Study of the Peak Oil) pour déclarer de façon résolument optimiste : « vivement la crise ! »

vendredi 1 novembre 2013

Arcelormittal, Ford Genk et bien d’autres… : vers une décroissance subie ou organisée ?/ Arcelormittal, Ford Genk and many others... : towards an undergone or an organized degrowth ?

Bonjour. Je travaille à mi-temps dans le secteur de l’éducation relative à l’environnement. Mes conditions de travail sont relativement bonnes et je voudrais que celles-ci soient partagées par le plus grand nombre.

Je milite pour l’objection de croissance : http://www.objecteursdecroissance.be/

Nous sommes un certain nombre de personnes à penser que le capitalisme n'est pas durable et qu’il ne peut pas être réformé dans le sens d’une plus grande justice sociale. Ce qui pose problème, c'est de s'accorder sur les solutions pour en sortir. Cela est d’autant plus difficile que nous sommes nombreux à faire partie, à différents niveaux, des rouages de ce système que nous dénonçons.

Arcelormittal, Ford Genk  et bien d’autres… Le constat : 

un patronat qui n’a de cesse d’augmenter ses gains de productivité : réduction de la « masse salariale », dégradation des conditions de travail, délocalisation… ; au niveau international, en perspective, une augmentation inéluctable du coût des matières premières et de l’énergie (raréfaction des ressources naturelles couplée à une demande croissante des pays émergents) ; au niveau national, une offre en situation de surproduction et une demande… décroissante.  

Les solutions :

A court terme, garantir le maintien de l’outil ainsi qu’un revenu aux travailleurs sont des revendications vitales. A long terme, s’en contenter est une erreur tactique lourde de conséquences : elles ne remettent pas en cause le système. Et dans ce système, si on envisage le pire, on peut penser que les  travailleurs seront lâchés tôt ou tard. 

Racheter l’outil avec les deniers publics ? Encore faut-il qu’il soit à vendre, ce qui n’est manifestement pas le cas. Mais « admettons » qu’il le soit… Encore faut-il en avoir les moyens. Certes, les pouvoirs publics les ont eus pour les banques mais on devine que ce n’est pas une solution durable. Et à supposer que ces moyens soient encore disponibles, il faudrait, dans un souci d’équité, les avoir pour tous les secteurs en difficulté. Or, combien de temps est-il  possible de maintenir toute une économie sous perfusion ? Combien de temps ce système fou de l'argent-dette peut-il tenir ? 

Réquisitionner l’outil ? Nationaliser l’économie ? On peut remettre en cause, au moins de façon partielle, la propriété des moyens de production. Mais la propriété privée a encore des beaux jours devant elle et…  je ne suis pas sûr que l’humanisme et l’intelligence soient le fait exclusif ou systématique des « gestionnaires » publics.

Que faire pour combattre le sentiment d’impuissance ?

Se mettre en marche à tous les niveaux : individuel, collectif et politique. Choisir le ou les niveaux  où l’on se sent le plus efficace pour agir. Les travailleurs doivent non seulement défendre leur emploi mais ils doivent aussi trouver une issue de secours qui puisse devenir une vraie alternative : seuls ou collectivement, ils peuvent se reconvertir, se projeter dans un nouveau métier, se former (les filières sont multiples), apprendre à s’autogérer ; ils peuvent aussi s’impliquer activement et massivement dans un syndicat, un parti  ou un mouvement politique de leur choix pour faire avancer leurs idées. Ces démarches exigent des efforts et de la créativité. « Créer c’est résister. Résister, c’est créer. »  Stéphane Hessel… résistant. 

Malgré mes origines sociales « favorables », deux parents professeurs, je n’ai pas été dispensé de faire des efforts… Et je ne dispose pas de la recette du bonheur.  Chacun, ou presque, peut progresser à son rythme, dans les conditions qui sont les siennes.

Cela n’exclut évidemment pas le maintien et l’amélioration des mécanismes de solidarité.

Notre système de croissance n’a jamais été capable de créer des emplois stables et de qualité - respectant le travailleur et son environnement - pour le plus grand nombre.

Faut-il attendre l’aggravation et l’extension de la catastrophe sociale ou écologique pour se mettre en marche ? Faut-il attendre que l’on se tape à nouveau dessus ? 

« Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas »,  André Malraux.


Christophe

                                                        ********

Dans le prolongement de cette réflexion….Quelques extraits (résumés) du livre de Bayon Denis, Flipo Fabrice, Schneider François, « La décroissance. 10 questions pour comprendre et en débattre », Editions La Découverte, Paris, 2010, 236p.


« (…) La destruction massive du travail vivant dans nos sociétés occidentales est le résultat direct du développement économique qui repose sur la croissance de la productivité et le remplacement du travail vivant par les machines. Les gains inouïs en termes de productivité du travail conduisent à une destruction massive du travail humain et à une dégradation de sa qualité et de son efficacité écologique.


Une société de décroissance qui bannirait des techniques de production socialement et écologiquement nuisibles aurait vraisemblablement recourt, de façon massive, au travail humain.


Que les syndicalistes se rassurent. Cela concernerait notamment :


- les domaines du transport (collectif),
- de l’énergie (renouvelable),
- de l’habitat (isolation),
- de l’agriculture (petites exploitations en agriculture biologique).

[Petit ajout à ce résumé... "Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, 
Olivier De Schutter 
Résumé 
Le réinvestissement dans l’agriculture, suscité par la crise des prix alimentaires de 2008, 
est essentiel pour la réalisation concrète du droit à l’alimentation. Cela étant, dans un contexte 
de crise écologique, alimentaire et énergétique, la question la plus urgente aujourd’hui, lorsqu’il 
s’agit de réinvestir dans l’agriculture, n’est pas de savoir combien mais comment. Le présent 
rapport étudie la manière dont les États peuvent et doivent réorienter leurs systèmes agricoles 
vers des modes de production hautement productifs, hautement durables et qui contribuent à la 
réalisation progressive du droit fondamental à une alimentation suffisante. 
S’appuyant sur un examen approfondi des publications scientifiques qui ont vu le jour 
au cours des cinq dernières années, le Rapporteur spécial présente l’agroécologie comme un 
mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels solides 
avec le droit à l’alimentation mais qui a aussi produit des résultats avérés, permettant 
d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de 
nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements. L’agroécologie offre 
en outre des avantages qui peuvent compléter ceux qui découlent de méthodes 
conventionnelles mieux connues comme la culture de variétés à haut rendement. De plus, elle 
contribue de manière importante au développement économique dans son ensemble. 
Le présent rapport défend l’idée que la transposition de ces expériences à une plus 
grande échelle est le principal défi à relever aujourd’hui. Des politiques publiques adéquates 
peuvent créer des conditions propices à de tels modes de production durables. Il s’agit 
notamment, en matière de dépenses publiques, de donner la priorité à l’acquisition de biens 
publics plutôt que de se borner à subventionner les intrants, d’investir dans les connaissances 
en réinvestissant dans la recherche agricole et les services de vulgarisation, d’investir dans 
des formes d’organisation sociale qui encouragent les partenariats, notamment la création de 
réseaux d’innovation reliant des fermes-écoles et des organisations d’agriculteurs, 
d’autonomiser les femmes et de créer un environnement macroéconomique favorable, 
notamment en reliant les exploitations agricoles durables à des marchés équitables. "
Source : 

Contrairement à la « Relance verte », la décroissance [organisée] s’opérerait :


- par une importante relocalisation des activités. Celle-ci ne serait évidemment pas totale : aucun objecteur de croissance ne vise une quelconque « autarcie », laquelle n’a d’ailleurs jamais existé;
- en substituant le travail au capital;
- en diminuant fortement la consommation finale des ménages et des administrations, ce qui pousserait à une réduction des besoins en travail;
- en proposant des conditions de mise au travail plus démocratique : partage du temps de travail, de la pénibilité des tâches, remise en cause de la propriété du capital; et une réelle réflexion sur la qualité et la finalité du travail, réflexion qui fait particulièrement défaut actuellement.  


(…)


Le marxisme traditionnel entend abolir la valeur d’échange pour restaurer la valeur d’usage mais il ne précise pas ce qu’il entend par valeur d’usage. La valeur d’usage, c’est ce à quoi la marchandise peut servir;  la valeur d’échange, c’est-ce contre quoi la marchandise peut être échangée. Dans les faits,


- soit il soutient explicitement des valeurs d’usage « modernes » tels que la voiture… qu’il perçoit comme des progrès;


- soit il soutient des valeurs d’usage revendiquées par les mouvements écologistes tels que [les transports en commun] tout en soutenant les valeurs d’usage « modernes »… Mais sans vraiment se demander si les unes sont compatibles avec les autres. Cette seconde vision est le fait de courants minoritaires tels que l’écosocialisme.


Pour de nombreux objecteurs de croissance, l’objectif est la décroissance des échanges marchands. Cette décroissance doit permettre de dégager du temps libre pour faire de l’expérimentation sociale : monnaies locales, Système d’Echange Local,  autoproduction, etc. (…) »



Guerres, famines, pic du pétrole, nucléaire, biodiversité, réchauffement climatique, élections... J'y pense et puis j'oublie/ Wars, famines, peak oil, nuclear power, biodiversity, global warming, elections... I'm thinking about it and then I'm forgetting







L’article que je vous propose ici a été rédigé par Paul Ariès, journaliste, écrivain et objecteur de croissance français :
Ariès Paul, J’y pense et puis j’oublie…, in La Décroissance – Le journal de la joie de vivre, n°60, juin 2009.
Cet article a été publié en 2009. Il est plus que jamais d’actualité. Il m’a fortement impressionné.
Son auteur nous parle, sans langue de bois, des difficultés que les individus et les sociétés peuvent rencontrer pour sortir d’une situation de crise.
Je vous livre ici les idées principales.  
En introduction à ce résumé d'article, et à travers l'extrait qui suit, je souhaite vous faire part de l'esprit dans lequel je vis et je relaye les idées liées à la décroissance :
 « (...) Les idées sont faites pour être vécues. Si nous ne sommes pas capables de les mettre en pratique, elles n'auront pour seules fonctions que de faire vibrer nos ego (...) si nous ne cherchons pas à tendre vers cette recherche de cohérence, nous serons réduits à nous apitoyer très hypocritement sur les conséquences de nos propres modes de vie. Evidemment, il n'est pas de mode de vie « pur » sur la Terre. Nous sommes tous dans le compromis et c'est bien ainsi. »

Source : http://www.decroissance.info/IMG/pdf/decroissance.pdf

Christophe

Résumé de l'article :

J'y pense

« j'y pense et puis j'oublie » est une façon d'être qui caractérise au mieux l'état d'âme de milliards d'êtres humains, dont celui de nos dirigeants, face à la catastrophe écologique majeure qui menace et dont les preuves s'accumulent.
Les médias nous inondent d'émissions relatives à cette crise. Il nous sera difficile d'expliquer à nos enfants et à nos petits-enfants qu'on ne savait pas.
Le rapport STERN sur l'économie du changement climatique estime qu'en 2050, le coût de la crise climatique serait celui du coût cumulé de la seconde guerre mondiale et de la crise de 1929.
John Beddington, directeur du conseil scientifique du gouvernement britannique, estime que nos réserves alimentaires n’ont jamais été aussi basses depuis 50 ans. Il conseille d’acheter un lopin de terre à nos enfants.
Selon le dernier rapport du GIEC, on attend une augmentation de la température de 1,4 à 5,8 degrés d'ici à la fin du 21ème siècle. Le risque d’un emballement climatique est une réalité.
En 2050, nous ne pourrons pas être 8 milliards d'êtres humains à rouler en voiture, à manger de la viande, à communiquer avec internet ou un gsm.

 ... et puis j'oublie

Nous avons tous nos petits arrangements avec la réalité en fonction de nos propres intérêts. On oublie la crise environnementale  lorsque, pour résister à l’exploitation économique, on se contente de revendiquer la défense du pouvoir d’achat ou la défense de n’importe quel emploi.
Nous ne croyons pas ce que nous savons lorsque cette vérité est incroyable. Le déni d'une vérité menaçante constitue un mécanisme de défense. Les individus et les collectivités sont pris de panique face à tout ce qui semble trop grave et définitif, face à tout ce qui dépasse leur imaginaire.
Nous avons tellement fourni d'efforts pour obtenir une petite place dans ce monde barbare que reconnaître cette barbarie nous obligerait à douter de notre propre intégrité.
La rectification des idées acquises est toujours plus difficile que l’apprentissage d’idées nouvelles.
Les drogués du travail et de la consommation ont dû mal à remettre en question les valeurs productivistes et consuméristes qui leur ont été enseignées à l'école ou en famille.
Au cours de sa vie, l’individu est parfois amené à gérer des « dissonances cognitives» : lorsqu'il est confronté à deux « vérités » contradictoires,  il en résulte un état de tension (=la dissonance cognitive). Pour éliminer celui-ci, l'individu va mettre en œuvre  des stratégies inconscientes.
Dans les sociétés, aujourd'hui comme autrefois, les porteurs de mauvaises nouvelles, ceux qui alertent, sont traités comme des boucs émissaires qu'il convient d'expulser dans un désert. C'est ainsi que, la plupart du temps, les thèses des objecteurs de croissance sont ignorées ou déformées par les médias. Les objecteurs sont aussi psychiatrisés ou servent de faire-valoir des « gens sérieux ».
On refoule d'autant plus facilement la vérité lorsque la modernité réveille le fantasme d'un monde sans limites ou le culte de la toute-puissance.

Le déni partiel

Nous sommes nombreux à savoir ce que nous savons mais c'est pour discuter davantage des détails que de l'essentiel. Exemple : ce réchauffement est-il aussi important qu'on l'affirme?
Nous pouvons cultiver une foi béate dans le progrès : les technologies vont nous permettre de consommer et de produire toujours plus tout en préservant notre environnement.
On ne refoule plus, on bricole. Les capitalistes, les syndicats, les consommateurs s'inventent toutes les meilleures raisons d'y croire encore. Toutes les idées sont bonnes à prendre pourvu qu'elles ne remettent pas en cause le système.
Le déni partiel est le moteur parfait pour trouver des faux remèdes avec, en plus, la bonne conscience.  Ne pas croire ce que l’on sait est une manière d’entretenir cette bonne conscience tout en continuant à détruire la planète. Ne pas croire ce qu’on l’on sait, c’est plus facile que de reconnaître le fait que l’on s’est fait avoir.

La mauvaise foi

Il y a la mauvaise foi que l'on pratique sans y penser et celle que l'on pratique en toute conscience. Par exemple, je dénonce l'alimentation carnée avant de dévorer une entrecôte.
Il y a la mauvaise foi d'un certain nombre de militants d'extrême gauche : pourquoi faire des efforts si les « gros » ne s'y mettent pas ?
Il y a aussi la mauvaise foi de nos élus qui expliquent que si on consomme et si on produit moins, le nombre de chômeurs va augmenter. Les objecteurs de croissance partagent ce constat mais pas les solutions.

L'impuissance

On oublie ce qu'on sait parce qu'on se sent impuissant.  Que faire pour changer le monde ?
On ne peut combattre ce sentiment d'impuissance qu'en se mettant en marche. Les objecteurs de croissance, qui ne sont pas épargnés par les divisions internes, cesseront de refouler ce qu'ils savent le jour où ils seront capables d'agir.
Il est fort possible que l'histoire donne raison à Serge Latouche et à sa pédagogie de la catastrophe mais cela n'exclut pas de préférer la pédagogie politique.

[Nb : la pédagogie de la catastrophe, c’est l'apprentissage... par la catastrophe. Cette pédagogie ne constitue évidemment pas un idéal; elle part du constat malheureux qu'une collectivité ne peut sortir d'une crise importante que dans une situation catastrophique; elle ne vise pas une catastrophe qui détruirait toute vie sur terre mais plutôt celle qui serait suffisamment importante pour mobiliser la population et provoquer le changement nécessaire.]

Il faut cultiver l'optimisme : la décroissance est un projet désirable.

Au secours les citoyens !

Les objecteurs de croissance doivent-ils s'organiser de façon autonome (pour mieux cultiver leurs différences) ou rejoindre des mouvements existants pour y faire grandir leur sensibilité  (au risque de se faire absorber et neutraliser)? Ce choix s'impose à chaque objecteur s'il ne veut pas oublier ce qu'il sait.

Petit supplément à ce résumé d'article...

" (...) Le risque de troubles sociaux et de révoltes suite à une baisse de l'économie motivera de plus en plus de politiciens à faire le pari de la guerre pour pouvoir, au moins, garantir l'approvisionnement en ressources. Guerre qui a, de toute évidence, déjà commencé. Il est difficile de prévoir les conflits futurs, notamment lorsque tant d'opérations spéciales ou sous faux drapeau interdisent de savoir avec certitude qui fait quoi et qui combat qui. Guerre maquillée sous un fard de droit-de-l'hommisme...Il faut les bombarder pour leur apporter la démocratie, les tuer pour leur bien, occuper leur pays pour les libérer de leurs dictateurs. Ca paraît hypocrite comme ça, au début, surtout lorsqu'on remarque qu'il n'y a jamais d'interventions militaires là où il n'y a pas de ressources - pétrole en tête. Qui sait, peut-être qu'un jour le masque hypocrite pétri de novlangue tombera ? On partira alors en guerre avec le courage d'en déclarer le but : le vol. 

Ces guerres sont de plus en plus futiles, car non seulement elles consommeront des ressources, mais risqueront de détruire les moyens de production. Tout comme le drogué qui cambriole la vitrine d'une pharmacie en s'emparant de toutes les choses qui lui tombent sous la main sans faire de distinction, ces guerres ressembleront de plus en plus à des actes désespérés. Le risque d'embrasement et d'extension de tels conflits est majeur. Surtout lorsque des pays comme les Etats-Unis, vont entrer en collision avec les intérêts stratégiques des nouvelles puissances comme la Chine et la Russie. Ces conflits pourraient être non pas la troisième guerre mondiale, mais la dernière guerre mondiale ! 

En fait, les guerres pour les ressources sont une forme de déni : si nos efforts ne donnent pas de résultats, si nous ne voulons pas changer nos modes de vie, il nous reste toujours la guerre ! Ah, si seulement on pouvait gagner cette guerre, le pétrole recommencera à jaillir du sol et on pourra continuer à utiliser notre voiture ! Si seulement on pouvait avoir encore un peu plus de ressources, un peu plus longtemps, on pourra poursuivre quelque temps notre mode de vie actuel, histoire d'attendre le miracles des technologies qui nous sauvera ! (...) " 

San Giorgio Piero, "Survivre à l'effondrement économique - manuel pratique", Le Retour aux Sources éditeur, Aube, 2011.




L'effondrement de notre civilisation n'est pas une hypothèse absurde. On peut décider de traiter celle-ci de différentes manières :
« Quand vous êtes confronté à une crise inexorable, menaçante, comme l'ont été les passagers du Titanic... et que vous êtes au courant avant les autres que le navire va couler... et qu'il n'y a pas assez de canots de sauvetage... et vous savez construire des canots de sauvetage... et vous essayez de faire quelque chose dans le temps restant avant le naufrage... vous risquez de rencontrer trois types de passagers :
– vous allez rencontrer un type qui est celui de l'animal paralysé par la panique : « Le bateau est touché ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Je fais quoi ? Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller. Je dois faire ça ? Je ne sais pas. »
– il y a un second groupe qui dit : « On a compris que le bateau va couler. On a compris qu'on va tous mourir si on ne construit pas rapidement des canots de sauvetage. Montrez-moi comment faire. »
– et vous avez un troisième groupe qui dit : « Ceci est le Titanic. Absolument insubmersible. Foutrement insubmersible. Alors on va retourner au bar prendre un verre, et vous les prophètes de malheur, vous pouvez aller vous faire f... »
Si vous êtes celui qui sait construire des canots de sauvetage, quel groupe allez-vous aider ? » Michael C. Ruppert, citoyen américain.
Pour en savoir plus sur la réflexion de Michael, cette vidéo d'une quinzaine de minutes...

http://www.youtube.com/watch?v=2NDCI3UnLic&t=3s





jeudi 31 octobre 2013

Fasciste!.. vous avez dit fasciste ? / Fascist !... Did you say fascist ?

Nouvelle loi en Grèce: les opposants à l’UE risquent  désormais deux ans de prison !
Un triste sort attend désormais les citoyens grecs qui ne sont pas d’accord avec les structures, les institutions, les représentants, les mesures ou les instruments de l’Union européenne.
Depuis le jeudi 24 Octobre, le Code pénal hellène a introduit l’article 458, qui est une mesure relative à la « violation du droit communautaire », dans lequel il est prévu un emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans pour les citoyens qui agissent contre les structures européennes, mais aussi, pour ceux qui protestent ou expriment un désaccord comme l’opposition aux sanctions. Deux ans de prisons aussi pour ceux qui vont à l’encontre des gouvernements et des représentants de l’UE.
Vous l‘aurez compris, toute personne qui entrave la politique de l’UE risque la prison !
Après les 2 millions d’euros dépensés par le Parlement européen pour bloquer les blogs, sites web et autres affiches eurosceptiques, aujourd’hui, en Grèce, pour pouvoir s’exprimer librement, il faut ne pas avoir peur de passer derrière les barreaux.
La liberté d’expression est donc morte, et avec… la démocratie, puisque avec cet article, c’est l’ensemble des grecs qui est visé, et pas seulement les opposants politiques.
C’est confirmé, l’UE est une dictature…
Aux citoyens des autres pays d’Europe, préparez-vous, parce que l’Union Européenne n’existe pas pour vous, elle vous combat, dans un unique but financier.

mercredi 30 octobre 2013

Le premier ministre anglais Cameron menace les médias anglais de représailles s’ils continuent à publier les révélations de Snowden/The prime minister Cameron threatens reprisals against the English media if they continue to make public the Snowden's revelations

Source :  http://lesmoutonsenrages.fr/2013/10/29/le-premier-ministre-anglais-cameron-menace-les-medias-anglais-de-represailles-sils-continuent-a-publier-les-revelations-de-snowden/

Le premier ministre anglais Cameron menace les médias anglais de représailles s’ils continuent à publier les révélations de Snowden

Il n’en faut pas plus pour annoncer la fin réelle de la liberté de la presse en Angleterre! La destruction des disques durs saisis au Guardian n’a pas suffit, les médias anglais doivent cesser de relayer les révélations de Snowden sous peine de représailles… Il reste quand même une bonne nouvelle: les sites et blogs seront beaucoup plus difficiles à bâillonner… ;)
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On devrait regarder davantage du côté de la Grande-Bretagne, et pas seulement pour les baptêmes princiers. Voilà que le premier ministre David Cameron y menace directement la presse. Pour endiguer le flot des révélations Snowden sur l’espionnage américain, il a tout essayé. Il a envoyé des émissaires au Guardian pour faire détruire des disques durs. Des sources sécuritaires britanniques ont intoxiqué quelques autres journaux britanniques, pour tenter de soulever une campagne d’opinion contre le Guardian.
Mais le Guardian persiste à publier des révélations sur l’espionnage américain, issues des documents Snowden. Cameron est donc passé à la vitesse supérieure :
« Je ne veux pas avoir à utiliser des injonctions [...] ou d’autres mesures plus dures. Je préfère de loin en appeler au sens de la responsabilité sociale des journaux. Mais s’ils ne font pas preuve de responsabilité sociale, il sera très difficile pour le gouvernement de rester passif et de ne pas agir. »

On pensait la censure étatique loin derrière

On croyait, pour la presse, dans les pays dits démocratiques, ce combat-là au moins gagné. On la voyait certes menacée par le conformisme, le sensationnalisme, les pressions des annonceurs, la peur de son ombre, les problèmes de distribution. Mais, sur le plan de la censure étatique, on croyait ce combat, en temps de paix, derrière elle.
En suscitant chez Cameron, le plus pro-américain des chefs de gouvernements européens – et qui vient encore de le montrer en torpillant les velléités européennes de protection des données – des menaces de temps de guerre, l’affaire Snowden est peut-être en train de nous faire revenir en arrière, et dans un contexte où la presse traditionnelle a perdu son monopole de l’information. Qui sait si l’on n’est pas à la veille d’un schisme majeur, entre la presse qui se pliera aux injonctions d’Etat, et celle qui s’en affranchira ?

Ne pas se soucier de ménager un Etat

On peut aussi voir dans les injonctions de Cameron des moulinets sans lendemain, pour donner des gages à Obama. Peut-être. Mais à un moment, Cameron ne sera-t-il pas prisonnier de ses menaces, et obligé de passer à l’acte ? Est-ce à dire que la presse doit rester sourde à toute considération de raison d’Etat ? Est-ce à dire qu’elle peut, pour vendre du papier, ou faire du clic, mettre en danger la vie des soldats ou celle des citoyens en fournissant des informations à l’ennemi ?
C’est une des questions les plus terribles qui puissent se poser à un directeur de journal, et à laquelle il n’est pas d’autre réponse que celle-ci : la liberté de publier étant la règle, et l’autocensure l’exception, la définition de ces exceptions appartient à la presse, et à elle seule.
Pas davantage qu’hier au moment de publier des documents WikiLeaks (nous y avions notamment consacré une émission, dans laquelle Hubert Védrine – « La transparence illimitée, c’est la Chine de Mao » – s’était fait l’avocat de la raison d’Etat), le journaliste, au moment de publier des documents Snowden, ne doit se soucier de ménager un Etat qui n’aura pas su protéger ses propres secrets. Chacun son job.
Source: rue89.com

lundi 28 octobre 2013

La philanthropie : une police d’assurance pour les multinationales / Philanthropy: The Corpocracy’s Insurance Policy


28 octobre 2013




Ces ONG qui sont-elles et que font-elles réellement ? Souhaitant mettre en question les privilèges des multinationales, Gary Brumback décide de contacter plusieurs ONG pour obtenir leur soutien. Sur 176 ONG contactées, aucune réponse probante. Il décide dès lors de mener l’enquête pour en apprendre plus sur le secteur. Des financements qui semblent parfois douteux, des dirigeants d’entreprises dans les conseils d’administration ou encore des gens de l’élite du pouvoir américain, des missions floues et une impossibilité d’évaluer les résultats... Une partie du secteur non-lucratif semble être faite de faux-semblants !

Au commencement

Tout a commencé il y a quelques années avec la publication de The Devil’s Marriage (Le Mariage du Diable). Une œuvre en deux parties, l’une racontant comment la corpocratie dirige et ruine l’Amérique et la majorité du reste du monde, l’autre présentant 180 initiatives proposées pour mettre un terme au règne tyrannique et prodigue de la corpocratie. Ces initiatives étaient regroupées en sept catégories selon leur objectif de réforme stratégique :
(1) informer le public, des étudiants aux seniors, à propos de la corpocratie ;
(2) mobiliser et organiser l’opposition à la corpocratie ;
(3) réformer le système politique ;
(4) mettre au jour les bases légales de la corpocratie (par exemple la personnalité juridique des entreprises) ;
(5) mettre fin aux guerres et aux passe-droits financiers des entreprises ;
(6) rendre les entreprises responsables de leurs actes et de leurs conséquences ; et,
(7) mettre fin au capitalisme anti-démocratique.

Le cœur de la seconde partie du livre est ce que j’appelle à présent le « pouvoir démocratique à deux poings » pour mettre KO, au figuré, la copocratie. Un poing serait une coalition de nombreux segments de notre société (par ex. les groupements actifs de citoyens) qui fournirait la pression politique en appui d’un plan coordonné de réformes stratégiques qui seraient mises en œuvre par l’autre poing, un réseau en ligne de nombreuses ONG qui prétendent chercher à changer le status quo contrôlé par la corpocratie, mais qui n’unissent pas leurs efforts et ne changent clairement pas le statu quo. J’ai alors proposé dans ce livre la création d’un réseau que j’ai appelé la Chambre de la Démocratie des États-Unis comme contrepartie à l’un des alliés les plus fidèles de la corpocratie, la Chambre du Commerce des États-Unis.

Le livre a provoqué des soutiens enflammés, dont un en particulier m’a encouragé à commencer cette odyssée : « Les ONG combattent la Corpocratie une entreprise à la fois depuis 30 ans… et perdent. Brumback nous explique pourquoi, nous donne un plan de bataille, et nous met au défi d’unir nos forces pour reprendre notre démocratie en main. C’est le défi américain principal du 21e siècle. La Corpocratie ne peut durer plus longtemps. Ne vous contentez pas de lire ce livre. Agissez. Maintenant ! ».

J’ai alors décidé d’envoyer des courriels à un certain nombre d’ONG pour voir si je pouvais les persuader de créer et de gérer un tel réseau.

Voici quelques exemples de mes courriels-types :

La vérité nue en la matière est que nous faisons face à des entreprises corrompues et des politiciens véreux. Et c’est pourquoi je vous écris au sujet d’une idée dont j’espère qu’elle sera considérée sérieusement par votre organisation.

Je suis à la recherche d’organisations qui cherchent véritablement à mettre un terme au pouvoir de la corpocratie mais qui sont pour la plupart déconnectées les unes des autres, principalement concentrées sur des problèmes précis plutôt que sur des objectifs de réformes stratégiques de grande ampleur, aux ressources limitées et qui n’ont pas obtenu un soutien populaire assez massif pour mener à bien leurs initiatives.

Ce qu’un tel réseau en ligne d’organisations accomplirait et ce à quoi il ressemblerait est illustré sur le site Democracy Power Page. J’insiste sur le fait que ce n’est qu’une illustration.

Le réseau prendrait ses propres décisions. Je veux également souligner qu’être membre de ce réseau n’est pas destiné à compromettre l’existence, l’histoire, les ressources et les objectifs des membres du réseau.

Lorsqu’un nombre suffisant de soutiens aura été obtenu, cette liste sera envoyée à ceux qui en font partie. Il leur sera offert de rester sur cette liste pour le moment ou de s’en retirer. La liste sera ensuite envoyée aux donateurs potentiels à qui sera demandé s’ils envisageraient de financer le démarrage et l’action initiale du réseau, avec la possibilité de continuer à le financer. Selon la réponse positive des donateurs, ceux parmi la liste qui sont prêts à former le nouveau réseau l’organiseraient et le développeraient et soumettraient un plan d’initiatives réformatrices pour financement éventuel.

Puis-je ajouter votre organisation à cette liste ? Simplement y apparaître, montre votre soutien à l’idée et ne vous lie à aucune action future même si un financement externe devenait disponible. Je ne demande rien de plus que votre soutien à cette idée, un geste qui montre que vous n’y êtes pas opposé et qui ne vous coûte rien.


Notez qu’une séquence de multiples étapes était proposée, le soutien à l’idée étant la première d’entre elles. Je ne demandais, en d’autres termes, aucun engagement de leur part au-delà de cette étape.
J’ai soigneusement établi une longue liste d’ONG qui paraissaient importantes dans leur domaine. J’ai doucement commencé à contacter certaines d’entre elles en espérant susciter de l’émulation en cours de route pour pouvoir montrer à de futurs contacts que la liste était en train de s’allonger.

Rapport à mi-parcours : aucun progrès

Vers la moitié de cette aventure, j’ai écrit un rapport de mes « progrès » en expliquant aux lecteurs que je n’avançais pas plus que si je courais sur place. J’ai inclus dans ce rapport mon évaluation subjective des accomplissements de deux ONG. Cette évaluation ne diffère pas de celle que je ferai brièvement de toutes les ONG contactées.
J’ai ressenti à mi-parcours que l’aventure s’avèrerait probablement vaine. Mais j’ai décidé de continuer à contacter les ONG qui restaient sur ma liste. J’avais commencé à lire des ouvrages sur les œuvres de bienfaisance et le secteur à but non lucratif, complexe économique dont je n’avais même pas entendu parler lorsque j’avais débuté cette entreprise. Je me demandais si ce complexe existait vraiment.

La fin

Je me suis arrêté après que toutes les 176 ONG sur ma liste eurent été contactées, la plupart à deux reprises ou plus et quelques rappels. Cinq oui ; cinq de plus que zéro ont accepté l’idée. Des autres, 32 ont décliné (généralement via des justifications mielleuses) et 139 n’ont pas répondu ou ont tergiversé et jamais décidé. Si j’avais seulement pu obtenir cent réponses enthousiastes de plus comme celle-ci, du fondateur d’une ONG :

« Salut Gary, tout ce que j’ai lu me semble positif. Je suis à fond pour qu’on s’en prenne à la corpocratie. Vous avez mon soutien. Quel est ton numéro de téléphone ? Peace, XX. »

Autopsie : profil du complexe

Alors que j’avais misérablement échoué à obtenir le soutien d’un nombre substantiel d’ONG, j’avais réussi à me démontrer en tout cas que j’avais eu affaire au complexe. J’ai décidé de le tester un peu pour en apprendre plus sur son financement, ses ressources humaines, ses activités et ses résultats (je vais partir du principe que les cinq ONG participantes sont à mille lieues de ce complexe).

  • Missions des ONG

Sur chaque site Internet d’ONG apparaît une espèce de déclaration de sa mission. En voici un petit échantillon :

arrêter et faire faire machine arrière au terrible programme de guerre, de répression et de théocratie. Protéger et faire avancer les droits garantis par la Constitution américaine et la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Améliorer la démocratie en révélant les abus de pouvoir, la corruption et la trahison de la confiance par de puissantes institutions privées et publiques. Construire une nouvelle économie qui met l’emphase sur le bien-être des gens et de la planète. Donner aux peuples de partout le pouvoir de susciter le changement auquel ils veulent assister. Mettre un terme aux violences domestiques. Faire avancer la cause de la justice pour tous les Américains, renforcer l’aptitude des communautés d’intérêt public à influencer les politiques publiques, et permettre l’éclosion de la prochaine génération d’avocats. Susciter le bien-être économique et social, la sécurité et les opportunités pour tous les américains. Défendre un système international plus ouvert, plus sûr, plus prospère et plus coopératif. Améliorer la vie des Américains à travers des idées et des actions. Modérer les abus des entreprises et les rendre publiquement responsables. Mettre un terme aux droits des entreprises qui détruisent l’environnement, notre avenir et la démocratie. Mettre un terme à l’industrie nucléaire. Transformer nos élections pour accéder sans limites et sans fraudes à la participation, à un spectre complet de choix sensés et à la règle de la majorité avec une représentation juste et une voix pour chacun. Construire un environnement plus propre et meilleur pour la santé et un monde plus sûr. Inspirer, rendre puissant, motiver et enseigner une participation citoyenne qui aurait un impact. Aider à construire un mouvement citoyen qu’on ne peut arrêter, qui exige et propose des réformes durables. Mettre en œuvre des réformes structurelles à long terme. Développer des leaders progressifs.

Quelle liste de faux-semblants ! Si ces ONG s’attendaient vraiment à accomplir leurs missions ils se fixeraient des « objectifs élevés ». Parmi de nombreuses autres choses, ceux-ci seraient clairs et spécifiques, traçables et appréciables, difficiles mais atteignables. Je n’ai trouvé qu’une poignée d’ONG qui allaient au-delà de leur déclaration de mission pour décrire leurs objectifs et pas une seule ne s’approchait d’un objectif élevé. Si ces ONG représentent en effet le complexe, leurs missions ne correspondent pas à leurs véritables objectifs car s’ils devaient les atteindre, la corpocratie n’existerait plus, tout comme les ONG. Le véritable but semble être de juste exister et montrer un peu d’activité. Même si ce n’était pas le cas, soit les ONG se rendent compte qu’ils n’ont pas la capacité, divisées comme elles le sont, de mener à bien leurs missions dans cette vie, à moins de se faire d’énormes illusions.

  • Financement des ONG

Se pencher sur l’état du financement des ONG et faire quelques calculs, comme l’extrapolation avec les ONG pour lesquelles aucune donnée n’est disponible et la prise en compte de l’inflation, j’estime que les 176 ONG manipulent à peu près 1,4 milliard de dollars et ceci ne prend pas en compte tous les avoirs qui n’étaient souvent pas librement consultables. Une estimation peut-être au rabais. Le montant médian est d’environ 1,4 million de dollars par ONG mais 19 d’entre elles pèsent 10 millions de dollars ou plus et quatre d’entre elles plus de 100 millions de dollars chacune.

Alors que les ONG sollicitent et acceptent les donations individuelles, le principe des membres et dans certains cas les revenus de marchandise principalement promotionnelle, la plus grande partie du financement passe par un cordon ombilical de bourses gouvernementales et/ou de donations de fondations, et dans certains cas, aussi directement de la part d’entreprises, dont certaines devraient être en prison. Ce qui permet cela est l’exemption d’impôts offerte par le gouvernement aux donateurs et aux ONG.

Collectivement, les ONG que j’ai contactées ont les moyens financiers de s’associer et mettre en place un réseau sans financement additionnel, mais ils sont sous le joug de ce cordon ombilical. Ils perdraient probablement immédiatement ce financement s’ils s’unissaient et commençaient à demander de vraies réformes.

  • La longévité des ONG

Une fois lancées, les ONG parviennent à durer en ne secouant pas l’état des choses. Quelques-unes ont plus de 40 ans, et une a près de 100 ans.

  • Alliances et partenariats des ONG

L’absence d’unité entre les ONG, comme soulignée dans mon livre, est toujours d’actualité. Une minorité des ONG contactées veulent décupler leurs efforts en formant des alliances ou partenariats avec d’autres ONG et organisations. Mais les liens se font essentiellement entre organisations qui ont des missions similaires et je n’ai pas trouvé de cas significatif de grande alliance regroupant plusieurs missions. Il y a très peu de cas d’ONG contactées collaborant avec d’autres ONG contactées. Mon impression particulière est que les ONG sont férocement protectrices de leur pré-carré et voient les autres ONG non comme des collaborateurs potentiels mais comme autant de compétiteurs lorgnant vers la même manne de financement.

  • Les gens des ONG

L’ONG-type a une liste de directeurs et de personnel. Certaines ONG y ajoutent également des experts, des comités de conseil, des associés, des stagiaires et des volontaires. Comme les conseils d’administration sont au volant et que le personnel suit la même direction, penchons-nous brièvement sur ces deux catégories de personnes.

Conseils d’administration

Le nombre moyen de membres des CA et d’environ 14, et plusieurs ONG ont des CA pléthoriques de 25 membres ou plus. Quelle que soit leur taille, mon impression est que ce sont des sélections de dignitaires disposant d’un réseau de financement et qu’ils donnent des orientations par défaut à leurs équipes (c’est à dire les empêchent de vraiment toucher au status quo). En consultant le profil des membres de quelques larges CA, j’y ai trouvé d’anciens et d’actuels membres du Congrès, des cabinetards et des collaborateurs de la Maison Blanche (dont deux au moins étroitement impliqués dans la mise en œuvre et l’exécution de l’invasion de l’Irak et la plus grosse crise économique depuis la Grande Dépression) ; d’anciens et d’actuels dirigeants d’entreprise, des membres de cabinets d’avocats ; des professeurs d’université ; des présidents de syndicats ; etc., etc. Ces gens font partie des élites du pouvoir américain, bien éloignés des sans-voix et recrutés dans les CA en tant qu’aimants à financement. Avec des gens pareils, le personnel qui récolte des fonds fait plus de collecte que de porte-à-porte.

Le personnel

Dans certaines ONG, les membres du CA sont plus nombreux que le personnel. À l’inverse, quelques-unes emploient un personnel énorme, se comptant en centaines d’employés. Le nombre moyen de membres du personnel est d’environ 26 personnes. Un think tank disposant d’un budget de près de 40 millions de dollars emploie une centaine de thinkers. Ce qui représente beaucoup de réflexion à prix fort !
La dénomination des fonctions du personnel donne une idée de ce qu’ils font à part penser. Voilà ce que ça donne, comme dans n’importe quelle bureaucratie (sauf que les ONG sont hiérarchiquement moins verticales) : Directeurs de campagne. Stratèges de campagne. Directeurs de la communication. Coordinateurs de ceci et cela. Directeurs du développement. Directeurs à l’éducation. Spécialistes des événements. Vice-présidents exécutifs. Associés. Directeurs financiers. Responsables de la récolte de fonds. Administrateurs de bourses. Directeurs du réseau de membres et de son développement. Directeurs nationaux de terrain. Managers d’équipes. Spécialistes et directeurs des opérations. Organisateurs. Directeurs de programme. Directeurs des politiques publiques. Directeurs régionaux de terrain. Directeurs de recherche. Formateurs seniors. Académiques seniors. Ajoutez-y les nombreux attachés et assistants des positions précitées.
Les profils des membres du personnel ressemblent à ceux des directeurs à des échelons inférieurs et moins souvent liés au gouvernement et aux entreprises. Les employés plus gradés ont tendance à avoir voyagé au sein du complexe avant d’arriver là où ils se trouvent actuellement.

Les employés sont les carriéristes qui huilent la machinerie de leurs ONG. Le journaliste et auteur à succès Chris Hedges pense que les carriéristes sont les « êtres humains incolores » qui rendent « les plus grands crimes de l’humanité possibles. » « Ils accomplissent, » dit-il, « les petites tâches qui font de ces systèmes compliqués d’exploitation et de mort une réalité. »

Mea culpa, à petite échelle ! Je fus pendant une bonne partie de ma carrière un carriériste incolore travaillant dans les boyaux de la bureaucratie fédérale. J’y étais durant la guerre du Vietnam. Je la détestais mais je n’ai participé à aucune manifestation. À ma décharge, je n’étais pas à une position de moindre intérêt et ne faisais activement rien pour permettre à la guerre de continuer. Sur une échelle du carriérisme socialement destructeur, je placerais les carriéristes des ONG loin de moi à une des extrémités (comme les dentistes, qui peuvent faire mal, mais ne nuisent pas à l’Amérique) et plus proches de plus proches de moi, à l’autre extrémité, les carriéristes travaillant pour les sièges du pouvoir à la Maison Blanche, pour des lobbyistes auprès des cabinets politiques, pour le Congrès, pour l’armée et pour l’Amérique des entreprises.

Je ressentais de la honte pendant cette partie de ma carrière que j’ai mentionnée. Je ne sais absolument pas si les carriéristes des ONG ressentent la moindre honte. Peut-être s’en protègent-ils en rationnalisant comme je le faisais.

Le travail des ONG

Les dénominations des fonctions donnent un indice de ce que font les ONG. Lire la partie « Ce que nous faisons » de leurs sites web en dit bien plus. Voici un échantillon des activités telles que décrites dans ces sections : Aide les communautés lésées par des projets d’entreprises à faire valoir leurs droits. Commente et/ou témoigne à propos de matières législatives. Compile, analyse et présente des données économiques. Met en place des services de médiation pour les communautés. Mène des campagnes locales destinées à combattre des législations. Dirige des formations et ateliers. Met à disposition des organisateurs, activistes et experts en politiques publiques pour aider à former des coalitions puissantes. Rédige des politiques publiques, dirige des recherches et mène des campagnes de persuasion et d’éducation publique. Développe et fournit du matériel éducatif. Développe et fournit des outils organisationnels. Dépose des demandes pour obtenir des documents officiels selon le Freedom of Information Act. Intente des poursuites judiciaires. Analyse et produit des rapports sur les entreprises et les gouvernements. Organise des marches pacifiques et des manifestations. Met en œuvre des pétitions. Fournit conseil et soutien aux campagnes d’action citoyenne. Rend public des injustices (par ex. : conférences de presse avec des victimes de fraudes, réalisation de films documentaires, organise des caravanes itinérantes, écrit des articles, met sur pied des expositions, organise des conférences). Suit le parcours de l’argent en politique. Rédige des mémoires. Rédige des demandes de subvention. Récolte des fonds.

Ces ONG sont sérieuses à propos de leurs occupations, ce qui me mène à une première autopsie.


Autopsie : impact et accomplissements rapportés

Des preuves réelles des déclarations d’impact d’une organisation consisterait, à mon avis, à accomplir un ou plusieurs objectifs élevés qui, accumulés, constitueraient un progrès substantiel dans la réalisation des objectifs ou des missions de l’organisation. Donc, par exemple, si la mission supposée est de « mettre un terme à la violence domestique », la preuve réelle d’un impact à ce problème national serait une diminution significative de la violence domestique. Avec ce critère en tête, et en gardant aussi à l’esprit la nature des déclarations de mission des ONG et l’absence d’objectifs élevés, penchons-nous sur les impacts et accomplissements rapportés des ONG.

  • Impacts rapportés

Guide Star est une œuvre caritative publique 501(c)(3) qui fournit des informations sur les ONG, dont les « rapports d’impact » soumis par les ONG. Sur les 176 ONg contactées, seules 35 ont soumis de tels rapports. Vous comprendrez immédiatement pourquoi on en trouve si peu après lecture de ce petit échantillon d’extraits :

« Puisque notre but est de produire, non des améliorations mineures, mais bien des changements conséquents, dans le futur nous ne nous engagerons que sur des initiatives que nous sommes en mesure de mener à bien pleinement. » « Nous développons des opportunités créatives de mobiliser et soutenir un mouvement citoyen au-delà des affinités politiques pour récupérer les droits constitutionnels érodés par la guerre contre le terrorisme. » « Nous avons gagné à plusieurs reprises le titre de meilleure source [d’information] politique en ligne. » « Nous publions les dernières nouvelles d’intérêt pour la communauté progressiste. » « Nous collaborons régulièrement avec ceux qui produisent du changement pour rapprocher les politiques publiques des gens. » « Nous porterons un projet ambitieux pour maintenir la dignité humaine des populations pauvres et vulnérables à travers le monde. » « Nos ateliers attirent de nombreux participants. » « Nous construisons la capacité des citoyens, des organisations, des communautés et des groupes historiquement marginalisés et utilisons nos données afin de soutenir leurs propres efforts pour se faire entendre dans le processus politique. » « Nous produisons une variété des rapports de recherche et de matériel éducatif sur certaines problématiques – nous les utilisons pour informer le public et influencer le Congrès américain et d’autres entités gouvernementales à soutenir les efforts de développement. » « Nous restons ouverts au changement et à la croissance, et aux idées, approches et contenus nouveaux qui servent notre mission. » Nous avons « une réputation de longue durée pour notre implication des communautés sur les problèmes d’inégalités économiques. » Nous « développons cinq nouveaux chapitres – et d’autres encore en gestation – fournissant des formation au leadership pour des antennes locales – pour s’assurer que les étudiants disposent de tous les faits quand l’armée glorifie le fait de porter un uniforme au nom de la ‘patrie’. »

Voilà pour ce qui est des rapports des ONG quant à leur impact. Ces extraits et tout le reste, y compris ceux présents sur les sites web des ONG, ne démontrent pas la moindre trace d’impact quant à l’accomplissement des missions déclarées.

  • Accomplissements rapportés

Les accomplissements peuvent être notés sur une échelle, en commençant par la pseudo-productivité ou activité, puis les petites victoires (par ex. gagner quelques procès sur un sujet en particulier), et enfin une grande victoire extraordinaire (par ex. transformer l’Amérique en une nation de paix). Dans mon évaluation des deux ONG, illustrée par mon rapport de mi-parcours, ni l’une ni l’autre n’a dépassé le stade des petites victoires. Mon évaluation des 174 autres ONG contactées n’est pas différente. S’occuper reste la règle. Quelques ONG ont obtenu de petites victoires. Aucune n’a remporté de grande victoire.

Autopsie : l’impact réel

Quiconque sait et comprend ce qui se passe aux États-Unis et ses voisins globaux, et ce qu’il leur arrive, sait où en sont les choses, quel impact le complexe a véritablement. Il a permis d’aggraver et non d’améliorer les situations domestique et globale. L’Amérique continue à être la pire des notations soi-disant développées selon tous les critères qui comptent, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. De plus, l’Amérique continue à être la nation la plus militairement agressive du monde, provoquant d’innombrables morts et risquant des retours de flamme de plus en plus dévastateurs de la part des segments les plus touchés et les plus en colère au sein des pays victimes.

L’impact réel inclut l’assurance de la protection de la corpocratie. Les ONG que j’ai contactées représentent un tout petit échantillon de la population des ONG. Elles sont apparemment entre 1,5 et 2 millions aux USA, mais je ne parviens pas à déterminer la part d’entre elles qui sont des ONG opérationnelles ou groupes de pression comme celles que j’ai contactées et non d’autres œuvres caritatives ou des musées, par exemple. Disons arbitrairement qu’existent 10.000 autres ONG telles que celles que j’ai contactées. En extrapolant les avoirs médians de celles que j’ai contactées, nous obtenons un chiffre de 14.000 milliards de dollars. Si nous abaissons notre nombre arbitraire à 1.000, le chiffre s’élèverait à 1.400 milliards de dollars. Cela correspond par hasard à ce que j’ai lu à propos du secteur sans but lucratif qui serait une « industrie de 1.300 milliards de dollars » et « la septième plus grosse économie du monde. »

Dans un cas comme dans l’autre il s’agit d’une police d’assurance coûteuse mais que la corpocratie et le restes des élites au pouvoir sont plus qu’heureux de payer pour continuer à exister et à croître. Cette politique maintient la classe moyenne - bien que celle-ci se rétrécisse progressivement à une zone tampon entre les puissants et les classes sociales inférieures - et monte les classes sociales les unes contre les autres. J’ai récemment vu, par exemple, un autocollant de pare-chocs déclarant sarcastiquement : « tout le monde mérite quelque chose de la part de ceux qui travaillent dur pour gagner leur vie. »

Autopsie : ce que d’autres disent

« La richesse et la propriété sont les causes de la pauvreté chez les autres. Et ceux qui possèdent cette richesse veulent maintenir cette différence. Si ce n’était pas le cas, nous ne serions pas en mesure de distinguer si clairement les riches des pauvres.  »

« … les frères Koch donnent des centaines de millions à des œuvres ‘philanthropiques’, mais aucune des causes qu’ils soutiennent ne peut être considérée à même d’atténuer la souffrance où que ce soit, et encore moins ici.
C’est pourquoi les œuvres caritatives ne sont pas la solution […]. Elles créent des problèmes en laissant les vrais s’enfoncer dans la boue au fonds de la mer de l’humanité.  »

« La classe au pouvoir coopte des dirigeants de nos communautés en leur fournissant des emplois dans des associations sans but lucratif et dans les agences gouvernementales, réalignant par conséquent leurs intérêts (comme garder leur emploi) sur le maintien du système.  »

« Lorsque vous n’envoyez [pas] les enfants à l’école, essayez l’éducation informelle. Quand vous ne fournissez [pas] les soins de santé de base aux gens, parlez d’assurance-maladie. [Pas de] boulot ? Pas de soucis, redéfinissez simplement les mots ‘opportunités d’emploi’. Ça sonne bien. Vous pouvez même vous faire de l’argent avec ça.  »

« À n’importe quel réunion philanthropique, vous croisez des chefs d’état qui rencontrent des gestionnaires de fonds et des dirigeants d’entreprises. Tous cherchent des solutions à des problèmes créés par d’autres personnes dans la pièce. Alors que de plus en plus de vies et de communautés sont détruites par le système qui crée de grandes quantités de richesse pour un petit nombre de gens, plus il paraît héroïque de ‘rendre quelque chose’. C’est ce que j’appellerais le ‘blanchiment de conscience’ – se sentir mieux à propos de l’accumulation de plus de biens que ce dont personne n’aurait jamais besoin pour vivre en redistribuant une petite partie, comme un acte de charité.  »

Cette dernière citation provient d’un article publié dans la page ‘Opinions’ du New York Times qui avait fait son petit effet. L’auteur en est Peter Buffet, rejeton de l’investisseur multimilliardaire Warren Buffet. En rédigeant cet article, le jeune Buffet ne s’est pas fait que des amis dans le milieu des philanthropes.

J’aurais pu y ajouter d’autres citations reflétant la critique du complexe caritatif ou à but non lucratif, mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de continuer à prouver que je ne suis pas le seul à émettre ces critiques.

Conclusion : un problème évident, des solutions qui le sont moins

Le problème de l’Amérique est clair comme du cristal pour ceux qui savent et comprennent ce qui se passe. La corpocratie emmène l’Amérique sur un chemin ruineux, tout en compromettant toute opposition potentielle du secteur à but non lucratif et des ONG en les rendant dépendants du gouvernement, des fondations et des entreprises pour se financer et donc exister. Alors que les gens des ONG ne se voient pas ou ne veulent pas se voir comme acceptant le salaire du silence à travers le cordon ombilical, il n’y a aucun doute dans mon esprit, après avoir analysé leurs activités, qu’ils y sont raccordés.

Les ONG sont la police d’assurance de la corpocratie contre le risque d’être renversé et elles n’ont aucun incitant à s’unir et devenir un véritable défi lancé au visage de la tyrannie corpocratique. Ma suggestion de s’unir a dû être considérée par eux comme terriblement naïve.

À travers son appareil de propagande, d’intimidation et occasionnellement, à travers des démonstrations de force, la corpocratie a démontré tout au long de l’histoire américaine son efficacité à se jouer des mouvements citoyens qui auraient pu croître et s’unir en manifestations massive bien au-delà de l’ampleur, disons, du mouvement des droits civiques, que la corpocratie a réussi à manipuler comme tous les autres mouvements.

La solution n’est pas du tout évidente, en tout cas pour moi, et peut-être que celle-ci ne pourrait se priver d’une révolution bien plus meurtrière que la Guerre Civile (je n’ai jamais défendu et ne défendrai jamais de moyens illégaux et non-pacifiques pour arriver à de paisibles et justes fins).

Je suis à court d’idées pour de plausibles solutions. Au lieu d’une solution, peut-être n’y a-t-il qu’une fin surprenante ou prévisible.

Il serait surprenant que la corpocratie finisse par s’effrayer de ses propres excès et commence volontairement à partager ses richesses et son pouvoir avec le reste de la société, et cesse de menacer d’autres nations. Et il serait surprenant qu’il y ait suffisamment d’autres Peter Buffet au sein de l’élite du pouvoir décidés à influencer la corpocratie au point d’inverser l’actuel cours des choses aux États-Unis, nonobstant la conviction de Ralph Nader que « seuls les super riches peuvent nous sauver. »

Une fin prévisible - j’en frémis – serait que la corpocratie continue son bonhomme de chemin jusqu’à l’autodestruction, entraînant l’Amérique avec elle dans un événement apocalyptique auto-infligé. Certains pensent que la Guerre Froide ne devint jamais nucléaire grâce à « l’équilibre des forces » entre Est et Ouest. C’est un paradigme à la fois obsolète et qui ne prend pas en compte la possibilité d’une apocalypse auto-infligée telle qu’un éco-suicide via un environnement toxique et stérile ou un suicide génétique de l’ingénierie génétique.

J’ai écrit dans la préface de mon livre que ce n’était pas « un livre de la fin du monde car la corpocratie peut être surpassée par le pouvoir de la démocratie pour peu que celui-ci puisse être rassemblé. » C’était un livre optimiste. Comment put-il en être autrement avec toutes les initiatives de réforme proposées ?

Deux ans plus tard, cet article a franchi un cap et considère l’avenir de l’Amérique de manière plus pessimiste. Je ne pense pas que mon changement de perspective soit une réaction excessive au fait d’avoir été ignoré 171 fois.

Mais la possibilité d’un événement surprenant et la possibilité d’une issue prévisible ne signifient rien de plus que ce que signifient ces mots. Ils signifient l’incertitude. Je ne peux pas dire que je suis certain de l’avenir de l’Amérique. Qui peut le dire ?

Outre les impôts et la mort, je tiens deux certitudes. Je ne proposerai plus jamais quelque chose d’aussi naïf aux ONG ou à quiconque. Et je suis fatigué d’être un activiste d’intérieur pour la justice socio-économique, la paix et le souci de l’environnement. Il est peut-être temps de profiter des pissenlits avant de les mâcher par la racine.


Traduction de l'anglais pour Investig'Action : Thomas Halter

Source originale : Dissident Voice